{"id":116953,"date":"2021-08-17T11:24:57","date_gmt":"2021-08-17T09:24:57","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=116953"},"modified":"2021-08-17T11:26:08","modified_gmt":"2021-08-17T09:26:08","slug":"la-technocratie-et-le-fascisme-portrait-dalberto-beneduce-deuxieme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/08\/17\/la-technocratie-et-le-fascisme-portrait-dalberto-beneduce-deuxieme-partie\/","title":{"rendered":"La technocratie et le fascisme, portrait d’Alberto Beneduce. Deuxi\u00e8me partie"},"content":{"rendered":"\n

Achever la m\u00e9tamorphose : de la politique d\u00e9mocratique \u00e0 la technocratie fasciste<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

D\u00e9\u00e7u et frustr\u00e9, Beneduce quitte la politique en 1922 et ne se pr\u00e9sente plus jamais aux \u00e9lections. Il reste membre du Parlement jusqu’en 1924, date \u00e0 laquelle il renonce \u00e0 d\u00e9fendre son si\u00e8ge lors des \u00e9lections suivantes, lorsque les fascistes sont pr\u00eats \u00e0 prendre le contr\u00f4le total du pouvoir <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Malgr\u00e9 l’\u00e9chec politique, Beneduce n’abandonne pas la vie publique : en 1923, avec le soutien de Stringher, il reste pr\u00e9sident du CREDIOP, puis il devient pr\u00e9sident de l’ICIPU, un fonds public cr\u00e9\u00e9 en 1924 qui finance des secteurs industriels strat\u00e9giques par le biais d’\u00e9missions d’obligations garanties par l’\u00c9tat. <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n

L’adh\u00e9sion formelle au fascisme ne fait pas partie des plans de Beneduce. Il vise probablement \u00e0 rester dans l’orbite de l’appareil des entit\u00e9s publiques, avec l’aide de Bonaldo Stringher, mais sans adh\u00e9rer au parti de Mussolini <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il ne signe pas le Manifesto degli intellettuali anti-fascisti <\/em>promu par Benedetto Croce ni le Manifesto degli intellettuali fascisti <\/em>publi\u00e9 par Giovanni Gentile <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Le rapprochement progressif de Beneduce avec le fascisme \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 perceptible apr\u00e8s l’assassinat de Matteotti, lorsqu’il s’abstint d’accuser le parti fasciste, et son silence fut interpr\u00e9t\u00e9 par Mussolini comme un signal de la volont\u00e9 \u00e9ventuelle du technocrate de collaborer avec le fascisme.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 l’arri\u00e8re-plan de cette attitude de collaboration avec le r\u00e9gime, il y avait probablement aussi des motivations personnelles. En effet, Beneduce \u00e9tait issu d’une famille modeste du Sud, la r\u00e9gion la plus pauvre du pays, sa propre famille \u00e9tait tr\u00e8s nombreuse et il avait probablement besoin de maintenir sa position. Cet \u00e9l\u00e9ment est tout \u00e0 fait \u00e9vident lorsque l’on examine sa correspondance personnelle : Beneduce informait constamment ses familiers de ses succ\u00e8s, et ceux-ci participaient avec satisfaction \u00e0 son ascension sociale <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

En outre, au milieu des ann\u00e9es 1920, Beneduce \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien introduit dans l’establishment industriel et financier, comme le prouvent les relations d’amiti\u00e9 avec le grand industriel et ministre Alberto Pirelli, avec le chef de la Banque d’Italie Bonaldo Stringher et avec Mario Alberti, directeur de la banque Credito Italiano <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Un r\u00e9seau qui pouvait l’aider \u00e0 se construire une autre brillante carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n

Enfin, en restant dans les affaires publiques malgr\u00e9 la consolidation du r\u00e9gime, il avait \u00e9galement vu l’occasion de contribuer \u00e0 \u00e9viter la pr\u00e9pond\u00e9rance de l’aile corporatiste radicale du parti fasciste <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il aurait pu aussi \u00eatre l’un des garants de la continuit\u00e9 de l’ancien establishment lib\u00e9ral dans les branches \u00e9conomiques de l’\u00c9tat, en r\u00e9alisant ses propres projets de r\u00e9organisation de l’\u00e9conomie italienne.<\/p>\n\n\n\n

Il aurait pu aussi \u00eatre l’un des garants de la continuit\u00e9 de l’ancien establishment lib\u00e9ral dans les branches \u00e9conomiques de l’\u00c9tat, en r\u00e9alisant ses propres projets de r\u00e9organisation de l’\u00e9conomie italienne. <\/p>LORENZO CASTELLANI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Ainsi, par le silence, sans d\u00e9clarations ni affiliation formelle, sans souscrire au parti fasciste, Beneduce arrive \u00e0 coop\u00e9rer avec le nouveau r\u00e9gime et, en particulier, avec Mussolini. <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n

Tout d’abord, Beneduce coop\u00e8re avec le gouvernement au niveau international. Il participe aux n\u00e9gociations entre les banquiers am\u00e9ricains et le gouvernement italien pour lancer la man\u0153uvre de stabilisation de la lire en 1925 <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les pr\u00eats convenus avec Giovanni Fummi, repr\u00e9sentant de la Morgan Bank, ouvrent la voie \u00e0 une s\u00e9rie d’op\u00e9rations de financement des principales industries du pays sur le march\u00e9 obligataire am\u00e9ricain <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Ainsi, en 1925, Beneduce fait officieusement partie de la technocratie fasciste, bien qu’il ait refus\u00e9 sa souscription honoraire au parti fasciste en guise de r\u00e9paration pour son r\u00f4le dans le r\u00e8glement des dettes de guerre italiennes aupr\u00e8s des \u00c9tats-Unis <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En outre, les m\u00e9dias le d\u00e9signent comme l’un des successeurs possibles de Stringher au poste de directeur g\u00e9n\u00e9ral de la Banque d’Italie <\/span>12<\/sup><\/a><\/span><\/span>. C’est un signe, qu’\u00e0 ce moment-l\u00e0, il \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un membre du cercle restreint de Mussolini en ce qui concerne les questions financi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n

