{"id":116738,"date":"2021-08-15T16:15:14","date_gmt":"2021-08-15T14:15:14","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=116738"},"modified":"2021-08-15T21:31:25","modified_gmt":"2021-08-15T19:31:25","slug":"le-temps-long-du-capitalisme-deuxieme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/08\/15\/le-temps-long-du-capitalisme-deuxieme-partie\/","title":{"rendered":"Le temps long du capitalisme. Deuxi\u00e8me partie"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Deuxi\u00e8me partie&#160;: Apr\u00e8s la chute. Les forces obscures<\/h4>\n\n\n\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">La br\u00e8ve d\u00e9cennie qui a suivi la crise financi\u00e8re mondiale de 2008 a produit beaucoup de choses qui auraient \u00e9t\u00e9 impensables dans la p\u00e9riode d&rsquo;apr\u00e8s-guerre. La crise a non seulement entra\u00een\u00e9 une forte r\u00e9cession \u00e9conomique dans de nombreux pays d\u00e9velopp\u00e9s, mais elle a \u00e9galement \u00e9branl\u00e9 la confiance dans la comp\u00e9tence \u00e9conomique et politique des gouvernements et des institutions en place dans les d\u00e9mocraties, des deux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Atlantique. Aux \u00c9tats-Unis et en Europe, les \u00ab&#160;\u00e9lites&#160;\u00bb et le \u00ab&#160;le pouvoir \u00e9tabli&#160;\u00bb ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s par des insurg\u00e9s populistes, repr\u00e9sentant (ou pr\u00e9tendant repr\u00e9senter) les m\u00e9contents, les d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s et les marginalis\u00e9s. La r\u00e9cession \u00e9conomique n&rsquo;\u00e9tait pas aussi grave que la Grande D\u00e9pression des ann\u00e9es 30, et la r\u00e9action politique n&rsquo;impliquait pas un glissement vers un fascisme totalitaire pur et dur, mais les normes d\u00e9mocratiques ont \u00e9t\u00e9 affaiblies, et les d\u00e9magogues et autocrates se sont vus \u00eatre renforc\u00e9s de mani\u00e8re inimaginable pour les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela allait \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;id\u00e9e audacieuse de Hayek en 1945, selon laquelle le syst\u00e8me de march\u00e9 \u0153uvrerait \u00e0 la diffusion de connaissances utiles et pratiques dans le monde, et aiderait ainsi \u00e0 construire un ordre \u00e9conomique rationnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Une crise financi\u00e8re majeure comme celle de 2008 est plus qu&rsquo;une simple r\u00e9cession, ou un ralentissement de l&rsquo;\u00e9conomie. C&rsquo;est un choc violent contre la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame. Les structures qui semblaient s\u00fbres deviennent incertaines. Ce qui avait de la valeur devient sans valeur. Les actifs deviennent des passifs. Les profits deviennent des pertes. Les dettes s&rsquo;accumulent, et les bonnes garanties deviennent suspectes, voire sans valeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l&rsquo;a d\u00e9crit Keynes dans les ann\u00e9es 1930, une crise est un changement soudain, ou un effondrement de l&rsquo;efficacit\u00e9 marginale du capital, qui repose fortement sur des attentes pr\u00e9caires de l&rsquo;avenir. Les attentes concernant les rendements \u00e0 long terme des immobilisations changent soudainement, et les nouveaux investissements qui semblaient rentables \u00e0 un moment donn\u00e9, semblent ne plus l&rsquo;\u00eatre le moment suivant, de sorte qu&rsquo;ils ne sont pas entrepris. Le r\u00e9sultat est que l&rsquo;\u00e9conomie retient collectivement son souffle. Les plans restent inex\u00e9cut\u00e9s. La stagnation s&rsquo;ensuit, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les attentes de rendement s&rsquo;am\u00e9liorent, ce qui peut ne pas se produire spontan\u00e9ment jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;ensemble du stock d&rsquo;immobilisations soit \u00e9puis\u00e9 \u2014 ce qui peut prendre des ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Une crise majeure est donc une d\u00e9chirure dans le tissu m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9, tout aussi dommageable en termes \u00e9conomiques qu&rsquo;une catastrophe physique ou une guerre, mais sans aucune explication visible similaire, de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;un tremblement de terre, un incendie ou une inondation peuvent \u00eatre expliqu\u00e9s. C&rsquo;est ce caract\u00e8re invisible de la dislocation, aux causes hautement abstraites et \u00e9sot\u00e9riques, qui est peut-\u00eatre le plus dommageable pour la coh\u00e9sion sociale. Comme le disait Keynes, les attentes de l&rsquo;avenir affectent le pr\u00e9sent par le biais du prix des \u00e9quipements durables. Des choses r\u00e9elles, tangibles \u2014 rien ne saurait \u00eatre plus r\u00e9el que les biens d&rsquo;\u00e9quipement durables&#160;: les b\u00e2timents, les maisons, les usines et les fondements de l&rsquo;\u00e9conomie moderne \u2014 sont mortellement affect\u00e9s par des forces invisibles qu&rsquo;\u00e0 peine une personne sur un million peut comprendre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>C&rsquo;est ce caract\u00e8re invisible de la dislocation, aux causes hautement abstraites et \u00e9sot\u00e9riques, qui est peut-\u00eatre le plus dommageable pour la coh\u00e9sion sociale. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Le sch\u00e9ma est le suivant&#160;: pendant le boom qui pr\u00e9c\u00e8de le crash, les prix des biens d&rsquo;\u00e9quipement existants sont propuls\u00e9s vers le haut de mani\u00e8re insoutenable, pouss\u00e9s non pas par la raison ou par la logique, mais par la psychologie collective sur les march\u00e9s d&rsquo;investissement. Beaucoup de nouveaux investissements (c&rsquo;est-\u00e0-dire dans de nouvelles immobilisations) ont lieu pendant cette p\u00e9riode. L&rsquo;avenir est envisag\u00e9 avec confiance. Mais lors d&rsquo;un krach, ces m\u00eames prix s&rsquo;effondrent, avec \u00ab&#160;une force soudaine et m\u00eame catastrophique&#160;\u00bb, comme lors du krach de Wall Street en 1929, lorsque des actions s\u00fbres comme General Motors et US Steel ont perdu plus de 90&#160;% de leur valeur. L&rsquo;avenir est d\u00e9sormais synonyme de peur. Les nouveaux investissements n&rsquo;ont pas lieu, ce qui ralentit l&rsquo;\u00e9conomie jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle puisse, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, \u00eatre incit\u00e9e \u00e0 red\u00e9marrer. Il y a aussi des cons\u00e9quences politiques&#160;: les institutions sociales, les structures et les projets construits pendant le boom sont mis \u00e0 mal par le crash. Il en va de m\u00eame pour les dirigeants politiques&#160;: le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Hoover, arriv\u00e9 au pouvoir en 1929 avant le krach de Wall Street, a \u00e9t\u00e9 fatalement associ\u00e9 \u00e0 la d\u00e9pression, contre laquelle il n&rsquo;a rien pu faire, et a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par Roosevelt en 1933, qui a tout essay\u00e9. En 1840, le jeune Abraham Lincoln a failli abandonner la vie politique apr\u00e8s qu&rsquo;une crise bancaire r\u00e9gionale a provoqu\u00e9 l&rsquo;arr\u00eat brutal des travaux qu&rsquo;il avait encourag\u00e9s pour d\u00e9velopper les chemins de fer, les canaux, les ponts et les routes dans l&rsquo;Illinois.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, dans le <em>Manifeste du parti communiste<\/em> de 1848, Marx et Engels \u00e9crivaient \u00e0 propos des crises r\u00e9currentes du capitalisme que la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise moderne avait conjur\u00e9 de gigantesques moyens de production et d&rsquo;\u00e9change \u00ab&#160;comme le sorcier, qui n&rsquo;est plus capable de contr\u00f4ler les puissances du monde souterrain qu&rsquo;il a appel\u00e9es par ses sortil\u00e8ges&#160;\u00bb. Dans ces crises, qui menacent l&rsquo;existence m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, \u00ab&#160;une grande partie non seulement des produits existants, mais aussi des forces productives pr\u00e9c\u00e9demment cr\u00e9\u00e9es, sont p\u00e9riodiquement d\u00e9truites&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un tournant majeur dans le cycle de la destruction p\u00e9riodique est devenu l&rsquo;importance pour l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui des immobilisations sous forme de propri\u00e9t\u00e9, ou de biens immobiliers. La plupart des cr\u00e9dits bancaires dans le monde d\u00e9velopp\u00e9 d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sont associ\u00e9s au financement de l&rsquo;immobilier. Le d\u00e9clencheur de la crise mondiale de 2008 a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;effondrement du march\u00e9 des cr\u00e9ances hypoth\u00e9caires, apr\u00e8s une chute des prix de l&rsquo;immobilier aux \u00c9tats-Unis. Avant la crise, les prix de l&rsquo;immobilier r\u00e9sidentiel et commercial avaient fortement augment\u00e9 dans le monde entier, aliment\u00e9s par l&rsquo;offre de cr\u00e9dit bancaire. Comme dans les ann\u00e9es qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le krach de Wall Street en 1929, lorsque le cr\u00e9dit a aliment\u00e9 une bulle dans les prix des actions, le cr\u00e9dit a aliment\u00e9 une hausse sp\u00e9culative des prix de l&rsquo;immobilier jusqu&rsquo;\u00e0 un point o\u00f9 ils sont devenus insoutenables, un amalgame branlant de cr\u00e9ances hypoth\u00e9caires construit sur ces biens immobiliers est devenu incertain, et lorsqu&rsquo;il s\u2019est effondr\u00e9, la panique s&rsquo;est r\u00e9pandue dans le monde financier. Les syst\u00e8mes bancaires am\u00e9ricains et europ\u00e9ens interconnect\u00e9s, contenant d&rsquo;\u00e9normes volumes de cr\u00e9ances transfrontali\u00e8res entre institutions financi\u00e8res, ont fait de l\u2019effondrement une crise transatlantique. La r\u00e9tention du cr\u00e9dit par les banques en faillite a ensuite frapp\u00e9 les prix de l&rsquo;immobilier en g\u00e9n\u00e9ral, et a coup\u00e9 une source de financement des investissements en capital des entreprises, cr\u00e9ant une profonde r\u00e9cession.<\/p>\n\n\n\n<p>Vus de l&rsquo;ext\u00e9rieur, ou r\u00e9trospectivement, ces processus sont, tels que d\u00e9crits ici, raisonnablement compr\u00e9hensibles. Il y a une explication rationnelle, m\u00eame si elle est d\u00e9sagr\u00e9able. Mais vus de l&rsquo;int\u00e9rieur, ou tels qu&rsquo;ils se produisent, par les personnes concern\u00e9es, ils ne semblent gu\u00e8re avoir de sens du tout. Loin de r\u00e9pandre la connaissance dans la soci\u00e9t\u00e9, ce qui se passe semble compl\u00e8tement irrationnel \u2014 ou, pire, caus\u00e9 par quelqu&rsquo;un ou quelque chose ayant des intentions malignes, comme les \u201cpouvoirs du monde souterrain\u201d \u00e9voqu\u00e9s par le sorcier de Marx. De cette ligne de fracture dans la normalit\u00e9, de nombreuses choses anormales ont \u00e9merg\u00e9 apr\u00e8s 2008.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le Royaume-Uni se tourne vers l&rsquo;int\u00e9rieur<\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;exemple le plus parlant est la s\u00e9quence des \u00e9v\u00e9nements qui se sont pass\u00e9s au Royaume-Uni, o\u00f9 se trouvent des banques collectivement cinq fois plus importantes en 2007 que l&rsquo;\u00e9conomie nationale, et dont Londres est la principale plaque tournante europ\u00e9enne de la crise financi\u00e8re. En l&rsquo;espace d&rsquo;\u00e0 peine dix ans, dans la d\u00e9cennie qui a suivi 2008, le Royaume-Uni est pass\u00e9 du statut de leader de la r\u00e9ponse mondiale \u00e0 celui d&rsquo;\u00c9tat paria, se repliant sur lui-m\u00eame et se retirant des structures coop\u00e9ratives d&rsquo;apr\u00e8s-guerre de l&rsquo;Union europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>En l&rsquo;espace d&rsquo;\u00e0 peine dix ans, dans la d\u00e9cennie qui a suivi 2008, le Royaume-Uni est pass\u00e9 du statut de leader de la r\u00e9ponse mondiale \u00e0 celui d&rsquo;\u00c9tat paria, se repliant sur lui-m\u00eame et se retirant des structures coop\u00e9ratives d&rsquo;apr\u00e8s-guerre de l&rsquo;Union europ\u00e9enne. <\/p><cite> David Harrison <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>En 2009, dans le sillage imm\u00e9diat de la crise, le gouvernement britannique a convoqu\u00e9 un sommet mondial des leaders mondiaux \u00e0 Londres, qui a publi\u00e9 la d\u00e9claration suivante&#160;: \u00ab&#160;Nous sommes confront\u00e9s au plus grand d\u00e9fi des temps modernes pour l&rsquo;\u00e9conomie mondiale&#160;; une crise qui s&rsquo;est aggrav\u00e9e depuis notre derni\u00e8re rencontre, qui affecte la vie des femmes, des hommes et des enfants dans chaque pays, et que tous les pays doivent s&rsquo;unir pour r\u00e9soudre. Une crise mondiale exige une solution mondiale&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse mondiale coordonn\u00e9e r\u00e9sultant du sommet de Londres comprenait un assouplissement mon\u00e9taire majeur, un important coup de pouce fiscal repr\u00e9sentant 2&#160;% du PIB mondial sur deux ans, ainsi que la plus grande garantie et le plus grand soutien au syst\u00e8me bancaire mondial jamais vus, comprenant 2 000 milliards de dollars de soutien et 7 000 milliards de livres de garanties.