{"id":135953,"date":"2022-04-06T13:04:31","date_gmt":"2022-04-06T11:04:31","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=135953"},"modified":"2022-04-06T13:09:34","modified_gmt":"2022-04-06T11:09:34","slug":"la-place-de-laicite-dans-les-douze-programmes-presidentiels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/04\/06\/la-place-de-laicite-dans-les-douze-programmes-presidentiels\/","title":{"rendered":"La place de la la\u00efcit\u00e9 dans les douze programmes pr\u00e9sidentiels"},"content":{"rendered":"\n
Le premier XIXe si\u00e8cle ne connaissait pas la notion de programme politique<\/a> : le vote, souvent censitaire, t\u00e9moignait alors d\u2019une relation de confiance personnalis\u00e9e entre l\u2019\u00e9lecteur et le notable appel\u00e9 \u00e0 le repr\u00e9senter <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Avec l\u2019av\u00e8nement de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, l\u2019\u00e9lection change de nature : elle s\u2019organise d\u00e9sormais, sans cesse davantage, sur l\u2019assise de la confrontation des projets que portent les candidats en comp\u00e9tition. La soci\u00e9t\u00e9 contemporaine demeure attach\u00e9e \u00e0 ce mod\u00e8le. Sans doute la \u00ab d\u00e9mocratie du public \u00bb, qui s\u2019est substitu\u00e9e depuis les ann\u00e9es 1970 \u00e0 la \u00ab d\u00e9mocratie de partis \u00bb, accorde-t-elle, du fait de l\u2019importance croissante des m\u00e9dias et des sondages en son sein, une place centrale \u00e0 la personnalit\u00e9 des leaders. Ce tournant n\u2019emp\u00eache pas les postulants d\u2019appuyer leur candidature sur la \u00ab promesse de politiques d\u00e9termin\u00e9es \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2022 s\u2019inscrit \u00e9videmment dans cette perspective : elle dessine un \u00ab march\u00e9 \u00bb sur lequel se font concurrence des offres diff\u00e9renci\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Dans ce cadre, les douze candidats retenus par le Conseil constitutionnel pr\u00e9sentent des programmes \u00e0 large spectre abordant la plupart des probl\u00e8mes auxquels se sent confront\u00e9e la soci\u00e9t\u00e9 actuelle : parmi d\u2019autres, la question \u00e9cologique, le probl\u00e8me du pouvoir d\u2019achat, le d\u00e9fi de la s\u00e9curit\u00e9, la politique internationale, les droits des familles, la place de la ruralit\u00e9. Bien entendu, les pr\u00e9tendants n\u2019articulent pas toutes ces th\u00e9matiques de la m\u00eame mani\u00e8re. Certains accordent \u00e0 l\u2019\u00e9cologie une place sur\u00e9minente : c\u2019est le cas de Yannick Jadot<\/a>. D\u2019autres, sans faire l\u2019impasse sur les enjeux li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9puisement des ressources naturelles ou \u00e0 la d\u00e9t\u00e9rioration de l\u2019environnement, accordent une priorit\u00e9 \u00e0 la question sociale. Anne Hidalgo<\/a>, Fabien Roussel, Jean-Luc M\u00e9lenchon, Philippe Poutou, Nathalie Arthaud vont clairement en ce sens. D\u2019autres enfin, comme Marine Le Pen, Val\u00e9rie P\u00e9cresse, Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan, r\u00e9servent \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 une place essentielle. Jean Lassalle se positionne sur la d\u00e9fense des territoires ruraux. Emmanuel Macron, tard venu dans la campagne, propose quant \u00e0 lui, selon la logique reconduite du \u00ab en m\u00eame temps \u00bb, un triple pacte, \u00ab social \u00bb, \u00ab productif \u00bb et r\u00e9publicain \u00bb, dont il estime qu\u2019il nous permettra de \u00ab reprendre le contr\u00f4le de notre destin comme Nation et de nos vies comme citoyens \u00bb.<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2022 s\u2019inscrit \u00e9videmment dans cette perspective : elle dessine un \u00ab march\u00e9 \u00bb sur lequel se font concurrence des offres diff\u00e9renci\u00e9es.