{"id":129219,"date":"2022-09-24T16:22:48","date_gmt":"2022-09-24T14:22:48","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=129219"},"modified":"2022-12-01T15:42:56","modified_gmt":"2022-12-01T14:42:56","slug":"geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/","title":{"rendered":"G\u00e9opolitique du mus\u00e9e. Une conversation avec Krzysztof Pomian"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"pourquoi-le-musee-a-t-il-emerge-en-europe-plutot-que-dans-une-autre-region-du-monde-en-chine-par-exemple\"><strong>Pourquoi le mus\u00e9e a-t-il \u00e9merg\u00e9 en Europe plut\u00f4t que dans une autre r\u00e9gion du monde, en Chine par exemple&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est une question \u00e0 laquelle il est bien \u00e9videmment tr\u00e8s difficile de r\u00e9pondre. Mon hypoth\u00e8se serait la suivante&#160;: \u00e0 la fin du Moyen-\u00c2ge, il se produit en Europe \u00e0 la fois la red\u00e9couverte d\u2019une civilisation disparue, Rome, qui est aussi une projection de soi et qu\u2019on avait oubli\u00e9e pendant un mill\u00e9naire&#160;; et l\u2019apparition d\u2019un milieu de lettr\u00e9s (d\u2019intellectuels, dirait mon ami Jacques Le Goff), qui sont des la\u00efcs et non plus des clercs. \u00c0 cela s\u2019ajoute la renaissance des villes, l\u2019apparition de l\u2019\u00e9cole et l\u2019\u00e9mergence d\u2019une bourgeoisie urbaine, \u00e9duqu\u00e9e, d\u00e8s les X-XIe si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun de ces ph\u00e9nom\u00e8nes, \u00e0 ma connaissance, ne s\u2019est produit en Chine. En Chine, ce qui est frappant, c\u2019est qu\u2019il y a une continuit\u00e9, qui favorise les collections particuli\u00e8res (un domaine o\u00f9 les Chinois&nbsp;sont plus avanc\u00e9s que les Europ\u00e9ens, elles y existent sans discontinuer depuis fort longtemps). Le mus\u00e9e est aussi n\u00e9 pour la simple et bonne raison qu\u2019il fallait mettre les antiquit\u00e9s \u00e0 la disposition du public. C\u2019est une id\u00e9e qui a des racines anciennes. Elle est \u00e9nonc\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re extr\u00eamement forte par Agrippa dans un texte que nous ne connaissons que par Pline \u2014 mais les Europ\u00e9ens de la Renaissance connaissaient Pline, qu\u2019ils avaient red\u00e9couvert. Pour mettre \u00e0 la disposition du public ces \u0153uvres, il fallait un lieu s\u00e9culier, parce que c\u2019\u00e9taient des objets pa\u00efens. On a alors une conscience tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e, qui se perdra par la suite, du caract\u00e8re pa\u00efen de ces objets romains.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ma connaissance, ces conditions ne sont pas r\u00e9unies en Chine o\u00f9 la continuit\u00e9 domine&#160;: la collection imp\u00e9riale grandit constamment, les collections des mandarins aussi, toute une s\u00e9rie de rituels se d\u00e9veloppe, comme la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 avec la monstration des tableaux (les tableaux chinois ne sont pas suspendus comme les n\u00f4tres mais montr\u00e9s d\u00e9ploy\u00e9s pendant une r\u00e9ception).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"les-tresors-de-l-antiquite-et-du-moyen-age-auxquels-vous-consacrez-une-part-importante-du-premier-volume-de-votre-histoire-mondiale-du-musee-ont-ils-constitue-des-sortes-de-musee-avant-la-lettre\"><strong>Les tr\u00e9sors de l\u2019Antiquit\u00e9 et du Moyen \u00c2ge, auxquels vous consacrez une part importante du premier volume de votre <\/strong><strong><em>Histoire mondiale du mus\u00e9e<\/em><\/strong><strong>, ont-ils constitu\u00e9 des sortes de mus\u00e9e avant la lettre&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les tr\u00e9sors sont un type de collection tr\u00e8s sp\u00e9ciale en cela qu\u2019ils sont des collections sans collectionneurs. Cela \u00e9tablit d\u00e9j\u00e0 une diff\u00e9rence avec le mus\u00e9e, issu non pas du tr\u00e9sor mais de la collection particuli\u00e8re. C\u2019est dans le contexte de la collection particuli\u00e8re qu\u2019il appara\u00eet. C\u2019est pourquoi d\u2019ailleurs son lieu de naissance est italien \u2014 romain en particulier \u2014 et non pas en Europe du Nord par exemple, o\u00f9 les tr\u00e9sors ne manquaient pas puisque toutes les dynasties en avaient.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le mus\u00e9e est n\u00e9 pour la simple et bonne raison qu\u2019il fallait mettre les antiquit\u00e9s \u00e0 la disposition du public.<\/p><cite>Krzysztof Pomian<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Le passage du tr\u00e9sor au mus\u00e9e va donc se faire par l\u2019interm\u00e9diaire de la collection particuli\u00e8re. Mais l\u2019importance des tr\u00e9sors est \u00e9norme&#160;: pendant une longue p\u00e9riode, c\u2019est la seule forme de collection. Au XIVe si\u00e8cle, ils contribuent \u00e0 \u00e9veiller chez certains individus ce qui est \u00e0 la base de la collection particuli\u00e8re&#160;: un rapport personnel, individuel, \u00e9motionnel, parfois m\u00eame existentiel aux objets. Nous connaissons quelques cas au Moyen \u00e2ge de ce genre de rapports m\u00eame s\u2019ils sont en g\u00e9n\u00e9ral ins\u00e9r\u00e9s dans une perspective religieuse. Ensuite, les tr\u00e9sors vont jouer un r\u00f4le extr\u00eamement important dans la constitution des mus\u00e9es. C\u2019est vrai dans le cas des mus\u00e9es issus des collections dynastiques en Italie, celles des M\u00e9dicis, des Este, des Gonzague, mais c\u2019est plus flagrant encore dans le Nord, o\u00f9 partout, le mus\u00e9e va se nourrir du tr\u00e9sor. C\u2019est un processus qui s\u2019\u00e9tend sur une longue p\u00e9riode, avec la fin des cabinets de curiosit\u00e9 princiers&#160;; c\u2019est le XVIIIe, parfois m\u00eame le XIXe si\u00e8cle qui vont d\u00e9pouiller ce qu\u2019il reste des tr\u00e9sors. On le voit tr\u00e8s bien \u00e0 Berlin dans l\u2019histoire de la Kunstkammer des rois de Prusse.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"est-ce-que-le-musee-moderne-qui-amalgame-des-oeuvres-sacrees-et-profanes-et-ouvre-au-public-les-collections-princieres-est-le-lieu-ou-se-negocie-dans-la-culture-collective-le-lien-historique-entre-l-heritage-monarchique-ou-imperial-et-l-age-democratique-entre-un-passe-chretien-et-une-societe-laique\"><strong>Est-ce que le mus\u00e9e moderne, qui amalgame des \u0153uvres sacr\u00e9es et profanes et ouvre au public les collections princi\u00e8res, est le lieu o\u00f9 se n\u00e9gocie dans la culture collective le lien historique entre l\u2019h\u00e9ritage monarchique ou imp\u00e9rial et l\u2019\u00e2ge d\u00e9mocratique, entre un pass\u00e9 chr\u00e9tien et une soci\u00e9t\u00e9 la\u00efque&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je ne pense pas. Il me para\u00eet plus juste de dire que ce qui se n\u00e9gocie l\u00e0, c\u2019est le rapport entre une culture s\u00e9culi\u00e8re, au d\u00e9part le paganisme ancien, et une culture chr\u00e9tienne, mais pour parler de \u00ab&#160;d\u00e9mocratie&#160;\u00bb il faut aller tr\u00e8s loin dans la R\u00e9volution fran\u00e7aise, et encore. On dit toujours que la R\u00e9volution ouvre le mus\u00e9e au peuple, en oubliant d\u2019ajouter qu\u2019il n\u2019\u00e9tait ouvert que le dimanche, r\u00e9serv\u00e9 pendant le reste de la semaine aux copistes et aux \u00e9trangers. C\u2019est le Second Empire qui va faire ce premier pas tr\u00e8s important dans la d\u00e9mocratisation du mus\u00e9e en l\u2019ouvrant 6 jours sur 7 au public, en m\u00e9nageant la cohabitation entre les visiteurs et les copistes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"vous-montrez-dans-qu-il-y-a-entre-le-xviie-et-le-xxe-siecle-une-explosion-du-nombre-de-musees-qui-s-accelere-avec-le-temps-de-rome-et-de-l-europe-vers-le-monde-et-notamment-l-amerique-assiste-t-on-aujourd-hui-au-trajet-inverse\"><strong>Vous