octobre 2018. <\/em><\/p>\n\n\n\nSelon le pionnier de la th\u00e9orie de la r\u00e9gulation, \u00ab cette vari\u00e9t\u00e9 de capitalisme ne peut soutenir temporairement la croissance qu\u2019au prix de l\u2019instabilit\u00e9 \u00bb et \u00e9touffe ainsi le d\u00e9veloppement. <\/em>En insistant sur la non-neutralit\u00e9 de la monnaie et sur les erreurs de la th\u00e9orie n\u00e9oclassique, Aglietta invite \u00e0 repenser de fa\u00e7on urgente la th\u00e9orie macro\u00e9conomique et, en cons\u00e9quence, le r\u00f4le des \u00c9tats dans l\u2019\u00e9conomie. <\/em><\/p>\n\n\n\nCe rapport, fruit de la coop\u00e9ration d\u2019une vingtaine de chercheurs de divers horizons et commandit\u00e9 par l\u2019institut CDC, a \u00e9t\u00e9 synth\u00e9tis\u00e9 par Michel Aglietta. Nous reproduisons ici les troisi\u00e8me et quatri\u00e8me parties de cette synth\u00e8se.<\/em><\/p>\n\n\n\nLa croissance \u00e9conomique appara\u00eet \u00eatre aujourd\u2019hui le totem d\u2019une autre \u00e9poque : d\u2019une part car ses indicateurs ne semblent plus pertinents pour rendre compte de l\u2019avancement social du plus grand nombre ; d’autre part car, proc\u00e9dant d\u2019un temps o\u00f9 l\u2019enjeu climatique n\u2019en \u00e9tait pas un, elle est essentiellement impuissante \u00e0 proposer des solutions \u00e0 cette question. Que faire alors : doit-on laisser br\u00fbler cette idole que l\u2019on a ador\u00e9e ? <\/em><\/p>\n\n\n\nSans se faire le chantre de la d\u00e9croissance, Aglietta critique ici le discours sur la croissance pourtant pr\u00each\u00e9 par une majorit\u00e9 d\u2019\u00e9conomistes. La croissance n\u2019est pas une \u00ab logique formelle immuable \u00bb descendant du ciel une fois les conditions remplies mais un \u00ab processus historique h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et conflictuel, o\u00f9 le politique est pr\u00e9pond\u00e9rant. \u00bb<\/em> <\/p>\n\n\n\nPour adapter la croissance au XXI<\/em>e<\/em><\/sup> si\u00e8cle, il est de prime abord pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019analyser la croissance pass\u00e9e afin d\u2019en tirer des enseignements valables pour l\u2019\u00e9poque actuelle. C\u2019est \u00e0 cette t\u00e2che d\u2019autopsie que s\u2019attelle la premi\u00e8re partie du rapport. Selon celle-ci, le capitalisme est financiaris\u00e9 parce qu\u2019il est globalis\u00e9 : l\u2019ouverture de nouveaux march\u00e9s et la lib\u00e9ralisation des flux de capitaux amen\u00e9e par la globalisation nourrit le d\u00e9veloppement de march\u00e9s de financement du risque. Le point principal vient \u00e0 la suite, \u00e0 savoir que croissances \u00e9conomique et financi\u00e8re sont irr\u00e9m\u00e9diablement li\u00e9es. Et au centre de cette dynamique se trouvent les crises financi\u00e8res, qui ne sont pas des accidents sur le sentier de la croissance, mais bien des ph\u00e9nom\u00e8nes endog\u00e8nes \u00e0 une \u00e9conomie dirig\u00e9e par le cycle financier. <\/em> <\/p>\n\n\n\nLa deuxi\u00e8me partie du rapport s\u2019attache \u00e0 introduire un peu d’h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dans cette logique implacable du capitalisme, dans la mesure o\u00f9 les voies de la croissance emprunt\u00e9es par les diff\u00e9rents pays furent parfois tr\u00e8s diff\u00e9rentes les unes des autres. Les chapitres 3 \u00e0 5 permettent de comprendre autrement le d\u00e9roulement de la crise financi\u00e8re en Europe, et les raisons pour lesquelles le c\u00e9l\u00e8bre mod\u00e8le de Phillips, qui corr\u00e9lait autrefois niveau de ch\u00f4mage et inflation et avait valeur pr\u00e9dictive, ne put \u00eatre valable lors de cette derni\u00e8re crise. Selon Michel Aglietta, il faut, pour expliquer ces ph\u00e9nom\u00e8nes, prendre en compte le degr\u00e9 d\u2019internationalisation des \u00e9conomies et les changements structurels sur les march\u00e9s du travail.