En effet, en 1926, il est invit\u00e9, par Stringher et par le ministre des Finances, Giuseppe Volpi, \u00e0 accepter le poste de pr\u00e9sident du holding Bastogi, une soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e qui \u00e9tait le plus grand producteur d’\u00e9lectricit\u00e9 du pays. Beneduce r\u00e9ussit \u00e0 pr\u00e9server la stabilit\u00e9, alors que Bastogi est assi\u00e9g\u00e9e par la Banca Commerciale Italiana et Credito Italiana, deux grandes banques qui se disputent le contr\u00f4le du holding. La cr\u00e9dibilit\u00e9 de Beneduce a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par le gouvernement et par la Banque d’Italie comme garant de l’\u00e9quilibre entre les principaux groupes financiers et industriels qui poss\u00e9daient les participations de Bastogi <\/span>13<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La cr\u00e9dibilit\u00e9 de Beneduce a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par le gouvernement et par la Banque d’Italie comme garant de l’\u00e9quilibre entre les principaux groupes financiers et industriels qui poss\u00e9daient les participations de Bastogi.<\/p>LORENZO CASTELLANI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Avec l’approbation de Mussolini et de Volpi, Beneduce coop\u00e8re avec Stringher en plusieurs occasions : pour r\u00e9gler la dette publique fluctuante ; pour cr\u00e9er l’Istituto di Liquidazione pour sauver les banques italiennes en crise ; pour n\u00e9gocier avec les banquiers anglais et am\u00e9ricains l’ouverture de cr\u00e9dits pour la Banque d’Italie. En outre, en 1928, il est nomm\u00e9 par le ministre Costanzo Ciano pr\u00e9sident de l’Istituto per il Credito Navale <\/span>14<\/sup><\/a><\/span><\/span>, qui avait pour but d’effectuer des pr\u00eats en faveur des soci\u00e9t\u00e9s de navigation priv\u00e9es italiennes. En 1931, Beneduce contribue \u00e0 la cr\u00e9ation de l’Istituto Mobiliare Italiano (IMI), une entit\u00e9 publique dont l’objectif statutaire est d’accorder des pr\u00eats aux industries en difficult\u00e9 <\/span>15<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Ce travail n’a pas n\u00e9cessit\u00e9 de nomination officielle en tant que conseiller \u00e9conomique pour Beneduce. Il prouve \u00e0 Mussolini qu’il est comp\u00e9tent, loyal et fiable. \u00c0 bien des \u00e9gards, Beneduce \u00e9tait un partenaire id\u00e9al pour le Duce : il n’avait aucune ambition politique ; il \u00e9tait un homme priv\u00e9, timide avec les journalistes ; il n’avait aucun conflit d’int\u00e9r\u00eats ; et il \u00e9tait bien introduit dans l’establishment financier, tant au niveau national qu’international. <\/span>16<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n

\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1920, Mussolini l’utilise pour d\u00e9finir la strat\u00e9gie italienne dans les conf\u00e9rences internationales sur la finance. En particulier, en 1929, il participe aux conf\u00e9rences de Baden Baden et de La Haye pour discuter du probl\u00e8me fondamental du r\u00e8glement des dettes de guerre. En outre, il joue un r\u00f4le majeur dans la cr\u00e9ation de la Banque des r\u00e8glements internationaux (BRI), une institution financi\u00e8re cr\u00e9\u00e9e par les banques centrales occidentales pour superviser les paiements des r\u00e9parations de guerre. En 1931, au milieu d’une nouvelle crise \u00e9conomique, Beneduce pr\u00e9side le comit\u00e9 consultatif de la BIS qui se prononce en faveur d’un moratoire sur les dettes de guerre de l’Allemagne. En 1933 il d\u00e9clare, \u00e0 Londres et \u00e0 Gen\u00e8ve, qu’un fonds mon\u00e9taire international aurait d\u00fb \u00eatre cr\u00e9\u00e9 afin de consolider les dettes \u00e0 court terme. En termes plus g\u00e9n\u00e9raux, \u00e0 toutes ces occasions, les technocrates fascistes ont plaid\u00e9 pour une coop\u00e9ration \u00e9conomique internationale plus large, pour le renforcement des interd\u00e9pendances \u00e9conomiques, et ont d\u00e9nonc\u00e9 les risques de l’isolationnisme \u00e9conomique <\/span>17<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La cr\u00e9ation de l’IRI et la nouvelle loi bancaire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

La principale institution cr\u00e9\u00e9e par Beneduce au cours de sa carri\u00e8re est sans aucun doute l’IRI, Istituto per la Ricostruzione Industriale <\/em>(Institut pour la Reconstruction Industrielle). L’IRI a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1933 en tant qu’organisme d’urgence temporaire, dans le cadre de l’intervention publique plus g\u00e9n\u00e9rale visant \u00e0 g\u00e9rer la grande crise de 1929 <\/span>18<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La crise a investi les trois grandes banques italiennes \u2014 Banca Commerciale Italiana, Banco di Roma et Credito Italiano \u2014 qui contr\u00f4laient une grande partie des participations des principales industries du pays <\/span>19<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L’IRI a \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement cr\u00e9\u00e9e pour sauver ces grandes banques universelles de la faillite et pour rompre leurs liens avec les grandes entreprises.<\/p>\n\n\n\n

