{"id":119551,"date":"2021-09-08T16:52:08","date_gmt":"2021-09-08T14:52:08","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=119551"},"modified":"2022-02-24T13:29:42","modified_gmt":"2022-02-24T12:29:42","slug":"lascension-la-chute-et-leclatement-de-la-nation-britannique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/09\/08\/lascension-la-chute-et-leclatement-de-la-nation-britannique\/","title":{"rendered":"L\u2019ascension, la chute\u2026 et l\u2019\u00e9clatement de la nation britannique ?"},"content":{"rendered":"\n
J\u2019en suis venu \u00e0 penser qu’il \u00e9tait temps d\u2019\u00e9crire sur la Grande-Bretagne le genre d\u2019histoire du XX\u00e8me si\u00e8cle que les historiens britanniques ont su \u00e9crire sur l’Allemagne ou l’Union sovi\u00e9tique. C’est-\u00e0-dire une histoire neutre, d\u00e9tach\u00e9e de la politique quotidienne, qui cherche \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 de grandes questions portant sur la r\u00e9partition du pouvoir dans la soci\u00e9t\u00e9 et sur les forces dynamiques du changement.<\/p>\n\n\n\n
Cela impliquait de remettre en question les orthodoxies historiographiques \u00e9tablies pour la plupart dans les ann\u00e9es 1960. La premi\u00e8re de ces orthodoxies consiste \u00e0 faire de l’essor et de la chute de l’\u00c9tat-providence la cl\u00e9 d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019histoire britannique au XX\u00e8me si\u00e8cle. Ceci suppose \u00e0 tort que l’\u00c9tat-providence \u00e9tait inexistant avant 1945, qu\u2019il constituait la pr\u00e9occupation centrale de l’\u00c9tat britannique apr\u00e8s la guerre et qu\u2019il aurait disparu suite aux r\u00e9formes de Margaret Thatcher. La seconde orthodoxie est l\u2019interpr\u00e9tation de l’histoire britannique du XXe si\u00e8cle en termes de \u00ab d\u00e9clin \u00bb, qui s’expliquerait par les d\u00e9faillances de la Grande-Bretagne, ce qui a conduit \u00e0 une interpr\u00e9tation erron\u00e9e de la nature de ses \u00e9lites. La troisi\u00e8me, plus r\u00e9cente, consid\u00e8re que l’imp\u00e9rialisme a profond\u00e9ment affect\u00e9 la nature de la Grande-Bretagne. Nous le voyons dans le contexte du Brexit, qui est consid\u00e9r\u00e9 par de nombreux remainers <\/em>comme une survivance imp\u00e9riale.<\/p>\n\n\n\n Je soutiens que, entre les ann\u00e9es 1880 et 1945, du moins pour la plupart des \u00e9lites, il n’y avait pas de nation britannique, il y avait un empire britannique : ce n’\u00e9tait pas quelque chose que la Grande-Bretagne poss\u00e9dait, mais quelque chose dont la Grande-Bretagne faisait partie. Apr\u00e8s 1945, mon argument est que cette id\u00e9ologie imp\u00e9riale s’est perdue extr\u00eamement rapidement et que la Grande-Bretagne a commenc\u00e9 \u00e0 se consid\u00e9rer comme une nation. Ainsi, la Grande-Bretagne peut \u00eatre envisag\u00e9e comme l’une des nations postcoloniales n\u00e9es de l\u2019effondrement de l’Empire apr\u00e8s 1945.<\/p>\n\n\n\n Je soutiens que, entre les ann\u00e9es 1880 et 1945, du moins pour la plupart des \u00e9lites, il n’y avait pas de nation britannique, il y avait un empire britannique : ce n’\u00e9tait pas quelque chose que la Grande-Bretagne poss\u00e9dait, mais quelque chose dont la Grande-Bretagne faisait partie.<\/p>David Edgerton<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il est pr\u00e9sent partout dans les noms des institutions et dans le discours politique. Il y avait un Empire Marketing Board, un Imperial Defence Committee, un Imperial Stadium, rebaptis\u00e9 Wembley depuis, et de nombreuses expositions imp\u00e9riales. Pendant la Premi\u00e8re et la Seconde Guerre mondiale, dans la propagande britannique, c’est l’Empire qui se bat. En 1940 ou 1941, il aurait \u00e9t\u00e9 impossible pour un leader conservateur de dire que \u00ab la Grande-Bretagne se tient seule \u00bb. Et si le parti conservateur \u00e9tait le parti imp\u00e9rialiste par excellence, comme en t\u00e9moigne son soutien \u00e0 une protection douani\u00e8re imp\u00e9riale, les partis lib\u00e9ral et travailliste y \u00e9taient \u00e9galement favorables, bien que le souhaitant plus ouvert sur le reste du monde.