montrez dans qu\u2019il y a, entre le XVIIe et le XXe si\u00e8cle, une explosion du nombre de mus\u00e9es qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8re avec le temps, de Rome et de l\u2019Europe vers le monde, et notamment l\u2019Am\u00e9rique. Assiste-t-on aujourd\u2019hui au trajet inverse&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui et non. Il y a un \u00e9vident retour, qui commence lentement apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale mais s\u2019implante vraiment apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, avec une influence des mus\u00e9es&nbsp;am\u00e9ricains sur&nbsp;leurs correspondants europ\u00e9ens. Elle ira <em>crescendo<\/em> entre les ann\u00e9es 1940 et les ann\u00e9es 1980. Elle concerne notamment les innovations techniques mais surtout l\u2019attitude non pas \u00e9litiste mais d\u00e9mocratique, accueillante face \u00e0 un public de masse . Dans les ann\u00e9es 1980, la diff\u00e9rence s\u2019estompe, mais quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019y int\u00e9resser, lors de mon premier s\u00e9jour aux \u00c9tats-Unis en 1974, la diff\u00e9rence \u00e9tait quand m\u00eame assez frappante entre le Metropolitan ou la National Gallery de Washington et le Louvre. Avec le Grand Louvre, cet \u00e9cart a compl\u00e8tement disparu. D\u00e9sormais le Louvre n\u2019a plus grand-chose \u00e0 apprendre des Am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>D\u00e9sormais le Louvre n\u2019a plus grand-chose \u00e0 apprendre des Am\u00e9ricains.<\/p><cite>Krzysztof Pomian<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais il y a un deuxi\u00e8me aspect de cette question, infiniment plus difficile \u00e0 cerner parce qu\u2019il se joue sous nos yeux. Nous assistons, dans plusieurs mus\u00e9es extra-Europ\u00e9ens, oc\u00e9aniens en particulier mais aussi&nbsp;n\u00e9oz\u00e9landais, australiens, canadiens et am\u00e9ricains, \u00e0 une nouvelle attention \u00e0 la contribution indig\u00e8ne, am\u00e9rindienne ou aborig\u00e8ne, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la contribution europ\u00e9enne. Or, si vous associez les Maoris \u00e0 la gestion de leurs collections, qui proviennent de leur civilisation (ce qui semble n\u2019\u00eatre que justice), vous devez n\u00e9gocier la question de l\u2019acc\u00e8s aux objets qui, dans la culture tribale, sont inaccessibles aux femmes ou \u00e0 des personnes qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 initi\u00e9es. Cela doit-il s\u2019appliquer uniquement aux peuples premiers ou aussi aux Europ\u00e9ens&#160;? Comment g\u00e9rer le public dans cette situation&#160;? Je ne doute pas que nous trouverons bient\u00f4t en Europe, avec l\u2019avanc\u00e9e de la pens\u00e9e d\u00e9coloniale, des gens qui diront qu\u2019il faut interdire l\u2019acc\u00e8s \u00e0 certains objets du Quai Branly-Jacques Chirac \u00e0 des personnes qui ne sont pas initi\u00e9es, mais on risque d\u2019assister ici \u00e0 une caricature. Pourtant, dans certaines soci\u00e9t\u00e9s, le probl\u00e8me se pose d\u2019une cogestion entre Europ\u00e9ens et peuples premiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Canada a su r\u00e9soudre intelligemment ce probl\u00e8me. Cela d\u00e9pend aussi beaucoup des mus\u00e9es. \u00c0 Vancouver, les chefs tribaux de la c\u00f4te nord-ouest ont voix au chapitre dans la gestion du mus\u00e9e et participent \u00e0 une sorte de conseil, peuvent organiser des c\u00e9r\u00e9monies \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du mus\u00e9e mais laissent la conservation des objets aux conservateurs du mus\u00e9e. \u00c0 Wellington, il y a d\u00e9j\u00e0 des Maoris form\u00e9s comme conservateurs, \u00e0 la fois gardiens de la tradition locale et conservateurs \u00e0 l\u2019europ\u00e9enne. Mais des frictions entre l\u2019attitude, disons pour faire bref, europ\u00e9enne et l\u2019attitude indig\u00e8ne apparaissent&#160;; elles sont in\u00e9vitables, surtout au d\u00e9part. Reste \u00e0 esp\u00e9rer qu\u2019elle vont s\u2019estomper avec le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, l\u2019effet retour de cette question sera li\u00e9 \u00e0 la question des restitutions. Si l\u2019on sort d\u2019une d\u00e9finition restreinte, juridique, nous sommes face \u00e0 un probl\u00e8me plus large qui consiste \u00e0 solder l\u2019h\u00e9ritage imp\u00e9rial et colonial. \u00c7a vaut autant pour le pass\u00e9 de la Russie dans ses rapports avec les peuples d\u2019Europe orientale et centrale que pour le pass\u00e9 de la France dans ses rapports avec l\u2019Afrique. L\u00e0, il y a un \u00e9norme probl\u00e8me, auquel les mus\u00e9es r\u00e9agissent en ordre dispers\u00e9, parfois de mani\u00e8re un peu panique, je pense. Mais il faudra trouver des solutions. Personnellement, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 partisan des discussions bilat\u00e9rales sur ces sujets. Je suis confiant, les solutions existent. Cela va n\u00e9cessiter beaucoup de bonne volont\u00e9 de part et d\u2019autre, et&nbsp;cela ne pourra se faire que dans un climat apais\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"on-parle-souvent-de-negociations-bilaterales-au-sujet-des-restitutions-mais-est-ce-que-les-restitutions-pays-par-pays-ne-sont-pas-une-forme-de-simplification-qui-attentent-in-fine-a-la-portee-universelle-ou-du-moins-transnationale-du-musee\"><strong>On parle souvent de n\u00e9gociations bilat\u00e9rales au sujet des restitutions mais est-ce que les restitutions pays par pays ne sont pas une forme de simplification, qui attentent in fine \u00e0 la port\u00e9e universelle ou du moins transnationale du mus\u00e9e&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il faut distinguer deux choses. D\u2019une part, l\u2019\u00e9tat dans lequel restera le mus\u00e9e du Quai Branly-Jacques Chirac apr\u00e8s que nous aurons restitu\u00e9 apr\u00e8s des accords bilat\u00e9raux \u2013 et l\u00e0, rien n\u2019emp\u00eache que le mus\u00e9e conserve sa perspective universaliste et que nous parlions de l\u2019art africain, ou oc\u00e9anien, en g\u00e9n\u00e9ral. Et d\u2019autre part, les n\u00e9gociations elles-m\u00eames, dans lesquelles nous avons affaire \u00e0 des pays et des gouvernements. Dans le cas fran\u00e7ais, nous avons affaire \u00e0 l\u2019ancienne Afrique fran\u00e7aise, d\u00e9sormais compos\u00e9e de plusieurs \u00c9tats qui \u00e0 des degr\u00e9s diff\u00e9rents attachent une importance \u00e0 ce patrimoine. On ne peut donc pas faire autrement que d\u2019engager des n\u00e9gociations bilat\u00e9rales. Ces objets, nous connaissons d\u00e9sormais bien leurs origines, ce ne sont pas des objets africains <em>in abstracto<\/em>, ce sont des objets qui viennent de peuples, d\u2019ethnies, de tribus qui vivent parfois \u00e0 cheval sur deux \u00c9tats. Mais c\u2019est avec les \u00c9tats que nous devons n\u00e9gocier. Cela n\u2019exercera cependant aucune influence sur la mani\u00e8re d\u2019exposer et de traiter ce qui restera \u00e0 terme dans les mus\u00e9es europ\u00e9ens. M\u00eame avec une perspective universaliste, nous distinguons d\u00e9j\u00e0 les objets en fonction de leur provenance, nous essayons quand c\u2019est possible d\u2019identifier les artistes comme nous le faisons pour l\u2019art europ\u00e9en, m\u00eame si ce n\u2019est pas toujours faisable faute de sources, de documentation \u00e9crite.