<\/em> <\/p>\n\n\n\nLa troisi\u00e8me partie repose sur l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle, \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des modes de r\u00e9gulation de l\u2019\u00e9conomie, r\u00e9pond une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dans les comportements \u00e9conomiques. Il faut alors avant tout essayer de comprendre cette derni\u00e8re si l\u2019on veut esp\u00e9rer aller plus loin. <\/em><\/p>\n\n\n\n \n\n\n\nTroisi\u00e8me partie : Modes de gouvernance et comportements d\u2019agents<\/strong> <\/h4>\n\n\n\nLorsque, pour se conformer \u00e0 l\u2019\u00e9vidence du cycle financier, l\u2019on rejette conjointement les hypoth\u00e8ses de l\u2019efficience de la finance et de la neutralit\u00e9 de la monnaie, il ne peut pas exister de fondements micro\u00e9conomiques de la macro\u00e9conomie valables en tous temps et en tous lieux. Il n\u2019existe pas de comportements \u00e9conomiques g\u00e9n\u00e9riques, ind\u00e9pendants des structures sociales dans lesquelles les agents \u00e9conomiques sont ins\u00e9r\u00e9s. L\u2019\u00e9conomie est pleinement partie int\u00e9grante des sciences sociales. Or, dans les \u00e9conomies capitalistes, les structures sociales sont en transformation. <\/p>\n\n\n\n
Dans le cadre des modes de r\u00e9gulation de l\u2019\u00e9conomie globalis\u00e9e mis en \u00e9vidence dans la seconde partie, la troisi\u00e8me partie revient sur les comportements non financiers des agents \u00e9conomiques que sont les m\u00e9nages et les entreprises. Ces comportements sont \u00e0 la fois conditionn\u00e9s par le mode de r\u00e9gulation du capitalisme financiaris\u00e9, et y participent. Ils s\u2019expriment dans des types de comportement et dans des modes de gouvernance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00e9pargne et de l\u2019investissement. <\/p>\n\n\n\n
Le chapitre 6, \u00e9crit par Luc Arrondel et Andr\u00e9 Masson, \u00e9tudie sur le long terme l\u2019\u00e9pargne et le patrimoine des m\u00e9nages dans le r\u00e9gime de croissance du capitalisme financiaris\u00e9 des pays de la zone euro (notamment en France et en Allemagne). Les auteurs justifient la variabilit\u00e9 des taux d\u2019\u00e9pargne et d\u2019investissement observ\u00e9e entre les diff\u00e9rents pays par le fait que les cycles immobiliers ne sont pas les m\u00eames partout en Europe. D\u2019autre part, ils expliquent comment sont historiquement n\u00e9es les in\u00e9galit\u00e9s de patrimoine dans ces pays. <\/p>\n\n\n\n
Ce chapitre est divis\u00e9 en deux sections : la premi\u00e8re dresse le constat de ces ph\u00e9nom\u00e8nes, tandis que la seconde pr\u00e9sente les d\u00e9bats et les projets de r\u00e9formes qu\u2019ils suscitent. Selon ce qui est dit en premi\u00e8re section, l\u2019\u00e9pargne des m\u00e9nages est, depuis 2005, plus forte dans les pays de la zone euro que dans les pays anglo-saxons. Au sein de la zone, on observe une variabilit\u00e9 dans la possession moyenne de patrimoine par t\u00eate entre les pays, du fait que les prix de l\u2019immobilier diff\u00e8rent .<\/p>\n\n\n\n
En mesurant la richesse m\u00e9diane nette des m\u00e9nages, la France se situe dans la moyenne et l\u2019Allemagne a un niveau particuli\u00e8rement faible. En outre, la concentration de la richesse y est forte. L\u2019importance de l\u2019immobilier dans le patrimoine des m\u00e9nages est la principale raison de ces diff\u00e9rences. Particuli\u00e8rement nombreux sont ceux qui en Espagne et en Italie poss\u00e8dent leur r\u00e9sidence principale. Ils sont moins nombreux en France, et encore moins en Allemagne. Cela explique pourquoi des pays riches au niveau du revenu, comme l\u2019Allemagne, le sont moins au niveau du patrimoine. <\/p>\n\n\n\nLorsqu\u2019on compare l\u2019\u00e9volution en longue p\u00e9riode des patrimoines en Europe et aux \u00c9tats-Unis, on trouve que le rapport patrimoine net\/revenu national est bien plus \u00e9lev\u00e9 en Europe. <\/p>Michel aglietta<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nConcernant la composition des patrimoines financiers, la France est bien plac\u00e9e pour les liquidit\u00e9s et l\u2019assurance vie. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la d\u00e9tention directe des actifs risqu\u00e9s par les m\u00e9nages est faible dans la zone euro. Concernant l\u2019endettement, l\u2019\u00e9volution en France est all\u00e9e en sens contraire de celle des pays qui ont connu une crise immobili\u00e8re. Partant d\u2019un niveau bas \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019euro, il a augment\u00e9 contin\u00fbment pour la plupart des m\u00e9nages, hormis pour ceux qui ont les patrimoines les plus \u00e9lev\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n
Lorsqu\u2019on compare l\u2019\u00e9volution en longue p\u00e9riode des patrimoines en Europe et aux \u00c9tats-Unis, on trouve que le rapport patrimoine net\/revenu national est bien plus \u00e9lev\u00e9 en Europe. Depuis 1990 il a suivi une courbe en U. Il a mont\u00e9 continuellement de 1950 \u00e0 2010 pour atteindre 5,5 contre 4 \u00e0 4,5 aux \u00c9tats-Unis. Quant aux in\u00e9galit\u00e9s, elles \u00e9taient maximales au d\u00e9but du XXe <\/sup>si\u00e8cle et ont d\u00e9cru en Europe apr\u00e8s la premi\u00e8re Guerre Mondiale jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970. <\/p>\n\n\n\nCompte tenu du constat, la seconde section est consacr\u00e9e \u00e0 un probl\u00e8me lancinant : comment mobiliser l\u2019\u00e9pargne des m\u00e9nages au service du financement de l\u2019\u00e9conomie ? Un leitmotiv partag\u00e9 par la communaut\u00e9 financi\u00e8re et un certain nombre de responsables politiques en France est que les m\u00e9nages n\u2019offrent pas assez d\u2019\u00e9pargne financi\u00e8re longue et risqu\u00e9e. L\u2019\u00c9tat contribuerait \u00e9galement \u00e0 cette situation via une fiscalit\u00e9 inadapt\u00e9e. Toutefois la France ne constitue pas une exception. En outre, il ne fait pas de doute que les besoins d\u2019investissement productif non satisfaits sont tr\u00e8s importants en Europe depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. <\/p>\n\n\n\n
N\u00e9anmoins, on peut constater, ce qui est devenu \u00e9vident depuis la crise, que la demande de financement des entreprises pour l\u2019investissement productif est faible. C\u2019est encore bien pire pour l\u2019investissement public qui n\u2019a cess\u00e9 de baisser en Europe en % du PIB depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. En outre, la relation entre l\u2019\u00e9pargne des m\u00e9nages et ses utilisations passe par l\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re. Or le court-termisme qui r\u00e8gne dans les march\u00e9s financiers sous l\u2019empire de l\u2019obsession de la liquidit\u00e9 n\u2019y est pas \u00e9tranger. Devant ce qui est pens\u00e9 comme un mismatch<\/em>, le discours financier invoque p\u00eale-m\u00eale le manque d\u2019\u00e9ducation financi\u00e8re des \u00e9pargnants, la fiscalit\u00e9 du capital, le manque de confiance des m\u00e9nages, le conseil financier inad\u00e9quat et l\u2019innovation trop timor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\nCes explications ad hoc <\/em>ne prennent pas en compte trois \u00e9volutions structurelles des soci\u00e9t\u00e9s capitalistes avanc\u00e9es : la chute continue de l\u2019actionnariat \u00e0 tout \u00e2ge depuis la crise, l\u2019alourdissement et la concentration du poids du patrimoine relativement au revenu depuis la fin des ann\u00e9es 1970, la mont\u00e9e du risque de long\u00e9vit\u00e9 et l\u2019envol\u00e9e induite des transferts sociaux. Face \u00e0 ces \u00e9volutions soci\u00e9tales, quelles peuvent \u00eatre les propositions efficaces \u00e0 moyen terme pour s\u2019y adapter ? <\/p>\n\n\n\nSi les m\u00e9nages sont pessimistes, la situation macro\u00e9conomique et la d\u00e9t\u00e9rioration de la protection sociale (sant\u00e9, \u00e9ducation, retraite) n\u2019y est pas pour rien. En premier lieu, une politique macro\u00e9conomique contra-cyclique, capable de garantir la situation de l\u2019emploi et le syst\u00e8me social, serait sans doute plus favorable pour prendre davantage de risques financiers. En second lieu, pour limiter l\u2019accumulation du capital par les seniors, un dispositif de taxation progressive des h\u00e9ritages familiaux pour inciter \u00e0 la consommation, \u00e0 la donation ou \u00e0 l\u2019investissement de long terme, peut inciter \u00e0 y rem\u00e9dier, selon les auteurs. <\/p>\n\n\n\n
Ce dispositif serait utile, soit en incitant les m\u00e9nages \u00e0 mobiliser leur patrimoine pour \u00e9viter la surtaxe, soit en procurant des ressources fiscales suppl\u00e9mentaires \u00e0 l\u2019\u00c9tat. En troisi\u00e8me lieu une couverture publique \u00e9largie de la d\u00e9pendance permettrait d\u2019all\u00e9ger le risque de long\u00e9vit\u00e9 support\u00e9 par les m\u00e9nages retrait\u00e9s ; ce qui impliquerait sans doute de r\u00e9indexer plus correctement les pensions. <\/p>\n\n\n\n
Le chapitre 7 concerne les comportements des entreprises, plus pr\u00e9cis\u00e9ment la valorisation actionnariale, la gestion financi\u00e8re et la gouvernance dans les grands groupes industriels cot\u00e9s. Il est \u00e9crit par Renaud du Tertre et Yann Guy. La d\u00e9marche prend l\u2019entreprise pour ce qu\u2019elle est : non pas un n\u0153ud de contrats conduisant \u00e0 une relation principal-agent entre les actionnaires et le management. Les actionnaires ne sont pas les propri\u00e9taires des entreprises. L\u2019entreprise est une r\u00e9alit\u00e9 multidimensionnelle. C\u2019est \u00e0 la fois une communaut\u00e9 de personnes munies de comp\u00e9tences qui coop\u00e8rent pour produire de la valeur pour la collectivit\u00e9 et une soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e qui est une personne morale juridiquement propri\u00e9taire de l\u2019entreprise. Les actionnaires ne sont qu\u2019une des parties prenantes en tant que propri\u00e9taires des fonds propres qu\u2019ils apportent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\nLe capitalisme financiaris\u00e9 a d\u00e9ploy\u00e9 un r\u00e9gime de croissance qui \u00e9volue sur une trajectoire qui n\u2019est pas soutenable face aux d\u00e9fis de ce si\u00e8cle.<\/p>michel aglietta<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nLa financiarisation des entreprises a d\u00e9plac\u00e9 le pouvoir d\u00e9cisionnel en faveur des actionnaires. La gouvernance des entreprises sous l\u2019influence de la finance est le principe de la valeur actionnariale. Ce chapitre en \u00e9tudie les caract\u00e9ristiques et les cons\u00e9quences pour la rentabilit\u00e9 des entreprises, l\u2019impact sur les valorisations boursi\u00e8res et les incidences sur l\u2019investissement. L\u2019analyse est faite \u00e0 partir de la comparaison des structures de bilan et des indicateurs de rentabilit\u00e9 financi\u00e8re dans un \u00e9chantillon de groupes industriels dans quatre pays (\u00c9tats-Unis, Royaume Uni, Allemagne et France) o\u00f9 l\u2019influence de la valeur actionnariale n\u2019est pas la m\u00eame. L\u2019analyse permet de mieux comprendre les effets de ce mode de gouvernance.<\/p>\n\n\n\n
