{"id":115404,"date":"2021-08-07T07:00:00","date_gmt":"2021-08-07T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=115404"},"modified":"2021-08-06T19:21:20","modified_gmt":"2021-08-06T17:21:20","slug":"grand-tour-riad-sattouf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/08\/07\/grand-tour-riad-sattouf\/","title":{"rendered":"\u00ab La bande dessin\u00e9e est une langue, un moyen d’expression, une grammaire \u00bb, entretien avec Riad Sattouf"},"content":{"rendered":"\n
C\u2019est en \u00e9crivant L\u2019Arabe du futur<\/em> que j\u2019ai pris conscience de cette dr\u00f4le de g\u00e9ographie. Au moment o\u00f9 j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire, j\u2019ai regard\u00e9 une mappemonde. C\u2019est un geste plein de r\u00e9f\u00e9rences pour moi : j\u2019adore ces moments, dans les Tintin ou les Indiana Jones, lorsque s\u2019affiche une carte du monde sur laquelle on voit le voyage que fait le h\u00e9ros. Je crois du reste que Spielberg s\u2019\u00e9tait inspir\u00e9 d\u2019Herg\u00e9, qui s\u2019\u00e9tait lui-m\u00eame inspir\u00e9 de certains r\u00e9cits de Kessel, Mermoz <\/em>par exemple, dans lequel il montre l\u2019itin\u00e9raire du voyage qui l\u2019emm\u00e8ne de Toulouse jusqu\u2019en Argentine.<\/p>\n\n\n\n Avant de regarder cette mappemonde, ces voyages, pour moi, avaient quelque chose d\u2019\u00e9vident. Je n’avais pas le sentiment de voyager. Il \u00e9tait normal de prendre l\u2019avion r\u00e9guli\u00e8rement, de changer d\u2019univers, d\u2019\u00eatre oblig\u00e9 \u00e0 chaque fois de m\u2019adapter \u00e0 un nouvel environnement. Mais je ressentais \u2014 et c\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles j\u2019ai utilis\u00e9 un syst\u00e8me de couleurs pour distinguer chaque endroit \u2014 des diff\u00e9rences qui se lisaient dans le paysage, dans le trac\u00e9 des rues et le dessin des immeubles, ou encore dans la mani\u00e8re dont les habitants traitaient les espaces communs. Je me souviens tr\u00e8s bien qu’en Syrie j\u2019avais \u00e9t\u00e9 stup\u00e9fait de la salet\u00e9 qu\u2019il y avait partout, et je me disais : \u00ab Qui jette tous ces d\u00e9tritus ? Visiblement les gens qui vivent ici. \u00bb Et je ne comprenais pas que les gens puissent vivre au milieu des d\u00e9chets. Je n\u2019arrivais pas \u00e0 comprendre pourquoi personne ne rangeait. En m\u00eame temps, cela semblait aussi \u00eatre une sorte de protestation contre la dictature, une mani\u00e8re de souligner la nullit\u00e9 des dirigeants.<\/p>\n\n\n\n Avant de regarder cette mappemonde, ces voyages, pour moi, avaient quelque chose d\u2019\u00e9vident. Je n’avais pas le sentiment de voyager. Il \u00e9tait normal de prendre l\u2019avion r\u00e9guli\u00e8rement, de changer d\u2019univers, d\u2019\u00eatre oblig\u00e9 \u00e0 chaque fois de m\u2019adapter \u00e0 un nouvel environnement. <\/p>Riad Sattouf<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans mon village en Syrie, pr\u00e8s de Homs, toutes les maisons n\u2019\u00e9taient pas peintes et pas termin\u00e9es, parce qu\u2019il existait un imp\u00f4t qui pesait sur les b\u00e2timents achev\u00e9s. Donc personne ne terminait sa maison, et les villages en Syrie ressemblaient \u00e0 des chantiers abandonn\u00e9s. Les gens laissaient sortir des bouts de fers au-dessus des maisons, l\u2019air de dire \u00ab on fera peut-\u00eatre un autre \u00e9tage un jour, plus tard. \u00bb \u00c0 premi\u00e8re vue, on pouvait penser que c\u2019\u00e9tait de la corruption, et de l’ignorance, l\u2019absence de sentiment citoyen. Et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, je ne pouvais m’emp\u00eacher de me dire qu\u2019il y avait une forme de conscience que ceux qui demandaient l\u2019imp\u00f4t \u00e9taient une mafia, et qu\u2019on trouvait tous les moyens pour essayer de leur \u00e9chapper, et que \u00e7a faisait aussi partie d\u2019un moyen de ne pas \u00eatre avec eux et de ne pas leur \u00eatre soumis.<\/p>\n\n\n\n Inversement, en France je ressentais la richesse du pays, qui n\u2019avait plus rien \u00e0 voir avec la Syrie. M\u00eame enfant on le comprend. Dans mon village en Syrie, il y avait des lampadaires, et d\u00e8s que les techniciens changeaient les ampoules, ce qui arrivait tous les 6 mois ou tous les ans \u2014 je les ai vus faire une fois \u2014, dans les vingt minutes suivantes, les enfants tiraient au lance-pierre pour essayer de casser l\u2019ampoule, et on attendait un an pour que les types reviennent. Parfois, une ampoule survivait. Est-ce que c\u2019\u00e9tait parce que les enfants laissaient tomber ? Quand je rentrais en France, on voyait bien qu\u2019il y avait des gens qui \u00e9taient employ\u00e9s pour nettoyer et r\u00e9parer ce qui \u00e9tait cass\u00e9 dans l\u2019espace public.