{"id":142366,"date":"2022-05-29T22:32:31","date_gmt":"2022-05-29T20:32:31","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=142366"},"modified":"2022-05-30T11:38:25","modified_gmt":"2022-05-30T09:38:25","slug":"la-strategie-europeenne-de-la-gauche-desobeissance-ou-confrontation-une-conversation-avec-shahin-vallee-et-manon-aubry","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/05\/29\/la-strategie-europeenne-de-la-gauche-desobeissance-ou-confrontation-une-conversation-avec-shahin-vallee-et-manon-aubry\/","title":{"rendered":"La strat\u00e9gie europ\u00e9enne de la gauche : d\u00e9sob\u00e9issance ou confrontation ?, une conversation avec Shahin Vall\u00e9e et Manon Aubry"},"content":{"rendered":"\n
Valmy pour les uns, Waterloo pour les autres, le rejet par une claire majorit\u00e9 (54,68 %) de Fran\u00e7ais du Trait\u00e9 \u00e9tablissant une Constitution europ\u00e9enne le 29 mai 2005 a laiss\u00e9 de profondes traces dans le champ politique national \u2013 et marqu\u00e9 un coup d\u2019arr\u00eat spectaculaire dans le processus constituant europ\u00e9en. Alors que depuis 2008, sous la pression cumulative d\u2019un encha\u00eenement de crises, l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne a repris sur un rythme soutenu, la question du rapport \u00e0 l\u2019Europe reste un clivage majeur pour une gauche fran\u00e7aise \u00e9cartel\u00e9e entre le soutien \u00e0 la construction d\u2019un ordre politique europ\u00e9en et ses ambitions en mati\u00e8re de progr\u00e8s social et \u00e9cologique.<\/em><\/p>\n\n\n\n Manon Aubry et Shahin Vall\u00e9e reviennent sur cette opposition traumatique des finalit\u00e9s politiques et des modalit\u00e9s institutionnelles de la construction europ\u00e9enne \u2013 et sur la possibilit\u00e9 incertaine d\u2019un imaginaire europ\u00e9en partag\u00e9 par la gauche et les \u00e9cologistes.<\/em><\/p>\n\n\n\n J’ai \u00e9t\u00e9 assez surpris de constater que la question europ\u00e9enne n’\u00e9tait pas au c\u0153ur de la campagne, sans doute m\u00eame moins qu’en 2017. D’autant plus que la France exer\u00e7ait en m\u00eame temps la pr\u00e9sidence tournante du Conseil de l\u2019UE.<\/p>\n\n\n\n Deux changements importants ont rendu la question europ\u00e9enne moins centrale dans la campagne \u00e9lectorale. <\/p>\n\n\n\n Au RN la fin de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 autour de l’abandon ou de la sortie de l’Euro et de l’Union europ\u00e9enne. Marine Le Pen et l’extr\u00eame droite ont chang\u00e9 de discours europ\u00e9en et ceci a beaucoup jou\u00e9 dans la normalisation du Front National. Marine Le Pen s’est rendu compte qu’elle avait quand m\u00eame en partie perdu l’\u00e9lection de 2017 sur le flou artistique qui entourait ses positions sur l’Euro. Cette \u00e9volution a rendu le sujet europ\u00e9en moins clivant entre l’extr\u00eame-droite et Macron et le RN a d\u00e9velopp\u00e9 une strat\u00e9gie transnationale europ\u00e9enne ancr\u00e9e dans des liens avec l\u2019extr\u00eame droite italienne ou hongroise notamment. La possibilit\u00e9 de repr\u00e9senter une force solide au parlement europ\u00e9en, la structuration du d\u00e9bat europ\u00e9en en partie sur une ligne culturaliste a paradoxalement rapproch\u00e9 le RN de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n Ensuite, je pense que la FI a aussi, peut-\u00eatre de mani\u00e8re moins \u00e9vidente, \u00e9volu\u00e9 dans son discours. L\u2019\u00e9quipe insoumise au parlement europ\u00e9en \u00e9lue en 2019 et men\u00e9e par Manon a une approche diff\u00e9rente de la pr\u00e9c\u00e9dente. M\u00eame Jean-Luc M\u00e9lenchon, dans une interview au Monde en janvier 2022, avait eu cette phrase : \u00ab L’Europe est \u00e0 l’aube d’un grand changement \u00bb, qui laissait penser qu’il avait de grands espoirs sur la capacit\u00e9 de l’Europe \u00e0 bouger sur des lignes qui lui