{"id":115004,"date":"2021-07-30T09:42:06","date_gmt":"2021-07-30T07:42:06","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=115004"},"modified":"2021-07-30T09:46:28","modified_gmt":"2021-07-30T07:46:28","slug":"grand-tour-antoine-de-baecque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/07\/30\/grand-tour-antoine-de-baecque\/","title":{"rendered":"\u00ab&#160;Avec l\u2019Alpe, on est en pr\u00e9sence d\u2019un massif-continent&#160;\u00bb, conversation avec Antoine de Baecque"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous \u00eates n\u00e9 et vous avez grandi loin des Alpes, en r\u00e9gion parisienne. Quand et comment s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e votre rencontre avec ce monde alpin qui vous est devenu cher&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai effectivement toujours v\u00e9cu \u00e0 Paris. Mais il s\u2019est trouv\u00e9 qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, mes parents ont acquis une maison, une ruine qu\u2019ils ont fait restaurer, \u00e0 Gresse-en-Vercors, sous la grande falaise orientale du massif. C\u2019\u00e9tait une maison un peu perdue, \u00e0 cinq kilom\u00e8tres du village, o\u00f9 je suis arriv\u00e9 pour la premi\u00e8re fois vers l\u2019\u00e2ge de cinq ans. \u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, j\u2019ai eu une vie l\u00e0-bas, qui, une fois adolescent, est devenue ma \u00ab&#160;&nbsp;vie randonn\u00e9e&nbsp;&#160;\u00bb, ainsi que je l\u2019appelle dans ma <em>Travers\u00e9e des Alpes<\/em>, qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e l\u00e0, \u00e0 chaque vacances, tant en \u00e9t\u00e9 qu\u2019en hiver. Je passais presque quatre mois par an dans les Alpes, dans ce massif du Vercors qui a une tr\u00e8s forte personnalit\u00e9. Cela m\u2019a conduit \u00e0 m\u2019imaginer une vie sur place&nbsp;\u2014 j\u2019ai eu le d\u00e9sir d\u2019une vie de berger \u2014 et \u00e0 me mettre \u00e0 marcher assez vite tout seul, \u00e0 quatorze ans. Les premi\u00e8res traces que j\u2019ai de ma \u00ab&#160;vie randonn\u00e9e&#160;\u00bb, ce sont des journaux de marche, des notations d\u2019itin\u00e9raires au d\u00e9part de la maison. Quelque chose s\u2019est constitu\u00e9 dans l\u2019enfance et l\u2019adolescence, qui est un rapport fort \u00e0 la montagne, aux Alpes et \u00e0 la marche&nbsp;&#160;; mais cela a pris fin de fa\u00e7on assez brutale, \u00e0 la fois parce que mes parents ont vendu cet endroit quand j\u2019avais vingt ans et puis \u00e0 cause d\u2019un accident de ski, dans les \u00c9crins, o\u00f9 je me suis cass\u00e9 les deux jambes dans un couloir en suivant des compagnons d\u2019alpinisme. Il s\u2019est trouv\u00e9 aussi que ma vie changeait \u00e0 ce moment-l\u00e0&nbsp;&#160;: j\u2019entrais \u00e0 Normale Sup, je n\u2019\u00e9tais plus le futur berger que je m\u2019\u00e9tais imagin\u00e9 enfant. J\u2019avais d\u00e9sormais une vie d\u2019int\u00e9rieur, du dedans, une vie de biblioth\u00e8que, de cabinet, de salles, celle de l\u2019historien et du cin\u00e9phile, qui a pris le dessus sur ma vie d\u2019ext\u00e9rieur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Il y a donc eu une s\u00e9paration d\u2019avec les Alpes pour finalement mieux renouer avec elles par la suite&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a effectivement eu un retour \u00e0 la montagne, apr\u00e8s trente ans d\u2019\u00e9loignement, qui a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois volontariste et li\u00e9 \u00e0 une circonstance, dramatique et banale \u00e0 la fois, la mort de mon p\u00e8re. En vidant son