{"id":14218,"date":"2018-08-26T22:00:10","date_gmt":"2018-08-26T20:00:10","guid":{"rendered":"https:\/\/lldl.eu\/?p=7460"},"modified":"2019-04-01T21:00:57","modified_gmt":"2019-04-01T20:00:57","slug":"le-plan-geraci-litalie-regarde-vers-la-chine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/08\/26\/le-plan-geraci-litalie-regarde-vers-la-chine\/","title":{"rendered":"Le Plan Geraci : l\u2019Italie regarde vers la Chine"},"content":{"rendered":"\n\n\n

En bref – Le gouvernement italien se tourne vers la Chine pour financer son programme ambitieux de d\u00e9penses publiques unies \u00e0 une massive r\u00e9duction des imp\u00f4ts : on voit mal comment cette n\u00e9gociation pourrait aboutir, mais on peut appr\u00e9cier l’ouverture d’esprit de ces forces souverainistes pr\u00eates \u00e0 vendre leur pays au plus offrant.<\/em><\/p>\n\n\n\n

Rome.<\/em> Lorsque la Lega et Movimento Cinque Stelle ont annonc\u00e9 leur accord de gouvernement entre avril et mai 2018, la plupart des commentateurs ont attir\u00e9 l’attention sur l’incompatibilit\u00e9 entre leurs deux mesures-phare respectives : la \u00ab flat tax \u00bb des premiers (qui aurait r\u00e9duit les imp\u00f4ts) et le \u00ab revenu de citoyennet\u00e9 \u00bb des seconds (qui aurait creus\u00e9 les d\u00e9penses publiques). Au contraire l’\u00e9conomiste Michele Geraci, d\u00e9j\u00e0 proche de la Lega mais dont les analyses \u00e9taient ponctuellement publi\u00e9es sur le blog de Beppe Grillo, expliquait que les deux mesures allaient naturellement ensemble. Ce professeur de Finance dans trois universit\u00e9s chinoises, expatri\u00e9 depuis dix ans, avait en t\u00eate la quadrature du cercle : puisque l’Italie n’est plus en mesure de concurrencer la Chine sur le terrain de la production industrielle, il ne lui reste qu’\u00e0 devenir son partenaire privil\u00e9gi\u00e9. Baisser les imp\u00f4ts pour attirer les capitaux \u00e9trangers donc, et investir massivement en capital humain afin d’exporter des services et des comp\u00e9tences \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e. Mais surtout, convaincre les chinois d\u2019acheter une partie de la dette italienne. En juin, alors qu’il vient d’\u00eatre nomm\u00e9 sous-secr\u00e9taire au minist\u00e8re du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, Geraci publie (toujours sur le blog de Beppe Grillo) un article-manifeste sur \u00ab La Chine et le gouvernement du changement \u00bb (1<\/strong>). Il affirme notamment que face \u00e0 la fin du Quantitative Easing de la Banque Centrale Europ\u00e9enne, l’Italie pourrait faire des emprunts aupr\u00e8s des fonds souverains chinois.<\/p>\n\n\n\n

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L’espoir qu’une puissance \u00e9trang\u00e8re – la Chine voire la Russie de Poutine ou l’Am\u00e9rique de Trump – pourrait sauver l’Italie est devenue un leitmotiv ces derni\u00e8res semaines, et rappelle l’\u00e9poque o\u00f9 l’on parlait d’un sauvetage russe pour Alexis Tsipras. Le observateurs voient dans cette strat\u00e9gie un simple bluff : si c’est le cas, on le saura tr\u00e8s vite. La presse a annonc\u00e9 que le ministre de l’\u00e9conomie Giovanni Tria pr\u00e9pare un voyage en Chine fin ao\u00fbt justement dans le but de trouver des financements publics et priv\u00e9s pour l’ambitieuse politique des deux partis au gouvernement. Mais quelle serait donc la contrepartie que le pays compte mettre sur la table ? On parle d’une int\u00e9gration active de l’Italie dans la Belt and Road Initiative, la nouvelle route de la soie. En ce sens la catastrophe du pont de G\u00eanes, une des portes d’entr\u00e9e vers l’Europe, tombe \u00e0 pic et ressemble \u00e0 un de ces grands \u00e9v\u00e9nements capables d’infl\u00e9chir la direction de l’histoire : il justifierait aupr\u00e8s de l’opinion publique une politique massive d’investissements en infrastructures. Un accord avec la Chine pourrait par ailleurs rassurer les observateurs, qui craignent un sortie italienne de l’euro. On imagine bien qu’une telle d\u00e9cision serait loin des objectifs strat\u00e9giques d’\u00e9ventuels \u00ab actionnaires \u00bb chinois. Le plan Geraci ne pr\u00e9voit pas seulement l’achat de la dette mais aussi d’attirer des investissements priv\u00e9s, qu’une fiscalit\u00e9 l\u00e9g\u00e8re ne peut que stimuler, citant en mod\u00e8le l’Irlande et le Portugal. L’id\u00e9e serait-t-elle de transformer le pays en un havre fiscal ? Le minist\u00e8re du d\u00e9veloppement \u00e9conomique a lanc\u00e9 le 20 ao\u00fbt une \u00ab Task Force China \u00bb, charg\u00e9e de coordonner une strat\u00e9gie nationale de rapports avec le pays du Milieu. Le communiqu\u00e9 de presse exprime clairement et de fa\u00e7on officielle cette strat\u00e9gie.<\/p>\n\n\n\n

D\u00e9but septembre, \u00e0 l’issue des n\u00e9gociations entre les repr\u00e9sentants politiques des deux pays, nous saurons si ce programme est viable ou s’il ne s’agit que de \u00ab wishful thinking \u00bb. Si le plan Geraci devait marcher, cela donnerait finalement un aspect concret au programme d’un gouvernement encore difficile \u00e0 cerner, avec cependant des cons\u00e9quences dramatiques sur la souverainet\u00e9 italienne. Ainsi l’exp\u00e9rience de ce gouvernement que l’on croyait aventuriste et sans direction pourrait se prolonger consid\u00e9rablement. Si, au contraire, la Chine montrait une r\u00e9ticence \u00e0 \u00ab sauver \u00bb l’Italie – c’est \u00e0 dire \u00e0 investir \u00e0 la hauteur, exceptionnelle, esp\u00e9r\u00e9e par les italiens – alors le gouvernement n’aurait plus beaucoup de cordes \u00e0 son arc et risquerait de subir de plein fouet la r\u00e9action des march\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

Perspectives  :<\/strong><\/h4>\n\n\n\n