{"id":129142,"date":"2022-01-24T19:40:44","date_gmt":"2022-01-24T18:40:44","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=129142"},"modified":"2022-01-25T12:45:34","modified_gmt":"2022-01-25T11:45:34","slug":"quirinal-le-pouvoir-de-la-colline","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2022\/01\/24\/quirinal-le-pouvoir-de-la-colline\/","title":{"rendered":"Quirinal : le pouvoir de la colline"},"content":{"rendered":"\n
La colline est-il un lieu d’o\u00f9 l\u2019on gouverne ? C’est la question des questions \u2013 et la colline en question : le Quirinal. On peut r\u00e9pondre qu’il y a bien un gouvernement de la colline du Quirinal et qu’il existe bien des pouvoirs distincts et partag\u00e9s, qui se sont \u00e9tendus surtout depuis 1992. L\u2019ancien pr\u00e9sident du Conseil Giuliano Amato<\/a> a d\u00e9fini le pouvoir du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique comme un pouvoir en accord\u00e9on. \u00c9lastique. Capable d’expansion et de compression, oscillant entre l’interventionnisme et une position plus \u00ab notariale \u00bb. Le Pr\u00e9sident change d\u2019habits, devient une sorte de transformiste. Quelles sont les causes de ces transformations ? La crise du syst\u00e8me. La crise des partis. Le p\u00e9rim\u00e8tre d’intervention, en effet, s’\u00e9largit d’abord pour combler les d\u00e9ficits du pouvoir ex\u00e9cutif et du Parlement.<\/p>\n\n\n\n La litt\u00e9rature abondante qui accompagne l’\u00e9lection du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique semble largement adh\u00e9rer \u00e0 cette th\u00e8se. Marco Damilano, dans son ouvrage Il Presidente<\/em>, identifie une fracture claire dans l’histoire italienne. 1992 : les attentats commis par la mafia et l’affaire Mani pulite<\/em>. Des facteurs qui d\u00e9terminent une v\u00e9ritable \u00ab euthanasie d’un pouvoir \u00bb et qui mirent fin \u00e0 la \u00ab r\u00e9publique des partis \u00bb pour inaugurer une \u00ab r\u00e9publique des pr\u00e9sidents \u00bb. Marzio Breda, le prince des quirinalistes \u2013 ces journalistes qui se sont sp\u00e9cialis\u00e9s dans les jeux de pouvoir sur la colline pr\u00e9sidentielle \u2013 propose un compte rendu dont le titre est embl\u00e9matique : Chefs sans \u00c9tat. Les pr\u00e9sidents de la grande crise italienne<\/em>. Pour la plume du Corriere<\/em>, c’est Francesco Cossiga qui fut le premier \u00e0 pr\u00e9voir la crise syst\u00e9mique. Pour lui, il s\u2019agit toutefois d’un interventionnisme qui n\u2019allait pas au-del\u00e0 d\u2019une externalisation, dans tout ce qu\u2019elle pouvait avoir de rude et d\u2019inhabituel, certes. C’est le pr\u00e9sident Cossiga qui comprit et r\u00e9v\u00e9la la n\u00e9cessit\u00e9 d’une grande r\u00e9forme institutionnelle qui ferait de l’Italie une d\u00e9mocratie d’alternance. Il voulut l\u2019engager \u00e0 travers un message \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, une pr\u00e9rogative du pouvoir de la colline, qui resta toutefois lettre morte dans un syst\u00e8me de partis incapable de voir au-del\u00e0 \u2013 et qui r\u00e9agit m\u00eame par une tentative de destitution.