appartement, je suis retomb\u00e9 sur ces traces ma vie randonn\u00e9e adolescente&nbsp;&#160;: mes journaux, mes dessins, mes premi\u00e8res chaussures de marche achet\u00e9es avec ma premi\u00e8re paye de normalien, des \u00ab&#160;&nbsp;Jean-Claude Bibollet Super Trek&nbsp;&#160;\u00bb. Tout cela a \u00e9veill\u00e9 en moi une volont\u00e9 de revenir \u00e0 la marche, d\u2019\u00eatre en quelque sorte fid\u00e8le \u00e0 mon enfance. De l\u00e0, le projet de traverser les Alpes \u00e0 pied pour faire ressurgir cette vie pass\u00e9e. Il s\u2019agissait d\u2019une exp\u00e9dition, \u00e0 la fois g\u00e9ographique et biographique, dans ma vie pass\u00e9e, qui s\u2019est trouv\u00e9e correspondre \u00e0 un moment de recherche historiographique. En pr\u00e9parant cette travers\u00e9e des Alpes, je me suis mis \u00e0 lire beaucoup de textes existants sur la marche et sur les Alpes. Autant j\u2019ai trouv\u00e9 beaucoup de choses sur les Alpes, des grands classiques g\u00e9ographiques comme la somme de Raoul Blanchard jusqu\u2019aux \u00e9tudes les plus innovantes sur les migrations, les mobilit\u00e9s et l\u2019histoire environnementale, autant j\u2019ai pu constater qu\u2019il existait tr\u00e8s peu de choses sur l\u2019histoire de la marche. S\u2019est donc joint \u00e0 ce projet de retour autobiographique vers la marche une volont\u00e9 d\u2019explorer un territoire en suivant un chemin qui allait me permettre de tracer et de d\u00e9fricher un champ historiographique, celui de l\u2019histoire de la marche et de la randonn\u00e9e. La <em>Travers\u00e9e des Alpes<\/em> est n\u00e9e au croisement de cela.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>De l\u00e0, le projet de traverser les Alpes \u00e0 pied pour faire ressurgir cette vie pass\u00e9e. Il s\u2019agissait d\u2019une exp\u00e9dition, \u00e0 la fois g\u00e9ographique et biographique, dans ma vie pass\u00e9e, qui s\u2019est trouv\u00e9e correspondre \u00e0 un moment de recherche historiographique. <\/p><cite>Antoine De Baecque<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Cette grande travers\u00e9e a donc marqu\u00e9 votre retour dans les Alpes. Depuis lors, comment fr\u00e9quentez-vous les Alpes&nbsp;&#160;? Peut-\u00eatre y avez-vous rachet\u00e9 une maison&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je n\u2019y ai pas rachet\u00e9 de maison, non, car mon projet, pour le moment, est celui d\u2019une itin\u00e9rance, d\u2019un certain nomadisme alpin. Quand viendra le moment de la retraite, sans doute, en revanche, il est effectivement possible que cela passe par une maison, ancr\u00e9e dans un des massifs alpins qui ont marqu\u00e9 ma vie. Pour le moment, il s\u2019agit plut\u00f4t de marquer un trajet, ou plut\u00f4t des trajets, \u00e0 travers un territoire (les Alpes), selon une mani\u00e8re corporelle (la marche) et intellectuelle (l\u2019historiographie), ce que j\u2019ai propos\u00e9 d\u2019appeler l\u2019<em>histoire march\u00e9e<\/em>. Ainsi, actuellement, mes projets de retour aux Alpes se poursuivent via l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te de plusieurs chemins, qui suscitent plusieurs chantiers d\u2019histoire march\u00e9e. J\u2019en ai r\u00e9alis\u00e9 un premier autour de la transhumance&nbsp;&#160;: marcher le long de l\u2019ancienne draille de la transhumance des brebis, de la Crau jusqu\u2019aux alpages des Alpes du sud. Un itin\u00e9raire de trois semaines \u00e0 travers la Provence, la Haute-Provence, les Hautes-Alpes puis l\u2019Ubaye et le Mercantour. Il s\u2019agit aussi d\u2019un trajet dans l\u2019histoire, qui passe par