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"est-ce-que-ce-probleme-de-la-restitution-cette-dialectique-du-prendre-et-du-rendre-est-quelque-chose-qui-definit-cet-age-contemporain-du-musee-dans-lequel-on-vit-est-ce-que-le-musee-moderne-est-aujourd-hui-necessairement-condamne-au-moins-en-occident-a-devoir-en-permanence-negocier-a-la-fois-la-question-de-l-origine-de-ses-collections-et-celle-de-leur-restitution-eventuelle-a-ceux-aupres-de-qui-elles-auraient-ete-spoliees\"><strong>Est-ce que ce probl\u00e8me de la restitution, cette dialectique du prendre et du rendre, est quelque chose qui d\u00e9finit cet \u00e2ge contemporain du mus\u00e9e dans lequel on vit&#160;? Est-ce que le mus\u00e9e moderne est aujourd\u2019hui n\u00e9cessairement condamn\u00e9, au moins en Occident, \u00e0 devoir en permanence n\u00e9gocier \u00e0 la fois la question de l\u2019origine de ses collections et celle de leur restitution \u00e9ventuelle \u00e0 ceux aupr\u00e8s de qui elles auraient \u00e9t\u00e9 spoli\u00e9es&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le bon sens, qui a triomph\u00e9 dans ce domaine, a permis de se dire que nous n\u2019allons pas nous poser la question des restitutions \u00e0 l\u2019infini. Personne n\u2019a demand\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 maintenant que la France restitue&nbsp;les objets arriv\u00e9s \u00e0 Paris en cons\u00e9quence de la quatri\u00e8me croisade,&nbsp;puis expos\u00e9s \u00e0 la Sainte Chapelle et dont certains sont toujours l\u00e0 aujourd\u2019hui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, le probl\u00e8me des restitutions ne se pose r\u00e9ellement qu\u2019\u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle. Personne n\u2019a essay\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer tous les objets qui ont \u00e9t\u00e9 pill\u00e9s pendant la guerre de Trente ans&#160;! Nous savons aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019unit\u00e9 pr\u00e8s l\u2019histoire de ces objets, dont certains sont en Australie ou aux \u00c9tats-Unis. Mais personne ne pr\u00e9tend qu\u2019il faille les r\u00e9unir tous, les envoyer \u00e0 Stockholm d\u2019abord pour qu\u2019ensuite les Su\u00e9dois les retournent \u00e0 Prague, puisqu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral ils viennent de la collection de Rodolphe II. La question des restitutions commence \u00e0 se poser avec Emerich de Vattel et son <em>Droit des gens<\/em> (1758) qui le premier \u00e9nonce tr\u00e8s clairement le principe selon lequel les pillages des biens culturels sont contraires aux&nbsp;fondements m\u00eames des relations entre les peuples civilis\u00e9s et n\u2019ont donc pas lieu d\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Je ne doute pas que nous trouverons bient\u00f4t en Europe, avec l\u2019avanc\u00e9e de la pens\u00e9e d\u00e9coloniale, des gens qui diront qu\u2019il faut interdire l\u2019acc\u00e8s \u00e0 certains objets du Quai Branly-Jacques Chirac \u00e0 des personnes qui ne sont pas initi\u00e9es, mais on risque d\u2019assister ici \u00e0 une caricature.<\/p><cite>Krzysztof Pomian<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette id\u00e9e juridique, qui est li\u00e9e directement \u00e0 mon avis \u00e0 l\u2019apparition du mus\u00e9e, \u00e0 une sorte de nationalisation mentale des \u0153uvres d\u2019art avant m\u00eame qu\u2019elles ne soient nationalis\u00e9es juridiquement, va aboutir apr\u00e8s les guerres napol\u00e9oniennes aux restitutions. Il y a eu encore quelques h\u00e9sitations au moment du Congr\u00e8s de Vienne, ce qui montre que&nbsp;ses participants \u00e9taient encore un peu dans un monde ancien, mais apr\u00e8s Waterloo il n\u2019y avait plus de d\u00e9bat possible \u2013 les \u0153uvres ont \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9es, cr\u00e9ant un pr\u00e9c\u00e9dent qui jouera un r\u00f4le tout-\u00e0-fait essentiel au cours de la Seconde Guerre mondiale. Nous sommes l\u00e0 dans un monde fa\u00e7onn\u00e9 par les Lumi\u00e8res et la tradition juridique du XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"que-dire-des-demandes-de-restitutions-qui-mettent-precisement-l-accent-sur-la-dimension-juridique-de-leur-revendication-et-a-qui-on-oppose-encore-fin-de-non-recevoir-on-peut-penser-au-cas-de-la-grece-et-de-son-litige-avec-le-royaume-uni-le-droit-semble-etre-du-cote-britannique-mais-l-esprit-des-lumieres-ne-voudrait-il-pas-que-l-on-concoive-la-collecte-des-marbres-du-parthenon-comme-un-pillage\"><strong>Que dire des demandes de restitutions qui mettent pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019accent sur la dimension juridique de leur revendication et \u00e0 qui on oppose encore fin de non-recevoir&#160;? On peut penser au cas de la Gr\u00e8ce, et de son litige avec le Royaume-Uni. Le droit semble \u00eatre du c\u00f4t\u00e9 britannique mais l\u2019esprit des Lumi\u00e8res ne voudrait-il pas que l\u2019on con\u00e7oive la collecte des marbres du Parth\u00e9non comme un pillage&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne les marbres du Parth\u00e9non, \u00e0 mon avis la Gr\u00e8ce n\u2019a aucun titre <em>juridique<\/em> pour r\u00e9clamer leur restitution. Mais le droit, h\u00e9las \u2013 c\u2019est son d\u00e9faut majeur \u2013 est fait pour les vainqueurs. Il sanctifie le <em>statu quo<\/em>. \u00c9thiquement, je serai d\u2019avis qu\u2019il&nbsp;faut trouver un arrangement entre la Gr\u00e8ce et le Royaume Uni, un pr\u00eat de longue dur\u00e9e par exemple. Avec un peu de bonne volont\u00e9, on devrait trouver quelque chose. Encore une fois, l\u2019argumentation grecque, qui est une argumentation juridique et qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e depuis le XIXe si\u00e8cle autour de cette affaire, ne tient pas la route&#160;: l\u2019id\u00e9e selon laquelle le sultan ottoman n\u2019avait aucun droit de c\u00e9der ces pierres est absurde&#160;! La Gr\u00e8ce faisait \u00e0 l\u2019\u00e9poque partie de l\u2019Empire ottoman.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, il reste tous les probl\u00e8mes des \u0153uvres qui se trouvent en Russie et qui ont des origines hongroises, bulgares, parfois m\u00eame italiennes, mais qui ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9es par les nazis sur des territoires qui ont ensuite \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s par l\u2019Arm\u00e9e rouge, puis apport\u00e9s en Russie. Les juristes sovi\u00e9tiques, avec qui il m\u2019est arriv\u00e9 de parler, juraient leurs grands dieux que tout ce qui se trouvait d\u00e9sormais en Russie \u00e9tait parfaitement disponible et accessible. Je demeure extr\u00eamement sceptique sur ce point. Jamais&nbsp;un travail d\u2019ampleur n\u2019a \u00e9t\u00e9 conduit pour proc\u00e9der \u00e0 l\u2019inventaire de tous les biens culturels arriv\u00e9s en Russie \u00e0 la faveur de la Seconde Guerre mondiale.&nbsp;Ils sont per\u00e7us comme des t\u00e9moignages de la victoire sovi\u00e9tique pendant la Seconde Guerre mondiale. C\u2019est l\u00e0 une position qui me para\u00eet tr\u00e8s probl\u00e9matique, tant du point de vue \u00e9thique que juridique&#160;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"si-on-regarde-cette-periode-du-premier-xixe-siecle-ou-les-diplomates-europeens-se-piquent-d-archeologie-dans-l-espace-ottoman-et-qu-on-se-pose-cette-question-du-rapport-du-droit-a-l-ethique-aujourd-hui-dans-le-debat-sur-les-restitutions-est-ce-que-vous-diriez-la-meme-chose-a-propos-de-la-venus-de-milo-des-objets-assyriens-rapportes-par-austin-layard-et-paul-emile-botta-des-antiquites-romaines-rapportees-d-algerie-dans-les-annees-1840-de-tous-ces-objets-que-les-diplomates-et-militaires-francais-et-britanniques-pour-la-plupart-sont-alle-collecter-dans-les-territoires-ottomans-au-moment-ou-les-puissances-europeennes-etablissaient-leur-emprise-sur-ces-differents-territoires\"><strong>Si on regarde cette p\u00e9riode du premier XIXe si\u00e8cle, o\u00f9 les diplomates europ\u00e9ens se piquent d\u2019arch\u00e9ologie dans l\u2019espace ottoman, et qu\u2019on se pose cette question du rapport du droit \u00e0 l\u2019\u00e9thique aujourd\u2019hui dans le d\u00e9bat sur les restitutions \u2013 est-ce que vous diriez la m\u00eame chose \u00e0 propos de la V\u00e9nus de Milo, des objets assyriens rapport\u00e9s par Austin Layard et Paul-\u00c9mile Botta, des antiquit\u00e9s romaines rapport\u00e9es d\u2019Alg\u00e9rie dans les ann\u00e9es 1840, de tous ces objets que les diplomates et militaires fran\u00e7ais et britanniques pour la plupart sont all\u00e9 collecter dans les territoires ottomans au moment o\u00f9 les puissances europ\u00e9ennes \u00e9tablissaient leur emprise sur ces diff\u00e9rents territoires&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Encore une fois, juridiquement ces cas sont incomparables. Pour expatrier la V\u00e9nus de Milo ou la Victoire de Samothrace, des ambassadeurs demandaient la permission et l\u2019ont re\u00e7ue. Lorsque Newton veut faire des fouilles \u00e0 Halicarnasse, il demande la permission. Il demandera&nbsp;aussi la permission d\u2019exporter les objets et il l\u2019obtient. Il faudra du temps pour que les Ottomans se posent la question de conserver ces objets. C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce contexte que commence \u00e0 germer l\u2019id\u00e9e d\u2019un mus\u00e9e des antiques \u00e0 Istanbul.