<\/p>\n\n\n\n Oscar Luigi Scalfaro monte quant \u00e0 lui au Quirinal \u00e0 un moment dramatique de l\u2019histoire italienne : le 25 mai 1992, lendemain du massacre de Capaci. Les bombes de Cosa Nostra ont tu\u00e9 le juge Giovanni Falcone, sa femme Francesca Morvillo et trois personnes qui l\u2019accompagnaient : Vito Schifani, Rocco Dicillo et Antonio Montinaro. En sept ans, l’ancien ministre de l’Int\u00e9rieur du gouvernement Craxi a cr\u00e9\u00e9 six ex\u00e9cutifs. Amato I, Ciampi, Berlusconi Primo, Dini, Prodi I et D’Alema I. Entre les deux, Antonio Maccanico a tent\u00e9 de mettre en place un gouvernement de r\u00e9forme. Scalfaro est un pr\u00e9sident dans la temp\u00eate. Mani pulite<\/em>, les attaques de la mafia et \u2013 comme si cela ne suffisait pas \u2013 une d\u00e9valuation de la lire qui touche le pays de plein fouet. L\u2019Italie est prise en tenaille. Scalfaro emp\u00eache le retour de Bettino Craxi au palais Chigi. Il exige une nouvelle liste de noms et entame son mandat avec le gouvernement de Giuliano Amato. Au bout d\u2019un an, il contribuera \u00e0 sa chute au terme d\u2019un \u00e9pisode souvent n\u00e9glig\u00e9 : la non signature du d\u00e9cret Conso \u2013 une mesure qui aurait d\u00e9p\u00e9nalis\u00e9 le financement ill\u00e9gal des partis, donnant une voie rapide aux proc\u00e9dures de corruption. C\u2019est l\u2019affaire Mani pulite<\/em> qui avait conduit \u00e0 la demande d\u2019une intervention l\u00e9gislative dans ce sens, reposant sur une garantie du Quirinal. Mais devant le changement d’attitude des juges milanais, le parapluie de la colline se referme, dans un geste de d\u00e9fi du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique vis-\u00e0-vis de l’ex\u00e9cutif. Breda souligne l’activisme de Scalfaro dans la formation des gouvernements successifs : de son intuition de Carlo Azeglio Ciampi au palais Chigi, brillante et unificatrice pour l\u2019Italie, au v\u00e9ritable corps-\u00e0-corps qu\u2019il livre avec Silvio Berlusconi. C\u2019est un s\u00e9isme dont la grammaire institutionnelle elle-m\u00eame subit les ondes de choc. La presse se fait l\u2019\u00e9cho d\u2019insultes entre les deux hommes. Scalfaro ne cache rien de son \u00ab agacement personnel \u00bb envers le Cavaliere et l\u2019invite \u00e0 \u00ab avaler les couleuvres \u00bb du gouvernement Dini.<\/p>\n\n\n\n Le Pr\u00e9sident change d\u2019habits, devient une sorte de transformiste. Quelles sont les causes de ces transformations ? La crise du syst\u00e8me. La crise des partis. Le p\u00e9rim\u00e8tre d’intervention, en effet, s’\u00e9largit d’abord pour combler les d\u00e9ficits du pouvoir ex\u00e9cutif et du Parlement.<\/p>Mario de Pizzo<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour la pr\u00e9sidence de Carlo Azeglio Ciampi, Breda parle de \u00ab neutralit\u00e9 active \u00bb. L’ancien gouverneur de la Banque d\u2019Italie a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu au premier tour de scrutin, \u00e0 un moment o\u00f9 la bipolarit\u00e9 politique de l’Italie \u00e9tait peut-\u00eatre la plus vive et o\u00f9 les forces de centre-droit et de centre-gauche \u00e9taient pleinement l\u00e9gitim\u00e9es. Walter Veltroni est le faiseur de roi de cette op\u00e9ration, gr\u00e2ce au soutien d\u00e9cisif de Gianfranco Fini.<\/p>\n\n\n\n Le discours inaugural de Luciano Violante en tant que Pr\u00e9sident de la Chambre des D\u00e9put\u00e9s en 1996, avec son invitation \u00e0 \u00ab comprendre les raisons de la d\u00e9faite de la R\u00e9sistance, sans falsifier le r\u00e9visionnisme \u00bb ouvre la voie \u00e0 une pacification nationale. Ciampi l’emprunte avec courage, en restaurant les symboles de la r\u00e9publique et les valeurs d’un patriotisme sain. La confrontation politique, toutefois, ne manque pas d\u2019\u00eatre \u00e2pre. Et les relations de l’ancien gouverneur de la Banque d’Italie avec Silvio Berlusconi, de retour au Palazzo Chigi, sont tout sauf joviales. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique esp\u00e8re une collaboration \u00e0 travers ce qu\u2019on appellera la \u00ab strat\u00e9gie de l’aiguillon \u00bb, et \u00e0 l’exercice de la \u00ab persuasion morale \u00bb permise par la fonction, qui consiste \u00e0 utiliser les principes constitutionnels comme instruments de persuasion. Mais quand la persuasion ne suffit plus, Ciampi refuse de signer des lois douteuses comme la loi \u00ab Gasparri \u00bb sur la r\u00e9organisation du syst\u00e8me de radio et de t\u00e9l\u00e9vision. En n\u00e9gatif, le pouvoir de promulguer des lois devient une fl\u00e8che dans le carquois du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Une pr\u00e9rogative constitutionnelle \u2013 tout comme les messages aux Chambres, que Ciampi exerce d\u2019ailleurs avec pond\u00e9ration et force.<\/p>\n\n\n\n Giorgio Napolitano, son successeur, est largement consid\u00e9r\u00e9 comme l’un des pr\u00e9sidents les plus interventionnistes de l\u2019histoire. Une fois de plus, Silvio Berlusconi est le contrepoids au pouvoir de la colline. En ce qui concerne l’intervention militaire en Libye en 2011, on peut raisonnablement affirmer que le Quirinal a exerc\u00e9 une pression morale sur le Palazzo Chigi pour que l’Italie se range du c\u00f4t\u00e9 de l’action promue par la France, les \u00c9tats-Unis et le Royaume-Uni. On se souvient que Berlusconi \u00e9tait d’abord r\u00e9ticent \u00e0 intervenir contre son ami Kadhafi, mais que, comme l’a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 Franco Frattini – alors ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res -, il s’est ensuite laiss\u00e9 convaincre, \u00e9galement \u00e0 la lumi\u00e8re de la violence du \u00ab guide \u00bb contre les civils.<\/p>\n\n\n\n Il ne fait cependant aucun doute que le moment cl\u00e9 de la premi\u00e8re exp\u00e9rience de Giorgio Napolitano au Quirinal ait \u00e9t\u00e9 la naissance du gouvernement Monti. L’ancien leader des Meglioristi<\/em> nomme l’ancien commissaire europ\u00e9en, s\u00e9nateur \u00e0 vie, quelques jours seulement avant la d\u00e9mission de Silvio Berlusconi de son poste de pr\u00e9sident du Conseil. C’est encore Breda qui reprend la version des faits de Napolitano et explique la nature des pr\u00e9rogatives pr\u00e9sidentielles. \u00ab Un pouvoir neutre, protecteur et limitant les exc\u00e8s des autres pouvoirs. Un pouvoir qui peut, et qui doit, se d\u00e9ployer comme un \u00e9l\u00e9ment de coh\u00e9sion \u00bb.<\/p>\n\n\n\n La r\u00e9\u00e9lection de Napolitano intervient au pic d\u2019une phase aigu\u00eb de la crise du syst\u00e8me des partis. L’apoth\u00e9ose des francs tireurs a frein\u00e9 la course de personnalit\u00e9s telles que Franco Marini et Romano Prodi. Le cort\u00e8ge des dirigeants aupr\u00e8s de Giorgio Napolitano pour lui demander un nouveau mandat est le signe d’une nouvelle convulsion du syst\u00e8me. D\u00e9but 2015, apr\u00e8s avoir commenc\u00e9 son mandat avec le gouvernement de large entente d’Enrico Letta et avoir confi\u00e9 le poste \u00e0 Matteo Renzi moins d’un an plus tard, Napolitano c\u00e8de la place.