<\/p>\n\n\n\n Cependant, dans le domaine \u00e9conomique, l’Empire \u00e9tait moins important que le peuple britannique ne semble s\u2019en souvenir. Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, l’\u00e9conomie britannique \u00e9tait hautement industrialis\u00e9e par rapport aux normes contemporaines et avait tiss\u00e9 des liens tr\u00e8s \u00e9troits avec le reste du monde dans les domaines de la finance, du commerce, des investissements. Le Royaume-Uni commer\u00e7ait plus avec le reste du monde, et notamment ses voisins europ\u00e9ens, qu’avec l’Empire.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s 1945, le Royaume-Uni s\u2019est mis \u00e0 ressembler plus fortement aux nations continentales en construisant une \u00e9conomie moins ouverte, plus nationale et autosuffisante. L’exemple le plus frappant de cette \u00e9volution se trouve \u00eatre le secteur agricole : alors que seuls cinquante pour cent des aliments consomm\u00e9s au Royaume-Uni sont produits localement dans les ann\u00e9es 1930, dans les ann\u00e9es 1970 le Royaume-Uni est devenu presque autosuffisant. De grands projets d’infrastructure ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 men\u00e9s \u00e0 bien. Le syst\u00e8me postal, les trains, les mines de charbon utilisent de tr\u00e8s vieilles machines \u00e0 la fin des ann\u00e9es 40. Trente ans plus tard, vous avez une industrie charbonni\u00e8re moderne, un syst\u00e8me ferroviaire efficace et le tri des lettres est m\u00e9canis\u00e9. Cette transformation massive est en grande partie une r\u00e9action aux \u00e9v\u00e9nements : \u00e0 la guerre, qui a entra\u00een\u00e9 une r\u00e9duction des exportations britanniques et aux difficult\u00e9s rencontr\u00e9es lors de l’apr\u00e8s-guerre. Une r\u00e9ponse, au moins partielle, a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9duction des importations. La grande \u00e9conomie libre-\u00e9changiste s’est alors tourn\u00e9e vers le protectionnisme, non seulement dans l’agriculture mais dans bien d’autres domaines. C’est une transformation \u00e9tonnante, que les histoires du Royaume-Uni notent \u00e0 peine. De m\u00eame, le passage d’un imaginaire imp\u00e9rial \u00e0 un imaginaire national constitue une caract\u00e9ristique frappante et \u00e0 bien des \u00e9gards m\u00e9connue des ann\u00e9es d’apr\u00e8s-guerre. Bien que l’id\u00e9e d’une \u00ab fin d’empire \u00bb soit un clich\u00e9, on n’a pas bien compris \u00e0 quel point ce changement \u00e9tait profond. Ainsi, l\u2019id\u00e9e s\u2019est impos\u00e9e que la formule \u00ab la Grande-Bretagne se tient seule \u00bb pouvait d\u00e9crire la mani\u00e8re dont les britanniques se repr\u00e9sentaient leur situation en 1940. L’histoire de la guerre a ainsi \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment nationalis\u00e9e : l’Empire en a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9 et l\u2019id\u00e9e s\u2019est impos\u00e9e qu\u2019une nouvelle nation avait alors \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e, \u00e0 partir de 1940, autour des principes de l\u2019Etat providence.<\/p>\n\n\n\n Si toute les acteurs politiques ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s par ces transformations, c’est le Parti travailliste qui est devenu le plus \u00e9conomiquement nationaliste. Classiquement, pour les historiens, le Labour est un parti social-d\u00e9mocrate, bien qu’imparfait, dont l’\u00c9tat-providence constitue la politique phare. Je soutiens que tel n\u2019est pas le cas, j’insiste sur le nationalisme du Parti apr\u00e8s 1945, et je montre que sa mesure phare \u00e9tait la promotion de la production nationale. Si on regarde le manifeste de 1945, c’est un programme de reconstruction de la Nation plut\u00f4t qu’un programme centr\u00e9 sur l\u2019Etat Providence ou l’Empire, deux termes qui figurent \u00e0 peine. L’accent est mis sur le d\u00e9veloppement \u00e9conomique planifi\u00e9, les nationalisations et l’int\u00e9r\u00eat national. C’est sous le gouvernement Attlee que, pour la premi\u00e8re fois, le Royaume-Uni a conserv\u00e9 la conscription en temps de paix, et qu\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 le d\u00e9veloppement d’une dissuasion nucl\u00e9aire nationale autonome. De plus, si nous examinons la rh\u00e9torique du Parti, nous voyons que ses ennemis n’\u00e9taient pas la bourgeoisie, mais ces \u00e9l\u00e9ments des couches dirigeantes accus\u00e9s d\u2019avoir plac\u00e9 leurs propres int\u00e9r\u00eats au-dessus de l’int\u00e9r\u00eat national.