{"id":139359,"date":"2022-05-09T10:43:22","date_gmt":"2022-05-09T08:43:22","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=139359"},"modified":"2022-05-11T10:13:14","modified_gmt":"2022-05-11T08:13:14","slug":"la-terreur-comme-seul-mode-de-gouvernement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/05\/09\/la-terreur-comme-seul-mode-de-gouvernement\/","title":{"rendered":"La terreur comme seul mode de gouvernement"},"content":{"rendered":"\n
Depuis quand le Kremlin nourrit-il le projet de s\u2019emparer de l\u2019Ukraine, dont Vladimir Poutine nie le droit \u00e0 l\u2019existence en tant qu\u2019\u00c9tat et en tant que peuple<\/a> ? <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> Les atrocit\u00e9s russes en Ukraine<\/a> (le meurtre de civils, le mitraillage et le bombardement \u00e0 l\u2019artillerie lourde de quartiers r\u00e9sidentiels, d\u2019h\u00f4pitaux, de maternit\u00e9s et de jardins d\u2019enfants) sont-elles une tactique de guerre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e ou les \u00ab al\u00e9as d\u2019une op\u00e9ration militaire sp\u00e9ciale \u00bb ? Enfin, dans quel projet g\u00e9opolitique cette guerre terrible s\u2019inscrit-elle, du point de vue des id\u00e9ologues du Kremlin ?<\/p>\n\n\n\n Certains \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse nous sont fournis par l\u2019ouvrage de Mikha\u00efl Yuriev, Le Troisi\u00e8me Empire : La Russie telle qu\u2019elle devrait \u00eatre<\/em> (2006) <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> dont nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 des extraits <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. R\u00e9dig\u00e9 sous la forme d\u2019un roman utopique\/dystopique, ce pamphlet politique, comme bien d\u2019autres ouvrages du m\u00eame type, a fa\u00e7onn\u00e9 la mentalit\u00e9 de l\u2019entourage poutinien.<\/p>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui on peut lire comme un bulletin d\u2019informations le pamphlet de Yuriev qui pr\u00e9disait la guerre en G\u00e9orgie (2008) et le sc\u00e9nario de l\u2019annexion de la Crim\u00e9e : par exemple le calcul sur \u00ab la peur de l\u2019Occident de la bombe atomique \u00bb, sur son refus de mettre en p\u00e9ril la vie de millions de gens et d\u2019aggraver la situation, fait figure chez Yuriev comme chez Poutine d\u2019un atout majeur de la politique de la Russie. Bien s\u00fbr Yuriev n\u2019\u00e9tait ni un g\u00e9opoliticien de g\u00e9nie ni un proph\u00e8te. Mais son roman ouvre une fen\u00eatre sur les repr\u00e9sentations qui animent ces cercles ainsi que sur les principaux th\u00e8mes de la propagande russe actuelle.<\/p>\n\n\n\n Mikha\u00efl Yuriev (1959-2019) homme d\u2019affaires prosp\u00e8re et ancien vice-pr\u00e9sident de la Douma russe, faisait partie de l\u2019entourage rapproch\u00e9 de Vladimir Poutine. Comme bien d\u2019autres id\u00e9ologues d\u2019extr\u00eame-droite, il s\u2019est efforc\u00e9 d\u2019influencer \u00e0 la fois le Pr\u00e9sident russe, auquel il adressait directement ses \u00e9crits politiques, et l\u2019opinion publique du pays.<\/p>\n\n\n\n Dans le roman utopique dont je pr\u00e9sente ci-dessous une s\u00e9lection d\u2019extraits, le narrateur, un historien latino-am\u00e9ricain vivant en 2954, remonte aux origines du \u00ab Troisi\u00e8me Empire \u00bb dont la fondation aurait \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e par Vladimir II le Restaurateur, puis achev\u00e9e par Gabriel le Grand. Ce Troisi\u00e8me Empire, selon la vision de Yuriev, se donnait pour ambition de faire revivre les traditions de la Russie imp\u00e9riale et de l\u2019Union Sovi\u00e9tique, m\u00e2tin\u00e9es de celles d\u2019autres empires eurasiens du pass\u00e9 : les Empires romain et byzantin.