sont plus favorables. <\/p>\n\n\n\n Il y a aujourd\u2019hui une plus grande homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dans le paysage politique fran\u00e7ais sur l’Europe avec des clivages moins profonds qu’ils avaient pu \u00eatre le cas en 2017. <\/p>\n\n\n\n C’est peut-\u00eatre vrai que la question europ\u00e9enne n’\u00e9tait pas autant au centre de la campagne que ce qu’on aurait pu penser au vu de la PFUE mais ce n’est pas de notre fait, parce que de notre c\u00f4t\u00e9 on a investi le sujet comme jamais. Notre \u201cPlan Europe\u201d a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 au mois de janvier au moment du discours d’Emmanuel Macron \u00e0 Strasbourg au Parlement europ\u00e9en. Mais les m\u00e9dias ne se sont malheureusement pas donn\u00e9s la peine d’aller dans le niveau de d\u00e9tail qui \u00e9tait le n\u00f4tre du travail de recherche et de pr\u00e9cision. <\/p>\n\n\n\n Je ne dirais pas que notre position a chang\u00e9 mais qu’elle a \u00e9t\u00e9 approfondie. En 2017, nous \u00e9tions encore un peu dans une position th\u00e9orique en se demandant quelle \u00e9tait l’Europe de nos r\u00eaves et avec une vision un peu statique. Plan A : On change les trait\u00e9s, plan B : on fait quand m\u00eame. Notre approche a \u00e9t\u00e9 donc non plus de d\u00e9crire l’Europe id\u00e9ale que l’on souhaiterait mais de se tourner vers l’exercice concret du pouvoir ; et donc retourner l’approche de la question europ\u00e9enne, en mettant en miroir l’ensemble de nos propositions au niveau national et leur incompatibilit\u00e9 avec certaines r\u00e8gles europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n Notre objectif \u00e9tait de proposer une m\u00e9thode pour lever ces blocages. Concr\u00e8tement, si on veut faire des cantines locales, si on veut avoir un grand plan d’investissement pour les \u00e9nergies renouvelables, si on veut s’assurer que nos lignes de TER restent dans le giron public, si l’on veut que le fret soit public, si l’on veut des taux de TVA r\u00e9duits sur des produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 ou bio, faire un p\u00f4le public de l\u2019\u00e9nergie, cela contrevient au droit europ\u00e9en, qu’il concerne la concurrence ou les r\u00e8gles budg\u00e9taires. Donc l\u2019\u00e9quation pos\u00e9e \u00e0 nous et au reste de la gauche \u00e9tait la suivante : soit on abandonne ces propositions de progr\u00e8s social et \u00e9cologique, soit on se donne les moyens de d\u00e9passer ces blocages. <\/p>\n\n\n\n Cette nouvelle approche repose sur deux jambes : d’une part le rapport de force. C\u2019est \u00e0 dire par exemple apposer nos droits de v\u00e9to aux trait\u00e9s de libre \u00e9change au niveau europ\u00e9en, recourir aux minorit\u00e9s de blocage au conseil ; mettre en place des coop\u00e9rations renforc\u00e9es etc.<\/p>\n\n\n\n D\u2019autre part la question de la d\u00e9sob\u00e9issance : \u00ab Si les r\u00e8gles europ\u00e9ennes nous en emp\u00eachent, on le fera quand m\u00eame, quitte \u00e0 ne pas respecter certaines r\u00e8gles europ\u00e9ennes. \u00bb L\u2019id\u00e9e de d\u00e9sob\u00e9ir n’est pas un objectif en soi mais un moyen, y compris pour changer les r\u00e8gles europ\u00e9ennes. Notre approche europ\u00e9enne est je crois assez novatrice : il ne s\u2019agit plus de dire \u00ab nous sommes pour ou contre l’Union europ\u00e9enne \u00bb, mais plut\u00f4t \u00ab comment faire pour mener un programme de progr\u00e8s social et \u00e9cologique \u00bb. <\/p>\n\n\n\n C’est aussi avec cette approche que l’on a convaincu nos partenaires dans le cadre de la NUPES. J’ai particip\u00e9 \u00e0 toutes les n\u00e9gociations jour et nuit et lorsque je discutais avec les \u00e9cologistes et les socialistes, ils \u00e9taient d’accord avec nous pour dire que sur ces points sp\u00e9cifiques, il ne fallait pas respecter les r\u00e8gles europ\u00e9ennes si l\u2019on voulait \u00eatre en capacit\u00e9 d\u2019appliquer notre programme. C’est une nouvelle page politique qui s’ouvre, 17 ans apr\u00e8s le TCE qui a compl\u00e8tement fractur\u00e9 la gauche ces derni\u00e8res ann\u00e9es parce qu’aujourd’hui on est tous d’accord pour rompre avec le cours lib\u00e9ral actuel de l\u2019Europe afin d’\u00eatre en capacit\u00e9 d’appliquer notre programme.