{"id":122376,"date":"2021-10-05T14:39:13","date_gmt":"2021-10-05T12:39:13","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=122376"},"modified":"2024-12-02T22:49:26","modified_gmt":"2024-12-02T21:49:26","slug":"la-politique-de-lurgence-une-conversation-avec-jonathan-white","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/10\/05\/la-politique-de-lurgence-une-conversation-avec-jonathan-white\/","title":{"rendered":"La politique de l’urgence, une conversation avec Jonathan White"},"content":{"rendered":"\n

Dans votre livre, Politics of Last Resort (Oxford University Press)<\/em>, vous critiquez la place croissante de la \u00ab politique de l’urgence \u00bb au niveau de l\u2019Union europ\u00e9enne. Pouvez-vous nous dire d\u2019abord ce que vous entendez par l\u00e0 et, ensuite, pourquoi une telle politique est-elle probl\u00e9matique selon vous ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

La politique de l\u2019urgence<\/em> repose sur l’id\u00e9e que des temps exceptionnels exigent des mesures exceptionnelles. Il s’agit pour les autorit\u00e9s d’outrepasser les contraintes habituelles au nom de la r\u00e9solution des crises – en \u00e9touffant le d\u00e9bat parlementaire pour acc\u00e9l\u00e9rer la prise de d\u00e9cision, par exemple, ou en restreignant les droits des personnes pour renforcer le contr\u00f4le social. Traditionnellement, ces actions sont associ\u00e9es \u00e0 la sph\u00e8re de la politique nationale – les \u00ab \u00e9tats d’exception \u00bb, lors desquels un gouvernement revendique ou se voit accorder des pouvoirs suppl\u00e9mentaires pour faire face \u00e0 un d\u00e9fi extr\u00eame (guerre, terrorisme, etc.). Ce qui est int\u00e9ressant aujourd’hui, c’est de constater que la politique de l\u2019urgence a pris une dimension transnationale, impliquant de nouveaux types d’autorit\u00e9 et de nouveaux types de menaces.<\/p>\n\n\n\n

Au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne, la politique de l’urgence prend diverses formes. Parfois, il s’agit de renforcer le pouvoir des autorit\u00e9s supranationales. Dans les ann\u00e9es 2010, l’exemple le plus marquant a \u00e9t\u00e9 celui de la Tro\u00efka, gr\u00e2ce \u00e0 laquelle la Commission et la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) ont pu, dans une certaine mesure, s’affranchir des droits souverains des \u00c9tats dans les affaires \u00e9conomiques et fiscales. Un autre type de politique de l\u2019urgence est multilat\u00e9ral : les \u00c9tats membres de l’Union \u00e9tendent collectivement leur pouvoir discr\u00e9tionnaire en cr\u00e9ant de nouvelles structures en dehors de celle-ci. On pense par exemple aux m\u00e9canismes de pr\u00eat ad hoc cr\u00e9\u00e9s pendant la crise de la zone euro (le Fonds europ\u00e9en de stabilit\u00e9 financi\u00e8re [FESF], le M\u00e9canisme europ\u00e9en de stabilit\u00e9 [MES]), afin d’\u00e9viter les contraintes pos\u00e9es par les trait\u00e9s. Le recours \u00e0 une forme de gouvernance informelle participe de cette m\u00eame logique de contournement des proc\u00e9dures europ\u00e9ennes, comme on a pu le voir avec l’Eurogroupe, par exemple, dans les ann\u00e9es 2010.<\/p>\n\n\n\n

Ce qui est int\u00e9ressant aujourd’hui, c’est de constater que la politique de l\u2019urgence a pris une dimension transnationale, impliquant de nouveaux types d’autorit\u00e9 et de nouveaux types de menaces.<\/p>Jonathan White<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La politique de l\u2019urgence, sous ses diverses formes, pose une s\u00e9rie de probl\u00e8mes. Tout d’abord, les mesures d’urgence ont tendance \u00e0 \u00eatre adopt\u00e9es rapidement pour r\u00e9pondre \u00e0 une menace imminente, souvent dans des contextes confidentiels ou informels. Elles offrent g\u00e9n\u00e9ralement peu de possibilit\u00e9s de d\u00e9lib\u00e9ration publique et de participation d\u00e9mocratique.  Les choix de soci\u00e9t\u00e9 que ces mesures impliquent \u2013 portant sur ce qui doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 dans l’adversit\u00e9 \u2013 ont tendance \u00e0 \u00eatre n\u00e9glig\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n

Deuxi\u00e8mement, le pouvoir se concentre sur les institutions ex\u00e9cutives, en particulier leurs dirigeants, au d\u00e9triment des autres acteurs et institutions de la sph\u00e8re publique tels que les parlements. M\u00eame lorsque ces d\u00e9cisions ne conduisent pas n\u00e9cessairement \u00e0 un renforcement des agents ex\u00e9cutifs, elles affaiblissent la transparence en raison de leur caract\u00e8re improvis\u00e9 et opaque. Il devient en effet difficile de discerner qui est aux commandes et sur quels crit\u00e8res les d\u00e9cisions sont prises, rendant du coup ces derni\u00e8res difficiles \u00e0 contester.<\/p>\n\n\n\n

Troisi\u00e8mement, l’autorit\u00e9 et la coh\u00e9rence du droit – national et europ\u00e9en – sont affaiblies. Avec l’apparition de modes de gouvernement informels et ad hoc<\/em>, un d\u00e9calage se cr\u00e9e entre le fonctionnement officiel de l’\u00ab \u00c9tat \u00bb et son fonctionnement pratique. Le droit ne correspond plus \u00e0 la fa\u00e7on dont les choses se passent sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n

Enfin, bien qu’elles soient g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9sent\u00e9es comme des mesures temporaires et exceptionnelles, ces actions ont des cons\u00e9quences durables et il est g\u00e9n\u00e9ralement difficile de les annuler ensuite. Les politiques et les pratiques de l’\u00e9tat d’urgence ont tendance \u00e0 se figer, y compris pour certaines d\u2019entre elles qui sont particuli\u00e8rement r\u00e9gressives.<\/p>\n\n\n\n

Vous proposez un concept particuli\u00e8rement important dans votre livre : la politique du singulier. De quoi s\u2019agit-il ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Ce que j’entends par la politique du singulier, c\u2019est l’id\u00e9e d’une situation qui r\u00e9siste aux comparaisons et aux normes courantes, d’une situation tr\u00e8s rare, voire unique, qui impose d\u2019aborder les d\u00e9fis politiques du moment comme \u00e9tant sans pr\u00e9c\u00e9dent. Cette approche pr\u00e9sente d’importants inconv\u00e9nients. Lorsque la politique commence \u00e0 ressembler \u00e0 une s\u00e9rie d’\u00e9pisodes uniques, notre compr\u00e9hension de ces derniers s’en trouve diminu\u00e9e. Il devient plus difficile de les \u00e9valuer de mani\u00e8re normative et critique. L’accent mis sur la singularit\u00e9 du moment d\u00e9tache les probl\u00e8mes actuels des facteurs de causalit\u00e9 \u00e0 long terme qui les sous-tendent – pour cela, il faudrait avoir le sens des continuit\u00e9s et des \u00e9quivalences. Les grandes questions en jeu sont rel\u00e9gu\u00e9es au second plan et les pr\u00e9occupations fonctionnelles tendent \u00e0 dominer le d\u00e9bat, avec une focalisation sur un ensemble \u00e9troit d’indicateurs pour mesurer la r\u00e9ussite des politiques men\u00e9es. Cette mentalit\u00e9 \u00e9tait palpable dans le dernier discours sur l\u2019\u00c9tat de l\u2019Union d\u2019Ursula von der Leyen<\/a>, lors duquel elle a \u00e9num\u00e9r\u00e9 une liste de r\u00e9ussites sp\u00e9cifiquement li\u00e9es \u00e0 la crise, sans les contextualiser dans le temps long de la politique europ\u00e9enne. Les d\u00e9fis socio-\u00e9conomiques et politiques auxquels l’Europe est confront\u00e9e sont end\u00e9miques, interconnect\u00e9s et permanents. Ils sont le fruit d’une longue \u00e9volution qui n\u2019est en aucun cas r\u00e9ductible \u00e0 une rupture soudaine avec les tendances pr\u00e9existantes, comme le sugg\u00e8rent les termes \u00ab urgence \u00bb et \u00ab exception \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Lorsque la politique commence \u00e0 ressembler \u00e0 une s\u00e9rie d’\u00e9pisodes uniques, notre compr\u00e9hension de ces derniers s’en trouve diminu\u00e9e. Il devient plus difficile de les \u00e9valuer de mani\u00e8re normative et critique.<\/p>Jonathan White<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ne peut-on pas dire que la politique de crise est, de fait, un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la gouvernance au niveau supranational et que celle-ci engendre, en outre, une dynamique parfois propice \u00e0 une plus grande int\u00e9gration ? Prenons l’exemple de la crise du Covid-19 : n\u2019a-t-elle pas permis la cr\u00e9ation de nouveaux instruments comme Next Generation EU <\/em>ou l\u2019Autorit\u00e9 europ\u00e9enne de pr\u00e9paration et de r\u00e9action en cas d\u2019urgence sanitaire (HERA), alors que ceux-ci \u00e9taient rest\u00e9s jusque l\u00e0 seulement \u00e0 l\u2019\u00e9tat de projet ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Il est tentant de dire : jugeons la politique de l\u2019urgence \u00e0 ses r\u00e9sultats. Elle est peut-\u00eatre un peu anarchique et peu transparente, mais si elle fait avancer les choses, cela en vaut la peine. Si elle sert la cause d’une plus grande \u00ab int\u00e9gration \u00bb et permet de prendre des mesures qui, autrement, \u00e9choueraient, alors la prise de d\u00e9cision en situation de crise est une chose \u00e0 laquelle il faut souscrire.<\/p>\n\n\n\n