la recherche des traces mat\u00e9rielles et documentaires d\u2019un chemin qui a exist\u00e9, du Moyen-\u00c2ge jusqu\u2019au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avec une tr\u00e8s forte identit\u00e9. Cette \u00ab&#160;&nbsp;draille&nbsp;&#160;\u00bb du nom de <em>Routo<\/em>, itin\u00e9raire et culture, dit quelque chose des Alpes. C\u2019est une collection d\u2019histoires, de pratiques, d\u2019animaux, de paysages, de massifs particuliers, mais \u00e9galement une histoire continentale. Avec l\u2019Alpe, on est en pr\u00e9sence d\u2019un massif-continent qui, \u00e0 travers le jeu complexe des fronti\u00e8res, des langues, des cultures, des parcs r\u00e9gionaux et nationaux, poss\u00e8de une unit\u00e9 qui me semble extr\u00eamement profonde et ancr\u00e9e dans le continent europ\u00e9en. Pour reprendre l\u2019exemple de la transhumance, il m\u2019a paru tr\u00e8s int\u00e9ressant \u00e0 travers des pays aussi diff\u00e9rents que la plaine de la Crau et la haute vall\u00e9e de la Stura en Italie, dans le Pi\u00e9mont, 3&nbsp;000 m\u00e8tres plus haut, de rep\u00e9rer des grands liens partag\u00e9s que sont la culture pastorale, mais aussi une langue (l\u2019occitan) et un rapport pr\u00e9cis \u00e0 la nature et \u00e0 l\u2019animalit\u00e9. Il me semble que cela dit quelque chose de profond sur ce morcellement mais aussi cette unit\u00e9 qui font la nature m\u00eame du massif alpin.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Avec l\u2019Alpe, on est en pr\u00e9sence d\u2019un massif-continent qui, \u00e0 travers le jeu complexe des fronti\u00e8res, des langues, des cultures, des parcs r\u00e9gionaux et nationaux, poss\u00e8de une unit\u00e9 qui me semble extr\u00eamement profonde et ancr\u00e9e dans le continent europ\u00e9en. <\/p><cite>Antoine De Baecque<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>J\u2019observe que vous parlez de \u00ab&#160;&nbsp;l\u2019Alpe&nbsp;&#160;\u00bb au singulier. C\u2019est une mani\u00e8re d\u2019insister sur l\u2019unit\u00e9 fondamentale du massif, par-del\u00e0 sa diversit\u00e9&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019Alpe, c\u2019est l\u2019alpage, un lieu topographique particulier. Mais je l\u2019utilise effectivement aussi de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rique, sur le mod\u00e8le de la revue grenobloise pr\u00e9cis\u00e9ment intitul\u00e9e <em>L\u2019Alpe<\/em>. Une revue qui a cette ambition transnationale, transfrontali\u00e8re et translinguistique de consid\u00e9rer l\u2019\u00ab&#160;&nbsp;Alpe&nbsp;&#160;\u00bb comme une entit\u00e9 \u00e0 travers sa diversit\u00e9 m\u00eame. Ce qui me pla\u00eet dans les Alpes, c\u2019est l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre face, ou avec, un massif continent, une forme d\u2019universalit\u00e9. Mon grand projet, ainsi, qui sera peut-\u00eatre le projet d\u00e9finitif, c\u2019est de suivre ce grand chemin, ce \u00ab&#160;&nbsp;chemin des chemins&nbsp;&#160;\u00bb europ\u00e9en, qu\u2019on appelle depuis 2002 la \u00ab&#160;&nbsp;Via Alpina&nbsp;&#160;\u00bb. Ce sentier en arc de cercle s\u2019\u00e9tire sur 2&nbsp;200 km entre deux villes qui sont pourtant tr\u00e8s proches \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du continent&nbsp;&#160;: Trieste et Monte Carlo. Entre les deux, on suit ce chemin qui, en quatre mois de marche, permet de traverser cet arc qui r\u00e9unit les huit pays alpins&nbsp;&#160;: Italie, Slov\u00e9nie, Autriche, Liechtenstein, Allemagne, Suisse, France et Monaco. Cela dit aussi quelque chose du continent europ\u00e9en&nbsp;&#160;: l\u2019Europe