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela \u00e9tait appropri\u00e9 en guise de r\u00e9ponse \u00e0 la crise, mais le tournant du cycle \u00e9lectoral national au Royaume-Uni a ensuite entra\u00een\u00e9 un recul de la coop\u00e9ration internationale. \u00c0 l&rsquo;instar d&rsquo;autres pays europ\u00e9ens, les dirigeants politiques en place au moment de la crise de 2008 ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vinc\u00e9s du pouvoir par la suite, devenant ainsi entach\u00e9s par leur association avec celle-ci. Apr\u00e8s un changement de gouvernement en 2010, un gouvernement de coalition de crise a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 qui, au lieu de se concentrer sur la promotion de la croissance mondiale et des solutions mondiales, s&rsquo;est plut\u00f4t concentr\u00e9 sur la consolidation financi\u00e8re nationale et sur un programme de repli \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette politique, qui a pr\u00e9valu pendant le reste de la d\u00e9cennie, a \u00e9vit\u00e9 de s&rsquo;attaquer \u00e0 la nature mondiale de la crise, se concentrant plut\u00f4t sur la question des d\u00e9penses publiques britanniques, et sur la correction des politiques expansionnistes du gouvernement pr\u00e9c\u00e9dent. En l&rsquo;absence d&rsquo;une r\u00e9ponse convaincante \u00e0 une question importante et difficile, une autre question a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9sultat de l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure a \u00e9t\u00e9 une quasi-stagnation \u00e9conomique, et une d\u00e9cennie sans r\u00e9elle croissance \u00e9conomique. Le ralentissement de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique priv\u00e9e apr\u00e8s la crise n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 compens\u00e9 par une augmentation de l&rsquo;activit\u00e9 publique. Il a fallu pr\u00e8s de six ans \u00e0 partir de 2010 pour que l&rsquo;\u00e9conomie britannique retrouve son niveau de production d&rsquo;avant la r\u00e9cession. En 2015, dans deux r\u00e9gions du Royaume-Uni seulement (Londres et le sud-est), le PIB r\u00e9el par habitant \u00e9tait revenu au-dessus de son pic d&rsquo;avant la crise. Dans d&rsquo;autres r\u00e9gions, il \u00e9tait encore inf\u00e9rieur, parfois de fa\u00e7on spectaculaire. Dans la plupart des r\u00e9gions, les revenus n&rsquo;avaient pas connu de v\u00e9ritable reprise en 2016, sauf, une fois encore, \u00e0 Londres et dans le sud-est. La crise a donc \u00e9largi la r\u00e9partition r\u00e9gionale existante des revenus au Royaume-Uni, faisant du Royaume-Uni l&rsquo;un des pays les plus fractur\u00e9s sur le plan r\u00e9gional dans le monde industrialis\u00e9, avec des niveaux \u00e9lev\u00e9s d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique. Les revenus des travailleurs, exprim\u00e9s en termes r\u00e9els, \u00e9taient en 2016 inf\u00e9rieurs d&rsquo;environ 5&#160;% au sommet atteint en 2009. Il s&rsquo;agit de la plus longue p\u00e9riode de stagnation ou de baisse des salaires r\u00e9els depuis le XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Une politique d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 a \u00e9rod\u00e9 le soutien au partenaire minoritaire de la coalition de crise, qui a \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9 lors des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales britanniques de 2015, et le parti conservateur est revenu avec une majorit\u00e9 suffisante pour gouverner seul, avec un manifeste comprenant, de mani\u00e8re sinistre, un engagement \u00e0 organiser un r\u00e9f\u00e9rendum sur la question de l&rsquo;appartenance du Royaume-Uni \u00e0 l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Le gouvernement a suppos\u00e9 qu&rsquo;il remporterait le r\u00e9f\u00e9rendum lorsque le vote a eu lieu en 2016. Le choc caus\u00e9 par la victoire de 52\/48 du vote de sortie a provoqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9viction d&rsquo;un autre leader politique, et a plong\u00e9 le Royaume-Uni dans une crise politique, diplomatique et constitutionnelle sans pr\u00e9c\u00e9dent, qui a domin\u00e9 le reste de la d\u00e9cennie.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le r\u00e9f\u00e9rendum, on a remarqu\u00e9 que les immobilisations sous forme de biens immobiliers avaient jou\u00e9 leur r\u00f4le. Les r\u00e9gions du pays o\u00f9 les prix de l&rsquo;immobilier ont le moins augment\u00e9 ont vot\u00e9 pour quitter l&rsquo;UE, tout comme les vingt-sept r\u00e9gions o\u00f9 les prix de l&rsquo;immobilier ont baiss\u00e9 entre 2004 et 2016. Les prix des maisons ont doubl\u00e9 entre 2004 et 2016 \u00e0 Londres, qui a vot\u00e9 pour le maintien, alors qu&rsquo;ils ont \u00e0 peine boug\u00e9 \u00e0 Hartlepool, qui a vot\u00e9 pour le d\u00e9part, et o\u00f9 une propri\u00e9t\u00e9 comparable co\u00fbte environ 15&#160;% de celle de Londres. Northern Rock, la premi\u00e8re grande banque britannique \u00e0 s&rsquo;effondrer depuis le XIXe si\u00e8cle, s&rsquo;\u00e9tait sp\u00e9cialis\u00e9e dans le financement hypoth\u00e9caire de biens immobiliers dans le nord-est de l&rsquo;Angleterre, et la valeur des maisons dans cette r\u00e9gion en a souffert.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la d\u00e9cennie de 2008 \u00e0 2018, lorsque les conditions de son retrait ont \u00e9t\u00e9 convenues avec l&rsquo;Union europ\u00e9enne, a vu le Royaume-Uni passer d&rsquo;une crise financi\u00e8re \u00e0 une crise plus large de l&rsquo;ensemble de son syst\u00e8me politique et \u00e9conomique, et ce qui semblait impensable est devenu possible.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Ainsi, la d\u00e9cennie de 2008 \u00e0 2018, lorsque les conditions de son retrait ont \u00e9t\u00e9 convenues avec l&rsquo;Union europ\u00e9enne, a vu le Royaume-Uni passer d&rsquo;une crise financi\u00e8re \u00e0 une crise plus large de l&rsquo;ensemble de son syst\u00e8me politique et \u00e9conomique, et ce qui semblait impensable est devenu possible.<\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Tout comme les \u00c9tats-Unis<\/h2>\n\n\n\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, l&rsquo;\u00e9picentre de la crise mondiale de 2008, la d\u00e9cennie a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par un choc politique. Le pays a connu une crise relativement surmontable par rapport au Royaume-Uni et au reste de l&rsquo;Europe, aid\u00e9s par l&rsquo;injection publique de fonds dans l&rsquo;\u00e9conomie via l&rsquo;<em>American Recovery and Reinvestment Act<\/em> de 2009 et par une action rapide pour stabiliser les banques am\u00e9ricaines, mais elle a n\u00e9anmoins servi \u00e0 saper les normes politiques et \u00e0 stimuler le protectionnisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant quelques d\u00e9cennies avant la crise, l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine avait \u00e9t\u00e9 un terrain d\u2019\u00e9tude des effets pervers du capitalisme financier. Dans son monumental <em>Competitive Advantage of Nations<\/em>, publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1989, le strat\u00e8ge d&rsquo;entreprise Michael Porter a critiqu\u00e9 le syst\u00e8me financier d\u00e9velopp\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1970 pour avoir fait \u00e9chouer l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine. L&rsquo;essor et le mode de fonctionnement des fonds d&rsquo;investissement (comme les fonds de pension) en particulier, qui regroupent l&rsquo;\u00e9pargne priv\u00e9e, en \u00e9taient venus \u00e0 avoir un effet pervers n\u00e9faste sur la sant\u00e9 des entreprises. Plut\u00f4t que de canaliser l&rsquo;\u00e9pargne vers des investissements \u00e0 long terme dans l&rsquo;industrie et d&rsquo;am\u00e9liorer la comp\u00e9titivit\u00e9 des entreprises et de l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine, la gestion des fonds s&rsquo;est concentr\u00e9e sur l&rsquo;appr\u00e9ciation \u00e0 court terme du cours des actions des entreprises. Cela a d\u00e9tourn\u00e9 les entreprises de leurs objectifs \u00e0 long terme, notamment des investissements visant \u00e0 maintenir leur position sur le march\u00e9, \u00e0 rester comp\u00e9titives et \u00e0 se d\u00e9velopper sur le plan international. Parmi les dix principales nations industrielles \u00e9tudi\u00e9es par Porter pour pr\u00e9parer son ouvrage, il a constat\u00e9 que les entreprises am\u00e9ricaines avaient les objectifs de taux de rendement les plus \u00e9lev\u00e9s, utilis\u00e9s pour filtrer les nouvelles opportunit\u00e9s d&rsquo;investissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&#160;capitalisme des gestionnaires de fonds&#160;\u00bb, comme l&rsquo;a nomm\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomiste Hyman Minsky en 1996, avait donc d\u00e9j\u00e0 min\u00e9 l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine depuis des d\u00e9cennies avant la crise financi\u00e8re de 2008. L&rsquo;industrie des services financiers a connu une forte croissance au cours de cette m\u00eame p\u00e9riode, notamment en concevant les produits adoss\u00e9s \u00e0 des hypoth\u00e8ques, d&rsquo;une complexit\u00e9 impossible, dont l&rsquo;effondrement a d\u00e9clench\u00e9 la crise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le renflouement du syst\u00e8me financier apr\u00e8s 2008 et l&rsquo;injection de fonds publics dans l&rsquo;\u00e9conomie d\u00e9faillante pour \u00e9viter qu&rsquo;une grave r\u00e9cession ne se transforme en d\u00e9pression \u00e9taient n\u00e9cessaires, mais tr\u00e8s impopulaires et controvers\u00e9s aux \u00c9tats-Unis. Contrairement aux ann\u00e9es 1930, lorsque Roosevelt a pu imputer la responsabilit\u00e9 de la Grande D\u00e9pression aux \u00ab&#160;changeurs d&rsquo;argent&#160;\u00bb qui, au milieu de la crise, avaient \u00ab&#160;fui leur tour d\u2019ivoire dans le temple de notre civilisation&#160;\u00bb, et concevoir une s\u00e9rie de politiques exp\u00e9rimentales du New Deal et de r\u00e9formes bancaires adapt\u00e9es \u00e0 la gravit\u00e9 de la situation, les causes abstraites du krach de 2008 \u00e9taient imparfaitement expliqu\u00e9es, et les le\u00e7ons \u00e0 tirer n&rsquo;\u00e9taient pas claires, et largement contest\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9cession \u00e9conomique, le sentiment (comme au Royaume-Uni) que justice n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 rendue aux responsables, les tensions sur le budget am\u00e9ricain et la diminution \u00e0 long terme des perspectives d&#8217;emploi pour de nombreux travailleurs se sont combin\u00e9s pour polariser le discours politique am\u00e9ricain. Huit ans apr\u00e8s une crise financi\u00e8re ancr\u00e9e dans le financement sp\u00e9culatif de l&rsquo;immobilier, l&rsquo;\u00e9lectorat am\u00e9ricain s&rsquo;est tourn\u00e9, ironiquement, vers un autre sp\u00e9culateur immobilier dans sa recherche d&rsquo;un nouveau leadership, en la personne de Donald Trump. Dans son discours d&rsquo;investiture en 2017, Trump a parl\u00e9 de \u00ab&#160;carnage am\u00e9ricain&#160;\u00bb, et \u00e0 la fin de la d\u00e9cennie qui a suivi la crise financi\u00e8re, il avait d\u00e9nonc\u00e9 la coop\u00e9ration internationale, et a promu une politique \u00e9trang\u00e8re unilat\u00e9rale \u00ab&#160;America-First&#160;\u00bb dont la derni\u00e8re apparition remonte aux ann\u00e9es 1930, et s&rsquo;\u00e9tait lanc\u00e9 dans une s\u00e9rie de guerres commerciales avec le reste du monde. Le premier conseiller politique de Trump, Steve Bannon, a trac\u00e9 une ligne directe entre la crise financi\u00e8re de 2008 et l&rsquo;ascension de Trump. Comme au Royaume-Uni, les \u00c9tats-Unis ont connu dix ans de recul de l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une crise mondiale n\u00e9cessitant une solution mondiale.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Comme au Royaume-Uni, les \u00c9tats-Unis ont connu dix ans de recul de l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une crise mondiale n\u00e9cessitant une solution mondiale. <\/p><cite> David Harrison <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;Europe sans ceintures de s\u00e9curit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Les pays malchanceux qui accueillent les deux centres financiers les plus avanc\u00e9s du monde, situ\u00e9s de part et d&rsquo;autre de l&rsquo;Atlantique \u00e0 New York et \u00e0 Londres, ont sans doute subi les plus grands bouleversements politiques au cours de la d\u00e9cennie qui a suivi la crise. Mais, d&rsquo;autres parties de l&rsquo;Europe n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9es. Dans le cas de la Gr\u00e8ce, le retrait du cr\u00e9dit mondial \u00e0 la suite de la crise a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un \u00e9norme d\u00e9ficit du secteur public en 2009, plusieurs fois sup\u00e9rieur au niveau autoris\u00e9 pour que la Gr\u00e8ce rejoigne l&rsquo;euro, lors de son lancement en 1999. La confiance dans la probit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat grec s&rsquo;est \u00e9vapor\u00e9e lorsqu&rsquo;il est apparu que le d\u00e9ficit avait \u00e9t\u00e9 artificiellement r\u00e9duit, et que les statistiques soumises par Ath\u00e8nes depuis des ann\u00e9es \u00e0 l&rsquo;agence statistique de l&rsquo;UE n&rsquo;\u00e9taient pas fiables. La crise de la dette grecque s&rsquo;est prolong\u00e9e pendant le reste de la d\u00e9cennie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ailleurs en Europe, les \u00e9conomies qui avaient connu un essor gr\u00e2ce \u00e0 un afflux de cr\u00e9dits dans l&rsquo;immobilier et la construction se sont effondr\u00e9es lorsque, apr\u00e8s la crise, l&rsquo;offre de cr\u00e9dits bon march\u00e9 s&rsquo;est tarie. Ainsi, entre 1999 et 2007, la dette du secteur bancaire priv\u00e9 avait augment\u00e9 de 71&#160;% en Italie, de 75&#160;% en Espagne, de 49&#160;% au Portugal et de 101&#160;% en Irlande. Apr\u00e8s la crise de 2008, tous ces pays sont entr\u00e9s dans une grave r\u00e9cession, compliqu\u00e9e par le mauvais \u00e9tat du secteur bancaire dans chacun d&rsquo;eux, les risques pesant sur les finances publiques nationales du renflouement de grandes banques, l&rsquo;ampleur des dettes accumul\u00e9es et les craintes de contagion d&rsquo;un pays \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p>De 2009 \u00e0 2012, il semblait que l&rsquo;euro lui-m\u00eame \u00e9tait menac\u00e9 et, comme l&rsquo;a dit la chanceli\u00e8re allemande Angela Merkel en 2011, \u00ab&#160;si l&rsquo;euro \u00e9choue, l&rsquo;Europe \u00e9choue.