{"id":1397,"date":"2017-05-19T10:08:30","date_gmt":"2017-05-19T08:08:30","guid":{"rendered":"http:\/\/legrandcontinent.eu\/?p=1397"},"modified":"2021-03-17T21:21:51","modified_gmt":"2021-03-17T20:21:51","slug":"nous-avons-rencontre-bernard-hourcade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2017\/05\/19\/nous-avons-rencontre-bernard-hourcade\/","title":{"rendered":"Comprendre l’Iran du JCPOA, une conversation avec Bernard Hourcade"},"content":{"rendered":"\n
Avec Bernard Hourcade, Directeur de recherche \u00e9m\u00e9rite au CNRS dans l’UMR \u00ab Mondes Indiens et Iraniens \u00bb, grand sp\u00e9cialiste de l’Iran, et auteur du r\u00e9cent G\u00e9opolitique de l’Iran, nous abordons le r\u00f4le de l’Union Europ\u00e9enne dans l’Accord nucl\u00e9aire, le probl\u00e8me de l’euro dans les sanctions internationales, et des \u00e9lections iraniennes. L’entretien a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 le 10 mai 2017.<\/em><\/p>\n\n\n\n Avec Bernard Hourcade, Directeur de recherche \u00e9m\u00e9rite au CNRS dans l’UMR \u00ab Mondes Indiens et Iraniens \u00bb, grand sp\u00e9cialiste de l’Iran, et auteur du r\u00e9cent G\u00e9opolitique de l’Iran, nous abordons le r\u00f4le de l’Union Europ\u00e9enne dans l’Accord nucl\u00e9aire, le probl\u00e8me de l’euro dans les sanctions internationales, et des \u00e9lections iraniennes. L’entretien a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 le 10 mai 2017.<\/em><\/p>\n\n\n\n La question iranienne est la premi\u00e8re et seule question apr\u00e8s la Palestine que l\u2019UE a g\u00e9r\u00e9e de mani\u00e8re collective. L\u2019UE a en effet \u00e9tabli un dialogue \u00ab critique \u00bb d\u00e8s le d\u00e9but des sanctions iraniennes, apr\u00e8s la fin de la guerre Iran-Irak<\/a>. Cela a permis de cr\u00e9er un d\u00e9bat entre universitaires, entre think tank, entre ministres, afin de r\u00e9soudre les innombrables probl\u00e8mes qui existaient alors. L\u2019affaire Rushdie<\/a> a mis un terme \u00e0 ce dialogue critique, faisant passer les iraniens pour des personnes non fr\u00e9quentables. Ensuite, lorsque Khatami est arriv\u00e9 au pouvoir en 1997, le dialogue, de critique, s\u2019est fait politique<\/a>. Ce dialogue politique s\u2019est interrompu avec l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Ahmadinejad.<\/p>\n\n\n\n L\u2019Europe s\u2019est donc manifest\u00e9e assez t\u00f4t par son refus de placer l\u2019Iran hors du monde, et avait d\u00e9velopp\u00e9, \u00e0 cette occasion, un dialogue de grande qualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n\n\n En 2003, les USA envahissent l\u2019Irak. Pendant ce temps-l\u00e0, en Iran, on disait que l\u2019Afghanistan \u00e9tait le petit d\u00e9jeuner, l\u2019Irak le d\u00e9jeuner, et que l\u2019Iran serait le grand d\u00eener de gala des USA. La crainte d\u2019une attaque am\u00e9ricaine a suscit\u00e9 la d\u00e9marche de Villepin pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me fondamental du nucl\u00e9aire. Les ministres fran\u00e7ais et anglais (Dominique de Villepin et Jack Straw) ont demand\u00e9 \u00e0 Joschka Fischer (ministre allemand, farouchement antinucl\u00e9aire) de se joindre \u00e0 eux pour tenter une m\u00e9diation avec l\u2019Iran. Une tr\u00e8s grande victoire diplomatique a \u00e9t\u00e9 obtenue en quelques heures de discussion, et sans n\u00e9gociations pr\u00e9alables entre experts. Cette premi\u00e8re n\u00e9gociation a lanc\u00e9 la voie vers le JCPOA, qui n\u2019en est que l\u2019ultime aboutissement. C\u2019est une victoire de l\u2019UE si l\u2019on prend en compte cette premi\u00e8re impulsion.