{"id":131788,"date":"2022-02-22T17:22:38","date_gmt":"2022-02-22T16:22:38","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=131788"},"modified":"2022-02-28T12:02:55","modified_gmt":"2022-02-28T11:02:55","slug":"le-viol-de-lukraine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/02\/22\/le-viol-de-lukraine\/","title":{"rendered":"Le viol de l\u2019Ukraine"},"content":{"rendered":"\n
\u00ab Que \u00e7a te plaise ou non, ma belle, il va falloir t’y r\u00e9soudre \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n La prise du Donbass n\u2019est-elle qu\u2019une premi\u00e8re \u00e9tape ? L\u2019homme qui n\u2019a plus de limites dit \u00ab pourquoi pas ? \u00bb. C\u2019est sans doute l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit dans lequel Vladimir Poutine s\u2019est plac\u00e9 fin 2021. En se disant que c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pour lui \u2013 et pour la Russie \u2013 la derni\u00e8re chance de \u00ab r\u00e9cup\u00e9rer \u00bb l\u2019Ukraine. C\u2019est l\u2019aboutissement d\u2019une longue cha\u00eene d\u2019\u00e9v\u00e9nements, dont les racines se trouvent bien davantage \u00e0 Moscou et \u00e0 Kiev qu\u2019\u00e0 Washington ou \u00e0 Bruxelles. <\/p>\n\n\n\n Le 19 ao\u00fbt 1991 au matin, une d\u00e9p\u00eache urgente s\u2019affiche sur les t\u00e9l\u00e9scripteurs du monde entier : \u00ab Urgent – Coup d\u2019\u00c9tat en Union sovi\u00e9tique<\/em> \u00bb. Il faut se souvenir \u00e0 quel point cette information \u00e9tait effrayante : l\u2019avenir de ce qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque une superpuissance dot\u00e9e d\u2019armes nucl\u00e9aires \u00e9tait en jeu. Le coup d\u2019\u00c9tat fut de br\u00e8ve dur\u00e9e mais l\u2019\u00e9v\u00e9nement acc\u00e9l\u00e9ra consid\u00e9rablement le processus de d\u00e9composition de l\u2019URSS. Cinq jours plus tard, l\u2019Ukraine d\u00e9clara son ind\u00e9pendance, \u00e0 la surprise et \u00e0 la d\u00e9ception des autorit\u00e9s russes. Boris Eltsine envisagea un temps d\u2019imposer un red\u00e9coupage des fronti\u00e8res pour absorber a minima<\/em> la Crim\u00e9e et le nord du Kazakhstan, mais le pr\u00e9sident kazakh Noursoultan Nazerbaiev l\u2019en dissuada. Eltsine, qui ne voulait pas que l\u2019URSS subisse le sort de la Yougoslavie, se rangea \u00e0 ses arguments <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C\u2019est la sagesse incarn\u00e9e dans le principe de droit international uti possidetis<\/em> (\u00ab ce que vous avez, vous le poss\u00e9derez \u00bb<\/em>) qui s\u2019appliqua. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, un nouveau trait\u00e9 d\u2019union \u00e9tait encore envisag\u00e9. Mais Moscou n\u2019\u00e9tait pr\u00eate \u00e0 y souscrire que si l\u2019Ukraine en faisait partie. Or le r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019ind\u00e9pendance (1er<\/sup> d\u00e9cembre) fut sans appel : avec plus de 90 % de \u00ab oui \u00bb (et une participation de 82 %), l\u2019Ukraine d\u00e9cida de suivre son propre chemin. Quelques jours plus tard, le pr\u00e9sident nouvellement \u00e9lu L\u00e9onid Kravtchouk et ses homologues russe et bi\u00e9lorusse d\u00e9clar\u00e8rent l\u2019extinction du trait\u00e9 fondateur de 1922. <\/p>\n\n\n\n L\u2019Ukraine mettait un terme \u00e0 350 ans d\u2019histoire sous le m\u00eame toit. Ce choix fut formellement accept\u00e9 par Moscou et le pays reconnu comme \u00c9tat ind\u00e9pendant dans ses fronti\u00e8res de l\u2019\u00e9poque. Non seulement de mani\u00e8re tacite en acceptant le statu quo<\/em> frontalier en 1991, mais surtout en signant ult\u00e9rieurement plusieurs trait\u00e9s et accords avec elle : le m\u00e9morandum de Budapest (1994), qui garantissait son int\u00e9grit\u00e9 territoriale ; le trait\u00e9 d\u2019amiti\u00e9 russo-ukrainien (1997), qui confirmait les fronti\u00e8res et proclamait leur inviolabilit\u00e9 ; et les accords relatifs \u00e0 la base de S\u00e9bastopol (1997, 2010). Cela n\u2019emp\u00eacha pas Vladimir Poutine, dans une citation fondatrice (2005), de consid\u00e9rer que l\u2019\u00e9clatement de l\u2019Union \u00e9tait \u00ab la plus grande catastrophe g\u00e9opolitique du XX\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/em> \u00bb <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>, de son vivant. <\/p>\n\n\n\n La g\u00e9ographie n\u2019explique pas tout, mais, \u00ab sans l\u2019Ukraine, la Russie cesse d\u2019\u00eatre un empire<\/em> \u00bb, comme le disait Zbigniew Brezinski. <\/p>\n\n\n\n L\u2019Ukraine, ce sont des ressources bien s\u00fbr. Mais ce qui \u00e9tait appel\u00e9 le \u00ab grenier \u00e0 bl\u00e9 \u00bb de l\u2019Union sovi\u00e9tique \u2013 les tchernozioms<\/em> \u2013 est moins important pour Moscou aujourd\u2019hui que ce ne l\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, la Russie \u00e9tant devenue gr\u00e2ce \u00e0 sa production nationale le premier exportateur du monde. L\u2019Ukraine, c\u2019est aussi du gaz, avec quelques gisements offshore<\/em> en mer Noire, sans compter sa localisation qui en fait encore aujourd\u2019hui le principal carrefour des gazoducs (transit vers l\u2019Europe). Et c\u2019est aussi, bien s\u00fbr, le port de S\u00e9bastopol en Crim\u00e9e dont le statut avait th\u00e9oriquement \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9 par l\u2019accord de Kharkiv (2010), avec un acc\u00e8s russe jusqu\u2019en 2042. Mais quelles que soient les raisons, la conqu\u00eate des \u00ab terres noires \u00bb n\u2019est pas un objectif du Kremlin et les racines historiques sont de loin les plus importantes pour expliquer la crise actuelle. <\/p>\n\n\n\n La g\u00e9ographie n\u2019explique pas tout mais \u00ab sans l\u2019Ukraine, la Russie cesse d\u2019\u00eatre un empire<\/em> \u00bb.<\/p>bruno tertrais<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Poutine rappelle <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span> que la Crim\u00e9e fut \u00ab le lieu de l\u2019antique Cherson\u00e8se, o\u00f9 le prince Vladimir fut baptis\u00e9 [en 988]. Son choix spirituel, celui de l\u2019adoption de l\u2019orthodoxie, cr\u00e9a les fondements de la culture, de la civilisation et des valeurs humaines qui unissent les peuples de Russie, d\u2019Ukraine et de Bi\u00e9lorussie. C\u2019est l\u00e0, aussi, que se trouve S\u00e9bastopol \u2013 une cit\u00e9 l\u00e9gendaire \u00e0 l\u2019histoire exceptionnelle, une forteresse qui a vu na\u00eetre la Flotte russe de la Mer noire \u00bb. <\/em>La Crim\u00e9e serait \u00ab sacr\u00e9e <\/em> \u00bb pour la Russie <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>, \u00ab comme le Mont du Temple pour les musulmans et les juifs<\/em> \u00bb. Et Poutine de faire \u00e9riger en 2016 une immense statue du prince Vladimir devant le Kremlin. Il fallait bien faire pi\u00e8ce \u00e0 celle qui existe depuis longtemps \u00e0 Kiev, les deux \u00c9tats se r\u00e9clamant du prince qui se convertit \u00e0 l\u2019orthodoxie. La p\u00e9ninsule, annex\u00e9e \u00e0 la suite d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum tenu dans des conditions rappelant le pl\u00e9biscite en faveur de l\u2019annexion du Sudetenland,<\/em> est d\u00e9sormais russifi\u00e9e (sur 49 paroisses relevant du patriarcat de Kiev existant en 2014, il n\u2019en reste que cinq <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>). Les Tatars sont, de nouveau, en butte \u00e0 la r\u00e9pression. Comme les pays baltes apr\u00e8s 1940, la p\u00e9ninsule est sans doute perdue pour longtemps pour Kiev.