<\/p>\n\n\n\n Classiquement, pour les historiens, le Labour est un parti social-d\u00e9mocrate, bien qu’imparfait, dont l’\u00c9tat-providence constitue la politique phare. Je soutiens que tel n\u2019est pas le cas, j’insiste sur le nationalisme du Parti apr\u00e8s 1945, et je montre que sa mesure phare \u00e9tait la promotion de la production nationale.<\/p>David Edgerton<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je pense que c’est surtout l’\u00e9chec per\u00e7u du programme national. A partir des ann\u00e9es 1960, le sentiment de d\u00e9clin britannique est omnipr\u00e9sent, on consid\u00e8re que l\u2019on est face \u00e0 un \u00e9chec g\u00e9n\u00e9ral de l’\u00c9tat et des industries britanniques.<\/p>\n\n\n\n Ce sentiment de d\u00e9clin a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 selon une grille de lecture lib\u00e9rale par les conservateurs, avec succ\u00e8s. Ils consid\u00e8rent que seule une plus grande concurrence serait capable d’y mettre fin et c’est la raison pour laquelle ils ont demand\u00e9 de rejoindre la Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne en 1961. Ce point n’est pas toujours compris, surtout parmi les Brexiters qui souhaitent une \u00ab Global free-trading Britain \u00bb, en raison de l’hypoth\u00e8se profond\u00e9ment ancr\u00e9e selon laquelle l’\u00e9conomie britannique \u00e9tait particuli\u00e8rement lib\u00e9rale, et que l\u2019entr\u00e9e dans la CEE devait donc constituer une d\u00e9marche protectionniste.<\/p>\n\n\n\n Apr\u00e8s l’entr\u00e9e dans la CEE en 1973, les contr\u00f4les et les taxes douani\u00e8res se sont r\u00e9duits, ce qui constitue une premi\u00e8re rupture avec l’\u00e9conomie nationale d’apr\u00e8s-guerre. Mais c’est le gouvernement Thatcher qui cherche \u00e0 europ\u00e9aniser et internationaliser l’\u00e9conomie britannique, m\u00eame au prix de la d\u00e9sindustrialisation. Cette orientation a \u00e9t\u00e9 rendue possible parce que la Grande-Bretagne n’avait plus besoin d’exporter autant de produits manufactur\u00e9s pour financer ses importations, gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9couverte du gaz de la mer du Nord et \u00e0 l’autosuffisance agricole.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 la suite du vote sur le Brexit, beaucoup plus de gens se sont demand\u00e9 ce qu’est la Grande-Bretagne ? Quelle est son histoire ? Que signifie \u00eatre britannique ? Cela a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s b\u00e9n\u00e9fique pour la r\u00e9ception de mon livre, car les gens \u00e9taient r\u00e9ceptifs aux nouveaux arguments.<\/p>\n\n\n\n Certains Brexiters ont certainement compris que mon argument en faveur d’une discontinuit\u00e9 radicale dans l’histoire britannique pouvait \u00eatre utile pour leur discours. Mais cela n’a pas \u00e9t\u00e9 la r\u00e9ponse dominante, le r\u00e9cit adopt\u00e9 par la plupart des Brexiters est celui de \u00ab Global free-trading nation \u00bb insistant sur une profonde continuit\u00e9 du libre-\u00e9change britannique interrompue uniquement par l’adh\u00e9sion \u00e0 la CEE, une th\u00e8se qui est radicalement remise en question par le livre.<\/p>\n\n\n\n En raison des racines id\u00e9ologiques du Brexit, je ne pense pas qu\u2019il puisse aboutir \u00e0 une pouss\u00e9e vers une \u00e9conomie plus nationale et progressiste. Il s\u2019agit d\u2019un projet de lib\u00e9ralisation suppl\u00e9mentaire de la Grande-Bretagne, soutenu par l’aile droite dure du thatch\u00e9risme, qui souhaite une \u00e9conomie plus ouverte et plus libre-\u00e9changiste. <\/p>\n\n\n\n En outre, il y avait beaucoup plus de marge de man\u0153uvre pour des politiques non n\u00e9olib\u00e9rales dans l’UE que ce dont les gouvernements britanniques successifs ont fait usage. Le Royaume-Uni s’est distingu\u00e9 comme uniquement n\u00e9olib\u00e9ral dans l’UE si l’on consid\u00e8re la flexibilit\u00e9 du travail et le pouvoir des employeurs, la part des capitaux \u00e9trangers dans les infrastructures et le secteur industriel ou la faible g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de l’\u00c9tat-providence.