<\/p>\n\n\n\n Depuis quelques ann\u00e9es, je suis retourn\u00e9 en Syrie par Google Earth. J\u2019\u00e9tais all\u00e9 voir \u00e0 quoi ressemblait mon village parce que je n\u2019avais pas pu y retourner avant la guerre. Sur Google Earth, on peut trouver diff\u00e9rentes strates d\u2019image satellites. J\u2019ai pu voir que le tissu urbain s\u2019\u00e9tait \u00e9tendu entre Homs et mon village. \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 j\u2019y \u00e9tais, il y avait des champs et tr\u00e8s peu de maisons : c\u2019\u00e9tait vraiment la campagne. Maintenant c’est devenu la banlieue de Homs et tout a chang\u00e9. Mon village \u00e9tait domin\u00e9 par un \u00e9norme ch\u00e2teau d\u2019eau au pied duquel il y avait une immense d\u00e9charge dans laquelle on jouait avec mes copains. On imaginait qu\u2019on allait trouver des choses fantastiques. Je me suis rendu compte avant la guerre en Syrie que cet endroit qui \u00e9tait un d\u00e9potoir au milieu du village avait \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en une sorte de jardin public avec des petites all\u00e9es : il y avait une sorte de petit parcours, comme \u00e7a. Et je trouvais \u00e7a hallucinant ; c\u2019\u00e9tait vertigineux pour moi de me dire qu\u2019il y avait un jardin public \u00e0 cet endroit-l\u00e0 alors que cela n\u2019avait rien \u00e0 voir avec le lieu que j\u2019avais connu. <\/p>\n\n\n\n Alors, c\u2019est vrai qu\u2019il y a eu tout un parcours, parce que j\u2019ai appris \u00e0 lire le fran\u00e7ais et \u00e0 lire des livres par la bande dessin\u00e9e, en lisant des Tintin<\/em> que ma grand-m\u00e8re bretonne m\u2019envoyait en Syrie, parce que dans le village o\u00f9 j\u2019ai grandi il n\u2019y avait pas de livre, pas de biblioth\u00e8que. Personne ne lisait et le seul livre que l\u2019on pouvait \u00e9ventuellement trouver \u00e9tait le Coran. Et de toute fa\u00e7on personne ne le comprenait puisque c\u2019est une langue d\u2019une extr\u00eame complexit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Dans ce monde sans livre, Tintin<\/em> a \u00e9t\u00e9 une r\u00e9v\u00e9lation puisque j\u2019ai commenc\u00e9 par croire que la bande dessin\u00e9e \u00e9tait quelque chose qui \u00e9tait naturel : c\u2019\u00e9tait donn\u00e9, en quelque sorte, comme les fruits ou les montagnes. Quand j\u2019ai compris que ce n\u2019\u00e9tait pas g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la nature, et que c\u2019\u00e9tait fait par un \u00eatre humain, j\u2019\u00e9tais enthousiaste. Et j\u2019ai tout de suite eu envie d\u2019en faire, et je me suis mis \u00e0 dessiner, \u00e0 faire des petites histoires, des petits gags et des choses comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n Dans ce monde sans livre, Tintin<\/em> a \u00e9t\u00e9 une r\u00e9v\u00e9lation puisque j\u2019ai commenc\u00e9 par croire que la bande dessin\u00e9e \u00e9tait quelque chose qui \u00e9tait naturel : c\u2019\u00e9tait donn\u00e9, en quelque sorte, comme les fruits ou les montagnes. <\/p>Riad Sattouf<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Comme je vous le disais, j\u2019adorais le fait que Tintin voyage. J\u2019avais l\u2019impression de partager cela avec lui. D\u2019autant qu\u2019\u00e0 chaque fois qu\u2019il allait dans un nouveau pays, il s\u2019adaptait un peu aux coutumes du pays : quand il \u00e9tait en Chine, il portait un costume traditionnel, quand il se retrouvait dans le monde arabe, il mettait un keffieh<\/em> et une djellaba<\/em>\u2026 Je trouvais cela fantastique, cette capacit\u00e9 \u00e0 avoir des amis partout.