En effet, ce lien symbiotique entre les banques et les industries a cr\u00e9\u00e9 de graves probl\u00e8mes pour la Banque d’Italie \u2014 pr\u00eateur de dernier recours du syst\u00e8me financier national \u2014 qui risquait d’\u00eatre balay\u00e9e. Comme Mussolini craignait que l’effondrement financier des secteurs italiens n’entra\u00eene l’\u00e9clatement d’une crise de masse et d’une dissidence sociale, il a charg\u00e9 Beneduce de g\u00e9rer la crise et de r\u00e9former le syst\u00e8me bancaire. Un \u00e9ventuel effondrement du syst\u00e8me bancaire aurait \u00e9t\u00e9 une catastrophe qu’un r\u00e9gime dictatorial comme le fascisme ne pouvait se permettre.<\/p>\n\n\n\n

Un \u00e9ventuel effondrement du syst\u00e8me bancaire aurait \u00e9t\u00e9 une catastrophe qu’un r\u00e9gime dictatorial comme le fascisme ne pouvait se permettre. <\/p>LORENZO CASTELLANI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

C’est de Gen\u00e8ve qu’au d\u00e9but du mois de janvier 1933 Beneduce analyse les probl\u00e8mes \u00e9conomiques pr\u00e9sent\u00e9s par le ministre des Finances, Guido Jung, et donne des directives pour la cr\u00e9ation de l’IRI. Le 14 janvier 1933, Beneduce \u00e9crit \u00e0 Jung : \u00ab dans ces notes, vous trouverez propos\u00e9e une solution unitaire qui vous permettra de cr\u00e9er une institution qui contr\u00f4le plus de cinq cents millions entre capital et r\u00e9serves et g\u00e8re quatre milliards d’obligations. \u00bb <\/span>20<\/sup><\/a><\/span><\/span>Quelques jours plus tard, encourag\u00e9 par le ministre \u00e0 aller de l’avant avec la cr\u00e9ation d’une nouvelle entit\u00e9 apr\u00e8s avoir esquiss\u00e9 un s\u00e9rieux sc\u00e9nario \u00e9conomique international, Beneduce sugg\u00e8re : \u00ab la r\u00e9alit\u00e9 de la vie \u00e9conomique doit toujours \u00eatre affront\u00e9e pour ce qu’elle est ; le d\u00e9veloppement industriel de l’Italie n\u00e9cessite des ajustements, une coordination technique, une r\u00e9organisation \u00e9conomique des entreprises et une coordination financi\u00e8re \u00bb <\/span>21<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La situation financi\u00e8re \u00e0 l’aube de 1933 est critique. Le syst\u00e8me bancaire est au bord de la faillite. Mussolini n’avait donc pas beaucoup d’alternatives \u00e0 la cr\u00e9ation de la holding IRI. Sur la base des accords sign\u00e9s par la nouvelle holding publique avec les trois banques, l’IRI reprend leurs participations et leurs pr\u00eats aux industries. De cette fa\u00e7on, avec les obligations \u00e9mises pour le march\u00e9 financier, l’Institut aurait pu constituer les liquidit\u00e9s n\u00e9cessaires pour financer la restructuration des entreprises h\u00e9rit\u00e9es par les banques, et pour rembourser les dettes envers la Banque d’Italie en vingt ans <\/span>22<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Bien que l’IRI soit alors associ\u00e9 au concept d’\u00c9tat entrepreneur, dans ses premi\u00e8res ann\u00e9es, il est clair que la principale pr\u00e9occupation de Beneduce est de r\u00e9former le cr\u00e9dit industriel et de moderniser le financement des entreprises plus que de g\u00e9rer un grand appareil industriel. En effet, dans un document du 5 d\u00e9cembre 1933 r\u00e9dig\u00e9 par Beneduce et Menichella, les deux technocrates condamnent les rapports corrompus entre les banques et les grandes industries. Ils d\u00e9noncent le pouvoir \u00e9crasant des banquiers et leur copinage. Ce discours a probablement excit\u00e9 la partie de l’\u00e2me anticapitaliste de Mussolini qui provenait de sa formation initiale de socialiste libertaire. L’id\u00e9e qu’\u00e0 travers un instrument tel que l’IRI l’\u00c9tat serait en mesure d’exercer un \u00ab contr\u00f4le total \u00bb sur les banques a probablement convaincu encore plus Mussolini de la faisabilit\u00e9 de cette solution.<\/p>\n\n\n\n

Le Duce donne en effet son feu vert \u00e0 l’op\u00e9ration, mais reste prudent. L’institut devait \u00eatre temporaire, il aurait d\u00fb durer jusqu’\u00e0 ce que ses objectifs soient atteints. Pour appr\u00e9cier l’ampleur de l’intervention de l’IRI, il faut consid\u00e9rer les donn\u00e9es suivantes : le holding contr\u00f4lait des actions pour une valeur de plus de 7 milliards de lires, soit pr\u00e8s de 50 % du montant total des actifs cot\u00e9s \u00e0 la bourse italienne, et il d\u00e9tenait 83,13 % du secteur des t\u00e9l\u00e9communications, 55,88 % du transport maritime, 38,92 % du secteur bancaire, 37,92 % de l’ing\u00e9nierie lourde, 34,28 % de la p\u00eache, 32,18 % du secteur financier et 29,33 % de l’industrie \u00e9lectrique <\/span>23<\/sup><\/a><\/span><\/span>. L’IRI \u00e9tait un conglom\u00e9rat g\u00e9ant, op\u00e9rant dans diff\u00e9rents secteurs avec une position de premier plan.<\/p>\n\n\n\n

La structure de l’IRI \u00e9tait agile, bas\u00e9e sur le mod\u00e8le des pr\u00e9c\u00e9dentes entit\u00e9s de Beneduce, et la plupart des d\u00e9cisions internes \u00e9taient prises par le pr\u00e9sident (Beneduce) et le directeur g\u00e9n\u00e9ral (Menichella). L’Institut comptait peu de cadres et d’employ\u00e9s, la plupart d’entre eux \u00e9tant s\u00e9lectionn\u00e9s directement par la direction g\u00e9n\u00e9rale sur la base de leurs comp\u00e9tences techniques.<\/p>\n\n\n\n