<\/p>\n\n\n\n Mais sur le plan formel, de l\u2019intelligence politique, il s\u2019agit d\u2019un \u00e9chec, car la faiblesse europ\u00e9enne est r\u00e9elle vis-\u00e0-vis des USA qui ont refus\u00e9 l\u2019accord de 2003. L\u2019UE est capable de secouer une situation, mais si les Am\u00e9ricains ne jouent pas le jeu, aucun probl\u00e8me ne sera r\u00e9solu. On peut aboutir \u00e0 cette m\u00eame conclusion aujourd\u2019hui : tant que les Am\u00e9ricains ne respectent pas l\u2019accord dans son esprit (car ils le respectent, grosso modo<\/em>, dans sa lettre), l\u2019accord est, sinon un \u00e9chec, du moins inabouti.<\/p>\n\n\n\n Oui, c\u2019est pourquoi les Europ\u00e9ens ont associ\u00e9 les Chinois et les Russes aux n\u00e9gociations, puis les Am\u00e9ricains, pour former le fameux E3+3. Du point de vue europ\u00e9en, les membres de l\u2019accord sont appel\u00e9s \u00ab E3+3 \u00bb (les trois Europ\u00e9ens qui lancent la n\u00e9gociation, et trois autres pays, rajout\u00e9s par la suite, par simple courtoisie). Tandis que, du point de vue am\u00e9ricain, on appelle<\/a> les n\u00e9gociateurs \u00ab P5+1 \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire, les cinq membres du Conseil de S\u00e9curit\u00e9, les cinq grands, et l\u2019Allemagne qui s\u2019est trouv\u00e9e, de fait, embarqu\u00e9e dans les n\u00e9gociations.<\/p>\n\n\n\n Il y a une peur des Am\u00e9ricains qui emp\u00eache les investisseurs.<\/p>Bernard Hourcade<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Qui plus est, les USA ne respectent pas l\u2019esprit du JCPOA (notamment en ce qui concerne les sanctions contre le terrorisme), ce qui bloque la reprise \u00e9conomique iranienne. Certaines entreprises s\u2019interrogent sur le manque de r\u00e9action europ\u00e9enne, car si l\u2019UE disait fermement aux USA : la Chine et la Russie sont d\u2019accord, nous sommes d\u2019accord, et vous emp\u00eachez la mise en \u0153uvre de l\u2019accord ; si l\u2019UE tapait du poing sur la table, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain ne pourrait pas r\u00e9sister. Cette volont\u00e9, avec le Brexit, n\u2019est pas op\u00e9rationnelle, et l\u2019on en reste \u00e0 du wishful thinking<\/em>.<\/p>\n\n\n\n Les moyens sont l\u00e0. Les USA ne peuvent pas se mettre en guerre \u00e9conomique contre l\u2019UE. Mais l\u2019UE n\u2019a pas envie d\u2019une confrontation. Les \u00e9changes entre la France et la Belgique sont de 30 milliards de $, et de 500 millions avec l\u2019Iran. L\u2019Iran est un pays tr\u00e8s beau et int\u00e9ressant, mais pour la France, c\u2019est un soixanti\u00e8me de la Belgique. L\u2019exportation fran\u00e7aise n\u2019est pas l\u2019essentiel du d\u00e9bat. Mais l\u2019Iran ne vaut pas une guerre \u00e9conomique. En revanche, la guerre en Syrie rend impossible de n\u00e9gliger l\u2019Iran \u00e0 l\u2019international. N\u00e9anmoins, les d\u00e9bats actuels, pour les \u00e9lections fran\u00e7aises, montrent que l\u2019Europe n\u2019a pas le vent en poupe pour n\u00e9gocier de mani\u00e8re forte et originale, en tant qu\u2019Europe, avec l\u2019Iran. Peut-\u00eatre le r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9lection fran\u00e7aise changera-t-il quelque chose, mais c\u2019est tr\u00e8s hypoth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n Non, car les sanctions europ\u00e9ennes sont de fait lev\u00e9es, et l\u2019on peut investir en Iran. C\u2019est n\u00e9anmoins extr\u00eamement compliqu\u00e9, en raison de la menace am\u00e9ricaine (avec le spectre de la BNP). Il y a une peur des Am\u00e9ricains qui emp\u00eache les investisseurs. Investir en Iran demande beaucoup d\u2019avocats et de conseillers. Il est extr\u00eamement compliqu\u00e9 de vendre un stylo bille \u00e0 l\u2019Iran. Pour Airbus, cela peut en valoir la peine. Mais m\u00eame la vente d\u2019avions est compliqu\u00e9e, ce qui fait que l\u2019Iran n\u2019ach\u00e8te pas mais loue simplement des avions.