&#160;\u00bb L&rsquo;euro n&rsquo;a pas \u00e9chou\u00e9, en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;action d\u00e9cisive de la Banque centrale europ\u00e9enne, mais dix ans apr\u00e8s la crise, le ch\u00f4mage \u00e9tait toujours \u00e9lev\u00e9 dans les pays les plus touch\u00e9s&#160;; la croissance \u00e9tait m\u00e9diocre&#160;; et les partis politiques anti-establishment et anti-syst\u00e8me, souvent nationalistes et anti-UE, avaient \u00e9merg\u00e9 partout, y compris dans des pays comme la France et l&rsquo;Allemagne, les plus associ\u00e9s au lancement de l&rsquo;euro. Aucun autre \u00c9tat membre n&rsquo;a suivi le Royaume-Uni sur la voie d&rsquo;une tentative r\u00e9elle de quitter l&rsquo;Union, mais les tensions entre les lois et les r\u00e8gles centrales de l&rsquo;UE et les pays qui la composent \u00e9taient palpables. L&rsquo;Europe n&rsquo;a peut-\u00eatre pas r\u00e9ellement \u00e9chou\u00e9, mais elle ne semblait pas r\u00e9ussir non plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnes qui ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 la crise de la zone euro \u00e0 son apog\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9es par la difficult\u00e9 de comprendre ce qui se passait. Pour reprendre les termes du pr\u00e9sident du Conseil europ\u00e9en, qui revient sur les \u00e9v\u00e9nements, \u00ab&#160;nous entrions dans une p\u00e9riode de temp\u00eate. La devise \u00e9tait \u00ab&#160;Attachez vos ceintures&#160;\u00bb, sauf que nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs n&rsquo;avaient pas pr\u00e9vu de ceintures. Nous avons d\u00fb construire un canot de sauvetage au milieu de la temp\u00eate&#160;\u00bb.&nbsp;Si les dirigeants \u00e9lus de certaines des d\u00e9mocraties les plus anciennes du monde ont eu du mal \u00e0 comprendre ce qui se passait, on ne peut pas reprocher \u00e0 leurs \u00e9lecteurs de se sentir \u00e9galement perdus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;attrait de l&rsquo;extr\u00eame droite<\/h2>\n\n\n\n<p>Ainsi, des deux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Atlantique, aux \u00c9tats-Unis et en Europe, la d\u00e9cennie qui a suivi la crise a \u00e9t\u00e9 en quelque sorte une d\u00e9cennie perdue, avec un repli sur soi presque g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, une mise en place de barri\u00e8res (mentales, spirituelles, politiques et, dans certains cas, physiques) et une invocation d&rsquo;anciennes notions mystiques de \u00ab&#160;souverainet\u00e9&#160;\u00bb au lieu de l&rsquo;id\u00e9e simple, en 2009, qu&rsquo;une crise mondiale exige une solution mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fait qu&rsquo;il faille environ une d\u00e9cennie pour que les effets d&rsquo;une crise financi\u00e8re se fassent sentir peut \u00eatre une r\u00e8gle empirique&#160;: il y a eu une \u00ab&#160;d\u00e9cennie perdue&#160;\u00bb similaire en Am\u00e9rique latine dans les ann\u00e9es 1980 apr\u00e8s un arr\u00eat soudain du flux de cr\u00e9dit commercial entrant en 1982, et la crise de la dette qui en a r\u00e9sult\u00e9. Apr\u00e8s le krach de Wall Street en 1929, Keynes, constatant l&rsquo;effondrement de l&rsquo;investissement net global aux \u00c9tats-Unis entre 1925 et 1933, a postul\u00e9 que deux facteurs principaux affectent la dur\u00e9e d&rsquo;un marasme. Premi\u00e8rement, les nouveaux investissements ne commencent pas tant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;augmentation de l&rsquo;efficacit\u00e9 marginale du capital, qui est li\u00e9e \u00e0 la dur\u00e9e de vie des immobilisations existantes, et lorsque celles-ci se rar\u00e9fient en raison de leur utilisation, de leur d\u00e9gradation ou de leur obsolescence. Deuxi\u00e8mement, l&rsquo;impact du report des stocks exc\u00e9dentaires, constitu\u00e9s au cours du pr\u00e9c\u00e9dent boom, doit \u00e9galement se faire sentir&#160;: l&rsquo;\u00e9limination de ces exc\u00e9dents, avec leurs propres co\u00fbts de report croissants, prend g\u00e9n\u00e9ralement plusieurs ann\u00e9es. La r\u00e9sorption de ces stocks s&rsquo;apparente \u00e0 un investissement n\u00e9gatif&#160;: elle est dissuasive pour l&#8217;emploi.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2016, trois universitaires allemands ont publi\u00e9 un article examinant l&rsquo;effet sur la politique d\u00e9mocratique des crises financi\u00e8res depuis 1870, couvrant vingt pays avanc\u00e9s, et plus de 800 \u00e9lections. De la lecture de <em>Going to Extremes&#160;: Politics after Financial Crises, 1870-2014<\/em>, il est \u00e9vident que ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 en Europe et aux \u00c9tats-Unis au cours de la d\u00e9cennie qui a suivi 2008 n&rsquo;est pas du tout inhabituel&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-116738' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/08\/15\/le-temps-long-du-capitalisme-deuxieme-partie\/#easy-footnote-bottom-1-116738' title='Manuel Funke, Moritz Schularick et Christoph Trebesch, \u00ab&amp;#160;&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https:\/\/papers.ssrn.com\/sol3\/papers.cfm?abstract_id=2688897&quot;&gt;Going to Extremes&amp;#160;: Politics after Financial Crises, 1870-2014&lt;\/a&gt;&amp;nbsp;&amp;#160;\u00bb, CESifo Working Paper Series N\u00b0 5553, 15 octobre 2015.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Apr\u00e8s une crise financi\u00e8re, il est courant que l&rsquo;incertitude politique et la polarisation augmentent. Apr\u00e8s une crise, les \u00e9lecteurs semblent \u00eatre particuli\u00e8rement attir\u00e9s par la rh\u00e9torique politique de l&rsquo;extr\u00eame droite, qui attribue souvent la faute aux minorit\u00e9s ou aux \u00e9trangers&#160;: en moyenne, les partis d&rsquo;extr\u00eame droite voient leur \u00e9lectorat augmenter de 30&#160;%. Les preuves rassembl\u00e9es par Funke, Schularick et Trebesch montrent que les crises financi\u00e8res mettent \u00e0 rude \u00e9preuve les d\u00e9mocraties modernes&#160;: les votes pour les partis d&rsquo;extr\u00eame droite augmentent, les majorit\u00e9s gouvernementales diminuent, le fractionnement des parlements augmente et le nombre de partis repr\u00e9sent\u00e9s bondit.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Apr\u00e8s une crise, les \u00e9lecteurs semblent \u00eatre particuli\u00e8rement attir\u00e9s par la rh\u00e9torique politique de l&rsquo;extr\u00eame droite, qui attribue souvent la faute aux minorit\u00e9s ou aux \u00e9trangers&#160;: en moyenne, les partis d&rsquo;extr\u00eame droite voient leur \u00e9lectorat augmenter de 30&#160;%. <\/p><cite> David Harrison <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Avant la guerre, des exemples frappants peuvent \u00eatre trouv\u00e9s en Italie et en Allemagne. L&rsquo;alliance fasciste de Mussolini a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e9lectoralement de la crise bancaire du d\u00e9but des ann\u00e9es 1920 en Italie et de la r\u00e9cession mondiale qui a suivi la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale&#160;; le soutien \u00e9lectoral des nazis en Allemagne a atteint son apog\u00e9e en 1933, alors que la Grande D\u00e9pression \u00e9tait \u00e0 son paroxysme en Europe centrale.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Going to Extremes<\/em> sugg\u00e8re qu&rsquo;environ dix ans apr\u00e8s une crise financi\u00e8re, la politique peut revenir \u00e0 la normale&#160;; les votes d&rsquo;extr\u00eame droite diminuent, tout comme la radicalisation politique et le fractionnement des parlements. Cela peut \u00eatre rassurant&#160;; mais, d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, les pays qui sont all\u00e9s trop loin ne reviennent pas en arri\u00e8re&#160;: l&rsquo;Allemagne et l&rsquo;Italie d&rsquo;avant-guerre en sont des exemples&#160;; et, peut-\u00eatre, la Russie moderne. Le Royaume-Uni, qui se coupe du syst\u00e8me juridique coop\u00e9ratif de l&rsquo;UE, n&rsquo;a pas encore fait ses preuves.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Cette fois-ci n&rsquo;est pas diff\u00e9rente<\/h2>\n\n\n\n<p>Les crises financi\u00e8res sont des aberrations des soci\u00e9t\u00e9s industrielles et capitalistes et, comme on peut le constater, elles cr\u00e9ent d&rsquo;\u00e9normes tensions dans les soci\u00e9t\u00e9s qu&rsquo;elles touchent. Ce qui est frappant, ce n&rsquo;est pas leur raret\u00e9, mais leur fr\u00e9quence. Selon le d\u00e9compte \u00e9tabli par les \u00e9conomistes am\u00e9ricains Reinhart et Rogoff dans <em>This Time Is Different<\/em>, il y a eu jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, au total, 40 crises bancaires depuis 1800 dans les principaux centres financiers du monde, situ\u00e9s aux \u00c9tats-Unis, au Royaume-Uni et en France&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-116738' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/08\/15\/le-temps-long-du-capitalisme-deuxieme-partie\/#easy-footnote-bottom-2-116738' title='Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff, &lt;em&gt;This Time Is Different&amp;#160;: Eight Centuries of Financial Folly&lt;\/em&gt;, Princeton University Press, 2011.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Les crises du capital industriel au XIXe si\u00e8cle ont incit\u00e9 Marx, et plus tard les dirigeants et les \u00c9tats communistes, \u00e0 promouvoir la r\u00e9volution et le contr\u00f4le de l&rsquo;\u00e9conomie par l&rsquo;\u00c9tat comme rem\u00e8de. Les crises du vingti\u00e8me si\u00e8cle ont ouvert davantage la voie \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame droite, qui a, dans la plupart des cas, cherch\u00e9 des boucs \u00e9missaires et bl\u00e2m\u00e9 les minorit\u00e9s, les \u00e9trangers ou les \u00e9lites dirigeantes comme moyen d&rsquo;acc\u00e9der au pouvoir. La possibilit\u00e9 d&rsquo;inverser ces tendances extr\u00e9mistes semble d\u00e9pendre en grande partie de la gravit\u00e9 de la crise et de la robustesse du syst\u00e8me politique attaqu\u00e9 \u2014 et peut-\u00eatre, aussi, de la chance.<\/p>\n\n\n\n<p>Le paradoxe est que le capitalisme industriel nourrit la d\u00e9mocratie et prosp\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 elle, mais qu&rsquo;il \u00e9clate aussi en crises p\u00e9riodiques qui menacent de la d\u00e9truire. Ces crises peuvent avoir des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses et pourtant, sous la surface, le processus est assez explicable. Le capitalisme industriel a besoin d&rsquo;investissements pour fonctionner, mais l&rsquo;investissement est un processus vuln\u00e9rable au comportement des march\u00e9s d&rsquo;investissement, davantage motiv\u00e9s par la sp\u00e9culation que par des estimations raisonnables des rendements. Les vues sur l&rsquo;avenir, qui d\u00e9terminent si de nouveaux investissements ont lieu, sont volatiles et instables, et sujettes \u00e0 des exc\u00e8s collectifs d&rsquo;optimisme auto-renforc\u00e9 (dans un boom) et de pessimisme (dans un krach).<\/p>\n\n\n\n<p>Les plus grands booms des crises financi\u00e8res de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;immobilier, mais l&rsquo;analyse keyn\u00e9sienne peut \u00eatre remise au go\u00fbt du jour sans trop de difficult\u00e9s. L&rsquo;immobilier, en particulier l&rsquo;immobilier commercial, est un bien d&rsquo;\u00e9quipement comme un autre, et des dangers apparaissent lorsque les prix de l&rsquo;immobilier se s\u00e9parent des rendements sous-jacents, repr\u00e9sent\u00e9s g\u00e9n\u00e9ralement par les loyers commerciaux pouvant \u00eatre obtenus. Un cr\u00e9dit bancaire excessif dans l&rsquo;immobilier commercial peut entra\u00eener une hausse insoutenable des prix au-dessus des niveaux de loyer historiques, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que (comme cela se produit invariablement) le flux de cr\u00e9dit ralentisse, ou soit r\u00e9duit, et que les prix s&rsquo;effondrent, laissant derri\u00e8re eux des dettes bas\u00e9es sur les prix trop optimistes d&rsquo;avant l&rsquo;effondrement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une grande partie du cr\u00e9dit bancaire moderne est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;immobilier, et la hausse et la baisse des prix de l&rsquo;immobilier d\u00e9terminent le sort des banques. Dans l&rsquo;ensemble du monde d\u00e9velopp\u00e9, on estime que la part moyenne du cr\u00e9dit bancaire consacr\u00e9e au financement ou au refinancement de l&rsquo;immobilier est pass\u00e9e d&rsquo;environ 35&#160;% en 1970 \u00e0 un chiffre approchant les 60&#160;% en 2007.