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Jamais un travail d\u2019ampleur n\u2019a \u00e9t\u00e9 conduit pour proc\u00e9der \u00e0 l\u2019inventaire de tous les biens culturels arriv\u00e9s en Russie \u00e0 la faveur de la Seconde Guerre mondiale.<\/p><cite>Krzysztof Pomian<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour ce qui est de l\u2019Alg\u00e9rie, c\u2019\u00e9tait la France. Il n\u2019y avait donc aucune difficult\u00e9 \u00e0 transporter des antiquit\u00e9s fran\u00e7aises d\u2019un bout du pays \u00e0 l\u2019autre. Il faut encore une fois distinguer les choses&#160;: juridiquement parlant, il n\u2019y a pas de contestation possible. \u00c0 partir de l\u00e0, il faut \u00e9tudier chaque cas \u00e0 part et voir ce qui peut ou doit \u00eatre fait. En Tunisie, par exemple, on a bien \u00e9quip\u00e9 le mus\u00e9e du Bardo et il n\u2019y a aucun probl\u00e8me de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"l-histoire-des-musees-est-elle-consubstantiellement-liee-a-l-histoire-des-grandes-villes\"><strong>L\u2019histoire des mus\u00e9es est-elle consubstantiellement li\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire des grandes villes&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Absolument. Et de ce point de vue-l\u00e0, les \u00c9tats-Unis sont encore un meilleur exemple que l\u2019Europe. Le Metropolitan Museum, en th\u00e9orie g\u00e9r\u00e9 par le Board of Trustees, est en certain sens une entreprise priv\u00e9e mais est en m\u00eame temps une institution centrale de l\u2019identit\u00e9 new-yorkaise, comme l\u2019Art Institute l\u2019est pour Chicago, le LACMA pour Los Angeles, ou le De Young pour San Francisco. Les mus\u00e9es sont des institutions essentielles des identit\u00e9s urbaines. Il suffit pour s\u2019en convaincre d\u2019essayer d\u2019y toucher. N\u2019importe quelle affaire \u2013 je ne parle m\u00eame pas d\u2019installer une pyramide de verre dans la cour Napol\u00e9on du Louvre&#160;! \u2013 que ce soit \u00e0 Varsovie, \u00e0 Gdansk, ou ailleurs, g\u00e9n\u00e8re imm\u00e9diatement des r\u00e9actions \u00e9motionnelles \u00e9normes. On a essay\u00e9 une fois de d\u00e9placer les Mantegna de Tours \u00e0 Paris&#160;: la tentative a \u00e9t\u00e9 liquid\u00e9e en l\u2019espace d\u2019une semaine&#160;! Les mus\u00e9es font int\u00e9gralement partie des villes et de leurs identit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"est-ce-que-les-musees-sont-aussi-des-outils-de-construction-de-l-identite-nationale-ou-meme-parfois-comme-ca-peut-etre-le-cas-aujourd-hui-aux-etats-unis-de-deconstruction-de-cette-identite\"><strong>Est-ce que les mus\u00e9es sont aussi des outils de construction de l\u2019identit\u00e9 nationale ou m\u00eame parfois, comme \u00e7a peut \u00eatre le cas aujourd\u2019hui aux \u00c9tats-Unis, de d\u00e9construction de cette identit\u00e9&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Non, il n\u2019est pas dans l\u2019intention du Louvre de raconter l\u2019histoire de France. Et pourtant, le lien du Louvre \u00e0 l\u2019histoire de France est particuli\u00e8rement flagrant \u00e0 la fois parce que c\u2019est un palais aux racines profondes et que l\u2019ouverture du mus\u00e9e tient une place essentielle dans l\u2019histoire de la R\u00e9volution. Le Louvre, c\u2019est donc aussi le concentr\u00e9 de l\u2019histoire de France, depuis la partie des murs qui remontent aux Cap\u00e9tiens jusqu\u2019au plafond de Cy Twombly. Vous n\u2019y pouvez rien d\u2019une certaine mani\u00e8re, cela ne d\u00e9pend de personne, c\u2019est comme \u00e7a.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"on-voit-qu-il-y-a-un-lien-entre-iconoclasme-et-musee-des-le-xviiie-siecle-lorsqu-on-met-au-musee-les-oeuvres-qu-on-veut-soustraire-au-vandalisme-revolutionnaire-aujourd-hui-on-voit-qu-il-y-a-tout-un-courant-qui-veut-attaquer-les-monuments-publics-mais-aussi-les-monuments-qui-se-trouvent-a-l-interieur-ou-autour-du-musee-la-statue-de-theodore-roosevelt-devant-le-american-museum-of-natural-history-de-new-york-par-exemple-quelle-est-votre-perception-de-ces-questions-la-de-la-maniere-dont-l-iconoclasme-hier-et-aujourd-hui-croise-l-histoire-et-la-fonction-du-musee\"><strong>On voit qu\u2019il y a un lien entre iconoclasme et mus\u00e9e d\u00e8s le XVIIIe si\u00e8cle, lorsqu\u2019on met au mus\u00e9e les \u0153uvres qu\u2019on veut soustraire au \u00ab&#160;vandalisme&#160;\u00bb r\u00e9volutionnaire. Aujourd\u2019hui, on voit qu\u2019il y a tout un courant qui veut attaquer les monuments publics mais aussi les monuments qui se trouvent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ou autour du mus\u00e9e \u2013 la statue de Theodore Roosevelt devant le American Museum of Natural History de New York, par exemple. Quelle est votre perception de ces questions-l\u00e0, de la mani\u00e8re dont l\u2019iconoclasme, hier et aujourd\u2019hui, croise l\u2019histoire et la fonction du mus\u00e9e&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je ne pense pas que l\u2019utilisation du terme \u00ab&#160;iconoclasme&#160;\u00bb soit tout \u00e0 fait pertinente. Je viens de lire un article sur l\u2019histoire de l\u2019enl\u00e8vement de la statue de Napol\u00e9on \u00e0 Rouen et la proposition de son remplacement par une effigie de Gis\u00e8le Halimi. Nous n\u2019avons pas l\u00e0 affaire \u00e0 un iconoclasme mais plut\u00f4t \u00e0 une tentative, qui me para\u00eet tr\u00e8s grave, de r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire de France \u2014 ou des \u00c9tats-Unis dans le cas de Teddy Roosevelt. On peut penser ce qu\u2019on veut de Roosevelt, un imp\u00e9rialiste dont il serait difficile de d\u00e9fendre le bilan aujourd\u2019hui, mais ce \u00e0 quoi nous assistons dans ces&nbsp;op\u00e9rations dites d\u00e9coloniales, c\u2019est en fait \u00e0 des tentatives de refa\u00e7onner l\u2019histoire, de faire en sorte que l\u2019histoire telle qu\u2019elle a eu lieu disparaisse et soit remplac\u00e9e par une autre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Ce \u00e0 quoi nous assistons dans ces&nbsp;op\u00e9rations dites d\u00e9coloniales, c\u2019est en fait \u00e0 des tentatives de refa\u00e7onner l\u2019histoire, de faire en sorte que l\u2019histoire telle qu\u2019elle a eu lieu disparaisse et soit remplac\u00e9e par une autre.