En outre, il convient de noter que le processus d\u00e9cisionnel ne se d\u00e9roulait pas dans les si\u00e8ges du Parti ou du Parlement marginalis\u00e9, ni dans le Conseil des Corporazioni ou dans le Conseil des ministres <\/span>24<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il serait difficile de trouver dans les documents officiels des allusions moins qu’informatives \u00e0 la constitution des nouvelles entit\u00e9s des ann\u00e9es 30. Plut\u00f4t que dans ces institutions traditionnelles, la strat\u00e9gie a plut\u00f4t pris forme dans les niches r\u00e9serv\u00e9es des entit\u00e9s publiques, en partie dans les salles feutr\u00e9es de la Banque d’Italie, en grande partie dans le r\u00e9seau exclusif fr\u00e9quent\u00e9 par les \u00e9lites technocratiques du r\u00e9gime <\/span>25<\/sup><\/a><\/span><\/span>.\u00a0Le secret \u00e9tait une composante essentielle des \u00e9tapes pr\u00e9liminaires de ces nouvelles mesures, tandis que le but ultime de l’intervention n’\u00e9tait jamais expliqu\u00e9 \u00e0 l’opinion publique. En effet, la communication officielle se limitait \u00e0 des informations fragmentaires, souvent incompl\u00e8tes <\/span>26<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Une approche similaire a \u00e9t\u00e9 suivie pour transformer l’IRI en une institution permanente et pour r\u00e9diger la nouvelle loi bancaire. En 1936, Mussolini s’\u00e9tait fix\u00e9 trois objectifs politiques mutuellement li\u00e9s et \u00e0 bien des \u00e9gards compl\u00e9mentaires : renforcer \u00e9conomiquement l’\u00c9thiopie nouvellement conquise ; accro\u00eetre la puissance militaire et de d\u00e9fense italienne ; promouvoir l’autarcie. Il s’agissait, d’une part, de r\u00e9duire au minimum la d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de l’\u00e9tranger en ce qui concerne les produits primaires et les produits finis et, d’autre part, de moderniser l’appareil militaire h\u00e9rit\u00e9 de la Grande Guerre. Sur tous les fronts, l’IRI \u00e9tait fonctionnelle pour la poursuite de ces objectifs.<\/p>\n\n\n\n

En 1936, Mussolini s’\u00e9tait fix\u00e9 trois objectifs politiques mutuellement li\u00e9s et \u00e0 bien des \u00e9gards compl\u00e9mentaires : renforcer \u00e9conomiquement l’\u00c9thiopie nouvellement conquise ; accro\u00eetre la puissance militaire et de d\u00e9fense italienne ; promouvoir l’autarcie. <\/p>LORENZO CASTELLANI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Puis, en 1937, Mussolini surmonte sa prudence initiale et l’entit\u00e9 acquiert un statut permanent. La survie de l’Institut \u00e9tait, selon Mussolini, essentielle pour garder le contr\u00f4le direct du gouvernement sur une partie importante des secteurs tels que l’acier, la construction navale et le transport maritime, car ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme d’int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique. Par cons\u00e9quent, l’IRI est devenu une institution permanente du capitalisme italien non pas parce que Beneduce manquait de confiance dans les initiatives et dans les march\u00e9s priv\u00e9s, mais parce qu’\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930, les d\u00e9cisions de Beneduce sont influenc\u00e9es par des circonstances historiques particuli\u00e8res \u2014 autarcie et guerre \u2014 qui rappellent l’esprit de mobilisation industrielle de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n

Enfin, Beneduce a utilis\u00e9 l’Institut pour cr\u00e9er une nouvelle classe de cadres, en particulier apr\u00e8s 1937, lorsqu’il est devenu \u00e9vident que l’IRI aurait dur\u00e9 longtemps et qu’il aurait soutenu directement le d\u00e9veloppement industriel. Dans ce contexte, les nouvelles entreprises d’\u00c9tat devaient \u00eatre plac\u00e9es dans \u00ab les meilleures mains possibles \u00bb <\/span>27<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Beneduce a \u201ccr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces les cadres sup\u00e9rieurs de l’IRI \u00bb, en recrutant des scientifiques dans les laboratoires de recherche ainsi que des gestionnaires et des techniciens qualifi\u00e9s dans les entreprises priv\u00e9es des secteurs strat\u00e9giques (comme l’\u00e9lectricit\u00e9 et l’acier).<\/p>\n\n\n\n

Dans le m\u00eame temps, il a organis\u00e9 des programmes de formation pour les cadres sup\u00e9rieurs et moyens qui auraient d\u00fb servir la nation, et pas seulement l’IRI, comme il l’a expliqu\u00e9 en 1938 : \u00ab Peu importe que les activit\u00e9s que vous menez vous conduisent dans des entreprises qui ne sont pas contr\u00f4l\u00e9es par l’IRI. Le but de l’IRI est de former une classe dirigeante s\u00e9lectionn\u00e9e qui s’appuie largement sur la technique et sur la science \u00bb <\/span>28<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Dans ce contexte, il aurait fallu \u00e9viter non seulement la faiblesse du capitalisme priv\u00e9, mais aussi l’influence du parti pour g\u00e9rer correctement le nouvel appareil des industries publiques. Pour limiter les interf\u00e9rences politiques, Beneduce a fait trois choix institutionnels. Premi\u00e8rement, l’IRI conserverait son premier et principal objectif : le contr\u00f4le du cr\u00e9dit. Deuxi\u00e8mement, aucune activit\u00e9 \u00e9conomique ne serait nationalis\u00e9e ; l’IRI conserverait son statut juridique d’institution priv\u00e9e et, dans la mesure du possible, \u00e9tablirait des alliances avec des entreprises priv\u00e9es. Troisi\u00e8mement, les Corporazioni <\/em>seront tenues \u00e0 l’\u00e9cart des activit\u00e9s de l’IRI, en ce qui concerne les choix strat\u00e9giques et la gestion des entreprises contr\u00f4l\u00e9es par l’IRI <\/span>29<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Beneduce s’est montr\u00e9 concret et pragmatique dans le passage \u00e0 l’entit\u00e9 permanente. Ces caract\u00e9ristiques ont permis au Duce, d’une part, de pr\u00e9venir et de contenir, si n\u00e9cessaire, les demandes de telle ou telle faction du parti en recourant \u00e0 l’arbitrage de son super technocrate, et, d’autre part, de neutraliser les sorties impromptues des corporatistes, de la \u00ab gauche en chemise noire \u00bb. <\/span>30<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n\n\n\n

