{"id":14279,"date":"2018-09-30T22:00:35","date_gmt":"2018-09-30T20:00:35","guid":{"rendered":"https:\/\/lldl.eu\/?p=8506"},"modified":"2019-04-06T18:17:14","modified_gmt":"2019-04-06T16:17:14","slug":"la-longue-marche-de-laccord-entre-saint-siege-et-chine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/09\/30\/la-longue-marche-de-laccord-entre-saint-siege-et-chine\/","title":{"rendered":"La longue marche de l\u2019accord entre Saint-Si\u00e8ge et Chine"},"content":{"rendered":"\n

Cit\u00e9 du Vatican<\/em>. L\u2019accord \u201cprovisoire\u201d sign\u00e9 samedi 22 septembre entre le Saint-Si\u00e8ge et la Chine a \u00e9t\u00e9 abondamment comment\u00e9, et de mille mani\u00e8res. Y compris \u00e0 Rome o\u00f9 les observateurs ne sont pas tous d\u2019accord avec la ligne qui l\u2019a finalement emport\u00e9. L\u2019accord vise en premier lieu le r\u00e8glement de la nomination des \u00e9v\u00eaques chinois, une question cruciale dans un pays o\u00f9 la hi\u00e9rarchie catholique se trouve coup\u00e9e en deux, entre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 une \u00c9glise \u201cclandestine\u201d rest\u00e9e fid\u00e8le au pape, et de l\u2019autre une \u00c9glise \u201cofficielle\u201d, abrit\u00e9e au sein d\u2019une instance cr\u00e9\u00e9e en 1957, \u201cl\u2019\u00c9glise patriotique chinoise\u201d, dont les membres sont nomm\u00e9s par le PCC. R\u00e9unir ces deux branches s\u00e9par\u00e9es de l\u2019\u00c9glise catholique chinoise a toujours \u00e9t\u00e9 la volont\u00e9 des papes, de Paul VI \u00e0 Jean-Paul II et \u00e0 Beno\u00eet XVI. Le pape Fran\u00e7ois a tranch\u00e9 \u00e0 sa mani\u00e8re, en acceptant de payer un prix que d\u2019aucun juge \u00e9lev\u00e9. Sept \u00e9v\u00eaques \u201cofficiels\u201d nomm\u00e9s par le parti communiste chinois ont \u00e9t\u00e9 \u201cdesexcommuni\u00e9s\u201d, a-t-on ainsi appris quelques heures apr\u00e8s la signature de l\u2019accord (2<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n

L\u2019entente trouv\u00e9e repr\u00e9sente certes un \u00e9v\u00e9nement historique majeur, ne serait-ce que parce qu\u2019elle succ\u00e8de \u00e0 des d\u00e9cennies de diplomatie souterraine. Le scepticisme l\u2019emporte cependant g\u00e9n\u00e9ralement sur les r\u00e9sultats \u00e0 en attendre. D\u2019une part parce que l\u2019accord est d\u00e9clar\u00e9 \u201cprovisoire\u201d, de l\u2019autre parce que ses termes et articles pr\u00e9cis n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