<\/p>\n\n\n\n Et surtout, aussi, la repr\u00e9sentation du monde arabe que faisait Herg\u00e9 dans Tintin, notamment dans Tintin au pays de l\u2019or noir<\/em>, dans sa version finale. Je me rappelle qu’il y avait une sc\u00e8ne qui me choquait un peu quand j\u2019\u00e9tais enfant. Les Dupondt sont perdus dans le d\u00e9sert et ils n\u2019arr\u00eatent pas de voir des mirages : des oasis apparaissent et d\u00e8s qu\u2019ils s\u2019approchent, hop, ils disparaissent, jusqu\u2019au moment o\u00f9 ils voient deux B\u00e9douins qui font leur pri\u00e8re dans le d\u00e9sert. L\u2019un des deux Dupondt dit : \u00ab Mais qu\u2019est-ce que tu crois mon vieux, c\u2019est encore un mirage ! \u00bb L\u2019autre r\u00e9pond : \u00ab Non, je t\u2019assure ! \u00bb \u00ab Mais si c\u2019est un mirage ! \u00bb Et pour lui montrer il sort de la voiture et botte les fesses d\u2019un des deux hommes en train de prier qui tombe sur la t\u00eate avant de se relever et de le poursuivre avec un couteau !<\/p>\n\n\n\n Mes cousins syriens adoraient Tintin. Ils ne comprenaient pas les textes mais ils lisaient les histoires et les gags les faisaient rire. Mais j\u2019essayais toujours de planquer cette sc\u00e8ne en me disant qu\u2019ils allaient vraiment devenir fous, de voir une sc\u00e8ne o\u00f9 on tape quelqu\u2019un qui est en train de faire sa pri\u00e8re. Finalement, un jour, je suis arriv\u00e9 dans ma chambre, et j\u2019ai d\u00e9couvert un de mes cousins devant cette sc\u00e8ne, pris d\u2019un fou rire colossal ! Il a appel\u00e9 toute la famille, et il leur a montr\u00e9, et ils \u00e9taient tous explos\u00e9s de rire.<\/p>\n\n\n\n Je crois que derri\u00e8re les repr\u00e9sentations parfois caricaturales d\u2019Herg\u00e9, mes cousins reconnaissaient des gens de leur famille. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019ils adoraient ces albums. Surtout dans les derni\u00e8res versions de Tintin, certaines bulles contenaient des vraies phrases en arabe. Par exemple, le cheikh Bab El Ehr dit \u201cYah ibn el kalb<\/em>\u201d c’est-\u00e0-dire \u00ab fils de chien \u00bb \u00e0 un moment o\u00f9 les Anglais jettent des tracts depuis un avion aux rebelles qu\u2019il dirige : \u00ab Ces fils de chiens balancent des tracts \u00e0 mes hommes, mais aucun d\u2019entre eux ne sait lire \u00bb. Mes cousins hurlaient de rire devant cette sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n Alors m\u00eame qu\u2019Herg\u00e9 n\u2019avait jamais vu ce monde qu\u2019il d\u00e9crivait, il y avait quelque chose qui me paraissait tr\u00e8s conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 dans sa mani\u00e8re de raconter. Et je crois que par l\u2019humour et par le dessin, il savait croquer quelque chose du monde qui m\u2019entourait. Du reste, je crois que mes cousins ressentaient la m\u00eame chose. Ceci dit, ce n\u2019est pas le cas de tous les albums, \u00e0 commencer par Tintin au Congo<\/em> qui, d\u00e9j\u00e0 quand j\u2019\u00e9tais enfant, me paraissait sonner moins juste. Aujourd\u2019hui, alors que j\u2019ai des enfants et que j\u2019adore toujours autant Herg\u00e9 \u2014 c\u2019est la grammaire de la bande dessin\u00e9e \u2014, je ne leur lis pas tous les albums. Pour certains j\u2019attends un peu car il faudra que je leur explique un peu le contexte d\u2019\u00e9criture, la Belgique coloniale ou, dans le cas de l\u2019\u00c9toile myst\u00e9rieuse<\/em>, de la proximit\u00e9 d\u2019Herg\u00e9 avec une partie de l\u2019extr\u00eame droite belge pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais cela m\u2019a aussi fait r\u00e9fl\u00e9chir au moment o\u00f9 j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire des bandes dessin\u00e9es et \u00e0 me rendre compte qu\u2019on peut mettre plus de chose dans une BD qu\u2019on ne pourrait le penser au premier abord, et qu\u2019il fallait bien r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re dont le texte serait re\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n Alors m\u00eame qu\u2019Herg\u00e9 n\u2019avait jamais vu ce monde qu\u2019il d\u00e9crivait, il y avait quelque chose qui me paraissait tr\u00e8s conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 dans sa mani\u00e8re de raconter. Et je crois que par l\u2019humour et par le dessin, il savait croquer quelque chose du monde qui m\u2019entourait. <\/p>Riad Sattouf<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Oui c\u2019est \u00e7a, il n\u2019y avait aucune autre BD. J\u2019avais un volume d\u2019Ast\u00e9rix, Ast\u00e9rix en Hispanie<\/em>, que j\u2019aimais beaucoup. Il me faisait marrer aussi, mais je trouvais qu\u2019Uderzo dessinait trop bien : face \u00e0 son dessin je me sentais un peu immature. J\u2019avais plus de mal \u00e0 le comprendre. Je pense par exemple aux mains de ses personnages qu\u2019il dessinait avec une \u00e9l\u00e9gance incroyable, l\u00e0 o\u00f9 Herg\u00e9 avait un trait tr\u00e8s fin de contour, que je trouvais tr\u00e8s accueillant. Uderzo j\u2019avais l\u2019impression que \u00e7a supposait d’\u00eatre un peu plus intelligent, un peu plus \u00e9duqu\u00e9 peut-\u00eatre. Et puis j\u2019\u00e9tais un peu timide, je n\u2019avais pas le r\u00e9flexe de demander qu\u2019on m\u2019envoie des Ast\u00e9rix. J\u2019attendais qu\u2019on fasse le choix pour moi.