{"id":112294,"date":"2021-06-30T11:37:31","date_gmt":"2021-06-30T09:37:31","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=112294"},"modified":"2021-10-05T11:52:42","modified_gmt":"2021-10-05T09:52:42","slug":"il-existe-une-doctrine-ecologiste-commune-en-europe-conversation-avec-david-cormand","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/06\/30\/il-existe-une-doctrine-ecologiste-commune-en-europe-conversation-avec-david-cormand\/","title":{"rendered":"\u00ab Il existe une doctrine \u00e9cologiste commune en Europe \u00bb, conversation avec David Cormand"},"content":{"rendered":"\n
Ce texte s’inscrit dans une s\u00e9rie d’entretiens consacr\u00e9s aux partis verts en Europe, co-publi\u00e9e avec le Green European Journal<\/em><\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n Nous l\u2019abordons avec l\u2019ambition de changer la donne et la lucidit\u00e9 de qui mesure la difficult\u00e9 de ce qui doit \u00eatre accompli. Il y a eu en 2017 un moment de bascule du paysage politique, avec la fin du quinquennat Hollande et l’irruption de Macron. Sa victoire a, de mon point de vue, parachev\u00e9 un long processus de d\u00e9composition de la social-d\u00e9mocratie en France. \u00c0 l’\u00e9poque, j’avais un peu th\u00e9oris\u00e9 cette modification du paysage politique radical, avec l’explosion des deux piliers politiques gauche de gouvernement sociale-d\u00e9mocrate, et droite lib\u00e9rale-gaulliste de gouvernement, qui structuraient le paysage depuis l’apr\u00e8s-guerre : c\u2019\u00e9tait l’\u00e9mergence de ce que j’avais appel\u00e9 le \u00ab Triangle des Bermudes \u00bb, dans l’\u00e9mergence d\u2019un triple populisme<\/a>. Celui d’extr\u00eame-droite qui se consolide, un populisme de gauche, th\u00e9oris\u00e9 par la France Insoumise, et un populisme lib\u00e9ral, incarn\u00e9 par Macron. Ces trois mouvements-l\u00e0 ont en commun d’\u00eatre des partis qui ne sont pas vraiment des partis, puisqu’ils sont structur\u00e9s autour d’une personnalit\u00e9 dans une organisation extr\u00eamement verticale, et qui remettent en question l’importance des corps interm\u00e9diaires. Paradoxalement, ils repr\u00e9sentent \u00e9galement la forme la plus caricaturale de la Ve R\u00e9publique, puisqu\u2019ils sont tout entier tourn\u00e9s vers la conqu\u00eate du pouvoir pr\u00e9sidentiel.<\/p>\n\n\n\n Ce Triangle des Bermudes, nous sommes toujours dedans. Mais il y a une nouveaut\u00e9 d\u00e9sormais avec l\u2019affirmation de l’\u00e9cologie politique comme force majeure. Cette \u00e9mergence est le fruit d\u2019une histoire longue, mais aussi le r\u00e9sultat d\u2019une r\u00e9flexion au long cours depuis 2017 (quand nous \u00e9tions au fond du trou pour de nombreuses raisons, structurelles et conjoncturelles). Nous avons refus\u00e9 de laisser l\u2019\u00e9cologie se dissoudre des traditions politiques en perte de vitesse, et affirm\u00e9 l\u2019originalit\u00e9 d\u2019une vision qui se situait au-del\u00e0 des clivages anciens, sans les renier, et entam\u00e9 un travail de reconstruction politique entre la s\u00e9quence politique europ\u00e9enne 2019, et les \u00e9lections locales 2020 et 2021, pour essayer d’\u00eatre en capacit\u00e9 de proposer une offre politique en 2022. Pour l’instant, les encha\u00eenements se tiennent bien. <\/p>\n\n\n\n Mais rien n\u2019est \u00e9crit. Nous devons \u00e0 la fois refuser la tot\u00e9misation de l\u2019unit\u00e9 et les tentations centrifuges du p\u00f4le de l\u2019alternative. En clair, refuser la dissolution dans un accord sans principes ni vision, et dans le m\u00eame temps nous pr\u00e9munir du trop-plein d\u2019ambitions individuelles qui ajoutent la division \u00e0 la division, sans r\u00e9elle perspective politique. La route est donc vraiment \u00e9troite.