<\/p>\n\n\n\n La conqu\u00eate de l\u2019Ukraine repr\u00e9sente, dans l\u2019utopie de Yuriev, le point de d\u00e9part strat\u00e9gique de cette politique imp\u00e9riale. Yuriev, comme Poutine, consid\u00e8re que le Ma\u00efdan 2004 fait partie d\u2019un complot am\u00e9ricain contre la Russie, et c\u2019est pratiquement dans les m\u00eames termes que non seulement il d\u00e9nie \u00e0 l\u2019Ukraine son droit \u00e0 une structure \u00e9tatique ind\u00e9pendante, mais qu’il d\u00e9nie \u00e9galement aux Ukrainiens le droit de se consid\u00e9rer comme un peuple \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n Le r\u00e9cit de la cr\u00e9ation du Troisi\u00e8me Empire s\u2019ouvre sur un soul\u00e8vement ukrainien, qui aurait \u00e9clat\u00e9 \u00ab sous des slogans de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019int\u00e9gration forc\u00e9e du pays dans l\u2019Europe et l\u2019OTAN sous le patronage de l\u2019Am\u00e9rique et de la Pologne, ainsi que des appels \u00e0 l\u2019unification avec la Russie \u00bb. Selon Yuriev, c\u2019est bien la Russie qui aurait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine du soul\u00e8vement : ses troupes seraient entr\u00e9es en Ukraine \u00e0 la suite d\u2019une guerre non-d\u00e9clar\u00e9e \u2013 ou \u00ab hybride \u00bb, comme on l\u2019appelait en 2014.<\/p>\n\n\n\n Il faut tenir compte du fait que Yuriev \u00e9tait \u00e9galement membre du Conseil politique du parti \u00ab Eurasie \u00bb, lequel appelait, sous la direction du n\u00e9o-fasciste Alexandre Douguine, \u00e0 la restauration des empires russe et sovi\u00e9tique, ainsi qu\u2019\u00e0 la conqu\u00eate de la Crim\u00e9e et de l\u2019Ukraine. Force est de constater que Yuriev s\u2019est leurr\u00e9 en postulant qu\u2019une partie du territoire ukrainien se serait r\u00e9jouie de l\u2019occupation russe. N\u2019est-ce pas aussi la raison pour laquelle Poutine a pu croire qu\u2019il c\u00e9l\u00e9brerait la victoire \u00e0 Kiev d\u00e8s le deuxi\u00e8me jour de son invasion ?<\/p>\n\n\n\n Cependant, toutes ces op\u00e9rations repr\u00e9sentaient moins une confrontation ouverte avec l\u2019Occident qu\u2019une pr\u00e9paration aux cons\u00e9quences de cet affrontement. Elles donn\u00e8rent naturellement lieu \u00e0 de s\u00e9v\u00e8res condamnations de la part de l\u2019Occident, auxquelles la Russie r\u00e9pondit sur le m\u00eame ton. N\u00e9anmoins, ces \u00e9changes d\u2019invectives, assez typiques des relations internationales au temps des \u00c9tats-nations, rest\u00e8rent de simples paroles. L\u2019\u00e9tincelle qui mit le feu aux poudres et fit de cette confrontation verbale un conflit bien r\u00e9el vint finalement de l\u2019Ukraine voisine. Ce pays, devenu ind\u00e9pendant au cours du second \u00ab Temps des Troubles \u00bb <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span> irritait la Russie par son existence m\u00eame, bien plus que tous les autres \u00c9tats postsovi\u00e9tiques, et ce pour une raison \u00e9vidente : c\u2019est que ces autres \u00c9tats constituaient des \u00c9tats-nations \u00e0 proprement parler, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s des Russes sur le plan ethnique, tandis que les Ukrainiens ne s\u2019en diff\u00e9renciaient en rien \u2013 ils \u00e9taient, de fait, des Russes. Au livre L\u2019Ukraine n\u2019est pas la Russie<\/em>, \u00e9crit par le deuxi\u00e8me pr\u00e9sident ukrainien Leonid Koutchma <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, on pourrait r\u00e9torquer dans les mots de l\u2019\u00e9crivain russo-ukrainien Boulgakov<\/a> : \u00ab Je vous f\u00e9licite, citoyen, vous avez menti ! \u00bb <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 tout, la Russie se gardait bien d\u2019interf\u00e9rer dans les affaires de l\u2019Ukraine (si ce n\u2019est dans la stricte mesure o\u00f9 les grands \u00c9tats interf\u00e8rent toujours dans les affaires