{"id":140027,"date":"2022-05-12T13:36:59","date_gmt":"2022-05-12T11:36:59","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=140027"},"modified":"2022-05-14T14:45:19","modified_gmt":"2022-05-14T12:45:19","slug":"la-boussole-des-opinions-europeennes-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/05\/12\/la-boussole-des-opinions-europeennes-2022\/","title":{"rendered":"La boussole des opinions europ\u00e9ennes 2022"},"content":{"rendered":"\n
Key Points<\/h6>\n
  • Deux crises majeures \u2014 la pand\u00e9mie et la guerre en Ukraine \u2014 ont consolid\u00e9 le soutien au projet d’int\u00e9gration europ\u00e9enne, mais elles ont \u00e9galement \u00e9branl\u00e9 le sens de l’orientation de l’Union.<\/li>
  • L’UE est confront\u00e9e \u00e0 un large \u00e9ventail de d\u00e9fis  : de la s\u00e9curit\u00e9 internationale au changement climatique, en passant par les migrations et le d\u00e9clin de la d\u00e9mocratie.<\/li>
  • Les dirigeants europ\u00e9ens peuvent \u00eatre tent\u00e9s de faire des compromis, par exemple entre l’unit\u00e9 g\u00e9opolitique de l’UE et son approche des valeurs fond\u00e9e sur des principes, entre la souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et l’agenda \u00e9cologique, entre la solidarit\u00e9 financi\u00e8re et la stabilit\u00e9 \u00e9conomique.<\/li>
  • Mais il ne s’agit pas seulement de probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre \u2014 ils contiennent \u00e9galement le potentiel de devenir le centre de la finalit\u00e9 de l’UE, qui pourrait \u00eatre red\u00e9finie dans le contexte de la guerre en Ukraine.<\/li>
  • La libert\u00e9 des m\u00e9dias et un secteur culturel florissant sont essentiels pour nourrir le sentiment europ\u00e9en \u2014 et sont \u00e9galement essentiels pour que les Europ\u00e9ens puissent relever ces d\u00e9fis, et d\u00e9finir le sens de l’orientation de l’UE dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/li><\/ul>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n

    Introduction<\/h2>\n\n\n\n

    De nombreux architectes du processus d’int\u00e9gration de l’Europe d’apr\u00e8s 1945 \u00e9taient convaincus que la r\u00e9ussite de leur projet politique n\u00e9cessitait un solide soutien culturel. Denis de Rougemont a \u00e9crit sur la n\u00e9cessit\u00e9 d’\u00e9veiller un \u00ab  sentiment commun de l’Europ\u00e9en  \u00bb. Robert Schuman affirmait qu’ \u00ab  avant d’\u00eatre une alliance militaire ou une entit\u00e9 \u00e9conomique, l’Europe doit \u00eatre une communaut\u00e9 culturelle au sens le plus \u00e9lev\u00e9 du terme  \u00bb. Et Jean Monnet aurait dit quant \u00e0 lui : \u00ab  Si je devais tout recommencer \u00e0 z\u00e9ro, je commencerais par la culture  \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

    L’Europe d’aujourd’hui est radicalement diff\u00e9rente de celle que ces p\u00e8res fondateurs de l\u2019Union europ\u00e9enne envisageaient il y a sept d\u00e9cennies. Pourtant, au moins deux questions restent plus pertinentes que jamais.<\/p>\n\n\n\n

    La premi\u00e8re est de savoir si la coop\u00e9ration europ\u00e9enne \u2014 actuellement incarn\u00e9e par l’Union europ\u00e9enne \u2014 peut fonctionner correctement si les habitants du continent ne d\u00e9veloppent pas \u00e9galement un fort sentiment d’appartenance. L’approche initiale de l’int\u00e9gration europ\u00e9enne reposait sur des principes de d\u00e9politisation juridique et politique qui, selon un observateur avis\u00e9 de ce processus, \u00ab  ont permis aux fondateurs de canaliser tout exc\u00e8s de passion politique vers des canaux plus s\u00fbrs  \u00bb. Si la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er un public europ\u00e9en pour renforcer l’int\u00e9gration est reconnue depuis longtemps, le succ\u00e8s reste limit\u00e9. Dans cette optique, un essayiste italien a r\u00e9cemment fait remarquer que l’absence de politiques culturelles concert\u00e9es ainsi que le d\u00e9saveu du symbolisme des institutions europ\u00e9ennes les avaient amen\u00e9es \u00e0 adopter \u00ab  une approche pragmatique totalement d\u00e9pourvue d’\u00e9motion  \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