<\/p>\n\n\n\n En effet, et d\u2019ailleurs, l\u2019administration am\u00e9ricaine constate elle aussi que l\u2019Iran respecte l\u2019accord nucl\u00e9aire. N\u00e9anmoins, trois jours apr\u00e8s, Trump contredit son administration en critiquant violemment<\/a> l\u2019Iran et le JCPOA.<\/p>\n\n\n\n\n\n Quand on commerce avec l\u2019Iran, pas un sou ne doit passer par un circuit am\u00e9ricain. Tout pourrait se passer en Euro, bien entendu, mais il n\u2019existe pas de m\u00e9canisme pour que cela fonctionne. De m\u00eame, le Brexit \u00e9loigne la City <\/em>londonienne de l\u2019UE (elle s\u2019est polaris\u00e9e). On pourrait imaginer une bourse \u00e0 Francfort ou au Luxembourg, mais il n\u2019y a pas de politique europ\u00e9enne. Les entreprises demandent \u00e0 ce qu\u2019il existe une chambre de compensation europ\u00e9enne en euro, pour passer par elle afin de commercer avec l\u2019Iran (il n\u2019y aurait aucun probl\u00e8me dans ce cas). Aucun pays europ\u00e9en ne s\u2019y met. Il n\u2019y a pas de structure \u00e9conomique envisag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Les iraniens ne reconnaissent pas l\u2019Europe. Ils ont des relations avec les Fran\u00e7ais, les Anglais, les Allemands, les Russes. Ils connaissent \u00e9galement bien l\u2019ONU, la FAO, et toutes les organisations internationales : tous les \u00c9tats sont l\u00e0, et l\u2019Iran y a sa place. En revanche, l\u2019Iran a du mal avec les institutions multi\u00e9tatiques.<\/p>\n\n\n\n Mogherini avait pr\u00e9vu d\u2019ouvrir une ambassade europ\u00e9enne en Iran, le principe avait \u00e9t\u00e9 accept\u00e9, mais rien n\u2019a suivi. Les Iraniens pr\u00e9f\u00e8rent jouer les Allemands contre les Fran\u00e7ais, les Fran\u00e7ais contre les Anglais, mais pas n\u00e9gocier avec tous ces acteurs \u00e0 la fois. M\u00eame lors du dialogue critique, ils n\u2019ont jamais fait vraiment confiance \u00e0 l\u2019UE. Il n\u2019y a jamais eu, il faut dire, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019UE, de ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res disposant d\u2019une grande influence. En revanche, les Iraniens \u00e9taient tr\u00e8s contents lorsque les trois ministres des trois grandes puissances europ\u00e9ennes, en 2003, ont d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran \u00e0 8h du matin apr\u00e8s un vol de nuit. Alors que le commissaire europ\u00e9en, pour eux, est un simple fonctionnaire sans int\u00e9r\u00eat. Trois ministres de grandes puissances historiques, \u00e7a, \u00e7a satisfait l\u2019ego iranien ! Cela tient aux Europ\u00e9ens, mais aussi aux Iraniens qui ont une vision tr\u00e8s bilat\u00e9rale des relations internationales. Ils respectent les Etats, et ont une logique tr\u00e8s jacobine.<\/p>\n\n\n\n Le Brexit ne change presque rien. Le Brexit peut \u00eatre un inconv\u00e9nient pour les Anglais, car ils pouvaient se cacher derri\u00e8re l\u2019UE pour critiquer l\u2019Iran, et se d\u00e9fendre contre ses \u00e9ventuelles attaques. Par exemple, en 2011, l\u2019ambassade anglaise est saccag\u00e9e. L\u00e0, l\u2019Union Europ\u00e9enne a jou\u00e9 \u00e0 fond, il y a eu une solidarit\u00e9 europ\u00e9enne en b\u00e9ton ! N\u00e9anmoins, cette solidarit\u00e9 existera, avec ou sans UE.