Il y a cependant deux probl\u00e8mes avec cette approche. Tout d’abord, l’une des raisons pour lesquelles la transparence et la responsabilit\u00e9 politique sont importantes est de permettre \u00e0 un public plus large de d\u00e9terminer quels r\u00e9sultats sont consid\u00e9r\u00e9s comme valant la peine d’\u00eatre atteints. Il y a toujours des choix de soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 faire, m\u00eame en temps de crise.  Qu’est-ce qui compte le plus – l’int\u00e9grit\u00e9 du march\u00e9 commun ou la qualit\u00e9 des services publics ?  Le maintien du r\u00e9gime de la dette ou la redistribution des richesses ? D\u00e9cider de mani\u00e8re informelle revient \u00e0 laisser ces questions \u00e0 la discr\u00e9tion de quelques-uns, qui sont \u00e0 leur tour plus vuln\u00e9rables face \u00e0 la pression des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. Deuxi\u00e8mement, embrasser la politique de l\u2019urgence est g\u00e9n\u00e9ralement une mauvaise strat\u00e9gie. Il y a un risque de retour de b\u00e2ton, car ceux qui s’opposent aux moyens – pouvoir ex\u00e9cutif concentr\u00e9, m\u00e9thodes irr\u00e9guli\u00e8res, refus de choix – finissent par s’opposer \u00e9galement aux fins poursuivies et \u00e0 la politique en tant que telle. <\/p>\n\n\n\n

Je dirais enfin que \u00ab plus d’int\u00e9gration \u00bb n’est pas intrins\u00e8quement souhaitable ; ce qui compte, c’est le type <\/em>d’int\u00e9gration et la capacit\u00e9 \u00e0 l’influencer.<\/p>\n\n\n\n

La politique de l\u2019urgence est-elle donc une expression de faiblesse plut\u00f4t que de force ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Les modes de gouvernement d’urgence, bien qu’ils soient souvent associ\u00e9s \u00e0 des d\u00e9monstrations de pouvoir spectaculaires, ont en effet tendance \u00e0 d\u00e9couler d’une certaine forme de faiblesse. Dans la crise de l’euro du d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, il s’agissait de la faiblesse des acteurs ex\u00e9cutifs face aux march\u00e9s financiers, ainsi que de la faiblesse structurelle pos\u00e9e par les dimensions transnationales de la situation – la n\u00e9cessit\u00e9 de convaincre d’autres gouvernements et autorit\u00e9s de coop\u00e9rer dans un contexte o\u00f9 aucun n’est souverain. De m\u00eame, lors de la crise migratoire de 2015\/17<\/a>, on a vu la faiblesse des gouvernements devant les mouvements d’extr\u00eame droite, qui ont r\u00e9ussi \u00e0 politiser l\u2019afflux soudain et massif dans l’Union de personnes venant d’Afrique et du Moyen-Orient. Dans la crise de Covid-19, la faiblesse d\u00e9coule de la d\u00e9-priorisation de secteurs comme la sant\u00e9 publique. Il s’agissait de la faiblesse de l’\u00c9tat \u2013 avec des syst\u00e8mes de sant\u00e9 sous-financ\u00e9s, partiellement privatis\u00e9s et insuffisamment pr\u00e9par\u00e9s \u2013 et des administrations o\u00f9 les voix des \u00e9conomistes n\u00e9olib\u00e9raux sont encore majoritaires. D’une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, plus les institutions et les responsables sont faibles, plus la r\u00e9ponse aux temps difficiles est extr\u00eame. Pour maintenir l’ordre, les dirigeants faibles se voient contraints de prendre des mesures radicales \u2013 confinement, fermeture des fronti\u00e8res, etc.<\/p>\n\n\n\n

Il existe \u00e9galement une faiblesse politique plus g\u00e9n\u00e9rale, li\u00e9e aux liens de repr\u00e9sentation.  Les dirigeants qui b\u00e9n\u00e9ficient d’un faible soutien de l’opinion publique peuvent consid\u00e9rer les situations d’urgence comme des occasions de montrer leur valeur \u00e0 un public dubitatif.  Les situations d’urgence permettent aux dirigeants d’agir de mani\u00e8re \u00e9nergique et d\u00e9cisive.  Dans la mesure o\u00f9 ils rompent avec les normes politiques et juridiques, cela peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 comme un signe d’engagement et de d\u00e9termination. Ces dirigeants peuvent alors \u00e9galement faire passer des politiques qui, autrement, susciteraient une plus grande r\u00e9sistance – je pense aux mesures aust\u00e9ritaires, par exemple. Ainsi, laisser une crise se d\u00e9clencher et invoquer des pouvoirs d’urgence pour y r\u00e9pondre permet \u00e0 ceux dont l’autorit\u00e9 s’estompe de renforcer leurs arguments et de gouverner. C’est une autre fa\u00e7on de d\u00e9finir une \u00ab politique du dernier recours \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

La politique de l\u2019urgence repose sur ce que vous appelez le principe de n\u00e9cessit\u00e9 et de rapidit\u00e9. Pouvez-vous d\u00e9velopper ce point et dire en quoi vous pensez que cela contribue \u00e0 consolider l’image de l’Union comme une n\u00e9gation de la repr\u00e9sentation politique ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

La politique de l\u2019urgence est men\u00e9e comme une politique de n\u00e9cessit\u00e9, en r\u00e9action aux \u00e9v\u00e9nements \u00e0 mesure qu’ils se produisent. Les autorit\u00e9s adoptent des mesures de grande envergure, non pas tant parce qu’elles sont intrins\u00e8quement souhaitables que parce qu’elles permettent d’\u00e9carter une menace. Lorsque la BCE adopte une nouvelle mesure d’urgence – le programme d’achat d’urgence en cas de pand\u00e9mie (PEPP), par exemple – elle ne la pr\u00e9sente pas comme faisant partie d’une vision \u00e9conomique, ni comme une politique ayant des m\u00e9rites particuliers, mais comme une simple \u00e9tape n\u00e9cessaire pour stabiliser la zone euro. Si l’\u00e9tat d’urgence implique une prise de d\u00e9cision fr\u00e9n\u00e9tique, ces d\u00e9cisions sont rationalis\u00e9es comme \u00e9tant in\u00e9luctables sur le fond et dans le temps – une variation de la logique \u00ab TINA \u00bb (there-is-no-alternative). On assiste \u00e0 une intensification de l’activit\u00e9 ex\u00e9cutive – ce que l’on pourrait appeler l’action – associ\u00e9e \u00e0 un d\u00e9saveu aigu de la repr\u00e9sentation, c’est-\u00e0-dire de la capacit\u00e9 \u00e0 choisir librement entre plusieurs options. Plus les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes ont recours \u00e0 la justification des politiques en tant que mesures d’urgence, plus l’Union est associ\u00e9e \u00e0 des politiques qui n’ont pas \u00e9t\u00e9 librement choisies mais simplement consid\u00e9r\u00e9es comme in\u00e9vitables.<\/p>\n\n\n\n

Cela signifie \u00e9galement que les choix qui sont faits sont plus difficiles \u00e0 \u00e9valuer par le public. La logique de l’urgence est insaisissable, non seulement parce que beaucoup de choses d\u00e9pendent du pouvoir discr\u00e9tionnaire des dirigeants, mais aussi parce qu’ils obtiennent la permission d’\u00eatre impr\u00e9cis dans la mani\u00e8re dont ils pr\u00e9voient d\u2019utiliser ce pouvoir. Lorsque la gouvernance est envisag\u00e9e comme une r\u00e9ponse \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, les d\u00e9cideurs acqui\u00e8rent une grande flexibilit\u00e9, car qui peut savoir \u00e0 l’avance ce que la n\u00e9cessit\u00e9 exigera ? Un tel raisonnement permet de maintenir une politique ind\u00e9finiment ou avec des extensions en s\u00e9rie (comme dans le cas du PEPP), tout en pr\u00e9parant \u00e9galement la possibilit\u00e9 de son arr\u00eat lorsque la normalit\u00e9 est cens\u00e9e \u00eatre r\u00e9tablie, lorsque la \u00ab reprise \u00bb est compl\u00e8te <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/code>.<\/p>\n\n\n\n