&nbsp;<\/p><cite>Krzysztof Pomian<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>La chose devient, je vous l\u2019accorde, beaucoup moins discutable dans le cas des g\u00e9n\u00e9raux de la Conf\u00e9d\u00e9ration. Il y a des monuments dont il faut probablement savoir se d\u00e9barrasser, comme on l\u2019a fait d\u2019ailleurs \u00e0 la sortie du r\u00e9gime communiste dans les pays anciennement sovi\u00e9tis\u00e9s, en mettant ces diff\u00e9rents monuments dans des sortes de parcs \u2013 de mus\u00e9es de plein air en fait. Ils gardent la m\u00e9moire mais ne c\u00e9l\u00e8brent plus. La chose devient infiniment plus compliqu\u00e9e dans le cas de Napol\u00e9on, dont le r\u00f4le lib\u00e9rateur est tout aussi important \u2013 si ce n\u2019est plus \u2013 que le fait qu\u2019il a r\u00e9tabli l\u2019esclavage. Il faut \u00eatre extr\u00eamement prudent. Mais, encore une fois, nous n\u2019avons pas affaire \u00e0 un iconoclasme mais \u00e0 une tentative de ratiboiser l\u2019histoire telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 pour la remplacer par une autre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"etant-l-endroit-ou-l-on-peut-passer-de-la-celebration-a-la-memoire-le-musee-n-est-il-pas-justement-le-lieu-ideal-pour-refroidir-les-debats-aborder-les-questions-avec-pedagogie-et-reflechir-a-l-histoire\"><strong>\u00c9tant l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on peut passer de la c\u00e9l\u00e9bration \u00e0 la m\u00e9moire, le mus\u00e9e n\u2019est-il pas justement le lieu id\u00e9al pour refroidir les d\u00e9bats, aborder les questions avec p\u00e9dagogie et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019histoire&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Certainement. C\u2019est un lieu o\u00f9 en principe ces significations doivent \u00eatre neutralis\u00e9es. Mais cela suppose aussi l\u2019acceptation de certaines r\u00e8gles du jeu, et notamment d\u2019une grande le\u00e7on que le mus\u00e9e nous a donn\u00e9e, \u00e0 savoir que l\u2019id\u00e9e que votre regard puisse \u00eatre \u00ab&#160;bless\u00e9&#160;\u00bb n\u2019est pas acceptable. Nous ne pouvons pas accepter de retirer certains objets parce que certaines personnes pr\u00e9tendent que ces objets heurtent leur regard. Tout le probl\u00e8me r\u00e9side aujourd\u2019hui dans&nbsp;la r\u00e9surgence sectaire et r\u00e9trograde d\u2019une rh\u00e9torique du regard offens\u00e9, pourtant inacceptable.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"une-question-a-ete-posee-a-francis-haskell-il-y-a-trente-ans-au-cours-d-une-conference-qu-il-donnait-a-florence-sur-le-sujet-des-ennemis-du-musee-de-quatremere-de-quincy-a-la-contre-culture-parce-qu-on-mesure-qu-en-trente-ans-les-arguments-contre-le-musee-ont-largement-evolue-nous-vous-reposons-alors-la-meme-question-que-repondez-vous-a-ceux-qui-souhaitent-la-destruction-du-musee\"><strong>Une question a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e \u00e0 Francis Haskell il y a trente ans, au cours d\u2019une conf\u00e9rence qu\u2019il donnait \u00e0 Florence sur le sujet des ennemis du mus\u00e9e, de Quatrem\u00e8re de Quincy \u00e0 la contre-culture. Parce qu\u2019on mesure qu\u2019en trente ans, les arguments contre le mus\u00e9e ont largement \u00e9volu\u00e9, nous vous reposons alors la m\u00eame question&#160;: que r\u00e9pondez-vous \u00e0 ceux qui souhaitent la destruction du mus\u00e9e&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je suis absolument, radicalement et fermement&nbsp;hostile \u00e0 l\u2019id\u00e9e de l\u2019abolition du mus\u00e9e. \u00c0 ceux qui souhaitent sa destruction, je r\u00e9ponds d\u2019abord, dans un mouvement d\u2019indignation,&nbsp;qu\u2019ils sont des barbares \u2013 ce qui n\u2019est pas un argument, nous sommes bien d\u2019accord. Je r\u00e9pondrai donc ensuite que les soci\u00e9t\u00e9s modernes, telles que la n\u00f4tre, ne peuvent tout simplement pas exister sans une institution telle que le mus\u00e9e. La preuve en est, de nouveau&#160;: essayez de vous attaquer au mus\u00e9e et vous verrez la r\u00e9action&#160;! Lorsque pendant la Seconde Guerre mondiale, dans beaucoup de pays, les mus\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s ou interdits,&nbsp;les gens en ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment malheureux. Une des premi\u00e8res choses qui ont \u00e9t\u00e9 faites \u00e0 Varsovie, pourtant dans un \u00e9tat de ruine inimaginable, au sortir de la guerre, c\u2019\u00e9tait la r\u00e9ouverture&nbsp;du mus\u00e9e. Notre culture trouve son temple dans le mus\u00e9e.&nbsp;Nos dieux lares se trouvent l\u00e0. Touchez-y seulement et il vous en cuira&#160;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le dernier tome de <\/strong><strong><em>L\u2019Histoire mondiale du mus\u00e9e <\/em><\/strong><strong>est consacr\u00e9 \u00e0 la \u00ab&#160;conqu\u00eate du monde&#160;\u00bb, de 1850 \u00e0 2020. Pouvez-vous revenir sur les caract\u00e9ristiques de cette p\u00e9riode, marqu\u00e9e par l&rsquo;ouverture des collections des mus\u00e9es europ\u00e9ens aux \u0153uvres du monde entier ainsi que par l&rsquo;exportation du mod\u00e8le m\u00eame du mus\u00e9e aux autres continents&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les deux ph\u00e9nom\u00e8nes sont li\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une part, entre le XIXe et le XXe si\u00e8cles, on voit entrer au mus\u00e9e des objets de toutes les provenances g\u00e9ographiques, ce qui entra\u00eene un changement de leur statut en cours de route.. De curiosit\u00e9s recueillies dans des cabinets priv\u00e9s, ces objets deviennent dans les mus\u00e9es des documents ethnographiques, r\u00e9v\u00e9lateurs de civilisations, cultures, ou soci\u00e9t\u00e9s diff\u00e9rentes de la n\u00f4tre. Enfin, \u00e0 terme, presque tous deviennent des \u0153uvres d\u2019art.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait, certes, des pr\u00e9c\u00e9dents \u00e9gyptiens et m\u00e9sopotamiens. Ces objets-l\u00e0, pr\u00e9sents dans l&rsquo;horizon europ\u00e9en depuis au moins le XVe si\u00e8cle, \u00e9taient entr\u00e9s au mus\u00e9e d\u00e8s les premi\u00e8res d\u00e9cennies du XIXe mais ils renvoyaient \u00e0 des aires connues par l\u2019entremise de la Bible. Ici, nous parlons des soci\u00e9t\u00e9s qui n\u2019ont aucun lien avec l\u2019ancienne tradition europ\u00e9enne et dont les objets acqui\u00e8rent au cours de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle le statut d\u2019\u0153uvres d\u2019art&#160;: d\u2019abord les objets japonais, puis islamiques, puis pr\u00e9colombiens relativement bien connus, mais justement en tant que monuments historiques ou curiosit\u00e9s ethnographiques&#160;; c\u2019est ensuite la Chine, puis l&rsquo;Inde, enfin l\u2019Oc\u00e9anie et l\u2019Afrique. L\u2019art chinois \u00e9tait bien connu depuis le XVIIIe si\u00e8cle, mais on lui attribuait une fonction d\u00e9corative. On n\u2019y voyait pas encore du grand art.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;art japonais est per\u00e7u d\u2019embl\u00e9e comme le grand art et compar\u00e9 aux productions europ\u00e9ennes. Des \u00e9crivains lui conf\u00e8rent ses lettres de noblesse, comme les Goncourt et bien d\u2019autres. On peut dater ce ph\u00e9nom\u00e8ne des ann\u00e9es 1860, en m\u00eame temps que la premi\u00e8re participation du Japon aux Expositions universelles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quarante ans plus tard, Apollinaire \u00e9crit un article o\u00f9 il exige, pour les objets oc\u00e9aniens et africains, ce qu&rsquo;on appelait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00ab&#160;l&rsquo;art n\u00e8gre&#160;\u00bb, le statut d\u2019\u0153uvres d\u2019art. Il d\u00e9nonce l&rsquo;\u00e9tat lamentable du mus\u00e9e d&rsquo;ethnographie du Trocad\u00e9ro, v\u00e9tuste et mal gard\u00e9. Pour ces objets-l\u00e0, la promotion \u00e0 la dignit\u00e9 de l\u2019art prendra plus de temps&nbsp; en France, avant de se voir accomplie dans le Pavillon des Sessions du Louvre organis\u00e9 par Jacques Kerchache, et finalement au mus\u00e9e du Quai Branly-Jacques Chirac &#8211;&nbsp; r\u00e9alisation du v\u0153u d\u2019Apollinaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre face de cette mondialisation, c\u2019est la propagation du mus\u00e9e hors d\u2019Europe occidentale qui commence par sa p\u00e9n\u00e9tration en Europe centrale et en Russie. Et qui est port\u00e9e par la colonisation europ\u00e9enne avec l&rsquo;installation du mus\u00e9e, d\u2019abord dans des soci\u00e9t\u00e9s de migrants venus d\u2019Europe, soci\u00e9t\u00e9s de tradition chr\u00e9tienne filtr\u00e9e et recompos\u00e9e par les Lumi\u00e8res \u2013 Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, Canada, Australie, Nouvelle-Z\u00e9lande, Am\u00e9rique hispanique et lusophone \u2013, puis, plus r\u00e9cemment, dans des soci\u00e9t\u00e9s indig\u00e8nes, celles des Peuples Premiers , porteurs des traditions propres, fussent-elles influenc\u00e9es par la cohabitation forc\u00e9e avec les Europ\u00e9ens, o\u00f9 le mus\u00e9e rencontre des probl\u00e8mes tout \u00e0 fait diff\u00e9rents de ceux qu\u2019il rencontrait en Europe et dans les Europes hors d\u2019Europe.