de leurs voisins plus petits), en d\u00e9pit m\u00eame de la rh\u00e9torique antirusse qui y confinait parfois \u00e0 l\u2019hyst\u00e9rie. \u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2004 eut lieu la soi-disant \u00ab R\u00e9volution Orange \u00bb, orchestr\u00e9e par les \u00c9tats-Unis, en cons\u00e9quence de laquelle un gouvernement pro-am\u00e9ricain, hostile \u00e0 la Russie, s\u2019empara du pouvoir. Cette prise de pouvoir se fit \u00e0 la faveur de manipulations et de d\u00e9sordres divers, contre la volont\u00e9 m\u00eame des populations de l\u2019est et du sud de l\u2019Ukraine. Ces territoires, qui repr\u00e9sentaient jusqu\u2019\u00e0 la moiti\u00e9 de la population du pays et l\u2019essentiel de son potentiel \u00e9conomique (au demeurant assez modeste), n\u2019ont jamais cru appartenir \u00e0 la civilisation occidentalo-europ\u00e9enne. Au contraire, ils se sont toujours v\u00e9cus comme une partie int\u00e9grante de la Russie, par opposition aux populations de l\u2019Ukraine centrale et, \u00e0 plus forte raison encore, de l\u2019Ukraine occidentale. <\/p>\n\n\n\n Des \u00e9lections l\u00e9gislatives se tinrent en 2006, au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019Ukraine, d\u2019apr\u00e8s les nouvelles dispositions de sa Constitution, devenait une r\u00e9publique parlementaire. Ces \u00e9lections devaient donc logiquement d\u00e9terminer qui gouvernerait le pays. Contre les attentes du Pr\u00e9sident, du gouvernement et de leurs tuteurs (ou plut\u00f4t de leurs marionnettistes) occidentaux, le parti au pouvoir perdit les \u00e9lections, malgr\u00e9 les consid\u00e9rables ressources administratives qu\u2019il y avait \u00e9hont\u00e9ment investies. Sur fond de cette crise prolong\u00e9e, ou plut\u00f4t de ce cort\u00e8ge de crises successives, le Pr\u00e9sident prit en 2007 la d\u00e9cision de dissoudre le parlement, sans pour autant confier la direction du pays au Premier ministre, prot\u00e9g\u00e9 des r\u00e9gions de l\u2019Est, bien qu\u2019il dispos\u00e2t de la majorit\u00e9 parlementaire. Cette majorit\u00e9, soutenue par des oligarques qui trempaient dans la criminalit\u00e9, a suscit\u00e9 des jugements contrast\u00e9s. Il n\u2019en reste pas moins que la dissolution fut une v\u00e9ritable offense aux \u00e9lecteurs. Ainsi s\u2019explique le soul\u00e8vement que connurent les r\u00e9gions de l\u2019est et du sud de l\u2019Ukraine \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2007 : il ne pouvait pas en \u00eatre autrement. <\/p>\n\n\n\n Cette r\u00e9volte, qui rappelle dans son essence historique celle de 1649-1654 par laquelle l\u2019Ukraine orientale fut incorpor\u00e9e \u00e0 la Russie <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>, \u00e9clata sous des slogans de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019int\u00e9gration forc\u00e9e du pays dans l\u2019Europe et l\u2019OTAN sous le patronage de l\u2019Am\u00e9rique et de la Pologne, ainsi que des appels \u00e0 l\u2019unification avec la Russie. Ce sont au total douze r\u00e9gions (Donetsk, Kharkov, Zaporojie, Lougansk, Dniepropetrovsk, Kherson, Odessa, Nikola\u00efev et la Crim\u00e9e) qui d\u00e9clar\u00e8rent ne pas reconna\u00eetre le gouvernement ukrainien (ni, d\u2019ailleurs, l\u2019\u00c9tat ukrainien) et proclam\u00e8rent la \u00ab R\u00e9publique de Donetsk et de la mer Noire \u00bb. Ces insurg\u00e9s \u00e9vinc\u00e8rent les repr\u00e9sentants du pouvoir central, hormis ceux qui avaient ralli\u00e9 la r\u00e9bellion. Ils d\u00e9sign\u00e8rent leurs propres repr\u00e9sentants et annonc\u00e8rent un r\u00e9f\u00e9rendum sur la sortie de l\u2019Ukraine et l\u2019int\u00e9gration \u00e0 la Russie. Lorsque les autorit\u00e9s ukrainiennes ordonn\u00e8rent \u00e0 toutes les troupes d\u00e9ploy\u00e9es \u00e0 l\u2019Est et au Sud de combattre les