{"id":116555,"date":"2021-08-13T17:00:00","date_gmt":"2021-08-13T15:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=116555"},"modified":"2021-08-15T21:36:13","modified_gmt":"2021-08-15T19:36:13","slug":"le-temps-long-du-capitalisme-premiere-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/08\/13\/le-temps-long-du-capitalisme-premiere-partie\/","title":{"rendered":"Le temps long du capitalisme. Premi\u00e8re partie"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Le syst\u00e8me capitaliste moderne \u2014 dans lequel nous vivons tous \u2014 repose de mani\u00e8re pr\u00e9caire sur les attentes de l&rsquo;avenir. Lorsque ces attentes s&rsquo;effondrent \u2014 comme apr\u00e8s une crise financi\u00e8re majeure \u2014 les horizons se r\u00e9duisent, l&rsquo;\u00e9conomie souffre, la politique se replie sur elle-m\u00eame et la recherche de boucs \u00e9missaires prend le pas sur la raison et sur la coop\u00e9ration. R\u00e9former le capitalisme, c&rsquo;est donc s&rsquo;attaquer aux racines conceptuelles de son instabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Premi\u00e8re partie&#160;: Vivre dans la v\u00e9rit\u00e9. La machine \u00e0 savoir du professeur Hayek<\/h4>\n\n\n\n<p>Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses r\u00e9flexions ont port\u00e9 sur la nature de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s-guerre. D&rsquo;une part, l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 libre du laissez-faire avait \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment discr\u00e9dit\u00e9e par le krach de 1929 et par la Grande D\u00e9pression des ann\u00e9es 1930. D&rsquo;autre part, l&rsquo;\u00e9conomie communiste de style sovi\u00e9tique semblait incompatible avec la d\u00e9mocratie. L&rsquo;\u00e9conomie du futur devait-elle donc \u00eatre planifi\u00e9e ou non planifi\u00e9e&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre 1945, l&rsquo;\u00e9conomiste Friedrich Hayek a avanc\u00e9 une nouvelle id\u00e9e audacieuse, aux cons\u00e9quences consid\u00e9rables. \u00c9crivant dans une revue \u00e9conomique am\u00e9ricaine, Hayek a sugg\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;une \u00e9conomie planifi\u00e9e centralement ne pourrait jamais fonctionner, car aucun planificateur central ne pourrait avoir toutes les connaissances n\u00e9cessaires pour faire fonctionner l&rsquo;\u00e9conomie face \u00e0 des changements constants. Au lieu de cela, une \u00e9conomie d\u00e9centralis\u00e9e serait pr\u00e9f\u00e9rable, avec de nombreux individus distincts r\u00e9agissant individuellement aux circonstances changeantes du temps et de l&rsquo;espace, et faisant leurs propres ajustements en cons\u00e9quence. Plut\u00f4t que d&rsquo;essayer de rassembler toutes les connaissances en un seul endroit et de faire fonctionner l&rsquo;\u00e9conomie comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un programme scientifique planifi\u00e9, soumis au commandement et au contr\u00f4le, des connaissances pratiques beaucoup plus limit\u00e9es suffiraient \u2014 \u00e0 condition que ces connaissances puissent parvenir rapidement \u00e0 ceux qui en ont besoin, au bon moment et au bon endroit.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment cela pouvait-il se faire&#160;? La r\u00e9ponse de Hayek \u00e9tait le syst\u00e8me de prix. \u00c0 l&rsquo;instar d&rsquo;un syst\u00e8me de t\u00e9l\u00e9communications, les signaux de prix transporteraient des messages d&rsquo;information instantan\u00e9s d&rsquo;une partie du monde \u00e0 l&rsquo;autre, diffusant des connaissances utiles et pratiques sur l&rsquo;\u00e9volution des circonstances \u00e0 tous ceux qui en ont besoin.<\/p>\n\n\n\n<p>Supposons, disait Hayek, que quelque part dans le monde, une nouvelle utilisation soit trouv\u00e9e pour une marchandise comme l&rsquo;\u00e9tain \u2014 ou qu&rsquo;une source d&rsquo;approvisionnement en \u00e9tain soit coup\u00e9e. Les producteurs qui utilisent l&rsquo;\u00e9tain n&rsquo;ont pas besoin de conna\u00eetre tous les d\u00e9tails&#160;; tout ce qu&rsquo;ils doivent savoir, c&rsquo;est que l&rsquo;\u00e9tain est devenu plus cher et qu&rsquo;ils devront \u00e9conomiser. Si certains connaissent une nouvelle demande d&rsquo;\u00e9tain, d&rsquo;autres prendront leur place, les effets se propageront rapidement \u00e0 travers tout le syst\u00e8me \u00e9conomique et influenceront toutes les utilisations de l&rsquo;\u00e9tain et de ses substituts&#160;; l&rsquo;offre de tous les objets fabriqu\u00e9s en \u00e9tain, et leurs substituts, et ainsi de suite. Toute cette cha\u00eene d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements se produira sans que la plupart de ceux qui prennent part \u00e0 ce processus de changement aient la moindre id\u00e9e de la cause initiale de celui-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Hayek a \u00e9crit sur la \u00ab&#160;merveille&#160;\u00bb que constitue le syst\u00e8me des prix pour provoquer tous ces ajustements, faisant bouger des dizaines de milliers de personnes dans la bonne direction, sans qu&rsquo;aucun ordre ne soit donn\u00e9. Il entendait \u00e9galement dire quelque chose de plus profond que de simples ajustements du prix de l&rsquo;\u00e9tain. Ce qui est rassembl\u00e9, c&rsquo;est une connaissance r\u00e9elle, pratique et non-scientifique, hors de port\u00e9e de tout individu (ou de tout planificateur central), mais une connaissance n\u00e9cessaire pour permettre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de fonctionner. Le syst\u00e8me des prix rend possible une division du travail et une utilisation coordonn\u00e9e des ressources sur la base d&rsquo;un \u00ab&#160;savoir divis\u00e9&#160;\u00bb de mani\u00e8re \u00e9gale. Hayek l&rsquo;a compar\u00e9 \u00e0 un syst\u00e8me de t\u00e9l\u00e9communications, mais le titre de son article \u00e9tait \u00ab&#160;L&rsquo;utilisation des connaissances dans la soci\u00e9t\u00e9&#160;\u00bb. Le probl\u00e8me qu&rsquo;il abordait n&rsquo;\u00e9tait rien de moins que la meilleure fa\u00e7on de construire un ordre \u00e9conomique rationnel.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le syst\u00e8me des prix rend possible une division du travail et une utilisation coordonn\u00e9e des ressources sur la base d&rsquo;un \u00ab&#160;savoir divis\u00e9&#160;\u00bb de mani\u00e8re \u00e9gale <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>En septembre 1945, la forme future du monde d&rsquo;apr\u00e8s-guerre \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre \u00e9vidente. En 1944, l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la Conf\u00e9rence mon\u00e9taire et financi\u00e8re des Nations unies, r\u00e9unis \u00e0 Bretton Woods aux \u00c9tats-Unis, avaient convenu d&rsquo;un trait\u00e9 \u00e9tablissant les r\u00e8gles de la coop\u00e9ration et de la reconstruction financi\u00e8re mondiale. Dans l&rsquo;esprit de l&rsquo;alliance du temps de guerre, m\u00eame l&rsquo;Union sovi\u00e9tique a envoy\u00e9 une d\u00e9l\u00e9gation. Quelques semaines avant Bretton Woods, le d\u00e9barquement des Alli\u00e9s en Normandie a marqu\u00e9 le d\u00e9but de la lib\u00e9ration de l&rsquo;Europe occup\u00e9e, et les forces se sont d\u00e9plac\u00e9es progressivement de l&rsquo;ouest tandis que les forces sovi\u00e9tiques se d\u00e9pla\u00e7aient progressivement de l&rsquo;est.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1945, le probl\u00e8me imm\u00e9diat en Europe n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;ordre rationnel de la soci\u00e9t\u00e9, mais sa survie m\u00eame. \u00c0 la fin de la guerre, l&rsquo;ampleur de la destruction physique \u00e9tait massive&#160;; les morts et les bless\u00e9s civils repr\u00e9sentaient des fractions importantes des populations nationales&#160;; les r\u00e9fugi\u00e9s et les personnes d\u00e9plac\u00e9es sillonnaient le continent&#160;; et les structures civiles et politiques \u00e9taient presque partout bris\u00e9es. Puis, en mars 1946, s&rsquo;exprimant aux \u00c9tats-Unis, Winston Churchill a lanc\u00e9 un avertissement dramatique concernant la construction d&rsquo;un nouveau rideau de fer, de \u00ab&#160;Stettin dans la Baltique \u00e0 Trieste dans l&rsquo;Adriatique&#160;\u00bb, \u00e0 l&rsquo;est duquel, dans la sph\u00e8re sovi\u00e9tique, les partis communistes dirig\u00e9s par Moscou prenaient le contr\u00f4le. En 1947, craignant d\u00e9sormais une catastrophe \u00e9conomique totale, les \u00c9tats-Unis inaugurent le plan Marshall qui, par le biais de l&rsquo;Organisation europ\u00e9enne de coop\u00e9ration \u00e9conomique, vise \u00e0 relancer les \u00e9conomies europ\u00e9ennes moribondes.<\/p>\n\n\n\n<p>La distinction \u00e9tablie par Hayek entre les \u00e9conomies \u00e0 planification centralis\u00e9e et les \u00e9conomies d\u00e9centralis\u00e9es devient une r\u00e9alit\u00e9. L&rsquo;Union sovi\u00e9tique a refus\u00e9 que les pays sous son contr\u00f4le en Europe centrale et orientale participent au plan Marshall. Au lieu de cela, en 1949, elle cr\u00e9e le Conseil d&rsquo;assistance \u00e9conomique mutuelle (CAEM ou Comecon), afin de coordonner les plans \u00e9conomiques nationaux dans toute la r\u00e9gion sovi\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>En Europe occidentale, les \u00e9conomies de march\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9es selon des lignes d\u00e9centralis\u00e9es, d&rsquo;abord par la reconstruction et par les investissements nationaux stimul\u00e9s par l&rsquo;aide Marshall, puis par l&rsquo;int\u00e9gration des \u00e9conomies nationales dans un march\u00e9 europ\u00e9en \u00e0 plus grande \u00e9chelle. Ce processus a d\u00e9but\u00e9 avec les secteurs du charbon et de l&rsquo;acier par la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne du charbon et de l&rsquo;acier de 1951, avant d\u2019\u00eatre \u00e9tendu au cours des ann\u00e9es 1950 et 1960 \u00e0 tous les autres secteurs \u00e9conomiques par le lancement d&rsquo;un march\u00e9 commun europ\u00e9en, via le trait\u00e9 de Rome de 1957.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>En Europe occidentale, les \u00e9conomies de march\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9es selon des lignes d\u00e9centralis\u00e9es, d&rsquo;abord par la reconstruction et par les investissements nationaux stimul\u00e9s par l&rsquo;aide Marshall, puis par l&rsquo;int\u00e9gration des \u00e9conomies nationales dans un march\u00e9 europ\u00e9en \u00e0 plus grande \u00e9chelle. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>L&rsquo;objectif de cet exercice \u00e9tait de fusionner des march\u00e9s nationaux distincts en un grand march\u00e9 europ\u00e9en \u00ab&#160;constituant une puissante unit\u00e9 de production&#160;\u00bb (comme le disait l&rsquo;un des documents fondateurs), avec une division accrue du travail \u00e9liminant le gaspillage des ressources et permettant \u00e0 des industries de plus grande envergure d&rsquo;op\u00e9rer \u00e0 travers l&rsquo;Europe, sans monopoles. Il \u00e9tait admis que ce processus prendrait du temps \u2014 des d\u00e9cennies \u2014 et que pour garantir le respect des r\u00e8gles du march\u00e9, une institution centrale \u2014 la Commission europ\u00e9enne \u2014 devrait les faire appliquer, ainsi que la politique de concurrence, et interdire les subventions faussant la concurrence accord\u00e9es par les \u00c9tats membres \u00e0 leurs propres industries. \u00c0 ce jour, la Commission et les autorit\u00e9s nationales de la concurrence des \u00c9tats membres collaborent pour veiller \u00e0 ce que les prix \u00e0 la production ne soient pas fauss\u00e9s par des comportements anticoncurrentiels. L&rsquo;application de r\u00e8gles strictes interdisant la fixation des prix entre concurrents et les abus de position sur le march\u00e9 par des entreprises en position dominante est devenue la marque de fabrique de la politique europ\u00e9enne de la concurrence, \u00e0 laquelle les entreprises du monde entier pr\u00eatent une attention particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ceci constitue une \u00e9conomie d\u00e9centralis\u00e9e, dans le langage de l&rsquo;article de Hayek de 1945. Il n&rsquo;y a pas de plan central en Europe occidentale. Il y a plut\u00f4t les innombrables plans individuels de dizaines de milliers d&rsquo;entreprises qui se font concurrence entre elles, produisant selon des signaux de prix non fauss\u00e9s par des comportements anticoncurrentiels, pour encourager une meilleure division internationale du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps, le syst\u00e8me de planification centralis\u00e9e d&rsquo;Europe centrale et orientale dirig\u00e9 par l&rsquo;Union sovi\u00e9tique s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 selon des lignes tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Au sein du CAEM, les prix d\u00e9centralis\u00e9s n&rsquo;avaient aucun r\u00f4le \u00e0 jouer. \u00c0 partir de la fin des ann\u00e9es 1940, la plupart des industries d&rsquo;Europe centrale et orientale sont pass\u00e9es sous le contr\u00f4le de l&rsquo;\u00c9tat. Chaque pays a adopt\u00e9 un plan \u00e9conomique de cinq ou six ans. Dans le cadre de ces plans, l&rsquo;\u00e9cart entre les niveaux connus de production de biens et de services \u00e9tait compar\u00e9 aux objectifs du plan (\u00ab&#160;demande connue&#160;\u00bb), et une estimation \u00e9tait faite sur la mani\u00e8re de combler cet \u00e9cart. Les estimations \u00e9taient transmises aux minist\u00e8res de l&rsquo;industrie, et au sein de ceux-ci, aux directions industrielles, et finalement aux entreprises sous leur contr\u00f4le. Les entreprises \u00e9tablissaient des plans provisoires pour leurs propres usines, qui remontaient la cha\u00eene de planification. L&rsquo;estimation globale de la planification \u00e9tait ajust\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de ces rapports, et l&rsquo;exercice \u00e9tait r\u00e9p\u00e9t\u00e9, parfois termin\u00e9 seulement apr\u00e8s l&rsquo;ann\u00e9e \u00e0 laquelle le plan s&rsquo;appliquait. Les documents de planification pouvaient atteindre des milliers de pages. Le syst\u00e8me de t\u00e9l\u00e9communications de signalisation des prix de Hayek \u00e9tait totalement absent&#160;: la planification reposait sur les quantit\u00e9s plut\u00f4t que sur les prix, et les informations circulant dans le syst\u00e8me \u00e9taient lentes, impr\u00e9cises et p\u00e9rim\u00e9es, loin d&rsquo;arriver au bon endroit au bon moment.<\/p>\n\n\n\n<p>Essayer de combiner chaque \u00e9conomie planifi\u00e9e centralement dans un syst\u00e8me planifi\u00e9 r\u00e9gional europ\u00e9en \u00e9tait encore plus difficile. Chaque \u00e9conomie planifi\u00e9e centralis\u00e9e visait \u00e0 se d\u00e9velopper de la m\u00eame mani\u00e8re, favorisant l&rsquo;industrie lourde en important du charbon, du minerai de fer et des denr\u00e9es alimentaires de base tout en exportant du fer, de l&rsquo;acier et des machines. L&rsquo;Union sovi\u00e9tique est devenue le c\u0153ur du CAEM, contr\u00f4lant depuis Moscou un mod\u00e8le de commerce et d&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique \u00e0 travers l&rsquo;Europe centrale et orientale. Des plans annuels pour les flux transfrontaliers de marchandises en volume \u00e9taient \u00e9labor\u00e9s par les autorit\u00e9s des \u00c9tats nationaux, les planificateurs de chaque \u00c9tat membre du CAEM mettant en \u0153uvre des quotas d&rsquo;importation et d&rsquo;exportation et fixant les prix aux fronti\u00e8res, en les basant sur les prix mondiaux moyens sur une p\u00e9riode de cinq ans.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les rigidit\u00e9s et les inefficacit\u00e9s du syst\u00e8me du CAEM sont devenues manifestes au fil du temps. Dans les ann\u00e9es 1960, les taux de mortalit\u00e9 masculine en Europe centrale et orientale ont commenc\u00e9 \u00e0 augmenter, alors qu&rsquo;ils continuaient \u00e0 baisser \u00e0 l&rsquo;ouest. Une forte hausse des prix mondiaux du p\u00e9trole apr\u00e8s la suspension des accords mon\u00e9taires de Bretton Woods dans les ann\u00e9es 1970 a exerc\u00e9 des pressions fatales sur le communisme europ\u00e9en, conduisant \u00e0 son effondrement final. L&rsquo;Union sovi\u00e9tique a r\u00e9duit les subventions p\u00e9troli\u00e8res accord\u00e9es aux autres pays du CAEM, et la Pologne, la Hongrie et la RDA, en particulier, ont accumul\u00e9 d&rsquo;\u00e9normes dettes libell\u00e9es en dollars am\u00e9ricains aupr\u00e8s des banques commerciales internationales pour payer les importations de biens industriels et de consommation occidentaux. En 1985, Gorbatchev arrive au pouvoir en Union sovi\u00e9tique avec une politique de restructuration de l&rsquo;\u00e9conomie. Cependant, ses tentatives de r\u00e9forme, en introduisant des mesures de march\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9conomie planifi\u00e9e, ont conduit \u00e0 la lib\u00e9ralisation politique et \u00e0 la s\u00e9cession \u00e9ventuelle du syst\u00e8me communiste par les pays du CAEM, et finalement au d\u00e9mant\u00e8lement de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1990, le premier pr\u00e9sident nouvellement \u00e9lu de la Tch\u00e9coslovaquie post-communiste, V\u00e1clav Havel, a mesur\u00e9 les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par les exp\u00e9riences des quarante ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Dans le discours qu&rsquo;il a prononc\u00e9 le jour de l&rsquo;an lors de sa prise de fonction, Havel a fait remarquer que, lors de son vol vers Bratislava, il avait vu le complexe industriel de l&rsquo;usine chimique Slovnaft, ainsi qu&rsquo;un gigantesque complexe d&rsquo;habitations juste derri\u00e8re. La vue lui a suffi pour comprendre que, pendant des d\u00e9cennies, les hommes d&rsquo;\u00c9tat et les dirigeants politiques n&rsquo;avaient pas regard\u00e9 par la fen\u00eatre de leur propre avion&#160;: aucune \u00e9tude de statistiques n&rsquo;aurait pu lui permettre de comprendre plus vite et mieux l&rsquo;h\u00e9ritage de ces quarante ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>La vue lui a suffi pour comprendre que, pendant des d\u00e9cennies, les hommes d&rsquo;\u00c9tat et les dirigeants politiques n&rsquo;avaient pas regard\u00e9 par la fen\u00eatre de leur propre avion&#160;: aucune \u00e9tude de statistiques n&rsquo;aurait pu lui permettre de comprendre plus vite et mieux l&rsquo;h\u00e9ritage de ces quarante ann\u00e9es. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Le discours de Havel peut \u00eatre lu comme l&rsquo;\u00e9pitaphe de l&rsquo;\u00e9conomie planifi\u00e9e centralis\u00e9e. L&rsquo;\u00e9norme potentiel cr\u00e9atif et spirituel des nations tch\u00e8que et slovaque \u00e9tait gaspill\u00e9&#160;: des branches enti\u00e8res de l&rsquo;industrie produisaient des biens sans int\u00e9r\u00eat pour personne, tandis que les biens et denr\u00e9es dont la population avait besoin faisaient d\u00e9faut. L&rsquo;\u00c9tat, se qualifiant d&rsquo;\u00ab&#160;&nbsp;\u00c9tat ouvrier&nbsp;&#160;\u00bb, humiliait et exploitait les travailleurs. L&rsquo;\u00e9conomie d\u00e9mod\u00e9e gaspillait le peu d&rsquo;\u00e9nergie qu&rsquo;il y avait. Un pays autrefois fier du niveau d&rsquo;\u00e9ducation de ses citoyens se classait d\u00e9sormais au soixante-douzi\u00e8me rang mondial. \u00ab&#160;Nous avons pollu\u00e9 nos terres, nos rivi\u00e8res et nos for\u00eats, l\u00e9gu\u00e9es par nos anc\u00eatres&#160;; nous avons maintenant l&rsquo;environnement le plus contamin\u00e9 de toute l&rsquo;Europe. Les habitants de notre pays meurent plus t\u00f4t que dans la majorit\u00e9 des pays europ\u00e9ens.&#160;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1990, apr\u00e8s l&rsquo;effondrement du communisme et des \u00e9conomies centralement planifi\u00e9es d&rsquo;Europe, il ne pouvait y avoir aucune contestation raisonnable&#160;: l&rsquo;\u00e9conomie d\u00e9centralis\u00e9e d&rsquo;Europe occidentale \u00e9tait meilleure, les prix signalant les informations plut\u00f4t que l&rsquo;\u00c9tat tentant de les contr\u00f4ler. En tant que dissident sous le syst\u00e8me sovi\u00e9tique, Havel avait parl\u00e9 de \u00ab&#160;vivre dans la v\u00e9rit\u00e9&#160;\u00bb&#160;; une simple d\u00e9claration des faits et des r\u00e9alit\u00e9s dans un r\u00e9gime communiste construit sur l&rsquo;obscurcissement et le double langage orwellien. En fin de compte, la v\u00e9rit\u00e9 a pr\u00e9valu.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle a donc confirm\u00e9 ce que Hayek avait sugg\u00e9r\u00e9 en 1945. Rassembler des connaissances dispers\u00e9es par le biais du syst\u00e8me des prix a non seulement am\u00e9lior\u00e9 la division du travail, mais a rendu l\u2019\u00e9conomie plus \u00e9conome en \u00e9nergie et moins polluante, avec de meilleures perspectives de vie pour les travailleurs, produisant des biens et des services que les gens voulaient r\u00e9ellement, et dont ils avaient besoin. Cette le\u00e7on selon laquelle le syst\u00e8me de march\u00e9 fonctionne semblait avoir une port\u00e9e universelle. Pas seulement en Europe, mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, une meilleure utilisation de la connaissance dans la soci\u00e9t\u00e9 pourrait certainement rendre la vie meilleure pour tout le monde, partout.