<\/p>\n\n\n\n\n\n Ces jours-ci, c\u2019est d\u00e9sormais le reste de l\u2019Ukraine qui est en jeu. Poutine a annonc\u00e9 la couleur dans un texte \u2013 exceptionnellement long pour une publication pr\u00e9sidentielle \u2013 sign\u00e9 de sa main et publi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2021, \u00e0 l\u2019occasion du trenti\u00e8me anniversaire de la \u00ab catastrophe \u00bb, et intitul\u00e9 \u00ab Sur l\u2019unit\u00e9 historique des Russes et des Ukrainiens <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Argument\u00e9, le propos n\u2019en est pas moins r\u00e9visionniste. <\/p>\n\n\n\n Vladimir Poutine pr\u00e9tend que la Russie est l\u2019h\u00e9riti\u00e8re naturelle de la Rus\u2019 ki\u00e9vienne. Cette matrice originelle des trois nations slaves orientales (bi\u00e9lorusse, russe, ukrainienne), fond\u00e9e par les Var\u00e8gues (Vikings) au IX\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, \u00e9tait une prosp\u00e8re f\u00e9d\u00e9ration de principaut\u00e9s administr\u00e9e par Kiev, centre spirituel de la r\u00e9gion. Dans un r\u00e9cit non d\u00e9nu\u00e9 de popularit\u00e9 en Occident <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>, apr\u00e8s sa chute (invasion mongole du XIII\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle), la Moscovie en devint la l\u00e9gitime h\u00e9riti\u00e8re et son destin de \u00ab r\u00e9unifier les terres russes \u00bb. Fond\u00e9 sur le principe m\u00e9di\u00e9val de la translatio imperii<\/em> et datant des XV\u00e8me<\/sup> et XVI\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles, ce r\u00e9cit avait pour but de l\u00e9gitimer les conqu\u00eates territoriales de la Moscovie. La construction du mythe national russe <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span>, destin\u00e9 \u00e0 rompre avec le pass\u00e9 tatar, exigeait en effet de s\u2019inscrire dans un pass\u00e9 ki\u00e9vien, ce qui voulait dire in fine<\/em> byzantin et romain (d\u2019o\u00f9 la \u00ab Troisi\u00e8me Rome \u00bb <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>), Ivan III fut acclam\u00e9 \u00e0 la fin du XV\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle comme tsar (c\u00e9sar), appellation qui deviendra officielle sous le r\u00e8gne de son petit-fils Ivan Le Terrible, \u00ab souverain de tous les Rus\u2019 \u00bb, et qui deviendra au XVIII\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle \u00ab tsar de toutes les Russies \u00bb : la grande, la petite (Ukraine) et la blanche (Bi\u00e9lorussie). Dans ce r\u00e9cit, la Russie se veut la protectrice des nations slaves orientales. Mais ce fut pour les peuples de l\u2019actuelle Ukraine une union forc\u00e9e. Au XV\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, les cosaques, qui avaient fond\u00e9 un ensemble de communaut\u00e9s dans la partie sud-est du territoire actuel de l\u2019\u00c9tat, se rebell\u00e8rent contre la R\u00e9publique des Deux Nations (Pologne et Lituanie). Ils proclam\u00e8rent en 1649 le Hetmanat, un gouvernement ind\u00e9pendant. Cinq ans plus tard, ils s\u2019estim\u00e8rent contraints de rechercher le soutien russe face aux app\u00e9tits polono-lituaniens. Mais le trait\u00e9 de Pere\u00efasliv (1654), d\u00e9crit par Moscou comme une \u00ab union \u00bb prit la forme d\u2019un mariage forc\u00e9 alors que les cosaques ne souhaitaient qu\u2019une alliance pour se d\u00e9fendre contre la R\u00e9publique des Deux Nations. Le tsarat de Russie finit par absorber l\u2019essentiel du territoire ukrainien actuel et la R\u00e9publique consentit \u00e0 un trait\u00e9 de \u00ab paix \u00e9ternelle \u00bb en 1686. L\u2019imposition de la tutelle religieuse de Moscou (XVII\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle), l\u2019abolition du Hetmanat (XVIII\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle) et l\u2019interdiction de l\u2019usage de la langue ukrainienne (XIX\u00e8me <\/sup>si\u00e8cle) affaiblirent consid\u00e9rablement la nation ukrainienne. Lviv, alors en Autriche-Hongrie, devint le r\u00e9ceptacle de la culture nationale. <\/p>\n\n\n\n Selon le r\u00e9cit du Kremlin, l\u2019existence de l\u2019Ukraine n\u2019est au fond qu\u2019une sorte d\u2019accident de l\u2019Histoire.