En effet, malgr\u00e9 les pressions exerc\u00e9es sur Mussolini par les repr\u00e9sentants du corporatisme int\u00e9gral, le Duce n’avait pas chang\u00e9 la ligne d’action pragmatique qu’il avait toujours suivie. Il n’avait pas l’intention de se lier \u00e0 un paradigme \u00e9conomique pr\u00e9cis, il voulait avoir les mains libres pour s’adapter aux diff\u00e9rentes \u00e9ventualit\u00e9s, que ce soit celles qui pouvaient \u00eatre utilis\u00e9es par la \u00ab main publique \u00bb ou avec l’aide du grand capital priv\u00e9. Dans ce contexte, l’influence progressivement acquise par les hauts responsables de l’IRI s’explique avant tout par le fait que le r\u00e9gime ne disposait pas d’une strat\u00e9gie \u00e9conomique propre, d’une conception programmatique coh\u00e9rente et univoque. En effet, nous pouvons affirmer que Beneduce a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par Mussolini comme un tampon entre les forces oppos\u00e9es des grands industriels et celles des corporatistes.<\/p>\n\n\n\n

Dans ce contexte, l’influence progressivement acquise par les hauts responsables de l’IRI s’explique avant tout par le fait que le r\u00e9gime ne disposait pas d’une strat\u00e9gie \u00e9conomique propre, d’une conception programmatique coh\u00e9rente et univoque. <\/p>LORENZO CASTELLANI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Il \u00e9tait dit dans le m\u00eame rapport que l’IRI avait fait \u00ab une r\u00e9colte abondante d’inimiti\u00e9s \u00bb parce que \u00ab la plupart des repr\u00e9sentants des classes ploutocratiques et capitalistes ont toujours con\u00e7u la fonction de ses relations avec l’\u00c9tat comme une tentative continue de voler l’\u00c9tat \u00bb. En consolidant l’IRI, Mussolini envoie un double message. Aux corporatistes, il expliquait qu’un capitalisme d’\u00c9tat robuste, m\u00eame s’il ne r\u00e9alisait pas le r\u00eave de l’\u00e9conomie d’entreprise, \u00e9tait toujours pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 une \u00e9conomie de march\u00e9 libre domin\u00e9e par l’oligarchie industrielle priv\u00e9e. Et aux industriels, il a envoy\u00e9 l’id\u00e9e inverse : la solution de l’IRI \u00e9tait meilleure qu’une \u00e9conomie collectiviste.<\/p>\n\n\n\n

De plus, l’intervention pour r\u00e9former le syst\u00e8me financier a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9e par l’approbation de la loi bancaire de 1936, dont la conception visait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 \u00e9liminer la cause principale de l’instabilit\u00e9 financi\u00e8re syst\u00e9mique, d\u00e9rivant de l’interd\u00e9pendance toxique entre les banques et les industries mixtes. Une fois encore, le braintrust <\/em>de l’IRI, dirig\u00e9 par Beneduce, a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans la conception de la nouvelle loi <\/span>31<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

L’objectif de la nouvelle r\u00e9forme bancaire \u00e9tait coh\u00e9rent avec la cr\u00e9ation de l’IRI. Elle visait \u00e0 surmonter le mod\u00e8le bancaire mixte qui avait conduit \u00e0 la crise de 1931-1932, \u00e0 s\u00e9parer les institutions de cr\u00e9dit \u00e0 court terme et celles de cr\u00e9dit \u00e0 moyen et long terme, \u00e0 renforcer le contr\u00f4le public et la r\u00e9glementation des plus grandes banques.<\/p>\n\n\n\n