insurg\u00e9s, la majorit\u00e9 d\u2019entre elles pass\u00e8rent \u00e0 l\u2019ennemi, ainsi qu\u2019une part cons\u00e9quente des forces de police et des services de renseignement. Le reste des troupes refusa de prendre part aux affrontements : une partie d\u2019entre elles quitta la zone de combat sans armes ; une autre se retrouva coinc\u00e9e dans ses propres bases militaires. <\/p>\n\n\n\n Bien s\u00fbr, tout cela \u00e9tait absolument ill\u00e9gal. Mais, comme on dit en Russie : \u00ab Une r\u00e9bellion ne peut pas \u00eatre victorieuse, sans quoi on ne l\u2019appelle plus une r\u00e9bellion. \u00bb Si le soul\u00e8vement n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9 de succ\u00e8s, on le qualifierait assur\u00e9ment dans les livres d\u2019histoire d\u2019aujourd\u2019hui de \u00ab r\u00e9bellion \u00bb ill\u00e9gale. Formellement, la Russie d\u00e9clara qu\u2019elle prenait ses distances avec les \u00e9v\u00e9nements en cours, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une affaire interne aux Ukrainiens de l\u2019Est, tout en pr\u00e9cisant qu\u2019elle ne pouvait ignorer les int\u00e9r\u00eats d\u2019un peuple-fr\u00e8re et qu\u2019elle se montrerait pr\u00eate \u00e0 l\u2019accueillir en Russie s\u2019il en d\u00e9cidait ainsi. Il est encore difficile aujourd\u2019hui de dire si la Russie a contribu\u00e9 \u00e0 pr\u00e9parer ce soul\u00e8vement ou s\u2019il fut un \u00e9v\u00e9nement purement national. Quoi qu\u2019il en soit, il est regard\u00e9 comme un \u00e9pisode h\u00e9ro\u00efque de l\u2019histoire du peuple russe. <\/p>\n\n\n\n Pendant ce temps, les autorit\u00e9s ukrainiennes demandaient le soutien de l\u2019OTAN, dont quelques divisions se mirent en mouvement \u2013 dans les r\u00e9gions centrale et occidentale du pays, pas encore dans la zone du soul\u00e8vement. Pendant ce temps, la Russie ne resta pas \u00e9berlu\u00e9e, \u00e0 attendre le d\u00e9luge, comme le dit le dicton. En mars 2008, \u00e0 la demande des dirigeants de l\u2019insurrection, elle posta un corps de 80 000 soldats dans l\u2019est de l\u2019Ukraine. La flotte de la mer Noire, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9ploy\u00e9e au sud de l\u2019Ukraine, fut mise en \u00e9tat d\u2019alerte maximale et ses bases c\u00f4ti\u00e8res furent renforc\u00e9es par des troupes d\u2019infanterie de marine venues de l\u2019int\u00e9rieur du pays. L\u2019OTAN r\u00e9pliqua en envoyant ses troupes vers l\u2019Ukraine de l\u2019Est, tandis que les unit\u00e9s russes venaient \u00e0 leur rencontre. Le choc eut lieu \u00e0 la fronti\u00e8re des r\u00e9gions de Dniepropetrovsk et de Kirovograd (c\u2019\u00e9tait alors le nom que portaient Ekaterinoslav et Elizavetograd), pr\u00e8s d\u2019un lieu appel\u00e9 Piatykhatky. Pr\u00e8s de 140 000 soldats se firent face, avec l\u2019appui de blind\u00e9s et de forces d\u2019artillerie. Ainsi commen\u00e7a ce qu\u2019on a appel\u00e9 la \u00ab bataille du Car\u00eame \u00bb, parce qu\u2019elle eut lieu au moment m\u00eame du Car\u00eame orthodoxe<\/a>. <\/p>\n\n\n\n Dans les m\u00e9dias et l\u2019establishment politique de l\u2019Europe et des \u00c9tats-Unis, l\u2019hyst\u00e9rie antirusse atteignit alors des niveaux proprement surr\u00e9alistes. On en venait \u00e0 dire que les Russes repr\u00e9sentaient pour l\u2019humanit\u00e9 une menace pire encore que Gengis Khan et Hitler r\u00e9unis : tout cela donnait presque l\u2019impression que les Russes d\u00e9voraient des nourrissons au petit-d\u00e9jeuner ! Les Ukrainiens, au contraire, apparaissaient comme des victimes, voire comme l\u2019incarnation de tout ce qu\u2019il y a de lumineux et de digne sur cette Terre. Cela alors m\u00eame que la majorit\u00e9 silencieuse des Europ\u00e9ens et, plus encore, des Am\u00e9ricains, ne savaient m\u00eame pas placer l\u2019Ukraine sur une carte