<\/p>\n\n\n\n<p>La propri\u00e9t\u00e9 domestique ou r\u00e9sidentielle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e de la m\u00eame mani\u00e8re que la propri\u00e9t\u00e9 commerciale, m\u00eame si le propri\u00e9taire ne la loue pas. Le \u00ab&#160;rendement&#160;\u00bb pour le propri\u00e9taire est la valeur de la vie dans une propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 long terme, apr\u00e8s d\u00e9duction des frais de fonctionnement. Lorsque le cr\u00e9dit (pr\u00eats hypoth\u00e9caires aupr\u00e8s des banques) devient facile \u00e0 obtenir, le prix d&rsquo;un tel bien devient un objet en soi, et l&rsquo;appr\u00e9ciation sp\u00e9culative du prix prend le relais du \u00ab&#160;rendement&#160;\u00bb. Acheter et vendre des maisons devient plus important que d&rsquo;y vivre. Lorsque, comme cela s&rsquo;est produit aux \u00c9tats-Unis, l&rsquo;appr\u00e9ciation des prix induite par le cr\u00e9dit atteint ses limites et que les prix d\u00e9gringolent, ceux qui ont des proportions \u00e9lev\u00e9es de cr\u00e9dit par rapport \u00e0 la valeur des propri\u00e9t\u00e9s s&rsquo;endettent. Aux \u00c9tats-Unis, entre 2007 et 2016, on estime que pr\u00e8s de 10 millions d&#8217;emprunteurs hypoth\u00e9caires ont perdu leur maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que les crises financi\u00e8res soient associ\u00e9es au capitalisme industriel moderne, Keynes pensait que des effets \u00e9conomiques similaires pouvaient \u00eatre observ\u00e9s dans les anciens temps pr\u00e9industriels. Avant la r\u00e9volution industrielle, les soci\u00e9t\u00e9s bas\u00e9es sur l&rsquo;agriculture subissaient \u00e9galement des fluctuations \u00e9conomiques \u00e0 grande \u00e9chelle, mais celles-ci d\u00e9pendaient de la pr\u00e9sence de bonnes ou de mauvaises r\u00e9coltes. Keynes a sugg\u00e9r\u00e9 dans sa <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/em> qu&rsquo;apr\u00e8s une tr\u00e8s bonne r\u00e9colte, il y a g\u00e9n\u00e9ralement un ajout important au report normal des stocks sur les ann\u00e9es suivantes, qui \u00e9quivaut en termes \u00e9conomiques \u00e0 une augmentation de l&rsquo;investissement courant&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-116738' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/08\/15\/le-temps-long-du-capitalisme-deuxieme-partie\/#easy-footnote-bottom-3-116738' title='John Maynard Keynes, &lt;em&gt;Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de l&amp;#8217;emploi, de l&amp;rsquo;int\u00e9r\u00eat et de la monnaie&lt;\/em&gt;, \u00c9ditions Payot, Paris, 1942.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Inversement, apr\u00e8s une tr\u00e8s mauvaise r\u00e9colte, le report sur les ann\u00e9es suivantes est consomm\u00e9, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 une r\u00e9duction de l&rsquo;investissement. Dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;agriculture est l&rsquo;industrie pr\u00e9dominante, les fluctuations de l&rsquo;investissement obtenues de cette mani\u00e8re pourraient \u00eatre extr\u00eamement importantes \u2014 peut-\u00eatre seulement surpass\u00e9es dans leurs effets par la guerre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Trouver des boucs \u00e9missaires<\/h2>\n\n\n\n<p>Si, en 1945, Hayek voyait le syst\u00e8me des prix conduire \u00e0 une meilleure utilisation des connaissances, la d\u00e9cennie qui a suivi la crise financi\u00e8re mondiale de 2008 a vu les connaissances et la r\u00e9solution de probl\u00e8mes battre en retraite. Au Royaume-Uni, en l&rsquo;espace de quelques ann\u00e9es, le langage des chefs de gouvernement \u00e9lus est pass\u00e9 de la d\u00e9claration (en 2009) qu&rsquo;une crise mondiale exige une solution mondiale, \u00e0 la d\u00e9claration (en 2016) que \u00ab&#160;si vous croyez \u00eatre un citoyen du monde, vous n&rsquo;\u00eates un citoyen de nulle part. Vous ne comprenez pas ce que le mot m\u00eame de &lsquo;citoyennet\u00e9&rsquo; signifie.&#160;\u00bb De plus, \u00ab&#160;trop de personnes en position de pouvoir&#160;\u00bb se comportent comme si elles avaient plus en commun avec les \u00ab&#160;\u00e9lites internationales&#160;\u00bb qu&rsquo;avec \u00ab&#160;les gens en bas de chez eux&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00c9tats-Unis ont, eux aussi, sign\u00e9 la d\u00e9claration du sommet de Londres sur la crise de 2009. Mais en 2018, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain avait \u00e9pous\u00e9 un isolationnisme \u00ab&#160;America First&#160;\u00bb, d\u00e9nonc\u00e9 la coop\u00e9ration mondiale, s&rsquo;\u00e9tait retir\u00e9 des accords internationaux sur des questions telles que le changement climatique et le commerce, et s&rsquo;\u00e9tait lanc\u00e9 dans une politique \u00e9conomique fond\u00e9e sur l&rsquo;augmentation des tarifs protectionnistes, et sur la conduite de guerres commerciales. Comme l&rsquo;a dit Trump dans un discours en 2017&#160;: \u00ab&#160;Notre gouvernement s&rsquo;est pr\u00e9cipit\u00e9 pour adh\u00e9rer \u00e0 des accords internationaux o\u00f9 les \u00c9tats-Unis paient les co\u00fbts et supportent les charges, tandis que d&rsquo;autres pays obtiennent les avantages et ne paient rien.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les dirigeants politiques des \u00e9conomies capitalistes les plus avanc\u00e9es, d\u00e9peindre leurs \u00e9lecteurs comme des victimes souffrant aux mains d&rsquo;autres personnes non nomm\u00e9es (\u00ab&#160;\u00e9lites internationales&#160;\u00bb&#160;; \u00ab&#160;autres pays&#160;\u00bb) indique qu&rsquo;ils ont perdu le contr\u00f4le des \u00e9v\u00e9nements. De la m\u00eame mani\u00e8re, apr\u00e8s le krach de Wall Street en 1929, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Hoover a promulgu\u00e9 en 1930 un tarif commercial protectionniste (Smoot-Hawley), malgr\u00e9 les supplications d&rsquo;un millier d&rsquo;\u00e9conomistes de ne pas le faire. Les tarifs de r\u00e9torsion totalement pr\u00e9visibles impos\u00e9s par le reste du monde, qui ont ensuite conduit \u00e0 la destruction de la communaut\u00e9 commerciale mondiale, ont ainsi aggrav\u00e9 la d\u00e9pression am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres pays d\u00e9velopp\u00e9s ne se sont pas lanc\u00e9s dans des guerres commerciales et dans l&rsquo;isolationnisme apr\u00e8s la crise financi\u00e8re de 2008 au m\u00eame degr\u00e9 que les \u00c9tats-Unis et le Royaume-Uni (via le \u00ab&#160;Brexit&#160;\u00bb), mais le th\u00e8me consistant \u00e0 bl\u00e2mer les \u00e9lites, les institutions et les r\u00e8gles internationales est devenu courant. En France, en Allemagne, en Italie, en Hongrie et en Pologne (en particulier), les partis d&rsquo;extr\u00eame droite, anti-establishment et nationalistes ont gagn\u00e9 en puissance et en force, bl\u00e2mant (diversement) l&rsquo;Union europ\u00e9enne, les immigrants, les financiers internationaux (George Soros), les partis politiques pr\u00e9c\u00e9dents et les m\u00e9dias grand public.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;\u00e9tait, bien s\u00fbr, rien compar\u00e9 au renoncement complet \u00e0 la raison et \u00e0 la coop\u00e9ration en Europe dans l&rsquo;entre-deux-guerres des ann\u00e9es 1930. Les fascistes de Mussolini se sont lanc\u00e9s dans une politique de guerre&#160;; les nazis d&rsquo;Hitler consid\u00e9raient la barbarie comme un moyen honorable, et poursuivaient les tra\u00eetres domestiques (qui avaient r\u00e9gl\u00e9 les conditions de la paix apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale), les Juifs, les banquiers cosmopolites et les intellectuels. D&rsquo;autres formes de fascisme sont apparues dans d&rsquo;autres pays europ\u00e9ens pendant la m\u00eame d\u00e9pression.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble que les crises financi\u00e8res et la tourmente \u00e9conomique qui s&rsquo;ensuit servent \u00e0 raccourcir les horizons de ce qui est politiquement possible. Tout comme l&rsquo;efficacit\u00e9 marginale du capital de Keynes repose sur des attentes de l&rsquo;avenir qui s&rsquo;effondrent soudainement, l&rsquo;avenir politique lui-m\u00eame s&rsquo;effondre \u00e9galement, et le court terme devient plus important que le long terme. La localit\u00e9 et la tribu imm\u00e9diates deviennent plus importantes, et semblent peut-\u00eatre m\u00eame plus r\u00e9elles que les voisins \u00e9loign\u00e9s, ou que la s\u00e9curit\u00e9 du monde lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il semble que les crises financi\u00e8res et la tourmente \u00e9conomique qui s&rsquo;ensuit servent \u00e0 raccourcir les horizons de ce qui est politiquement possible. <\/p><cite> David Harrison <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Malheureusement, cet effet de raccourcissement est exactement le contraire de ce qui est n\u00e9cessaire pour combattre une crise financi\u00e8re de grande ampleur. Les attentes \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;avenir doivent \u00eatre maintenues \u00e0 long terme pour permettre aux investissements de reprendre et \u00e0 la crise de se r\u00e9sorber. La coop\u00e9ration internationale doit augmenter, et non diminuer, si l&rsquo;on veut faire face \u00e0 la nature mondiale d&rsquo;une crise. Une panique bancaire est, comme le disait Bagehot, comme une maladie nerveuse, \u00ab&#160;une esp\u00e8ce de n\u00e9vralgie&#160;\u00bb \u2014 et selon les r\u00e8gles de la science, le traitement n&rsquo;est pas un r\u00e9gime de famine.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son c\u00e9l\u00e8bre ouvrage d&rsquo;anthropologie du XIXe si\u00e8cle, <em>The Golden Bough<\/em>, James George Frazer a sugg\u00e9r\u00e9 que de nombreuses religions sont n\u00e9es \u00e0 l&rsquo;origine de cultes de fertilit\u00e9 tournant autour de l&rsquo;adoration et du sacrifice p\u00e9riodique d&rsquo;un roi sacr\u00e9, incarnation d&rsquo;un dieu mourant et renaissant \u2014 qui mourait \u00e0 la r\u00e9colte et se r\u00e9incarnait au printemps. Si nous ajoutons \u00e0 cela la suggestion de Keynes selon laquelle les fluctuations \u00e9conomiques massives dans les anciennes soci\u00e9t\u00e9s agricoles \u00e9taient li\u00e9es \u00e0 de tr\u00e8s bonnes, ou tr\u00e8s mauvaises, r\u00e9coltes et au report des stocks, nous pourrions conjecturer que la recherche de boucs \u00e9missaires modernes, apr\u00e8s les crises financi\u00e8res, est une reconstitution moderne de mod\u00e8les de comportement humain trouv\u00e9s dans les mythes et l\u00e9gendes dont les origines \u00e9conomiques remontent \u00e0 travers toute l&rsquo;humanit\u00e9, depuis que l&rsquo;agriculture est devenue la base de la civilisation.<\/p>\n\n\n\n<p>La \u00ab&#160;merveille&#160;\u00bb du syst\u00e8me de prix de Hayek, qui rassemble des connaissances r\u00e9elles dispers\u00e9es, s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre une construction fragile, capable d&rsquo;\u00eatre renvers\u00e9e par une catastrophe \u00e9conomique. N\u00e9anmoins, le capitalisme industriel moderne, depuis la r\u00e9volution industrielle, repose toujours sur le d\u00e9veloppement de la connaissance, et sur le d\u00e9placement de vieux mythes et l\u00e9gendes, ou sur des explications pr\u00e9-scientifiques des ph\u00e9nom\u00e8nes, par des th\u00e9ories scientifiques solides. Les biens d&rsquo;\u00e9quipement eux-m\u00eames \u2014 b\u00e2timents, usines, r\u00e9seaux de t\u00e9l\u00e9communications, syst\u00e8mes de transport \u2014 tout ce qui donne un rendement de revenu \u2014 ne pouvaient exister en premier lieu que gr\u00e2ce au d\u00e9veloppement de la connaissance scientifique. Ce sont les crises du capitalisme industriel et leurs effets sur les millions de personnes qui en souffrent, qui provoquent les r\u00e9actions mena\u00e7ant de ramener les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque tribale, pr\u00e9industrielle et pr\u00e9-scientifique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Troisi\u00e8me partie&#160;: Le poids du pass\u00e9<\/h4>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Attentes \u00e0 court terme<\/h2>\n\n\n\n<p>Les grands march\u00e9s financiers mondiaux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui reposent g\u00e9n\u00e9ralement sur une m\u00e9thode plus ou moins scientifique, mais \u00e0 mesure qu&rsquo;ils grandissent et se d\u00e9veloppent, l&rsquo;opinion et le sentiment collectif sur l&rsquo;avenir en viennent \u00e0 dominer. Les attentes, sous la forme de l&rsquo;opinion majoritaire du march\u00e9, fluctuent \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements et d\u2019humeurs changeants.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;entendons-nous ici par \u00ab&#160;attentes&#160;\u00bb&#160;? Nous avons tous des attentes, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, sur ce que l&rsquo;avenir pourrait nous r\u00e9server. Parfois, elles sont bas\u00e9es sur notre exp\u00e9rience personnelle, parfois sur ce que nous avons entendu de la part d&rsquo;autres personnes. Parfois, elles sont soutenues par une solide th\u00e9orie scientifique ( si nous lan\u00e7ons une balle en l&rsquo;air, la force de gravit\u00e9 la fera redescendre). Parfois, les attentes sont des intuitions&#160;; ou bien elles sont inconscientes ( le soleil se l\u00e8vera demain, nous nous r\u00e9veillerons apr\u00e8s nous \u00eatre endormis).