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&#160;Not a time machine&#160;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Au cours de la premi\u00e8re d\u00e9cennie du XXIe si\u00e8cle, les plus grands march\u00e9s du monde n&rsquo;\u00e9taient cependant pas ceux du charbon, de l&rsquo;acier, des produits chimiques ou de tout ce qui pouvait \u00eatre produit, ou que les gens pouvaient consommer ou utiliser. Au lieu de cela, les produits financiers bas\u00e9s sur des biens ou des services sous-jacents d\u00e9passaient tout. Les op\u00e9rations de change en devises avaient atteint 73 fois la valeur du commerce mondial r\u00e9el en 2010 (contre seulement 11 fois en 1980). La valeur des \u00e9changes de contrats \u00e0 terme sur le p\u00e9trole est pass\u00e9e de 20&#160;% de la production et de la consommation physique mondiale de p\u00e9trole en 1980 \u00e0 10 fois la production et la consommation physiques en 2010. Et il s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 de nulle part un march\u00e9 de dispositifs connus sous le nom de \u00ab&#160;couvertures de d\u00e9faillance&#160;\u00bb (<em>credit default swaps<\/em>), permettant \u00e0 deux banques ou institutions financi\u00e8res d&rsquo;\u00e9changer le risque de d\u00e9faut de l&rsquo;autre sur les pr\u00eats qu&rsquo;elles ont accord\u00e9, ou les obligations qu&rsquo;elles d\u00e9tiennent, contre une r\u00e9mun\u00e9ration mutuellement convenue. En l&rsquo;espace de quelques ann\u00e9es, dans les ann\u00e9es 1990, ces dispositifs sont pass\u00e9s d&rsquo;accords sp\u00e9cialis\u00e9s et bilat\u00e9raux entre deux parties \u00e0 des titres produits en masse. La valeur marchande brute des <em>swaps<\/em> a atteint un sommet en 2008, avec un total de 5 100 milliards de dollars (soit \u00e0 peu pr\u00e8s la moiti\u00e9 du PIB de l&rsquo;Union europ\u00e9enne).<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re ce march\u00e9 des <em>swaps<\/em> se cache une autre innovation aux \u00c9tats-Unis&#160;: la cr\u00e9ation de nouveaux titres bas\u00e9s sur la mise en commun des flux de revenus provenant des pr\u00eats hypoth\u00e9caires accord\u00e9s aux acheteurs de maisons, avec des notations bas\u00e9es sur le risque des ensembles de portions d\u2019hypoth\u00e8ques (<em>package of mortgages<\/em>). Ces syst\u00e8mes ont fonctionn\u00e9 \u00e0 merveille tant que les prix de l&rsquo;immobilier am\u00e9ricain ont progress\u00e9, mais pas lorsque les prix ont commenc\u00e9 \u00e0 baisser, augmentant les risques de d\u00e9faillance des tranches impossibles \u00e0 identifier des titres \u00ab&#160;subprime&#160;\u00bb, qui ont rapidement \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s sur le march\u00e9 comme des actifs financiers toxiques.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Ces syst\u00e8mes ont fonctionn\u00e9 \u00e0 merveille tant que les prix de l&rsquo;immobilier am\u00e9ricain ont progress\u00e9, mais pas lorsque les prix ont commenc\u00e9 \u00e0 baisser, augmentant les risques de d\u00e9faillance des tranches impossibles \u00e0 identifier des titres \u00ab&#160;subprime&#160;\u00bb, qui ont rapidement \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s sur le march\u00e9 comme des actifs financiers toxiques. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>En 2007, la chute des prix de l&rsquo;immobilier aux \u00c9tats-Unis a commenc\u00e9, entra\u00eenant l&rsquo;effondrement du march\u00e9 des titres li\u00e9s aux pr\u00eats hypoth\u00e9caires, la d\u00e9tresse du secteur financier am\u00e9ricain, la faillite de Lehman Brothers en 2008, et le quasi-effondrement de l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me financier mondial. Cette crise financi\u00e8re est devenue la plus grave depuis le krach de 1929, qui avait marqu\u00e9 le d\u00e9but de la Grande D\u00e9pression. Ses r\u00e9percussions se font encore sentir dans l&rsquo;\u00e9conomie du monde d\u00e9velopp\u00e9 une d\u00e9cennie plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le krach de 2008, on a remarqu\u00e9 que les prix des <em>swaps<\/em>, mesur\u00e9s en termes de <em>spreads <\/em>pour les grandes banques, avaient continu\u00e9 \u00e0 baisser, atteignant un niveau historiquement bas au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2007, ne donnant ainsi aucun avertissement de l&rsquo;imminence d&rsquo;une catastrophe financi\u00e8re. En d&rsquo;autres termes, l&rsquo;un des plus grands march\u00e9s du monde, o\u00f9 s&rsquo;\u00e9changent des instruments pour capter le risque entre les institutions financi\u00e8res les plus sophistiqu\u00e9es et les mieux inform\u00e9es du monde, avait \u00e9mis des signaux v\u00e9hiculant peu ou pas d&rsquo;informations pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le march\u00e9 des changes (<em>Foreign Exchange Market<\/em> ou <em>Forex<\/em>), avec ses \u00e9normes volumes d&rsquo;\u00e9changes d\u00e9passant de loin le commerce mondial des biens et services r\u00e9els, aurait \u00e9galement pu s&rsquo;attendre, suivant la logique de Hayek, \u00e0 transmettre des informations utiles \u00e0 grande \u00e9chelle. Certains acteurs du march\u00e9 y ont cru lorsque le commerce mondial des devises a vraiment d\u00e9coll\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980. Comme l&rsquo;a dit le directeur d&rsquo;une grande banque am\u00e9ricaine \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;\u00e9talon-or de Bretton Woods \u00e9tait remplac\u00e9 par un nouvel \u00ab&#160;\u00e9talon d&rsquo;information&#160;\u00bb, bas\u00e9 sur les \u00e9normes flux d&rsquo;informations circulant dans les salles de march\u00e9 des banques mondiales, cr\u00e9ant un pl\u00e9biscite mondial continu sur les devises \u00e9mises par les gouvernements, et leur demandant des comptes. C&rsquo;\u00e9tait comme un processus d\u00e9mocratique&#160;; comme si les monarques absolus \u00e9taient tenus en \u00e9chec par le suffrage universel des march\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>C&rsquo;\u00e9tait comme un processus d\u00e9mocratique&#160;; comme si les monarques absolus \u00e9taient tenus en \u00e9chec par le suffrage universel des march\u00e9s. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Mais les r\u00e9sultats de ce pl\u00e9biscite mondial, exprim\u00e9s en prix, \u00e9taient profond\u00e9ment d\u00e9routants. Dans la zone transatlantique, qui relie les deux \u00e9normes \u00e9conomies de march\u00e9 des \u00c9tats-Unis et de l&rsquo;Europe, responsables d&rsquo;environ la moiti\u00e9 de la production \u00e9conomique mondiale, le dollar a augment\u00e9 de 81&#160;% par rapport au mark allemand entre 1979 et 1984&#160;; il a chut\u00e9 de 49&#160;% entre 1984 et 1987&#160;; puis il a augment\u00e9 de 12&#160;% entre 1987 et 1988. Au cours du XXIe si\u00e8cle, apr\u00e8s le remplacement du mark allemand par l&rsquo;euro en Europe continentale, le cours de l&rsquo;euro-dollar a oscill\u00e9 avec des marges de 15 \u00e0 25&#160;% neuf fois au cours de la d\u00e9cennie \u00e0 partir de 2007.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9conomies am\u00e9ricaine et europ\u00e9enne ne se sont \u00e9videmment pas d\u00e9velopp\u00e9es et contract\u00e9es comme des accord\u00e9ons en l&rsquo;espace de dix ans. Dans les ann\u00e9es 1980, l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine n&rsquo;a pas non plus presque doubl\u00e9 par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie allemande, pour ensuite se d\u00e9gonfler soudainement \u00e0 la moiti\u00e9 de sa taille. Le taux de change dollar-euro est parfois appel\u00e9 le \u00ab&#160;prix le plus important au monde&#160;\u00bb, mais il est difficile de qualifier les indicateurs qu\u2019il fournit de \u00ab&#160;connaissance utile ou pratique&#160;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons maintenant le prix de l&rsquo;\u00e9tain de Hayek. Selon ce dernier, les messages instantan\u00e9s v\u00e9hicul\u00e9s par les signaux de prix permettraient aux producteurs utilisant de l&rsquo;\u00e9tain d&rsquo;ajuster leurs plans, permettant l\u2019alignement rapide de l&rsquo;offre et de la demande d&rsquo;\u00e9tain et de tous ses substituts. Le prix de gros r\u00e9el de l&rsquo;\u00e9tain au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, en revanche, montre une stabilit\u00e9 globale dans les ann\u00e9es 1960 (avec un minimum de 2 163 $ par tonne m\u00e9trique en mai 1960), suivie d&rsquo;une augmentation rapide des prix dans les ann\u00e9es 1970, d&rsquo;une lente diminution dans les ann\u00e9es 1980 et pendant le reste du XXe si\u00e8cle, puis d&rsquo;une volatilit\u00e9 massive au XXIe si\u00e8cle, les prix atteignant un sommet historique de 33 265 $ en 2011 avant de s&rsquo;effondrer \u00e0 moins de 15 000 $ en 2016. Cette \u00e9volution des prix de l&rsquo;\u00e9tain est typique des prix d&rsquo;autres produits de base.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque chose semble donc manquer \u00e0 l&rsquo;explication hayekienne du monde. Son syst\u00e8me de t\u00e9l\u00e9communications existe certainement encore \u2014 les informations circulent aujourd&rsquo;hui dans le monde plus vite que jamais, beaucoup plus vite qu&rsquo;en 1945. Et pourtant, une grande partie de l&rsquo;information qui clignote dans les circuits mondiaux semble peu fiable et peu digne de confiance pour quiconque veut l&rsquo;utiliser pour fabriquer des biens, ou planifier l&rsquo;avenir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quelles sont exactement les connaissances transmises par le syst\u00e8me de prix&#160;? Hayek d\u00e9crivait les connaissances utiles aux producteurs, qui ont besoin d&rsquo;un minimum d&rsquo;informations sur l&rsquo;\u00e9volution des circonstances. C&rsquo;est ce que les prix leur disent. Il l&rsquo;associait \u00e0 la division du travail dans l&rsquo;\u00e9conomie&#160;: les connaissances divis\u00e9es \u2014 des connaissances pratiques dispers\u00e9es sur les processus et les march\u00e9s \u2014 se r\u00e9uniraient par le biais du m\u00e9canisme des prix, et permettraient une utilisation ad\u00e9quate des ressources. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une vision du monde ax\u00e9e sur les producteurs. Ces derniers, en concurrence avec d&rsquo;autres producteurs, re\u00e7oivent des signaux de prix qui leur indiquent ce qu\u2019il se passe et qui est important pour le processus de production. Si ce qu&rsquo;ils produisent utilise de l&rsquo;\u00e9tain, ils devront ajuster leur production, ou leurs fabrications, ou leurs propres prix, \u00e0 la lumi\u00e8re de ce que disent les changements du prix de l&rsquo;\u00e9tain.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette connaissance porte sur quelque chose qui existe d\u00e9j\u00e0, quelque part. Les signaux de prix dans le monde de Hayek disent ce qui existe, enregistrent les changements \u00e0 mesure qu&rsquo;ils se produisent et les transmettent \u00e0 ceux qui ont besoin de savoir. Le syst\u00e8me de t\u00e9l\u00e9communications transmet des nouvelles \u2014 des nouvelles d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qui se sont produits, peut-\u00eatre m\u00eame d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements en train de se produire, en temps r\u00e9el. Mais ce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas capable de faire, c&rsquo;est de transmettre des nouvelles du futur. Il ne peut pas dire ce qui ne s&rsquo;est pas encore produit. C&rsquo;est au producteur lui-m\u00eame de d\u00e9cider du prix futur de sa production. Celui-ci doit avoir le meilleur jugement possible, et \u2014 puisque dans un syst\u00e8me d\u00e9centralis\u00e9 les producteurs sont en concurrence les uns avec les autres \u2014 il n&rsquo;est pas autoris\u00e9 \u00e0 convenir de ce prix de vente avec les autres producteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, lorsque nous regardons les \u00e9normes march\u00e9s financiers mondiaux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, ils remplissent une fonction diff\u00e9rente. D&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, ils essaient de fournir des estimations ou des pr\u00e9visions d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements futurs&#160;; et les prix sur ces march\u00e9s sont une opinion actuelle \u2014 l&rsquo;opinion majoritaire actuelle sur le march\u00e9 \u2014 de ce \u00e0 quoi ressemblera cet avenir. Le but des <em>swaps <\/em>est de s&rsquo;assurer contre le risque de d\u00e9faillances futures. Lorsqu&rsquo;en 2007 les prix des <em>swaps <\/em>ne laissaient pr\u00e9sager aucune catastrophe imminente, c&rsquo;\u00e9tait parce que l&rsquo;opinion collective des banques concern\u00e9es \u00e9tait qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de catastrophe imminente \u2014 jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il y en ait une.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>D&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, les march\u00e9s financiers essaient de fournir des estimations ou des pr\u00e9visions d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements futurs&#160;; et les prix sur ces march\u00e9s sont une opinion actuelle \u2014 l&rsquo;opinion majoritaire actuelle sur le march\u00e9 \u2014 de ce \u00e0 quoi ressemblera cet avenir. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Sur le march\u00e9 des changes, l&rsquo;\u00e9volution des prix des devises repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;opinion majoritaire au sein du syst\u00e8me bancaire \u2014 o\u00f9 s&rsquo;effectuent la quasi-totalit\u00e9 des transactions de change \u2014 sur l&rsquo;avenir. Ce ne sont pas les tailles relatives des \u00e9conomies am\u00e9ricaine et europ\u00e9enne qui comptent vraiment, ni le volume des \u00e9changes entre elles. Ce qui compte, \u00e0 chaque instant, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9quilibre dominant des attentes concernant les perspectives d&rsquo;avenir d&rsquo;une monnaie par rapport \u00e0 une autre. Les prix sont volatils parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais d&rsquo;opinion arr\u00eat\u00e9e sur l&rsquo;avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le march\u00e9 \u00e0 terme du p\u00e9trole est aujourd&rsquo;hui beaucoup plus important que la production et la consommation r\u00e9elle de p\u00e9trole, et le prix du p\u00e9trole a connu une \u00e9norme volatilit\u00e9 au cours du XXIe si\u00e8cle. L&rsquo;\u00e9tain, et d&rsquo;autres mati\u00e8res premi\u00e8res, ont suivi un sch\u00e9ma similaire, les prix \u00e9voluant de mani\u00e8re corr\u00e9l\u00e9e en fonction des flux financiers. La \u00ab&#160;merveille&#160;\u00bb du syst\u00e8me de prix s&rsquo;est transform\u00e9e en une sorte d&rsquo;\u00e9nigme pour quiconque s&rsquo;y fie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Deux visions de l&rsquo;avenir<\/h2>\n\n\n\n<p>Quelle est la meilleure fa\u00e7on de pr\u00e9dire l&rsquo;avenir&#160;? L&rsquo;un des moyens est la m\u00e9thode scientifique. Il s&rsquo;agit de construire des th\u00e9ories objectives qui expliquent pourquoi les \u00e9v\u00e9nements se produisent, et fournissent des pr\u00e9visions sur ce qui se passera dans le futur. Ces pr\u00e9visions doivent pouvoir \u00eatre test\u00e9es, et les th\u00e9ories peuvent \u00eatre r\u00e9fut\u00e9es si les \u00e9v\u00e9nements ne se d\u00e9roulent pas comme pr\u00e9vu \u2014 dans ce cas, la recherche d&rsquo;une meilleure th\u00e9orie, qui fait un meilleur travail d&rsquo;explication, sera lanc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;utilisation de th\u00e9ories rigoureusement testables, une grande partie de l&rsquo;avenir devient pr\u00e9visible. Les explications scientifiques du mouvement de la terre autour du soleil&nbsp;et de l&rsquo;inclinaison de la terre rendent les saisons pr\u00e9visibles. L&rsquo;explication de la r\u00e9volution de la terre sur son propre axe rend pr\u00e9visible le passage du jour \u00e0 la nuit, et l&rsquo;explication du mouvement de la lune autour de la terre rend pr\u00e9visibles les changements dans les mar\u00e9es. La science permet de mieux comprendre le monde, sa place dans l&rsquo;univers et la place de l&rsquo;homme dans le monde, et \u00e0 chaque avanc\u00e9e scientifique, l&rsquo;avenir devient un peu plus compr\u00e9hensible. Aujourd&rsquo;hui, les pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9orologiques \u00e0 court terme, bas\u00e9es sur l&rsquo;am\u00e9lioration des connaissances scientifiques, sont plus pr\u00e9cises qu&rsquo;il y a vingt ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre mani\u00e8re de pr\u00e9dire l&rsquo;avenir n&rsquo;est pas du tout scientifique, et consiste \u00e0 \u00e9tablir l&rsquo;opinion subjective dominante sur le cours des \u00e9v\u00e9nements futurs. Cette opinion dominante est changeante, et revient souvent \u00e0 une projection du pass\u00e9 r\u00e9cent sur l&rsquo;avenir. Si les \u00e9v\u00e9nements actuels sont volatils, on suppose que l&rsquo;avenir le sera \u2014 s&rsquo;ils sont calmes, l&rsquo;avenir sera calme. Cette m\u00e9thode n&rsquo;est pas compl\u00e8tement irrationnelle, et l&rsquo;opinion dominante doit avoir une explication, une histoire ou un r\u00e9cit plausible pour lui donner de la force&#160;; mais comme elle n&rsquo;est pas ancr\u00e9e dans une th\u00e9orie testable, elle peut vaciller rapidement et passer d&rsquo;une histoire \u00e0 une autre, \u00e9ventuellement contradictoire. L&rsquo;opinion dominante peut \u00eatre optimiste ou pessimiste, et les d\u00e9ceptions ou les bonnes surprises peuvent faire changer le sentiment en un rien de temps. L&rsquo;extrapolation ne repose pas non plus sur une logique stricte. Projeter une exp\u00e9rience r\u00e9cente sur l\u2019avenir, en supposant que parce que des choses se sont produites dans le pass\u00e9, elles se reproduiront, ne repose que sur la coutume, l&rsquo;habitude et la psychologie, comme l&rsquo;a soulign\u00e9 le philosophe \u00e9cossais des Lumi\u00e8res David Hume en 1739.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Projeter une exp\u00e9rience r\u00e9cente sur l\u2019avenir, en supposant que parce que des choses se sont produites dans le pass\u00e9, elles se reproduiront, ne repose que sur la coutume, l&rsquo;habitude et la psychologie<\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Les \u00e9normes march\u00e9s financiers qui dominent l&rsquo;\u00e9conomie mondiale du XXIe si\u00e8cle sont anim\u00e9s par un m\u00e9lange de ces deux m\u00e9thodes. Il y a g\u00e9n\u00e9ralement un fondement, ou une base, d&rsquo;une m\u00e9thode scientifique et, par-dessus, une vaste mer mouvante de sentiments et d&rsquo;opinions, fluctuant d&rsquo;avant en arri\u00e8re avec des liens \u00e9lastiques reliant ce qui est r\u00e9ellement connu, en dessous.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;octroi de cr\u00e9dits pour acheter des maisons par le biais d&rsquo;hypoth\u00e8ques, par exemple, est ancr\u00e9 dans une m\u00e9thode raisonnablement scientifique. Une \u00e9valuation minutieuse est normalement faite de la solvabilit\u00e9 d&rsquo;un emprunteur et de la valeur de la propri\u00e9t\u00e9 contre laquelle une hypoth\u00e8que est propos\u00e9e. Diff\u00e9rentes banques ou pr\u00eateurs hypoth\u00e9caires peuvent avoir des normes diff\u00e9rentes, mais il n&rsquo;y a rien d&rsquo;al\u00e9atoire dans ce processus. C&rsquo;est lorsque de nombreuses hypoth\u00e8ques individuelles ont \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9es (ou \u00ab&#160;titris\u00e9es&#160;\u00bb), et que les titres adoss\u00e9s \u00e0 des hypoth\u00e8ques deviennent n\u00e9gociables (et donc \u00e9valu\u00e9s) en gros par rapport \u00e0 d&rsquo;autres titres adoss\u00e9s \u00e0 des hypoth\u00e8ques \u2014 et \u00e0 des titres qui n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec des hypoth\u00e8ques \u2014 que la pr\u00e9visibilit\u00e9 de la m\u00e9thode scientifique se perd. L&rsquo;opinion, ou la meilleure estimation, du march\u00e9 dans son ensemble devient le facteur dominant. Comme en 2007, elle peut \u00eatre aveugle \u00e0 l&rsquo;avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Les march\u00e9s des changes ont pour fondement une analyse critique \u2014 que l&rsquo;on pourrait \u00e9galement qualifier de scientifique \u2014 des diff\u00e9rents pays \u00e9metteurs de devises. Cela inclut des facteurs importants comme la force d&rsquo;une \u00e9conomie et de son syst\u00e8me politique, la balance commerciale, le taux d&rsquo;inflation et le niveau d&rsquo;endettement public. Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;un point de d\u00e9part. Comme ces facteurs ne changent pratiquement pas pour la plupart des pays d&rsquo;une p\u00e9riode \u00e0 l&rsquo;autre, ils ne contribuent en rien \u00e0 expliquer les turbulences des march\u00e9s des changes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui anime ces march\u00e9s, ce sont les attentes changeantes concernant l&rsquo;avenir. En g\u00e9n\u00e9ral, c&rsquo;est le taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat s&rsquo;appliquant \u00e0 une devise particuli\u00e8re qui est le facteur cl\u00e9, et les attentes sont li\u00e9es aux diff\u00e9rentiels prospectifs des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat entre deux devises, ou plus. Le march\u00e9 valorisera une devise lorsque les perspectives d&rsquo;obtenir un taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat plus \u00e9lev\u00e9 en la d\u00e9tenant semblent meilleures \u2014 jusqu&rsquo;au point o\u00f9 elle semble ch\u00e8re par rapport \u00e0 d&rsquo;autres devises offrant des perspectives diff\u00e9rentes. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9quilibre \u00e0 atteindre ici, seulement des opinions en constante \u00e9volution, qui ne sont que vaguement li\u00e9es aux \u00e9conomies sous-jacentes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Ce qui anime ces march\u00e9s, ce sont les attentes changeantes concernant l&rsquo;avenir. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 un niveau fondamental, le march\u00e9 boursier \u00e9value le flux de revenus potentiels provenant de la d\u00e9tention d&rsquo;actions d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9. Cela aussi peut faire l&rsquo;objet d&rsquo;une analyse pr\u00e9cise, impliquant une \u00e9tude minutieuse de l&rsquo;histoire d&rsquo;une entreprise, de ses produits et de sa place sur le march\u00e9 ainsi que de ses perspectives d&rsquo;avenir. Certains investisseurs et analystes financiers se targuent de mieux conna\u00eetre une entreprise que ceux qui la g\u00e8rent. Mais au niveau du march\u00e9 de gros, les prix des actions des entreprises individuelles augmentent et diminuent les uns par rapport aux autres pour des raisons qui ont peu \u00e0 voir avec les m\u00e9rites individuels des entreprises concern\u00e9es, et plus \u00e0 voir avec les attentes collectives des diff\u00e9rents secteurs \u00e9conomiques, des \u00e9conomies enti\u00e8res et des liens entre une entreprise et une autre \u2014 ou entre un march\u00e9 boursier et un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1930, l&rsquo;\u00e9conomiste John Maynard Keynes a \u00e9tabli une distinction entre les op\u00e9rateurs boursiers qui tentent de faire des estimations des rendements \u00e0 long terme des immobilisations (<em>capital assets<\/em>, qu&rsquo;il a appel\u00e9 \u00ab&#160;entreprises&#160;\u00bb), et ceux qui tentent de pr\u00e9voir la psychologie du march\u00e9 (qu&rsquo;il a appel\u00e9 \u00ab&#160;sp\u00e9culation&#160;\u00bb). La premi\u00e8re s&rsquo;apparente \u00e0 une m\u00e9thode scientifique&#160;: le rendement des immobilisations est calculable, en g\u00e9n\u00e9ral et en ce qui concerne toute entreprise particuli\u00e8re. Il existe suffisamment de preuves et de donn\u00e9es sur les rendements pour pouvoir cr\u00e9er une th\u00e9orie raisonnable selon laquelle les rendements futurs devraient se situer dans une fourchette donn\u00e9e. Il n\u2019y a, ici, pas de grand myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9voir la psychologie du march\u00e9 (\u00ab&#160;sp\u00e9culation&#160;\u00bb) est une toute autre affaire. Le probl\u00e8me est, comme l&rsquo;a soulign\u00e9 Keynes, que cette activit\u00e9 devient pr\u00e9dominante \u00e0 mesure que les march\u00e9s deviennent plus grands et plus \u00ab&#160;liquides&#160;\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il est facile d&rsquo;\u00e9changer des actions dans les deux sens). Il peut \u00eatre beaucoup plus facile, et plus lucratif, pour les investisseurs professionnels d&rsquo;essayer de pr\u00e9voir l&rsquo;\u00e9volution du march\u00e9 \u00e0 court terme, et de d\u00e9placer l&rsquo;argent en cons\u00e9quence, que de s&rsquo;en tenir \u00e0 une strat\u00e9gie \u00e0 long terme, ind\u00e9pendamment des hausses et des baisses du cours des actions.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons parcouru un long chemin depuis que nous \u00ab&#160;vivons dans la v\u00e9rit\u00e9&#160;\u00bb. Keynes d\u00e9crivait les march\u00e9s sp\u00e9culatifs comme \u00e9tant r\u00e9gis par le doute plut\u00f4t que par la conviction&#160;; par la peur plus que par la pr\u00e9vision&#160;; par les souvenirs de la derni\u00e8re fois et non par la pr\u00e9vision de la prochaine fois. Ce type de dynamique \u00e9motionnelle de groupe est tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de toute m\u00e9thode scientifique, dont le but est d&rsquo;\u00e9tablir des connaissances r\u00e9elles.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Keynes d\u00e9crivait les march\u00e9s sp\u00e9culatifs comme \u00e9tant r\u00e9gis par le doute plut\u00f4t que par la conviction&#160;; par la peur plus que par la pr\u00e9vision&#160;; par les souvenirs de la derni\u00e8re fois et non par la pr\u00e9vision de la prochaine fois. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>En quoi cela est-il important&#160;? D&rsquo;une part, l&rsquo;\u00e9pargne accumul\u00e9e dans le monde navigue sur une mer agit\u00e9e. L&rsquo;\u00e9pargne mise en commun et g\u00e9r\u00e9e a connu une croissance apparemment inexorable, passant de quelque 11 000 milliards de dollars en 1990 \u00e0 87 000 milliards de dollars en 2014 (\u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame taille que le PIB mondial). Si cette \u00e9pargne n&rsquo;est pas investie de mani\u00e8re productive \u00e0 long terme, elle se d\u00e9place en cascade, de mani\u00e8re sp\u00e9culative, d&rsquo;une classe d&rsquo;actifs \u00e0 une autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est \u00e9galement devenue un syst\u00e8me financier ferm\u00e9 et volatile, encerclant l&rsquo;\u00e9conomie mondiale, communiquant principalement avec elle-m\u00eame. Des parties compl\u00e8tement diff\u00e9rentes de ce syst\u00e8me s&rsquo;interconnectent. La panique sur le march\u00e9 obligataire international suite \u00e0 l&rsquo;effondrement du syst\u00e8me financier russe a conduit \u00e0 la quasi-faillite et au sauvetage \u00e0 New York du fonds sp\u00e9culatif <em>Long-Term Capital Management<\/em> en 1998. La chute des prix de l&rsquo;immobilier en Floride en 2007 a conduit \u00e0 la quasi-faillite spectaculaire du syst\u00e8me financier mondial en 2008. On a vu l&rsquo;indice des prix des actions am\u00e9ricaines suivre le mouvement du dollar am\u00e9ricain&#160;: le march\u00e9 des actions cor\u00e9en suivre le march\u00e9 des actions hongrois.<\/p>\n\n\n\n<p>Les effets de r\u00e9troaction des murmures et des bavardages de ce syst\u00e8me se transforment assez facilement en alarme, comme en 1998 et en 2008. Lorsque le doute et la peur sont les sentiments dominants, il ne faut pas grand-chose pour d\u00e9clencher la panique. Il y a \u00e9galement de graves cons\u00e9quences pour les structures \u00e9conomiques et politiques associ\u00e9es au monde r\u00e9el, surtout lorsqu&rsquo;elles sont touch\u00e9es par un krach financier, entra\u00eenant tout dans son passage. L&rsquo;impact du choc \u00e9conomique caus\u00e9 par le krach mondial de 2008 a \u00e9t\u00e9 compar\u00e9 \u00e0 celui d&rsquo;une guerre et, sans surprise, ceux qui, dans le monde entier, ne l&rsquo;ont pas provoqu\u00e9 mais en ont subi les cons\u00e9quences, sont devenus massivement rancuniers. La polarisation et l&rsquo;extr\u00e9misme politique ont progress\u00e9 partout depuis 2008.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Lorsque le doute et la peur sont les sentiments dominants, il ne faut pas grand-chose pour d\u00e9clencher la panique. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Les forces obscures du temps et de l&rsquo;ignorance, comme le disait Keynes, p\u00e8sent sur chaque d\u00e9cision d&rsquo;investissement. En fait, elles p\u00e8sent sur toute la soci\u00e9t\u00e9. Pourtant, les soci\u00e9t\u00e9s cr\u00e9ent des institutions pour tenter de r\u00e9sister et de compenser le temps et l&rsquo;ignorance. La liste comprend les syst\u00e8mes de protection sociale et d&rsquo;assurance, les soins li\u00e9s \u00e0 la sant\u00e9, l&rsquo;\u00e9ducation nationale, la d\u00e9fense, la police et les services d&rsquo;urgence, ainsi que les institutions charg\u00e9es de faire respecter l&rsquo;\u00c9tat de droit. Ce sont \u00e9galement des \u00ab&#160;investissements&#160;\u00bb&#160;: des institutions \u00e0 long terme cr\u00e9\u00e9es, g\u00e9n\u00e9ralement pas dans un but lucratif, mais pour apporter des solutions r\u00e9elles aux probl\u00e8mes rencontr\u00e9s. Le financement de ces \u00ab&#160;investissements&#160;\u00bb doit \u00eatre r\u00e9gulier, ind\u00e9pendamment des fortunes \u00e9conomiques. Si une grave r\u00e9cession perturbe le flux des finances publiques permettant de maintenir m\u00eame des institutions comme celles-ci, c&rsquo;est comme si le doute et la peur infectaient les structures m\u00eames de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On a compris, au XIXe si\u00e8cle \u00e0 Londres, qu&rsquo;une banque centrale devait se tenir pr\u00eate \u00e0 amortir les paniques d\u00e9raisonnables entre les banques sur le march\u00e9 mon\u00e9taire, qui pourraient sinon provoquer le gel de tout le cr\u00e9dit commercial \u2014 et de la vie commerciale du pays. La doctrine contre-intuitive selon laquelle, en cas de panique financi\u00e8re, lorsque toutes les banques refusent de pr\u00eater, la Banque d&rsquo;Angleterre devrait pr\u00eater des fonds librement aux autres banques \u00e0 un taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9lev\u00e9 et contre de bonnes garanties a \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9e par Walter Bagehot apr\u00e8s l&rsquo;effondrement d&rsquo;une grande banque britannique en 1866&#160;; et revisit\u00e9e plus d&rsquo;un si\u00e8cle plus tard apr\u00e8s l&rsquo;effondrement d&rsquo;une grande banque britannique en 2007, lorsque Northern Rock a sombr\u00e9 dans la crise financi\u00e8re mondiale. Un syst\u00e8me de soins pour les banques en panique (\u00ab&#160;une panique, en un mot, est une esp\u00e8ce de n\u00e9vralgie, et selon les r\u00e8gles de la science vous ne devez pas l&rsquo;affamer&#160;\u00bb&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-116555' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/08\/13\/le-temps-long-du-capitalisme-premiere-partie\/#easy-footnote-bottom-1-116555' title='\u00ab&amp;#160;&lt;em&gt;A panic, in a word, is a species of neuralgia, and according to the rules of science you must not starve it&lt;\/em&gt;&amp;#160;\u00bb, dans Walter Bagehot, &lt;em&gt;Lombard Street&amp;#160;: A description of the Money Market&lt;\/em&gt;, 1873.