et n\u2019avaient aucune id\u00e9e de ce qu\u2019\u00e9taient les Ukrainiens (pour ma part, j\u2019en ai rencontr\u00e9 suffisamment et je peux confirmer qu\u2019il s\u2019agit bien de Russes comme les autres). Pour rendre justice \u00e0 tous les camps, il faut dire que la presse russe n\u2019\u00e9tait pas non plus un miracle d\u2019objectivit\u00e9 \u00e0 ce moment. Cependant, elle s\u2019est montr\u00e9e beaucoup plus mesur\u00e9e que d\u2019autres et n\u2019a surtout pas c\u00e9d\u00e9 \u00e0 ce marasme collectif. <\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 tout, le commandement am\u00e9ricain h\u00e9sitait \u00e0 donner l\u2019assaut car les Russes avaient clairement laiss\u00e9 entendre qu\u2019ils \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 aller jusqu\u2019au bout. Les reportages que l\u2019on voyait \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision occidentale (non sans l\u2019aide des services de renseignement russes) montraient des t\u00eates nucl\u00e9aires russes r\u00e9orient\u00e9es vers les \u00c9tats-Unis et des missiles de croisi\u00e8re attach\u00e9s \u00e0 des bombardiers pr\u00eats \u00e0 frapper l\u2019Europe. Ces images ont raviv\u00e9 \u00e0 travers l\u2019Occident un sentiment lointain : l\u2019id\u00e9e que, si jamais les Russes le d\u00e9siraient, la fin du monde se produirait en une demi-heure. Certes, les Russes eux-m\u00eames y trouveraient la mort, mais cela n\u2019apparaissait pas comme une grande consolation : tout le monde sentait que les Russes y \u00e9taient pr\u00e9par\u00e9s, qu\u2019ils ne bluffaient pas. Les \u00c9tats-Unis ont clairement surestim\u00e9 le niveau de d\u00e9liquescence de l\u2019\u00e9tat-major russe (dont la quasi-totalit\u00e9 avait des comptes bancaires ill\u00e9gaux \u00e0 l\u2019Ouest, sans compter ceux qui travaillaient directement pour les services de renseignement occidentaux), puisque les Russes r\u00e9ussirent \u00e0 remplacer quasiment tous les hauts-grad\u00e9s en l\u2019espace de quelques semaines. C\u2019est d\u2019ailleurs le moment o\u00f9 apparurent les techno-interrogatoires, conduits sous psychotropes (appel\u00e9s ici \u00ab drogues de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb), une pratique qui est depuis lors devenue extr\u00eamement r\u00e9pandue dans l\u2019Empire Russe (voir le chapitre \u00ab Syst\u00e8me de maintien de l\u2019ordre \u00bb). <\/p>\n\n\n\n Pendant ce temps, dans les r\u00e9gions les plus orientales de l\u2019Ukraine, un r\u00e9f\u00e9rendum donna 82 % des suffrages \u00e0 la r\u00e9int\u00e9gration de la Russie. Il ne semble pas que cette consultation ait \u00e9t\u00e9 truqu\u00e9e : dans ces m\u00eames r\u00e9gions, un pourcentage similaire de la population avait vot\u00e9 en 2004 pour un candidat consid\u00e9r\u00e9 comme pro-russe (m\u00eame s\u2019il \u00e9tait pour le moins particulier). \u00c0 son tour, la Russie organisa un r\u00e9f\u00e9rendum sur l\u2019annexion de l\u2019Ukraine de l\u2019Est : 93 % des votants se prononc\u00e8rent en faveur de ce projet. Politiquement, le temps jouait contre l\u2019Occident, dont les populations attendaient des mesures fortes contre le monstre russe, tandis que les dirigeants craignaient d\u2019entreprendre une action. Les Russes n\u2019avaient aucune raison de se presser : ce n\u2019\u00e9taient pas eux qui souffraient. Par cons\u00e9quent, l\u2019Occident a finalement d\u00fb faire marche arri\u00e8re \u2013 en russe courant, on parle de \u00ab faire la vidange \u00bb. Au mois de mai, l\u2019armistice du Dniepr a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 entre l\u2019OTAN et la Russie, sur une barge au milieu du fleuve, \u00e0 distance \u00e9gale des r\u00e9gions de Poltava \u00e0 l\u2019Ouest et de Dniepropetrovsk \u00e0 l\u2019Est <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Si