Les mesures d’urgence ont donc ce statut \u00e9quivoque. La logique de l’urgence peut \u00eatre utilis\u00e9e pour rendre temporaires des mesures potentiellement souhaitables (par exemple, la suspension des r\u00e8gles relatives aux aides d’\u00c9tat), \u00e9tant entendu qu’elles ne sont adapt\u00e9es qu’\u00e0 des p\u00e9riodes exceptionnelles. Elle peut \u00e9galement \u00eatre utilis\u00e9e pour rendre permanentes certaines mesures controvers\u00e9es (par exemple, les mesures introduites par le MES, qui ont d’abord \u00e9t\u00e9 test\u00e9es en tant que dispositifs autonomes et temporaires, puis le \u00ab rapport des 5 pr\u00e9sidents \u00bb de 2015 a envisag\u00e9 d’int\u00e9grer le MES dans les trait\u00e9s), \u00e9tant entendu qu’elles emp\u00eachent une rechute. Les mesures d’urgence visent \u00e0 r\u00e9soudre des probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques : leur lien avec les principes g\u00e9n\u00e9raux n’est jamais clair. Elles peuvent \u00eatre suspendues aussi soudainement qu’elles ont \u00e9t\u00e9 introduites, puis r\u00e9introduites si la n\u00e9cessit\u00e9 l’exige. Structurellement, cela peut facilement devenir une justification pour minimiser les contr\u00f4les d\u00e9mocratiques, y compris l’influence des parlements.<\/p>\n\n\n\n

Plus les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes ont recours \u00e0 la justification des politiques en tant que mesures d’urgence, plus l’Union est associ\u00e9e \u00e0 des politiques qui n’ont pas \u00e9t\u00e9 librement choisies mais simplement consid\u00e9r\u00e9es comme in\u00e9vitables.<\/p>Jonathan White<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous soutenez que les ex\u00e9cutifs supranationaux, transnationaux et nationaux s’imbriquent dans le cadre de la politique de l\u2019urgence. Dans votre livre, vous fondez votre argumentation sur la crise de l’euro en prenant l’exemple de la Tro\u00efka. Comment voyez-vous cette dynamique se d\u00e9ployer aujourd’hui et comment \u00e9valuez-vous la s\u00e9quence Covid-19 \u00e0 la lumi\u00e8re de ces consid\u00e9rations ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

D’une certaine mani\u00e8re, l’Union a g\u00e9r\u00e9 la crise du Covid-19 diff\u00e9remment. Le pouvoir ex\u00e9cutif transnational n’a pas \u00e9t\u00e9 canalis\u00e9 par des organes de novo<\/em>. Il n’y a pas eu d’\u00e9quivalent de la Tro\u00efka. Les principales institutions de l’Union ont jou\u00e9 un r\u00f4le plus important qu’\u00e0 certains moments dans les ann\u00e9es 2010. Le Covid-19 a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 comme un choc universel, pour lequel les \u00c9tats individuels ne sont pas \u00e0 incriminer. Une fois les questions de responsabilit\u00e9 et d’al\u00e9a moral \u00e9cart\u00e9es, il devient plus facile de gouverner \u00e0 partir du cadre g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n

Ce qui est rest\u00e9 inchang\u00e9, cependant, c’est l’adoption de modes de gouvernance non-codifi\u00e9s. Les r\u00e9unions au sommet et les forums informels comme l’Eurogroupe ont offert de nombreuses occasions de contourner les principales institutions. Comme dans le cas de la crise de l’euro, le caract\u00e8re informel de l’Eurogroupe a permis d’exercer un pouvoir discr\u00e9tionnaire en limitant les contraintes et la visibilit\u00e9 – par exemple, au printemps 2020, lors de l’\u00e9laboration de la r\u00e9ponse \u00e0 la pand\u00e9mie. Ces mesures sont souvent soutenues par des m\u00e9thodes de prise de d\u00e9cision anormales au sein des institutions concern\u00e9es – par exemple, la concentration du pouvoir au sommet de la BCE et de la Commission. Les proches de Mario Draghi<\/a> ont toujours observ\u00e9 qu’il op\u00e9rait de mani\u00e8re tr\u00e8s centralis\u00e9e, en g\u00e9rant les affaires en tout petit comit\u00e9 [kitchen cabinet]<\/em>. De m\u00eame, depuis son accession \u00e0 la t\u00eate de la Commission, Ursula von der Leyen<\/a> a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e pour sa \u00ab r\u00e9ticence \u00e0 communiquer au-del\u00e0 d’un groupe restreint de collaborateurs \u00bb. Christine Lagarde et Jean-Claude Juncker ont \u00e9galement eu tendance \u00e0 prendre des d\u00e9cisions avec une petite \u00e9quipe de confidents.<\/p>\n\n\n\n

La politique de l\u2019urgence refl\u00e8te la pr\u00e9dominance du pouvoir ex\u00e9cutif, mais aussi la mani\u00e8re dont cette pr\u00e9dominance est consolid\u00e9e et rationalis\u00e9e. Les tendances \u00e0 la pr\u00e9sidentialisation s’acc\u00e9l\u00e8rent dans les contextes d’urgence \u00e0 tous les niveaux, des gouvernements nationaux aux autorit\u00e9s supranationales. Le pouvoir se concentre au sommet, au nom de la n\u00e9cessit\u00e9 d’\u00e9viter la lourdeur des proc\u00e9dures, d’acc\u00e9l\u00e9rer la prise de d\u00e9cision, d’instaurer la confiance et de maintenir la discr\u00e9tion n\u00e9cessaire pour ne pas enflammer la situation.  <\/p>\n\n\n\n

Et il ne fait aucun doute que cela pose un probl\u00e8me d\u00e9mocratique. C’est en partie une question de transparence et de responsabilit\u00e9 politique – s’assurer que tout ne d\u00e9pend pas du pouvoir discr\u00e9tionnaire de quelques individus. Il s’agit \u00e9galement de la capacit\u00e9 \u00e0 contester l’orientation de la politique. La concentration du pouvoir est associ\u00e9e \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de personnalisation, et un pouvoir personnalis\u00e9 a tendance \u00e0 \u00eatre jug\u00e9 principalement sur des questions de comp\u00e9tence et de charisme, plut\u00f4t que sur les fins auxquelles il est destin\u00e9. On le voit m\u00eame dans le cas d’institutions supranationales technocratiques comme la Commission et la BCE, la v\u00e9n\u00e9ration de Mario Draghi comme \u00ab l’homme qui a sauv\u00e9 la zone euro \u00bb en est un parfait exemple. C’est une description exaltante, mais qui transforme une situation politique en drame personnel. Elle ne nous aide pas \u00e0 nous interroger sur ce qui a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9, ce qui a \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9, si les objectifs \u00e9taient les bons, comment ce pouvoir discr\u00e9tionnaire peut \u00eatre d\u00e9mocratis\u00e9 ? Pour aborder de telles questions, il faut faire abstraction des qualit\u00e9s individuelles des dirigeants, et s’int\u00e9resser aux id\u00e9es sous-jacentes qui pr\u00e9sident \u00e0 leurs actions.<\/p>\n\n\n\n

La concentration du pouvoir est associ\u00e9e \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de personnalisation, et un pouvoir personnalis\u00e9 a tendance \u00e0 \u00eatre jug\u00e9 principalement sur des questions de comp\u00e9tence et de charisme, plut\u00f4t que sur les fins auxquelles il est destin\u00e9.<\/p>Jonathan White<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous soutenez que le fait d\u2019appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 politique comme une s\u00e9rie ininterrompue de situations exceptionnelles est une fa\u00e7on de la d\u00e9politiser. Cela emp\u00eache d’\u00e9tablir des liens, de les relier \u00e0 des mod\u00e8les historiques plus larges et d’appliquer des principes plus g\u00e9n\u00e9raux. N’avons-nous pas vu, au contraire, que la politique de l’urgence a entra\u00een\u00e9 une politisation beaucoup plus dynamique de la politique transnationale lors de la crise de Covid-19, les joutes transnationales donnant lieu \u00e0 la constitution d’une v\u00e9ritable dynamique qui existait d\u00e9j\u00e0 de fa\u00e7on embryonnaire lors de la crise de la zone euro et qui s\u2019apparente \u00e0 la constitution progressive d\u2019un espace politique europ\u00e9en ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