Les entreprises ont v\u00e9cu un mouvement de financiarisation li\u00e9 aux politiques de lib\u00e9ralisation depuis les ann\u00e9es 1980. Cette financiarisation a impos\u00e9 le principe de la valeur actionnariale, c\u2019est-\u00e0-dire la mise de la gouvernance au service des actionnaires. Comme on l\u2019a montr\u00e9 au chapitre 2, le levier d\u2019endettement pro-cyclique est essentiel dans les strat\u00e9gies manag\u00e9riales au service de la valeur actionnariale. Toutefois ce principe, dominant dans les pays anglo-saxons, s\u2019est moins d\u00e9velopp\u00e9 en Europe continentale ; d\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une \u00e9tude empirique comparative. Dans cette comparaison deux types de rentabilit\u00e9 sont analys\u00e9s : le ROE<\/em> (Return on Equity<\/em>) et le TSR<\/em> (Total Shareholder Return<\/em>). <\/p>\n\n\n\nCes deux ratios sont issus de comptabilit\u00e9s diff\u00e9rentes. Le ROE<\/em> provient de la comptabilit\u00e9 aux co\u00fbts historiques des immobilisations. Le TSR<\/em> d\u00e9pend des anticipations des participants aux march\u00e9s boursiers. Il incorpore donc les plus ou moins values des march\u00e9s boursiers.<\/p>\n\n\n\nOn consid\u00e8re deux sections : l\u2019impact de la finance de march\u00e9 sur les strat\u00e9gies des entreprises, puis les d\u00e9cisions manag\u00e9riales au service de la valeur actionnariale.<\/p>\n\n\n\n
Conform\u00e9ment aux enseignements tir\u00e9s du cycle financier, l\u2019investissement est influenc\u00e9 par l\u2019effet de levier. Celui-ci d\u00e9forme la structure des bilans \u00e0 la recherche d\u2019un ROE<\/em> \u00e9lev\u00e9. Par ailleurs, les variations du TSR<\/em> sont sensibles aux fluctuations cycliques des cours boursiers. Or la globalisation financi\u00e8re tend \u00e0 imposer un march\u00e9 unique des capitaux. Pourquoi constate-t-on des ROE<\/em> tr\u00e8s diff\u00e9rents selon les groupes dans les quatre pays pour r\u00e9aliser la convergence des TSR<\/em> ? Ces divergences distinguent les entreprises anglo-saxonnes de celles d\u2019Europe continentale. Trois facteurs conduisent \u00e0 les expliquer : la gouvernance d\u2019entreprise enti\u00e8rement actionnariale aux \u00c9tats-Unis, partenariale avec cod\u00e9termination en Allemagne ; les insertions diff\u00e9rentes dans l\u2019\u00e9conomie mondiale des pays d\u2019origine de ces groupes ; les poids respectifs de la finance de march\u00e9 et de la finance de banque dans ces pays d\u2019origine. <\/p>\n\n\n\nSi les deux derniers facteurs peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des donn\u00e9es exog\u00e8nes pour comparer les styles de gouvernance, il n\u2019en est pas de m\u00eame du premier. C\u2019est qu\u2019il y a bien des mani\u00e8res de valoriser le capital des entreprises pour maximiser le TSR<\/em>. La financiarisation a enrichi les possibilit\u00e9s. Il n\u2019y a pas que l\u2019investissement productif qui \u00e9l\u00e8ve la productivit\u00e9 et donc le rendement du capital. On peut faire de la valeur actionnariale par croissance externe dans le monde entier, par rachat d\u2019actions et par distribution de dividendes. Le moyen d\u2019action de ces diff\u00e9rentes strat\u00e9gies est l\u2019autofinancement net. Mais l\u2019effet d\u00e9terminant sur le TSR<\/em> passe par le cycle financier, c\u2019est-\u00e0-dire par le momentum <\/em>entre le levier de dette et la hausse du march\u00e9 des actions. <\/p>\n\n\n\nSur les places anglo-saxonnes la corr\u00e9lation entre le taux d\u2019endettement et le cours des actions est plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019en Europe continentale parce que l\u2019usage de l\u2019autofinancement est dirig\u00e9 vers les strat\u00e9gies qui visent les plus-values boursi\u00e8res au d\u00e9triment de l\u2019investissement productif. Car la conception de l\u2019entreprise comme somme d\u2019actifs d\u00e9tenus par les actionnaires selon le mod\u00e8le Wall Street fait du march\u00e9 boursier l\u2019op\u00e9rateur du march\u00e9 du contr\u00f4le qui permet de d\u00e9gorger le goodwill<\/em> au b\u00e9n\u00e9fice des actionnaires. Les performances du point de vue du TSR<\/em> sont donc hautement cycliques. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 les entreprises allemandes ont des horizons plus longs avec un actionnariat plus stable, des connexions bancaires \u00e0 long terme et des structures qui se perp\u00e9tuent dans le temps (going concern<\/em>). En France la gouvernance s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e vers le syst\u00e8me anglo-saxon au cours des ann\u00e9es 1990. <\/p>\n\n\n\nLa r\u00e9alisation de la valeur actionnariale d\u00e9pend donc de d\u00e9cisions manag\u00e9riales strat\u00e9giques. La globalisation financi\u00e8re depuis les ann\u00e9es 1980 a entra\u00een\u00e9 l\u2019internationalisation des entreprises, donc le recours accru \u00e0 la croissance externe. Il en a r\u00e9sult\u00e9 une augmentation de l\u2019investissement financier par rapport \u00e0 l\u2019investissement productif dans les phases ascendantes du cycle financier. Malgr\u00e9 les diff\u00e9renciations entre les modes de gouvernance sur lesquelles on a insist\u00e9, on peut constater une \u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale vers la valeur actionnariale \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000. <\/p>\n\n\n\n
On constate, en effet, une hausse syst\u00e9matique du free cash-flow<\/em> dans tous les groupes et dans les quatre pays. Le free cash-flow<\/em> est d\u00e9fini comme la diff\u00e9rence entre l\u2019autofinancement brut et l\u2019investissement total. Il sert \u00e0 payer les dividendes et \u00e0 financer les transactions sur les titres. Dans les ann\u00e9es 1990, il \u00e9tait n\u00e9gatif en France et en Allemagne \u00e0 cause des acquisitions en Europe de l\u2019Est. Il est ensuite devenu une variable strat\u00e9gique dans toutes les grandes entreprises. Cela veut dire que le r\u00e9sultat net a augment\u00e9 \u00e0 investissement inchang\u00e9 et donc que le pouvoir des actionnaires a augment\u00e9. Aux \u00c9tats-Unis, c\u2019est le rachat massif des actions qui est devenu la modalit\u00e9 principale de r\u00e9mun\u00e9ration des actionnaires. Au contraire, les rachats d\u2019actions sont faibles en France et inexistants en Allemagne. <\/p>\n\n\n\nIl existe donc une diversit\u00e9 de mod\u00e8les de gouvernance qui se refl\u00e8te dans la gestion financi\u00e8re des entreprises. Une premi\u00e8re contrainte fixe la part du r\u00e9sultat net \u00e0 distribuer aux actionnaires pour satisfaire leurs int\u00e9r\u00eats \u00e0 court terme. Cette contrainte est contra-cyclique. Une seconde contrainte s\u2019applique au taux d\u2019endettement maximum fix\u00e9 par les cr\u00e9anciers. Cette contrainte d\u00e9pend de la capacit\u00e9 d\u2019autofinancement, donc de la solidit\u00e9 des fonds propres qui soutient le levier d\u2019endettement. Cette contrainte est pro-cyclique. Le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant de la capacit\u00e9 d\u2019autofinancement est une pr\u00e9occupation commune. Mais cette logique commune n\u2019emp\u00eache pas la diversit\u00e9 des modes de gouvernance. Car les exigences des actionnaires n\u2019ont pas la m\u00eame intensit\u00e9 selon les pays pour influencer l\u2019arbitrage temporel des entreprises quant au partage des usages du r\u00e9sultat net. Ensuite la finance de banques et la finance de march\u00e9 n\u2019ont pas la m\u00eame influence sur la contrainte d\u2019endettement. <\/p>\n\n\n\n
Cela justifie de faire une distinction fondamentale. La valeur actionnariale au sens strict s\u2019applique dans le monde anglo-saxon. Une alliance partenariale dans un mod\u00e8le de cod\u00e9termination s\u2019applique en Allemagne et dans d\u2019autres pays d\u2019Europe du Nord entre actionnaires \u00ab patients \u00bb, banques et organisations salariales. Il est tourn\u00e9 vers les int\u00e9r\u00eats de long terme. <\/p>\n\n\n\n