<\/p>\n\n\n\n Nous devons \u00e0 la fois refuser la tot\u00e9misation de l\u2019unit\u00e9 et les tentations centrifuges du p\u00f4le de l\u2019alternative. En clair, refuser la dissolution dans un accord sans principes ni vision, et dans le m\u00eame temps nous pr\u00e9munir du trop-plein d\u2019ambitions individuelles qui ajoutent la division \u00e0 la division, sans r\u00e9elle perspective politique. <\/p>David Cormand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La feuille de route des \u00e9cologistes est de contribuer \u00e0 restructurer le paysage politique autour de trois offres, qui sch\u00e9matiquement repr\u00e9sentent trois temporalit\u00e9s : la nostalgie mortif\u00e8re d\u2019un pass\u00e9 fantasm\u00e9, port\u00e9e par l’extr\u00eame-droite ; l\u2019enfermement dans le pr\u00e9sentisme, qui est la linge non-avou\u00e9e du parti du statu quo<\/em>, ce \u00ab cercle de la raison \u00bb lib\u00e9ral dont Macron est le dernier avatar. Enfin, celles et ceux qui ont le souci de l\u2019avenir doivent se rassembler autour de l\u2019\u00e9cologie, dont seule la matrice permet d\u2019affronter les d\u00e9fis du XXIe<\/sup> si\u00e8cle. Chacun comprendra bien cependant qu\u2019une force \u00e0 vocation majoritaire doit \u00eatre capable de r\u00e9unir les trois temporalit\u00e9s pour construire un r\u00e9cit du pass\u00e9, proposer un programme pour les temps pr\u00e9sents, et offrir une vision du futur. Seule cette articulation peut nous permettre de surmonter la crise du sens que traverse notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n En France aujourd’hui, et je pense que ce n’est une bonne nouvelle ni pour l’\u00e9cologie ni pour le pays, la question identitaire s’impose comme champ de bataille du d\u00e9bat. C\u2019est sous cet angle que sont abord\u00e9s les d\u00e9bats autour de la R\u00e9publique, la la\u00efcit\u00e9, la \u00ab Francit\u00e9 \u00bb, l\u2019int\u00e9gration ou non dans la communaut\u00e9 nationale, etc. C’est un vrai p\u00e9ril parce que c’est ce champ de bataille politique-l\u00e0 que l’extr\u00eame-droite a souhait\u00e9 traditionnellement imposer dans le d\u00e9bat. On a ainsi le sentiment que la majorit\u00e9 LREM au pouvoir, m\u00eame s’ils ne sont pas sur cette ligne \u2013 ce serait absurde de le pr\u00e9tendre \u2013 a compl\u00e8tement int\u00e9rioris\u00e9 le fait que ce n’est finalement pas plus mal de livrer bataille sur ce ce terrain-l\u00e0. Cela leur permet, esp\u00e8rent-ils, d\u2019effacer la droite r\u00e9publicaine du champ. Nous les \u00e9cologistes, devons alors mener de front deux combats : sortir de l\u2019impasse identitariste, et sortir de la doxa lib\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n Sur le premier point, il s\u2019agit de d\u00e9placer le centre de gravit\u00e9 de la question identitaire aux questions qui, de notre point de vue, sont beaucoup plus essentielles pour reprendre le contr\u00f4le sur ce dont d\u00e9pend notre subsistance : le redressement \u00e9cologique, la transition \u00e9conomique, les nouveaux m\u00e9tiers, le rapport \u00e0 l’emploi, la question sociale, etc. En face, la ligne politique du Rassemblement national, c’est la nostalgie d\u2019une \u00e9poque r\u00eav\u00e9e, en gros les Trente Glorieuses, les films d’Audiard en noir et blanc, l’\u00e9cole avec les porte-plumes o\u00f9 on \u00e9crivait \u00e0 l’encre violette avec de beaux arrondis\u2026 c’est-\u00e0-dire une esp\u00e8ce de vision de \u00ab on n’est plus Fran\u00e7ais, on n’est plus chez nous, rappelez-vous la France \u00e9ternelle des ann\u00e9es 1950-60 qui nous a \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9e \u00bb. Or, la r\u00e9alit\u00e9 de cette \u00e9poque-l\u00e0 n\u2019est pas si rose : il y avait \u00e9norm\u00e9ment d’in\u00e9galit\u00e9s, et les conqu\u00eates sociales \u00e9taient adoss\u00e9s \u00e0 un mod\u00e8le productiviste fait de d\u00e9gradations environnementales et d’in\u00e9galit\u00e9s Nord-Sud.