&nbsp; Pendant la premi\u00e8re phase, les Europ\u00e9ens exportent le mus\u00e9e avec la conqu\u00eate coloniale, \u00e0 tel point est-il est devenu pour eux une institution indispensable.&nbsp; En Australie, le premier mus\u00e9e est cr\u00e9\u00e9 avec des subsides anglaises d\u00e8s les ann\u00e9es 1820.&nbsp; En Inde, d\u00e8s la cr\u00e9ation de la Soci\u00e9t\u00e9 Asiatique \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, un mus\u00e9e est pr\u00e9vu, qui ne verra le jour \u00e0 Calcutta que dans les ann\u00e9es 1820. C\u2019est un cas exceptionnel, car les savants locaux, les Bengalis, sont admis dans la Soci\u00e9t\u00e9 Asiatique. Et que \u2013 comme le montrent les registres du mus\u00e9e de Calcutta qui divisent son public selon la couleur de peau et le sexe &#8211; le mus\u00e9e \u00e9tait fr\u00e9quent\u00e9 surtout par des visiteurs locaux dont 20&#160;% \u00e0 peu pr\u00e8s de femmes. En Am\u00e9rique du Centre et du Sud, les mus\u00e9es sont cr\u00e9\u00e9s dans un pays&nbsp; apr\u00e8s l\u2019autre&nbsp; suite \u00e0 leur accession \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p>Un chapitre essentiel de cette histoire se d\u00e9roule aux \u00c9tats-Unis. Il commence l\u00e0 encore \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle avec un mus\u00e9e \u00e0 Charleston, puis se poursuit ensuite apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance. Mais les p\u00e8res fondateurs n\u2019arrivent pas \u00e0 introduire dans la Constitution f\u00e9d\u00e9rale une obligation pour l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral de financer les institutions culturelles, qui se trouvait pourtant dans les constitutions de certains \u00c9tats, comme le Massachusetts. La majorit\u00e9 des r\u00e9dacteurs de la Constitution y est oppos\u00e9e, jugeant que ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 l\u2019\u00c9tat de fournir des distractions que les <em>gentlemen <\/em>pouvaient se payer de leur poche, s\u2019ils le souhaitaient. L\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral se verra n\u00e9anmoins embarqu\u00e9 dans la gestion des mus\u00e9es \u00e0 partir du moment o\u00f9 le Congr\u00e8s accepte, apr\u00e8s de longs et orageux d\u00e9bats, le legs fait au peuple des Etats-Unis par un richissime savant anglais, James Smithson, et cr\u00e9e en 1846 la Smithsonian Institution \u00ab&#160;pour l\u2019accroissement et la diffusion du savoir parmi les hommes&#160;\u00bb. Elle avait au d\u00e9part un mus\u00e9e&#160;; elle en a aujourd\u2019hui dix-neuf.<\/p>\n\n\n\n<p>Mis \u00e0 part le cas de la Smithsonian, les mus\u00e9es sont cr\u00e9\u00e9s aux \u00c9tats-Unis des sept premi\u00e8res d\u00e9cennies de XIXe si\u00e8cle soit par des individus, soit par des associations, toujours avec des financements extr\u00eamement pr\u00e9caires. Aussi disparaissent-ils assez rapidement ou sont oblig\u00e9s, pour certains, de devenir des entreprises de divertissement, tout simplement pour attirer le public.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Au lendemain de la guerre de S\u00e9cession, une dynamique \u00e9conomique sans aucun \u00e9quivalent au monde, propuls\u00e9e par des subventions du Congr\u00e8s qui donne aux compagnies ferroviaires des terres pour presque rien, dans un contexte o\u00f9 la l\u00e9gislation du travail n&rsquo;existe pas, o\u00f9 une immigration encourag\u00e9e agit \u00e0 la baisse sur les salaires, et o\u00f9 le r\u00e9seau ferroviaire qui se d\u00e9veloppe permet une meilleure exportation des produits agricoles et industriels. Dans ce cadre, d\u2019immenses fortunes se cr\u00e9ent \u00e0 tr\u00e8s grande vitesse. Chez les riches, la collection priv\u00e9e devient une mode. De tr\u00e8s belles maisons sortent de terre \u00e0 New York et ailleurs. La rivalit\u00e9 entre les villes pousse chacune d\u2019elles, \u00e0 construire les mus\u00e9es suivant l\u2019exemple de Boston,&nbsp; New York, Philadelphie, Chicago. Aux environs de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, le mus\u00e9e&nbsp; arrive en Californie et au Nouveau-Mexique. De ces mus\u00e9es, plusieurs acqui\u00e8rent rapidement une importance internationale, le m\u00e9c\u00e9nat priv\u00e9 leur offrant des moyens d&rsquo;acquisition des \u0153uvres qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque les mus\u00e9es europ\u00e9ens, avec leurs budgets tr\u00e8s restreints, n&rsquo;ont pas.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir du milieu du XIXe si\u00e8cle, les mus\u00e9es commencent aussi \u00e0 s&rsquo;installer dans l\u2019Empire ottoman. Les Ottomans n\u2019ont aucune tradition de collections particuli\u00e8res et ne consid\u00e8rent pas au d\u00e9but comme appartenant \u00e0 leur pass\u00e9 les objets qu\u2019on trouve dans les fouilles en Anatolie \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. C\u2019est un travail sur soi, un travail identitaire qui va permettre aux Turcs de consid\u00e9rer les ruines grecques comme faisant partie de leur patrimoine.&nbsp; Il en va semblablement en \u00c9gypte, o\u00f9 il s&rsquo;agit de convaincre les Egyptiens que le pass\u00e9 pharaonique est le leur, alors qu\u2019ils sont une nation musulmane dont l\u2019histoire commence suppos\u00e9ment avec l\u2019H\u00e9gire. Au d\u00e9part, ils se sentent \u00e9trangers \u00e0 ces idoles de l\u2019ancienne \u00c9gypte dont le caract\u00e8re pa\u00efen est manifeste, avant d\u2019y voir un \u00e9l\u00e9ment essentiel de leur pass\u00e9. Dans cette acclimatation des objets \u00e0 un nouveau statut et \u00e0 un nouveau contexte culturel, politique, patrimonial, le mus\u00e9e joue un r\u00f4le essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019autre bout du continent, le mus\u00e9e arrive au Japon. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, les Japonais se mettent \u00e0 \u00e9tudier le fonctionnement des nations occidentales pour mieux en ma\u00eetriser les codes et les armes. Ils envoient des missions en Europe et aux Etats-Unis avec des listes d\u2019institutions \u00e0 comprendre et \u00e0 apprendre&#160;: \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e prussienne et de l\u2019\u00c9cole polytechnique, y figurent les mus\u00e9es, car, pensent-t-ils, le mus\u00e9e a quelque chose \u00e0 voir avec la puissance occidentale. Leurs envoy\u00e9s iront ainsi au British, au Louvre, aux mus\u00e9es de Berlin, \u00e0 l\u2019Ermitage en Russie, tout en visitant les usines, les casernes, les prisons et tout le reste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la fr\u00e9n\u00e9sie de la r\u00e9volution de Meiji, en 1868, un tr\u00e8s grand nombre d\u2019objets japonais passent aux mains de collectionneurs am\u00e9ricains qui sont sur place. Ceux-ci forment d\u2019immenses collections tout en introduisant l\u2019id\u00e9e, aupr\u00e8s des autorit\u00e9s locales, de la n\u00e9cessit\u00e9 de lois pour la protection de leur patrimoine. Avant que l\u2019exportation des \u0153uvres d\u2019art ne soit formellement interdite, de grandes collections d\u2019art japonais se forment d\u00e9j\u00e0 aux Etats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame temps, certains hauts fonctionnaires de l\u2019administration japonaise, pass\u00e9s par l\u2019Europe et les Etats-Unis, sont \u00e0 l\u2019origine d\u2019un premier \u201cbureau&nbsp; mus\u00e9ographique\u201d au Japon \u2013 un \u00e9quivalent du mot \u00ab&#160;mus\u00e9e&#160;\u00bb \u00e9tant invent\u00e9 en japonais par la m\u00eame occasion. Ce sera le d\u00e9but d\u2019un mouvement qui ira tr\u00e8s vite puisque, vers 1930, on compte d\u00e9j\u00e0 trois centaines de mus\u00e9es \u00e0 travers l\u2019archipel.