<\/p>Philippe Portier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c0 l\u2019exception de Jean Lassalle qui ne l\u2019\u00e9voque nullement, les comp\u00e9titeurs abordent tous la question de la la\u00efcit\u00e9, dont ils placent le concept au principe du pacte social. Certains d\u2019entre eux font r\u00e9f\u00e9rence d\u2019ailleurs \u00e0 l\u2019article 1er<\/sup> de la Constitution de la Ve R\u00e9publique : \u00ab La France est une R\u00e9publique la\u00efque \u00bb. Il reste que, sur ce terrain non plus, le consensus n\u2019existe pas : si les programmes font emploi du mot (ou r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019id\u00e9e), ils ne lui donnent pas la m\u00eame signification. On a, dans certains travaux r\u00e9cents, r\u00e9habilit\u00e9, alors qu\u2019on estimait qu\u2019il ne faisait plus sens, la valeur pr\u00e9dictive du clivage droite\/gauche, en particulier sur les questions relatives \u00e0 l\u2019\u00e9conomie ou \u00e0 l\u2019immigration. Telle est la conclusion d\u2019une \u00e9tude r\u00e9cente de Pierre Br\u00e9chon, Bruno Cautr\u00e8s et Gilles Ivaldi : \u00ab Les donn\u00e9es montrent que le clivage gauche-droite, s\u2019il (\u2026) a perdu de sa signification aux yeux d\u2019un nombre important de citoyens, continue de structurer de mani\u00e8re significative les attitudes et les valeurs des Fran\u00e7aises et des Fran\u00e7ais, dans le domaine \u00e9conomique comme sur les questions culturelles ou les grands enjeux de soci\u00e9t\u00e9 <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb. <\/p>\n\n\n\n La m\u00eame analyse peut s\u2019appliquer dans le domaine de la la\u00efcit\u00e9. Le positionnement sur l\u2019arc politique appara\u00eet, sur ce point aussi, \u00e9minemment distinctif. On peut tendanciellement rep\u00e9rer deux polarit\u00e9s : les candidats situ\u00e9s \u00e0 gauche analysent la la\u00efcit\u00e9 comme un instrument de pr\u00e9servation de la libert\u00e9 de conscience ; les candidats relevant de la droite la voient bien davantage comme un dispositif d\u2019affirmation de l\u2019identit\u00e9 nationale. <\/p>\n\n\n\n La question la\u00efque avait affleur\u00e9, en 1974 et 1981, sous le prisme particulier du devenir de l\u2019\u00e9cole priv\u00e9e <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>, dans le cadre d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 politique qui, depuis les ann\u00e9es vingt, avait globalement, y compris du c\u00f4t\u00e9 des catholiques, accept\u00e9 la loi de s\u00e9paration du 9 d\u00e9cembre 1905. Les \u00e9lections de 1988, 1995, et 2002 ne lui laissent aucune place, en d\u00e9pit de la controverse autour des \u00ab foulards islamiques \u00bb \u00e0 partir de l\u2019automne 1988. Il faut attendre 2007 pour que les principaux candidats – Jean-Marie Le Pen, S\u00e9gol\u00e8ne Royal, Nicolas Sarkozy – la r\u00e9int\u00e8grent dans leurs programmes respectifs. Le tournant s\u2019accentue en 2012 : tandis que Nicolas Sarkozy pers\u00e9v\u00e8re dans sa vision culturaliste de la la\u00efcit\u00e9 <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>, Fran\u00e7ois Hollande approfondit, quant \u00e0 lui, la tradition s\u00e9paratiste, en promettant dans son discours du Bourget une constitutionnalisation de la loi de 1905. Le th\u00e8me est demeur\u00e9 depuis lors. Les programmes de 2022 en traitent abondamment, en le rapportant le plus souvent \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de renforcer les fondations – interpr\u00e9t\u00e9es diff\u00e9remment par les candidats – de la convivialit\u00e9 politique.<\/p>\n\n\n\n On peut tendanciellement rep\u00e9rer deux polarit\u00e9s : les candidats situ\u00e9s \u00e0 gauche analysent la la\u00efcit\u00e9 comme un instrument de pr\u00e9servation de la libert\u00e9 de conscience ; les candidats relevant de la droite la voient bien davantage comme un dispositif d\u2019affirmation de l\u2019identit\u00e9 nationale.<\/p>Philippe Portier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Ce retour s\u2019inscrit dans un contexte nouveau. Trois transformations, qui se cristallisent \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre signal\u00e9es. La premi\u00e8re concerne la sc\u00e8ne religieuse <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le processus de s\u00e9cularisation qui la marque la France depuis la R\u00e9volution fran\u00e7aise s\u2019est certes amplifi\u00e9 : il est aujourd\u2019hui bien moins de pratiquants et m\u00eame de croyants qu\u2019hier. Simultan\u00e9ment cependant, des effervescences in\u00e9dites se sont affirm\u00e9es : dans toutes les familles confessionnelles, les fid\u00e8les, au risque de troubler les compromis sociaux construits au cours des d\u00e9cennies ant\u00e9rieures, ont exprim\u00e9 des demandes de droits particuliers, et parfois m\u00eame des revendications plus globales visant, comme