est tout autant constitu\u00e9e par ces grands pays-nations que sont l\u2019Allemagne, la France ou l\u2019Italie, que ces petites principaut\u00e9s comme Monaco ou le Liechtenstein, ces blocs ind\u00e9pendants telle la Suisse, ou alors des pays au destin historique extr\u00eamement complexe et \u00e9chevel\u00e9, comme l\u2019Autriche ou la Slov\u00e9nie. La Via Alpina traverse aussi quatre langues. On y parle italien, slov\u00e8ne, allemand et fran\u00e7ais, avec toutes les vari\u00e9t\u00e9s et d\u00e9clinaisons que peuvent conna\u00eetre ces langues, auxquelles il faut ajouter une cinqui\u00e8me langue qui est l\u2019anglais, la langue historique qui fait lien dans les Alpes. L\u2019anglais est la langue, orale et \u00e9crite, de l\u2019alpinisme, \u00e0 travers ce terrain de jeu de l\u2019Europe invent\u00e9 par les alpinistes et les aventuriers anglais au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. C\u2019est la langue de beaucoup de guides d\u2019alpinisme. Ce chemin est donc ourl\u00e9 de langues tr\u00e8s diff\u00e9rentes, tiss\u00e9es dans la langue universelle du monde d\u2019aujourd\u2019hui mais qui est \u00e9galement la langue historique de la conqu\u00eate, \u00e0 la fois touristique et alpiniste, de ce territoire consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019espace par excellence du d\u00e9ploiement des loisirs du corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette Via Alpina, pour y revenir, est aussi le plus beau collier o\u00f9 s\u2019enfilent les perles de la protection environnementale d\u2019aujourd\u2019hui, puisqu\u2019elle traverse pas moins de 17 parcs r\u00e9gionaux et 22 r\u00e9serves naturelles prot\u00e9g\u00e9es. Le chemin a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9 \u00e0 Trieste puis \u00e0 Monaco, en juin 2002, \u00e0 l\u2019occasion de la \u00ab&#160;&nbsp;Convention alpine&nbsp;&#160;\u00bb d\u00e9volue \u00e0 la protection de l\u2019environnement. Avant d\u2019insister sur le morcellement des Alpes, je pense donc qu\u2019il convient de rappeler qu\u2019il s\u2019agit presque d\u2019un seul \u00ab&#160;&nbsp;pays&nbsp;&#160;\u00bb fait d\u2019une multitude de \u00ab&#160;&nbsp;pays&nbsp;&#160;\u00bb, d\u2019un continent qui r\u00e9unit des entit\u00e9s mosa\u00efques. On est \u00ab&#160;&nbsp;alpin&nbsp;&#160;\u00bb et cela surmonte les nationalit\u00e9s qui ont ici, \u00f4 combien, exacerb\u00e9es. C\u2019est un endroit o\u00f9 l\u2019on s\u2019est beaucoup battu, o\u00f9 les fronti\u00e8res sont tr\u00e8s pr\u00e9sentes, marqu\u00e9es par des lignes de forteresses, des chemins sp\u00e9cifiques qui se font face. C\u2019est un lieu o\u00f9 l\u2019histoire des nations et des identit\u00e9s s\u2019est beaucoup jou\u00e9e. Mais, en m\u00eame temps, un chemin comme la Via Alpina est un trait d\u2019union qui permet de surmonter, de r\u00e9parer l\u2019histoire, en cr\u00e9ant une identit\u00e9 alpine commune qui me semble marqu\u00e9e par cette cohabitation des langues, des cultures, des parcs et des r\u00e9serves. Il existe un souci commun de construire quelque chose ensemble.