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin en Chine, il faut attendre la r\u00e9volution de 1911 pour voir appara\u00eetre les premiers mus\u00e9es. Auparavant, il en existe d\u00e9j\u00e0 quelques-uns , cr\u00e9\u00e9s par les \u00e9trangers, surtout par les missionnaires, mais la premi\u00e8re institution mus\u00e9ale v\u00e9ritablement chinoise ne voit le jour qu\u2019en 1912. Apr\u00e8s la r\u00e9volution, les collections imp\u00e9riales sont nationalis\u00e9es et au moment de l\u2019invasion japonaise, on compte d\u00e9j\u00e0 deux centaines de mus\u00e9es en Chine.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le Conseil international des mus\u00e9es (ICOM) vient de proposer une nouvelle \u00ab&#160;d\u00e9finition&#160;\u00bb du mus\u00e9e, qui ne se limite plus \u00e0 la pr\u00e9servation, la protection, la mise \u00e0 disposition du public et la valorisation des collections, mais met l&rsquo;accent sur le service de la communaut\u00e9 et l&rsquo;inclusion des publics les plus divers. Comment interpr\u00e9tez-vous ce changement de doctrine&#160;? <\/strong>&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>Comme un changement id\u00e9ologique. D&rsquo;abord, ce n\u2019est pas une d\u00e9finition au sens que la logique donne \u00e0 ce terme. C\u2019est une tentative de pr\u00e9ciser les crit\u00e8res d\u2019admission d\u2019un mus\u00e9e \u00e0 l\u2019ICOM ce qu\u2019il est pleinement en droit de faire. La pr\u00e9c\u00e9dente d\u00e9finition elle-m\u00eame n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs pas non plus une d\u00e9finition \u00e0 proprement parler. Ces propositions ne disent pas ce qu\u2019est un mus\u00e9e&#160;; elles disent ce qu\u2019il devrait \u00eatre pour satisfaire aux crit\u00e8res de l\u2019ICOM en accord avec la derni\u00e8re mode id\u00e9ologique et rh\u00e9torique, qui privil\u00e9gie les mots tels qu\u2019\u00ab&#160;inclusif&#160;\u00bb, \u00ab&#160;diversit\u00e9&#160;\u00bb, \u00ab&#160;communaut\u00e9&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand d\u00e9faut de la \u00ab&#160;d\u00e9finition&#160;\u00bb de l\u2019ICOM est de mettre sur&nbsp; le m\u00eame plan l\u2019essentiel et l\u2019accessoire. Le mus\u00e9e est centralement une collection \u2013 mot absent du langage de l\u2019ICOM \u2013 pr\u00e9serv\u00e9e pour un avenir ind\u00e9finiment lointain mais expos\u00e9e \u00e0 pr\u00e9sent au public. Une collection s\u00e9culi\u00e8re, d\u00e9tach\u00e9e de tout culte religieux mais qui peut \u00eatre investie de significations id\u00e9ologiques. Le r\u00f4le principal du mus\u00e9e est de la conserver, de l\u2019\u00e9tudier, de concilier les exigences contradictoires de la conservation, et de l\u2019exposition. Sur cette fonction d\u00e9finitoire se greffent d\u2019autres, secondaires et transitoires, comme celles dont l\u2019ICOM parle aujourd\u2019hui, dont il ne parlait pas hier et qu\u2019il oubliera demain.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Voyez-vous une trajectoire historique se dessiner des premi\u00e8res d\u00e9finitions du mus\u00e9e au XVIIIe si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 cette r\u00e9cente proposition de l\u2019ICOM&#160;? Au cours de ces deux-cent derni\u00e8res ann\u00e9es, le mus\u00e9e a-t-il chang\u00e9 de destination&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse d\u00e9pend de ce qu\u2019on entend par \u00ab&#160;destination&#160;\u00bb.&nbsp; Pendant longtemps, le mus\u00e9e d\u2019art \u00e9tait destin\u00e9 aux connaisseurs, le mus\u00e9e d\u2019histoire naturelle, aux naturalistes. L\u2019un et l\u2019autre \u00e9taient ouverts \u00e0 tous mais l\u2019accrochage, la mise des objets en vitrines, les cartels, etc. d\u00e9finissaient en fait le public vis\u00e9. Cela a compl\u00e9tement chang\u00e9 d\u2019abord aux Etats-Unis, plus tard en Europe. En ce sens, le mus\u00e9e a chang\u00e9 de destination. Mais cela s\u2019est fait dans la pratique mus\u00e9ale justifi\u00e9e a post\u00e9riori, il est vrai, par des consid\u00e9rations id\u00e9ologiques y compris des \u00ab&#160;d\u00e9finitions&#160;\u00bb du mus\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Il vous est arriv\u00e9, dans d&rsquo;autres textes ou d&rsquo;autres entretiens, de d\u00e9finir l&rsquo;Europe comme le continent de la transgression. Croyez-vous que cette d\u00e9finition soit encore valable aujourd\u2019hui&#160;? Dans le paysage culturel mondialis\u00e9 que vous d\u00e9crivez, l\u2019Europe ne semble pas \u00eatre l&rsquo;endroit le plus transgressif aujourd\u2019hui.<\/strong>&nbsp;<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019Europe n\u2019est certainement plus l\u2019endroit le plus transgressif qui soit, encore qu\u2019elle puisse, parfois, se montrer toujours un peu transgressive. Mais les choses les plus int\u00e9ressantes et les plus novatrices dans le domaine dont nous parlons ici ne se passent plus en Europe. Les probl\u00e8mes nouveaux que rencontrent les mus\u00e9es \u00e9mergent de g\u00e9ographies bien diff\u00e9rentes&#160;: l\u00e0 o\u00f9 ils doivent s\u2019adapter \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 le mus\u00e9e entre en conflit avec les croyances qui gardent encore une emprise sur les esprits.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mus\u00e9e est ins\u00e9parable de la s\u00e9cularisation des mentalit\u00e9s, il suppose une neutralisation de l&rsquo;objet religieux, sa perception comme \u0153uvre d\u2019art ou&nbsp; monument historique, sans quoi toutes les vierges, toutes les crucifixions ne seraient pas au Louvre mais dans les \u00e9glises. Or les soci\u00e9t\u00e9s que les mus\u00e9es rencontrent maintenant &#8211; je pense aux soci\u00e9t\u00e9s oc\u00e9aniennes, \u00e0 certaines soci\u00e9t\u00e9s africaines, ou m\u00eame au monde musulman qui oppose au mus\u00e9e une r\u00e9sistance, au sens o\u00f9 c\u2019est l&rsquo;aire culturelle la moins mus\u00e9ifi\u00e9e qui soit &#8211; leur demandent de s\u2019adapter \u00e0 de nouvelles exigences&#160;:&nbsp; de respecter certains interdits, de composer avec certaines traditions incompatibles avec ce que le mus\u00e9e est depuis des si\u00e8cles. Peut-on interdire l&rsquo;acc\u00e8s au mus\u00e9e \u00e0 certains objets \u00e0 des personnes qui ne sont pas initi\u00e9es&#160;? Peut-on emp\u00eacher les femmes ou les femmes enceintes tenues pour impures d\u2019entrer au mus\u00e9e ou de voir certains objets&#160;? Chaque soci\u00e9t\u00e9 est libre de d\u00e9cider sur ces points mais il faut bien voir que la r\u00e9ponse affirmative \u00e0 ces questions d\u00e9nature le mus\u00e9e au sens o\u00f9 elle le transforme en un espace sacr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es soixante, en Inde, on voyait encore des gens venir fleurir les statues, d\u00e9poser des offrandes \u00e0 leur pied dans les mus\u00e9es&#160;: ils ne faisaient pas la distinction entre le temple et le mus\u00e9e. On ne doit pas s\u2019\u00e9tonner que les Peuples Premiers aient toutes les peines du monde \u00e0 saisir la sp\u00e9cificit\u00e9 de cette \u00e9trange institution. Les Europ\u00e9ens ont mis quelques si\u00e8cles \u00e0 l\u2019apprendre. Cela prendra du temps. Comme disait Bergson, il faut attendre que le sucre fonde. Il ne faut rien imposer, rien pr\u00e9cipiter. Nous devons accepter des compromis. Mais je crois aussi que nous ne devons pas aller jusqu\u2019\u00e0 transformer nos mus\u00e9es en fonction des exigences des Peuples Premiers. Je crains que l\u00e0-dessus l\u2019ICOM, pour en revenir \u00e0 lui, ne se montre pas tr\u00e8s clair.