On pourrait sans aucun doute avancer l\u2019argument d\u2019une ruse de la raison selon laquelle \u00ab la politique de l\u2019urgence permet, dans une certaine mesure, l\u2019\u00e9mergence d’une sph\u00e8re publique europ\u00e9enne \u00bb. Je pense qu’il y a l\u00e0 une part de v\u00e9rit\u00e9. Mais cette opinion critique transnationale qui na\u00eet dans les crises est tr\u00e8s sp\u00e9cifique \u00e0 un sujet, tr\u00e8s \u00e9pisodique. Elle se soul\u00e8ve, par exemple, contre la Tro\u00efka mais se dissipe par la suite – elle se soul\u00e8ve avec Syriza et meurt avec Syriza. Elle est aussi oblig\u00e9e de s’exprimer principalement par le biais des institutions nationales.<\/p>\n\n\n\n

La r\u00e9action critique est une r\u00e9action d’indignation \u00e0 l’\u00e9gard de d\u00e9cisions ou de politiques sp\u00e9cifiques, qu’il s’agisse de la Tro\u00efka ou de d\u00e9clarations faites par le ministre des Finances n\u00e9erlandais<\/a> sur le manque de discipline budg\u00e9taire des Italiens en pleine pand\u00e9mie. Une opinion critique \u00e0 l’\u00e9chelle europ\u00e9enne se d\u00e9veloppe sur ces questions continentales, mais elle se dissipe ensuite tr\u00e8s rapidement. Une fois que le probl\u00e8me qui \u00e9tait le point focal du m\u00e9contentement est r\u00e9solu, l’\u00e9pisode est clos et l’opinion critique europ\u00e9enne dispara\u00eet. D’un certain point de vue, la politique de l\u2019urgence cr\u00e9e une r\u00e9ponse critique \u00e0 l’\u00e9chelle continentale<\/a>, mais la nature \u00e9pisodique de ces moments de formation de la sph\u00e8re publique ne permet pas vraiment de cr\u00e9er un ph\u00e9nom\u00e8ne coh\u00e9rent et durable, de la m\u00eame mani\u00e8re que la d\u00e9mocratie le permet dans le contexte national.<\/p>\n\n\n\n

Il y a effectivement une sorte de devoir de justification qui commence \u00e0 na\u00eetre de ce processus de politique de l\u2019urgence, par lequel les dirigeants ressentent le besoin d’organiser des briefings et des conf\u00e9rences de presse et d’\u00e9crire des articles de journaux dans la presse \u00e9trang\u00e8re pour renforcer la l\u00e9gitimit\u00e9 de leurs actions, mais je ne vois pas cela comme un remplacement de processus politiques plus fondamentaux.<\/p>\n\n\n\n

D’un certain point de vue, la politique de l\u2019urgence cr\u00e9e une r\u00e9ponse critique \u00e0 l’\u00e9chelle continentale, mais la nature \u00e9pisodique de ces moments de formation de la sph\u00e8re publique ne permet pas vraiment de cr\u00e9er un ph\u00e9nom\u00e8ne coh\u00e9rent et durable, de la m\u00eame mani\u00e8re que la d\u00e9mocratie le permet dans le contexte national.<\/p>Jonathan White<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Dans votre livre, lorsque vous \u00e9voquez les fondements conceptuels qui pr\u00e9sident aux mesures d’urgence, vous fondez votre r\u00e9flexion sur la notion d’une politique \u00e9chappant aux cadres de d\u00e9cision habituels. Pouvez-vous revenir sur ce point et les probl\u00e8mes associ\u00e9s au caract\u00e8re informel de la politique de l\u2019urgence ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Sur les probl\u00e8mes associ\u00e9s au caract\u00e8re informel de la politique de l\u2019urgence, je pense que le politologue allemand Ernst Fraenkel est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant. Dans son \u00e9tude du r\u00e9gime autoritaire, il a observ\u00e9 comment les r\u00e8gles formelles et les m\u00e9thodes informelles peuvent exister en parall\u00e8le. Un \u00ab \u00c9tat normatif \u00bb, fa\u00e7onn\u00e9 autour de lois et de proc\u00e9dures et destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre \u00e9valu\u00e9 par le public, peut cohabiter avec un \u00ab \u00c9tat pr\u00e9rogatif \u00bb, indiff\u00e9rent \u00e0 ces r\u00e8gles et d\u00e9sireux de les contourner. Son terme pour d\u00e9crire cette situation \u00e9tait \u00ab l’\u00c9tat dual \u00bb. Ce concept est particuli\u00e8rement utile pour penser l’Union \u00e0 la lumi\u00e8re de sa politique de l\u2019urgence. D’une part, l’Union conserve les caract\u00e9ristiques d’un syst\u00e8me codifi\u00e9 et peut fonctionner de mani\u00e8re constante dans un certain nombre de domaines pendant de longues p\u00e9riodes. Les d\u00e9cideurs peuvent se limiter \u00e0 des pratiques largement conformes \u00e0 la division des pouvoirs de l’Union et \u00e0 ses principes de d\u00e9mocratie et de contr\u00f4le. Dans le m\u00eame temps, le potentiel de substitution des structures formelles par des m\u00e9thodes informelles et ad hoc est conserv\u00e9. Il y a toujours les germes de quelque chose de plus arbitraire – une \u00ab double union \u00bb, si vous voulez.<\/p>\n\n\n\n

Vous semblez affirmer que l’un des probl\u00e8mes structurels du mod\u00e8le actuel d’int\u00e9gration europ\u00e9enne r\u00e9side dans son approche fragment\u00e9e de l’\u00e9laboration des politiques. Vous affirmez que la cr\u00e9ation d’institutions dont la raison d’\u00eatre est de promouvoir certains objectifs politiques bien d\u00e9termin\u00e9s met en relief l’importance de ces engagements substantifs par rapport aux questions proc\u00e9durales. En cons\u00e9quence, plut\u00f4t que d’\u00eatre des entit\u00e9s autonomes pouvant \u00eatre utilis\u00e9es \u00e0 diff\u00e9rentes fins politiques comme c\u2019est le cas des structures de l’\u00c9tat moderne, les institutions europ\u00e9ennes \u00e9voluent en fonction des buts qui leur sont attribu\u00e9s et sont donc susceptibles d’\u00eatre court-circuit\u00e9es si elles ne les servent pas. Pouvez-vous d\u00e9velopper ce point \u00e0 la lumi\u00e8re des actions et de l’ambition g\u00e9opolitique de l’Union ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Dans l’Union, on ne consid\u00e8re pas la primaut\u00e9 des structures (comme dans l’\u00c9tat, o\u00f9 les dispositions constitutionnelles d\u00e9terminent largement ce qui est fait), mais la primaut\u00e9 des objectifs politiques, notamment ceux associ\u00e9s \u00e0 l’int\u00e9gration du march\u00e9. Ainsi, par exemple, dans les ann\u00e9es 1970, lorsque l’int\u00e9gration du march\u00e9 semble marquer le pas, la m\u00e9thode communautaire commence \u00e0 \u00eatre supplant\u00e9e par des sommets entre chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement. Les pratiques de gouvernance s’adaptent aux objectifs. Ou bien, plus r\u00e9cemment, pensez \u00e0 la fa\u00e7on dont le r\u00f4le de la Commission est pass\u00e9 de l’initiative l\u00e9gislative \u00e0 l’application de la conformit\u00e9 par le biais d’une surveillance sp\u00e9cifique des pays, de recommandations et de sanctions cibl\u00e9es (la Tro\u00efka, le Semestre europ\u00e9en, etc.).  Le r\u00f4le de l’institution a \u00e9t\u00e9 red\u00e9fini pour permettre aux objectifs, notamment ceux relatifs \u00e0 la lib\u00e9ralisation \u00e9conomique, d’\u00eatre poursuivis avec plus d’insistance dans des conditions de crise qui semblent les mettre en p\u00e9ril. On peut faire des observations similaires \u00e0 propos de la BCE, qui r\u00e9interpr\u00e8te son mandat en passant de la stabilit\u00e9 des prix \u00e0 la stabilit\u00e9 plus g\u00e9n\u00e9rale de la zone euro. Je pense que l’on peut discerner un sch\u00e9ma similaire avec l’exemple de la politique migratoire. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, nous avons vu des \u00c9tats sortir du cadre de l’Union pour tenter de limiter les migrations et inciter d’autres pays (par exemple la Turquie) \u00e0 les aider. Cette m\u00e9thode est utilis\u00e9e comme un v\u00e9hicule d’exceptionnalisme, un moyen d’\u00e9chapper aux normes juridiques et politiques de l\u2019Union.<\/p>\n\n\n\n