<\/p>\n\n\n\n 2005 repr\u00e9sente un d\u00e9saccord dans la gauche, mais pas seulement, \u00e0 propos de l’Europe, \u00e0 la fois sur la fin et sur les moyens. Manon a raison de dire qu’une partie de ce qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu avec la NUPES, c’est une convergence sur les moyens. Je ne suis pas tout \u00e0 fait convaincu que la d\u00e9sob\u00e9issance que l\u2019on pr\u00e9sente comme la clef de vo\u00fbte de la strat\u00e9gie europ\u00e9enne soit un concept absolument novateur.<\/p>\n\n\n\n Mais surtout je pense qu’il subsiste toujours un d\u00e9saccord sur les fins, qui \u00e9tait assez profond en 2005.<\/p>\n\n\n\n A-t-on pour ambition de construire une Europe de nature f\u00e9d\u00e9rale avec une organisation juridique, politique, int\u00e9gr\u00e9e et donc d’avancer vers une transnationalisation de la d\u00e9mocratie europ\u00e9enne ? Ce qui \u00e9tait au fond le projet inscrit dans le projet constitutionnel. Ou bien consid\u00e8re-t-on que l’Union europ\u00e9enne peut fonctionner comme une somme d’\u00c9tats-nations dans un accord de coop\u00e9ration plus ou moins abouti ? <\/p>\n\n\n\n Je pense que ce clivage l\u00e0 sur la fin, et l’objectif fondamental qu’on poursuit dans la construction europ\u00e9enne, restent un point de tension fort. Les \u00e9cologistes sont relativement clairs sur le fait qu’ils ont l’ambition d’une Europe f\u00e9d\u00e9rale. Les socialistes sont plut\u00f4t ambigus car ils n’ont pas dig\u00e9r\u00e9 2005. La FI me semble plut\u00f4t claire, sur le fait qu’eux n’ont pas une ambition f\u00e9d\u00e9rale. Il y a eu un progr\u00e8s assez important de fait avec la NUPES de clarification des instruments du changement europ\u00e9en. Mais je pense que malheureusement l\u2019accord ne porte pas sur la fin mais seulement sur les moyens, et que c\u2019est un probl\u00e8me \u00e0 moyen terme. <\/p>\n\n\n\n Quant \u00e0 Emmanuel Macron et sa main-basse sur le vote pro-europ\u00e9en en France : son discours \u00e0 Strasbourg le 9 mai ressemblait beaucoup plus au discours de campagne qu’il aurait pu prononcer lors de son passage \u00e0 Strasbourg pour pr\u00e9senter les priorit\u00e9s de la PFUE. Ainsi il y met clairement en sc\u00e8ne le clivage et essaye de s\u2019arroger le monopole du combat pro-europ\u00e9en. D’ailleurs les propos que St\u00e9phane S\u00e9journ\u00e9 a tenus dans une lettre ouverte au PS et \u00e0 EELV contribuent eux aussi \u00e0 affirmer cette distinction pour cliver autour d\u2019une posture pro- ou anti-europ\u00e9enne. Il y a quelque chose de tr\u00e8s habile dans cette strat\u00e9gie, \u00e0 surinvestir la question europ\u00e9enne pour la faire sienne.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9ponse y a \u00e9t\u00e9 relativement mauvaise. Je pense que pour lui r\u00e9pondre de mani\u00e8re convaincante on doit aussi d\u00e9noncer certaines des m\u00e9thodes de la majorit\u00e9 actuelle et du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique lui-m\u00eame, qui pratiquent la d\u00e9sob\u00e9issance dans plein de domaines, souvent bien plus graves que ceux que Manon Aubry a mentionn\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n La France d\u00e9sob\u00e9it d\u00e9j\u00e0, notamment par une poign\u00e9e de d\u00e9cisions r\u00e9centes de Conseil d\u2019\u00c9tat ou de la Cour Constitutionnel, qui opposent la pr\u00e9tendue identit\u00e9 constitutionnelle de la France au droit europ\u00e9en et aux libert\u00e9s