<\/p>\n\n\n\n<p>Les attentes jouent un r\u00f4le important dans la th\u00e9orie \u00e9volutive de la connaissance d\u00e9velopp\u00e9e par le philosophe Karl Popper. Celui-ci a sugg\u00e9r\u00e9 que tous les organismes vivants ont des attentes par rapport au monde dans lequel ils vivent, et que la connaissance se d\u00e9veloppe par le test, ou la v\u00e9rification des attentes par un processus d&rsquo;essais et d&rsquo;erreurs. Certaines attentes d\u00e9coulent d&rsquo;exp\u00e9riences ant\u00e9rieures&#160;; certaines (Popper pensait que la plupart) sont inn\u00e9es et font partie de l&rsquo;adaptation d&rsquo;un organisme \u00e0 son environnement. Les toutes premi\u00e8res formes de vie \u2014 des micro-organismes unicellulaires \u2014 ont d\u00e9velopp\u00e9 une capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9tecter la lumi\u00e8re, leur permettant de s&rsquo;approcher ou de s&rsquo;\u00e9loigner de la lumi\u00e8re du soleil par un processus d&rsquo;essais et d&rsquo;erreurs. Cette capacit\u00e9 a \u00e9volu\u00e9 pour devenir l&rsquo;\u0153il, et les attentes en mati\u00e8re de mod\u00e8les de lumi\u00e8re et d&rsquo;obscurit\u00e9 ont fini par d\u00e9terminer la vie de tous les organismes successeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons consid\u00e9rer les attentes dans l&rsquo;\u00e9conomie de deux mani\u00e8res diff\u00e9rentes&#160;: \u00e0 court terme et \u00e0 long terme. Elles correspondent aux deux syst\u00e8mes de prix diff\u00e9rents de Minsky&#160;: un syst\u00e8me pour la production courante de biens et de services, et la n\u00e9cessit\u00e9 de recouvrer les co\u00fbts, et un autre pour \u00e9valuer les flux de revenus des actifs financiers et des capitaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Les signaux de t\u00e9l\u00e9communications des prix de Hayek, qui transmettent des connaissances utiles et pratiques dans la soci\u00e9t\u00e9, sont des caract\u00e9ristiques du premier syst\u00e8me. Les prix de la production actuelle de biens et de services \u2014 de ce que les producteurs de l&rsquo;\u00e9conomie produisent \u00e0 tout moment \u2014 d\u00e9pendent de la conclusion d&rsquo;un accord entre ces producteurs et les acheteurs. Le prix refl\u00e8te cet accord. Dans une \u00e9conomie concurrentielle et d\u00e9centralis\u00e9e, peu de producteurs peuvent contr\u00f4ler le prix auquel ils vendent. \u00c0 l&rsquo;exception d&rsquo;une poign\u00e9e de personnes ayant un monopole ou dominant un march\u00e9, les prix r\u00e9sultent d&rsquo;une n\u00e9gociation entre les vendeurs et les acheteurs, le r\u00e9sultat d\u00e9pendant de qui est en concurrence pour fournir des biens et services similaires, et de la demande exprim\u00e9e par les acheteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les producteurs s&rsquo;attendent \u00e0 pouvoir atteindre un prix de vente particulier sur la base de leur exp\u00e9rience ant\u00e9rieure et de leur connaissance g\u00e9n\u00e9rale du march\u00e9, mais ils n&rsquo;ont aucune certitude tant qu&rsquo;un accord sur le prix n&rsquo;est pas conclu. Dans sa <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, Keynes appelle ce type d&rsquo;attentes \u00ab&#160;\u00e0 court terme&#160;\u00bb. Les attentes \u00e0 court terme concernant ce qu&rsquo;un producteur peut gagner en vendant sa production de biens ou de services peuvent g\u00e9n\u00e9ralement \u00eatre ajust\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re des r\u00e9sultats des ventes. Les producteurs peuvent ainsi, de mani\u00e8re relativement souple, ajuster toutes les ressources qu&rsquo;ils utilisent, y compris le nombre d&#8217;emplois qu&rsquo;ils cr\u00e9ent, \u00e0 mesure que leurs attentes concernant l&rsquo;avenir \u00e0 court terme sont confirm\u00e9es (ou non) par les ventes r\u00e9elles. Il y a donc un test des attentes, par essai et erreur. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un processus continu.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette m\u00e9thode par essai et erreur est ce qui distingue l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 d\u00e9centralis\u00e9e du syst\u00e8me de planification centrale de l&rsquo;Europe communiste. Dans le cadre d\u2019une planification centrale, la production n&rsquo;\u00e9tait pas ajust\u00e9e en fonction du prix que les acheteurs \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 payer, de sorte qu&rsquo;elle n&rsquo;avait que peu ou pas de rapport avec ce que les gens voulaient r\u00e9ellement.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Cette m\u00e9thode par essai et erreur est ce qui distingue l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 d\u00e9centralis\u00e9e du syst\u00e8me de planification centrale de l&rsquo;Europe communiste. <\/p><cite> David Harrison <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9conomie capitaliste a donc \u00e9volu\u00e9 vers une autre fa\u00e7on de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de production que l&rsquo;\u00c9tat qui tente de tout diriger. Marx pensait que les crises du capitalisme \u00e9taient des crises de surproduction, les producteurs \u00e9tant aveugl\u00e9ment pouss\u00e9s par la concurrence vers des profits d\u00e9croissants, jetant les produits exc\u00e9dentaires sur le march\u00e9 et licenciant les travailleurs. Des moyens de production et d&rsquo;\u00e9change gigantesques, soumis \u00e0 des forces puissantes que personne ne pouvait contr\u00f4ler, se cr\u00e9aient et se d\u00e9truisaient p\u00e9riodiquement et de mani\u00e8re catastrophique.<\/p>\n\n\n\n<p>Au XXe si\u00e8cle, l&rsquo;adoption d&rsquo;une politique et d&rsquo;un droit de la concurrence dans la plupart des pays d\u00e9velopp\u00e9s a permis de dompter cette concentration et cette combinaison du pouvoir des producteurs. D\u00e8s les premi\u00e8res d\u00e9cennies, la politique antitrust aux \u00c9tats-Unis et, apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, la politique de d\u00e9cartellisation en Europe, ont bris\u00e9 les combinaisons et les accumulations de la force capitaliste priv\u00e9e. Aujourd&rsquo;hui, dans l&rsquo;ensemble du monde d\u00e9velopp\u00e9, les producteurs ne peuvent l\u00e9galement fixer leurs prix de vente avec d&rsquo;autres producteurs, et ne sont pas autoris\u00e9s \u00e0 fixer ou \u00e0 convenir de conditions commerciales, ou de toute autre chose qui affectera le march\u00e9, avec d&rsquo;autres entreprises concurrentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant qu&rsquo;il existe un cadre appropri\u00e9 de politique de la concurrence pour contrer ce qui est, techniquement, appel\u00e9 \u00ab&#160;pouvoir de march\u00e9&#160;\u00bb, le syst\u00e8me du premier prix de Minsky peut fonctionner relativement bien dans la pratique. Les attentes qu&rsquo;il contient peuvent \u00eatre test\u00e9es et v\u00e9rifi\u00e9es par un processus r\u00e9p\u00e9titif d&rsquo;essais et d&rsquo;erreurs. Le pouvoir du march\u00e9 est contr\u00f4l\u00e9 \u2014 il ne devient pas un pouvoir absolu.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Attentes \u00e0 long terme<\/h2>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me syst\u00e8me de prix de Minsky est diff\u00e9rent. Ici, les prix \u00e9valuent les flux de revenus futurs provenant d&rsquo;actifs financiers et de capitaux existants. Ils n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec le processus de production, ni avec la fa\u00e7on dont la production actuelle est vendue. Keynes a observ\u00e9 dans la <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/em> que, lorsqu&rsquo;une entreprise souhaite augmenter ses immobilisations par le biais d&rsquo;un investissement, par exemple pour accro\u00eetre sa capacit\u00e9 de production, en ajoutant une nouvelle usine ou un nouveau site, elle est soumise \u00e0 des attentes \u00e0 long terme concernant la valeur qu&rsquo;elle en retire. Ces attentes \u00e0 long terme se projettent beaucoup plus loin dans un avenir incertain que les attentes \u00e0 court terme qui r\u00e9gissent la vente de la production actuelle. De mani\u00e8re cruciale, en pratique, il n&rsquo;est pas possible de les corriger \u00e0 la lumi\u00e8re des r\u00e9sultats. Les attentes \u00e0 long terme, qui r\u00e9gissent les d\u00e9cisions d&rsquo;investissement des entreprises individuelles, sont de nature volatile et erratique, et sont susceptibles de changer d&rsquo;avis en peu de temps.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est cette incapacit\u00e9 \u00e0 tester ou \u00e0 v\u00e9rifier les attentes \u00e0 long terme qui est la cl\u00e9. Contrairement aux ventes de la production courante dont le prix de vente constitue un contr\u00f4le efficace, il n&rsquo;existe pas de moyen simple ou imm\u00e9diatement efficace de v\u00e9rifier les attentes de rendement des nouveaux investissements, ou le flux de revenus qui en d\u00e9coule. Les d\u00e9cisions d&rsquo;investissement sont importantes pour les entreprises, relativement rares et impliquent d&rsquo;envisager dans l\u2019instant ce qui pourrait se passer dans dix, vingt ou trente ans. En revanche, il y a le march\u00e9 boursier, et si une entreprise est d&rsquo;une certaine taille, ses actions existantes, d\u00e9j\u00e0 \u00e9mises, seront cot\u00e9es sur le march\u00e9 boursier, et achet\u00e9es et vendues entre investisseurs. Le cours de l&rsquo;action agit comme un barom\u00e8tre, ou un proxy, de la valeur actuelle de l&rsquo;entreprise. S&rsquo;il est \u00e9lev\u00e9, l&rsquo;entreprise peut, en th\u00e9orie, lever plus facilement des fonds pour de nouveaux investissements (en vendant de nouvelles actions)&#160;; s&rsquo;il est bas, elle ne le peut pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, comme Keynes l&rsquo;a \u00e9galement dit, la plupart des investisseurs sur le march\u00e9 boursier ne sont pas en concurrence entre eux pour estimer les rendements r\u00e9els \u00e0 long terme de ces immobilisations&#160;; mais, plut\u00f4t, pour estimer ce que l&rsquo;opinion des autres investisseurs sur le march\u00e9 boursier est susceptible d&rsquo;\u00eatre dans un avenir proche. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un processus de concurrence qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la concurrence entre les producteurs pour vendre leur production dans l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9. Certains investisseurs peuvent \u00eatre engag\u00e9s \u00e0 essayer de faire des estimations raisonnables des rendements \u00e0 long terme des immobilisations (\u00ab&#160;entreprise&#160;\u00bb). La plupart s&rsquo;engagent toutefois \u00e0 essayer de pr\u00e9voir la psychologie du march\u00e9 \u2014 ce qui est de la \u00ab&#160;sp\u00e9culation&#160;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Plus les march\u00e9s boursiers grandissent, se d\u00e9veloppent et deviennent sophistiqu\u00e9s, plus il est probable que la sp\u00e9culation prenne le pas sur l&rsquo;entreprise. La bourse n&rsquo;est pas une source de connaissances utiles pour v\u00e9rifier les attentes \u00e0 long terme qui r\u00e9gissent les d\u00e9cisions d&rsquo;investissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement, donc, \u00e0 la production, le capitalisme a d\u00e9velopp\u00e9 une mani\u00e8re instable d&rsquo;aborder l&rsquo;avenir \u00e0 long terme, dans dix, vingt ou trente ans, qui est l&rsquo;horizon temporel applicable aux nouveaux investissements. Les mouvements de prix \u00e0 court terme des actions existantes, motiv\u00e9s par la psychologie des foules, obscurcissent la vision de cet avenir \u00e0 long terme. Lorsque les attentes collectives trop optimistes s&rsquo;effondrent dans un krach majeur, il en va de m\u00eame pour les nouveaux investissements r\u00e9els, et pour l&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Lorsque les attentes collectives trop optimistes s&rsquo;effondrent dans un krach majeur, il en va de m\u00eame pour les nouveaux investissements r\u00e9els, et pour l&rsquo;\u00e9conomie. <\/p><cite> David Harrison <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La soci\u00e9t\u00e9 ouverte sous pression<\/h2>\n\n\n\n<p>Il existe un lien conceptuel \u00e9troit entre l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 et l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 ouverte. Popper a \u00e9crit <em>The Open Society and Its Enemies<\/em> pendant la Seconde Guerre mondiale, d\u00e9cidant de l&rsquo;\u00e9crire le jour o\u00f9 il a appris, en 1938, que l&rsquo;Allemagne nazie avait envahi son Autriche natale. Le th\u00e8me de Popper dans ce livre est la distinction entre les soci\u00e9t\u00e9s, \u00e0 travers l&rsquo;histoire, o\u00f9 les individus submergent leur identit\u00e9 dans un groupe plus large et les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 la libert\u00e9 individuelle est pris\u00e9e. Comme il le dit, \u00ab&#160;la soci\u00e9t\u00e9 magique, tribale ou collectiviste&#160;\u00bb serait appel\u00e9e la soci\u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e, et la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab&#160;dans laquelle les individus sont confront\u00e9s \u00e0 des d\u00e9cisions personnelles&#160;\u00bb la soci\u00e9t\u00e9 ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la p\u00e9riode d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, depuis 1945, l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 est apparue comme synonyme de d\u00e9mocratie et de soci\u00e9t\u00e9 ouverte, par opposition aux soci\u00e9t\u00e9s planifi\u00e9es et ferm\u00e9es de l&rsquo;Europe communiste. Le syst\u00e8me de prix d\u00e9centralis\u00e9 a rassembl\u00e9 des \u00ab&#160;connaissances divis\u00e9es&#160;\u00bb dans des conditions de changement, hors de port\u00e9e d&rsquo;un seul individu, et a ainsi approfondi la division du travail dans les \u00e9conomies de march\u00e9 occidentales, et am\u00e9lior\u00e9 le bien-\u00eatre \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9, les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques ouvertes d\u00e9pendent \u00e9galement des institutions publiques, pour assurer la stabilit\u00e9 face \u00e0 l&rsquo;incertitude \u00e0 long terme. L&rsquo;une d&rsquo;entre elles est le syst\u00e8me juridique, qui limite, par exemple, le pouvoir de march\u00e9 des producteurs dans l&rsquo;\u00e9conomie, gr\u00e2ce au syst\u00e8me de freins et de contrepoids qu&rsquo;est la politique de concurrence. D&rsquo;autres sont des institutions pour les soins de sant\u00e9, l&rsquo;\u00e9ducation, la s\u00e9curit\u00e9 sociale, la police et l&rsquo;ordre public, la d\u00e9fense, les transports publics et la politique mon\u00e9taire (c&rsquo;est-\u00e0-dire les banques centrales). Dans la plupart des cas, ces institutions ont \u00e9volu\u00e9 sur de longues p\u00e9riodes de temps, peut-\u00eatre m\u00eame sur des si\u00e8cles, par le biais de leur propre processus d&rsquo;essais et d&rsquo;erreurs, \u00e0 mesure que les lacunes des anciennes fa\u00e7ons de faire les choses sont devenues \u00e9videntes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les institutions publiques sont g\u00e9n\u00e9ralement financ\u00e9es par la fiscalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et devraient donc, en th\u00e9orie, \u00eatre isol\u00e9es des tendances \u00e0 l&rsquo;expansion et \u00e0 la r\u00e9cession que l&rsquo;on trouve sur les march\u00e9s d&rsquo;investissement priv\u00e9s. Cependant, lors d&rsquo;un boom du secteur priv\u00e9, alors que les prix des actifs augmentent, les recettes fiscales g\u00e9n\u00e9rales sont susceptibles d&rsquo;\u00eatre florissantes, et les d\u00e9penses de l&rsquo;\u00c9tat pour les projets d&rsquo;investissement public faciles \u00e0 financer. \u00c0 l&rsquo;inverse, apr\u00e8s un krach, les recettes fiscales sont susceptibles de diminuer et les d\u00e9penses de protection sociale et de ch\u00f4mage d&rsquo;augmenter. Les d\u00e9penses de l&rsquo;\u00c9tat en faveur des institutions publiques sont donc \u00e9galement soumises \u00e0 des pressions&#160;: apr\u00e8s une \u00e9norme crise \u2014 comme apr\u00e8s le krach de 2008 \u2014 de nombreux \u00c9tats ont tellement craint pour leurs finances qu&rsquo;ils ont donn\u00e9 la priorit\u00e9 aux programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 et aux \u00e9conomies, m\u00eame, par rapport au maintien de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique. Ainsi, les \u00c9tats et les institutions publiques se sont retrouv\u00e9s, malgr\u00e9 eux, pris dans les effets des booms des investissements priv\u00e9s, multipliant leurs effets \u00e9conomiques expansionnistes et contractionnistes.