<\/p>\n\n\n\n C’est le tour de Sergio Mattarella. Dans son discours d’investiture, l’ancien juge de la Cour constitutionnelle rappelle la figure de l’arbitre pour donner le cap de sa pr\u00e9sidence. \u00ab L\u2019arbitre est responsable de l’application ponctuelle des r\u00e8gles. L’arbitre doit \u00eatre – et sera – impartial. Aux joueurs de l\u2019aider, en \u00e9quit\u00e9. \u00bb Un \u00ab gardien invisible \u00bb : c’est ainsi que Marco Damilano le d\u00e9finit dans son livre. Au cours de ses sept ann\u00e9es de mandat, Sergio Mattarella a construit un imaginaire de refuge et de certitude pour les Italiens. La photo o\u00f9 il se tient seul devant l’autel de la patrie, portant un masque FFP2, le 25 avril 2020, est incroyablement puissante. Le pr\u00e9sident qui a travers\u00e9 la pand\u00e9mie semble avoir \u00e9galement pans\u00e9 les plaies du syst\u00e8me politique italien. De l’\u00e9chec du r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel – dans lequel il demeure inflexible pour assurer la conclusion naturelle du mandat, malgr\u00e9 les \u00e9victions de Matteo Renzi – \u00e0 la gestion plus que complexe du vote du 4 mars 2018, Mattarella a \u00e9t\u00e9 le garant du positionnement international de l’Italie pendant les errements du premier gouvernement Conte. De la crise des gilets jaunes – r\u00e9solue en personne – au travail constant de correction de choix plus ou moins aventureux, comme la signature d\u2019un m\u00e9morandum d\u2019entente sur les Nouvelles routes de la soie. Mais il y a plus. Au d\u00e9but du premier gouvernement Conte, Mattarella fit appliquer, comme rarement peut-\u00eatre auparavant, l’article 92 de la Constitution. \u00ab Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique nomme le Pr\u00e9sident du Conseil et, sur proposition de ce dernier, les ministres \u00bb. Mattarella \u00e9carte ainsi l\u2019option Paolo Savona – ancien de la Banque d\u2019Italie mais favorable \u00e0 la sortie de l’euro – au poste de ministre de l’\u00c9conomie. La coalition vert-jaune naissante s\u2019effondre. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, certains, dont le leader politique du M5S Luigi Di Maio, vont m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 propose la destitution du chef de l’\u00c9tat. Mattarella ne se laisse pas impressionner. Il convoque Carlo Cottarelli pour un nouveau gouvernement. Mais finalement, la Ligue et le M5S reviennent au Quirinal avec le nom de Giuseppe Conte pour le Palazzo Chigi, et une solution de compromis pour Paolo Savona, ministre des politiques communautaires, avant de passer \u00e0 la Consob<\/em> (Commission nationale pour les soci\u00e9t\u00e9s et la Bourse).<\/p>\n\n\n\n Le chef-d’\u0153uvre de Mattarella reste sans aucun doute la nomination de Mario Draghi comme solution \u00e0 une \u00e9ni\u00e8me crise.<\/p>Mario de Pizzo<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Mais le chef-d’\u0153uvre de Mattarella reste sans aucun doute la nomination de Mario Draghi<\/a> comme solution \u00e0 une \u00e9ni\u00e8me crise – cette fois-ci de la majorit\u00e9 jaune-rouge. \u00ab J’estime qu’il est de mon devoir de demander au Parlement d’accorder la confiance au gouvernement \u00bb, d\u00e9clare-t-il le 2 f\u00e9vrier 2021. \u00ab Un gouvernement de haut niveau qui n’a pas \u00e0 s’identifier \u00e0 une quelconque formule politique \u00bb pour faire face \u00e0 l’urgence sanitaire, \u00e9conomique et sociale provoqu\u00e9e par la pand\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n Nous avons donc vu comment le pouvoir d’intervention se d\u00e9ploie \u00e0 des carrefours critiques. Mais tous les pr\u00e9sidents que nous avons mentionn\u00e9s ont \u00e0 conna\u00eetre d\u2019affaires plus courantes. Le pouvoir de la colline intervient sur la loi de finances, l’\u00e9quilibre des d\u00e9penses et les nominations dans les entreprises publiques. C’est un pouvoir pacifique et largement reconnu : \u00e0 tout le moins c\u2019est un pouvoir consultatif ; dans certains cas, un pouvoir contraignant.