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>C\u2019est un lieu o\u00f9 l\u2019histoire des nations et des identit\u00e9s s\u2019est beaucoup jou\u00e9e. Mais, en m\u00eame temps, un chemin comme la Via Alpina est un trait d\u2019union qui permet de surmonter, de r\u00e9parer l\u2019histoire, en cr\u00e9ant une identit\u00e9 alpine commune qui me semble marqu\u00e9e par cette cohabitation des langues, des cultures, des parcs et des r\u00e9serves. Il existe un souci commun de construire quelque chose ensemble. <\/p><cite>Antoine De Baecque<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans ce monde alpin tout \u00e0 la fois divers et uni, vous avez des pr\u00e9f\u00e9rences pour certains massifs plut\u00f4t que d\u2019autres&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans cette marqueterie, cette mosa\u00efque de pays extr\u00eamement divers que sont les Alpes, j\u2019ai des liens tr\u00e8s forts, biographiques, avec certains massifs fran\u00e7ais, en premier lieu le Vercors. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai aim\u00e9 la montagne. Un de mes projets actuels, une de mes exp\u00e9riences alpines, m\u2019y conduit de nouveau. J\u2019y retrouve, une quarantaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, ces lieux du Vercors avec l\u2019id\u00e9e de proposer \u00e0 la fois un r\u00e9cit de marche de ce massif travers\u00e9 par des chemins participant au panth\u00e9on des marcheurs, et une r\u00e9flexion sur le r\u00f4le de forteresse-refuge qu\u2019il a jou\u00e9 dans l\u2019histoire. Le Vercors m&rsquo;appara\u00eet ainsi comme un cas d\u2019\u00e9cole pour l\u2019histoire march\u00e9e&nbsp;&#160;: on ne cesse d\u2019y cheminer sur des traces et des strates historiques tr\u00e8s profondes, qui s\u2019y chevauchent, y coexistent parfois de fa\u00e7on contradictoire, des premiers nomades de la pr\u00e9histoire aux grands retraits qui ont accompagn\u00e9 les guerres de religion, ou aux diff\u00e9rents m\u00e9tiers marcheurs qui ont pu parcourir ce massif (bergers, soldats, commer\u00e7ants, etc.), jusqu\u2019\u00e0 ces deux strates les plus \u00ab&#160;&nbsp;r\u00e9centes&nbsp;&#160;\u00bb de l\u2019histoire du Vercors que sont la R\u00e9sistance et l\u2019am\u00e9nagement du territoire, avec la cr\u00e9ation du parc r\u00e9gional et tous ses chemins de randonn\u00e9e. En ce sens, le Vercors ressemble au Queyras&nbsp;&#160;: un massif \u00e0 la personnalit\u00e9 tr\u00e8s forte, tant physique que culturelle, o\u00f9 l\u2019histoire a jou\u00e9 un r\u00f4le profond et laiss\u00e9 des traces encore souvent visibles jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre massif qui m\u2019a toujours attir\u00e9 et impressionn\u00e9, c\u2019est le massif du Mont Blanc. En 2011, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 l\u2019ascension du Mont Blanc, ce qui m\u2019a permis de vaincre mon ancienne peur de l\u2019alpinisme, pratique qui m\u2019a toujours fascin\u00e9 mais aussi meurtri. Aujourd\u2019hui, mon projet le plus r\u00e9cent m\u2019am\u00e8ne \u00e0 m\u2019int\u00e9resser, \u00e0 travers ce massif du Mont Blanc, aux traces de l\u2019am\u00e9nagement touristique de la montagne, que j\u2019aborde non pas sous l\u2019angle \u00ab&#160;&nbsp;glorieux&nbsp;&#160;\u00bb de la d\u00e9mocratisation de la montagne \u00ab&#160;&nbsp;\u00e0 la fran\u00e7aise&nbsp;&#160;\u00bb, mais plut\u00f4t sous celui de ses impasses. Pour cela, je pars de ce qu\u2019on appelle, par une m\u00e9taphore navale, le \u00ab&#160;&nbsp;d\u00e9sarmement&nbsp;&#160;\u00bb de la montagne, \u00e0 savoir toutes ces stations de skis et infrastructures qui ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es et dont il reste parfois des traces \u00e0 l\u2019\u00e9tat de ruines au sein de la nature alpine. Cette m\u00e9canisation de la montagne, son \u00ab&#160;&nbsp;urbanisation&nbsp;&#160;\u00bb, il en reste aujourd\u2019hui des vestiges abandonn\u00e9s, des stations fant\u00f4mes. C\u2019est d\u2019autant plus vrai en France que l\u2019am\u00e9nagement touristique montagnard y a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s