{"id":12757,"date":"2019-02-17T22:00:37","date_gmt":"2019-02-17T21:00:37","guid":{"rendered":"https:\/\/lldl.eu\/?p=12757"},"modified":"2019-04-05T09:45:42","modified_gmt":"2019-04-05T08:45:42","slug":"le-cinquieme-acte-bouteflika-nourrit-les-spectres-de-lexceptionnalisme-algerien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2019\/02\/17\/le-cinquieme-acte-bouteflika-nourrit-les-spectres-de-lexceptionnalisme-algerien\/","title":{"rendered":"Le Cinqui\u00e8me Acte Bouteflika nourrit les spectres de l’exceptionnalisme alg\u00e9rien"},"content":{"rendered":"\n

Alger. <\/em>Le 10 f\u00e9vrier, Abdelaziz Bouteflika a finalement pris une d\u00e9cision : il se pr\u00e9sentera pour un cinqui\u00e8me mandat \u00e0 la prochaine \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, pr\u00e9vue le 18 avril 2019. Ce n’est pas une annonce surprenante pour\u00a0\u00bbBoutef \u00bb – comme l\u2019appellent gentiment ses compatriotes. Le leader alg\u00e9rien, \u00e2g\u00e9 de 81 ans et au pouvoir depuis 1999, a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 en 2013 par un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral qui a r\u00e9duit ses capacit\u00e9s motrices, l’obligeant \u00e0 effectuer de longs s\u00e9jours en France et en Allemagne pour se soigner. N\u00e9anmoins, sa candidature \u00e9tait attendue, surtout apr\u00e8s le soutien des partis majoritaires manifest\u00e9 le 2 f\u00e9vrier dernier. La campagne sera de nouveau men\u00e9e par l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal qui, comme en 2004, 2009 et 2014, a occup\u00e9 les rangs du parti majoritaire, le Front de lib\u00e9ration nationale (FLN), et remplac\u00e9 le pr\u00e9sident malade dans les d\u00e9bats publics (1<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n

Toujours \u00e9lu au premier tour avec des pourcentages sup\u00e9rieurs \u00e0 80 % – au point d’\u00eatre soup\u00e7onn\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises de fraude \u00e9lectorale -, Bouteflika est une fois de plus le favori, notamment en raison d’un r\u00e9el manque de personnalit\u00e9s politiques capables de rivaliser avec lui. La r\u00e9\u00e9lection de l’actuel chef de l\u2019\u00c9tat est soutenue par une coalition de quatre partis de gouvernement, nomm\u00e9e Alliance nationale et dirig\u00e9e par le FLN. Cette coalition est traditionnellement consid\u00e9r\u00e9e comme une expression du soi-disant \u201cpouvoir\u201d, c’est-\u00e0-dire de la connexion des int\u00e9r\u00eats transversaux qui unissent civils et militaires dans la d\u00e9finition des int\u00e9r\u00eats politiques et \u00e9conomiques nationaux depuis la guerre d\u2019ind\u00e9pendance (1954). L’annonce, salu\u00e9e par toutes les forces institutionnelles et par la majorit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 largement critiqu\u00e9e par les oppositions (socialistes, berb\u00e8res, islamistes et non-align\u00e9es), et en premier lieu par celle d’Al\u00ec Benflis, ancien premier ministre de Bouteflika, qui a ouvertement sugg\u00e9rer de boycotter l\u2019\u00e9lection en r\u00e9action \u00e0 une immobilit\u00e9 politique nationale. Tout en rappelant que ses accusations ne visaient pas directement la figure nationale de Bouteflika, Benflis a expliqu\u00e9 que le malaise que conna\u00eet le pays depuis au moins une d\u00e9cennie et la maladie du pr\u00e9sident en exercice rendent n\u00e9cessaires des choix qui ne peuvent plus \u00eatre diff\u00e9r\u00e9s, et que la d\u00e9cision des forces gouvernementales de s’appuyer sur des dirigeants fatigu\u00e9s et malades t\u00e9moigne d’un manque de perspective et de strat\u00e9gie \u00e0 court et moyen terme (3<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n