ce fut le cas avec les mobilisations contre le mariage entre personnes du m\u00eame sexe ou contre les publications \u00ab blasph\u00e9matoires \u00bb, \u00e0 recomposer le rapport de la norme positive et de la norme religieuse. Il en est r\u00e9sult\u00e9 une inqui\u00e9tude collective qui, pour diverses raisons au centre desquelles figure la question des attentats, s\u2019est nou\u00e9 autour de l\u2019islam. La deuxi\u00e8me mutation concerne la sc\u00e8ne id\u00e9ologique. La controverse intellectuelle s\u2019est longtemps organis\u00e9e en son sein autour de ce qu\u2019Alain Badiou appelait \u00ab l\u2019hypoth\u00e8se communiste \u00bb : il s\u2019agissait de savoir comment, et dans quel r\u00e9gime politique, devaient \u00eatre distribu\u00e9es les richesses de l\u2019effort collectif. Depuis les ann\u00e9es 1990, avec le tournant lib\u00e9ral de la gauche et la chute du mur de Berlin, le registre n\u2019est plus le m\u00eame : l\u2019esprit public s\u2019interroge d\u00e9sormais sur les modes d\u2019articulation possibles de la relation entre appartenance civique et adh\u00e9rence religieuse : la question de la gestion de la diversit\u00e9 culturelle tend \u00e0 se substituer, ou \u00e0 se superposer du moins, \u00e0 celle de la production de l\u2019\u00e9galit\u00e9 sociale. Le troisi\u00e8me changement touche \u00e0 la sc\u00e8ne politique. Son point d\u2019\u00e9quilibre s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 vers la droite. Un populisme conservateur s\u2019est constitu\u00e9, d\u2019abord autour du Front national, puis du Rassemblement national et de Reconqu\u00eate, au point d\u2019appara\u00eetre comme une alternative gouvernementale, capable de se substituer, comme l\u2019ont montr\u00e9 les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux de ses repr\u00e9sentants aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles depuis 2002, aux forces (classiques) de droite et de gauche qui se sont succ\u00e9d\u00e9 au pouvoir depuis la Seconde Guerre mondiale. Or cette mouvance, qui place au premier rang de ses pr\u00e9occupations la \u00ab protection \u00bb de la France \u00e9ternelle contre les \u00e9l\u00e9ments immigr\u00e9s, \u00ab musulmans \u00bb le plus souvent, qui en menacent la culture, a red\u00e9fini l\u2019agenda de ses concurrents : sans leur dire \u00ab comment penser \u00bb, elle leur a du moins indiqu\u00e9 \u00ab \u00e0 quoi penser \u00bb <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n On ne s\u2019\u00e9tonne donc pas que, comme l\u2019ont bien montr\u00e9 les \u00e9tudes lexicom\u00e9triques, le syntagme \u00ab la\u00efcit\u00e9 \u00bb soit aujourd\u2019hui, souvent en co-occurrence d\u2019ailleurs avec les mots \u00ab islam \u00bb ou \u00ab musulmans \u00bb, dix fois plus employ\u00e9 dans les textes publics (livres, presse, discours) que dans les ann\u00e9es 1900, apr\u00e8s avoir connu une mont\u00e9e en puissance depuis les attentats du milieu des ann\u00e9es 1990. Les programmes pr\u00e9sidentiels de 2022 expriment, dans leur sph\u00e8re propre, cette r\u00e9orientation du d\u00e9bat public autour de la question de la r\u00e9gulation \u00e9tatique de nos pluralit\u00e9s religieuses et convictionnelles. Il reste que, si l\u2019id\u00e9e est l\u00e0, elle n\u2019est pas toujours port\u00e9e par le mot. C\u2019est le cas pour l\u2019extr\u00eame-gauche : ni Philippe Poutou, ni Nathalie Arthaud, qui s\u2019arr\u00eatent pourtant sur la gestion publique de la croyance, ne se r\u00e9f\u00e8rent explicitement \u00e0 la la\u00efcit\u00e9, pas plus qu\u2019ils ne font droit d\u2019ailleurs \u00e0 la notion de R\u00e9publique. Sans doute faut-il voir dans cette exclusion s\u00e9mantique le produit de la d\u00e9fiance des deux candidats \u00e0 l\u2019encontre d\u2019une notion parfois enr\u00f4l\u00e9e, ces derniers temps, au service d\u2019un dessein de marginalisation d\u2019une partie – sa part musulmane – de la classe ouvri\u00e8re. A jou\u00e9 aussi le fait que dans la famille trotskyste, la transformation des structures socio-\u00e9conomiques pr\u00e9vaut sur celle des structures politico-juridiques <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>, sachant de surcro\u00eet, comme le disent de concert Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, que \u00ab ces programmes sont des programmes de lutte et non de gestion \u00bb. Eric