    La deuxi\u00e8me question est de savoir comment faire na\u00eetre un tel sentiment europ\u00e9en. Peut-\u00eatre faut-il une approche \u00e0 long terme, d\u00e9ployant des strat\u00e9gies politiques sur plusieurs d\u00e9cennies pour g\u00e9n\u00e9rer un sentiment europ\u00e9en. Ces strat\u00e9gies pourraient viser \u00e0 faire appel \u00e0 une identit\u00e9 culturelle et historique commune, aux avantages d’un syst\u00e8me politique qui fonctionne, ou simplement \u00e0 la possibilit\u00e9 de s’impliquer dans le processus politique \u2014 par exemple, en \u00e9lisant des membres du Parlement europ\u00e9en ou en participant \u00e0 la Conf\u00e9rence sur l’avenir de l’Europe. Il se peut toutefois que le sentiment europ\u00e9en se mat\u00e9rialise soudainement, g\u00e9n\u00e9r\u00e9 dans et par des moments de crise.<\/p>\n\n\n\n

    \u00c0 cet \u00e9gard, la guerre de la Russie contre l’Ukraine pourrait cimenter la refondation de l’Europe qui a commenc\u00e9 en 2019. Les derniers mois ont montr\u00e9 qu’apr\u00e8s la pand\u00e9mie de Covid-19, les Europ\u00e9ens attendent davantage de la coop\u00e9ration r\u00e9gionale (et surtout de l’UE) qu’auparavant. Ils peuvent se demander pourquoi, s’il a \u00e9t\u00e9 possible pour les dirigeants europ\u00e9ens de convenir d’un fonds \u00e0 grande \u00e9chelle pour soutenir le redressement de leur pays apr\u00e8s la pand\u00e9mie, il n’est pas possible aujourd’hui de cesser l’achat d’\u00e9nergie russe.<\/p>\n\n\n\n

    Les deux derni\u00e8res crises de l’Europe ont le potentiel de forger un fort sentiment europ\u00e9en. Ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es ont montr\u00e9 que les citoyens conservent une confiance constante dans l’UE, ce qui pourrait les amener \u00e0 conclure qu’elle peut leur apporter encore plus. Le risque est que, plus les attentes des citoyens sont \u00e9lev\u00e9es, plus le risque de d\u00e9sillusion est grand. Ils \u00e9valueront les performances de l’UE non seulement en fonction de sa r\u00e9ponse \u00e0 la guerre en Ukraine, mais \u00e9galement en fonction des nombreux autres d\u00e9fis politiques auxquels les Europ\u00e9ens seront confront\u00e9s dans un avenir proche. Les choix que feront les dirigeants nationaux et europ\u00e9ens sur des questions majeures, allant au-del\u00e0 de la s\u00e9curit\u00e9 et de la d\u00e9fense, fa\u00e7onneront l’opinion des Europ\u00e9ens sur l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n

    Toutefois, cette t\u00e2che ne peut \u00eatre accomplie dans le domaine politique. Pour cr\u00e9er un fort sentiment europ\u00e9en, les dirigeants doivent s’assurer qu’il existe des moyens de traduire les d\u00e9veloppements politiques en valeurs partag\u00e9es. Et pour y parvenir, les canaux de cette traduction doivent pouvoir fonctionner librement. \u00c0 cet \u00e9gard, l’ind\u00e9pendance des m\u00e9dias et la libert\u00e9 d’expression culturelle sont essentielles dans les 27 \u00c9tats membres de l’UE. Toutefois, dans certains pays, elles font d\u00e9faut \u2014 ce qui entrave l’\u00e9mergence du sentiment d’appartenance europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n

    Pour comprendre le sentiment europ\u00e9en au d\u00e9but de l’ann\u00e9e 2022 et comment celui-ci pourrait \u00e9voluer dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, le European Council on Foreign Relations et la European Culture Foundation ont supervis\u00e9 une \u00e9tude \u00e0 travers l\u2019Union europ\u00e9enne. Dans leurs \u00c9tats membres respectifs, les 27 chercheurs associ\u00e9s au r\u00e9seau de l\u2019ECFR ont \u00e9tudi\u00e9 la relation entre l’UE, les notions d’int\u00e9gration europ\u00e9enne et la situation politique actuelle. Ils ont men\u00e9 des entretiens avec les d\u00e9cideurs et les experts politiques concern\u00e9s, et se sont appuy\u00e9s sur des sondages d’opinion et d’autres sources. En mars 2022, ils ont r\u00e9alis\u00e9 une enqu\u00eate standardis\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n