l\u2019OTAN \u00e9tait signataire, c\u2019est que l\u2019Ukraine avait entretemps (deux mois plus t\u00f4t) \u00e9t\u00e9 admise en son sein, ainsi que comme membre de l\u2019Union europ\u00e9enne. Le trait\u00e9 de Dniepr ne reconnaissait pas politiquement l\u2019int\u00e9gration de l\u2019Ukraine de l\u2019Est \u00e0 la Russie. Il fixait une ligne de d\u00e9marcation (le long des fronti\u00e8res de Soumy, Poltava, Kirovograd et Vinnytsia pour le c\u00f4t\u00e9 Ukraine-OTAN, et de Kharkov, Dniepropetrovsk, Nikola\u00efev et Odessa pour le c\u00f4t\u00e9 russe) que les parties s\u2019engageaient \u00e0 ne pas violer, tout en assurant le libre passage des civils. S\u2019il \u00e9tait explicitement stipul\u00e9 que la Russie renon\u00e7ait \u00e0 tout empi\u00e8tement en direction de l\u2019Ouest, il ne s\u2019agissait l\u00e0 que d\u2019un exercice de public relations<\/em> pour les \u00c9tats-Unis, qui savaient parfaitement que la Russie n\u2019ambitionnait rien de tel. Ce trait\u00e9 n\u2019en fut pas moins pr\u00e9sent\u00e9 en Am\u00e9rique et en Europe comme une grande victoire du point de vue de l\u2019endiguement de \u00ab l\u2019imp\u00e9rialisme \u00bb russe.<\/p>\n\n\n\n Dans le fantasme fi\u00e9vreux de Yuriev, les \u00c9tats-Unis et l\u2019Union europ\u00e9enne finissent par s\u2019engager dans une guerre contre la Russie, qui remporte une victoire \u00e9crasante gr\u00e2ce \u00e0 son \u00ab arme secr\u00e8te \u00bb : un bouclier strat\u00e9gique absolu, qui emp\u00eacherait toute charge nucl\u00e9aire de frapper son territoire. Aujourd\u2019hui, Vladimir Poutine, comme s\u2019il incarnait lui-m\u00eame un personnage de l\u2019utopie de Yuriev, exerce son chantage vis-\u00e0-vis de l\u2019Occident en se gargarisant de ses \u00ab armes top-secr\u00e8tes \u00bb\u2026 D\u2019un seul souffle, Yuriev d\u00e9crit ensuite comment la Russie, apr\u00e8s une hypoth\u00e9tique capitulation de l\u2019Occident, an\u00e9antirait les pays baltes, que les nationalistes russes consid\u00e8rent comme leurs ennemis jur\u00e9s. Il est difficile de qualifier le \u00ab droit de la guerre russe \u00bb tel qu\u2019il appara\u00eet dans les pages suivantes comme autre chose que du fascisme pur et simple. La logique g\u00e9nocidaire<\/a> qui impr\u00e8gne ce texte refl\u00e8te pr\u00e9cis\u00e9ment le rapport du Kremlin aux peuples d\u2019Europe de l\u2019Est, les autorit\u00e9s gouvernementales et l\u2019arm\u00e9e russe en font aujourd\u2019hui la d\u00e9monstration. D\u2019o\u00f9 l\u2019inconsistance profonde des consid\u00e9rations sur \u00ab la provocation de Poutine par l\u2019Occident \u00bb : la politique qui se met en place aujourd\u2019hui en Ukraine a \u00e9merg\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but du gouvernement de Poutine dans les milieux de la droite russe.<\/p>\n\n\n\n Tous les pays ne sign\u00e8rent pas imm\u00e9diatement la capitulation : la Grande Bretagne, l\u2019Irlande, la Pologne, l\u2019Ukraine et la Turquie refus\u00e8rent les conditions pos\u00e9es par Moscou et se d\u00e9clar\u00e8rent pr\u00eates au combat. Leurs motivations n\u2019\u00e9taient pas les m\u00eames : la Pologne, l\u2019Ukraine polonis\u00e9e (c\u2019est-\u00e0-dire celle dont les territoires n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la Russie durant la premi\u00e8re expansion) et la Turquie se pensaient (et avaient raison de se penser) comme des ennemis pluris\u00e9culaires de la Russie. Pour elles, ou du moins pour les \u00e9lites de chacun de ces pays, la mort \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 la reddition. De surcro\u00eet, personne n\u2019avait vu l\u2019arm\u00e9e russe \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans une guerre d\u2019infanterie depuis l\u2019Afghanistan et la Tch\u00e9tch\u00e9nie, dont on ne peut pas dire qu\u2019elles furent de grandes r\u00e9ussites. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e que la Russie avait tout simplement eu de la chance jusqu\u2019ici, qu\u2019elle disposait certes de son fameux \u00ab bouclier strat\u00e9gique \u00bb, mais que dans une guerre conventionnelle, face \u00e0 un adversaire pr\u00eat \u00e0 tout sacrifier pour sa patrie, elle ne pourrait que s\u2019effondrer. L\u2019Angleterre, au contraire, n\u2019avait jamais connu de guerre sur son territoire depuis au cours de son existence en tant qu\u2019\u00c9tat. Ni Napol\u00e9on, ni Hitler n\u2019\u00e9taient parvenus \u00e0 la conqu\u00e9rir. Les Anglais vivaient donc, jusqu\u2019au plus profond de leur chair et de leur sang, dans l\u2019id\u00e9e que leur pays \u00e9tait une forteresse imprenable. <\/p>\n\n\n\n En commentant leur refus de signer la capitulation, le ministre russe des Affaires \u00e9trang\u00e8res d\u00e9clara : \u00ab Puisqu\u2019il y a une rue Douda\u00efev \u00e0 Varsovie, une place Douda\u00efev \u00e0 Kiev et une avenue Bassa\u00efev \u00e0 Lvov (autant de figures c\u00e9l\u00e8bres du s\u00e9paratisme tch\u00e9tch\u00e8ne, ennemis mortels de la Russie), la Pologne et l\u2019Ukraine comprennent bien qu\u2019il n\u2019y aura aucune piti\u00e9 pour eux. De fait, cela fait cinq cents ans que nous nous disputons, il est temps d\u2019y mettre un terme. Avec les Turcs, nous nous disputons depuis au moins aussi longtemps, nous n\u2019avons pas oubli\u00e9 qui a aid\u00e9 le Khanat de Crim\u00e9e \u00e0 faire ses raids sur la Moscovie. Les Anglais n\u2019ont jamais cess\u00e9 de nous faire des salet\u00e9s, depuis l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les \u00c9tats-Unis (et m\u00eame les premi\u00e8res colonies de peuplement en Am\u00e9rique du Nord) n\u2019\u00e9taient pas encore n\u00e9s. C\u2019est donc une tr\u00e8s bonne chose que tout se passe ainsi, que tous soient pr\u00eats \u00e0 verser leur sang pour ne pas \u00eatre \u00e0 nos ordres, et nous ne devons pas non plus avoir peur de verser le n\u00f4tre \u00bb. Un important journal russe a publi\u00e9 un entretien avec le confesseur de Gabriel le Grand : on y racontait qu\u2019au moment o\u00f9 il prenait la d\u00e9cision de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2012, Gabriel se fit le v\u0153u d\u2019\u00e9riger une croix orthodoxe au-dessus de Sainte-Sophie.<\/p>\n\n\n\n\n\n C\u2019est ainsi que commenc\u00e8rent les guerres d\u2019expansion, dont la premi\u00e8re fut la guerre russo-polono-ukrainienne. Elle \u00e9clata le 18 ao\u00fbt 2019 avec l\u2019offensive simultan\u00e9e des forces russes dans quatre directions : vers Varsovie depuis Grodno, vers Rovno depuis Moguilev et vers Kiev depuis Dniepropetrovsk et Koursk. Des unit\u00e9s tr\u00e8s mobiles portaient le combat de mani\u00e8re purement offensive. Des brigades de chars soutenus par des h\u00e9licopt\u00e8res de combat pr\u00e9c\u00e9daient le gros des troupes en transporteurs rapides, suivis enfin de divisions d\u2019artillerie lourde et de mortiers qui cr\u00e9aient un mur de feu \u00e0 40, voire 50 kilom\u00e8tres devant elles soit \u00e0 15 ou 20 kilom\u00e8tres des premiers tanks. D\u00e8s que la progression rencontrait une r\u00e9sistance s\u00e9rieuse, les rati<\/em> <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>, principale force d\u2019infanterie de l\u2019infanterie russe, s\u2019avan\u00e7ait et se dispersait pour frapper (pour en savoir plus sur la tactique de l\u2019arm\u00e9e russe, voir le chapitre \u00ab Arm\u00e9e \u00bb). Pendant ce temps, le 20 ao\u00fbt, 12 000 soldats d\u2019infanterie de marine d\u00e9barquaient \u00e0 Gdansk, tandis que des unit\u00e9s de la Bundeswehr allemande lan\u00e7aient l\u2019assaut sur la Pologne depuis l\u2019Ouest. Quelques jours plus tard, ces forces furent compl\u00e9t\u00e9es