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>, comme l&rsquo;a dit Bagehot dans <em>Lombard Street<\/em>) existait bien avant la cr\u00e9ation d&rsquo;un \u00c9tat-providence pour les \u00eatres humains.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Deux visions du pass\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Il y a, bien s\u00fbr, une toile de fond politique d&rsquo;une importance cruciale \u00e0 la description que fait Hayek en 1945, \u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale, d&rsquo;une \u00e9conomie d\u00e9centralis\u00e9e. La Seconde Guerre mondiale \u00e9tait, comme l&rsquo;a dit Churchill, la \u00ab&#160;guerre inutile&#160;\u00bb, d\u00e9coulant des \u00e9checs politiques ayant suivi la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, un peu plus de vingt ans auparavant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a eu aussi de graves \u00e9checs \u00e9conomiques. Dans <em>The Economic Consequences of the Peace<\/em>, publi\u00e9 en 1919 \u00e0 la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, Keynes, pr\u00e9sent en tant que fonctionnaire du Tr\u00e9sor britannique \u00e0 la conf\u00e9rence de paix de Versailles, a d\u00e9nonc\u00e9 les conditions de paix vengeresses et l&rsquo;imposition de r\u00e9parations impayables \u00e0 l&rsquo;Allemagne, ainsi que l&rsquo;absence totale de tout plan ou sch\u00e9ma global pour reconstruire une \u00e9conomie europ\u00e9enne prosp\u00e8re. Keynes a \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9&#160;: la reconstruction europ\u00e9enne n&rsquo;a pas eu lieu. Dix ans plus tard, en 1929, Wall Street s&rsquo;effondre. Une bulle induite par le cr\u00e9dit dans les actions des entreprises am\u00e9ricaines, en croissance depuis 1927, a explos\u00e9, emportant avec elle la valeur marchande des entreprises, une grande partie de l&rsquo;\u00e9pargne de la nation et l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me de cr\u00e9dit am\u00e9ricain. Le ch\u00f4mage augmente, les usines ferment et, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, les \u00c9tats-Unis entrent dans la Grande D\u00e9pression. En 1930, les \u00c9tats-Unis ont impos\u00e9 des droits de douane protectionnistes sur le commerce, provoquant des contre-mesures de la part d&rsquo;autres pays, et l&rsquo;effondrement des prix mondiaux des produits de base et des prix agricoles.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Keynes a \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9&#160;: la reconstruction europ\u00e9enne n&rsquo;a pas eu lieu. Dix ans plus tard, en 1929, Wall Street s&rsquo;effondre. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Les \u00e9conomies europ\u00e9ennes, encore fragiles apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, sont \u00e0 nouveau \u00e9branl\u00e9es par le krach de Wall Street. En 1931, la grande banque commerciale Kreditanstalt fait faillite, suivie par l&rsquo;effondrement du syst\u00e8me bancaire allemand. Le Royaume-Uni se retire de l&rsquo;\u00e9talon-or. Le gouvernement fran\u00e7ais r\u00e9pudie ses dettes de guerre envers les \u00c9tats-Unis. En Italie, l&rsquo;alliance fasciste, qui a d\u00e9but\u00e9 dans les ann\u00e9es 1920 consolide son emprise sur le syst\u00e8me politique. En 1933, au pic de la Grande D\u00e9pression, les banques am\u00e9ricaines ont ferm\u00e9 leurs portes. \u00c0 quelques semaines d&rsquo;intervalle, en 1933, Roosevelt devient pr\u00e9sident des Etats-Unis et Hitler devient chancelier d&rsquo;Allemagne. Le premier offrait l&rsquo;espoir, en disant que \u00ab&#160;la seule chose que nous devons craindre est la peur elle-m\u00eame&#160;\u00bb. Le second a offert la peur, la vengeance et le ch\u00e2timent, ouvrant la voie au d\u00e9clenchement de la Seconde Guerre mondiale quelques ann\u00e9es plus tard. Toute la p\u00e9riode allant du d\u00e9clenchement de la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u00e0 la conclusion de la Seconde Guerre mondiale a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e par beaucoup comme un long d\u00e9sastre \u2014 une autre \u00ab&#160;guerre de Trente Ans&#160;\u00bb, comme l&rsquo;a dit plus tard Churchill.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi, lorsque l&rsquo;attention des d\u00e9cideurs occidentaux s&rsquo;est tourn\u00e9e vers la reconstruction du monde d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, la priorit\u00e9 \u00e9vidente \u00e9tait d\u2019\u00e9viter de r\u00e9p\u00e9ter les erreurs des trente ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Les accords de Bretton Woods de 1944 visaient \u00e0 cr\u00e9er des r\u00e8gles mondiales pour stabiliser la monnaie et la finance internationale, avec des devises rattach\u00e9es au dollar, et le dollar rattach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;or. Le plan Marshall, l&rsquo;Organisation europ\u00e9enne de coop\u00e9ration \u00e9conomique et les institutions de ce qui est devenu l&rsquo;Union europ\u00e9enne devaient emp\u00eacher un deuxi\u00e8me marasme d&rsquo;apr\u00e8s-guerre et une r\u00e9p\u00e9tition des cycles de vengeance de l&rsquo;entre-deux-guerres. L&rsquo;Accord g\u00e9n\u00e9ral sur les tarifs douaniers et le commerce de 1947 (qui est devenu l&rsquo;Organisation mondiale du commerce) devait emp\u00eacher une r\u00e9p\u00e9tition des guerres commerciales protectionnistes.<\/p>\n\n\n\n<p>En Europe orientale, les conclusions \u00e9taient toutefois quelque peu diff\u00e9rentes. Les \u00e9conomies d&rsquo;\u00c9tat \u00e0 planification centralis\u00e9e de l&rsquo;Europe apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale \u2014 et avant cela le syst\u00e8me communiste de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique, cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s la r\u00e9volution russe de 1917 \u2014 sont n\u00e9es d&rsquo;une lecture diff\u00e9rente de l&rsquo;histoire. Les \u00e9conomies du monde communiste n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement pr\u00e9vues par Marx, mais la th\u00e9orie marxiste sur laquelle elles reposent d\u00e9coule de ses observations des d\u00e9faillances de l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste au XIXe si\u00e8cle. Les deux parties de l&rsquo;Europe sont devenues d\u00e9phas\u00e9es l&rsquo;une par rapport \u00e0 l&rsquo;autre&#160;: les le\u00e7ons du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle ont influenc\u00e9 la pens\u00e9e de l&rsquo;Est&#160;; les le\u00e7ons du vingti\u00e8me si\u00e8cle la pens\u00e9e de l&rsquo;Ouest.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Les deux parties de l&rsquo;Europe sont devenues d\u00e9phas\u00e9es l&rsquo;une par rapport \u00e0 l&rsquo;autre&#160;: les le\u00e7ons du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle ont influenc\u00e9 la pens\u00e9e de l&rsquo;Est&#160;; les le\u00e7ons du vingti\u00e8me si\u00e8cle la pens\u00e9e de l&rsquo;Ouest. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Karl Marx a pass\u00e9 une grande partie de sa vie \u00e0 Londres et a consacr\u00e9 son temps \u00e0 essayer de comprendre le sens des changements r\u00e9volutionnaires qui balayaient la plus avanc\u00e9e des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes&#160;: les changements politiques depuis la r\u00e9volution fran\u00e7aise, la r\u00e9volution scientifique et la r\u00e9volution industrielle, avec l&rsquo;application des machines aux m\u00e9thodes de production. Marx a \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin des crises du capitalisme du XIXe si\u00e8cle, et a ensuite fourni une th\u00e9orie qui les explique, ainsi que leur caract\u00e8re in\u00e9vitable. Dans l&rsquo;analyse marxiste, la faille du syst\u00e8me r\u00e9side dans la production \u00e9conomique elle-m\u00eame. Le producteur capitaliste \u2014 le propri\u00e9taire d&rsquo;une usine \u2014 n&rsquo;a d&rsquo;autre choix que d&rsquo;entrer en concurrence avec d&rsquo;autres producteurs capitalistes et, ce faisant, il est contraint d&rsquo;investir dans des machines toujours plus co\u00fbteuses, ce qui r\u00e9duit le taux de profit. La crise capitaliste survient \u2014 et se r\u00e9p\u00e8te \u2014 parce que les producteurs investissent dans des machines au point de surproduire. Ils n&rsquo;ont plus de profit, les travailleurs sont mis au ch\u00f4mage, la production est \u00e9coul\u00e9e sur le march\u00e9, les prix et les salaires s&rsquo;effondrent et le cycle recommence, chaque fois \u00e0 plus grande \u00e9chelle que le pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n<p>En situant la faille du syst\u00e8me capitaliste dans la m\u00e9thode de production, la th\u00e9orie marxiste indiquait la voie d&rsquo;une r\u00e9solution \u00e9vidente de ses crises&#160;: l&rsquo;\u00c9tat devait contr\u00f4ler les moyens de production, et non les laisser aux al\u00e9as du march\u00e9 et des capitalistes. Bien s\u00fbr, Marx n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin du krach de Wall Street en 1929 ou de la crise financi\u00e8re mondiale de 2008, mais, puisqu&rsquo;il croyait que le capitalisme \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 aller de crise en crise, il n&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 surpris ni par l&rsquo;un ni par l&rsquo;autre. Et pourtant, le contr\u00f4le \u00e9tatique des moyens de production, lorsqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement essay\u00e9 en Union sovi\u00e9tique et dans les pays du CAEM apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 ne pas \u00eatre la bonne r\u00e9ponse non plus. L&rsquo;\u00e9pitaphe de Havel en 1990 sur l&rsquo;\u00e9conomie planifi\u00e9e centralis\u00e9e tient toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Une r\u00e9ponse subtilement diff\u00e9rente aux crises du capitalisme a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e par Keynes dans les ann\u00e9es 30, apr\u00e8s le krach de Wall Street et la Grande D\u00e9pression. Pour ce faire, Keynes a introduit le concept technique de \u00ab&#160;l&rsquo;efficacit\u00e9 marginale du capital&#160;\u00bb, moins redoutable qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet. Pour tout nouvel actif capital donn\u00e9 (comme une nouvelle usine), Keynes a raisonn\u00e9, il y a deux variables importantes. La premi\u00e8re est le prix actuel de cet actif (ou ce que l&rsquo;on appelle parfois son co\u00fbt de remplacement), la seconde est le rendement potentiel de cet actif, tout au long de sa dur\u00e9e de vie, qui peut \u00eatre de plusieurs ann\u00e9es. Le rendement est le b\u00e9n\u00e9fice que le propri\u00e9taire tire de la vente de sa production, apr\u00e8s d\u00e9duction des d\u00e9penses courantes li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;obtention de cette production. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un prix actuel, mais d&rsquo;une esp\u00e9rance actuelle. L&rsquo;efficacit\u00e9 marginale du capital est le point o\u00f9 le rendement prospectif d&rsquo;un actif capital, actualis\u00e9 au jour pr\u00e9sent, est \u00e9gal \u00e0 son prix actuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Muni de ce concept, Keynes peut alors expliquer les faillites ainsi que les crises comme des fluctuations de l&rsquo;efficacit\u00e9 marginale du capital. Comment&#160;? Parce que la seconde des deux variables, le rendement prospectif des immobilisations, ne repose que sur les attentes actuelles, qui peuvent changer tr\u00e8s soudainement. Dans un boom \u00e9conomique, dit-il, il y a des attentes optimistes quant au rendement futur des immobilisations, suffisamment fortes pour compenser leur abondance croissante et l&rsquo;augmentation de leurs co\u00fbts de production et, probablement, une hausse du taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Tant que le boom se poursuit, la plupart des nouveaux investissements affichent un rendement actuel raisonnable. Les probl\u00e8mes commencent \u00e0 surgir lorsque des doutes s&rsquo;installent quant \u00e0 la fiabilit\u00e9 du rendement prospectif, peut-\u00eatre parce qu&rsquo;il montre des signes de chute, alors que le stock de biens durables nouvellement produits augmente r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p>Keynes fait alors intervenir le r\u00f4le des march\u00e9s financiers dans le tableau. Comme la \u00ab&#160;sp\u00e9culation&#160;\u00bb peut prendre le pas sur \u00ab&#160;l&rsquo;entreprise&#160;\u00bb (voir ci-dessus), les cours des actions peuvent facilement s&rsquo;\u00e9carter de toute estimation raisonnable du rendement \u00e0 long terme, comme dans la bulle induite par le cr\u00e9dit dans les actions des soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines avant le krach de Wall Street en 1929. Lorsque la d\u00e9sillusion s&rsquo;abat sur un march\u00e9 de l&rsquo;investissement trop optimiste et surachet\u00e9, elle s&rsquo;abat avec \u00ab&#160;une force soudaine et m\u00eame catastrophique&#160;\u00bb. Cela cr\u00e9e un effondrement de l&rsquo;efficacit\u00e9 marginale du capital, pr\u00e9cipitant une crise ou, comme dans les ann\u00e9es 1930, la Grande D\u00e9pression, lorsque les nouveaux investissements aux \u00c9tats-Unis se sont compl\u00e8tement arr\u00eat\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Keynes fournit donc le lien manquant entre l&rsquo;investissement en capital, les crises \u00e9conomiques et les march\u00e9s financiers. Bien que l&rsquo;investissement r\u00e9el soit r\u00e9alis\u00e9 par les entreprises et non par des investisseurs priv\u00e9s sur les march\u00e9s financiers, il est presque impossible pour les entreprises d&rsquo;ignorer leur propre cours de bourse. Pourtant, les estimations du march\u00e9 concernant l&rsquo;efficacit\u00e9 marginale du capital connaissent des fluctuations extr\u00eamement importantes, qui entra\u00eenent des fluctuations des niveaux d&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique et (comme dans les ann\u00e9es 1930) des fluctuations de l&#8217;emploi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le raisonnement de Keynes diff\u00e8re donc de celui de Marx. Pour ce dernier, la crise capitaliste est une crise de la production&#160;; pour Keynes, c&rsquo;est une crise de l&rsquo;investissement. Pour les disciples de Marx du vingti\u00e8me si\u00e8cle, la r\u00e9ponse est devenue le contr\u00f4le \u00e9tatique des moyens de production. Pour Keynes, \u00e0 moins d&rsquo;un changement radical dans la psychologie des march\u00e9s d&rsquo;investissement (ce qu&rsquo;il jugeait peu probable), la conclusion est plut\u00f4t que \u00ab&#160;le devoir d&rsquo;ordonner le volume actuel d&rsquo;investissement ne peut \u00eatre laiss\u00e9 en toute s\u00e9curit\u00e9 entre des mains priv\u00e9es.&#160;\u00bb Ce n&rsquo;est pas du tout dans les moyens de production que l&rsquo;\u00c9tat doit s&rsquo;impliquer&#160;: il s&rsquo;agit de veiller \u00e0 ce qu&rsquo;il y ait un flux r\u00e9gulier d&rsquo;investissements. Par une m\u00e9thode ou une autre (il \u00e9tait agnostique quant \u00e0 laquelle), l&rsquo;\u00c9tat doit corriger ou compenser les fluctuations sauvages de l&rsquo;efficacit\u00e9 marginale du capital caus\u00e9es par le fait que les march\u00e9s d&rsquo;investissement sont enclins \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s d&rsquo;optimisme, au doute, \u00e0 la peur et aux crises de panique. Tel \u00e9tait le message de <em>La th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;emploi, de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et de la monnaie<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le raisonnement de Keynes diff\u00e8re donc de celui de Marx. Pour ce dernier, la crise capitaliste est une crise de la production&#160;; pour Keynes, c&rsquo;est une crise de l&rsquo;investissement. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La fin de l&rsquo;histoire<\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;effondrement du syst\u00e8me communiste inspir\u00e9 de Marx en Europe vers la fin du vingti\u00e8me si\u00e8cle a pr\u00e9sent\u00e9 une v\u00e9ritable \u00e9nigme aux d\u00e9cideurs politiques. Outre le fait qu&rsquo;il \u00e9tait presque totalement inattendu, personne ne savait quelle r\u00e9ponse y apporter. Comme l&rsquo;a fait remarquer le pr\u00e9sident de la Banque europ\u00e9enne pour la reconstruction et le d\u00e9veloppement (BERD), cr\u00e9\u00e9e pour tenter d&rsquo;y faire face, de nombreuses personnes avaient \u00e9crit des livres expliquant comment transformer une \u00e9conomie capitaliste en \u00e9conomie socialiste&#160;: personne ne savait comment inverser le processus. Il \u00e9tait \u00e9vident que l&rsquo;\u00e9conomie planifi\u00e9e du CAEM avait \u00e9chou\u00e9&#160;; mais comment d\u00e9faire la planification et cr\u00e9er une \u00e9conomie d\u00e9centralis\u00e9e, tout en minimisant les d\u00e9g\u00e2ts de la transition entre les deux&#160;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai moi-m\u00eame \u00e9t\u00e9, pendant un certain temps, li\u00e9 \u00e0 la Banque europ\u00e9enne pour la reconstruction et le d\u00e9veloppement en tant que r\u00e9dacteur de discours pour le pr\u00e9sident (j\u2019ai notamment r\u00e9dig\u00e9 un discours en m\u2019inspirant de la phrase de James Joyce, \u00ab&#160;l&rsquo;histoire est un cauchemar dont j&rsquo;essaie de me r\u00e9veiller&#160;\u00bb, publi\u00e9 dans le monde entier), et je pourrais ici offrir quelques remarques personnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;effondrement du communisme a \u00e9t\u00e9 un moment d&rsquo;une importance capitale pour l&rsquo;Europe et pour le monde entier, et pourtant personne n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Contrairement \u00e0 ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 apr\u00e8s la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque de nouvelles structures politiques et \u00e9conomiques internationales ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es, il n&rsquo;y a pas eu de strat\u00e9gie ou de conception globale. Plus encore, peut-\u00eatre, comme apr\u00e8s la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, les \u00ab&#160;vainqueurs&#160;\u00bb de la guerre froide ont \u00e9t\u00e9 incapables de d\u00e9terminer exactement ce qu&rsquo;il fallait faire de leur victoire. L&rsquo;Europe post-communiste a d\u00fb s&rsquo;adapter au syst\u00e8me europ\u00e9en existant, au coup par coup, du mieux qu&rsquo;elle a pu.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>L&rsquo;effondrement du communisme a \u00e9t\u00e9 un moment d&rsquo;une importance capitale pour l&rsquo;Europe et pour le monde entier, et pourtant personne n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Contrairement \u00e0 ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 apr\u00e8s la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque de nouvelles structures politiques et \u00e9conomiques internationales ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es, il n&rsquo;y a pas eu de strat\u00e9gie ou de conception globale. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Parmi les \u00c9tats faisant partie au bloc sovi\u00e9tique par le biais du CAEM (ou COMECON), l&rsquo;un (la RDA) a disparu&#160;; un autre (la Tch\u00e9coslovaquie) s&rsquo;est ensuite scind\u00e9 en deux&#160;; et le plus grand (l&rsquo;URSS) s&rsquo;est fragment\u00e9 en quinze parties distinctes. Une autre (la Yougoslavie) s&rsquo;est fragment\u00e9e en une demi-douzaine de parties distinctes, dont plusieurs \u00e9taient en guerre les unes contre les autres. L&rsquo;UE a d\u00e9velopp\u00e9 un <em>patchwork <\/em>de relations \u00e9conomiques, politiques et commerciales avec ces anciens \u00c9tats communistes, offrant en 1993 la possibilit\u00e9 d&rsquo;adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019Union \u00e0 ceux qui remplissaient certaines conditions \u00e9conomiques et politiques, dont la \u00ab&#160;capacit\u00e9 \u00e0 faire face \u00e0 la pression concurrentielle et aux forces du march\u00e9 au sein de l&rsquo;Union&#160;\u00bb. En 2004, huit anciens \u00c9tats communistes avaient rejoint l&rsquo;UE, important au passage le vaste corpus l\u00e9gislatif de l&rsquo;UE, constitu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Ouest depuis les ann\u00e9es 1950. Mais l&rsquo;Europe postcommuniste a souffert de grandes difficult\u00e9s \u00e9conomiques en passant d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e0 l&rsquo;autre. Le commerce s&rsquo;est effondr\u00e9 entre les anciens membres du CAEM&#160;; les \u00e9conomies se sont contract\u00e9es&#160;; le niveau de vie a chut\u00e9. Le processus d\u2019adh\u00e9sion signifiait dans certains cas que les racines d\u00e9mocratiques \u00e9taient peu profondes.