<\/p>\n\n\n\n Peut-\u00eatre, je n\u2019y avais jamais pens\u00e9, mais ce sont des figures d\u2019enfants insupportables tr\u00e8s marquantes. C\u2019est dr\u00f4le parce qu\u2019hier soir je relisais Coke en stock<\/em> pour m\u2019endormir ; il y a des sc\u00e8nes vraiment hilarantes avec Abdallah, r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Moulinsart, qui a ligot\u00e9 Nestor. Il fait une t\u00eate tr\u00e8s m\u00e9chante et il dit \u00e0 Nestor \u00ab Hahaha, on s\u2019amuse bien tous les deux hein Nestor ? \u00bb Je trouve toujours cela aussi dr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n Je pense que c\u2019est tout simplement parce que j\u2019en ai gard\u00e9 des souvenirs assez clairs. Comme le disait Fran\u00e7ois Truffaut : \u00ab C\u2019est l’\u00e2ge des premi\u00e8res fois \u00bb. Pas seulement les premi\u00e8res amours, mais aussi tous ces moments o\u00f9 l\u2019on se confronte \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 : on quitte le cocon familial protecteur o\u00f9 l\u2019on est vu comme un g\u00e9nie, et on se d\u00e9couvre que les autres ne nous voient pas forc\u00e9ment comme cela. Dans mon cas, j\u2019ai d\u00e9couvert \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0 que je n\u2019\u00e9tais pas le plus grand dessinateur du monde ! Et en m\u00eame temps, il y a les premi\u00e8res grandes relations amicales, les premi\u00e8res frustrations… Voil\u00e0 je crois que c\u2019est un \u00e2ge qui me pla\u00eet parce que tout semble plein d\u2019espoir et tout est extr\u00eame. Toutes les \u00e9motions sont extr\u00eames, tous les d\u00e9sirs aussi.<\/p>\n\n\n\n Et puis c\u2019est un \u00e2ge riche de promesses. J\u2019aime bien essayer d\u2019imaginer ce que serait le futur en regardant les jeunes. On se demande \u00e0 quoi ressemblera la soci\u00e9t\u00e9 de ces adolescents lorsqu\u2019ils auront grandi. Quand j\u2019\u00e9tais adolescent, il y avait de grands d\u00e9bats de soci\u00e9t\u00e9 pour savoir si les adolescents n\u2019\u00e9taient pas compl\u00e8tement perdus et d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le grunge. Aujourd\u2019hui, tous les anciens fans de Nirvana sont macronistes et se demandent si les jeunes qui \u00e9coutent Koba LaD toute la journ\u00e9e ne risquent pas de mal tourner. Les m\u00eames d\u00e9bats reviennent \u00e0 chaque fois, mais la jeunesse fascine toujours autant.<\/p>\n\n\n\n Je pars toujours de ce qu\u2019elle me raconte, c\u2019est vrai. Au d\u00e9part, c\u2019est assez \u00e9go\u00efste. Quand on fait des bandes-dessin\u00e9es, on est tr\u00e8s souvent seul face \u00e0 soi-m\u00eame. Et cela m\u2019int\u00e9resse de voir comment elle se repr\u00e9sente les choses, comment elle les ressent. Je remarque par exemple qu\u2019elle est beaucoup plus optimiste que moi, et beaucoup plus positive aussi. Peut-\u00eatre parce qu\u2019elle est jeune, tout le contraire des intellectuels qui disent que le monde s\u2019effondre, alors que c\u2019est leur propre physique qui est en train de s\u2019effondrer. En cela, c\u2019est agr\u00e9able d\u2019avoir un rendez-vous r\u00e9gulier avec quelqu\u2019un d\u2019aussi jeune et d\u2019aussi enthousiaste. C\u2019est un antidote \u00e0 la r\u00e9signation. En lui parlant, je me rends compte qu\u2019il y a une route qui est ouverte, que tout n\u2019est pas ferm\u00e9.