<\/p>\n\n\n\n Le deuxi\u00e8me combat consiste \u00e0 refuser les mensonges de la croissance infinie dans un monde fini. Ils attendent un retour \u00e0 une p\u00e9riode dor\u00e9e qui n’est pas reconductible quand on prend en compte les limites physiques de la plan\u00e8te. C’est ce qu’explique assez bien Bruno Latour dans O\u00f9 atterrir ?<\/em><\/a>, <\/em>c’est qu’ils vivent dans un monde qui n’existe pas, \u00e0 la Trump. \u00c7a me rappelle aussi Bush p\u00e8re, qui disait \u00ab le mode de vie am\u00e9ricain n’est pas n\u00e9gociable \u00bb. C’est une promesse intenable. L’extr\u00eame-droite, comme les lib\u00e9raux, vend une plan\u00e8te qui n’existe pas. Ils ont quitt\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 terrestre.<\/p>\n\n\n\n C’est une question int\u00e9ressante parce que la gauche sociale-d\u00e9mocrate, dans les ann\u00e9es 80-90, avait justement consid\u00e9r\u00e9 que cela ne servait \u00e0 rien d’aller chercher un \u00e9lectorat populaire, perdu, et qu\u2019il fallait donc s’adresser uniquement aux classes moyennes. \u00c0 l’\u00e9poque, les classes populaires ne votaient pas encore FN, elles se contentaient de s’abstenir : \u00ab Puisque vous ne vous occupez plus de nous, on ne s’occupe plus de vous \u00bb. Puis, de col\u00e8re, ils sont ensuite pass\u00e9s au vote extr\u00eame-droite.<\/p>\n\n\n\n En tant qu’\u00e9cologistes, il faut \u00e9videmment s’adresser \u00e0 tout le monde. Pour moi, la sp\u00e9cificit\u00e9 de l’imaginaire politique \u00e9cologiste, et c’est paradoxal, c’est qu’il est d’une part f\u00e9d\u00e9rateur : il s’agit de faire en sorte que la plan\u00e8te reste hospitali\u00e8re \u00e0 la vie en g\u00e9n\u00e9ral, et \u00e0 la vie de la civilisation humaine en particulier. Mais ce que cela implique en termes de politiques publiques \u00e0 mener est tr\u00e8s conflictuel. On met en question de puissants int\u00e9r\u00eats \u00e9tablis, y compris dans ce qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme des acquis pour les classes populaires. La promesse de la social-d\u00e9mocratie d’inspiration marxiste, c\u2019est-\u00e0-dire le compromis fordiste<\/a> de l\u2019\u00e9mancipation par l\u2019abondance<\/a>, n\u2019est non seulement pas \u00e9mancipatrice, mais est aussi intenable pour des raisons de limites physiques de la plan\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n La promesse de la social-d\u00e9mocratie d’inspiration marxiste, c\u2019est-\u00e0-dire le compromis fordiste de l\u2019\u00e9mancipation par l\u2019abondance, n\u2019est non seulement pas \u00e9mancipatrice, mais est aussi intenable pour des raisons de limites physiques de la plan\u00e8te. <\/p>David Cormand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L’\u00e9cologie propose d\u2019articuler une promesse d’\u00e9mancipation tenable, et en premier lieu aux classes populaires, car ce sont elles les premi\u00e8res victimes des in\u00e9galit\u00e9s sociales g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la pr\u00e9dation sur les ressources naturelles, ce sont les premi\u00e8res victimes aussi des pollutions, etc. Mais avant de parler d’\u00e9mancipation, je pense qu’il faut parler de protection et de r\u00e9paration. Pour un certain nombre de classes populaires, on n’en est pas \u00e0 l’\u00e9mancipation : on en est \u00e0 r\u00e9parer les casses qu’ils ont subi, et les prot\u00e9ger \u00e0 court terme contre les p\u00e9rils qui les guettent. Il faut s’adresser aux classes populaires, qu’elles votent ou pas FN, pour leur dire que l’\u00e9cologie prot\u00e8ge et r\u00e9pare.