Mathilde CIULLA, TARA VARMA <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nLa stabilit\u00e9 induite par le r\u00e8gne de Merkel a r\u00e9duit la peur par ses voisins de la domination allemande. Aujourd’hui, seuls 10 % des personnes interrog\u00e9es pensent qu’une pr\u00e9sidente allemande de la Commission europ\u00e9enne est une mauvaise nouvelle, tandis que 27 % consid\u00e8rent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00e9l\u00e9ment positif. Un grand nombre d’Europ\u00e9ens font confiance \u00e0 Berlin pour diriger l’UE en particulier sur les questions financi\u00e8res et \u00e9conomiques \u2013 conclusion surprenante au vu de la critique de longue date du mod\u00e8le \u00e9conomique allemand bas\u00e9 sur les exportations \u2013 ainsi que la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie et de l’\u00c9tat de droit. Plus frappant encore, l’Allemagne jouit d’une confiance particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9e parmi ceux qui se sentent le plus fortement attach\u00e9s au projet et aux valeurs de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n
Cependant, une simple continuation du \u00ab merkelisme \u00bb ne suffirait pas \u00e0 r\u00e9pondre aux attentes des Europ\u00e9ens. C’est le paradoxe de l’h\u00e9ritage de Merkel : pour remplir le r\u00f4le de leader bienveillant de l’Union europ\u00e9enne, Berlin devra en r\u00e9viser les principes qui ont pouss\u00e9 les Europ\u00e9ens \u00e0 placer leurs espoirs sur l’Allemagne. Outre le maintien de l’unit\u00e9 de l’Union – la grande priorit\u00e9 et la r\u00e9ussite de Merkel – l’Allemagne devra mener la lutte contre les deux menaces les plus dangereuses auxquelles l’Union sera confront\u00e9e dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n
La premi\u00e8re menace est celle d’un effondrement de l’\u00c9tat de droit dans l’UE. Ici, la strat\u00e9gie de d\u00e9sescalade ou d’\u00e9vitement des conflits de Merkel s’est retourn\u00e9e contre elle : la crise prenant un tournant d\u00e9mesur\u00e9. L’UE ne peut survivre sans des normes communes d’ind\u00e9pendance judiciaire, de respect des valeurs et des principes et la reconnaissance de la CJUE en tant qu’arbitre ultime. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces r\u00e8gles fondamentales qui sont aujourd’hui attaqu\u00e9es. Dans l’\u00e8re post-Merkel, l’Allemagne devra devenir un d\u00e9fenseur beaucoup plus franc des valeurs et principes europ\u00e9ens contre les autocrates. Il n’est plus possible de satisfaire les deux parties. Et tenter de le faire serait pr\u00e9judiciable au projet europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n
La Pr\u00e9sidence tournante du Conseil de l\u2019Union europ\u00e9enne, qu\u2019occupera la France pour six mois \u00e0 partir de janvier 2022, sera dans cette perspective capitale : alors que le programme de cette pr\u00e9sidence risque d\u2019\u00eatre boulevers\u00e9 par des al\u00e9as strat\u00e9giques, au premier rang desquels la situation en Afghanistan et les questions migratoires qui en d\u00e9coulent, la France devra chercher \u00e0 maintenir la coh\u00e9sion europ\u00e9enne d\u00e9j\u00e0 mise \u00e0 rude \u00e9preuve et \u00e0 faciliter l\u2019obtention d\u2019un consensus au Conseil europ\u00e9en. <\/p>\n\n\n\nC’est le paradoxe de l’h\u00e9ritage de Merkel : pour remplir le r\u00f4le de leader bienveillant de l’Union europ\u00e9enne, Berlin devra en r\u00e9viser les principes qui ont pouss\u00e9 les Europ\u00e9ens \u00e0 placer leurs espoirs sur l’Allemagne.<\/p>Mathilde CIULLA, TARA VARMA<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\nLa deuxi\u00e8me menace qui surpasserait le \u00ab merkelisme \u00bb est celle de la marginalisation g\u00e9opolitique de l’UE. \u00c0 bien des \u00e9gards, le \u00ab merkelisme \u00bb (souvent synonyme de mercantilisme) n’a \u00e9t\u00e9 possible que parce que les \u00c9tats-Unis ont endoss\u00e9 un r\u00f4le de leader du bloc occidental et que l’ordre multilat\u00e9ral fond\u00e9 sur des r\u00e8gles semblait survivre, tant bien que mal. Et le d\u00e9part de Merkel est un symbole de ce changement historique dans l’alliance occidentale. L’agenda de l’UE sera de plus en plus fa\u00e7onn\u00e9 par des facteurs externes tels que le changement climatique, la concurrence technologique, la s\u00e9curit\u00e9 et la migration. Cependant, comme le montre l’enqu\u00eate ECFR, en mati\u00e8re de g\u00e9opolitique, la confiance des Europ\u00e9ens envers l’Allemagne est tr\u00e8s limit\u00e9e : 19 % des Fran\u00e7ais sond\u00e9s font confiance \u00e0 l\u2019Allemagne pour faire face aux Etats-Unis ; 16 % pour faire face \u00e0 la Russie ; 14 % pour faire face \u00e0 la Chine.<\/p>\n\n\n\n
L\u2019\u00e9lection de Joe Biden en novembre 2020 interroge sur l\u2019avenir de la relation transatlantique et une fois que le gouvernement allemand sera form\u00e9, la France portera une responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re dans l\u2019impulsion dont l\u2019Allemagne a besoin pour penser plus g\u00e9opolitiquement ses relations avec les Etats-Unis, la Chine ou la Russie.<\/p>\n\n\n\n
Ainsi, si l’Allemagne post-Merkel veut devenir une v\u00e9ritable puissance europ\u00e9enne, elle devra faire preuve de plus d\u2019audace, en fournissant \u00e0 ses partenaires europ\u00e9ens des id\u00e9es claires sur le r\u00f4le et les positions de l’UE dans un environnement de plus en plus concurrentiel. Le nouveau gouvernement allemand aura la responsabilit\u00e9 de d\u00e9montrer qu’il consid\u00e8re les relations avec la Chine et la Russie \u00e0 la lumi\u00e8re des int\u00e9r\u00eats europ\u00e9ens et non principalement allemands. Et il devra poser les bases d\u2019une nouvelle relation transatlantique. Ce serait le meilleur moyen de garantir que l’h\u00e9ritage de Merkel survive au \u00ab merkelisme \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"
Alors que le d\u00e9part d’Angela Merkel se profile, Mathilde Ciulla et Tara Varma dressent le bilan europ\u00e9en de l’ex-chanceli\u00e8re allemande \u00e0 partir d’une \u00e9tude de l’ECFR. La politique europ\u00e9enne d’Angela Merkel lui a assur\u00e9 une grande popularit\u00e9 au sein de l’Union \u2013 comment pr\u00e9server cet h\u00e9ritage apr\u00e8s son d\u00e9part ? <\/p>\n","protected":false},"author":1782,"featured_media":121176,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-angles.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1731],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-120992","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","staff-mathilde-ciulla","staff-tara-varma","geo-europe"],"acf":[],"yoast_head":"\n
\u00c9lections allemandes : comment sauvegarder l'h\u00e9ritage europ\u00e9en de Merkel ? | Le Grand Continent<\/title>\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\t\n\t\n\t\n\n\n\n\n\t\n\t\n\t\n