<\/p>\n\n\n\n Si Fabius a r\u00e9agi lors du JCPOA, c\u2019est avant tout par orgueil national (les Am\u00e9ricains avaient tout n\u00e9goci\u00e9 seuls sans consulter ni m\u00eame informer les Europ\u00e9ens).<\/p>Bernard Hourcade C\u2019est vrai pour Villepin et pour Chirac (qui \u00e9tait plus \u00e0 l\u2019\u00e9coute des services secrets sur la r\u00e9alit\u00e9 iranienne). En revanche, il y a \u00e9galement le probl\u00e8me de l\u2019ego national. Si Fabius a r\u00e9agi lors du JCPOA, c\u2019est avant tout par orgueil national (les Am\u00e9ricains avaient tout n\u00e9goci\u00e9 seuls sans consulter ni m\u00eame informer les Europ\u00e9ens). Il n\u2019a pas accept\u00e9 de signer un papier n\u00e9goci\u00e9 sans sa participation. L\u2019accord a certes \u00e9t\u00e9 am\u00e9lior\u00e9 durant l\u2019ann\u00e9e suppl\u00e9mentaire de n\u00e9gociation, mais le d\u00e9lai suppl\u00e9mentaire a donn\u00e9 du cr\u00e9dit aux sceptiques, en repoussant la fin des sanctions \u00e0 la fin du mandat d\u2019Obama (\u00e7a ne lui laissait pas le temps de lui donner de l\u2019ampleur).<\/p>\n\n\n\n Le fond de l\u2019accord, c\u2019est que l\u2019accord est un accord politique, qui dit que \u00ab l\u2019Iran est un pays convenable \u00bb. Or la dimension politique de l\u2019accord a p\u00e2ti du d\u00e9lai suppl\u00e9mentaire impos\u00e9 par Fabius. On est repass\u00e9 du dialogue politique au dialogue critique, en quelque sorte. Cela a \u00e9galement justifi\u00e9 la m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de l\u2019Iran. Or le probl\u00e8me, avec l\u2019Iran, ne se situe pas au niveau des menaces objectives, mais de la confiance r\u00e9ciproque.<\/p>\n\n\n\n Du point de vue fran\u00e7ais \u2013 et il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une question qui va se poser d\u2019ailleurs apr\u00e8s les \u00e9lections – le personnel diplomatique sous Sarkozy et sous Hollande, est le m\u00eame (les cadres du quai d\u2019Orsay). La m\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9tique vis-\u00e0-vis de l\u2019Iran risque d\u2019\u00eatre maintenue. Ce qui va donner des arguments \u00e0 Trump pour dire \u00ab regardez comme les Iraniens sont m\u00e9chants, si m\u00eame les Fran\u00e7ais s\u2019en m\u00e9fient \u00bb. Sur le dossier iranien, le fait que les diplomates fran\u00e7ais restent m\u00e9fiants vis-\u00e0-vis de l\u2019Iran va emp\u00eacher que l\u2019UE se dote d\u2019une capacit\u00e9 politique pour traiter s\u00e9rieusement avec l\u2019Iran.<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00e9lection de Trump est \u00e0 nouveau ambivalente pour les relations UE\/Iran. D\u2019une part, Trump agite \u00e0 nouveau la menace de sanctions impr\u00e9visibles \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Iran, ce qui devrait dissuader les entreprises europ\u00e9ennes de s\u2019y installer. D\u2019autre part, cette m\u00eame impr\u00e9visibilit\u00e9 pourrait conduire l\u2019Iran \u00e0 se tourner vers l\u2019Europe, qui deviendrait la puissance de r\u00e9f\u00e9rence par sa stabilit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Du point de vue de la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019Iran se porte vers la Russie (ils y vont, car cela leur permet de prendre un certain pouvoir de l\u2019Afghanistan \u00e0 la