<\/p>\n\n\n\n Mon sentiment, c’est que si on tire le fil de ce qui g\u00e9n\u00e8re les conflits d’usage dans la soci\u00e9t\u00e9 en France aujourd’hui, on en arrive \u00e0 des questions \u00e9cologiques : questions de sant\u00e9 environnementale<\/a>, questions \u00e9conomiques, questions sociales, etc. C’est encore un paradoxe : nos adversaires consid\u00e8rent qu’il doivent s’accaparer la question \u00e9cologique, tout en stigmatisant les \u00e9cologistes. C’est plut\u00f4t bon signe : les lieux o\u00f9 se structurent les conflictualit\u00e9s aujourd’hui sont les questions \u00e9cologiques. Pour faire simple, les lib\u00e9raux s’int\u00e9ressent \u00e0 l’\u00e9cologie en lui donnant comme r\u00e9ponse la croissance verte. L’extr\u00eame-droite propose une relocalisation identitaire, comme si le territoire de la France \u00e9tait coup\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s terrestres. Les sociaux-d\u00e9mocrates portent la social-\u00e9cologie, donc r\u00e9g\u00e9n\u00e8rent la social-d\u00e9mocratie keyn\u00e9sienne en y int\u00e9grant la question \u00e9cologique. Et la France Insoumise int\u00e8gre la question \u00e9cologique dans le populisme, le \u00ab eux contre nous \u00bb, mais c\u2019est une simplification \u00e0 outrance des conflictualit\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n Quand on est \u00e9cologiste, on sait bien que la conflictualit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 ne se r\u00e9sume pas aux 99 % contre 1 %<\/a>. Car \u00e0 l’int\u00e9rieur des 99 %, il y a aussi des conflictualit\u00e9s. On ne peut pas r\u00e9duire la question \u00e9cologique \u00e0 ce populisme basique. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, je mets en garde contre le saupoudrage des th\u00e9matiques \u00e9cologistes dans des matrices pr\u00e9existantes. Le syncr\u00e9tisme \u00e0 ses vertus, mais je refuse la confusion entrain\u00e9e par le pillage syst\u00e9matique de nos mots et de nos id\u00e9es, visant en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 d\u00e9samorcer la charge novatrice de l\u2019\u00e9cologie politique.<\/p>\n\n\n\n Plus g\u00e9n\u00e9ralement, je mets en garde contre le saupoudrage des th\u00e9matiques \u00e9cologistes dans des matrices pr\u00e9existantes. Le syncr\u00e9tisme \u00e0 ses vertus, mais je refuse la confusion entrain\u00e9e par le pillage syst\u00e9matique de nos mots et de nos id\u00e9es, visant en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 d\u00e9samorcer la charge novatrice de l\u2019\u00e9cologie politique. <\/p>David Cormand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour \u00eatre franc, assez peu. C’est d’ailleurs une frustration. La question europ\u00e9enne surgit dans le d\u00e9bat fran\u00e7ais quand il y a des grandes crises, typiquement la crise sanitaire, avec le plan de relance<\/a> ou les vaccins<\/a>. Il y a toujours en France ce r\u00e9flexe de voir l’Union europ\u00e9enne comme un corps \u00e9tranger auquel on s’int\u00e9resse quand il y a des probl\u00e8mes. Ce qui contraste tr\u00e8s fortement avec cette attente au niveau europ\u00e9en, c’est que la France se pr\u00e9occupe plus d\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n Aborder les questions \u00e9cologiques par le prisme europ\u00e9en et transnational comme dans les rapports Nord-Sud, etc. est ancr\u00e9 dans l\u2019histoire des Verts fran\u00e7ais : le premier candidat \u00e9cologiste \u00e0 une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle en France est Ren\u00e9 Dumont, en 1974, un des premiers altermondialistes. Un de nos fils conducteurs a toujours \u00e9t\u00e9 de souligner la responsabilit\u00e9 sp\u00e9cifique qu’ont la France et l’Europe dans la marche du monde, en particulier les \u00ab pays du Sud \u00bb. Les autres partis, quand ils parlent du monde, parlent de Joe Biden et des \u00c9tats-Unis par exemple, mais ignorent les pays du Sud, comme une forme d’impens\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Dans la conclusion de O\u00f9 atterrir ?