L’axe Beneduce-Mussolini<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

La principale pr\u00e9occupation de Beneduce apr\u00e8s la cr\u00e9ation de l’IRI \u00e9tait de pr\u00e9server son autonomie par rapport \u00e0 la politique. Cette strat\u00e9gie a \u00e9t\u00e9 poursuivie en combinant la l\u00e9gitimation technocratique dans la s\u00e9lection des cadres sup\u00e9rieurs des industries de l’IRI \u00e0 un axe direct avec Mussolini sur les principales d\u00e9cisions strat\u00e9giques concernant l’Institut. Selon le t\u00e9moignage d’un autre technocrate, Felice Guarneri, \u00ab Beneduce (et plus tard Giordani, qui lui succ\u00e9da \u00e0 la pr\u00e9sidence de l’Institut en 1939) et Menichella rendaient directement compte, pour les choses les plus importantes, au chef du gouvernement, de qui, comme il le disait, ils recevaient des directives, qui \u00e9taient leurs directives, et aucun pouvoir de l’\u00c9tat ou du parti n’interf\u00e9rait avec eux \u00bb. En effet, le fascisme n’a jamais fait d’intrusion dans la vie des entreprises priv\u00e9es pour imposer des hommes ou ses m\u00e9thodes. En ce qui concerne les entreprises de l\u2019IRI, l’intervention du gouvernement ou du parti s’est limit\u00e9e \u00e0 sugg\u00e9rer quelques noms \u00e0 inclure dans les conseils d’administration, en g\u00e9n\u00e9ral : d’anciens ambassadeurs, de hauts fonctionnaires de l’\u00c9tat, exceptionnellement quelques hi\u00e9rarque discret hors service \u00bb <\/span>32<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Le souci de la direction de l’IRI de pr\u00e9server son autonomie en mati\u00e8re de gestion du personnel et de strat\u00e9gie industrielle, en affirmant des principes de l\u00e9gitimit\u00e9 fond\u00e9s sur la comp\u00e9tence technique et sur l’efficacit\u00e9 \u00e9conomique plut\u00f4t que sur la simple loyaut\u00e9 au r\u00e9gime appara\u00eet incontestable ; mais la direction de l’IRI a pu r\u00e9sister \u00e0 la pression des organes fascistes \u2014 parti, syndicats, corporazioni <\/em>\u2014 de mani\u00e8re efficace gr\u00e2ce \u00e0 la relation directe entre Beneduce et Mussolini. C’est donc sur ce terrain qu’il faut consid\u00e9rer la question de l’autonomie de l’IRI. Car c’est avec Mussolini, et occasionnellement avec le ministre des Finances, que l’autonomie de l’Institut a \u00e9t\u00e9 contract\u00e9e pas \u00e0 pas par Beneduce et par ses collaborateurs <\/span>33<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La capacit\u00e9 de la direction de l’Institut \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment de se d\u00e9placer dans les interstices de cette relation pour affirmer ses propres orientations de politique industrielle <\/span>34<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Le souci de la direction de l’IRI de pr\u00e9server son autonomie en mati\u00e8re de gestion du personnel et de strat\u00e9gie industrielle, en affirmant des principes de l\u00e9gitimit\u00e9 fond\u00e9s sur la comp\u00e9tence technique et sur l’efficacit\u00e9 \u00e9conomique plut\u00f4t que sur la simple loyaut\u00e9 au r\u00e9gime appara\u00eet incontestable ; mais la direction de l’IRI a pu r\u00e9sister \u00e0 la pression des organes fascistes de mani\u00e8re efficace gr\u00e2ce \u00e0 la relation directe entre Beneduce et Mussolini. <\/p>LORENZO CASTELLANI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

A l’occasion de la cr\u00e9ation de Finsider en 1937, par exemple, l’IRI avait pr\u00e9alablement soumis au chef du gouvernement les crit\u00e8res de formation du premier conseil d’administration avec les noms propos\u00e9s, recevant l’approbation de Mussolini, mais avec l’indication, ensuite promptement suivie, d’int\u00e9grer dans la composition du conseil envisag\u00e9 par l’Institut un repr\u00e9sentant des syndicats ouvriers <\/span>35<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La correspondance avec le gouvernement \u00e9tait \u00e9galement particuli\u00e8rement intense pour les questions financi\u00e8res qui avaient des r\u00e9percussions politiques importantes. Beneduce informait p\u00e9riodiquement Mussolini de l’avancement des op\u00e9rations par lesquelles l’IRI pouvait r\u00e9duire la dette aupr\u00e8s des grandes banques qu’il recevait \u2014 contract\u00e9e \u00e0 la suite de l’acquisition de leurs participations industrielles \u2014, leur permettant, \u00e0 leur tour, de r\u00e9duire leur exposition \u00e0 la Banque d’Italie.<\/p>\n\n\n\n

En d’autres occasions, le pr\u00e9sident de l’IRI a pu endiguer la pression du parti sur les nominations de la haute direction. Par exemple, Beneduce rejette fermement les p\u00e9titions du secr\u00e9taire priv\u00e9 de Mussolini pour l’attribution du poste d’administrateur d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 Bacini Napoletani \u00e0 un ancien commandant de la marine, opposant les besoins de capacit\u00e9 technique pour la gestion de la soci\u00e9t\u00e9. Le pr\u00e9sident de l’IRI pourrait r\u00e9pondre avec un argument technocratique : \u00ab il ne s’agit pas ici d’un travail, mais d’avoir la responsabilit\u00e9 d’une entreprise et de la conduire avec des crit\u00e8res industriels solides \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

Dans certains cas, Beneduce est rest\u00e9 plus prudent, comme dans la nomination du commissaire Puri dans l’entreprise Cornigliano Cogne. Puri, s\u00e9lectionn\u00e9 par Beneduce pour \u00eatre nomm\u00e9 directeur de l’entreprise, est soup\u00e7onn\u00e9 de d\u00e9loyaut\u00e9 envers le r\u00e9gime suite aux enqu\u00eates du f\u00e9d\u00e9ral fasciste de G\u00eanes. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 des soup\u00e7ons qui p\u00e8sent sur Puri, Beneduce \u00e9crit imm\u00e9diatement au secr\u00e9taire particulier du Duce : \u00ab D’apr\u00e8s mes informations directes, il semble que le commissaire Puri soit une personne d’une honn\u00eatet\u00e9 irr\u00e9prochable et d’une capacit\u00e9 hors du commun \u00bb, mais il s’en remet au jugement du Duce en ajoutant : \u00ab Le sens \u00e9lev\u00e9 de la justice du chef du gouvernement l’incitera certainement \u00e0 ordonner que l’enqu\u00eate soit exhaustive \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 une autre occasion, Beneduce \u00e9crit au secr\u00e9taire du parti : \u00ab Dans l’exercice des t\u00e2ches lourdes que l’\u00c9tat a confi\u00e9es \u00e0 l’IRI, et cela doit avoir la possibilit\u00e9 de choisir les hommes \u00e0 placer \u00e0 la t\u00eate des entreprises, c’est-\u00e0-dire des hommes qui, gr\u00e2ce \u00e0 une vaste exp\u00e9rience acquise dans le milieu industriel, donnent la meilleure confiance pour r\u00e9ussir dans des t\u00e2ches d’autant plus difficiles que des m\u00e9thodes malsaines et non inspir\u00e9es par des crit\u00e8res industriels corrects ont perdur\u00e9 dans les entreprises. Si l’IRI ne pouvait pas faire cela, il \u00e9chouerait certainement dans les objectifs que l’\u00c9tat lui a impos\u00e9 d’atteindre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n