<\/p>\n\n\n\n En cela, c\u2019est agr\u00e9able d\u2019avoir un rendez-vous r\u00e9gulier avec quelqu\u2019un d\u2019aussi jeune et d\u2019aussi enthousiaste. C\u2019est un antidote \u00e0 la r\u00e9signation. En lui parlant, je me rends compte qu\u2019il y a une route qui est ouverte, que tout n\u2019est pas ferm\u00e9. <\/p>Riad Sattouf<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c7a d\u00e9pend, oui, je l’appelle, elle m\u2019envoie des SMS ou des MMS, et parfois je saisis certaines choses. Par exemple, elle m\u2019\u00e9crit \u00ab Il y a un mec dans ma classe, toutes les filles l\u2019adorent \u00bb, et elle ajoute qu\u2019elle est \u00e0 une f\u00eate. Je lui demande si elle a une photo, et elle m\u2019envoie une photo de la f\u00eate. Ils ont des d\u00e9gaines incroyables, il y a une esp\u00e8ce de mec dans le fond qui est beaucoup plus grand que les autres, avec une esp\u00e8ce de coiffure solaire. Mais c\u2019est presque trop, on dirait une blague. Et il a un air incroyablement suffisant et je lui dit : \u00ab Mais c\u2019est incroyable le mec dans le fond, c’est qui ? \u00bb, et elle me r\u00e9pond : \u00ab Ah c\u2019\u00e9tait Machin, et toute les filles de la soir\u00e9e \u00e9taient \u00e0 fond sur lui ! \u00bb Parfois, c\u2019est tellement caricatural de l\u2019adolescence que je me rends compte que je dois minorer un peu ce qu\u2019elle me raconte, parce que ce serait trop sinon.<\/p>\n\n\n\n Franchement oui, parce qu\u2019elle a commenc\u00e9 par n\u2019avoir aucun int\u00e9r\u00eat pour les trois ou quatre premiers albums. Elle n\u2019aime pas beaucoup la bande-dessin\u00e9e et donc cela ne l\u2019atteignait pas plus que cela. Je crois qu\u2019elle a vraiment commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019y int\u00e9resser, \u00e0 se dire que c\u2019\u00e9tait cool de participer \u00e0 ce travail le jour o\u00f9 la chanteuse Ang\u00e8le a partag\u00e9 sur son compte un dessin des Cahiers d\u2019Esther<\/em>, en disant qu\u2019elle adorait. La vraie Esther a eu un choc et elle m\u2019a imm\u00e9diatement \u00e9crit. Et depuis, elle suit beaucoup plus ce que je publie, elle regarde toutes les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s qui aiment Esther, les youtubeuses qui en parlent de temps en temps. C\u2019est assez dr\u00f4le, au fond, c\u2019est la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de son personnage qui l\u2019a amen\u00e9e vers la bande dessin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Maintenant, je mets un peu en sc\u00e8ne ce rapport \u00e0 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, parce qu\u2019en fait si elle prend l\u2019album et qu\u2019elle va voir une de ses copines et qu\u2019elle dit \u00ab Eh c\u2019est moi ! \u00bb, en fait ses copines vont faire \u00ab Mais c\u2019est pas du tout toi ! \u00bb parce que je change pas mal de choses. Il y a une sorte de cruaut\u00e9 aussi, parce que je ne veux pas qu\u2019elle soit une psychopathe et qu\u2019elle grandisse avec un double de papier. C\u2019est aussi pour cela que je m\u2019amuse \u00e0 mettre en sc\u00e8ne cette discr\u00e9pance entre la vraie Esther et son alter-ego dessin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n Je crois qu\u2019au cours de ma scolarit\u00e9, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 des diff\u00e9rences de classes sociales sans en avoir conscience tout de suite. J\u2019avais par exemple des copains qui avaient grandi dans des maisons cossues, qui prenaient des cours de musique, mais qui n\u2019\u00e9taient jamais sortis de l\u2019endroit o\u00f9 ils \u00e9taient n\u00e9s. Et lorsque ma question roulait sur mes origines ou sur le temps pass\u00e9 au Moyen-Orient, il y avait toujours un moment o\u00f9 ces copains bien-n\u00e9s m’expliquaient ce qui se passait l\u00e0-bas. Je veux dire qu\u2019ils me racontaient comment les gens vivaient, quels \u00e9taient les rapports femmes-hommes. Ils avaient d\u00e9j\u00e0 tout compris alors que je me rendais bien compte qu\u2019ils n\u2019avaient pas plus d\u2019exp\u00e9rience que les gens de mon village en Syrie. Du reste, il m\u2019arrivait la m\u00eame chose l\u00e0-bas ! Mes cousins m\u2019expliquaient tr\u00e8s fr\u00e9quemment comment on vivait en France. Chacun dans son petit trou avait d\u00e9j\u00e0 tout compris du reste du monde sans y \u00eatre jamais all\u00e9. Je pense que c\u2019est un trait r\u00e9pandu chez nombre de personnes qui prennent la parole.