Si la protection de la libre circulation intra-europ\u00e9enne et la lutte contre l’extr\u00eame droite semblent exiger que l’on garde les migrants \u00e0 distance, les dirigeants choisiront l’arrangement qui leur semble le mieux \u00e0 m\u00eame de garantir cet objectif, quelles que soient les cons\u00e9quences que cela pourrait avoir sur l’int\u00e9grit\u00e9 des institutions et des valeurs de l’Union. \u00c9tant donn\u00e9 que les pr\u00e9occupations g\u00e9opolitiques occupent aujourd’hui une place de plus en plus importante dans l’agenda politique (par exemple, en ce qui concerne la Chine et la Russie), on peut s’attendre \u00e0 ce que l’on s’appuie davantage, non seulement sur le Conseil europ\u00e9en (lui-m\u00eame une entit\u00e9 para-communautaire pendant la majeure partie de son existence), mais aussi sur des canaux ad hoc, extracommunautaires (sommets, coalitions de volontaires, etc.).<\/p>\n\n\n\n

Dans l’Union, on ne consid\u00e8re pas la primaut\u00e9 des structures (comme dans l’\u00c9tat, o\u00f9 les dispositions constitutionnelles d\u00e9terminent largement ce qui est fait), mais la primaut\u00e9 des objectifs politiques, notamment ceux associ\u00e9s \u00e0 l’int\u00e9gration du march\u00e9.<\/p>Jonathan White<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Une fois qu’ils se sont engag\u00e9s dans un r\u00e9gime d’exception, les agents ex\u00e9cutifs sont confront\u00e9s \u00e0 la question de savoir si, quand et comment ils vont y mettre fin. Il s’agit d’une t\u00e2che que vous qualifiez d’ambigu\u00eb et difficile. Comment revenir \u00e0 la normalit\u00e9 politique apr\u00e8s une s\u00e9quence non-conventionnelle ? Comment prendre du recul par rapport au pouvoir discr\u00e9tionnaire ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Il existe plusieurs fa\u00e7ons d’y parvenir, bien qu’aucune ne soit facile dans le cas de l’Union.  L’une d’entre elles consiste tout simplement \u00e0 consid\u00e9rer le statu quo comme une \u00ab nouvelle normalit\u00e9 \u00bb et \u00e0 pr\u00e9tendre qu’il peut \u00eatre maintenu sans autre bouleversement parce que le syst\u00e8me est d\u00e9sormais plus r\u00e9silient. C’est ce que l’on peut entendre \u00e0 propos du Fonds de relance – que de meilleures politiques sont d\u00e9sormais en place, et que l’Union n’aura plus \u00e0 s’engager dans la gestion de crise. M\u00eame si le dispositif est encore temporaire, l’argument invoqu\u00e9 est le suivant : \u00ab Si nous pouvons nous appuyer sur ce dispositif et l’am\u00e9liorer, l’Union sera beaucoup plus r\u00e9siliente et nous laisserons les ann\u00e9es de crise derri\u00e8re nous \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Cependant, il s’agit peut-\u00eatre d’un v\u0153u pieux : il existe des probl\u00e8mes structurels dans l’\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9ennes qui n’ont pas disparu, ainsi que des orientations politiques qui encouragent \u00e0 laisser de telles crises se produire afin de les instrumentaliser. C’est pourquoi je pense qu’il ne suffit pas de dire que l’Union est plus r\u00e9siliente, il faut aussi montrer en quoi l\u2019exercice du pouvoir va \u00eatre diff\u00e9rent, dans quelle mesure les d\u00e9cideurs vont \u00eatre encadr\u00e9s, ou comment la relation avec l’opinion publique et le pouvoir l\u00e9gislatif va \u00eatre diff\u00e9rente. C’est un \u00e9l\u00e9ment que nous n’avons pas beaucoup vu, et je ne pense pas que nous puissions partir du pr\u00e9suppos\u00e9 que la politique de l\u2019urgence va simplement dispara\u00eetre \u00e0 un moment donn\u00e9. Une autre approche consiste \u00e0 mettre en place de nouvelles proc\u00e9dures qui minimiseront les incitations \u00e0 l’exceptionnalisme lors de la prochaine crise – une sorte de refondation constitutionnelle qui pose toutefois de grandes questions de faisabilit\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 cet \u00e9gard, vous soulignez que les recours proc\u00e9duraux permettant de sortir de la politique de l\u2019urgence d\u00e9pendent de la volont\u00e9 politique de ceux qui sont les plus susceptibles de les bloquer. Pourriez-vous d\u00e9velopper ce point ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Il existe toute une panoplie de rem\u00e8des institutionnels que l’on pourrait imaginer pour rendre le gouvernement de crise de l’Union plus \u00e9quilibr\u00e9 et plus transparent, par exemple en modifiant les trait\u00e9s afin de limiter les pouvoirs de d\u00e9cision du Conseil et renforcer ceux du Parlement europ\u00e9en. Toutefois, si nous avons de bonnes raisons de nous inqui\u00e9ter de l’abus de pouvoir de l’ex\u00e9cutif dans les situations d’urgence, nous avons \u00e9galement des raisons de douter de la volont\u00e9 des dirigeants d’accepter tout arrangement qui leur lie les mains. Au sein de l’Union europ\u00e9enne, il y a tout lieu de douter que les acteurs ex\u00e9cutifs concern\u00e9s – notamment le Conseil – soient dispos\u00e9s \u00e0 accepter de telles contraintes, \u00e9tant donn\u00e9 la mesure dans laquelle ils se sont historiquement appuy\u00e9s sur l’exceptionnalisme pour g\u00e9rer les crises, introduire de nouveaux m\u00e9canismes politiques et faire progresser l’int\u00e9gration europ\u00e9enne. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 le public est de plus en plus divis\u00e9 sur les objectifs de l’int\u00e9gration, ils ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 maintenir cette approche.<\/p>\n\n\n\n

Vous affirmez que l’exceptionnalisme et la technocratie sont compl\u00e9mentaires. Pourquoi ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Si l’on regarde l\u2019histoire, il existe des affinit\u00e9s \u00e9videntes entre l’exceptionnalisme et la technocratie. Dans l’Europe et l’Am\u00e9rique du Nord des ann\u00e9es 1930, des mouvements pr\u00f4nant le renforcement de la technocratie sont apparus en r\u00e9ponse \u00e0 la Grande D\u00e9pression. Les revendications en mati\u00e8re d’expertise, ainsi qu’un certain app\u00e9tit du public \u00e0 leur \u00e9gard, \u00e9taient un composant essentiel de l’\u00e9tat d’urgence \u00e9conomique de l’\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n

Savoir ce qu’il faut faire lorsque les m\u00e9thodes conventionnelles n’offrent que peu de perspectives fait partie int\u00e9grante de la culture technocratique. En effet, on pourrait dire que les v\u00e9ritables dimensions de l’expertise ne peuvent \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9es et r\u00e9alis\u00e9es que dans des moments exceptionnels tels que ceux-ci. Comme je l’ai expliqu\u00e9 dans mon livre, des techniciens comme Mario Draghi ou Christine Lagarde adh\u00e8rent \u00e0 l’id\u00e9e que les situations d’urgence exigent leur capacit\u00e9 personnelle de d\u00e9cision et de discernement.  <\/p>\n\n\n\n

Bien s\u00fbr, lorsque le pouvoir discr\u00e9tionnaire est mis en avant, l’id\u00e9e que les techniciens accomplissent des t\u00e2ches d\u00e9finies et encadr\u00e9es devient difficile \u00e0 pr\u00e9server. Il est essentiellement difficile de d\u00e9terminer ce que l’expertise exige dans une situation inconnue : elle peut \u00eatre utilis\u00e9e pour rationaliser un certain nombre d’actions, allant des plus scientifiquement inform\u00e9es aux plus arbitraires. La fronti\u00e8re entre technocratie et politique devient de plus en plus floue, et le pouvoir personnel plus souple.<\/p>\n\n\n\n

Un autre lien entre l’exceptionnalisme et la technocratie renvoie au probl\u00e8me de la responsabilit\u00e9 politique que j’ai \u00e9voqu\u00e9 plus haut. Les techniciens sont confront\u00e9s \u00e0 un d\u00e9fi permanent : comment se l\u00e9gitimer aupr\u00e8s du grand public ? Cultiver une atmosph\u00e8re d’urgence et adopter des actions d\u00e9cisives au nom de la s\u00e9curit\u00e9 sont des moyens, non seulement d’\u00e9tendre les pouvoirs discr\u00e9tionnaires, mais aussi d’obtenir une certaine forme d’approbation et de consentement. Les autorit\u00e9s transnationales ont des raisons de consid\u00e9rer les urgences comme des occasions de montrer leur valeur \u00e0 un public sceptique, d’autant plus \u00e0 l’\u00e8re de l’euroscepticisme. Des recherches r\u00e9centes sur la BCE et la Commission sugg\u00e8rent un comportement conforme \u00e0 ce raisonnement <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/code>.<\/p>\n\n\n\n