fondamentales inscrites dans la CEDH. Et c\u2019est bien plus corrosif pour la construction europ\u00e9enne que la d\u00e9sob\u00e9issance temporaire aux r\u00e8gles du pacte de stabilit\u00e9 et de croissance. Il faut montrer que les moyens que le gouvernement actuel emploie sont \u00e0 plusieurs \u00e9gards assez proches de ceux que propose la NUPES. <\/p>\n\n\n\n Pour nous la question fondamentale qui est pos\u00e9e n’est pas celle de savoir si on est \u201cpour ou contre l’Union europ\u00e9enne\u201d. C’est le pi\u00e8ge dans lequel Emmanuel Macron tente sans cesse de nous enfermer. On gagnera si on arrive \u00e0 d\u00e9jouer ce pi\u00e8ge. \u00c0 chaque fois qu’on parle de d\u00e9sob\u00e9issance, de changer les r\u00e8gles, on est tout de suite repeints en Frexiteurs ou en anti europ\u00e9ens. D’abord, c’est d’une hypocrisie totale de la part du gouvernement et du Pr\u00e9sident car en r\u00e9alit\u00e9 son bilan europ\u00e9en montre une action en coulisses pour le pire avec des objectifs antisociaux et anti-\u00e9cologiques. Il y a beaucoup d’exemples, comme la taxonomie pour laquelle il a bataill\u00e9 pour y inclure le gaz et le nucl\u00e9aire. Ou la transparence fiscale pour lutter contre l’\u00e9vasion fiscale des multinationales qu’il a torpill\u00e9e avec l’aide du MEDEF \u2013 on a fait la d\u00e9monstration que la position fran\u00e7aise \u00e9tait directement \u00e9crite par le MEDEF. Il y aurait aussi le plan strat\u00e9gique national de la PAC qui est tr\u00e8s en de\u00e7\u00e0 des objectifs verts europ\u00e9ens\u2026<\/p>\n\n\n\n Emmanuel Macron est par ailleurs le premier \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir. Par exemple lorsqu’il s’agit de normes de pollution de l’air. Ou encore d\u2019 objectifs en mati\u00e8re d’\u00e9nergies renouvelables que la France ne remplit pas. Mais aussi de temps de travail et de repos des militaires, de normes en mati\u00e8re de protection des donn\u00e9es, des conditions d\u2019accueil des demandeurs d\u2019asile, de contr\u00f4les et les droits humains des migrants aux fronti\u00e8res, de protection des ressources en eau, de traitement des eaux us\u00e9es… Je pourrais faire une liste tr\u00e8s longue.<\/p>\n\n\n\n En r\u00e9sum\u00e9, Emmanuel Macron tente de masquer ses r\u00e9gressions \u00e9cologiques et sociales derri\u00e8re une position soi-disant \u201cpro-europ\u00e9enne\u201d. Soit on tombe dans son pi\u00e8ge, soit on est capable de dire, et cela fait le lien avec le d\u00e9bat install\u00e9 par Shahin : quelle est notre finalit\u00e9 \u00e0 nous ? C’est d’abord le progr\u00e8s social et \u00e9cologique. Je suis d’accord, Shahin, tout n\u2019est pas r\u00e9gl\u00e9, mais je pense que s’accorder aujourd\u2019hui sur une position pro ou anti-f\u00e9d\u00e9rale n\u2019est pas prioritaire ; car notre objectif, c\u2019est avant tout de prendre \u00e0 bras le corps la catastrophe climatique, d\u2019agir contre les in\u00e9galit\u00e9s, et de remettre un peu de d\u00e9mocratie dans nos institutions.<\/p>\n\n\n\n Dans ce cadre, l’Union europ\u00e9enne est parfois un outil, parfois un obstacle. A chaque fois qu’elle est un obstacle on le l\u00e8ve, \u00e0 chaque fois qu’elle est un outil on l’utilise. Pour la gauche, s’accorder autour de cela, c’est aussi d\u00e9masquer l’hypocrisie d’Emmanuel Macron, qui \u00e0 mon avis marche uniquement dans des m\u00e9dias qui ne connaissent pas bien les questions europ\u00e9ennes. Nous ne limitons par ailleurs pas nos propositions en mati\u00e8re d\u2018Europe uniquement sur la strat\u00e9gie d\u00e9sob\u00e9issance\/rapport de force. Nous avons un discours sur les mesures que nous d\u00e9fendons au Parlement et que nous d\u00e9fendrons au conseil : on se sent capable de proposer une alternative et notre programme Europe de la NUPES est \u00e9galement construit autour de ces propositions.