<\/p>bruno tertrais<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le deuxi\u00e8me argument de Poutine d\u00e9coule du premier : la formation de l\u2019\u00c9tat ukrainien est une conspiration occidentale (austro-hongroise et polonaise) visant \u00e0 cr\u00e9er une \u00ab Rus\u2019 anti-Moscou \u00bb. Son drapeau serait d\u2019ailleurs \u00ab autrichien \u00bb (il est en fait ruth\u00e9nien et fut hiss\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1848 par le Conseil ruth\u00e8ne \u00e0 Lemberg \u2013 qui deviendra Lviv). \u00c0 moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019une erreur des Bolcheviks, comme le pr\u00e9tendra le pr\u00e9sident russe dans son discours du 21 f\u00e9vrier 2022\u2026 <\/p>\n\n\n\n Vladimir Poutine, qui a souvent pris ses distances avec le l\u00e9ninisme – pour mieux, il est vrai, valoriser le stalinisme – reproche aux r\u00e9volutionnaires russes d\u2019avoir favoris\u00e9 les \u00ab nations \u00bb et int\u00e9gr\u00e9 l\u2019Ukraine dans l\u2019URSS en tant que r\u00e9publique pleine et enti\u00e8re. Et encore plus d\u2019avoir agrandi son territoire : celui-ci refl\u00e8te en effet aujourd\u2019hui les conqu\u00eates imp\u00e9riales sur l\u2019empire ottoman (\u00ab Nouvelle Russie \u00bb, sud de l\u2019Ukraine contemporaine) ainsi que l\u2019unification des terres de culture ukrainienne au d\u00e9triment de la Pologne (\u00e0 l\u2019ouest) et de la Russie (\u00e0 l\u2019est), des terres pr\u00e9tendument \u00ab russes \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Selon le r\u00e9cit du Kremlin, l\u2019existence de l\u2019Ukraine n\u2019est au fond qu\u2019une sorte d\u2019accident de l\u2019Histoire, et la Crim\u00e9e un injuste cadeau fait \u00e0 Kiev \u00e0 l\u2019occasion du 300\u00e8me<\/sup> anniversaire du trait\u00e9 de Pere\u00efasliv, lequel rattachait l\u2019Ukraine \u00e0 la Russie. En 2014, Poutine rappelait la d\u00e9cision heureuse, selon lui, de Catherine la Grande, qui avait annex\u00e9 le sud de l\u2019Ukraine actuelle. Et stigmatisait celle des bolcheviks (\u00ab que Dieu les juge<\/em> \u00bb) qui avaient accept\u00e9 que des terres russes fassent partie d\u2019un \u00c9tat ind\u00e9pendant. \u00c0 ses yeux, les fronti\u00e8res de ce pays sont \u00ab arbitraires<\/em> \u00bb. Pas surprenant, d\u00e8s lors, que les deux oblasts<\/em> du Donbass aient \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00ab Nouvelle-Russie \u00bb, r\u00e9gion de l\u2019empire des tsars entre 1721 et 1917, et d\u00e9sormais conf\u00e9d\u00e9ration s\u00e9cessionniste proclam\u00e9e en mai 2014.<\/p>\n\n\n\n Non seulement l\u2019Ukraine est un \u00c9tat \u00ab artificiel \u00bb, mais elle est de plus gouvern\u00e9e par des \u00ab fascistes \u00bb. \u00ab Pour la propagande du Kremlin, les dirigeants ukrainiens sont devenus des banderovtsy et des \u2018nazis\u2019 tandis que la Russie a retrouv\u00e9 son r\u00f4le de 1941-1945, luttant une fois de plus contre les fascistes<\/em> \u00bb <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Le ruban de Saint-Georges, inspir\u00e9 de l\u2019Ordre militaire imp\u00e9rial du m\u00eame nom, remis au go\u00fbt du jour \u00e0 Moscou en 2005 apr\u00e8s la R\u00e9volution Orange, est devenu l\u2019attribut oblig\u00e9 de la \u00ab r\u00e9sistance \u00bb. <\/p>\n\n\n\n En creusant un peu plus, on trouve un th\u00e8me sous-jacent dans la vision russe : la crainte que le pays ne soit un jour absorb\u00e9 par l’Asie. Appelons cela une \u00ab ins\u00e9curit\u00e9 d\u00e9mographique \u00bb. Alors que la population russe diminue, celle de l’Asie centrale augmente, tandis que l’ombre grandissante de la Chine plane sur la partie orientale de l’ancienne Union sovi\u00e9tique. Pour la Russie, perdre l’Ukraine pourrait signifier troquer un futur europ\u00e9en contre un avenir asiatique. <\/p>\n\n\n\n Au c\u0153ur du probl\u00e8me se trouve ainsi l’Asie centrale, une r\u00e9gion vis-\u00e0-vis de laquelle la Russie a toujours \u00e9t\u00e9 ambivalente. Composante importante de l’Empire (dans sa forme tardive) puis de l’Union sovi\u00e9tique, elle permettait \u00e0 Moscou de revendiquer sa domination sur un espace multinational et multiethnique. \u00ab La l\u00e9gitimit\u00e9 imp\u00e9riale de la Russie repose directement sur le maintien de sa domination sur l’Asie centrale \u00bb<\/em>, \u00e9crit Marl\u00e8ne Laruelle, historienne fran\u00e7aise. Le contr\u00f4le de l’Asie centrale aide \u00e9galement la Russie \u00e0 revendiquer le statut de grande puissance, et \u00e0 garder un \u0153il sur la Chine. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, la Russie s’est toujours m\u00e9fi\u00e9e des r\u00e9publiques musulmanes. \u00c0 l’\u00e9poque imp\u00e9riale, la r\u00e9gion \u00e9tait davantage un poids que la Russie avait accept\u00e9 de porter qu\u2019un territoire fi\u00e8rement conquis. Aujourd’hui, les courants nationalistes russes s\u2019y int\u00e9ressent peu et l\u2019opinion l\u2019assimile souvent \u00e0 l\u2019islamisme, au terrorisme et \u00e0 la mafia. Les r\u00e9f\u00e9rences positives soulignant les liens historiques et culturels avec la r\u00e9gion sont rares. Dans son livre de 1990 intitul\u00e9 Reconstruire la Russie<\/em>, Alexandre Soljenitsyne proposait de se d\u00e9barrasser des r\u00e9publiques d’Asie centrale. <\/p>\n\n\n\n En creusant un peu plus, on trouve un th\u00e8me sous-jacent dans la vision russe : la crainte que le pays ne soit un jour absorb\u00e9 par l’Asie.<\/p>bruno tertrais<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n C’est l\u00e0 qu\u2019intervient la question ukrainienne. Lors d’une conversation t\u00e9l\u00e9phonique avec le pr\u00e9sident Bush \u00e0 la veille du r\u00e9f\u00e9rendum sur l’ind\u00e9pendance <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span> de l’Ukraine en 1991, Boris Eltsine avait signifi\u00e9 qu\u2019une nouvelle union sans l’Ukraine \u00ab modifierait radicalement l’\u00e9quilibre (..) entre les nations slaves et islamiques. Nous ne pouvons pas avoir une situation o\u00f9 la Russie et la Bi\u00e9lorussie ont deux voix en tant qu’\u00c9tats slaves contre cinq pour les nations islamiques \u00bb<\/em>. Comme le dit l’analyste am\u00e9ricain Mackensie Knorr <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>, \u00ab une fois qu’il \u00e9tait clair que l’Ukraine \u00e9tait perdue, la Russie n’\u00e9tait pas int\u00e9ress\u00e9e par une union avec une influence slave fortement diminu\u00e9e par rapport aux populations d’Asie centrale et du Caucase \u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n\n\n Cette ambivalence \u00e0 l’\u00e9gard de l’Asie centrale se refl\u00e8te depuis longtemps dans la question d\u00e9mographique. La Russie a besoin des travailleurs de cette r\u00e9gion, mais se m\u00e9fie en m\u00eame temps d’une immigration excessive. <\/p>\n\n\n\n Poutine a adopt\u00e9 une vision \u00ab eurasiatique \u00bb de l\u2019avenir de son pays. Pourtant, il existe un malaise \u00e9vident dans une partie des cercles nationalistes face \u00e0 une \u00e9volution interne qui refl\u00e8te celle de l’ancienne Union. En 1959, le pays \u00e9tait russe \u00e0 83 % : un chiffre qui tombe \u00e0 78 % en 2010. La Russie compte actuellement 15 \u00e0 20 millions de musulmans <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>, soit 10 \u00e0 15 % de la population, avec une f\u00e9condit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e qui fait dire au Grand Mufti <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span> qu\u2019ils repr\u00e9senteront 30 % de la population au milieu des ann\u00e9es 2030. <\/p>\n\n\n\n En cause : un taux de mortalit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 chez les hommes, un faible taux de natalit\u00e9 et un taux d’\u00e9migration \u00e9lev\u00e9. La population a atteint un pic de 148 millions d’habitants en 1992 et n’a cess\u00e9 de d\u00e9cliner depuis, malgr\u00e9 un modeste rebond au milieu des ann\u00e9es 2010. S’\u00e9levant \u00e0 146 millions aujourd’hui, le pays oscillera autour de 140 millions en 2035 et de 130 en 2050. \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019Asie centrale, 75,5 millions d\u2019habitants aujourd’hui, reste en croissance : 88 millions d\u2019habitants en 2035 et 100 en 2050. <\/p>\n\n\n\n Poutine a adopt\u00e9 une vision \u00ab eurasiatique \u00bb de l\u2019avenir de son pays.