Zemmour, \u00e0 l\u2019extr\u00eame-droite, pratique la m\u00eame \u00e9lision : on cherche en vain, dans son programme, le vocable la\u00efcit\u00e9. Cette situation n\u2019est sans doute pas sans attache avec sa volont\u00e9 de se placer \u00e0 distance d\u2019un vocabulaire qui a partie li\u00e9e avec une modernit\u00e9 politique dont il est port\u00e9, du fait de son ancrage dans la philosophie traditionaliste, \u00e0 se m\u00e9fier. Son monde est celui, avec ses \u00ab racines chr\u00e9tiennes \u00bb, de la France \u00e9ternelle, que le mod\u00e8le r\u00e9volutionnaire est venu bouleverser <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. On trouve un indice de cette inclination dans la formule qui cl\u00f4t ses allocutions : \u00ab Vive la R\u00e9publique, et surtout vive la France \u00bb. En cela, il reprend, en connivence avec un \u00e9lectorat souvent li\u00e9 au catholicisme d\u2019intransigeance, la ligne de Jean-Marie Le Pen dans les ann\u00e9es 1990.<\/p>\n\n\n\n S\u2019ils en d\u00e9clinent diff\u00e9remment les modes d\u2019organisation, la la\u00efcit\u00e9 appara\u00eet bien, pour tous les candidats, comme un \u00e9l\u00e9ment cardinal du pacte social.<\/p>Philippe Portier <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les autres candidats n\u2019ont pas ces restrictions. \u00c0 gauche, Fabien Roussel et Jean-Luc M\u00e9lenchon usent volontiers du mot : neuf fois l\u2019un et l\u2019autre, souvent en l\u2019associant au mot R\u00e9publique. Le cas est moins fr\u00e9quent chez Anne Hidalgo, qui, si l\u2019on excepte une reprise de l\u2019expression \u00ab R\u00e9publique la\u00efque \u00bb, ne le fait affleurer qu\u2019\u00e0 deux reprises, dans le cadre d\u2019un d\u00e9veloppement sur l\u2019\u00e9cole. Le candidat \u00e9cologiste Yannick Jadot se situe au m\u00eame niveau que la maire socialiste de Paris. Sans doute faut-il opposer ici, au moins tendanciellement, deux variantes de la gauche : la gauche politique, jacobine, attach\u00e9e \u00e0 la puissance de l\u2019\u00c9tat, et la gauche soci\u00e9tale, proudhonienne, enr\u00f4l\u00e9e au service de la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 droite, Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen et Val\u00e9rie P\u00e9cresse, usent du terme, selon une intensit\u00e9 d\u00e9croissante : le mot la\u00efcit\u00e9 revient \u00e0 quatorze reprises chez Nicolas Dupont-Aignan ; il appara\u00eet six fois chez Marine Le Pen ; quatre fois chez Val\u00e9rie P\u00e9cresse. Le terme n\u2019affleure qu\u2019une seule fois chez Emmanuel Macron. Si l\u2019on rapporte le nombre d\u2019occurrences dans les programmes pr\u00e9sidentiels \u00e0 leur nombre de pages, la hi\u00e9rarchie est \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame : les deux candidats de la \u00ab gauche de la gauche \u00bb, dont les programmes comportent soixante pages, apparaissent en premi\u00e8re ligne, avec Val\u00e9rie P\u00e9cresse dont le programme tient en seize pages ; la deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie est constitu\u00e9e de Nicolas Dupont-Aignan, dont le projet est lourd de deux cents pages, et d\u2019Anne Hidalgo (quarante pages). Yannick Jadot (qui pr\u00e9sente un projet de soixante-quinze pages), Marine Le Pen (avec son programme de deux cents pages) et Emmanuel Macron (pour un projet de treize pages) ferment la marche.<\/p>\n\n\n\n\n\n Ces distributions statistiques sont \u00e9vocatrices sans doute : elles mettent en \u00e9vidence la dominance, dans la hi\u00e9rarchie des promoteurs de la s\u00e9mantique la\u00efque, des gauches traditionnelles et, depuis le rapport Baroin de 2003 en faveur d\u2019une \u00ab nouvelle la\u00efcit\u00e9 \u00bb, de la droite classique <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ceux qui h\u00e9sitent \u00e0 user du r\u00e9f\u00e9rent \u00ab la\u00efcit\u00e9 \u00bb sont les candidats d\u2019extr\u00eame-gauche au nom de l\u2019affirmation de la primaut\u00e9 de la question sociale sur la question politique ; les candidats d\u2019extr\u00eame-droite, probablement parce que la la\u00efcit\u00e9 est, au regard de la culture et de l\u2019histoire de leur famille politique, une notion susceptible encore de provoquer des r\u00e9ticences ; le candidat \u00e9cologiste enfin, en raison probablement de l\u2019ancrage de ses soutiens dans une pens\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Quant \u00e0 Emmanuel Macron, si les occurrences du mot la\u00efcit\u00e9 sont moins nombreuses dans son texte qu\u2019en 2017 (six occurrences dans un texte de dix-sept pages), c\u2019est sans doute parce que, \u00e0 ses yeux, la loi du 24 ao\u00fbt 2021 lui a permis d\u2019accomplir son projet.