<\/p>\n\n\n\n<p>La tentation de revenir \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e, tribale ou collective, est forte lorsqu&rsquo;il y a une rupture grave dans une crise financi\u00e8re majeure, avec des effets d\u00e9vastateurs sur l&rsquo;\u00e9conomie et sur les institutions politiques. Les d\u00e9cisions personnelles des individus peuvent sembler insignifiantes s&rsquo;ils sont pi\u00e9g\u00e9s dans une \u00e9conomie en d\u00e9clin, stagnante, s\u2019ils sont incapables d&rsquo;entrevoir un avenir meilleur, ou s\u2019ils sont charg\u00e9s de dettes garanties par des actifs dont la valeur vient de s&rsquo;effondrer. Apr\u00e8s une crise (dont ils n&rsquo;\u00e9taient, apr\u00e8s tout, presque certainement pas responsables), beaucoup peuvent avoir l&rsquo;impression que non seulement leurs gouvernements mais aussi la connaissance et la rationalit\u00e9 elles-m\u00eames ont \u00e9chou\u00e9. De vieilles id\u00e9es magiques comme la r\u00e9cup\u00e9ration de l&rsquo;ancienne \u00ab&#160;souverainet\u00e9&#160;\u00bb ressuscitent. Des d\u00e9magogues surgissent, des barri\u00e8res se dressent \u00e0 nouveau. Si les d\u00e9cisions personnelles n&rsquo;ont pas de r\u00e9elle importance, l&rsquo;identit\u00e9 collective pourrait \u00eatre un meilleur pari&#160;: il y a de la s\u00e9curit\u00e9 dans le nombre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Si les d\u00e9cisions personnelles n&rsquo;ont pas de r\u00e9elle importance, l&rsquo;identit\u00e9 collective pourrait \u00eatre un meilleur pari&#160;: il y a de la s\u00e9curit\u00e9 dans le nombre. <\/p><cite> David Harrison <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une histoire incertaine<\/h2>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on y regarde de plus pr\u00e8s, ce qui semble \u00eatre des probl\u00e8mes modernes sont en r\u00e9alit\u00e9 de nature ancienne. D\u00e8s les premiers jours du capitalisme industriel, il y a eu des difficult\u00e9s \u00e0 financer ses investissements. La formation de soci\u00e9t\u00e9s par actions au Royaume-Uni au XVIIIe si\u00e8cle a conduit \u00e0 la cr\u00e9ation de soci\u00e9t\u00e9s \u00ab&#160;bulles&#160;\u00bb, la plus spectaculaire \u00e9tant la bulle de la South Sea Company, qui s&rsquo;est effondr\u00e9e en 1720, et l&rsquo;adoption de la loi sur les bulles la m\u00eame ann\u00e9e, restreignant s\u00e9v\u00e8rement la constitution de soci\u00e9t\u00e9s, jusqu&rsquo;\u00e0 son abrogation en 1824. C&rsquo;est l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;achat d&rsquo;actions dans la bulle de la South Sea Company qui a amen\u00e9 Isaac Newton \u00e0 observer qu\u2019il pouvait \u201ccalculer les mouvements des corps c\u00e9lestes, mais pas la folie des gens&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, la l\u00e9gislation britannique a facilit\u00e9 la cr\u00e9ation de soci\u00e9t\u00e9s par le biais de la constitution en soci\u00e9t\u00e9, a \u00e9tabli le principe selon lequel une soci\u00e9t\u00e9 a sa propre personnalit\u00e9 juridique, et a limit\u00e9 la responsabilit\u00e9 des investisseurs au montant investi dans une soci\u00e9t\u00e9. Cependant, le besoin de financement \u00e0 grande \u00e9chelle pour des investissements majeurs continuait \u00e0 soulever des difficult\u00e9s&#160;: le financement des chemins de fer, en particulier, impliquait mauvaise gestion, fraude et sp\u00e9culation, d\u00e9peintes sous forme de fiction dans le roman de 1875 de Trollope, <em>The Way We Live Now<\/em>, mais que l&rsquo;on retrouve \u00e9galement dans les faits, tant au Royaume-Uni qu&rsquo;aux \u00c9tats-Unis. Bagehot, dans <em>The English Constitution<\/em> (1867), note qu&rsquo;au parlement britannique, il y aurait deux cents \u00ab&#160;membres pour les chemins de fer&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9paration de la gestion et de la propri\u00e9t\u00e9 des entreprises par l&rsquo;incorporation de soci\u00e9t\u00e9s dont les actions sont d\u00e9tenues par d&rsquo;autres a cr\u00e9\u00e9 de nouvelles possibilit\u00e9s d&rsquo;attirer de nouveaux financements \u00e0 grande \u00e9chelle dans l&rsquo;industrie en vendant les actions de la soci\u00e9t\u00e9&#160;; mais elle a \u00e9galement cr\u00e9\u00e9 un potentiel d&rsquo;instabilit\u00e9 en permettant \u00e0 ces actions d&rsquo;\u00eatre achet\u00e9es et vendues sur leurs propres march\u00e9s, entra\u00eenant des effets de r\u00e9troaction sur la gestion des entreprises. Les march\u00e9s boursiers, pour la n\u00e9gociation des actions des entreprises, se sont d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle \u00e0 Londres, New York, Paris et Amsterdam, permettant \u00e0 ceux qui ne dirigeaient pas r\u00e9ellement une entreprise d&rsquo;avoir un avis sur ses perspectives. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un m\u00e9canisme puissant&#160;: il est difficile pour les entreprises d&rsquo;ignorer le cours de leurs propres actions, mais cela n&rsquo;a pas grand-chose \u00e0 voir avec l&rsquo;am\u00e9lioration des attentes \u00e0 long terme en mati\u00e8re de rendement des immobilisations&#160;; ou de rendement de l&rsquo;ajout de biens d&rsquo;\u00e9quipement&#160;; ou d&rsquo;investissement r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Keynes consid\u00e9rait que la s\u00e9paration de la gestion et de la propri\u00e9t\u00e9 des entreprises depuis le XIXe si\u00e8cle allait \u00e0 l&rsquo;encontre de la diffusion des connaissances sur les entreprises, parce que la propri\u00e9t\u00e9 du stock d&rsquo;actions dans la soci\u00e9t\u00e9 se disperse entre des personnes qui ne g\u00e8rent pas et n&rsquo;ont aucune connaissance particuli\u00e8re de l&rsquo;entreprise, ce qui cause un s\u00e9rieux d\u00e9clin de la connaissance r\u00e9elle de la valeur des investissements par ceux qui les ach\u00e8tent ou les poss\u00e8dent. Le march\u00e9 boursier devient sujet \u00e0 des vagues de sentiments optimistes et pessimistes, sans base solide pour un calcul raisonnable, mais plut\u00f4t une base d&rsquo;\u00e9valuation \u00ab&#160;conventionnelle&#160;\u00bb r\u00e9sultant d&rsquo;une \u00ab&#160;psychologie de masse d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;individus ignorants.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Sous la forme avanc\u00e9e du \u00ab&#160;capitalisme des gestionnaires d&rsquo;argent&#160;\u00bb, qui pr\u00e9vaut depuis quelques d\u00e9cennies aux \u00c9tats-Unis, la position a \u00e9volu\u00e9 d&rsquo;un cran. La phrase de Minsky fait allusion \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de la plupart des instruments financiers par des institutions professionnelles, comme les fonds mutuels et de pension et les compagnies d&rsquo;assurance, plut\u00f4t que par des individus. John C. Bogle, fondateur de Vanguard, qui est devenu le plus grand fonds commun de placement du monde, bas\u00e9 sur un simple indice de l&rsquo;ensemble du march\u00e9 boursier am\u00e9ricain, a enregistr\u00e9 la tendance&#160;: dans les ann\u00e9es 1960, ces investisseurs institutionnels d\u00e9tenaient moins de 20&#160;% de la valeur marchande des actions am\u00e9ricaines, mais au XXIe si\u00e8cle, cette proportion \u00e9tait pass\u00e9e \u00e0 70&#160;%. Une minorit\u00e9 de fonds adopte une strat\u00e9gie d&rsquo;investissement \u00e0 long terme, mais le comportement dominant continue d&rsquo;impliquer un taux \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;activit\u00e9 commerciale, avec un achat et une vente constants d&rsquo;actions, dans le but de profiter de la diff\u00e9rence de prix entre les deux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce processus conduit \u00e0 ce que Bogle appelle la \u00ab&#160;conspiration heureuse&#160;\u00bb d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 \u00ab&#160;double agence&#160;\u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire que les agents qui g\u00e8rent l&rsquo;argent (au nom des \u00e9pargnants finaux qui contribuent \u00e0 leurs fonds) sont dans une conspiration heureuse avec les agents qui g\u00e8rent les soci\u00e9t\u00e9s (au nom des actionnaires). Les gestionnaires d&rsquo;argent veulent une appr\u00e9ciation du prix des actions, afin d&rsquo;attirer toujours plus d&rsquo;argent dans leurs fonds, et les cadres sup\u00e9rieurs des soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines s&rsquo;assurent de leur fournir cela, puisque leur propre r\u00e9mun\u00e9ration est li\u00e9e \u00e0 une performance des actions \u00e0 la hausse. Cela cr\u00e9e le monde heureux et mobile vers le haut du \u00ab&#160;capitalisme des gestionnaires de fonds&#160;\u00bb. Il en r\u00e9sulte toutefois que les entreprises poursuivent un objectif essentiellement secondaire (maximiser le prix de leur stock de capital existant, d\u00e9j\u00e0 vendu aux investisseurs sur le march\u00e9) peu pertinent pour leur propre croissance et d\u00e9veloppement futurs, ou pour maintenir leur position concurrentielle dans l&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;explication de Porter, dans <em>The Competitive Advantage of Nations<\/em>, selon laquelle si, dans l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, les march\u00e9s financiers am\u00e9ricains fournissaient des capitaux bon march\u00e9 aux entreprises, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 les objectifs des entreprises avaient chang\u00e9. Les institutions financi\u00e8res am\u00e9ricaines ont \u00e9t\u00e9 mises sous pression pour d\u00e9montrer l&rsquo;appr\u00e9ciation trimestrielle du prix des actions. Cette situation, \u00e0 laquelle s&rsquo;ajoutait l&rsquo;accent mis sur les rachats, les fusions d&rsquo;entreprises et sur le versement de primes \u00e0 court terme aux dirigeants a sap\u00e9 l&rsquo;avantage concurrentiel des entreprises am\u00e9ricaines. Les objectifs de taux de rendement pour filtrer les nouvelles opportunit\u00e9s d&rsquo;investissement \u00e9taient \u00e9lev\u00e9s&#160;; la r\u00e9colte de positions sur le march\u00e9 \u00e9tait courante. Le \u00ab&#160;capitalisme des gestionnaires d&rsquo;argent&#160;\u00bb a donc jou\u00e9 son r\u00f4le en sapant la capacit\u00e9 des entreprises am\u00e9ricaines \u00e0 investir \u00e0 long terme, \u00e0 innover et \u00e0 se moderniser pour r\u00e9tablir leur avantage concurrentiel, pour leur bien et pour celui de l&rsquo;\u00e9conomie dans son ensemble.