par des petites troupes de garnison et des unit\u00e9s de police. Avant que celle-ci n\u2019arrivent sur le th\u00e9\u00e2tre des op\u00e9rations, aucune loi n\u2019\u00e9tait en vigueur dans les territoires envahis. Par la suite, c\u2019est le \u00ab droit de la guerre \u00bb russe qui fut instaur\u00e9. Selon ces normes, les organes du maintien de l\u2019ordre avaient pour t\u00e2che de d\u00e9fendre les Russes contre les locaux, parfois certains locaux contre certains autres, mais pas les locaux contre les opritchniki russes <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les forces polono-ukrainiennes furent litt\u00e9ralement \u00e9cras\u00e9es. En outre, les troupes russes avaient re\u00e7u l\u2019ordre d\u2019an\u00e9antir le plus possible d\u2019hommes, de b\u00e2timents et d\u2019infrastructures. Le 5 octobre, date de la fin du conflit, on d\u00e9nombrait ainsi plus de 600 000 tu\u00e9s, dont plus des deux tiers \u00e9taient des civils, mais les pertes des Russes n\u2019avaient pas d\u00e9pass\u00e9 les 11 000. Des villes aussi anciennes que Varsovie, Cracovie et bien d\u2019autres furent ruin\u00e9es, Lvov fut pratiquement ras\u00e9e, de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e semble-t-il.<\/p>\n\n\n\n Les pages suivantes d\u00e9crivent l\u2019\u00e9tablissement du Troisi\u00e8me Empire r\u00eav\u00e9 par Yuriev : un empire aux ramifications mondiales. \u00c0 l\u2019instar de l\u2019usage de l\u2019Histoire qui fonde la politique de Poutine, les r\u00eaves d\u2019empire de Yuriev m\u00ealent n\u00e9om\u00e9di\u00e9visme et fondamentalisme messianique orthodoxe<\/a>. Le mythe militariste du r\u00f4le messianique de la Russie, le mythe de l\u2019h\u00e9riti\u00e8re de Byzance et de la Troisi\u00e8me Rome qui ne cesse de \u00ab sauver l\u2019Europe \u00bb \u2013 du joug tataro-mongol, de Napol\u00e9on, et finalement du fascisme \u2013 ent\u00e9rinent aux yeux du Kremlin et de la droite russe le droit \u00e0 une domination mondiale et surtout \u00e0 l\u2019asservissement de l\u2019Occident honni.<\/p>\n\n\n\n Enfin, l\u2019association de la victoire de ce Troisi\u00e8me Empire Russe et de la victoire sur le nazisme que l\u2019on retrouve dans le texte de Yuriev ne peut manquer d\u2019\u00e9voquer le surinvestissement m\u00e9moriel et politique de la Seconde Guerre mondiale par le r\u00e9gime russe d\u2019aujourd\u2019hui<\/a>, qui en fait la pierre angulaire de sa politique m\u00e9morielle, y compris la propagande anti-ukrainienne.<\/p>\n\n\n\n C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 la fin du mois d\u2019avril, le drapeau de l\u2019Union Russe flottait sur le Canada et toute l\u2019Europe, \u00e0 l\u2019exception de la Suisse, de l\u2019Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie, comme si les pays baltes avaient \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement oubli\u00e9s \u2013 je rappelle qu\u2019on n\u2019avait m\u00eame pas pris la peine de leur envoyer la demande de capitulation. Chacun savait cependant que cette situation ne durerait pas. Par voie d\u2019ultimatum, sans d\u00e9claration de guerre pr\u00e9alable (puisque ces pays ne faisaient pas partie de l\u2019OTAN), les ex-territoires du Premier et du Deuxi\u00e8me Empire Russe \u2013 l\u2019Ouzb\u00e9kistan, le Tadjikistan et le Kirghizstan \u2013 furent annex\u00e9s.<\/p>\n\n\n Depuis presque trois mois, la guerre de la Russie de Poutine \u00e0 l\u2019Ukraine bouleverse tout. <\/p>\n Comment comprendre cette crise in\u00e9dite ?<\/p>\n Un \u00e9v\u00e9nement intellectuel europ\u00e9en avec entre autres Latour, Balibar, Roudinesco, Colin Lebedev, Gonzalez Laya, Kepel, Pisani-Ferry, Haski, Soutou, Aglietta…<\/p>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\tLa premi\u00e8re expansion<\/h2>\n\n\n\n
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