<\/p>\n\n\n\n Les distributions statistiques mettent en \u00e9vidence la dominance, dans la hi\u00e9rarchie des promoteurs de la s\u00e9mantique la\u00efque, des gauches traditionnelles et, depuis le rapport Baroin de 2003 en faveur d\u2019une \u00ab nouvelle la\u00efcit\u00e9 \u00bb, de la droite classique<\/p>philippe Portier <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n On aura soin cependant de ne pas amplifier la signification de cette comptabilit\u00e9. D\u2019abord, parce qu\u2019elle ne rend pas compte des surfaces r\u00e9dactionnelles consacr\u00e9es dans les programmes aux questions – droits des croyants et des non-croyants, \u00e9galit\u00e9, financement et contr\u00f4le des cultes, place du patrimoine religieux dans la constitution de la culture nationale, droits sexuels et reproductifs – relevant de l\u2019espace s\u00e9mantique de la la\u00efcit\u00e9. De ce point de vue, la parole de Yannick Jadot ou d\u2019Eric Zemmour, qui pourtant n\u2019emploient pas (ou presque pas) le mot, est, sur notre sujet, d\u2019une densit\u00e9 \u00e9quivalente \u00e0 celle de Fabien Roussel ou de Jean-Luc M\u00e9lenchon. Surtout, tous les candidats attachent, chacun dans leur style, une importance centrale \u00e0 la th\u00e9matique de la diversit\u00e9 culturelle et religieuse : ils estiment qu\u2019on ne peut, aujourd\u2019hui, fonder le lien politique sans la soumettre \u00e0 un traitement politico-juridique renouvel\u00e9. Dans cette perspective, s\u2019ils en d\u00e9clinent diff\u00e9remment les modes d\u2019organisation, la la\u00efcit\u00e9 appara\u00eet bien, pour tous les candidats, comme un \u00e9l\u00e9ment cardinal du pacte social.<\/p>\n\n\n\n Les candidats de gauche consid\u00e8rent volontiers que la la\u00efcit\u00e9 doit \u00eatre pens\u00e9e comme un dispositif de pr\u00e9servation de la libert\u00e9 de conscience : elle permet, expliquent-ils, que nul ne soit exclu du concert collectif, ou marginalis\u00e9 en son sein, \u00e0 raison de son appartenance religieuse. La candidate la moins diserte en la mati\u00e8re est clairement Anne Hidalgo : son silence l\u2019\u00e9tablit dans une position sp\u00e9cifique, dont il est assez difficile, tant son projet est elliptique en la mati\u00e8re, de d\u00e9finir les termes.<\/p>\n\n\n\n Les candidats de gauche consid\u00e8rent volontiers que la la\u00efcit\u00e9 doit \u00eatre pens\u00e9e comme un dispositif de pr\u00e9servation de la libert\u00e9 de conscience : elle permet, expliquent-ils, que nul ne soit exclu du concert collectif, ou marginalis\u00e9 en son sein, \u00e0 raison de son appartenance religieuse.<\/p>Philippe Portier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Tout commence par un retour sur la condition musulmane en France <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il arrive que les candidats de gauche disent se d\u00e9fier des int\u00e9grismes religieux. Ce point appara\u00eet chez Yannick Jadot : partout o\u00f9 ils dominent, ils oppriment les femmes. Fabien Roussel, pour le Parti communiste, consonne avec son concurrent : \u00ab Les femmes sont en premi\u00e8re ligne, sur le terrain, contre le capitalisme et le patriarcat. Les violences se cumulent avec les haines, le racisme, les LGBTQIphobies que portent les extr\u00eames droites et les int\u00e9grismes religieux. Massivement, elles prennent la parole pour d\u00e9noncer le patriarcat et les violences de genre. \u00bb Aucun des deux cependant, non plus que les autres repr\u00e9sentants de ce bord politique, fussent-ils d\u2019extr\u00eame-gauche, ne jette l\u2019anath\u00e8me sur la croyance religieuse : chacun, sur ce terrain, doit pouvoir opiner comme il le d\u00e9sire. Le probl\u00e8me est qu\u2019il n\u2019en a pas \u00e9t\u00e9 de la sorte au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es : les musulmans ont eu \u00e0 subir, le plus souvent de la part de la droite, des politiques discriminatoires qu\u2019il faut condamner. Jean-Luc M\u00e9lenchon va clairement dans ce sens, en d\u00e9non\u00e7ant le tournant la\u00efque du Front national