<\/p>bruno tertrais<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Moscou n’avait gu\u00e8re d’autre choix que de recourir aux travailleurs d’Asie centrale. Poutine a adopt\u00e9 une approche en deux volets : inviter le plus grand nombre possible de Russes \u00e0 revenir de l’\u00e9tranger, et ouvrir les fronti\u00e8res \u00e0 un grand nombre d’immigrants, notamment d’Asie centrale. Mais l’immigration ne compense plus le d\u00e9clin naturel et a entra\u00een\u00e9 une mont\u00e9e des tensions dans les villes. Le Kremlin a donc exp\u00e9riment\u00e9 de nouvelles approches : la \u00ab passeportisation \u00bb ou distribution de passeports russes dans les zones occup\u00e9es ou contest\u00e9es, et une naturalisation facilit\u00e9e des russophones les habitants <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span> de l’ancienne Union. En 2020, la Russie a accueilli un nombre record de nouveaux citoyens (660 000 <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span>). Enfin, l’annexion de la Crim\u00e9e a permis \u00e0 2,5 millions de personnes suppl\u00e9mentaires de devenir citoyens russes. <\/p>\n\n\n\n Ce contexte d\u00e9mographique confirme s\u2019il en \u00e9tait besoin que la conqu\u00eate de l\u2019Ukraine ne serait pas li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9dation de ses ressources. Elle fait de l\u2019imp\u00e9rialisme russe l\u2019inverse de l\u2019expansionnisme nazi : la Russie de Poutine risque de devenir \u00ab une place sans peuple<\/em> \u00bb (Raum ohne Volk<\/em>) <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il confirme la v\u00e9ritable catastrophe qu’a \u00e9t\u00e9 la \u00ab perte \u00bb de l’Ukraine, et explique pourquoi l’ind\u00e9pendance de cette derni\u00e8re a \u00e9t\u00e9 ressentie comme une amputation par la Russie. <\/p>\n\n\n\n Le sc\u00e9nario id\u00e9al pour Moscou est donc qu\u2019elle revienne dans le giron russe. Ce qui permettrait un afflux beaucoup plus important de travailleurs slaves, allant vers l’Est <\/em>plut\u00f4t que vers l’Ouest.<\/em> Comme le dit un expert <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>, les Ukrainiens \u00ab sont des migrants presque id\u00e9aux. En tant que Slaves de l’Est, ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme faciles \u00e0 int\u00e9grer ; ils apportent les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires au march\u00e9 du travail russe<\/em> \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Est-ce la perspective d\u2019une adh\u00e9sion de l\u2019Ukraine \u00e0 l\u2019Alliance atlantique qui inqui\u00e8te vraiment le Kremlin ? \u00c0 en croire nombre de th\u00e9oriciens (et quelques praticiens) des relations internationales, l\u2019\u00e9largissement de l\u2019OTAN serait la source du mal. Le \u00ab dilemme de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb voudrait que la Russie ait \u00e9t\u00e9 in\u00e9vitablement conduite \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 l\u2019Alliance atlantique, puis \u00e0 tenter de la repousser.<\/p>\n\n\n\n Cette grille de lecture rend mal compte de la logique dans laquelle cet \u00e9largissement s\u2019est op\u00e9r\u00e9. Sur le plan des normes, d\u2019abord, dans la mesure o\u00f9 la Russie a souscrit au \u00ab libre choix des alliances \u00bb qui s\u2019inscrit dans la Charte de Paris de 1990. Sur le plan politique, ensuite, dans la mesure o\u00f9 l\u2019\u00e9largissement a davantage \u00e9t\u00e9 un processus ad intra<\/em> qu\u2019ad extra<\/em>. Sur le plan militaire enfin, avec les engagements unilat\u00e9raux pris par l\u2019OTAN de limiter sa pr\u00e9sence sur le territoire des nouveaux membres. Cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un jeu \u00e0 somme nulle, et l\u2019OTAN n\u2019a pas \u00ab remplac\u00e9 le Pacte de Varsovie \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Poutine a adopt\u00e9 une approche en deux volets : inviter le plus grand nombre possible de Russes \u00e0 revenir de l’\u00e9tranger, et ouvrir les fronti\u00e8res \u00e0 un grand nombre d’immigrants, notamment d’Asie centrale. <\/p>bruno