Syrie). Du point de vue \u00e9conomique, les USA refusant \u00e0 tout citoyen am\u00e9ricain de travailler en Iran, cela ouvre une porte immense \u00e0 l\u2019UE. D\u2019autant plus que les Iraniens veulent des technologies europ\u00e9ennes. Or les Russes n\u2019exportent pas de technologie, et les Chinois en exportent, mais il s\u2019agit de technologies de facture europ\u00e9enne. L\u2019UE ne sera cr\u00e9dible politiquement que le jour o\u00f9 il y aura une pr\u00e9sence europ\u00e9enne \u00e9conomique en Iran. Si les entreprises europ\u00e9ennes s\u2019installent de mani\u00e8re durable, cela recr\u00e9era une situation de confiance r\u00e9ciproque.<\/p>\n\n\n\n La politique de m\u00e9fiance qui existe au quai d\u2019Orsay tient un double discours : allez en Iran, c\u2019est un beau et grand pays ! Mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, observons la carte des \u00ab risques \u00bb que le Quai montre aux voyageurs :<\/p>\n\n\n\n Or, en Iran, il y a une bonne s\u00e9curit\u00e9, sauf si vous voulez acheter de l\u2019h\u00e9ro\u00efne au Baloutchistan [NDLR : le Baloutchistan est la r\u00e9gion du Sud-Est qui jouxte le Pakistan et l\u2019Afghanistan \u2013 le trafic de drogue y est tr\u00e8s important]. Mais \u00ab l\u2019Iran est un pays terroriste \u00bb. D\u2019apr\u00e8s la carte du Quai d\u2019Orsay, on ne peut presque pas aller \u00e0 Pers\u00e9polis ! Quand une entreprise veut aller en Iran, les dirigeants ont peur d\u2019aller \u00e0 Chiraz : nos ing\u00e9nieurs ne seront-ils pas en danger ? Ces cartes, m\u00eame les cartes de T\u00e9h\u00e9ran (qui montrent certains quartiers dangereux) sont physiquement fausses.<\/p>\n\n\n\n D\u2019ailleurs, l\u2019Iran est encore aujourd\u2019hui jug\u00e9 en partie responsable du 11 septembre : 1,5 milliards ont \u00e9t\u00e9 gel\u00e9 par le tribunal de New York, car un certain nombre de familles de victimes consid\u00e8rent que le coup a \u00e9t\u00e9 fait par des Iraniens. Les juges ont estim\u00e9 que, tant que l\u2019on n\u2019aurait pas prouv\u00e9 que les Saoudiens n\u2019\u00e9taient pas en fait des Iraniens d\u00e9guis\u00e9s, les avoirs restent gel\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n Tout cela cr\u00e9e un contexte. Les entreprises ont peur du discours ambiant. Les gouvernements passent, la m\u00e9fiance demeure. Il faudra voir si le prochain ministre a une politique un peu forte, mais la notion d\u2019\u00ab Iran threat \u00bb demeure.<\/p>\n\n\n\n Ils les suivent de pr\u00e8s. La France a jou\u00e9 un r\u00f4le assez positif durant la guerre Iran-Irak. Qui plus est, la France est le seul pays europ\u00e9en au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 (depuis le Brexit) ; ce qui, pour les Iraniens qui sont tr\u00e8s \u00e0 cheval sur les principes du droit international, est tr\u00e8s important. De m\u00eame, la politique fran\u00e7aise, concernant la Palestine, la Syrie, contre Daesh, est appr\u00e9ci\u00e9e. En Syrie, les forces sp\u00e9ciales fran\u00e7aises travaillent avec des Iraniens et des Kurdes (cela se fait au niveau des capitaines et non des g\u00e9n\u00e9raux). La politique fran\u00e7aise, l\u2019engagement fran\u00e7ais est pris en consid\u00e9ration par les Iraniens. Il y a une r\u00e9alit\u00e9 militaire de collaboration.