<\/p>\n\n\n\n En outre, il y avait beaucoup plus de marge de man\u0153uvre pour des politiques non n\u00e9olib\u00e9rales dans l’UE que ce dont les gouvernements britanniques successifs ont fait usage.<\/p>David Edgerton<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Il y a certainement une emphase rh\u00e9torique sur l\u2019interventionnisme, et la dimension nationale de l’\u00e9conomie, le soi-disant \u00ab programme de nivellement par le haut \u00bb. Mais si vous regardez attentivement, rien de v\u00e9ritablement significatif n\u2019est pr\u00e9vu. Ils vont continuer les politiques pr\u00e9c\u00e9dentes : investir dans la high-tech, dans les infrastructures et sinon bricoler.<\/p>\n\n\n\n Et dans le m\u00eame temps, le gouvernement poursuit des politiques qui r\u00e9duiront les performances \u00e9conomiques des r\u00e9gions les plus pauvres du Royaume-Uni : la r\u00e9duction des \u00e9changes avec l’UE va affecter de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e les villes industrielles, la lib\u00e9ralisation de l’agriculture britannique par rapport au reste de la monde va toucher les zones agricoles, et le retrait du march\u00e9 europ\u00e9en risque de d\u00e9truire en grande partie l’industrie de la p\u00eache.<\/p>\n\n\n\n Il n’y avait aucune planification pour une nouvelle Grande-Bretagne post-Brexit \u2014 \u00e0 un niveau fondamental, les Brexiters pensaient que rien ne changerait \u2014 ils nient maintenant que le Brexit signifie le Brexit.<\/p>\n\n\n\n Le vote du Brexit et sa gestion par le gouvernement ont renforc\u00e9 des tendances pr\u00e9existantes. Une caract\u00e9ristique importante du Brexit est que seuls l’Angleterre et le Pays de Galles ont vot\u00e9 pour le Brexit, tandis que l’\u00c9cosse et l’Irlande du Nord ont vot\u00e9 contre. En ignorant l’opinion de deux nations constitutives du Royaume-Uni, le gouvernement central a sap\u00e9 la politique de d\u00e9centralisation qui a conduit \u00e0 une r\u00e9action furieuse de l’Irlande du Nord, de l’\u00c9cosse et m\u00eame du Pays de Galles. De plus, l’UE aidait \u00e0 maintenir l’unit\u00e9 du pays. Ce fut tr\u00e8s certainement le cas en Irlande du Nord, o\u00f9 l’accord du vendredi saint et les institutions qui en ont d\u00e9coul\u00e9 reposaient sur l’absence de fronti\u00e8re. Dans le cas de l’\u00c9cosse, le fait d’appartenir \u00e0 l’UE rendait l’appartenance au Royaume-Uni plus acceptable, car les \u00c9cossais pouvaient se sentir \u00e0 la fois europ\u00e9ens et britanniques.<\/p>\n\n\n\n Ces tendances s\u00e9paratistes pr\u00e9existantes sont en quelque sorte un sous-produit de la \u00ab Chute de la nation britannique \u00bb. Pendant la p\u00e9riode nationale, la politique \u00e9tait domin\u00e9e par deux partis, qui \u00e9taient tous deux des partis d\u2019\u00e9chelle nationale, pr\u00e9sentant des candidats dans presque toutes les circonscriptions. Les partis nationalistes \u00e9taient alors presque inexistants, \u00e0 l’exception de quelques si\u00e8ges en Irlande du Nord. Mais, tandis que l’\u00c9tat britannique perdait une certaine l\u00e9gitimit\u00e9 et que l’\u00e9conomie britannique devenait moins une r\u00e9alit\u00e9 partag\u00e9e, les partis nationalistes ont commenc\u00e9 \u00e0 gagner du terrain politique. En particulier, le thatch\u00e9risme a \u00e9t\u00e9 un facteur important dans la mont\u00e9e du Parti nationaliste \u00e9cossais.