tertrais<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Poutine a s\u00fbrement \u00e9t\u00e9 r\u00e9vuls\u00e9 par l\u2019inscription de l\u2019objectif de l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019OTAN dans la constitution ukrainienne en 2019. Et les dirigeants russes craignent peut-\u00eatre sinc\u00e8rement que l\u2019Ukraine devienne un jour un \u00ab porte-avions occidental stationn\u00e9 juste en face de l\u2019oblast de Rostov<\/em> \u00bb <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Rappelons qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, nombre de responsables russes avaient con\u00e7u un certain malaise \u00e0 la publication de l\u2019ouvrage de Zbigniew Brzesinski \u2013 qui pourtant ne repr\u00e9sentait que lui-m\u00eame \u2013, y voyant les pr\u00e9mices d\u2019un plan am\u00e9ricain pour affaiblir la Russie\u2026 <\/p>\n\n\n\n Mais il faut se souvenir que l\u2019ouverture par l\u2019Alliance, en 2008, de la perspective de l\u2019adh\u00e9sion du pays n\u2019avait pas suscit\u00e9 de r\u00e9action excessive de la part de Moscou \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Kiev. C\u2019est la G\u00e9orgie, \u00e9galement concern\u00e9e par la d\u00e9cision de 2008, qu\u2019il envahit alors\u2026 Avec le recul, d\u2019ailleurs, on pourrait parler \u00ab d\u2019ambig\u00fcit\u00e9 destructrice \u00bb : ni adh\u00e9sion ni rejet, elle ne satisfaisait personne ; et, parce que la Russie comprend le sens de l\u2019Article 5 du trait\u00e9 de Washington, elle ouvrait la voie \u00e0 une intervention \u00ab avant qu\u2019il ne soit trop tard \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Pr\u00e9tendre en particulier que l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Ukraine dans l\u2019OTAN aurait signifi\u00e9 la perte de S\u00e9bastopol, en inf\u00e9rant que l\u2019intervention de 2014 n\u2019aurait donc \u00e9t\u00e9 que \u00ab pr\u00e9ventive \u00bb \u2013 ce que n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 faire d\u2019\u00e9minents anciens responsables fran\u00e7ais \u2013 est absurde. Les \u00c9tats-Unis ne disposent-ils pas depuis longtemps d\u2019une base \u00e0\u2026 Cuba, dont l\u2019Am\u00e9rique fut l\u2019ennemie jur\u00e9e ? Et peut-on s\u00e9rieusement imaginer que l\u2019Ukraine viole tous ses engagements et \u00ab reprenne \u00bb la base de S\u00e9bastopol, au risque d\u2019une guerre avec la Russie \u2013 et ce sans \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e par l\u2019Article 5 de l\u2019OTAN, qui ne jouerait sans doute pas dans une telle hypoth\u00e8se ?<\/p>\n\n\n\n Adapter les r\u00e8gles de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne au XXI\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, pourquoi pas. Un r\u00e9examen tous les trente ans n\u2019est pas de trop : ma\u00eetrise des armements et mesures de confiance doivent s\u2019adapter au changement de contexte technologique, notamment. Mais peut-on v\u00e9ritablement envisager aujourd\u2019hui quelque nouvel arrangement formel que ce soit avec un \u00c9tat qui a foul\u00e9 aux pieds toutes les r\u00e8gles existantes ? <\/p>\n\n\n\n Pr\u00e9tendre en particulier que l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Ukraine dans l\u2019OTAN aurait signifi\u00e9 la perte de S\u00e9bastopol, en inf\u00e9rant que l\u2019intervention de 2014 n\u2019aurait donc \u00e9t\u00e9 que \u00ab pr\u00e9ventive \u00bb \u2013 ce que n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 faire d\u2019\u00e9minents anciens responsables fran\u00e7ais \u2013 est absurde. <\/p>bruno tertrais<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Car Poutine se moque des r\u00e8gles. L\u2019opposant Garry Kasparov <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>, qui le conna\u00eet bien, rappelle qu\u2019il est d\u2019autant plus absurde de le comparer \u00e0 un joueur d\u2019\u00e9checs qu\u2019\u00ab aux \u00e9checs, nous avons des r\u00e8gles<\/em> \u00bb. Le ma\u00eetre du Kremlin r\u00e9agit davantage comme un conjoint qui ne supporterait