En outre, \u00e0 plusieurs reprises, Beneduce a d\u00e9montr\u00e9 sa capacit\u00e9 politique par une s\u00e9rie dense de dons de ses institutions sur l’assistance sociale du parti ou en faveur des familles des soldats en guerre <\/span>36<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il informait le Duce ou son secr\u00e9taire priv\u00e9 de ces dons, soulignant les r\u00e9sultats financiers positifs obtenus par Crediop, l’ICIPU et l’IRI qui permettaient les dons g\u00e9n\u00e9reux au parti. D’autre part, les dons \u00e9taient une strat\u00e9gie pour maintenir de bonnes relations avec le parti fasciste et pour d\u00e9montrer sa loyaut\u00e9 politique envers le r\u00e9gime. En effet, il aurait \u00e9t\u00e9 difficile de critiquer Beneduce devant Mussolini tant que ses entit\u00e9s produisaient des profits pour la nation, et des dons pour l’aide sociale contr\u00f4l\u00e9e par le parti. <\/p>\n\n\n\n

Beneduce a toujours pu compter sur une relation directe avec le chef du gouvernement pour g\u00e9rer les cas les plus difficiles. Il semble toutefois qu’il n’ait pas manqu\u00e9 de satisfaire les demandes des oligarques du parti lorsque cela \u00e9tait possible, lorsque les pressions politiques pouvaient \u00eatre concili\u00e9es avec les objectifs de l’Institut. L’espace que Beneduce obtient pour g\u00e9rer l’IRI avec une relative ind\u00e9pendance se situe toujours \u00e0 l’int\u00e9rieur des fronti\u00e8res n\u00e9goci\u00e9es avec Mussolini. En effet, dans tous les cas, Beneduce devait rendre des comptes, ou demander un consentement explicite au Duce pour toutes les questions li\u00e9es \u00e0 l’IRI qui impliquaient des cons\u00e9quences politico-\u00e9conomiques importantes pour le r\u00e9gime <\/span>37<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Beneduce a toujours pu compter sur une relation directe avec le chef du gouvernement pour g\u00e9rer les cas les plus difficiles. Il semble toutefois qu’il n’ait pas manqu\u00e9 de satisfaire les demandes des oligarques du parti lorsque cela \u00e9tait possible, lorsque les pressions politiques pouvaient \u00eatre concili\u00e9es avec les objectifs de l’Institut. <\/p>LORENZO CASTELLANI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

En conclusion, certaines questions se posent : dans quelle mesure le fascisme a-t-il influenc\u00e9 cette \u00ab autonomie technocratique \u00bb des entit\u00e9s de Beneduce, ou bien en a-t-il souffert ? Pourquoi le syst\u00e8me des d\u00e9pouilles (spoil system<\/em>), qui pr\u00e9valait et faisait rage dans les entit\u00e9s publiques consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00c9tat-providence, ne s’est-il pas \u00e9tendu \u00e9galement au domaine de l’\u00c9tat entrepreneur ?<\/p>\n\n\n\n

C’est l\u00e0 que r\u00e9side l’un des probl\u00e8mes historiographiques les plus int\u00e9ressants qui se posent aujourd’hui. En effet, des r\u00e9ponses \u00e0 ces questions pourraient pr\u00e9senter une mosa\u00efque institutionnelle du totalitarisme fasciste beaucoup plus complexe que celle offerte aujourd’hui par l’historiographie.<\/p>\n\n\n\n

Un technocrate au sein du r\u00e9gime fasciste<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

En 1936, Alberto Beneduce est frapp\u00e9 par une attaque c\u00e9r\u00e9brale qui le contraint d’abord \u00e0 ralentir son rythme de travail et d’action, puis \u00e0 se retirer d\u00e9finitivement en 1939 <\/span>38<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il meurt dans sa villa de Rome en 1944. Sa figure reste li\u00e9e \u00e0 l’\u00e9poque fasciste, mais de nombreuses institutions fond\u00e9es par Beneduce perdurente au-del\u00e0 de sa mort, survivant \u00e0 l’effondrement du r\u00e9gime fasciste <\/span>39<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il en va de m\u00eame pour ses jeunes assistants, \u00e9l\u00e8ves et cadres, qui occupent des postes influents et font de brillantes carri\u00e8res durant l’\u00e8re r\u00e9publicaine <\/span>40<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