Pour la grande voix dissidente, celle de l\u2019ancien archev\u00eaque de Hong Kong, le cardinal Zen Ze-kiun, il ne s\u2019agit ni plus ni moins que d\u2019une \u201ctrahison\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un abandon de l\u2019\u00c9glise clandestine malgr\u00e9 les sacrifices et les pers\u00e9cutions que celle-ci a subi en Chine au nom de sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Rome. Elle serait somm\u00e9e de dispara\u00eetre au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019\u00c9glise officielle inf\u00e9od\u00e9e au r\u00e9gime. Le compromis ne s\u2019inscrit pas, \u00e0 ses yeux, dans le sens de la \u201cLettre aux catholiques chinois\u201d de Beno\u00eet XVI en 2007 (1<\/strong>). Seul gage dont l\u2019accord aurait \u00e9t\u00e9 assorti, pour le Saint-Si\u00e8ge : l\u2019assurance, que sa signature ne l\u2019entrainerait pas \u00e0 devoir rompre des relations diplomatiques entretenues avec Ta\u00efwan, un chantage jusque l\u00e0 exerc\u00e9 par P\u00e9kin.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des n\u00e9gociations pr\u00e9c\u00e9dant cet accord remonte \u00e0 la nomination de l\u2019actuel Secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat du Vatican, le cardinal Parolin. Ancien nonce au Venezuela, Mgr Pietro Parolin a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 le n\u00e9gociateur du rapprochement avec le PC vietnamien ayant d\u00e9bouch\u00e9 sur la reconnaissance d\u2019un statut juridique clair pour l\u2019\u00c9glise catholique dans ce pays. Les discussions avec le PC chinois, ont progress\u00e9 en 2014, encourag\u00e9es par ce succ\u00e8s avec l\u2019espoir de formaliser un mod\u00e8le valable des relations sino-vaticanes.<\/p>\n\n\n\n

Autre diplomate du Vatican \u00e9troitement associ\u00e9 \u00e0 ces dossiers : Mgr Claudio Maria Celli. Bien qu\u2019officiellement \u00e0 la retraite, il \u00e9tait l\u2019\u00e9missaire de Rome dans les tentatives de m\u00e9diations offertes au Pr\u00e9sident v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien Nicolas Maduro tout au long de l\u2019hiver 2016-2017, avant que celui-ci ne rejette finalement tout dialogue avec l\u2019opposition d\u2019un revers de la main. Ces deux hommes form\u00e9s au sein de l\u2019Acad\u00e9mie pontificale eccl\u00e9siastique, l\u2019\u00e9cole des Nonces apostoliques, incarnent la diplomatie vaticane dans sa pure tradition. S\u2019agissant de la Chine, Mgr Celli est abondamment mentionn\u00e9 dans les d\u00e9p\u00eaches de diplomates am\u00e9ricains r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par les Wikileaks. La masse de ces documents r\u00e9v\u00e8le un nombre consid\u00e9rable de rencontres avec Mgr Celli, lequel est syst\u00e9matiquement pr\u00e9sent\u00e9 aux \u00c9tats-Unis comme la source la mieux inform\u00e9e sur les relations du Vatican, avec \u00e0 la fois la Chine et le Vietnam. Une m\u00e9taphore utilis\u00e9e par Mgr Celli aupr\u00e8s de ses interlocuteurs am\u00e9ricains est sans cesse rappel\u00e9e pour qualifier la situation des catholiques en Chine : \u201cils sont en cage, mais dans une cage dont nous nous effor\u00e7ons d\u2019\u00e9largir les barreaux\u201d. Une image qui n\u2019est pas sans \u00e9voquer celle utilis\u00e9e par le cardinal Casaroli, l\u2019architecte de l\u2019ostpolitik <\/em>vaticane sous Jean-Paul II, estimant que vis-\u00e0-vis de URSS, il lui fallait se comporter \u201ccomme un chat grattant \u00e0 la porte pour se faire ouvrir\u201d (3<\/strong>). Que cet accord de Rome avec la Chine ait \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 alors que le pape se trouvait en Lituanie inscrit d\u2019ailleurs cet \u00e9v\u00e9nement dans cette continuit\u00e9 historique.<\/p>\n\n\n\n