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;absence de strat\u00e9gie pourrait bien avoir une cause plus profonde, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;adaptation des \u00e9conomies \u00e0 planification centralis\u00e9e \u00e0 la \u00ab&#160;pression concurrentielle et aux forces du march\u00e9&#160;\u00bb de l&rsquo;Europe occidentale est apparue comme une simple n\u00e9cessit\u00e9, puisqu&rsquo;il \u00e9tait clair comme de l&rsquo;eau de roche que les anciens dogmes marxistes \u00e9taient d\u00e9funts. La complaisance a remplac\u00e9 la strat\u00e9gie.<\/p>\n\n\n\n<p>Un avertissement que tout n&rsquo;allait pas bien dans le monde capitaliste aurait cependant pu \u00eatre d\u00e9tect\u00e9 d\u00e8s 1990, un an seulement apr\u00e8s la chute du mur de Berlin. Cette ann\u00e9e-l\u00e0 est survenu l&rsquo;effondrement inattendu de la bourse de Tokyo et de la bulle de cr\u00e9dit immobili\u00e8re japonaise, constitu\u00e9e au cours des ann\u00e9es 1980, lorsque les prix de l&rsquo;immobilier ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9s par cinq ou six en peu de temps. Jusqu&rsquo;\u00e0 cet effondrement, le Japon avait \u00e9t\u00e9 largement admir\u00e9 comme l&rsquo;une des \u00e9conomies de march\u00e9 les plus avanc\u00e9es et les plus innovantes du monde. Une longue r\u00e9cession a suivi le krach de Tokyo, dont les effets ont \u00e9t\u00e9 ressentis au Japon pendant des d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;effondrement du communisme avait une explication \u00e9conomique que Marx lui-m\u00eame aurait pu appr\u00e9cier. Une cons\u00e9quence du d\u00e9tachement du dollar vis-\u00e0-vis de l&rsquo;or lors de la suspension du syst\u00e8me de Bretton Woods, en 1971, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;instabilit\u00e9 du prix international du p\u00e9trole libell\u00e9 en dollars, qui a augment\u00e9 massivement au cours des ann\u00e9es 1970. Cela a eu pour effet secondaire d&rsquo;augmenter consid\u00e9rablement le volume de dollars d\u00e9tenus par les pays producteurs de p\u00e9trole, y compris les dollars d\u00e9tenus sur les comptes des grandes banques commerciales internationales, qui ont ensuite proc\u00e9d\u00e9 au recyclage de leurs entr\u00e9es de dollars vers les gouvernements et les entreprises publiques, principalement en Am\u00e9rique latine mais aussi dans les pays du CAEM comme en Pologne, en Hongrie et en RDA. Ces pays ont ainsi accumul\u00e9 d&rsquo;\u00e9normes dettes libell\u00e9es en dollars, n\u00e9cessitant des programmes d&rsquo;aide du FMI et de la Banque mondiale lorsqu&rsquo;ils rencontraient des difficult\u00e9s de remboursement. Le prix \u00e9lev\u00e9 du p\u00e9trole sur le march\u00e9 international a \u00e9galement conduit l&rsquo;Union sovi\u00e9tique \u00e0 r\u00e9duire les transferts de p\u00e9trole subventionn\u00e9s vers les autres pays du CAEM, ce qui a exerc\u00e9 une pression suppl\u00e9mentaire sur leurs \u00e9conomies. Le communisme \u00e9tait min\u00e9, en fait, par les contradictions internes du capitalisme mondial.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Le communisme \u00e9tait min\u00e9, en fait, par les contradictions internes du capitalisme mondial. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres signes avant-coureurs sont apparus plus tard, dans les ann\u00e9es 1990, avec une nouvelle bulle de cr\u00e9dit en Asie du Sud-Est. La crise financi\u00e8re de l&rsquo;Asie du Sud-Est, qui a d\u00e9but\u00e9 en Tha\u00eflande en 1997, a conduit \u00e0 un effondrement financier r\u00e9gional et, en 1998, le syst\u00e8me financier russe s&rsquo;est \u00e9galement effondr\u00e9, alors que la crise s&rsquo;\u00e9tendait aux \u00e9conomies \u00e9mergentes. Les r\u00e9formes incompl\u00e8tes de l&rsquo;\u00e9conomie sovi\u00e9tique depuis la fin du communisme ont \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9es, et la Russie a manqu\u00e9 \u00e0 ses obligations de remboursement de la dette internationale. Le niveau de vie et les revenus des Russes ont chut\u00e9 de fa\u00e7on spectaculaire. \u00c0 partir de 1999, lorsque Vladimir Poutine est arriv\u00e9 au pouvoir apr\u00e8s la crise (o\u00f9 il est rest\u00e9 depuis), la Russie s&rsquo;est \u00e0 nouveau \u00e9loign\u00e9e du syst\u00e8me de march\u00e9 europ\u00e9en. Elle a abandonn\u00e9 le communisme, mais une crise financi\u00e8re s&rsquo;est mise en travers du chemin et a stopp\u00e9 le passage potentiel de la Russie vers une soci\u00e9t\u00e9 ouverte. Comme Marx aurait pu le dire, la premi\u00e8re r\u00e9volution russe s&rsquo;est termin\u00e9e en trag\u00e9die&#160;; la seconde en psychodrame.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019heure de Minsky<\/h2>\n\n\n\n<p>En 1986, un \u00e9conomiste am\u00e9ricain inconnu nomm\u00e9 Hyman Minsky a publi\u00e9 un ouvrage fournissant de nouveaux outils pour comprendre le r\u00f4le de la finance dans l&rsquo;\u00e9conomie, mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s la crise financi\u00e8re mondiale de 2008 que les analyses de Minsky ont connu un certain succ\u00e8s. Minsky sugg\u00e9rait qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas un, mais deux syst\u00e8mes de prix dans l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9. Il y a un syst\u00e8me de prix pour la production actuelle de biens et de services courants, et la n\u00e9cessit\u00e9 de recouvrer les co\u00fbts&#160;; et puis il y a un deuxi\u00e8me syst\u00e8me de prix pour les valeurs plac\u00e9es sur les flux de revenus futurs des actifs financiers et des capitaux en circulation.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Minsky a publi\u00e9 <em>Stabilizing An Unstable Economy<\/em>, la croissance des \u00e9normes march\u00e9s financiers mondiaux ne faisait que commencer. Les actifs financiers, sous forme d&rsquo;actions et d&rsquo;obligations \u00e9taient bien connus, mais l&rsquo;id\u00e9e des devises comme classe d&rsquo;actifs financiers pour les investisseurs a pris son essor plus tard dans les ann\u00e9es 1990. Les mati\u00e8res premi\u00e8res (y compris l&rsquo;\u00e9tain, l&rsquo;exemple m\u00eame de Hayek) n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme une classe d&rsquo;actifs financiers qu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. L&rsquo;expansion du monde des actifs financiers a entra\u00een\u00e9 l&rsquo;expansion du deuxi\u00e8me syst\u00e8me de prix de Minsky \u2014 \u00e0 un point tel qu&rsquo;il a d\u00e9pass\u00e9 le premier.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le syst\u00e8me de t\u00e9l\u00e9communications de Hayek, mis en avant en 1945, s&rsquo;av\u00e8re n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une partie du tableau. L&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 occidentale d\u00e9centralis\u00e9e, avec sa production actuelle de biens et de services, peut \u00eatre en mesure d&rsquo;utiliser les signaux de prix pour rassembler des connaissances pratiques dispers\u00e9es. Mais on ne peut pas en dire autant des flux de revenus provenant des actifs financiers et des capitaux. Dans ce syst\u00e8me, les prix \u00e9valuent les flux de revenus futurs \u2014 et cet avenir est toujours inconnu. Les prix ne rassemblent pas des connaissances pratiques dispers\u00e9es, car ces connaissances n&rsquo;existent pas. Bien que des connaissances pourraient peut-\u00eatre \u00eatre cr\u00e9\u00e9es, si une m\u00e9thode scientifique \u00e9tait suivie, les attentes bas\u00e9es sur la pratique collective, l&rsquo;habitude, la psychologie et les r\u00e9cits restent dominantes. Les signaux qui parviennent \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie ne sont pas des signaux de connaissance mais des signaux de doute, de peur, de souvenirs de la derni\u00e8re fois et d&rsquo;espoir que la prochaine fois sera diff\u00e9rente et meilleure&#160;: un v\u00e9ritable feuilleton sentimental.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Les signaux qui parviennent \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie ne sont pas des signaux de connaissance mais des signaux de doute, de peur, de souvenirs de la derni\u00e8re fois et d&rsquo;espoir que la prochaine fois sera diff\u00e9rente et meilleure&#160;: un v\u00e9ritable feuilleton sentimental. <\/p><cite>David Harrison<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>En 1945, Hayek voulait construire un ordre \u00e9conomique rationnel de la meilleure mani\u00e8re possible. Cet ordre a \u00e9t\u00e9 largement construit dans l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 occidentale d\u00e9centralis\u00e9e, dans laquelle le communisme s&rsquo;est ensuite effondr\u00e9. Mais dans le m\u00eame temps \u2014 et particuli\u00e8rement apr\u00e8s la fin des contraintes impos\u00e9es par le syst\u00e8me de Bretton Woods dans les ann\u00e9es 1970 \u2014 un ordre \u00e9conomique moins rationnel a \u00e9galement \u00e9merg\u00e9. Apparemment similaire, mais en r\u00e9alit\u00e9 diff\u00e9rente, l&rsquo;\u00e9conomie financi\u00e8re sp\u00e9culative a fini par d\u00e9passer l&rsquo;\u00e9conomie du monde r\u00e9el.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ordre capitaliste mondial s\u2019est construit dans le temps long, s\u2019\u00e9toffant, se complexifiant \u00e0 chaque guerre, crise ou krach boursier, glissant progressivement du rationnel au sp\u00e9culatif. L\u2019opposition entre une \u00e9conomie planifi\u00e9e, centralis\u00e9e \u00e0 l\u2019est et une d\u00e9centralis\u00e9e non-planifi\u00e9e \u00e0 l\u2019ouest a eu pour effet de d\u00e9phaser l\u2019une par rapport \u00e0 l\u2019autre&#160;&#160;: les le\u00e7ons du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle ont influenc\u00e9 la pens\u00e9e de l\u2019Est&#160;&#160;; les le\u00e7ons du vingti\u00e8me si\u00e8cle la pens\u00e9e de l\u2019Ouest.<\/p>\n","protected":false},"author":1623,"featured_media":116647,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-studies.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"_yoast_wpseo_estimated-reading-time-minutes":42,"footnotes":""},"categories":[2988],"tags":[],"staff":[2993],"editorial_format":[],"serie":[],"audience":[],"geo":[2163],"class_list":["post-116555","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-audit-mondes-nouveaux","staff-david-harrison","geo-monde"],"acf":{"open_in_webview":false,"accent":false},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Le temps long du capitalisme. 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