et du parti Les R\u00e9publicains : \u00ab La la\u00efcit\u00e9 est le principe qui garantit la libert\u00e9 de conscience, l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre tous les citoyens, et rend ainsi possible notre vie commune. Nous devons la faire respecter et tenir aux principes tr\u00e8s clairs \u00e9nonc\u00e9s par la loi de 1905 de s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat. La la\u00efcit\u00e9 est un beau principe et ne m\u00e9rite pas les pol\u00e9miques vaines et futiles qu\u2019agitent les diviseurs de tout crin, souvent ses ennemis hier, et qui s\u2019en servent pour fl\u00e9trir les musulmans \u00bb. Contrairement \u00e0 l\u2019image qu\u2019en donnent les m\u00e9dias parfois, Fabien Roussel n\u2019\u00e9crit pas autre chose : \u00ab Depuis des ann\u00e9es, la la\u00efcit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, de l\u2019\u00e9cole et des services publics est mise en cause par des droites haineuses et des extr\u00eames droites qui nient le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 en cherchant \u00e0 opposer entre eux les citoyen\u00b7ne\u00b7s en fonction de leurs origines ou de leurs religions. \u00bb Il ajoute m\u00eame qu\u2019il faut instituer, afin d\u2019\u00e9viter les discriminations, un nouvel observatoire de la la\u00efcit\u00e9. On trouve chez Yannick Jadot une analyse identique : \u00ab Nous ferons scrupuleusement respecter la loi de 1905 sur la la\u00efcit\u00e9. Nous refuserons et combattrons son instrumentalisation. Il nous faut repousser les amalgames et les stigmatisations et restaurer une la\u00efcit\u00e9 apais\u00e9e. \u00bb Les candidats de l\u2019extr\u00eame-gauche vont dans le m\u00eame sens.<\/p>\n\n\n\n Comment agencer alors cette \u00ab la\u00efcit\u00e9 apais\u00e9e \u00bb ? Les candidats entendent stabiliser le syst\u00e8me issu de 1905. Le mot, \u00e0 l\u2019instant cit\u00e9, de Yannick Jadot donne le ton d\u2019une doctrine qu\u2019on trouve chez tous ses concurrents. Ils en retiennent deux traits : libert\u00e9 de conscience et s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat. Rien de bien pr\u00e9cis ici du point de vue conceptuel, mais le lecteur voit bien qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9fendre une conception lib\u00e9rale de la la\u00efcit\u00e9, ouverte donc \u00e0 l\u2019expression sociale du religieux. Ce dessein porte les candidats de gauche – ils le disent en dehors de leurs programmes – \u00e0 exprimer leur opposition \u00e0 la loi du 24 ao\u00fbt 2021 \u00ab confortant les principes r\u00e9publicains \u00bb<\/a>, sans qu\u2019on sache cependant quel traitement juridique ils entendent lui r\u00e9server. On rencontre ici ou l\u00e0 quelques bribes d\u2019explication : s\u2019il faut la supprimer, c\u2019est parce qu\u2019elle attente \u00e0 la libert\u00e9 des personnes et des associations. Nul, en revanche, ne s\u2019offusque du fait qu\u2019elle puisse aussi restreindre, en soumettant l\u2019instruction domestique \u00e0 un r\u00e9gime d\u2019autorisation rectorale, la libert\u00e9 des familles. Quant aux lois du 15 mars 2004 (interdisant le port des signes religieux ostensibles dans les \u00e9coles publiques) et du 11 octobre 2011 (p\u00e9nalisant la dissimulation du visage dans l\u2019espace public), \u00e0 l\u2019exception de Philippe Poutou qui entend abroger les lois visant les \u00ab femmes musulmanes \u00bb, les candidats ne disent nullement leur volont\u00e9 de les retirer. Rien ne nous est dit sur les raisons de cette abstention. Il n\u2019est que Nathalie Arthaud pour ouvrir clairement une piste d\u2019explication : \u00ab Le voile est un symbole d\u2019oppression \u00bb. On peut aussi sugg\u00e9rer que, si rien ne nous est pr\u00e9cis\u00e9 dans les programmes, c\u2019est parce que ces lois font l\u2019objet d\u2019un consensus de l\u2019opinion qu\u2019il y aurait p\u00e9ril \u00e9lectoral \u00e0 vouloir troubler. Anne Hidalgo, qui ne dit pas quant \u00e0 elle vouloir abroger la loi \u00ab S\u00e9paratisme \u00bb, tranche dans cet ensemble. Dans son texte qui, comme ceux des candidats de droite mais \u00e0 rebours de ceux des autres candidats de gauche, fait usage du syntagme \u00ab valeurs de la R\u00e9publique \u00bb, la la\u00efcit\u00e9 n\u2019est abord\u00e9e que lorsqu\u2019il s\u2019agit de parler du sanctuaire scolaire qu\u2019elle entend pacifier en