<\/p>\n\n\n\n Si on fait un peu d’histoire et de philosophie, ce qui fonde la d\u00e9mocratie c’est la d\u00e9sob\u00e9issance \u2013 qu\u2019on pense \u00e0 l\u2019Antigone de Sophocle. Il y a des r\u00e8gles de la Cit\u00e9 certes, mais il y a des r\u00e8gles plus importantes face \u00e0 des exigences imp\u00e9ratives de notre conscience, qui peuvent justifier de d\u00e9sob\u00e9ir. C’est cette id\u00e9e que l\u2019on reprend. Il y a \u00e9videmment des r\u00e8gles communes mais quand un imp\u00e9ratif \u00e9cologique ou social y est sup\u00e9rieur alors nous nous devons de d\u00e9sob\u00e9ir. D’autant plus que l’on peut rajouter au cas de Sophocle que si l’on est \u00e9lu sur un programme, on a un mandat d\u00e9mocratique pour l\u2019appliquer. Pour la parenth\u00e8se realpolitik<\/em>, j’assume de dire que, au d\u00e9but cela avait choqu\u00e9 dans nos rangs mais c’est aujourd’hui d’usage, nous sommes des \u00ab pragmatiques \u00bb. Quand les propositions contenues dans notre programme et sur lesquelles l’ensemble des forces de gauche s’accorde dans le cadre de la NUPES sont contradictoires au droit europ\u00e9en, soit on le dit et on trouve des solutions ; soit on ment aux Fran\u00e7ais et dans tous les cas on renonce. Nous faisons le choix de ne pas renoncer et d\u2019afficher la couleur en disant que ces r\u00e8gles sp\u00e9cifiques, qui posent probl\u00e8me on est pr\u00eat \u00e0 y d\u00e9sob\u00e9ir. Non pas comme une fin en soi mais comme un moyen parmi d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\nCommen\u00e7ons par revenir sur l’Europe et l’Union Europ\u00e9enne en tant que sujet de la campagne. \u00c9cras\u00e9 par la guerre en Ukraine, le sujet \u00e9tait bien pr\u00e9sent dans les programmes mais pas vraiment comme enjeu de la campagne. Comment analysez-vous cette pr\u00e9sence en trompe l’\u0153il qui ne s’est finalement r\u00e9v\u00e9l\u00e9e qu\u2019au moment du deuxi\u00e8me tour ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Shahin Vall\u00e9e<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n
Manon Aubry<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Mais quoique traumatisant, 2005 n’explique pas tout. Selon vous, qu\u2019est-ce qui a pu rendre le rapport \u00e0 l’Europe dans la gauche \u00e0 ce point conflictuel ? En outre, se pose la question de l\u2019espace politique pour la gauche pro-europ\u00e9enne. Car Emmanuel Macron est le premier Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 avoir men\u00e9 et gagn\u00e9 une campagne pr\u00e9sidentielle sur l’articulation de son agenda national et de son agenda europ\u00e9en, en 2017. Comment peut-on lui disputer son monopole sur l’Union europ\u00e9enne et sa politique pro-europ\u00e9enne sans justement se retrouver dans une opposition frontale sur l’Europe, sans pour autant devenir anti-europ\u00e9en ? C’est un probl\u00e8me tr\u00e8s concret pour les \u00e9cologistes qui font profession de foi europ\u00e9enne et f\u00e9d\u00e9raliste.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Shahin Vall\u00e9e<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
Manon Aubry<\/strong><\/h4>\n\n\n\n
Justement abordons cette obsession pour la partie \u201cd\u00e9sob\u00e9issance\u201d, autant dans le commentariat national que chez un certain nombre de militants pro-europ\u00e9ens, surtout en dehors de l\u2019hexagone, o\u00f9 les r\u00e9actions auront \u00e9t\u00e9 les plus perplexes. Chez les partenaires de la France, il y a pas mal d\u2019interrogations sur ce que signifie la d\u00e9sob\u00e9issance fran\u00e7aise. Est-ce politiquement tenable face \u00e0 l\u2019attitude d’autres r\u00e9gimes qui ont fait de la d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 Bruxelles et de la d\u00e9nonciation d’un \u00ab nouveau Moscou \u00bb une arme politique nationale et europ\u00e9enne ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n