{"id":14427,"date":"2019-02-10T22:00:11","date_gmt":"2019-02-10T21:00:11","guid":{"rendered":"https:\/\/lldl.eu\/?p=12388"},"modified":"2019-04-05T10:48:51","modified_gmt":"2019-04-05T09:48:51","slug":"un-accord-de-paix-conclu-en-republique-centrafricaine-mais-les-incertitudes-demeurent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/02\/10\/un-accord-de-paix-conclu-en-republique-centrafricaine-mais-les-incertitudes-demeurent\/","title":{"rendered":"Un accord de paix conclu en R\u00e9publique centrafricaine mais les incertitudes demeurent"},"content":{"rendered":"\n

Bangui.<\/em> Apr\u00e8s 10 jours de n\u00e9gociations au Soudan, un accord de paix a \u00e9t\u00e9 conclu \u00e0 Khartoum entre le gouvernement de Bangui et 14 groupes arm\u00e9s (2<\/strong>). Le document a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 le 6 f\u00e9vrier dans la capitale de la R\u00e9publique centrafricaine. Toutefois, abstraction faite des appels \u00e0 la transparence, l’accord reste un myst\u00e8re, notamment en ce qui concerne les concessions sp\u00e9cifiques faites par le Pr\u00e9sident Touad\u00e9ra aux groupes arm\u00e9s signataires. C’est pour cette raison qu’au cours des derni\u00e8res heures une partie de l’opinion publique et du journalisme local s’est fortement prononc\u00e9e contre l’accord (3<\/strong>). Les deux points focaux, l’amnistie et les armements, ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s, mais il faudra examiner la dynamique de long terme pour voir si le texte apportera la stabilit\u00e9 souhait\u00e9e au pays. Surtout que le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies envisage d’assouplir certains des piliers du r\u00e9gime de l’embargo sur les armes (1<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n

L\u2019accord Khartoum est le huiti\u00e8me accord d’une longue s\u00e9rie. Parmi les pr\u00e9c\u00e9dents, les deux principaux, Brazzaville (2014) et Libreville (2017), avaient conduit \u00e0 une simple cristallisation des fronts de guerre, avec des r\u00e9gions partiellement stabilis\u00e9es, dans un pays largement touch\u00e9 par une forte crise humanitaire. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Centrafricaine Faustin-Archange Toud\u00e9ra, en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9 internationale, a men\u00e9 les n\u00e9gociations en cherchant \u00e0 inclure les diff\u00e9rents acteurs, comme le souhaitaient les diff\u00e9rentes organisations internationales et r\u00e9gionales pr\u00e9sentes (surtout l’Onu et l’Ua) (5<\/strong>). Les projets de m\u00e9diation et de cooptation des groupes paramilitaires sont au centre d’un d\u00e9bat f\u00e9roce, marqu\u00e9 par les pr\u00e9occupations concernant l’amnistie accord\u00e9e aux criminels de guerre. La crainte exprim\u00e9e par une partie de l’opinion publique locale est de voir leur propre syst\u00e8me judiciaire affaibli et incapable de poursuivre les coupables de crimes de guerre, d’acc\u00e9l\u00e9rer le processus d’effondrement de l’\u00c9tat et d’aggraver la crise humanitaire (3<\/strong>) : on craint qu\u2019\u00a0\u00bbamnistie \u00bb soit synonyme d'\u00a0\u00bbimpunit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Du point de vue de l’ex\u00e9cutif de Bangui, cette n\u00e9gociation \u00e9tait particuli\u00e8rement importante en ce qui concerne la s\u00e9curit\u00e9 militaire des institutions \u00e9tatiques fragiles. C’est la raison pour laquelle Touad\u00e9ra s’est principalement concentr\u00e9 sur les processus de d\u00e9sarmement et sur l’embargo sur les armes, qui pourrait toutefois \u00eatre assoupli (1<\/strong>). En effet, contrairement \u00e0 ce qui \u00e9tait pr\u00e9vu avant les n\u00e9gociations de Khartoum, le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies pourrait penser \u00e0 un assouplissement du r\u00e9gime de l’embargo sur les armes.<\/p>\n\n\n\n

Les raisons d’un tel changement de perspective sont li\u00e9es \u00e0 l’\u00e9volution des conditions sur le terrain : en 2018, le commerce des armes s’est uni \u00e0 l’achat et \u00e0 la vente d’autres produits (la drogue avant tout). Ces traffics s\u2019orientent principalement dans trois directions : l’est (Soudan et Sud Soudan), le nord (bassin du lac Tchad) et l’ouest (R\u00e9publique du Congo) (4<\/strong>). Les ph\u00e9nom\u00e8nes de contrebande d’armes, notamment de Salw (Small Arms and Light Weapons, armes l\u00e9g\u00e8res et de petit calibre), ont conduit \u00e0 d\u00e9finir de nouveaux r\u00e9seaux qui ne sont plus li\u00e9s \u00e0 la dynamique du conflit Seleka\/Anti-Balaka. La privatisation de la violence, avec la mont\u00e9e relative des seigneurs de guerre, a entra\u00een\u00e9 un changement en termes d’armement et de recrutement. Dans ce contexte est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e de repenser l’embargo sur les armes, avanc\u00e9e par les autorit\u00e9s nationales, soutenue par la Russie et, en partie, par la France et l’Union europ\u00e9enne (pr\u00e9sente avec une mission de formation sp\u00e9cifique, l\u2019Eutm) (4<\/strong>). Le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l’Onu, qui a toutefois renouvel\u00e9 pour un an le 31 janvier les sanctions en R\u00e9publique centrafricaine, pourrait reculer sur certains points. En effet, l’ouverture de nouveaux camps d’entra\u00eenement et les d\u00e9fis pos\u00e9s par la nouvelle dynamique de la guerre pourraient conduire \u00e0 des concessions temporaires aux Forces Arm\u00e9es Centrafricaines (FACA) (1<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n

Cependant, il existe un risque que cette militarisation l\u00e9galis\u00e9e ne conduise qu’\u00e0 une diffusion tout aussi marqu\u00e9e du mat\u00e9riel d’armement. En l’absence d’un v\u00e9ritable programme de cooptation des forces paramilitaires dans l’arm\u00e9e nationale, le probl\u00e8me concerne davantage la stabilit\u00e9 des diff\u00e9rentes factions pr\u00e9sentes dans les forces arm\u00e9es que le niveau technologique disponible, qui s’est cependant am\u00e9lior\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une coop\u00e9ration militaire avec Moscou et Paris (4<\/strong>). En outre, l’absence d’un cadre de sanctions pour ceux qui violent l’embargo pourrait aggraver la situation.<\/p>\n\n\n\n

Perspectives :<\/strong><\/h4>\n\n\n\n