{"id":135111,"date":"2022-03-25T06:12:00","date_gmt":"2022-03-25T05:12:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=135111"},"modified":"2022-03-28T18:49:21","modified_gmt":"2022-03-28T16:49:21","slug":"des-sanctions-financieres-lacunaires-a-lencontre-de-la-russie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/03\/25\/des-sanctions-financieres-lacunaires-a-lencontre-de-la-russie\/","title":{"rendered":"Des sanctions financi\u00e8res lacunaires \u00e0 l\u2019encontre de la Russie"},"content":{"rendered":"\n
L’effet \u00e0 court terme des sanctions financi\u00e8res est limit\u00e9. Compte tenu de notre d\u00e9pendance \u00e0 l’\u00e9gard de l’\u00e9nergie russe, les sanctions n’ont fait qu’augmenter les prix, procurant ainsi davantage de revenus \u00e0 la Russie. Pour cette m\u00eame raison \u2013 \u00e0 savoir la d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique – l’exclusion des banques russes de SWIFT a \u00e9galement exempt\u00e9 la plus grande banque du pays, la Sberbank, et la Gazprom-bank, la troisi\u00e8me. Cependant, l’effet le plus important est celui exerc\u00e9 sur la r\u00e9putation et la signalisation : les banques russes font l’objet d’une m\u00e9fiance locale de la part des d\u00e9posants, ce qui entra\u00eene un drainage des liquidit\u00e9s. Elles ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es sur une liste noire internationale, ce qui les a coup\u00e9es des march\u00e9s financiers internationaux et facilitera l’application des politiques de lutte contre le blanchiment d’argent. En outre, la Russie est en train de devenir une zone interdite aux entreprises internationales. En effet, des groupes de paiement, des banques et des entreprises ont annonc\u00e9 leur d\u00e9part. Mais pour produire des effets, il faudra du temps, comme le d\u00e9montrent d’autres cas de pays sanctionn\u00e9s, tels que l’Iran. C\u2019est un contraste par rapport \u00e0 l’effet d\u00e9vastateur imm\u00e9diat de la guerre en Ukraine.<\/p>\n\n\n\n
Jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent, l’Union a annonc\u00e9 plusieurs vagues de sanctions \u00e0 l’encontre de banques, d’entreprises et de particuliers russes. Les plus importantes sont :<\/p>\n\n\n\n
La d\u00e9connexion de ces m\u00eames banques russes de SWIFT a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 ent\u00e9rin\u00e9e par les \u00c9tats-Unis, le Royaume-Uni, la Suisse et le Japon, puis par l’Australie et le Canada. Il en est de m\u00eame pour les transactions avec la Banque centrale de Russie. Parall\u00e8lement, l’administration Biden a annonc\u00e9 des sanctions directes contre les banques russes. Mais les exemptions signifient qu’un nombre non n\u00e9gligeable de transactions peuvent se poursuivre et que les banques exempt\u00e9es de l’interdiction de SWIFT peuvent \u00eatre utilis\u00e9es pour effectuer des transactions internationales. C’est encore plus vrai pour le B\u00e9larus, o\u00f9 l’interdiction ne concerne que trois banques sur un total de plus de 25 banques actives, alors qu’il n’y a aucune d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique vis-\u00e0-vis de ce pays.<\/p>\n\n\n\n
La difficult\u00e9 de r\u00e9agir de mani\u00e8re ad\u00e9quate \u00e0 la guerre en Ukraine a d\u00e9montr\u00e9 ce que nous savions d\u00e9j\u00e0 de mani\u00e8re tacite, \u00e0 savoir que la Russie est \u00e9troitement infiltr\u00e9e dans le syst\u00e8me financier occidental, probablement avec l\u2019intention de rendre toute sanction difficile. Des individus et des entreprises russes d\u00e9tiennent des parts importantes dans des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes. Depuis l’adoption des premi\u00e8res sanctions en 2014, \u00e0 la suite de l’annexion de la Crim\u00e9e, la Russie savait que la question de SWIFT \u00e9tait sur la table et a cherch\u00e9 des alternatives. Des lignes de communication sp\u00e9ciales<\/a> pour contourner SWIFT sont d\u00e9sormais susceptibles d’\u00eatre mises en place entre les banques russes et les institutions financi\u00e8res chinoises, par exemple. Ces r\u00e9seaux seront \u00e9tendus \u00e0 d’autres pays, r\u00e9duisant ainsi le caract\u00e8re central de SWIFT et des devises occidentales. L’Inde a \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 son syst\u00e8me de messagerie financi\u00e8re structur\u00e9e<\/a> (SFMS) et n’a pas encore condamn\u00e9 l’invasion russe. Les banques pourraient m\u00eame utiliser des canaux de paiement crypto d\u00e9j\u00e0 bien d\u00e9velopp\u00e9s et qui ne font pas partie de SWIFT. La Commission a d\u00e9clar\u00e9 qu’elle suivrait \u00e9galement les paiements crypto, sans autre pr\u00e9cision comment elle fera cela. Par ailleurs, les Banques centrales du monde entier \u00e9tudient la possibilit\u00e9 d’\u00e9mettre elles-m\u00eames leurs monnaies num\u00e9riques, les \u00ab Central Bank Digital Currencies \u00bb (CBDC) r\u00e9duisant ainsi le besoin de transactions avec SWIFT. Maintenant que l’exclusion de SWIFT est effectivement utilis\u00e9e comme une arme politique, on peut s’attendre \u00e0 ce que le d\u00e9veloppement d’alternatives s\u2019accentue.<\/p>\n\n\n\n L’effet secondaire positif est la mise sur liste noire du syst\u00e8me financier russe, et maintenant aussi b\u00e9larus. Jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent, les banques et les entit\u00e9s europ\u00e9ennes ont fait preuve d’indulgence \u00e0 l’\u00e9gard du syst\u00e8me financier russe, m\u00eame si des sanctions limit\u00e9es \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en place. D’\u00e9normes affaires de blanchiment d’argent ont eu lieu dans l’Union, impliquant des contreparties russes, principalement via les Pays Baltes. Dans l’affaire Den Danske Bank, les proc\u00e9dures de lutte contre le blanchiment d’argent concernant le portefeuille de non-r\u00e9sidents de la succursale estonienne n’ont pas \u00e9t\u00e9 correctement appliqu\u00e9es. Cela impliquait principalement des transactions de plus de 200 milliards d’euros entre 2007 et 2015 entre la Russie, le Royaume-Uni et des centres financiers offshore. Dans le cas de Swedbank, il s’agissait de transactions dans les filiales baltes d’environ 37 milliards d’euros entre 2014 et 2019. Dans l’affaire ABLV, une petite banque lettone a \u00e9t\u00e9 liquid\u00e9e par la BCE en 2018 pour plus d’un milliard d’euros de blanchiment d’argent criminel, provenant principalement de d\u00e9posants russes. Et ce n’est probablement que la partie visible de l’iceberg, si l’on consid\u00e8re les constructions chypriotes ou maltaises, ou encore l’affaire Wirecard.<\/p>\n\n\n\n