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l&rsquo;occasion de la parution du dernier volume de sa trilogie <em>Le Mus\u00e9e, une histoire mondiale<\/em> (Gallimard), nous avons rencontr\u00e9 l\u2019historien et philosophe franco-polonais Krzysztof Pomian. Dans cet entretien encyclop\u00e9dique, il revient sur la g\u00e9opolitique et l\u2019histoire de ce lieu singulier invent\u00e9 par les Europ\u00e9ens pour conserver et exposer des \u0153uvres, et dont la forme a ensuite largement voyag\u00e9 et \u00e9volu\u00e9&#160;&#160;: le mus\u00e9e. <\/p>\n","protected":false},"author":1782,"featured_media":160134,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1734],"tags":[],"staff":[1752,1753],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[2163],"class_list":["post-129219","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-doctrines","staff-barthelemy-glama","staff-mathieu-roger-lacan","geo-monde"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>G\u00e9opolitique du mus\u00e9e. Une conversation avec Krzysztof Pomian | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"G\u00e9opolitique du mus\u00e9e. Une conversation avec Krzysztof Pomian | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"\u00c0 l&#039;occasion de la parution du dernier volume de sa trilogie Le Mus\u00e9e, une histoire mondiale (Gallimard), nous avons rencontr\u00e9 l\u2019historien et philosophe franco-polonais Krzysztof Pomian. Dans cet entretien encyclop\u00e9dique, il revient sur la g\u00e9opolitique et l\u2019histoire de ce lieu singulier invent\u00e9 par les Europ\u00e9ens pour conserver et exposer des \u0153uvres, et dont la forme a ensuite largement voyag\u00e9 et \u00e9volu\u00e9&#160;: le mus\u00e9e.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2022-09-24T14:22:48+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2022-12-01T14:42:56+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/01\/gc-pomian-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1440\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"clementf\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:image\" content=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/01\/gc-pomian-scaled.jpg\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"clementf\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"31 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/\",\"name\":\"G\u00e9opolitique du mus\u00e9e. Une conversation avec Krzysztof Pomian | Le Grand Continent\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/01\/G06443-scaled.jpg\",\"datePublished\":\"2022-09-24T14:22:48+00:00\",\"dateModified\":\"2022-12-01T14:42:56+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/b22879caf2a074c0786f019573977c84\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/01\/G06443-scaled.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/01\/G06443-scaled.jpg\",\"width\":1948,\"height\":2560},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"G\u00e9opolitique du mus\u00e9e. Une conversation avec Krzysztof Pomian\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/\",\"name\":\"Le Grand Continent\",\"description\":\"L&#039;\u00e9chelle pertinente\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/b22879caf2a074c0786f019573977c84\",\"name\":\"clementf\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/41f278c3339276cfdaa0b30a33819066?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/41f278c3339276cfdaa0b30a33819066?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"clementf\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"G\u00e9opolitique du mus\u00e9e. Une conversation avec Krzysztof Pomian | Le Grand Continent","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"G\u00e9opolitique du mus\u00e9e. Une conversation avec Krzysztof Pomian | Le Grand Continent","og_description":"\u00c0 l'occasion de la parution du dernier volume de sa trilogie Le Mus\u00e9e, une histoire mondiale (Gallimard), nous avons rencontr\u00e9 l\u2019historien et philosophe franco-polonais Krzysztof Pomian. Dans cet entretien encyclop\u00e9dique, il revient sur la g\u00e9opolitique et l\u2019histoire de ce lieu singulier invent\u00e9 par les Europ\u00e9ens pour conserver et exposer des \u0153uvres, et dont la forme a ensuite largement voyag\u00e9 et \u00e9volu\u00e9&#160;: le mus\u00e9e.","og_url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/","og_site_name":"Le Grand Continent","article_published_time":"2022-09-24T14:22:48+00:00","article_modified_time":"2022-12-01T14:42:56+00:00","og_image":[{"width":2560,"height":1440,"url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/01\/gc-pomian-scaled.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"clementf","twitter_card":"summary_large_image","twitter_image":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/01\/gc-pomian-scaled.jpg","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"clementf","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"31 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/","name":"G\u00e9opolitique du mus\u00e9e. Une conversation avec Krzysztof Pomian | Le Grand Continent","isPartOf":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/01\/G06443-scaled.jpg","datePublished":"2022-09-24T14:22:48+00:00","dateModified":"2022-12-01T14:42:56+00:00","author":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/b22879caf2a074c0786f019573977c84"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/#primaryimage","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/01\/G06443-scaled.jpg","contentUrl":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/01\/G06443-scaled.jpg","width":1948,"height":2560},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/09\/24\/geopolitique-du-musee-une-conversation-avec-krzysztof-pomian\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"G\u00e9opolitique du mus\u00e9e. Une conversation avec Krzysztof Pomian"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#website","url":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/","name":"Le Grand Continent","description":"L&#039;\u00e9chelle pertinente","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/b22879caf2a074c0786f019573977c84","name":"clementf","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/41f278c3339276cfdaa0b30a33819066?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/41f278c3339276cfdaa0b30a33819066?s=96&d=mm&r=g","caption":"clementf"}}]}},"term_position_data":null,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129219","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1782"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=129219"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/129219\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/160134"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=129219"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=129219"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=129219"},{"taxonomy":"staff","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/staff?post=129219"},{"taxonomy":"editorial_format","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/editorial_format?post=129219"},{"taxonomy":"serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/serie?post=129219"},{"taxonomy":"audience","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/audience?post=129219"},{"taxonomy":"geo","embeddable":true,"href":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/geo?post=129219"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}