<\/p>\n\n\n\n Les conseillers du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique examinent et parfois dirigent les dossiers importants. Ils constituent presque un cabinet gouvernemental, avec des comp\u00e9tences sp\u00e9cifiques. Le chef de l’\u00c9tat pr\u00e9side \u00e9galement le Conseil sup\u00e9rieur de la d\u00e9fense et le Conseil sup\u00e9rieur de la magistrature. Il est l’\u00e9l\u00e9ment unificateur de fait de la R\u00e9publique, dot\u00e9 de pouvoirs propres et de pouvoirs suppl\u00e9tifs. Dans le plein respect des pr\u00e9rogatives constitutionnelles, l’action du Quirinal a donc \u00e9largi son champ d’action, principalement au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Depuis au moins quarante ans – depuis les travaux de la commission bicam\u00e9rale pr\u00e9sid\u00e9e par Aldo Bozzi – on parle m\u00eame de la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9former la deuxi\u00e8me partie de la Constitution pour prendre en compte ces \u00e9volutions. Et de red\u00e9finir les pouvoirs des organes de l’\u00c9tat, afin de parvenir \u00e0 une d\u00e9mocratie plus d\u00e9cisoire. Soumettons ces r\u00e9flexions \u00e0 Francesco Clementi, professeur de droit public compar\u00e9 \u00e0 l’Universit\u00e9 de P\u00e9rouse et grand constitutionnaliste.<\/p>\n\n\n\n ***<\/p>\n\n\n\n Les r\u00e8gles qui se sont progressivement construites dans la dynamique politique italienne mettent en \u00e9vidence la transformation profonde du r\u00f4le du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Mais un point doit \u00eatre clarifi\u00e9. Lorsque les partis politiques sont forts, les chefs de l\u2019\u00c9tat sont de facto<\/em> de simples garants de leurs accords, conform\u00e9ment \u00e0 la Charte constitutionnelle. Lorsque les partis, en revanche, sont faibles, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, presque comme un moteur de r\u00e9serve ou une roue de secours, entre en jeu pour soutenir la structure du pays.<\/p>\n\n\n\n Il n’est donc pas \u00e9tonnant que ces pouvoirs s\u2019exercent en \u00ab accord\u00e9on \u00bb \u2013 pour reprendre l\u2019expression de Giuliano Amato \u2013 afin de garantir, avant tout avec les partenaires de l’Union europ\u00e9enne et de l’OTAN, nos choix fondamentaux en mati\u00e8re de relations internationales et de politique \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n Dans le m\u00eame temps, m\u00eame son poids moral ne peut toutefois pas d\u00e9passer les limites claires de notre forme parlementaire de gouvernement, c’est-\u00e0-dire le continuum<\/em> entre le Parlement et le gouvernement, comme le montre l’exemple r\u00e9cent des pr\u00e9sidents Napolitano et Mattarella. C’est \u00e9galement une question \u00e9vidente eu \u00e9gard au r\u00f4le croissant du Pr\u00e9sident du Conseil, \u00e0 commencer par sa pr\u00e9sence d\u00e9cisive dans les Conseils europ\u00e9ens. Ce n’est pas un hasard, en ce qui concerne l\u2019Italie, s’il s’agit d’une personnalit\u00e9 appel\u00e9e \u00e0 fournir aujourd’hui – et plus encore demain – des preuves opportunes et efficaces de la mise en \u0153uvre concr\u00e8te, avant tout, des fonds du plan de relance.<\/p>\n\n\n\n Entre la forme et le fond, l’accord\u00e9on des pouvoirs pr\u00e9sidentiels est donc un instrument d\u00e9licat, qui confirme le fait que, comme le dit tr\u00e8s bien le grand juriste Livio Paladin, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est \u00ab la figure la plus \u00e9nigmatique et la plus insaisissable des charges publiques pr\u00e9vues par la Constitution \u00bb, une synth\u00e8se, entre les pouvoirs formels et substantiels, les valeurs et les racines culturelles qui caract\u00e9risent notre syst\u00e8me depuis plus de soixante-dix ans.