La politique de l\u2019urgence nourrit-elle le populisme ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je pense que ce que l’on tend \u00e0 appeler le \u00ab populisme \u00bb peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une sorte de politique hostile \u00e0 l’urgence. Comme je l’ai \u00e9voqu\u00e9 plus haut, la politique de l\u2019urgence est con\u00e7ue comme une politique de la n\u00e9cessit\u00e9. Qu’elle soit ax\u00e9e sur les pand\u00e9mies, les migrations ou les bouleversements \u00e9conomiques, les autorit\u00e9s adoptent des mesures non pas parce qu’elles sont intrins\u00e8quement souhaitables, mais pour parer \u00e0 une menace. Les actions d’urgence sont pr\u00e9sent\u00e9es comme \u00e9tant impos\u00e9es par la force des choses dans leur substance et leur temporalit\u00e9. C’est contre ce mode de gouvernement r\u00e9actif que de nombreux groupes politiques contestataires se d\u00e9finissent. Ils sont partisans d’une r\u00e9pudiation de la politique de la n\u00e9cessit\u00e9 – une critique de la docilit\u00e9 face aux forces exog\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n

On a tendance \u00e0 les qualifier de \u00ab populistes \u00bb, mais ce terme est associ\u00e9 \u00e0 une foule de consid\u00e9rations sur ce qui motive ces mouvements et leurs adeptes – une haine intrins\u00e8que des \u00e9lites, de tous ceux qui ne font pas partie du \u00ab peuple \u00bb authentique, etc. Je me demande si les caract\u00e9ristiques typiquement identifi\u00e9es comme propres au populisme ne sont pas n\u00e9cessairement les v\u00e9ritables moteurs de leur motivation. La promesse de la capacit\u00e9 de d\u00e9cision et de la reprise de contr\u00f4le est au c\u0153ur de l’attrait populiste. C’est cela qui devient la source principale de son attrait, dans le contexte plus large d’un rejet de la repr\u00e9sentativit\u00e9 par d’autres acteurs clefs de la sph\u00e8re publique.<\/p>\n\n\n\n

J’essaie de montrer cela dans mon livre, avec les mobilisations populistes des ann\u00e9es 2010, et je pense que l’on voit quelque chose d’assez similaire en r\u00e9ponse au Covid-19. Une compr\u00e9hension de l\u2019aversion pour la n\u00e9cessit\u00e9 et l\u2019injonction \u00e0 \u00ab agir \u00bb permet de mieux \u00e9tudier les r\u00e9actions \u00e0 la crise par des personnalit\u00e9s telles que Boris Johnson, Donald Trump ou Jair Bolsonaro. Leur attitude implique une hostilit\u00e9 \u00e0 l’\u00e9gard des autorit\u00e9s publiques et un refus politique de se laisser \u00ab forcer la main \u00bb pour r\u00e9pondre \u00e0 une situation d’urgence. Pour ces dirigeants, adopter un mode de politique purement r\u00e9actif \u00e9tait une forme de capitulation, une expression de faiblesse, de peur ou de manque d’ambition. M\u00eame lorsque les gouvernements dirig\u00e9s par de telles personnalit\u00e9s ont fini par imposer des confinements et d’autres mesures d’urgence, ils ont cherch\u00e9 \u00e0 faire comprendre qu’ils \u00e9taient personnellement r\u00e9ticents ou oppos\u00e9s \u00e0 ces mesures. Il y a l\u00e0 un instinct d\u00e9mocratique, mais pouss\u00e9 \u00e0 l’extr\u00eame, qui se traduit par une forme de volontarisme parano\u00efaque et irrationnel. Mais ce prisme d\u2019analyse permet de comprendre que, tout comme la crise de l’euro a fourni des conditions favorables \u00e0 l’\u00e9mergence de partis d\u00e9non\u00e7ant une politique de n\u00e9cessit\u00e9 et sans alternative, le Covid-19 fait de m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n

Le seul v\u00e9ritable rem\u00e8de pour lutter contre l\u2019exploitation de ces crises par les partis extr\u00e9mistes est que les autres partis renoncent \u00e9galement \u00e0 la politique de la n\u00e9cessit\u00e9 et adoptent \u00e0 nouveau une politique qui s\u2019articule autour de principes clairs, en esquissant une vision de la soci\u00e9t\u00e9 et d’eux-m\u00eames en tant qu’agents de celle-ci. Si ceux que nous appelons les populistes prosp\u00e8rent parce qu’ils sont les seuls \u00e0 dire \u00ab nous n’allons pas faire les choses par n\u00e9cessit\u00e9 mais parce que nous le souhaitons \u00bb, alors il faut d\u00e9chiffrer pourquoi la politique de l’anti-n\u00e9cessit\u00e9 passe au premier plan. Le Brexit, les mouvements anti-vaccins, le Front National ou les Gilets Jaunes suivent tous cette logique d’une mani\u00e8re pathologique et dangereuse.<\/p>\n\n\n\n

Pour contrer cette dynamique ainsi que la politique de la n\u00e9cessit\u00e9 qu’elle fustige, il faut un retour de l’id\u00e9ologie transformationnelle au sein des partis plus traditionnels. Si les partis de centre-gauche et de gauche commencent \u00e0 avancer des arguments, non pas fond\u00e9s sur la n\u00e9cessit\u00e9, mais sur ce qu\u2019ils pensent \u00eatre une vision de l’avenir qui vaut la peine d’\u00eatre d\u00e9fendue, cela pourrait \u00eatre une fa\u00e7on de d\u00e9passer la dialectique probl\u00e9matique entre la politique de l\u2019urgence et sa critique. Pour cela, il faut une politique id\u00e9ologique qui porte sur ce que nous voulons en tant que soci\u00e9t\u00e9. Beaucoup de partis ne r\u00e9pondent pas \u00e0 ces crit\u00e8res aujourd’hui et semblent, au contraire, d\u00e9pourvus de substance id\u00e9ologique. La tournure que prendra le SPD en Allemagne sera d\u00e9terminante \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n

Si ceux que nous appelons les populistes prosp\u00e8rent parce qu’ils sont les seuls \u00e0 dire \u00ab nous n’allons pas faire les choses par n\u00e9cessit\u00e9 mais parce que nous le souhaitons \u00bb, alors il faut d\u00e9chiffrer pourquoi la politique de l’anti-n\u00e9cessit\u00e9 passe au premier plan.<\/p>Jonathan White<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous affirmez que la politique de l’urgence a consid\u00e9rablement fa\u00e7onn\u00e9 la mani\u00e8re dont les institutions et les politiques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es au sein de l’Union ou en marge de celle-ci. En ce sens, ne pourrait-on dire, paradoxalement, que la politique de l\u2019urgence a toujours \u00e9t\u00e9 la norme au niveau europ\u00e9en ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

La politique de l\u2019urgence a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement intense ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mais elle a sa place dans l’histoire plus longue de l’int\u00e9gration europ\u00e9enne. Certaines caract\u00e9ristiques majeures de l’architecture de l’Union sont n\u00e9es d’abord comme une solution temporaire destin\u00e9e \u00e0 desserrer l’emprise des proc\u00e9dures sur le pouvoir discr\u00e9tionnaire de l’ex\u00e9cutif.  Prenons l’exemple de l’\u00e9mergence du Conseil europ\u00e9en au milieu des ann\u00e9es 1970. Jean Monnet <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/code>  <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/code>, qui en \u00e9tait lui-m\u00eame un partisan contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait intuitivement penser, l’a pr\u00e9sent\u00e9 comme un \u00ab gouvernement europ\u00e9en provisoire \u00bb capable de garantir et de consolider l’int\u00e9gration dans des circonstances de crise comme le choc p\u00e9trolier de l’automne 1973 et une r\u00e9cession \u00e9conomique plus large. Plut\u00f4t qu’une institution permanente, il proposait un arrangement provisoire qui renforcerait le leadership des ex\u00e9cutifs europ\u00e9ens, \u00e9tant entendu que les structures existantes \u00e9taient trop lourdes et bureaucratiques pour faire face aux d\u00e9fis \u00e0 relever. La cr\u00e9ation du Conseil europ\u00e9en a permis d’\u00e9chapper aux contraintes proc\u00e9durales et de concentrer l’autorit\u00e9 sur les chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement.<\/p>\n\n\n\n