<\/p>\n\n\n\n Je pense que la politique britannique souffre d’illusions sur la Grande-Bretagne et la puissance britannique qui ont un effet corrupteur. Je pense notamment \u00e0 l\u2019id\u00e9e que la nation s’est reconstruite depuis Thatcher, qu’elle est une superpuissance d’innovation, qu’elle est dot\u00e9e par le destin de la mission mission d\u2019apporter le libre-\u00e9change au monde et de forcer les autres \u00c9tats \u00e0 se comporter correctement. De l\u00e0 viennent le Brexit, la d\u00e9cision d’envahir l’Irak, d’intervenir en Afghanistan et en Libye. <\/p>\n\n\n\n Il s’agit principalement d’un probl\u00e8me anglais, car l’Angleterre se consid\u00e8re comme une puissance exceptionnelle et mondiale alors que l’Ecosse s’est d\u00e9barrass\u00e9e de cette illusion et veut se voir comme une nation europ\u00e9enne normale.<\/p>\n\n\n\n Si l’Ecosse quittait l’Union, je pense que ce serait b\u00e9n\u00e9fique pour l’Ecosse mais aussi pour l’Angleterre. Car il serait plus difficile de croire aux fantasmes sur la puissance britannique si l’Ecosse n’avait aucune envie de faire partie de l\u2019Union. Cela permettrait de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que doit faire un pays relativement petit pour am\u00e9liorer la vie de sa population. La politique progressiste exige la modestie et non la vaine gloire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" \u00c0 travers son livre The Rise and Fall of the British Nation<\/em> publi\u00e9 en 2018, l’historien David Edgerton propose une histoire renouvel\u00e9e de la Grande-Bretagne du XXe si\u00e8cle qui remet en cause les orthodoxies \u00e9tablies sur la place du libre-\u00e9change dans l’histoire britannique, l’importance de l’\u00c9tat-providence et la continuit\u00e9 de l’id\u00e9ologie imp\u00e9rialiste. Nous avons ainsi demand\u00e9 \u00e0 ce critique du Brexit comment l’histoire du XXe si\u00e8cle pouvait \u00e9clairer l’\u00e9tat actuel de la politique britannique.<\/p>\n","protected":false},"author":1623,"featured_media":119638,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2024],"tags":[],"geo":[1917],"class_list":["post-119551","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","staff-louis-de-catheu","geo-europe"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"\nConcernant le r\u00f4le de l’imp\u00e9rialisme dans l’histoire britannique, vous soulignez la discontinuit\u00e9 historique qui s’est produite en 1945<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Quelles preuves y a-t-il de ce cadre id\u00e9ologique imp\u00e9rial avant 1945 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
En exposant la nature imp\u00e9riale et mondiale de l’\u00e9conomie et de la politique britanniques jusqu’\u00e0 la Seconde Guerre mondiale, vous soulignez la rupture radicale qui s’est produite en 1945. Comment se manifeste la \u00ab Rise of the British Nation \u00bb de 1945 aux ann\u00e9es 1970 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Apr\u00e8s cet \u00e2ge national vint la \u00ab chute de la nation britannique \u00bb. Qu’est-ce qui selon vous a mis fin \u00e0 cette p\u00e9riode ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Comment votre livre a-t-il \u00e9t\u00e9 re\u00e7u ? La perte d’une \u00e9conomie nationale, progressiste et \u00e9galitaire due notamment \u00e0 la construction europ\u00e9enne semble fournir un bon r\u00e9cit politique aux Brexiters, en particulier aux Lexiters<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Vous \u00eates vous-m\u00eame un critique acerbe du Brexit. Mais celui-ci ne constitue-t-il pas un pr\u00e9alable pour construire une \u00e9conomie nationale britannique renouvel\u00e9e et mettre fin \u00e0 40 ans de n\u00e9olib\u00e9ralisme ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
M\u00eame si les motivations id\u00e9ologiques des Brexiters \u00e9taient oppos\u00e9es \u00e0 une telle \u00e9volution, n\u2019observons nous tout de m\u00eame pas depuis le Brexit un gouvernement plus dispos\u00e9 \u00e0 accorder des aides aux zones et aux industries en difficult\u00e9 ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Et sur le plan politique, quelles pourraient \u00eatre les cons\u00e9quences du Brexit sur l\u2019unit\u00e9 du Royaume-Uni ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Vous avez expliqu\u00e9 dans une interview au New York Times<\/em> que l’\u00e9clatement du Royaume-Uni pourrait \u00eatre une \u00e9volution positive. Pourquoi ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n