<\/p>\n\n\n\n Le Pr\u00e9sident est d\u2019abord le chef de l’\u00c9tat, non pas parce qu\u2019il serait un roi sur la colline exer\u00e7ant les pouvoirs d\u2019un monarque absolu, mais au contraire parce qu\u2019il repr\u00e9sente le pilier sur lequel repose notre d\u00e9mocratie – c’est-\u00e0-dire la souverainet\u00e9 populaire – en \u00e9tant \u00e9lu dans le lieu m\u00eame de l\u2019expression de cette souverainet\u00e9 : le Parlement.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 ce titre, repr\u00e9sentant de l’unit\u00e9 nationale, il s’emploie \u00e0 garantir, en premier lieu avec les partenaires de l’Union europ\u00e9enne et de l’OTAN, les choix fondamentaux de l\u2019Italie, tant en mati\u00e8re de relations internationales qu\u2019en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique. Il est le protecteur du p\u00e9rim\u00e8tre dans lequel notre pays manifeste son identit\u00e9, \u00e9tant aussi une expression de l’unit\u00e9 nationale dans toutes ses articulations, portant clairement d\u00e8s le nom de sa fonction, li\u00e9 au g\u00e9nitif \u00ab de la R\u00e9publique \u00bb, un sceau explicite et non formel \u00e0 la fonction qu’il est appel\u00e9 \u00e0 exercer. C’est un trait qui le caract\u00e9rise depuis son \u00e9lection, avec la pr\u00e9sence obligatoire des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s r\u00e9gionaux aux c\u00f4t\u00e9s des parlementaires r\u00e9unis en session commune, pr\u00e9cis\u00e9ment pour augmenter sa densit\u00e9 repr\u00e9sentative et \u00e9viter d’en faire un simple \u00ab pr\u00e9sident du Parlement \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Le Pr\u00e9sident est d\u2019abord le chef de l’\u00c9tat, non pas parce qu\u2019il serait un roi sur la colline exer\u00e7ant les pouvoirs d\u2019un monarque absolu, mais au contraire parce qu\u2019il repr\u00e9sente le pilier sur lequel repose notre d\u00e9mocratie – c’est-\u00e0-dire la souverainet\u00e9 populaire – en \u00e9tant \u00e9lu dans le lieu m\u00eame de l\u2019expression de cette souverainet\u00e9 : le Parlement.<\/p>Francesco Clementi<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La structure institutionnelle de la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique est une combinaison de deux \u00e9l\u00e9ments : le Secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral, qui correspond aux exigences des pouvoirs du Quirinal \u2013 qui ne se superposent pas \u00e0 l’ex\u00e9cutif \u2013 et les conseillers, qui constituent un soutien et une aide pour les activit\u00e9s du Pr\u00e9sident. En aucun cas ces fonctions ne sont comparables \u00e0 un cabinet gouvernemental au sens strict.<\/p>\n\n\n\n Actuellement, je dirais certainement que nous ne sommes pas dans un semi-pr\u00e9sidentialisme de facto<\/em>. Le syst\u00e8me a \u00e9t\u00e9 construit selon un mod\u00e8le \u00e9lastique, cristallis\u00e9 dans l’image de l’accord\u00e9on par le professeur Giuliano Amato il y a quelques d\u00e9cennies. Il pr\u00e9sente une grande diff\u00e9rence avec d\u2019autres syst\u00e8mes. En Italie, le chef de l’\u00c9tat n’est pas \u00e9lu directement et la responsabilit\u00e9 politique de ses actes est enti\u00e8rement entre les mains du gouvernement, puisque tous les actes du pr\u00e9sident sont couverts par un contreseing minist\u00e9riel, sauf en cas de haute trahison et d’atteinte \u00e0 la Constitution.