Avec le recul du temps, il est tentant de consid\u00e9rer la formation du Conseil europ\u00e9en comme faisant partie du d\u00e9veloppement logique des proc\u00e9dures de l’Union – surtout maintenant qu’il est pleinement int\u00e9gr\u00e9 cadre de l’Union. Mais \u00e0 l’\u00e9poque de son introduction, il \u00e9tait surtout pris\u00e9 pour ses qualit\u00e9s extra-institutionnelles – en tant qu’arrangement ad hoc, \u00ab provisoire \u00bb plut\u00f4t que permanent, et comme moyen de parer aux menaces urgentes qui pesaient sur l’int\u00e9gration europ\u00e9enne. Tout le monde conna\u00eet le dicton de Monnet selon lequel \u00ab L’Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apport\u00e9es \u00e0 ces crises \u00bb, mais cette affirmation est un peu trompeuse. Ce ne sont pas les crises en tant que telles qui ont propuls\u00e9 l’int\u00e9gration – c’est le fait que les dirigeants ont profit\u00e9 de situations difficiles pour se lib\u00e9rer des contraintes existantes et b\u00e2tir des arrangements transnationaux qui renforcent leur pouvoir discr\u00e9tionnaire.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 ce propos, vous affirmez que le mandat \u00e9lectoral des responsables d\u00e9cro\u00eet \u00e0 mesure que les d\u00e9cisions qu’ils prennent s\u2019\u00e9loignent des raisons pour lesquelles ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lus. Pensez-vous que, lorsqu’ils agissent au nom de la gestion de crise, les dirigeants au Conseil europ\u00e9en prennent des d\u00e9cisions \u00e0 long terme qui outrepassent leurs mandats ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

In\u00e9vitablement, oui. Les \u00e9lections nationales n\u2019ont pas tendance \u00e0 mettre les questions europ\u00e9ennes au premier plan, comme on peut le constater au regard de la s\u00e9quence \u00e9lectorale allemande qui vient de s\u2019achever. Il est donc in\u00e9vitable que les d\u00e9cisions prises par le Conseil europ\u00e9en d\u00e9passent le cadre des mandats \u00e9lectoraux des personnes qui y sont rattach\u00e9es. Le Conseil europ\u00e9en est peut-\u00eatre compos\u00e9 de repr\u00e9sentants \u00e9lus, mais ils sont \u00e9lus pour des raisons qui n’ont g\u00e9n\u00e9ralement aucun rapport avec les affaires du Conseil. Cette d\u00e9connexion est d’autant plus prononc\u00e9e lorsque les d\u00e9cisions sont prises en urgence. Les gouvernements se sentent alors autoris\u00e9s \u00e0 d\u00e9passer ou \u00e0 rompre les engagements qu’ils ont pris dans leur programme \u00e9lectoral – dans des circonstances consid\u00e9r\u00e9es comme inattendues et m\u00eame sans pr\u00e9c\u00e9dent, pourquoi \u00eatre li\u00e9 par des engagements pass\u00e9s ?<\/p>\n\n\n\n

Vous affirmez que \u00ab l\u00e0 o\u00f9 les pratiques de contr\u00f4le sont bien \u00e9tablies, les pouvoirs ex\u00e9cutifs doivent compter avec des formes d’opposition informelles et spontan\u00e9es. L\u00e0 o\u00f9 le pouvoir de contr\u00f4le du public est faible, les revendications de n\u00e9cessit\u00e9 peuvent \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9es avec plus de certitude, puisque la capacit\u00e9 \u00e0 les mettre en doute d\u00e9pend d’une bonne connaissance du syst\u00e8me \u00bb. Comment cette consid\u00e9ration bien connue se traduit-elle, selon vous, dans le syst\u00e8me europ\u00e9en ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Un moyen de contr\u00f4le sur le pouvoir politique repose sur le pouvoir judiciaire. De nombreux universitaires font confiance aux tribunaux pour limiter l’exceptionnalisme de l’ex\u00e9cutif.  Dans le cas de l’Union, cela signifie que l’on attend de la CJUE qu’elle veille au respect des normes et des proc\u00e9dures europ\u00e9ennes. Cette approche pose toutefois des probl\u00e8mes : les tribunaux ont parfois tendance \u00e0 faire preuve de d\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l’\u00e9gard du pouvoir ex\u00e9cutif dans les moments \u00e0 fort enjeu, et \u00e0 rendre leurs verdicts bien apr\u00e8s que le moment politique soit pass\u00e9. C’est \u00e9galement une approche qui, parce qu\u2019elle attribue un grand pouvoir aux juges, soul\u00e8ve des probl\u00e8mes d\u2019ordre d\u00e9mocratique. Selon Carl Friedrich, \u00ab derri\u00e8re tous ces dispositifs proc\u00e9duraux, il doit y avoir un peuple vigilant, un v\u00e9ritable pouvoir constituant, d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 veiller \u00e0 ce que ces limites soient effectivement pos\u00e9es… \u00bb.  L’id\u00e9e est que si les dirigeants savent qu’ils sont confront\u00e9s \u00e0 un public critique, ils \u00e9viteront les tentations de l\u2019exceptionnalisme.<\/p>\n\n\n\n

Mais cela suppose un public vigilant qui conna\u00eet le syst\u00e8me et sait comment demander des comptes aux dirigeants. Pour cela, il faut un public qui sait, par exemple, o\u00f9 se situe la responsabilit\u00e9 des d\u00e9cisions, qui conna\u00eet certains des choix politiques existants et qui est capable de faire entendre son point de vue dans un syst\u00e8me structur\u00e9. Ce type de public europ\u00e9en critique est encore loin d’exister. Et s’il doit \u00e9merger, il aura besoin de l’aide de corps interm\u00e9diaires forts, des partis et des mouvements transnationaux qui se consacrent \u00e0 rendre le syst\u00e8me europ\u00e9en lisible et \u00e0 faire conna\u00eetre la mani\u00e8re de contester les d\u00e9cisions prises.<\/p>\n\n\n\n

Comment la contestation de la politique de l\u2019urgence peut-elle trouver sa place dans le contexte transnational ? Que recouvre ce que vous appelez la politique de d\u00e9sob\u00e9issance de principe ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Dans l’\u00e9tat actuel des choses – une politique transnationale domin\u00e9e par le pouvoir ex\u00e9cutif, et une opinion publique faiblement institutionnalis\u00e9e – il est difficile de contester les mesures d’urgence en temps r\u00e9el. Il se peut que le mieux que l’on puisse esp\u00e9rer soit une contestation r\u00e9trospective – des efforts pour d\u00e9m\u00ealer les mesures qui ne sont plus n\u00e9cessaires, ou qui n’ont peut-\u00eatre jamais \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires, et pour d\u00e9courager de nouveaux actes d’exceptionnalisme \u00e0 l’avenir. C’est l\u00e0 qu’intervient la d\u00e9sob\u00e9issance de principe.<\/p>\n\n\n\n

L’un des caract\u00e9ristiques de la gestion de crise de l’Union est que les mesures prises dans l\u2019urgence tendent \u00e0 \u00eatre associ\u00e9es \u00e0 des efforts visant \u00e0 les p\u00e9renniser par la suite (pensez aux r\u00e8gles budg\u00e9taires pour un exemple n\u00e9gatif ou au Fond de relance pour un exemple positif). Cela signifie que ceux qui souhaitent repenser l’ordre \u00e9tabli sont contraints de le faire par des moyens qui enfreignent les r\u00e8gles. Au fur et \u00e0 mesure que les politiques sont int\u00e9gr\u00e9es, il devient plus difficile de les contester par des moyens conventionnels.<\/p>\n\n\n\n

Dans le livre, j’analyse les efforts de Syriza au printemps 2015 pour contester les conditions de la Tro\u00efka, et les conditions plus larges de son appartenance \u00e0 la zone euro, comme des efforts avort\u00e9s de d\u00e9sob\u00e9issance de principe. Cela signifie briser les r\u00e8gles (de l’Union), ou menacer de les briser, dans le but de souligner leur injustice – un peu comme la d\u00e9sob\u00e9issance civile est utilis\u00e9e au niveau national par ceux qui veulent d\u00e9noncer l’injustice des lois. Cela soul\u00e8ve une s\u00e9rie de questions sur ce qui distingue la d\u00e9sob\u00e9issance de principe de la violation des r\u00e8gles et du sabotage dans un but int\u00e9ress\u00e9. L’un des crit\u00e8res que je mets en avant dans mon livre est le caract\u00e8re universel de la d\u00e9sob\u00e9issance – elle doit \u00eatre convaincante pour le bien de l’ensemble, et pas seulement pour l’int\u00e9r\u00eat particulier de ceux qui la pratiquent. Je pense qu’il est juste de dire que les actions de Syriza correspondaient \u00e0 cette description car il ne s’agissait pas seulement d’une r\u00e9sistance nationale, mais d’une opposition aux politiques men\u00e9es au nom de toute l’Europe. Bien s\u00fbr, cela n’a pas n\u00e9cessairement renforc\u00e9 leurs chances de succ\u00e8s, mais cela en fait un pr\u00e9c\u00e9dent de la d\u00e9sob\u00e9issance de principe int\u00e9ressant.<\/p>\n\n\n\n