Les lourdes accusations de Benflis ouvrent cependant un aper\u00e7u sur l’\u00e9tat du pays. L’attention m\u00e9diatique et politique accord\u00e9e \u00e0 \u00ab Boutef \u00bb repr\u00e9sente une sorte de diversion pour cacher les graves probl\u00e8mes qui menacent l\u2019Alg\u00e9rie, \u00e0 commencer par l’\u00e9tat moribond de son \u00e9conomie. Avec des r\u00e9serves d’environ 12,2 milliards de barils de p\u00e9trole et 4 500 milliards de m\u00e8tres cubes de gaz naturel, l’Alg\u00e9rie est le prototype classique de l’\u00c9tat rentier, un pays presque enti\u00e8rement d\u00e9pendant des recettes provenant des exportations de p\u00e9trole. Une richesse disproportionn\u00e9e qui a permis aux gouvernements alg\u00e9riens de l’apr\u00e8s-guerre civile de refinancer le \u00ab pacte social \u00bb avec la population, tout en assurant stabilit\u00e9 et s\u00e9curit\u00e9. Si le printemps arabe (2011) avait remis ce mod\u00e8le en question, la baisse du cours mondial du p\u00e9trole (2015) a mis en \u00e9vidence l’urgence de r\u00e9former le syst\u00e8me, trop d\u00e9pendant de la volatilit\u00e9 des revenus p\u00e9troliers et gaziers. Le p\u00e9trole repr\u00e9sente environ 25 % du PIB national, plus de 95 % des exportations et 60 % du revenu total. On estime que l’Alg\u00e9rie poss\u00e8de la troisi\u00e8me plus grande quantit\u00e9 de gaz de schiste et de p\u00e9trole au monde (apr\u00e8s la Chine et l’Argentine). N\u00e9anmoins, la production brute de gaz naturel et de p\u00e9trole brut a progressivement diminu\u00e9 au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, principalement en raison des nombreux scandales de corruption qui ont frapp\u00e9 la Sonatrach, la compagnie nationale alg\u00e9rienne de p\u00e9trole et de gaz, ainsi que le gouvernement, retardant \u00e0 plusieurs reprises les processus de r\u00e9forme \u00e9conomique et de diversification \u00e9nerg\u00e9tique. Un \u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral d’essoufflement qui s’accompagne d’une forte pression sociale contre la chert\u00e9 de la vie. La r\u00e9duction des d\u00e9penses de l`\u00c9tat pour les biens subventionn\u00e9s reste une mesure impopulaire non seulement en Alg\u00e9rie mais dans toute la r\u00e9gion du Moyen-Orient \u00e9largi. Elle prend des contours plus d\u00e9licats dans le pays de \u201cBoutef\u201d en raison de son lien \u00e9troit avec le processus de r\u00e9conciliation nationale engag\u00e9 depuis la premi\u00e8re \u00e9lection de Bouteflika en 1999, qui a permis une certaine stabilit\u00e9 et prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomiques. Cette situation difficile a touch\u00e9 davantage le secteur de l’\u00e9nergie, qui souffre \u00e0 son tour d’importantes inefficiences structurelles. Selon certaines estimations contenues d\u2019un rapport de l’International Crisis Group, l’extraction de p\u00e9trole et de gaz peut couvrir une demande nationale de respectivement vingt et cinquante ans, satisfaisant une demande int\u00e9rieure d’une ou deux g\u00e9n\u00e9rations au plus (4<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n

Dans le m\u00eame temps, cet \u00e9tat d’incertitude est aussi une illustration des errances de l’opposition, incapable de trancher entre le boycott des \u00e9lections ou la concentration de toutes leurs voix sur un seul candidat. Cette impasse est \u00e9galement due au mauvais souvenir de la guerre civile des ann\u00e9es 90, qui a fait plus de deux cent mille victimes et \u00e0 l’exclusion des partis et mouvements islamistes de la sc\u00e8ne politique nationale. Le Mouvement pour la Soci\u00e9t\u00e9 de la Paix (MSP), qui s’appuie sur l’exp\u00e9rience de l’Islam politique et pr\u00e9sente son leader historique Abderrazak Makri aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, pourrait profiter un peu des incertitudes sur la capacit\u00e9 de Bouteflika \u00e0 diriger le pays.<\/p>\n\n\n\n

Mais, malgr\u00e9 les divisions au sein de l\u2019opposition, le camp Bouteflika reste affaibli, g\u00ean\u00e9 par la question de la succession qui entrave la dynamique politique nationale. Cette question a suffi \u00e0 immobiliser le pays, le camp du pr\u00e9sident succombant de plus en plus aux luttes internes entre les diff\u00e9rentes orientations du r\u00e9gime. Si, pendant longtemps, l’hypoth\u00e8se d’Ahmed Ouyahya, Premier ministre \u00e0 plusieurs reprises, a fait son chemin, jusqu’\u00e0 l’\u00e9t\u00e9 dernier le nom de Said Bouteflika, fr\u00e8re cadet du Pr\u00e9sident, \u00e9tait l’hypoth\u00e8se la plus cr\u00e9dible. Le retour de l’arm\u00e9e sur la sc\u00e8ne du d\u00e9bat politique a cependant brouill\u00e9 les cartes et renforc\u00e9 les doutes (2<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n

Les tensions qui ont accompagn\u00e9 la pr\u00e9paration de cette candidature sont donc nombreuses et s’y ajoutent les incertitudes qui ont longtemps pes\u00e9 sur la croissance du pays : la succession \u00e0 Bouteflika ; la menace terroriste, aggrav\u00e9e par l’instabilit\u00e9 r\u00e9gionale ; et la situation \u00e9conomique moribonde r\u00e9sultant de l\u2019affaiblissement des ressources p\u00e9troli\u00e8res et gazi\u00e8res. Les d\u00e9fis auxquels l’Alg\u00e9rie devra faire face sont importants et l’Europe les investit \u00e9galement de diff\u00e9rentes mani\u00e8res car elle est un partenaire \u00e9nerg\u00e9tique d’une importance fondamentale pour l’Alg\u00e9rie, mais encore plus digne de confiance dans les m\u00e9canismes de s\u00e9curit\u00e9 antiterroriste dans lesquels l\u2019Alg\u00e9rie joue une fonction importante. Un enchev\u00eatrement d\u2019enjeux dont l’Alg\u00e9rie a cependant du mal \u00e0 sortir par le haut, divis\u00e9e entre aspirations au changement et craintes d’une transition incontr\u00f4l\u00e9e (5<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n

Perspectives :<\/strong><\/h4>\n\n\n\n