particulier&nbsp;&#160;: dans les ann\u00e9es 1960-1970, une planification urbaine de la montagne, tr\u00e8s verticale et int\u00e9gr\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Or, surtout depuis les ann\u00e9es 1980, presque un quart des stations de sport d\u2019hiver fran\u00e7aises (160 sur 600) ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es. Dans le massif du Mont Blanc, il existe ainsi une vingtaine de lieux \u00ab&#160;&nbsp;d\u00e9sarm\u00e9s&nbsp;&#160;\u00bb, soit d\u2019anciennes stations de ski, soit d\u2019anciennes implantations militaires, soit encore d\u2019anciens sanatoriums. J\u2019essaie donc, d\u2019une part, de r\u00e9unir par la marche ces traces de l\u2019\u00e9chec de l\u2019am\u00e9nagement de la montagne et, de l\u2019autre, de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la pr\u00e9sence de ces vestiges souvent n\u00e9fastes pour l\u2019environnement. Des associations \u0153uvrent d\u2019ailleurs \u00e0 assainir et d\u00e9manteler ces ruines. J\u2019essaie \u00e9galement de retrouver les soubassements historiques de ce tourisme montagnard, tant le volontarisme planificateur des ann\u00e9es 1960-1970 au travers des actions du pr\u00e9fet Michaud, notamment dans certaines grandes stations comme Flaine, que les textes qui mettent en garde contre l\u2019am\u00e9nagement touristique du massif du mont Blanc ou tentent de mobiliser contre ses effets les plus redoutables. Cette g\u00e9n\u00e9alogie remonte jusqu\u2019au milieu du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avec des textes de T\u00f6pffer, de Michelet, d\u2019\u00c9lis\u00e9e Reclus, de Viollet-le-Duc.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>J\u2019essaie donc, d\u2019une part, de r\u00e9unir par la marche ces traces de l\u2019\u00e9chec de l\u2019am\u00e9nagement de la montagne et, de l\u2019autre, de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la pr\u00e9sence de ces vestiges souvent n\u00e9fastes pour l\u2019environnement. <\/p><cite>Antoine De Baecque<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Fr\u00e9quentant les Alpes depuis plus de quatre d\u00e9cennies, quels changements les concernant vous ont le plus frapp\u00e9&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ce qui a chang\u00e9, c\u2019est moins l\u2019am\u00e9nagement de la montagne, ph\u00e9nom\u00e8ne qui s\u2019est achev\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment il y a une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, que la prise de conscience des limites de ce mod\u00e8le d\u2019am\u00e9nagement des Alpes. Quand j\u2019\u00e9tais adolescent, c\u2019\u00e9tait le tout d\u00e9but des luttes pour la protection de l\u2019environnement. Depuis lors, il y a eu une prise de conscience de ces enjeux qui se marque par un fort rejet du mod\u00e8le de la ville \u00e0 la montagne. Cela a encore \u00e9t\u00e9 accentu\u00e9 par la crise pand\u00e9mique que nous venons de traverser, avec la fermeture pendant quasiment deux saisons des stations de ski. Des mod\u00e8les alternatifs de pratiques hivernales et estivales de l\u2019Alpe se sont d\u00e9velopp\u00e9s en cons\u00e9quence&nbsp;&#160;: ski de randonn\u00e9e, raquettes, ski de fond, etc. Si la crise que l\u2019on vient de vivre avait eu lieu vingt ans plus t\u00f4t, les Alpes auraient ferm\u00e9 pendant deux hivers. Aujourd\u2019hui, les Alpes, pendant ces deux saisons, ont su inventer un mod\u00e8le alternatif, certes encore minoritaire mais prometteur. Cela est li\u00e9 \u00e0 la conjoncture de cette crise mais aussi \u00e0 une prise de conscience plus structurelle qui me semble le principal changement de ces quatre derni\u00e8res d\u00e9cennies.