    Celle-ci permet de comparer les 27 \u00c9tats membres sur trois grandes questions :<\/p>\n\n\n\n

    • Les effets de la pand\u00e9mie de Covid-19 sur les attitudes de leur pays envers l’Europe ;<\/li><\/ul>\n\n\n\n
      • La relation entre ces attitudes et les domaines politiques cruciaux suivants : la s\u00e9curit\u00e9 internationale, le climat et l’\u00e9nergie, la solidarit\u00e9 financi\u00e8re, l’\u00c9tat de droit et les migrations ;<\/li><\/ul>\n\n\n\n
        • La situation des acteurs culturels et des m\u00e9dias dans leur pays ainsi que leur capacit\u00e9 \u00e0 traduire les \u00e9v\u00e9nements du monde r\u00e9el en une valeur politique partag\u00e9e.<\/li><\/ul>\n\n\n\n

          Ce projet pilote vise \u00e9galement \u00e0 d\u00e9terminer dans quelle mesure l’id\u00e9e d’un sentiment europ\u00e9en pourrait \u00eatre utile pour comprendre les Europ\u00e9ens d’aujourd’hui \u2014 et comment ils devraient aborder les d\u00e9fis auxquels le continent est confront\u00e9.<\/p>\n\n\n\n

          La guerre et la pand\u00e9mie sont deux d\u00e9fis in\u00e9dits pour l’UE. Les dirigeants politiques europ\u00e9ens ont donc besoin d’une boussole de travail efficace pour les guider. Le pr\u00e9sent document expose les diff\u00e9rents choix que les d\u00e9cideurs de l’UE devront bient\u00f4t faire. S’ils peuvent \u00eatre tent\u00e9s de consid\u00e9rer certains d’entre eux comme des compromis \u2014 par exemple entre l’unit\u00e9 g\u00e9opolitique de l’Union et son approche des valeurs fond\u00e9e sur des principes, entre la souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et l’agenda \u00e9cologique, entre la solidarit\u00e9 financi\u00e8re et la stabilit\u00e9 \u00e9conomique \u2014, ils devraient plut\u00f4t chercher des moyens de concilier les dilemmes apparents. Ils devraient \u00e9galement reconna\u00eetre l’importance des m\u00e9dias ind\u00e9pendants, de secteurs culturels dynamiques ainsi que de la libert\u00e9 d’expression. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la signification de l’Europe aux yeux de ses citoyens, mais \u00e9galement la reconnaissance de l’UE comme l’\u00e9difice capable de maintenir la s\u00e9curit\u00e9, la prosp\u00e9rit\u00e9 et la libert\u00e9 dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n

          Consolidation dans la pand\u00e9mie<\/h2>\n\n\n\n

          En d\u00e9cembre 2020, alors que la deuxi\u00e8me vague de la pand\u00e9mie continuait \u00e0 se propager, l’ECFR a observ\u00e9 qu’il y avait encore une grande incertitude quant \u00e0 savoir si la crise allait renforcer l’unit\u00e9 entre les \u00c9tats membres, ou \u00e0 l\u2019inverse l’affaiblir. Bien que la pand\u00e9mie ne soit pas termin\u00e9e, il est d\u00e9sormais possible de r\u00e9pondre \u00e0 cette question.<\/p>\n\n\n\n

          Le Covid-19 s’est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre une exp\u00e9rience largement consolidante pour les attitudes des citoyens europ\u00e9ens envers l’UE dans la plupart des \u00c9tats membres. Selon les conclusions des 27 chercheurs associ\u00e9s de l’ECFR, dans aucun \u00c9tat membre la pand\u00e9mie n’a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience ali\u00e9nante en termes d’identification des citoyens \u00e0 l’Europe et de sentiment d’appartenance \u00e0 l’Europe. Dans plus de la moiti\u00e9 des pays, la pand\u00e9mie a plut\u00f4t \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience mixte : \u00e0 la fois ali\u00e9nante et consolidante.<\/p>\n\n\n\n

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