L’un des crit\u00e8res que je mets en avant dans mon livre est le caract\u00e8re universel de la d\u00e9sob\u00e9issance – elle doit \u00eatre convaincante pour le bien de l’ensemble, et pas seulement pour l’int\u00e9r\u00eat particulier de ceux qui la pratiquent.<\/p>Jonathan White<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous affirmez qu’en participant aux \u00e9lections nationales en tant que militants transnationaux, ceux qui critiquent le pouvoir discr\u00e9tionnaire de l’ex\u00e9cutif de l’Union sous couvert de l’urgence peuvent prendre des mesures visant \u00e0 le contraindre politiquement. Qu’entendez-vous par l\u00e0 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Il me semble que des partis politiques forts sont indispensables pour fa\u00e7onner positivement le pouvoir ex\u00e9cutif dans des circonstances extr\u00eames. Au gouvernement, les partis sont un moyen de lier les dirigeants \u00e0 une organisation de principe plus large. Lorsque les dirigeants sont responsables devant un parti, cela agit comme un frein \u00e0 la concentration du pouvoir et \u00e0 la confiance dans la marge de man\u0153uvre personnelle. Dans l’opposition, les partis sont un moyen de cultiver la vigilance \u00e0 l’\u00e9gard des abus de pouvoir et de d\u00e9courager l’exceptionnalisme, tant dans les institutions politiques que technocratiques.<\/p>\n\n\n\n

Une transnationalisation plus forte des partis au sein de l’Union serait synonyme d’une plus grande limitation de l’exceptionnalisme de l’ex\u00e9cutif, voire d’une plus grande coh\u00e9rence dans l’\u00e9laboration des politiques. Le lieu le plus naturel pour cela est le Parlement europ\u00e9en, mais celui-ci a encore des pouvoirs limit\u00e9s, il est encore trop facilement mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart.<\/p>\n\n\n\n

Son renforcement contribuerait grandement \u00e0 favoriser la dynamique gouvernement\/opposition au niveau europ\u00e9en, mais le Conseil europ\u00e9en et d’autres acteurs s’y opposeront probablement. Les \u00e9lections nationales restent le principal lieu de contestation du pouvoir. Mais il n’y a aucune raison pour que les \u00e9lections nationales ne puissent pas \u00eatre contest\u00e9es par des partis organis\u00e9s au niveau transnational (Volt en est un exemple, bien que ses positions soient trop mod\u00e9r\u00e9es). Il s’agit d’un moyen de substitution par lequel l’opinion publique pourrait commencer \u00e0 se consolider sur les questions europ\u00e9ennes. Je pense bien s\u00fbr \u00e0 long terme – il faudrait probablement que de nombreux efforts \u00e9chouent avant que quelque chose de ce genre n’advienne.<\/p>\n\n\n\n

Une transnationalisation plus forte des partis au sein de l’Union serait synonyme d’une plus grande limitation de l’exceptionnalisme de l’ex\u00e9cutif, voire d’une plus grande coh\u00e9rence dans l’\u00e9laboration des politiques.<\/p>Jonathan White<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Parmi les autres solutions pr\u00e9sent\u00e9es dans votre livre, vous envisagez la formation d’un ex\u00e9cutif europ\u00e9en puissant, unique et \u00e9lu, capable d’effectuer des changements profonds tout en \u00e9tant tr\u00e8s encadr\u00e9 par le contr\u00f4le d’un public structur\u00e9 sur le plan institutionnel. Comment cela se pr\u00e9senterait dans la pratique et n\u2019y a-t-il pas une certaine contradiction entre cette proposition et votre d\u00e9nonciation de la concentration du pouvoir ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Un ex\u00e9cutif plus simple et unique et plus facilement contr\u00f4l\u00e9 par le grand public correspond \u00e0 une vision tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de de la configuration actuelle de l\u2019Union, j\u2019en suis bien conscient.<\/p>\n\n\n\n

L’un des probl\u00e8mes actuels r\u00e9side dans le nombre consid\u00e9rable d’acteurs ex\u00e9cutifs impliqu\u00e9s (la Commission, la BCE, le Conseil, une s\u00e9rie d’agences ex\u00e9cutives, etc.) Une option consisterait \u00e0 choisir l’un d’entre eux – disons la Commission – et \u00e0 le rendre plus puissant, tout en d\u00e9mocratisant ce pouvoir. Si vous exigez que les commissaires soient des d\u00e9put\u00e9s europ\u00e9ens, vous commencez \u00e0 int\u00e9grer l’ex\u00e9cutif dans le pouvoir l\u00e9gislatif. Le droit d’initiative serait ainsi entre les mains des repr\u00e9sentants \u00e9lus, ainsi que la capacit\u00e9 de d\u00e9finir et d’appliquer la politique. Un tel arrangement maximiserait les chances que le pouvoir ex\u00e9cutif soit mis au service du plus grand nombre plut\u00f4t que de quelques-uns, tant dans des conditions extr\u00eames que dans une situation \u00ab normale \u00bb. Il est ind\u00e9niable que cela politiserait l’Union europ\u00e9enne et certains diront que c’est contraire \u00e0 l’esprit de l’\u00e9quilibre institutionnel<\/a>. Mais cette \u00e9volution devrait \u00eatre envisag\u00e9e comme une refonte fondamentale des institutions europ\u00e9ennes. Le Conseil devrait se voir confier une fonction de contr\u00f4le plut\u00f4t que d’ex\u00e9cution. Les formations para-juridiques telles que l’Eurogroupe seraient id\u00e9alement dissoutes. L’essentiel est qu’il s’agisse d’une refonte qui ne soit pas dict\u00e9e par une politique de l\u2019urgence, mais qui se fasse par le recours \u00e0 une sorte de moment d\u00e9cisionnel constituant. Il ne s’agit pas d’une refonte des institutions en r\u00e9ponse aux probl\u00e8mes du jour, comme le sugg\u00e8rent les notions de Commission politique ou g\u00e9opolitique autoproclam\u00e9es, mais d’une refonte structurelle globale.<\/p>\n\n\n\n

Bien s\u00fbr, tout cela est \u00e0 contre-courant de ce qui se dessine actuellement et cela impliquerait d’importants transferts de pouvoir. Les personnes hostiles \u00e0 un mod\u00e8le f\u00e9d\u00e9ral auraient de quoi s\u2019opposer \u00e0 cette id\u00e9e. Mais contrairement \u00e0 la politique de l\u2019urgence qui traite les probl\u00e8mes de fa\u00e7on ad hoc, les enjeux seraient clairs pour tous au moment de cette r\u00e9forme. Alors que les arrangements \u00e0 court terme, adopt\u00e9s \u00e0 un moment de grande tension, ont tendance \u00e0 \u00eatre introduits sans que l’on pr\u00eate suffisamment attention \u00e0 leurs d\u00e9fauts, la perspective d’un nouvel ordre constitutionnel durable est susceptible de susciter un examen critique plus que suffisant. Il ne serait approuv\u00e9 que dans la mesure o\u00f9 ses dispositions sont acceptables en tant que caract\u00e9ristiques permanentes, plut\u00f4t qu’en tant que d\u00e9viations temporaires de la normalit\u00e9 institutionnelle, \u00e9vitant ainsi certaines des ambigu\u00eft\u00e9s critiques associ\u00e9es \u00e0 la politique de l\u2019urgence informelle. <\/p>\n\n\n\n

Une r\u00e9vision constitutionnelle majeure de ce type devrait bien s\u00fbr \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un exercice du pouvoir constituant, et donc un processus ascendant men\u00e9 par les citoyens et impos\u00e9 aux pouvoirs existants. Cela n’est pas facile \u00e0 mettre en \u0153uvre. La mani\u00e8re dont l’actuelle Conf\u00e9rence sur l’avenir de l’Europe a \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9e par les autorit\u00e9s et rendue inoffensive en veillant \u00e0 ce qu’elle ne puisse pas d\u00e9boucher sur une modification du trait\u00e9, est une indication des difficult\u00e9s \u00e0 remettre en question le statu quo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Du sauvetage de la zone euro \u00e0 l’adoption du plan de relance, la gestion de crise domine la politique europ\u00e9enne depuis deux d\u00e9cennies et transforme profond\u00e9ment l\u2019Union. Dans son livre, Politics of last Resort<\/em>, Jonathan White jette un regard critique sur \u00ab  la politique de l\u2019urgence  \u00bb et ses cons\u00e9quences au niveau europ\u00e9en. L\u2019importance prise par les mesures d\u2019urgence ne traduit-elle pas une faiblesse persistante de la gouvernance europ\u00e9enne  ? Une telle politique n\u2019est-elle pas porteuse de risques pour la d\u00e9mocratie  ? Ne nourrit-elle pas le populisme  ? Dans ce long entretien, il apporte un \u00e9clairage nouveau sur l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne et sur les d\u00e9fis auxquels l\u2019Union est aujourd\u2019hui confront\u00e9e. 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