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous \u00e9voquiez les nombreuses lectures pr\u00e9alables \u00e0 vos enqu\u00eates d\u2019histoire march\u00e9e. Quels sont selon vous les auteurs qui donnent le mieux \u00e0 ressentir l\u2019identit\u00e9 alpine&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il est vrai que la lecture a \u00e9t\u00e9 un des aspects les plus importants de mon retour \u00e0 l\u2019Alpe, sans doute car cela avait \u00e9t\u00e9 un facteur marquant du d\u00e9clenchement de mon imagination alpine \u00e0 l\u2019adolescence. Comme beaucoup d\u2019enfants, la litt\u00e9rature de l\u2019aventure et de la conqu\u00eate alpine, \u00e0 commencer par <em>Premier de cord\u00e9e<\/em> de Frison-Roche, m\u2019a \u00e9norm\u00e9ment marqu\u00e9. Mon retour \u00e0 cette litt\u00e9rature a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s marquant pour moi. Quand j\u2019ai \u00e9labor\u00e9 ce projet de travers\u00e9e des Alpes, j\u2019ai tenu \u00e0 ce qu\u2019il soit fond\u00e9 sur un corpus de textes pour partie litt\u00e9raires. J\u2019ai alors, de fa\u00e7on anthologique, d\u00e9couvert une s\u00e9rie de textes de grands voyageurs de l\u2019Alpe. Ces sont des textes internationaux&nbsp;&#160;: le voyage dans les Alpes est une exp\u00e9rience qui fonde un genre litt\u00e9raire europ\u00e9en au milieu du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Parmi les exemples qui m\u2019ont marqu\u00e9, il y a bien s\u00fbr la grande tradition anglaise (Edward Whymper, Leslie Stephen). Les textes de Whymper sont pour moi fondateurs car ils font partager autant le r\u00e9cit de la conqu\u00eate h\u00e9ro\u00efque de certains sommets invaincus qu\u2019une v\u00e9ritable plong\u00e9e presque ethnographique dans les modes de vie des vall\u00e9es alpines. Il y a aussi la tradition suisse, genevoise g\u00e9n\u00e9ralement, de Saussure \u00e0 T\u00f6pffer, qui pose un regard souvent ironique sur le monde alpin. L\u00e0 o\u00f9 les Anglais sont \u00e9piques, les Suisses sont plut\u00f4t critiques, posant un regard parfois sarcastique mais lucide sur ce qu\u2019est d\u00e9j\u00e0 en train de devenir le tourisme de ces r\u00e9gions. J\u2019ai aussi \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s marqu\u00e9 par les \u00e9crits de stylistes de l\u2019Alpe comme Th\u00e9ophile Gautier dans ses <em>Voyages du lundi<\/em>, ou les \u00e9crivains suisses tels Maurice Chappaz, Charles Ferdinand Ramuz et Gustave Roud, que j\u2019ai beaucoup lu et qui ont contribu\u00e9 \u00e0 alimenter mon d\u00e9sir de revenir sur le terrain alpin.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p> Mon retour \u00e0 cette litt\u00e9rature a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s marquant pour moi. Quand j\u2019ai \u00e9labor\u00e9 ce projet de travers\u00e9e des Alpes, j\u2019ai tenu \u00e0 ce qu\u2019il soit fond\u00e9 sur un corpus de textes pour partie litt\u00e9raires. J\u2019ai alors, de fa\u00e7on anthologique, d\u00e9couvert une s\u00e9rie de textes de grands voyageurs de l\u2019Alpe. <\/p><cite>Antoine De Baecque<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le cin\u00e9phile que vous \u00eates affectionne j\u2019imagine aussi des r\u00e9alisateurs alpins ou des films sur les Alpes&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Un cin\u00e9aste alpin m\u2019a beaucoup marqu\u00e9, avec sa folie, ses \u0153uvres hallucinatoires, qui est parvenu \u00e0 \u00e9tendre au monde entier cette fa\u00e7on de