<\/p>\n\n\n\n De toute fa\u00e7on, \u00e0 partir du moment o\u00f9 on est trop s\u00fbr de ce qu\u2019on pense, qu\u2019on est absolument convaincu de ce que l\u2019on dit, il me semble qu\u2019on ne peut \u00eatre que dans l\u2019erreur. Je crois qu\u2019il est tr\u00e8s difficile de parler des choses que l\u2019on a v\u00e9cues, alors celles qu\u2019on n\u2019a jamais exp\u00e9riment\u00e9es\u2026 Par exemple, on ne sait pas ce que c\u2019est que d\u2019\u00eatre \u00e9lev\u00e9 dans un village en Syrie si on ne l\u2019a pas v\u00e9cu. On ne peut pas le deviner, c\u2019est impossible. Et c\u2019est aussi pour cela que je fais de la bande dessin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n De toute fa\u00e7on, \u00e0 partir du moment o\u00f9 on est trop s\u00fbr de ce qu\u2019on pense, qu\u2019on est absolument convaincu de ce que l\u2019on dit, il me semble qu\u2019on ne peut \u00eatre que dans l\u2019erreur. Je crois qu\u2019il est tr\u00e8s difficile de parler des choses que l\u2019on a v\u00e9cues, alors celles qu\u2019on n\u2019a jamais exp\u00e9riment\u00e9es\u2026<\/p>Riad Sattouf<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n En fait, ce n\u2019est pas intellectualis\u00e9 de cette fa\u00e7on-l\u00e0. C\u2019est vrai que je me dis souvent que je vois et que je raconte des choses qui ne sont pas assez repr\u00e9sent\u00e9es. En pr\u00e9parant La Vie secr\u00e8te des jeunes<\/em>, un projet que j\u2019ai commenc\u00e9 il y a dix-sept ans, je me souviens avoir vu beaucoup de jeunes femmes se faire harceler dans la rue. Et je me disais qu\u2019il \u00e9tait incroyable que ces sujets-l\u00e0 ne soient pas au centre du d\u00e9bat public. Aujourd\u2019hui c\u2019est un d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9 majeur : le rapport au f\u00e9minisme, au droit des femmes, la place des femmes dans l\u2019espace public, etc. Je crois que c\u2019est l\u2019une des mes grandes sources de motivation : raconter des choses que personne ne voit (ou ne veut voir).<\/p>\n\n\n\n Par exemple, il y a une chose qui me stup\u00e9fait en ce moment, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a plus, dans le d\u00e9bat public, aucune r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des enfants par les familles. C\u2019est-\u00e0-dire que quand un individu devient violent ou devient un d\u00e9linquant, dans l\u2019immense majorit\u00e9 des cas, ce sont des enfants qui ont \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9s, qui ont v\u00e9cu des violences, enfants. Et on fait comme si cela n\u2019existait pas et que l\u2019\u00e9cole allait se substituer aux parents, alors qu\u2019il faut aussi interroger la mani\u00e8re dont on se repr\u00e9sente l\u2019\u00e9ducation des enfants dans la sph\u00e8re familiale. <\/p>\n\n\n\n \u00c7a d\u00e9pend. La bande dessin\u00e9e est une langue, un moyen d’expression, une grammaire. On peut parler de n\u2019importe quel sujet en bande dessin\u00e9e. Mais tout d\u00e9pend du type de bande dessin\u00e9e que l\u2019on fait. C\u2019est un peu comme les romans, \u00e0 ceci pr\u00e8s que la bande dessin\u00e9e inqui\u00e8te sans doute moins les gens qui ne sont pas habitu\u00e9s \u00e0 lire. Je re\u00e7ois souvent des photos de parents, extr\u00eamement contents de voir leur enfant en train de lire. C\u2019est souvent une esp\u00e8ce de grand adolescent un peu nigaud sur un canap\u00e9 avec un album que j\u2019ai sign\u00e9. L\u00e0 je pense en effet que l\u2019on peut toucher des gens avec la bande dessin\u00e9e qu\u2019on ne toucherait pas par d\u2019autres moyens.<\/p>\n\n\n\n La bande dessin\u00e9e est une langue, un moyen d’expression, une grammaire. On peut parler de n\u2019importe quel sujet en bande dessin\u00e9e. Mais tout d\u00e9pend du type de bande dessin\u00e9e que l\u2019on fait. C\u2019est un peu comme les romans, \u00e0 ceci pr\u00e8s que la bande dessin\u00e9e inqui\u00e8te sans doute moins les gens qui ne sont pas habitu\u00e9s \u00e0 lire. <\/p>Riad Sattouf<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Elle est pleine de conventions de jeune, c’est-\u00e0-dire que pour elle un jeune doit avoir envie de partir barouder avec son sac \u00e0 dos, d\u2019aller voir d\u2019autres cultures. Elle a cette envie un peu caricaturale de se frotter \u00e0 d\u2019autres fa\u00e7ons de vivre tout en \u00e9tant en bande, mais je pense que c\u2019est plus une mode g\u00e9n\u00e9rationnelle qu\u2019une vraie curiosit\u00e9. Je crois qu\u2019elle est plus attir\u00e9e par la photo Instagram du van Volkswagen que par le voyage en lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n Non, pour moi, l\u2019envie de voyager est arriv\u00e9e beaucoup plus tard, \u00e0 partir du moment o\u00f9 j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 vivre de mes dessins et \u00e0 avoir les moyens de voyager. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je me suis dit que ce serait bien d\u2019aller voir un peu le reste du monde. Quand j\u2019\u00e9tais enfant, au contraire, je n\u2019aimais pas devoir passer d\u2019un milieu \u00e0 un autre. Par exemple, quand j\u2019arrivais \u00e0 m\u2019adapter un peu en Syrie, que les autres enfants arr\u00eataient de me harceler en me disant que j\u2019\u00e9tais juif et que j\u2019arrivais \u00e0 parler arabe avec les autres, c’\u00e9tait le moment o\u00f9 il fallait retourner en France.<\/p>\n\n\n\n Et j\u2019\u00e9tais \u00e0 la fois un peu soulag\u00e9, car je n\u2019aimais pas qu\u2019ils battent les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 l\u2019\u00e9cole en Syrie. Pour cette raison, j\u2019\u00e9tais heureux de repartir en France. Mais c\u2019\u00e9tait aussi angoissant de se dire qu\u2019il allait falloir repartir de z\u00e9ro, de se refaire accepter et de recommencer. J\u2019appr\u00e9hendais le retour des questions que je retrouvais \u00e0 chaque fois : \u00ab Qui est ce mec ? Pourquoi il parle comme \u00e7a ? D’o\u00f9 il vient ? \u00bb. Voil\u00e0 pourquoi le voyage \u00e9tait toujours un peu un poids.<\/p>\n\n\n\n Possible, mais ce n\u2019est pas conscient non plus. Disons que je suis assez r\u00e9sistant, je crois que c\u2019est un de mes points forts, parce que j\u2019ai crois\u00e9 des dessinateurs bien meilleurs que moi, des types qui \u00e9taient bien plus virtuoses. Mais je crois que par rapport \u00e0 eux j’\u00e9tais peut-\u00eatre un peu plus r\u00e9sistant et endurant. J\u2019acceptais mieux de manger de la vache enrag\u00e9e pendant des ann\u00e9es, avant que cela puisse marcher. Quand j\u2019ai envie de quelque chose, il m\u2019est impossible de m\u2019arr\u00eater.<\/p>\n\n\n\n Je crois que par rapport aux autres dessinateurs j’\u00e9tais peut-\u00eatre un peu plus r\u00e9sistant et endurant. J\u2019acceptais mieux de manger de la vache enrag\u00e9e pendant des ann\u00e9es, avant que cela puisse marcher. Quand j\u2019ai envie de quelque chose, il m\u2019est impossible de m\u2019arr\u00eater. <\/p>Riad Sattouf<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Oui, compl\u00e8tement ! Bien s\u00fbr ! Au d\u00e9but, je pense que c\u2019\u00e9tait inconscient. J\u2019ai lanc\u00e9 les Cahiers d\u2019Esther<\/em> quand j\u2019ai fait le 2e tome de L\u2019Arabe du futur<\/em>, et inconsciemment, sans calcul aucun, je me suis rendu compte qu\u2019on avait le m\u00eame \u00e2ge dans les deux BD en parall\u00e8le ; c\u2019est-\u00e0-dire que l\u00e0, Esther a 15 ans, et dans le dernier Arabe du futur<\/em>, c\u2019est exactement l\u2019\u00e2ge, que j\u2019ai. Il y a vraiment une sorte de compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les deux personnages. Esther, c\u2019est une mani\u00e8re de regarder les choses dans une autre lumi\u00e8re, plus optimiste sans doute. L\u00e0 o\u00f9 L\u2019Arabe du futur <\/em>met en sc\u00e8ne des choses assez sombres au sein d\u2019une famille, Esther est tr\u00e8s lumineuse. C\u2019est un pendant joyeux.<\/p>\n\n\n\n En fait, ils n\u2019ont pas du tout \u00e9t\u00e9 traduits en Arabe, pour une raison en fait assez simple, et qui d\u00e9\u00e7oit souvent quand on me pose la question : c\u2019est qu\u2019il y a, en fait, en langue arabe, tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9diteurs de bandes-dessin\u00e9es et donc tr\u00e8s peu de traductions. Il y a quand m\u00eame des \u00e9diteurs en langue arabe qui ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9ress\u00e9s par L\u2019Arabe du futur<\/em>, mais ils ne voulaient s\u2019engager que sur le tome 1, pour voir si \u00e7a marchait avant de continuer. Je ne voulais pas prendre le risque de voir la s\u00e9rie s\u2019arr\u00eater au bout d\u2019un tome en arabe ! Cette s\u00e9rie est un tout, on ne peut pas la tronquer. Donc j\u2019ai refus\u00e9 jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent toutes les propositions, mais je le reproposerai sans doute en version int\u00e9grale, quand les six volumes seront sortis.<\/p>\n\n\n\n Et puis c\u2019est d\u2019autant plus compliqu\u00e9 dans une r\u00e9gion aussi peu d\u00e9mocratique que le Moyen-Orient car nombre d\u2019\u00e9diteurs sont des proches du r\u00e9gime. Et je n\u2019ai pas sp\u00e9cialement envie d\u2019\u00eatre \u00e9dit\u00e9 par le fils du ministre de la D\u00e9fense de je ne sais pas quel pays. Ce n\u2019est pas \u00e9vident \u2026<\/p>\n\n\n\n \u00c7a, je vais le raconter dans la suite de L\u2019Arabe du futur<\/em> !