pas que sa femme l\u2019ait quitt\u00e9 : c\u2019est \u00ab l\u2019ex toxique \u00bb qui veut la ramener \u00e0 la maison par la violence. <\/p>\n\n\n\n Une violence qui infuse toute la caste dirigeante russe, domin\u00e9e par les siloviki<\/em> issus de l\u2019appareil de s\u00e9curit\u00e9. Fran\u00e7oise Thom<\/a> a th\u00e9oris\u00e9 l\u2019importance de l\u2019h\u00e9ritage des gangs et des camps sur la culture sociale russe contemporaine. Le diagnostic est largement partag\u00e9 par la chercheuse C\u00e9line Marang\u00e9 <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span> : \u00ab La Russie nous est proche par la richesse extraordinaire de sa culture. Mais sa culture politique, historiquement \u00e9loign\u00e9e de la n\u00f4tre, reste marqu\u00e9e par l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d\u2019une violence inou\u00efe \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n\n\n Tout indique que le Kremlin entend recr\u00e9er une zone d\u2019influence privil\u00e9gi\u00e9e autour de son territoire, et que s\u2019il n\u2019y parvient pas par l\u2019intimidation, ce sera par la force. Se voulant protecteur de tous les Russes et d\u00e9fenseur du \u00ab monde russe \u00bb (russkiy mir<\/em>), il ne plaisante sans doute qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9 lorsqu\u2019il pr\u00e9tend que les fronti\u00e8res de son pays ne sont \u00ab nulle part<\/em> <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb. Comme le dit C\u00e9line Marang\u00e9 <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>, nous n\u2019en sommes plus au temps de la qu\u00eate de reconnaissance. L\u2019objectif est revanchiste. Il n\u2019est plus de cesser de reculer, il est d\u00e9sormais d\u2019avancer. Poutine n\u2019aurait-il pas \u00ab un grand dessein : celui d\u2019\u00e9tendre les fronti\u00e8res du pays en rassemblant, par diff\u00e9rents moyens directs et indirects, des \u2018terres russes\u2019 consid\u00e9r\u00e9es comme ancestrales<\/em> \u00bb ? Les \u00e9tapes du chemin apparaissent maintenant clairement : l\u2019annexion de la Crim\u00e9e ; la punition du leadership arm\u00e9nien et l\u2019installation dans le Caucase ; la soumission de la Bi\u00e9lorussie dans le but, probablement, de constituer une v\u00e9ritable \u00ab union \u00bb des deux pays \u00e0 la premi\u00e8re occasion ; l\u2019intervention au Kazakhstan, qui rappelle les belles heures du Pacte de Varsovie ; et, maintenant, l\u2019Ukraine. Qu\u2019il s\u2019agit a minima<\/em> d\u2019affaiblir et d\u2019assujettir, a maxima<\/em> de faire dispara\u00eetre en tant qu\u2019\u00c9tat nation ind\u00e9pendant. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est aussi un projet personnel. \u00c9coutons Dimitri Orechkine <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span>, politologue et g\u00e9ographe russe ind\u00e9pendant, interview\u00e9 par Desk Russie : \u00ab Vladimir Poutine est un adepte convaincu de cette tradition socioculturelle (si vous voulez, \u2018eurasienne\u2019). Son populisme, son monisme id\u00e9ologique, son militarisme, son unitarisme, son m\u00e9pris du droit formel m\u00e8nent \u00e0 une soif d\u2019expansion inextinguible. Cette volont\u00e9 est irrationnelle et contre-productive d\u2019un point de vue europ\u00e9en. Elle est \u00e9conomiquement et socialement inefficace. Qu\u2019importe !<\/em> \u00bb <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L\u2019ancienne conseill\u00e8re de Donald Trump Fiona Hill Ao\u00fbt 1991, la catastrophe<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
La vision du Kremlin<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n De la Crim\u00e9e \u00e0 l\u2019Ukraine tout enti\u00e8re ? <\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Europe contre Asie, un d\u00e9licat \u00e9quilibre <\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n La trag\u00e9die d\u00e9mographique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Logique de l\u2019expansionnisme<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n