souffrir dans le contact corporel avec la rudesse et la sauvagerie de la montagne, c\u2019est Werner Herzog. Il s\u2019agit vraiment d\u2019un cin\u00e9aste constitu\u00e9 par les Alpes. Et puis, il y a Luc Moullet, qui se d\u00e9finit lui-m\u00eame comme un \u00ab&#160;&nbsp;cin\u00e9aste alpin&nbsp;&#160;\u00bb \u2014&nbsp;le premier tome de ses M\u00e9moires s\u2019appelle d\u2019ailleurs <em>Notre alpin quotidien<\/em>. C\u2019est un enfant des Alpes du sud et une bonne part de son cin\u00e9ma s\u2019int\u00e9resse au territoire aust\u00e8re des \u00ab&#160;&nbsp;Terres noires&nbsp;&#160;\u00bb, des \u00ab&#160;&nbsp;roubines&nbsp;&#160;\u00bb, et \u00e0 la question de l\u2019identit\u00e9 alpine, qu\u2019il d\u00e9finit comme une forme de folie, un \u00ab&#160;&nbsp;cr\u00e9tinisme alpin&nbsp;&#160;\u00bb, ce qui dans son cas d\u00e9signe \u00e0 la fois une pathologie mais aussi une attitude par rapport \u00e0 la suppos\u00e9e modernit\u00e9 de l\u2019am\u00e9nagement des Alpes. Il y a chez lui, par l\u2019inertie et le rire, le refus d\u2019une forme d\u2019acculturation des Alpes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pour terminer, pouvez-vous \u00e9voquer pour nous un lieu alpin qui vous est particuli\u00e8rement cher&nbsp;&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai une affection particuli\u00e8re pour le Queyras, que j\u2019ai d\u00e9couvert plus tardivement que le Vercors. C\u2019est un lieu \u00e0 l\u2019identit\u00e9 tr\u00e8s forte, un \u00ab&#160;&nbsp;pays&nbsp;&#160;\u00bb. Le Queyras est devenu dans les ann\u00e9es 1970 une sorte de laboratoire d\u2019un autre d\u00e9veloppement possible pour l\u2019Alpe, fond\u00e9 sur un am\u00e9nagement qu\u2019on pourrait qualifier de \u00ab&#160;&nbsp;randonneur&nbsp;&#160;\u00bb. Ce petit pays a \u00e9t\u00e9 ravag\u00e9, mais comme refond\u00e9, par ses inondations ou ses avalanches. L\u2019ann\u00e9e 1957, particuli\u00e8rement catastrophique sur ce plan, a pos\u00e9, de fa\u00e7on urgente, la question de l\u2019am\u00e9nagement du territoire. L\u2019homme qui, alors, le prend en charge se nomme Philippe Lamour. Il a un pass\u00e9 d\u2019am\u00e9nageur du territoire industriel et touristique \u2014 il a am\u00e9nag\u00e9 le Rh\u00f4ne et le Languedoc. Mais Lamour s\u2019est install\u00e9 dans le Queyras, y est devenu maire du village de Ceillac et, en s\u2019attelant \u00e0 la reconstruction du pays d\u00e9vast\u00e9 par les inondations, d\u00e9cide de faire le contraire de ce qu\u2019il a construit auparavant en optant pour un am\u00e9nagement doux, respectueux de l\u2019environnement, pr\u00e9-\u00e9cologique, avec l\u2019ambition de maintenir sur place la population en transformant non pas les villages en station de ski mais en stations-villages par l\u2019ouverture de g\u00eetes l\u2019accueil des randonneurs et des skieurs de randonn\u00e9e. On tient l\u00e0 un laboratoire qui a rencontr\u00e9 un certain succ\u00e8s, marqu\u00e9 notamment par la cr\u00e9ation d\u2019un parc r\u00e9gional et le maintien d\u2019une activit\u00e9 au pays sans arriv\u00e9e de hordes de touristes. Le Queyras est devenu le massif alpin auquel je me suis le plus attach\u00e9, non pas biographiquement mais de mani\u00e8re raisonn\u00e9e, historienne, par son d\u00e9veloppement alpin \u00e0 la fois respectueux et innovant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notre s\u00e9rie <em>Grand Tour<\/em> prend la direction des chemins de transhumances alpines avec l\u2019historien et critique de cin\u00e9ma Antoine de Baecque. 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