Partisans d\u2019un dialogue au sommet, et convaincus que le r\u00e8glement de la question des nominations \u00e9piscopales en Chine n\u2019interviendrait que dans le cadre d\u2019un rapprochement diplomatique entre les deux \u00c9tats, Mgr Parolin et Mgr Celli y ont travaill\u00e9 sans rel\u00e2che. Cette ligne de la Secr\u00e9tairerie d\u2019\u00c9tat du Vatican compte n\u00e9anmoins nombre de d\u00e9tracteurs au sein de la Congr\u00e9gation pour l\u2019\u00c9vang\u00e9lisation des peuples, responsable de l\u2019action missionnaire de l\u2019\u00c9glise et \u00e0 ce titre toute-puissante en Asie. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de ce Minist\u00e8re de la curie romaine jaloux de ses pr\u00e9rogatives sur les terres de mission asiatiques, la position du cardinal Zen l\u2019emporte g\u00e9n\u00e9ralement. C\u2019est \u00e9galement celle des Missions \u00e9trang\u00e8res de Paris agissant en Chine continentale \u00e0 partir de Hong Kong par un soutien logistique et pastoral sans faille \u00e0 l\u2019\u00c9glise clandestine, \u00e0 ses \u00e9v\u00eaques, pr\u00eatres, missionnaires et fid\u00e8les. Car pour une partie des interm\u00e9diaires de Rome en Chine, n\u00e9gocier avec le Parti communiste chinois s\u2019av\u00e8re un jeu de dupes d\u00e9favorable aux objectifs vis\u00e9s. Grignoter des libert\u00e9s, sur le terrain, au jour le jour, est au contraire l\u2019unique perspective. Beno\u00eet Vermander, un j\u00e9suite belge ancien directeur de l’Institut Ricci bas\u00e9e \u00e0 Ta\u00efpei, et aujourd’hui professeur de sciences religieuse \u00e0 l’universit\u00e9 Fudan de Shanghai, r\u00e9sume tout le d\u00e9bat : \u00ab La Chine est un \u00c9tat-\u00c9glise ; et le parti est l’\u00c9glise de cet \u00c9tat \u00bb. C’est pourquoi le pape Fran\u00e7ois aura le plus grand mal, si une forme de normalisation devenait effective, \u00e0 dessiner un espace de vraie libert\u00e9 pour l’\u00c9glise de Rome (4<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n

Reste cependant que pour le pape Fran\u00e7ois, le premier pape latino-am\u00e9ricain et \u00e9galement le premier pape j\u00e9suite, l\u2019h\u00e9ritage de Matteo Ricci, son coreligionnaire, est consid\u00e9rable. \u201cL\u2019amiti\u00e9\u201d pr\u00e9conis\u00e9e par le missionnaire pour se faire accepter et vivre en Chine, il y a plus de quatre si\u00e8cles, est \u00e9galement le cr\u00e9do du pape Fran\u00e7ois, qui n\u2019a jamais cach\u00e9 que son plus vif d\u00e9sir serait de pouvoir se rendre au pays de Xi Jinping.<\/p>\n\n\n\n

Or comme le prouve depuis son \u00e9lection ce pape argentin, conclure des accords, m\u00eame imparfaits, est une arme constante de sa diplomatie. Aller de l\u2019avant, escalader la Grande muraille de Chine pour achever d\u2019y ensemencer le catholicisme apparu dans ce pays au VII\u00e8me si\u00e8cle et ne comptant cependant aujourd\u2019hui que 12 millions de fid\u00e8les \u00e9cartel\u00e9s entre les deux branches de ces \u00c9glises qu\u2019il faut co\u00fbte que co\u00fbte r\u00e9unir, tel est bien s\u00fbr l\u2019enjeu crucial de cette nouvelle \u00e8re. La voie choisie ne fait pas le bonheur de tous, mais elle se tente. L\u2019avenir dira si l\u2019accord du 22 septembre est plus profitable \u00e0 l\u2019\u00c9glise catholique que celui sign\u00e9 entre le Vatican l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl en 1993. Il devait d\u00e9boucher sur un deuxi\u00e8me accord de r\u00e8glement de questions concr\u00e8tes, mais celui-ci n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 obtenu par la suite.<\/p>\n\n\n\n

Perspectives : <\/strong><\/h4>\n\n\n\n