La biographie de Beneduce montre comment le fascisme a cherch\u00e9 \u00e0 se l\u00e9gitimer non seulement face aux masses ou \u00e0 des fractions de la classe intellectuelle, mais a \u00e9galement poursuivi une l\u00e9gitimation technocratique qui visait \u00e0 planifier la croissance et \u00e0 accro\u00eetre la puissance de la nation par l’utilisation de la technique et des comp\u00e9tences professionnelles. Comme l’a soulign\u00e9 Paolo Ungari, la l\u00e9gitimation technocratique proposait l’hypoth\u00e8se d’un fascisme capable de mener \u00e0 bien un processus de modernisation radicale de la structure productive et financi\u00e8re italienne, un r\u00e9gime qui a choisi de s’appuyer sur les technocrates et sur les institutions technocratiques pour g\u00e9rer les risques et les crises associ\u00e9s \u00e0 la sph\u00e8re \u00e9conomique et financi\u00e8re <\/span>41<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette perspective permet d’expliquer les adh\u00e9sions au r\u00e9gime d’\u00e9minents techniciens qui, comme Beneduce, refusent d’adh\u00e9rer explicitement au parti fasciste. Ces hommes, dans plus d’un cas, avaient derri\u00e8re eux un pass\u00e9 politique qui n’autorise pas \u00e0 configurer en termes purement opportunistes l’adh\u00e9sion donn\u00e9e au fascisme. Les technocrates esp\u00e9raient exploiter le pouvoir fasciste pour poursuivre des r\u00e9formes pour lesquelles le terrain de l’ancienne d\u00e9mocratie parlementaire s’\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 trop glissant, et ses proc\u00e9dures trop lentes. Dans le m\u00eame temps, Mussolini utilisait la technocratie pour d\u00e9politiser des questions complexes telles que l’interventionnisme de l’\u00c9tat dans l’\u00e9conomie et la r\u00e9forme des finances, r\u00e9duisant ainsi les risques d’\u00e9mergence de conflits politiques.<\/p>\n\n\n\n

Les technocrates esp\u00e9raient exploiter le pouvoir fasciste pour poursuivre des r\u00e9formes pour lesquelles le terrain de l’ancienne d\u00e9mocratie parlementaire s’\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 trop glissant, et ses proc\u00e9dures trop lentes. <\/p>LORENZO CASTELLANI<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Alberto Beneduce \u00e9tait le fer de lance de ce grand corps de technocrates, celui qui, plus que tout autre, a fourni la mati\u00e8re de la l\u00e9gitimit\u00e9 technocratique du r\u00e9gime et, en m\u00eame temps, a exploit\u00e9 la dictature pour faire avancer une r\u00e9forme du rapport entre l’\u00c9tat et le march\u00e9 qui \u00e9tait depuis longtemps en panne.<\/p>\n\n\n\n

La relation avec le Duce a \u00e9t\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 pour Beneduce, car il a pu obtenir une large autonomie de gestion qui d\u00e9pendait de ses connaissances techniques en mati\u00e8re financi\u00e8re, et de l’estime que le dictateur lui portait. En ce sens, sur le plan politique, Beneduce, qui n’a jamais adh\u00e9r\u00e9 au parti fasciste, ne serait-ce qu’au moment o\u00f9 il s’est retir\u00e9 de la vie publique, semble \u00eatre plus un mussolinien qu’un fasciste <\/span>42<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ce n’est que gr\u00e2ce au soutien du Duce qu’il a pu d\u00e9velopper une nouvelle organisation \u00e9conomique, souvent ouvertement combattue par une partie du fascisme. Cette relation qui fut \u00e9galement possible gr\u00e2ce au cr\u00e9dit dont Beneduce b\u00e9n\u00e9ficia de la part de certains hommes qui faisaient partie de l’establishment industriel, financier et international, ainsi que du gouvernement comme Bonaldo Stringher, Guido Jung et Giuseppe Volpi di Misurata <\/span>43<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

L’originalit\u00e9 de l’IRI et de sa philosophie constitue en effet la meilleure image de la force de la mentalit\u00e9 technocratique n\u00e9e \u00e0 l’\u00e9poque fasciste. En 1933, Donato Menichella, directeur g\u00e9n\u00e9ral de l’IRI, \u00e9crivait : \u00ab Le technicien doit reprendre sa position de responsabilit\u00e9 et de dignit\u00e9 dans l’industrie et le financier doit revenir \u00e0 sa fonction originelle bas\u00e9e sur la connaissance g\u00e9n\u00e9rique des activit\u00e9s \u00e9conomiques du pays \u00bb <\/span>44<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n

Ainsi, dans le projet de Beneduce et de ses collaborateurs, il y avait non seulement la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger leur autonomie de gestion, mais aussi celle de rationaliser et de r\u00e9organiser le syst\u00e8me financier et \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n

Dans ce syst\u00e8me de pouvoir, le d\u00e9cideur supr\u00eame, le Duce, d\u00e9cidait, mais sur la base d’une articulation plus large des pouvoirs, qui implique Beneduce et son groupe. Face aux autres pouvoirs politiques, la position importante des technocrates au sein du r\u00e9gime \u00e9tait l\u00e9gitim\u00e9e sur la base de la comp\u00e9tence technique. Mussolini fait confiance \u00e0 l’expertise de Beneduce en tant que technicien et gestionnaire, et le Duce utilise le technocrate a-fasciste pour g\u00e9rer la crise et soustraire les questions financi\u00e8res et industrielles au conflit politique.<\/p>\n\n\n\n

Enfin, le r\u00f4le de l’\u00e9lite technocratique \u00e0 l’\u00e9poque fasciste nous montre \u00e9galement un paradoxe du r\u00e9gime lui-m\u00eame. Le paradoxe \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment qu’au c\u0153ur du pouvoir fasciste, l\u00e0 o\u00f9 \u00e9taient prises les d\u00e9cisions strat\u00e9giques sur la relance et sur le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, il existait un petit groupe de technocrates, qui agissaient discr\u00e8tement en tant que d\u00e9cideurs cl\u00e9s, bien qu’ils restaient substantiellement \u00e9loign\u00e9s par leurs origines, leur culture, leurs relations, leur m\u00e9thodologie de pens\u00e9e, du paradigme fasciste dominant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

La carri\u00e8re de Beneduce, de postes de direction dans la finance \u00e0 la pr\u00e9sidence de l’Institut pour la Reconstruction Industrielle (IRI), offre un formidable exemple d’autonomie technocratique au sein m\u00eame de l’\u00c9tat fasciste. 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