renfor\u00e7ant les sanctions contre les fauteurs de violences ou de d\u00e9sordres : \u00ab L\u2019\u00e9cole de la R\u00e9publique est celle du respect de chacun. La transmission des valeurs de la R\u00e9publique (libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9, la\u00efcit\u00e9 et lutte contre toutes les discriminations : l\u2019antis\u00e9mitisme, le racisme, les LGBTQIphobies et le sexisme) sera au c\u0153ur d\u2019un enseignement civique repens\u00e9 et renforc\u00e9. Les atteintes \u00e0 la la\u00efcit\u00e9 seront sanctionn\u00e9es et les professeurs seront prot\u00e9g\u00e9s de toute pression ext\u00e9rieure sur la p\u00e9dagogie ou les programmes. \u00bb<\/p>\n\n\n\n En accord sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019assurer la libert\u00e9 de conscience des citoyens, qu\u2019ils soient s\u00e9culiers ou religieux, les gauches se divisent cependant sur le devenir du syst\u00e8me la\u00efque.<\/p>Philippe Portier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En accord sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019assurer la libert\u00e9 de conscience des citoyens, qu\u2019ils soient s\u00e9culiers ou religieux, les gauches se divisent cependant sur le devenir du syst\u00e8me la\u00efque. Jean-Luc M\u00e9lenchon se veut clairement s\u00e9paratiste. Son programme introduit un bouleversement dans le r\u00e9gime fran\u00e7ais des cultes. Celui-ci rec\u00e8le des traces de \u00ab catho-la\u00efcit\u00e9 \u00bb ; il faudra les abolir pour faire retour \u00e0 l\u2019id\u00e9e premi\u00e8re de la la\u00efcit\u00e9. Il insiste, d\u2019une part, sur la s\u00e9paration financi\u00e8re. Toute une l\u00e9gislation a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e depuis le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle (1908, 1942, 1959, 1961, 1987, 2006, 2021) afin de permettre \u00e0 la puissance publique de soutenir les cultes. Le leader de La France Insoumise d\u00e9clare, sans donner beaucoup de d\u00e9tails juridiques, vouloir mettre fin \u00e0 ces financements, en ajoutant qu\u2019il nationalisera l\u2019enseignement priv\u00e9. Il insiste, d\u2019autre part, sur la s\u00e9paration institutionnelle : tous les r\u00e9gimes d\u00e9rogatoires \u2013 concordat d\u2019Alsace-Moselle, r\u00e9gimes des collectivit\u00e9s d\u2019outre-mer \u2013 seront abrog\u00e9s. Les ministres et les pr\u00e9fets ne pourront plus assister, \u00e8s-qualit\u00e9s, aux c\u00e9r\u00e9monies religieuses. Quant au Pr\u00e9sident, il renoncera au titre, venu du XVIIe si\u00e8cle, de chanoine titulaire de la Basilique du Latran. De mani\u00e8re inattendue, au regard de ce que notent les m\u00e9dias, Fabien Roussel, tout en affirmant son attachement \u00e0 l\u2019id\u00e9al s\u00e9paratiste, est moins \u00ab ultraciste \u00bb que Jean-Luc M\u00e9lenchon : il n\u2019\u00e9voque nullement la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019en finir avec le financement des cultes et des \u00e9coles priv\u00e9es. Il \u00e9voque sans doute la \u00ab sortie \u00bb du concordat, mais de mani\u00e8re progressive apr\u00e8s une d\u00e9lib\u00e9ration avec les populations int\u00e9ress\u00e9es. Cette timidit\u00e9 r\u00e9formatrice est sans doute li\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire du Parti communiste, qui porte, depuis les ann\u00e9es 1950, une doctrine de la conciliation, elle-m\u00eame inspir\u00e9e par les pratiques accommodantes de ses \u00e9lus au plan local, avec les institutions religieuses, et notamment avec l\u2019Eglise catholique. On ajoutera qu\u2019il se montre peut-\u00eatre – mais son texte comme celui de Jean-Luc M\u00e9lenchon est peu dense en la mati\u00e8re – plus inquiet que son concurrent devant les r\u00e9tractions communautaires <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span> qui conduisent \u00e0 \u00ab faire pr\u00e9valoir les prescriptions religieuses sur la loi commune \u00bb. Rien de tel n\u2019appara\u00eet dans le projet du leader de la France insoumise. On ne s\u2019en \u00e9tonnera pas : ses analyses sur la \u00ab cr\u00e9olisation \u00bb de la France – et sans doute aussi le souci de pr\u00e9server les \u00e9quilibres au sein de son parti – l\u2019ont amen\u00e9, au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 affirmer le droit de chacun de \u00ab participer \u00e0 des communaut\u00e9s de toutes sortes \u00bb <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>, sous le couvert cependant de la \u00ab la\u00efcit\u00e9 absolue de l\u2019\u00c9tat <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n\n\n Avec Yannick Jadot, la tonalit\u00e9 est diff\u00e9rente. Les deux candidats pr\u00e9c\u00e9dents tendent \u00e0 placer l\u2019\u00c9tat dans une position de surplomb vis-\u00e0-vis de la soci\u00e9t\u00e9 civile, en insistant sur son obligation de neutralit\u00e9. L\u2019\u00e9cologiste substitue \u00e0 la logique universaliste qu\u2019ils d\u00e9fendent une pens\u00e9e plus polyphonique : \u00ab La la\u00efcit\u00e9, affirme-t-il, garantit l\u2019\u00e9galit\u00e9 de toutes et tous, ind\u00e9pendamment des croyances, et consid\u00e8re la diversit\u00e9 comme une richesse. \u00bb Un signe ne trompe pas : Fabien Roussel et Jean-Luc M\u00e9lenchon traitent de la la\u00efcit\u00e9 dans la partie de leurs programmes consacr\u00e9e aux fondements politiques de la R\u00e9publique ; Yannick Jadot dans la section d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la lutte contre les discriminations. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 donc, la la\u00efcit\u00e9 comme attribut de l\u2019Etat ; de l\u2019autre la la\u00efcit\u00e9, comme protecteur de la soci\u00e9t\u00e9. On trouve dans son projet deux illustrations de cette tendance. La premi\u00e8re concerne l\u2019administration des cultes. Elle rel\u00e8ve du Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, et de son Bureau central des cultes cr\u00e9\u00e9 en 1911. Yannick Jadot propose de la transf\u00e9rer vers le Minist\u00e8re de la Justice. Il s\u2019agit de montrer que le pouvoir, au lieu de contr\u00f4ler les pratiques, pr\u00e9servent les libert\u00e9s. La seconde touche au financement des \u00e9coles. Rien l\u00e0 d\u2019un quelconque projet de nationalisation de l\u2019enseignement priv\u00e9. Yannick Jadot envisage m\u00eame d\u2019augmenter son subventionnement public dans le cas o\u00f9 ses dirigeants accepteraient de prendre leur part dans les politiques de mixit\u00e9 sociale : \u00ab Tout en pr\u00e9servant le principe d\u2019\u00e9ducation prioritaire b\u00e9n\u00e9ficiant de moyens suppl\u00e9mentaires, nous en \u00e9largirons le mod\u00e8le avec un syst\u00e8me de dotations progressives aux \u00e9tablissements, publics et priv\u00e9s, en fonction de crit\u00e8res de mixit\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n Les candidats d\u2019extr\u00eame-gauche n\u2019interviennent gu\u00e8re sur ces questions. Ce qui est central dans leurs programmes, on l\u2019a soulign\u00e9, c\u2019est leur lutte commune contre les in\u00e9galit\u00e9s sociales, dont il est pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019elles s\u2019amplifient lorsqu\u2019on a affaire \u00e0 des travailleurs musulmans.<\/p>Philippe Portier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Les candidats d\u2019extr\u00eame-gauche n\u2019interviennent gu\u00e8re sur ces questions. Ce qui est central dans leurs programmes, on l\u2019a soulign\u00e9, c\u2019est leur lutte commune contre les in\u00e9galit\u00e9s sociales, dont il est pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019elles s\u2019amplifient lorsqu\u2019on a affaire \u00e0 des travailleurs musulmans. Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) se distingue cependant par deux traits de Lutte Ouvri\u00e8re. Le premier trait porte sur la question de l\u2019\u00e9cole priv\u00e9e. Le projet de la nationaliser \u00e9tait sans doute \u00e0 ce point \u00e9vident pour Nathalie Arthaud qu\u2019elle ne prend pas le soin d\u2019en parler. Il n\u2019en va pas de m\u00eame chez Philippe Poutou qui appelle \u00e0 sa nationalisation. Le second concerne la question du voile. C\u2019est un symbole d\u2019oppression, on l\u2019a vu, pour la candidate de Lutte Ouvri\u00e8re, qui veut utiliser \u00ab les moyens dont elle dispose \u00bb, pour mettre fin \u00e0 son port. Rien de tel au Nouveau Parti Anticapitaliste, qui a souvent crois\u00e9 les luttes des Indig\u00e9nistes et qui surtout, dans le prolongement de la Ligue Communiste R\u00e9volutionnaire, accordent beaucoup aux revendications culturelles.<\/p>\n\n\n\nConsolider le pacte social<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Garantir la libert\u00e9 de conscience<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n