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le \u00ab&#160;capitalisme des gestionnaires d&rsquo;argent&#160;\u00bb a donc jou\u00e9 son r\u00f4le en sapant la capacit\u00e9 des entreprises am\u00e9ricaines \u00e0 investir \u00e0 long terme, \u00e0 innover et \u00e0 se moderniser pour r\u00e9tablir leur avantage concurrentiel, pour leur bien et pour celui de l&rsquo;\u00e9conomie dans son ensemble. <\/p><cite> David Harrison <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ancrer l&rsquo;avenir<\/h2>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;avenir est \u00ab&#160;ouvert&#160;\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il n&rsquo;est pas d\u00e9termin\u00e9, comme le disait Popper) ou \u00ab&#160;incertain&#160;\u00bb (au sens du mot utilis\u00e9 par Keynes&#160;: c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il ne peut \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 un calcul de probabilit\u00e9s), alors plus nous nous projetons dans cet avenir, plus il aura tendance \u00e0 \u00eatre ouvert et incertain. Les attentes actuelles concernant l&rsquo;avenir lointain et incertain sont toujours susceptibles d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9caires et de changer en fonction de l&rsquo;opinion courante, ou des tendances actuelles du march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Hayek a pris soin de souligner que le type de connaissances que les prix rassemblent est une connaissance pratique, \u00ab&#160;des circonstances particuli\u00e8res du temps et du lieu&#160;\u00bb, et non une connaissance scientifique. Mais il existe d&rsquo;autres moyens d&rsquo;accro\u00eetre les connaissances. L&rsquo;une d&rsquo;entre elles est la m\u00e9thode scientifique, qui est commune aux sciences sociales et aux sciences naturelles&#160;: il s&rsquo;agit de la m\u00e9thode des essais et des erreurs, de l&rsquo;invention d&rsquo;hypoth\u00e8ses et de th\u00e9ories qui peuvent \u00eatre test\u00e9es, et de leur soumission \u00e0 des tests pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fluctuations des anticipations \u00e0 long terme pourraient-elles \u00eatre stabilis\u00e9es par une telle m\u00e9thode&#160;? Les propres \u00e9crits de Keynes donnent quelques indices. Celui-ci a sugg\u00e9r\u00e9 dans la <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/em> qu&rsquo;au lieu de se fier aux estimations instables du march\u00e9, l&rsquo;\u00c9tat lui-m\u00eame devrait assumer une plus grande responsabilit\u00e9 dans l&rsquo;organisation des investissements, car il est en mesure de calculer l&rsquo;efficacit\u00e9 marginale des biens d&rsquo;\u00e9quipement \u00ab&#160;sur des vues \u00e0 long terme et sur la base de l&rsquo;avantage social g\u00e9n\u00e9ral&#160;\u00bb. Dans un article publi\u00e9 un an plus tard, en 1937, il propose ensuite la cr\u00e9ation d&rsquo;un \u00ab&#160;conseil d&rsquo;investissement public&#160;\u00bb, charg\u00e9 de veiller \u00e0 ce que des plans d\u00e9taill\u00e9s soient pr\u00e9par\u00e9s pour les projets d&rsquo;investissement publics et parapublics \u00e0 grande \u00e9chelle, afin de compenser les ralentissements de l&rsquo;investissement priv\u00e9. Ainsi, les compagnies de chemin de fer, les autorit\u00e9s portuaires et fluviales, les services d&rsquo;eau, de gaz et d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, les entrepreneurs en b\u00e2timent, les autorit\u00e9s locales et les autorit\u00e9s dirigeantes de Londres et d&rsquo;autres villes dens\u00e9ment peupl\u00e9es devraient \u00eatre invit\u00e9s \u00e0 \u00e9tudier quels projets pourraient \u00eatre utilement entrepris si des capitaux \u00e9taient disponibles \u00e0 des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat particuliers.<\/p>\n\n\n\n<p>Keynes pr\u00e9conisait donc la planification des investissements, car si l&rsquo;\u00c9tat peut contr\u00f4ler des \u00e9l\u00e9ments importants d&rsquo;investissement public dans l&rsquo;\u00e9conomie, il devrait \u00eatre possible de compenser les pires effets des fluctuations erratiques du secteur priv\u00e9. Il appelait \u00e0 des \u00ab&#160;actes d&rsquo;imagination constructive&#160;\u00bb de la part des administrateurs, des ing\u00e9nieurs et des architectes, afin de cr\u00e9er des lots de projets importants et utiles, pr\u00eats \u00e0 \u00eatre lanc\u00e9s avec un pr\u00e9avis de quelques mois en cas d&rsquo;effondrement des investissements priv\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept de Keynes de l&rsquo;efficacit\u00e9 marginale du capital consiste, comme nous l&rsquo;avons vu, en deux variables&#160;: le prix actuel d&rsquo;un nouveau bien d&rsquo;\u00e9quipement, et son rendement prospectif, sur toute sa dur\u00e9e de vie. Les attentes en mati\u00e8re de rendement prospectif ne sont pas fixes mais fluctuent, conform\u00e9ment aux estimations du march\u00e9 des investissements. L&rsquo;\u00c9tat, cependant, ne doit pas pr\u00eater attention \u00e0 ces estimations fluctuantes du march\u00e9&#160;: il peut maintenir la m\u00eame vision \u00e0 long terme des rendements prospectifs des investissements publics, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une m\u00e9thode permettant d&rsquo;ancrer les attentes fluctuantes de l&rsquo;avenir. Elle ne nous dit pas ce que devraient \u00eatre les attentes en mati\u00e8re de rendement prospectif, mais elle veille \u00e0 ce qu&rsquo;elles ne varient pas trop d&rsquo;une courte p\u00e9riode \u00e0 l&rsquo;autre. Une analogie est le r\u00f4le de la Banque d&rsquo;Angleterre propos\u00e9 par Bagehot au XIXe si\u00e8cle&#160;: les banques centrales doivent se tenir pr\u00eates \u00e0 amortir les paniques d\u00e9raisonnables des banques commerciales sur le march\u00e9 mon\u00e9taire, en pr\u00eatant librement lorsque les autres banques ne le font pas. Un autre point curieux \u00e0 noter est que, m\u00eame si les estimations du march\u00e9 des investissements concernant les rendements prospectifs des actifs financiers fluctuent \u00e9norm\u00e9ment, il est prouv\u00e9 que les rendements r\u00e9els des actifs financiers s&rsquo;av\u00e8rent apr\u00e8s coup assez stables. Comme l&rsquo;a fait remarquer Keynes, face aux perplexit\u00e9s et aux incertitudes du monde moderne, les valeurs du march\u00e9 fluctuent beaucoup plus largement que ce qui semble raisonnable \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9v\u00e9nements ult\u00e9rieurs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Comme l&rsquo;a fait remarquer Keynes, face aux perplexit\u00e9s et aux incertitudes du monde moderne, les valeurs du march\u00e9 fluctuent beaucoup plus largement que ce qui semble raisonnable \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9v\u00e9nements ult\u00e9rieurs. <\/p><cite> David Harrison <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Parmi les nombreux faits et chiffres rassembl\u00e9s dans le <em>Capital in the Twenty-First Century<\/em> de Thomas Piketty, on trouve des estimations du rendement r\u00e9el pur moyen du capital au Royaume-Uni et en France du XVIIIe si\u00e8cle \u00e0 nos jours&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-4-116738' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/08\/15\/le-temps-long-du-capitalisme-deuxieme-partie\/#easy-footnote-bottom-4-116738' title='Thomas Piketty, &lt;em&gt;Le Capital au XXIe si\u00e8cle&lt;\/em&gt;, \u00c9ditions du Seuil, Paris, 2013.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Apr\u00e8s avoir d\u00e9duit les co\u00fbts de gestion des investissements, Piketty arrive \u00e0 ce constat&#160;: le rendement r\u00e9el pur du capital est rest\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s stable, autour de 4 \u00e0 5&#160;% par an sur toute cette p\u00e9riode, et en tout cas dans des fourchettes de 3 \u00e0 6&#160;% par an. Il n&rsquo;y a pas eu de tendance prononc\u00e9e, ni \u00e0 la hausse ni \u00e0 la baisse. La nature du capital a certainement chang\u00e9&#160;: aux XVIII et XIXe si\u00e8cles, il s&rsquo;agissait le plus souvent de terres et de dette publique (obligations), qui produisaient g\u00e9n\u00e9ralement des taux de 4 ou 5&#160;% par an. Au XXIe si\u00e8cle, il existe un \u00e9ventail beaucoup plus large d&rsquo;actifs parmi lesquels choisir, allant de l&rsquo;immobilier \u00e0 faible rendement (et des comptes d&rsquo;\u00e9pargne \u00e0 rendement nul) aux rendements des immobilisations industrielles pouvant d\u00e9passer 7 \u00e0 8&#160;% par an, mais les rendements moyens restent remarquablement stables, au fil des si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres \u00e9tudes dressent un tableau similaire. Aux \u00c9tats-Unis, Bogle a calcul\u00e9 qu&rsquo;au cours des 150 ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant 2012, la combinaison des rendements des dividendes des soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines et de la croissance r\u00e9elle des b\u00e9n\u00e9fices, apr\u00e8s inflation, a atteint environ 7&#160;% par an (4,5&#160;% de rendement des dividendes plus 2,5&#160;% de croissance r\u00e9elle des b\u00e9n\u00e9fices). C&rsquo;est presque exactement la m\u00eame chose que le rendement r\u00e9el de 7&#160;% des cours boursiers \u2014 sauf que ces derniers, \u00e0 tout moment, peuvent s&rsquo;\u00e9carter de la tendance sous-jacente \u00e0 long terme, en raison de l&rsquo;effet de la sp\u00e9culation qui provoque l&rsquo;instabilit\u00e9 des prix. Dans une \u00e9tude de 2017 intitul\u00e9e <em>The Rate of Return on Everything, 1870-2015<\/em>, un groupe d&rsquo;\u00e9conomistes a calcul\u00e9 que dans 16 pays avanc\u00e9s, sur 150 ans, le rendement r\u00e9el moyen des actions et de l&rsquo;immobilier r\u00e9sidentiel (mesur\u00e9 en termes de rendements plus les gains en capital) a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;environ 7&#160;% par an&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-5-116738' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/08\/15\/le-temps-long-du-capitalisme-deuxieme-partie\/#easy-footnote-bottom-5-116738' title='Moritz Schularick, Alan M. Taylor &lt;em&gt;et. al.&lt;\/em&gt;, &lt;a href=&quot;https:\/\/economics.harvard.edu\/files\/economics\/files\/ms28533.pdf&quot;&gt;The Rate of Return on Everything, 1870\u20132015&lt;\/a&gt;, 2017.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, bien que les temp\u00eates financi\u00e8res et \u00e9conomiques aient fait d&rsquo;\u00e9normes ravages dans les soci\u00e9t\u00e9s capitalistes au cours des derniers si\u00e8cles, il semble, r\u00e9trospectivement, qu&rsquo;une grande partie de ce tapage ait \u00e9t\u00e9 pour rien. Les attentes collectives peuvent s&rsquo;\u00e9carter de la r\u00e9alit\u00e9, mais le monde r\u00e9el n&rsquo;a pas tant chang\u00e9 que cela. Cela soul\u00e8ve alors une question pertinente&#160;: que faut-il faire pour ancrer les attentes instables de la finance&#160;? L&rsquo;id\u00e9al d'\u00a0\u00bbentreprise&#160;\u00bb de Keynes \u2014 o\u00f9 les investisseurs font des estimations raisonnables des rendements des immobilisations \u2014 pourrait-il encore acqu\u00e9rir une seconde vie&#160;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Retour au d\u00e9but<\/h2>\n\n\n\n<p>Les gouvernements d\u00e9mocratiques des soci\u00e9t\u00e9s ouvertes ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 s&rsquo;attaquer \u00e0 ces probl\u00e8mes. Les soci\u00e9t\u00e9s ouvertes permettent des changements et des r\u00e9formes pacifiques. La question vraiment importante est, comme l&rsquo;a dit Popper dans <em>The Open Society and Its Enemies<\/em>, de savoir comment organiser les institutions politiques afin d&#8217;emp\u00eacher les dirigeants mauvais ou incomp\u00e9tents de faire trop de d\u00e9g\u00e2ts. Mais apr\u00e8s une crise financi\u00e8re grave, menant dans le pire des cas \u00e0 une d\u00e9pression \u00e9conomique compl\u00e8te, les dirigeants mauvais ou incomp\u00e9tents se hissent souvent au sommet, causant des d\u00e9g\u00e2ts suppl\u00e9mentaires consid\u00e9rables. Si les choses vont compl\u00e8tement mal, ils se retranchent et deviennent impossibles \u00e0 d\u00e9loger.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la crise financi\u00e8re de 2008, de nombreux dirigeants en place en Europe ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vinc\u00e9s par leurs \u00e9lecteurs, bien qu&rsquo;aucun d&rsquo;entre eux ne soit responsable de la crise. Aux \u00c9tats-Unis, cela a co\u00efncid\u00e9 avec un changement de pr\u00e9sidence qui aurait eu lieu de toute fa\u00e7on. La r\u00e9gion atlantique, au c\u0153ur de la crise en raison des interconnexions entre les syst\u00e8mes bancaires am\u00e9ricains et europ\u00e9ens, est devenue apr\u00e8s celle-ci une zone de politiques publiques discordantes, les \u00c9tats-Unis et la plupart des pays europ\u00e9ens tirant dans des directions diff\u00e9rentes. Les partis et mouvements politiques anti-syst\u00e8me ont prosp\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9branlement complet de toute une g\u00e9n\u00e9ration de dirigeants d\u00e9mocratiques.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La r\u00e9gion atlantique, au c\u0153ur de la crise en raison des interconnexions entre les syst\u00e8mes bancaires am\u00e9ricains et europ\u00e9ens, est devenue apr\u00e8s celle-ci une zone de politiques publiques discordantes, les \u00c9tats-Unis et la plupart des pays europ\u00e9ens tirant dans des directions diff\u00e9rentes. <\/p><cite> David Harrison <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Il semble donc que nous devions revenir \u00e0 la question envisag\u00e9e par Hayek en 1945, \u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque l&rsquo;ordre d&rsquo;apr\u00e8s-guerre a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour la premi\u00e8re fois. L&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;avenir doit-elle \u00eatre planifi\u00e9e ou non planifi\u00e9e&#160;? L&rsquo;\u00e9vidence est qu&rsquo;une \u00e9conomie d\u00e9centralis\u00e9e, soumise \u00e0 des r\u00e8gles visant \u00e0 garantir sa comp\u00e9titivit\u00e9, fonctionne certainement assez bien lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;activit\u00e9 de production de biens et de services \u2014 et bien mieux que l&rsquo;alternative. M\u00eame dans la sph\u00e8re de l&rsquo;investissement, toutes les d\u00e9cisions d&rsquo;investissement ne peuvent, ni ne doivent, \u00eatre planifi\u00e9es de mani\u00e8re centralis\u00e9e. Le probl\u00e8me est que, dans l&rsquo;ensemble, les d\u00e9cisions d&rsquo;investissement priv\u00e9 ne sont pas d\u00e9centralis\u00e9es dans la pratique, mais deviennent li\u00e9es les unes aux autres, par le biais des puissants m\u00e9canismes de transmission des march\u00e9s financiers mondiaux. La base de l&rsquo;\u00e9valuation devient une convention commune ou sociale, plut\u00f4t qu&rsquo;une \u00e9valuation individuelle ou une estimation raisonnable du rendement. C&rsquo;est pire qu&rsquo;une planification centrale \u2014 c&rsquo;est une erreur centrale. Les connaissances \u00e9chang\u00e9es ne sont pas des connaissances utiles, au sens de Hayek \u2014 ce sont en fait des connaissances inutiles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le poids du pass\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;investissement est une activit\u00e9 tourn\u00e9e vers l&rsquo;avenir. Elle implique de prendre des d\u00e9cisions dans le pr\u00e9sent concernant un avenir inconnu. C&rsquo;est aussi une activit\u00e9 \u00e9conomiquement cruciale. Toute la logique de la <em>Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale<\/em> veut que l&rsquo;investissement soit l&rsquo;ingr\u00e9dient essentiel d&rsquo;une \u00e9conomie capitaliste moderne pour l&#8217;emp\u00eacher de retomber dans la sous-performance. C&rsquo;est pourquoi le devoir d&rsquo;ordonner le volume actuel d&rsquo;investissement \u00ab&#160;ne peut \u00eatre laiss\u00e9 en toute s\u00e9curit\u00e9 entre des mains priv\u00e9es&#160;\u00bb. Il n&rsquo;y a pas de main invisible pour garantir que le volume d&rsquo;investissement actif dans l&rsquo;\u00e9conomie sera toujours correct.