<\/p>\n\n\n\n Comme le dit Tintin : \u00ab J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 r\u00e9serv\u00e9 l\u2019exclusivit\u00e9 de mon reportage \u00e0 mes propres journaux ! \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Riad Sattouf vient clore notre s\u00e9rie d’\u00e9t\u00e9 Grand Tour<\/em>. Il \u00e9voque dans cet entretien diff\u00e9rents lieux qui ont fa\u00e7onn\u00e9 sa vision de dessinateur. De rive et d\u2019autre de la M\u00e9diterran\u00e9e, l’auteur de l’Arabe du futur<\/em> se confie sur les influences qui ont d\u00e9termin\u00e9 son choix de carri\u00e8re, et sur son amour de la bande dessin\u00e9e comme moyen de toucher un public large.<\/p>\n","protected":false},"author":1623,"featured_media":115416,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-interviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[2984],"tags":[],"geo":[2163],"class_list":["post-115404","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-grand-tour","staff-baptiste-roger-lacan","geo-monde"],"acf":[],"yoast_head":"\nVous avez dit dans un entretien que votre rencontre avec Tintin \u00e0 5 ans avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante dans votre vie. Qu\u2019est-ce qui vous a s\u00e9duit dans cette bande-dessin\u00e9e ? Les voyages ? L\u2019aventure ? Le dessin ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Et alors vous ne lisiez que Tintin quand vous \u00e9tiez enfant ? Cela a \u00e9t\u00e9 l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga de votre formation ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Alors est-ce que P\u00e9p\u00e9 et Abdallah sont des anc\u00eatres des enfants, des adolescents que vous dessinez, vous ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Nombre de vos bandes-dessin\u00e9es mettent en sc\u00e8ne un \u00e2ge qui va de la pr\u00e9adolescence \u00e0 l\u2019adolescence. Qu\u2019est-ce qui vous attire dans cette p\u00e9riode de la vie ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Avec Esther <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> vous observez ce ph\u00e9nom\u00e8ne de mani\u00e8re extr\u00eamement pr\u00e9cise puisque vous la suivez depuis cinq ans !<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Comment travaillez-vous avec Esther ? Vous vous appelez toutes les semaines ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Cela fait 5 ans qu’Esther voit son double dans vos BD. Arrivez-vous \u00e0 garder une forme de spontan\u00e9it\u00e9 dans vos \u00e9changes ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Vous faites beaucoup d\u2019observation sociale dans vos albums. Qu\u2019est-ce qui vous int\u00e9resse dans cet exercice ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
En somme, vos albums donnent \u00e0 voir une collection d\u2019exp\u00e9riences. Il existe une m\u00e9taphore de la pieuvre qui collectionne des morceaux brillants au fond de la mer ; est-ce un peu comme cela que vous voyez votre travail ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Et vous pensez que la bande dessin\u00e9e, parce qu\u2019elle semble moins mena\u00e7ante, peut \u00eatre un vecteur de transformation sociale ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Esther aspire-t-elle autant \u00e0 voyager que le jeune Riad ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Et vous, petit, vous aviez envie de voyager ? C\u2019est difficile \u00e0 dire dans l\u2019Arabe du futur<\/em>, mais on a plut\u00f4t l\u2019impression que vous subissez un \u00e9tat de fait.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Et vous pensez que cet effort d’adaptation syst\u00e9matique et tr\u00e8s r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans les deux sens vous a aid\u00e9 dans votre carri\u00e8re de sc\u00e9nariste de bande dessin\u00e9e ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Flaubert disait que Madame Bovary, c\u2019\u00e9tait lui. Herg\u00e9 disait la m\u00eame chose de Tintin. Esther, c\u2019est vous ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Vos livres ont-ils \u00e9t\u00e9 traduits au Moyen-Orient ? Si oui, savez-vous comment ils ont \u00e9t\u00e9 re\u00e7us ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
\u00cates-vous retourn\u00e9 en Syrie ou au Moyen-Orient ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Le Grand Continent<\/em> n\u2019aura donc pas d\u2019exclusivit\u00e9 l\u00e0-dessus ? Dommage !<\/strong><\/h3>\n\n\n\n