<\/p>\n\n\n\n Ce qui se passe dans la politique italienne – du moins en ce moment – est parfaitement conforme \u00e0 la Constitution. Une forme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e qui \u00e9merge d’un d\u00e9s\u00e9quilibre entre les institutions d\u00fb \u00e0 la crise de la repr\u00e9sentation politique, c’est-\u00e0-dire un syst\u00e8me de partis incapable d’\u00eatre r\u00e9ellement repr\u00e9sentatif. D’o\u00f9 la grande force du Quirinal ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n Et en ce sens, il est crucial que ce pays retrouve l’esprit d’une r\u00e9forme qui, en rationalisant la question de la repr\u00e9sentation politique et de ses instruments, r\u00e9solve les profonds dilemmes qui corrodent sa fonction, en donnant aux citoyens la possibilit\u00e9 d’\u00eatre r\u00e9ellement les arbitres des d\u00e9cisions, avec une meilleure relation entre les \u00e9lus et les \u00e9lecteurs, comme le soutenait le regrett\u00e9 Roberto Ruffilli, l\u00e2chement assassin\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 1980 par les Brigades rouges.<\/p>\n\n\n\n En bref, nous devons renforcer la repr\u00e9sentation politique et changer la forme du gouvernement. Il suffit de se rappeler qu\u2019en Italie, le Pr\u00e9sident du Conseil ne peut m\u00eame pas r\u00e9voquer librement ses ministres !<\/p>\n\n\n\n De m\u00eame, il est n\u00e9cessaire de travailler sur la forme de l’\u00c9tat, en red\u00e9finissant la relation entre l’\u00c9tat et les r\u00e9gions. \u00c0 cet \u00e9gard, la pand\u00e9mie a d\u00e9montr\u00e9, une fois de plus, la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9\u00e9quilibrer les comp\u00e9tences.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Pourquoi cette \u00e9lection du Pr\u00e9sident italien est-elle si importante ? Cette figure, \u00e9volutive, \u00e9merge au milieu des crises \u2013\u00a0et finit par se transformer. Dans cette \u00e9tude, Mario de Pizzo revient sur l’histoire br\u00e8ve du Quirinal et interroge le constitutionnaliste Francesco Clementi : un nouveau pouvoir est l\u00e0, faut-il l’ent\u00e9riner ?<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":129143,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"templates\/post-studies.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1731],"tags":[],"geo":[543],"class_list":["post-129142","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","staff-mario-de-pizzo","geo-mediterranee"],"acf":[],"yoast_head":"\nLa modification du pouvoir du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est-elle conforme \u00e0 la Constitution ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n\n\n
\r\n <\/picture>\r\n \n Est-ce un pouvoir qui se r\u00e9v\u00e8le avant tout \u00e0 travers la politique \u00e9trang\u00e8re ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est assist\u00e9 d’un certain nombre de conseillers aux comp\u00e9tences sp\u00e9cifiques. Peut-on les d\u00e9finir comme un cabinet gouvernemental ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Sommes-nous, comme le pr\u00e9tendent certains observateurs, dans un r\u00e9gime semi-pr\u00e9sidentialiste de fait, ou au sein d\u2019un cadre conforme \u00e0 la Constitution ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Comment alors interpr\u00e9ter cette phase ? Est-il n\u00e9cessaire de r\u00e9former la deuxi\u00e8me partie de la Charte constitutionnelle ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n