<\/p>\n\n\n\n<p>Le poids du pass\u00e9 p\u00e8se de plus en plus sur l&rsquo;avenir inconnu. L&rsquo;\u00e9pargne s&rsquo;accumule \u00e0 mesure que le revenu de la soci\u00e9t\u00e9 augmente. L&rsquo;\u00e9pargne, g\u00e9r\u00e9e par le secteur priv\u00e9, a continu\u00e9 \u00e0 cro\u00eetre sans remords au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, pour atteindre un volume d\u00e9sormais l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieur au PIB mondial. L&rsquo;\u00e9pargne, qui n&rsquo;est pas affect\u00e9e \u00e0 l&rsquo;investissement dans de nouveaux biens d&rsquo;\u00e9quipement, est allou\u00e9e aux biens d&rsquo;\u00e9quipement existants \u2014 les actions d&rsquo;entreprises, ou les biens immobiliers \u2014 et fait ainsi grimper le prix de ces biens existants. Mais la finance conduite par la sp\u00e9culation se projette dans l&rsquo;avenir avec plus de doute que de conviction, et avec plus de peur que de clairvoyance. Elle est domin\u00e9e par l&rsquo;incertitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Le poids du pass\u00e9 s&rsquo;est alourdi depuis 1945, au fil des d\u00e9cennies de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Dans la r\u00e9gion atlantique des \u00c9tats-Unis et de l&rsquo;Europe, le boom \u00e9conomique qui a suivi imm\u00e9diatement la guerre reposait sur le vaste programme d&rsquo;investissement militaire am\u00e9ricain du temps de guerre (le \u00ab&#160;programme de la victoire&#160;\u00bb de Roosevelt), dans le cadre duquel les \u00c9tats-Unis se sont impos\u00e9s comme le \u00ab&#160;grand arsenal de la d\u00e9mocratie&#160;\u00bb, sortant leur immense \u00e9conomie de la d\u00e9pression des ann\u00e9es 30 et cr\u00e9ant \u00e9galement la capacit\u00e9 industrielle qui, lorsqu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e \u00e0 des fins pacifiques apr\u00e8s la guerre, a assur\u00e9 des d\u00e9cennies d&rsquo;expansion \u00e9conomique continue. Comme le dit Porter dans <em>Competitive Advantage of Nations<\/em>, la Seconde Guerre mondiale a repr\u00e9sent\u00e9 un investissement dans la cr\u00e9ation de facteurs d&rsquo;une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent, sous l&rsquo;impulsion d&rsquo;une urgence nationale. Le plan Marshall de 1947 puis les programmes de reconstruction et d&rsquo;investissement d&rsquo;apr\u00e8s-guerre en Europe ont reconstruit les d\u00e9mocraties occidentales pour lesquelles l&rsquo;\u00ab&#160;arsenal de la d\u00e9mocratie&#160;\u00bb a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, et des ann\u00e9es de forte croissance ont suivi, se poursuivant pendant des d\u00e9cennies jusqu&rsquo;\u00e0 la rupture avec la fin du syst\u00e8me de Bretton Woods dans les ann\u00e9es 1970.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une importante le\u00e7on de m\u00e9thode derri\u00e8re, tout d&rsquo;abord, le programme d&rsquo;investissement am\u00e9ricain de la Victoire en temps de guerre et ensuite les programmes europ\u00e9ens d&rsquo;apr\u00e8s-guerre pour la reconstruction et la modernisation. Ces grands programmes d&rsquo;investissement public, couronn\u00e9s de succ\u00e8s, ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s sous la puissante pression des \u00e9v\u00e9nements, lorsqu&rsquo;il est devenu \u00e9vident qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas vraiment d&rsquo;alternative. Face \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une sup\u00e9riorit\u00e9 militaire \u00e9crasante en temps de guerre \u2014 sans laquelle il n&rsquo;y avait aucune assurance de victoire dans la guerre, ni m\u00eame de survie \u2014 les investissements aux Etats-Unis ont d\u00fb \u00eatre augment\u00e9s massivement pour pouvoir atteindre cet objectif militaire. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s la guerre, la catastrophe \u00e9conomique imminente en Europe a conduit \u00e0 la cr\u00e9ation du plan Marshall. Dans les pays o\u00f9 il y avait une destruction massive de la capacit\u00e9 de production (comme l&rsquo;Allemagne) ou un besoin \u00e9vident de reconstruction et de modernisation apr\u00e8s de longues ann\u00e9es de n\u00e9gligence (comme la France), il \u00e9tait certain, ou presque certain, qu&rsquo;un programme d&rsquo;investissement \u00e0 grande \u00e9chelle serait n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;incertitude de l&rsquo;avenir \u2014 les \u00ab&#160;forces obscures du temps et de l&rsquo;ignorance&#160;\u00bb qui surplombent la fonction d&rsquo;investissement \u2014 se dissipait dans de telles situations. La poursuite d&rsquo;une ligne d&rsquo;action publique n&rsquo;avait plus qu&rsquo;\u00e0 \u00eatre pes\u00e9e face \u00e0 l&rsquo;alternative probable et d\u00e9sastreuse de ne pas poursuivre cette ligne d&rsquo;action. L\u2019\u00e9quilibre des avantages dans de tels moments critiques devenait clair.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les d\u00e9cennies d&rsquo;essor et de reconstruction de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre \u2014 qui se sont termin\u00e9es dans les ann\u00e9es 1970 avec la suspension de Bretton Woods \u2014 les programmes d&rsquo;investissement public ont perdu de leur importance des deux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Atlantique. Le syst\u00e8me financier priv\u00e9 s&rsquo;est fortement d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 la place. Les nombreuses immobilisations cr\u00e9\u00e9es dans l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre sont rest\u00e9es en place, mais ont fini par \u00eatre utilis\u00e9es et us\u00e9es plut\u00f4t que renouvel\u00e9es par de nouveaux investissements. La finance, sous l&rsquo;influence de la th\u00e9orie dominante du march\u00e9 efficient \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, s&rsquo;est consacr\u00e9e \u00e0 maximiser les prix des immobilisations existantes plut\u00f4t que de canaliser l&rsquo;\u00e9pargne vers de nouveaux investissements. Cela a eu pour effet de renforcer l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 en divisant l&rsquo;\u00e9conomie entre ceux dont le revenu \u00e9tait bas\u00e9 sur des actifs qui s&rsquo;appr\u00e9cient, et ceux dont le revenu \u00e9tait bas\u00e9 sur la production dans les march\u00e9s r\u00e9els, concurrentiels, d&rsquo;une \u00e9conomie d\u00e9centralis\u00e9e. Le \u00ab&#160;capitalisme gestionnaire de l&rsquo;argent&#160;\u00bb, comme l&rsquo;a dit Minsky, a port\u00e9 l&rsquo;incertitude \u00e0 des niveaux intol\u00e9rables pour les entreprises et pour leurs travailleurs aux \u00c9tats-Unis&#160;: ils ont fait les frais d&rsquo;un syst\u00e8me financier qui n&rsquo;avait pas suffisamment de certitude quant \u00e0 l&rsquo;avenir pour investir \u00e0 long terme dans les usines, les \u00e9quipements et la main-d&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut donc saisir le r\u00f4le de la planification dans une \u00e9conomie capitaliste \u00e0 partir de l&rsquo;exp\u00e9rience des d\u00e9mocraties occidentales depuis la Seconde Guerre mondiale. L&rsquo;investissement pour l&rsquo;avenir \u2014 la cr\u00e9ation de nouvelles immobilisations \u2014 est, m\u00eame dans le meilleur des cas, une affaire pr\u00e9caire. Au fil du temps, le poids des immobilisations d\u00e9j\u00e0 existantes s&rsquo;accumule, et l&rsquo;\u00e9pargne se concentre sur l&rsquo;obtention de rentes provenant des actifs existants plut\u00f4t que de nouveaux investissements. Le poids du pass\u00e9 p\u00e8se de plus en plus lourd. Sans une impulsion ou un guide pour assurer une plus grande certitude pour l&rsquo;avenir, l&rsquo;\u00e9conomie d\u00e9centralis\u00e9e ne se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re pas automatiquement par de nouveaux investissements.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le poids du pass\u00e9 p\u00e8se de plus en plus lourd. Sans une impulsion ou un guide pour assurer une plus grande certitude pour l&rsquo;avenir, l&rsquo;\u00e9conomie d\u00e9centralis\u00e9e ne se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re pas automatiquement par de nouveaux investissements. <\/p><cite> David Harrison <\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Une plus grande certitude peut cependant \u00eatre obtenue par l&rsquo;action des pouvoirs publics, en fixant un cadre qui stabilise les attentes \u00e0 long terme. Cela suppose, bien s\u00fbr, que les pouvoirs publics eux-m\u00eames aient un plan coh\u00e9rent, et que cela n&rsquo;implique pas de d\u00e9penses irrationnelles ou de pur gaspillage. La planification de l&rsquo;avenir est plus facile lorsque l&rsquo;\u00e9quilibre des avantages d&rsquo;un programme public devient clair \u2014 lorsque les co\u00fbts de la non-poursuite d&rsquo;une ligne de conduite particuli\u00e8re sont \u00e9vidents. Selon l&rsquo;analyse de Keynes, le maintien de niveaux stables de nouveaux investissements est, en soi, une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9conomique. Le co\u00fbt de ne pas le faire dans la p\u00e9riode d&rsquo;apr\u00e8s-guerre est devenu de plus en plus \u00e9vident. Si cela ne suffit pas, l&rsquo;imp\u00e9ratif actuel de modifier ou de renouveler l&rsquo;ensemble du stock de capital des \u00e9conomies am\u00e9ricaine et europ\u00e9enne afin de contrer les effets du changement climatique devrait donner un \u00e9lan suppl\u00e9mentaire aux programmes d&rsquo;investissement public \u00e0 grande \u00e9chelle \u2014 \u00e0 comparer aux co\u00fbts immenses de l&rsquo;absence de mesures n\u00e9cessaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui en r\u00e9sulte n&rsquo;est pas une planification centrale, du type de celle dont Hayek a mis en garde dans <em>L&rsquo;utilisation de la connaissance dans la soci\u00e9t\u00e9<\/em>&#160;: \u00ab&#160;la direction de l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me \u00e9conomique selon un plan unifi\u00e9&#160;\u00bb, comme il le disait en 1945. Elle fournit les connaissances manquantes dont l&rsquo;absence provoque l&rsquo;instabilit\u00e9 des attentes \u00e0 long terme \u2014 l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre l&rsquo;avenir. L&rsquo;\u00e9conomie dans son ensemble reste d\u00e9centralis\u00e9e, avec des centaines de milliers d&rsquo;entreprises op\u00e9rant selon leurs propres plans individuels, mais, en plus des signaux de prix donnant des informations pour la production dans le pr\u00e9sent, des signaux pour l&rsquo;investissement dans l&rsquo;avenir sont \u00e9galement donn\u00e9s, r\u00e9sultant de la connaissance que les programmes publics se d\u00e9rouleront dans une direction particuli\u00e8re sur une p\u00e9riode de temps particuli\u00e8re. Cette meilleure connaissance de l&rsquo;avenir agit, en fait, pour contrebalancer le poids du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9viter de r\u00e9p\u00e9ter les erreurs de la p\u00e9riode de 1914 \u00e0 1945 \u00e9tait la pr\u00e9occupation majeure de ceux qui, dans les d\u00e9mocraties occidentales, ont planifi\u00e9 la reconstruction du monde d&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Ce monde ne s&rsquo;est pas reconstruit tout seul.&nbsp;Beaucoup a \u00e9t\u00e9 fait, mais tout n&rsquo;a pas pu \u00eatre accompli en un court laps de temps. Il a fallu de nombreuses d\u00e9cennies \u2014 jusqu&rsquo;au XXIe si\u00e8cle \u2014 pour que les conditions se d\u00e9t\u00e9riorent et permettent ainsi l&rsquo;apparition d&rsquo;un krach comparable \u00e0 celui de l&rsquo;entre-deux-guerres des ann\u00e9es 30, avec des effets l\u00e0 encore comparables. Il n&rsquo;est cependant pas n\u00e9cessaire aujourd&rsquo;hui de r\u00e9p\u00e9ter le pass\u00e9 une nouvelle fois. Aucun programme de victoire n&rsquo;est n\u00e9cessaire pour gagner une nouvelle guerre, et le stock de capital de l&rsquo;Occident n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre d\u00e9truit juste pour pouvoir le reconstruire. Au lieu d&rsquo;un conflit, il existe une meilleure voie pour les d\u00e9mocraties, celle de nouveaux \u00ab&#160;actes d&rsquo;imagination constructive&#160;\u00bb \u00e0 grande \u00e9chelle, par le biais de la raison et de la coop\u00e9ration. Ceux-ci pourraient endiguer la tendance aux krachs et aux crises, aux effets d\u00e9sastreux sur les \u00e9conomies et sur les syst\u00e8mes politiques des soci\u00e9t\u00e9s ouvertes, en planifiant ce que l&rsquo;on pourrait appeler une construction mutuellement assur\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La crise financi\u00e8re de 2008 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;insoutenabilit\u00e9 \u2013 jusqu&rsquo;ici latente \u2013 du mod\u00e8le capitaliste mondial tel qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 construit apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. 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