<\/p>\n\n\n\n\n\nDe la n\u00e9gociation de 2003 au JCPOA<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Les premi\u00e8res n\u00e9gociations sur le nucl\u00e9aire iranien ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es au niveau europ\u00e9en par Javier Solana<\/a> en 2003. N\u00e9anmoins, ces n\u00e9gociations n\u2019ont abouti \u00e0 un accord qu\u2019en 2015, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019action am\u00e9ricaine. Est-ce l\u00e0 le signe de l\u2019absence de g\u00e9opolitique europ\u00e9enne, ou bien au contraire un premier exemple de \u00ab politique \u00e9trang\u00e8re europ\u00e9enne \u00bb ?<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Le JCPOA mis en \u00e9chec par les Etats-Unis<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Ainsi, vous soutenez que, sans la participation active des Etats-Unis, les n\u00e9gociations europ\u00e9ennes sont vaines.<\/h3>\n\n\n\n
Est-ce que l\u2019UE manque de moyens d\u2019action contre les Etats-Unis ?<\/h3>\n\n\n\n
<\/p>\n\n\n\nCela ne vaudrait donc pas une confrontation diplomatique ?<\/h3>\n\n\n\n
La lev\u00e9e des sanctions \u00e0 Vienne le 16 juillet 2016 est-elle donc purement symbolique ?<\/h3>\n\n\n\n
Et pourtant, l\u2019Iran semble respecter les termes de l\u2019accord.<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nLe vide europ\u00e9en : l\u2019euro ne concurrence pas le dollar<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Les entreprises europ\u00e9ennes ne peuvent pas commercer avec l\u2019Iran car la grande majorit\u00e9 des transactions passent par le syst\u00e8me financier am\u00e9ricain (car elles sont faites en dollars). Cela montre que l\u2019\u00e9chec g\u00e9opolitique de l\u2019UE est, sur le plan \u00e9conomique, un \u00e9chec de l\u2019Euro comme monnaie qui reste, en d\u00e9pit de la puissance \u00e9conomique de l\u2019UE, d\u00e9pendante du dollar pour les transactions internationales.<\/h3>\n\n\n\n
L\u2019Iran et les nations europ\u00e9ennes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Est-ce que les hommes politiques iraniens reconnaissent l\u2019Europe comme un tout, ou bien suivent, dans leurs relations diplomatiques comme dans leur vision g\u00e9opolitique, un sch\u00e9ma essentiellement jacobin, fond\u00e9 sur la pr\u00e9\u00e9minence de l\u2019\u00c9tat ?<\/h3>\n\n\n\n
On pourrait penser, d\u2019une part, que l\u2019Angleterre \u00e9tant l\u2019ennemi h\u00e9r\u00e9ditaire de l\u2019Iran, le Brexit pourrait contribuer \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des relations UE\/Iran. On pourrait, \u00e0 l\u2019inverse, consid\u00e9rer que le Brexit fragilise l\u2019unit\u00e9 Europ\u00e9enne, et donc, les liens entre l\u2019UE et l\u2019Iran. Qu\u2019en est-il ?<\/h3>\n\n\n\n
<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nL’attitude fran\u00e7aise vis-\u00e0-vis de l\u2019Iran<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Lorsqu\u2019on lit les r\u00e9cits des n\u00e9gociations nucl\u00e9aires par Villepin ou Fabius, on a l\u2019impression que la France, et notamment le Ministre en charge des op\u00e9rations, est \u00e0 l\u2019origine de la plupart des r\u00e9ussites, \u00e0 la source des propositions les plus audacieuses. Qu\u2019en est-il ?<\/h3>\n\n\n\n
M\u00e9fiance du Quai d’Orsay vis-\u00e0-vis de l\u2019Iran<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Les \u00e9lections fran\u00e7aises<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Comment les Iraniens per\u00e7oivent-ils les \u00e9lections fran\u00e7aises ?<\/h3>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n <\/a>\n<\/figure>\n\n\nLes \u00e9lections iraniennes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Pouvez-vous nous pr\u00e9senter les diff\u00e9rents candidats ?<\/h3>\n\n\n\n