<\/em> Latour dit \u00ab en Europe \u00bb<\/a>, parce que, pour le meilleur et pour le pire, l’Europe a une voix prescriptrice dans la marche du monde, \u00e0 travers son r\u00f4le historique et sa puissance normative. En outre, quand elle d\u00e9fend des valeurs comme les droits humains, c\u2019est prescripteur dans d’autres parties du monde. Cette dimension est compl\u00e8tement sous-exploit\u00e9e par l’Union europ\u00e9enne, et par la France qui, \u00e0 son corps d\u00e9fendant, a pourtant une place privil\u00e9gi\u00e9e au sein de l’Union. <\/p>\n\n\n\n Un de nos fils conducteurs a toujours \u00e9t\u00e9 de souligner la responsabilit\u00e9 sp\u00e9cifique qu’ont la France et l’Europe dans la marche du monde, en particulier les \u00ab pays du Sud \u00bb. Les autres partis, quand ils parlent du monde, parlent de Joe Biden et des \u00c9tats-Unis par exemple, mais ignorent les pays du Sud, comme une forme d’impens\u00e9. <\/p>David Cormand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Pour moi, c’est quelque chose que doit apporter l’\u00e9cologie politique dans le d\u00e9bat public en France, pour que celle-ci y assume son r\u00f4le, non pas \u00e0 la Napol\u00e9on<\/a> en consid\u00e9rant l\u2019Union europ\u00e9enne comme une France en grand, mais au contraire \u00e0 rappeler l\u2019Europe \u00e0 peser dans le monde en d\u00e9fendant toujours une vision internationaliste, non au sens imp\u00e9rialiste mais au sens authentiquement universaliste, des droits humains. <\/p>\n\n\n\n Bien s\u00fbr, et pas qu’\u00e0 EELV. C’est pour cela que LREM est t\u00e9tanis\u00e9e par les bons sondages des Gr\u00fcnen en Allemagne, et qu’ils anticipent en caricaturant les Verts fran\u00e7ais, \u00ab d\u00e9croissants et id\u00e9ologiques \u00bb, et en louant les Verts allemands \u00ab s\u00e9rieux et modernes \u00bb, suppos\u00e9ment comme eux. Ce qui est amusant, c’est qu\u2019\u00e0 notre gauche, LFI pense au contraire que c’est bien la preuve que nous sommes lib\u00e9raux, puisque les Verts allemands sont lib\u00e9raux. Bref, les Verts allemands deviennent le miroir des fantasmes de nos adversaires.<\/p>\n\n\n\n Ces pol\u00e9miques sont aussi le signe que nos adversaires nous prennent au s\u00e9rieux. Il faut maintenant qu’on s’organise et se coordonne pour ne pas donner prise \u00e0 ce type de pol\u00e9mique . Nous devons faire une force de cette situation et y puiser une cr\u00e9dibilit\u00e9 accrue. C’est un enjeu important : imaginons qu\u2019au printemps 2022, l\u2019Allemagne et la France soient dirig\u00e9es par des \u00e9cologistes, \u00e7a changerait totalement le visage de l’UE \u2013 surtout dans un moment o\u00f9 sont remis en cause un certain nombre de doxa : sur la dette, l’investissement, le Green Deal. Et au-del\u00e0, puisque Biden est en train de bousculer les \u00e9quilibres sur la fiscalit\u00e9 des multinationales sur l’investissement vert. C’est la premi\u00e8re fois que l’\u00e9cologie politique peut pr\u00e9tendre changer la face du monde sur des sujets d\u00e9terminants. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est pour organiser aussi cela qu\u2019on a mis en place des groupes de travail, notamment avec les Verts allemands, sur des axes programmatiques communs \u00e9ventuels pour les \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales allemandes et pr\u00e9sidentielles fran\u00e7aises. L\u2019objectif est de casser l’id\u00e9e re\u00e7ue fran\u00e7aise, int\u00e9rioris\u00e9e y compris chez les Verts, que Verts allemands et Verts fran\u00e7ais seraient ontologiquement diff\u00e9rents. Je ne veux pas que nous c\u00e9dions aux facilit\u00e9s de la f\u00e9tichisation de nos diff\u00e9rences culturelles. Quand on analyse s\u00e9rieusement les programmes, on voit qu’en fait il y a quand m\u00eame \u00e9norm\u00e9ment de convergences. La culture institutionnelle est diff\u00e9rente mais sur les fondamentaux, si on ne les \u00e9voque pas de la m\u00eame fa\u00e7on, c’est quand m\u00eame tr\u00e8s convergent \u00e0 la fin. Il existe une doctrine \u00e9cologiste commune en Europe. Les diff\u00e9rences de contexte et d\u2019histoire politique nationale p\u00e8sent forc\u00e9ment sur nos analyses respectives. Nous n\u2019\u00e9chappons pas de ce point de vue aux logiques qui irriguaient les d\u00e9bats de l\u2019Internationale Socialiste par exemple. Mais, nous avons beaucoup en commun et portons de mani\u00e8re transnationale le fait de sortir des logiques productivistes qui ont fa\u00e7onn\u00e9 la modernit\u00e9 occidentale. Cette rupture est fondamentale.<\/p>\n\n\n\n Les Verts allemands deviennent le miroir des fantasmes de nos adversaires.<\/p>David Cormand<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Enfin, au-del\u00e0 de ce c\u00f4t\u00e9 franco-allemand, je voudrais aussi souligner combien les victoires \u00e9cologistes en France peuvent contribuer \u00e0 changer le regard sur l’\u00e9cologie dans les pays du sud de l’Union, qui ont toujours eu plus de mal \u00e0 s’identifier aux victoires vertes en Allemagne. Je suis tr\u00e8s attentif, par exemple, au travail men\u00e9 en Espagne, o\u00f9 l\u2019effondrement de Podemos ouvre plus que jamais un espace pour l\u2019\u00e9mergence d\u2019une \u00e9cologie porteuse d\u2019alternatives. Il n\u2019y aura pas de raccourci, mais nous pouvons incarner un espoir de d\u00e9passement du vieux syst\u00e8me politique qui semble reprendre du poil de la b\u00eate.<\/p>\n\n\n\n Ce n’est peut-\u00eatre pas ce qui est le plus perceptible vu de l’ext\u00e9rieur, mais je pense que les \u00e9cologistes sont ceux qui ont la vision la plus clairvoyante et lucide. Sur ces enjeux-l\u00e0, les autres forces politiques ont une lecture empreinte du pass\u00e9. Pour la vieille gauche par exemple, la rivalit\u00e9 Chine\/\u00c9tats-Unis c\u2019est un peu \u00ab les ennemis de mes ennemis sont mes amis \u00bb. Tout ce qui est anti-imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain ne peut pas \u00eatre totalement mauvais, pour caricaturer. D\u2019autres sont plut\u00f4t atlantistes, et entretiennent le travers contraire. Les \u00e9cologistes sont moins pollu\u00e9s par ces stigmates d’id\u00e9es re\u00e7ues du pass\u00e9. Aucune na\u00efvet\u00e9 ne doit cependant nous habiter.<\/p>\n\n\n\nC’est une ann\u00e9e charni\u00e8re en France, ce moment pr\u00e9-\u00e9lectoral o\u00f9 se construisent les dynamiques de la vie politique pour une ann\u00e9e cruciale. Comment EELV l’aborde-t-il ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Autour de quelles th\u00e9matiques, de quels enjeux se fait la structuration du d\u00e9bat public fran\u00e7ais ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Selon vous, les \u00e9cologistes peuvent-ils et doivent-ils aller chercher ces \u00e9lecteurs qui ont gliss\u00e9 vers un vote tr\u00e8s \u00e0 droite, voire d’extr\u00eame-droite, ou vers la gauche radicale ? Ou faut-il les consid\u00e9rer comme d\u00e9finitivement perdus ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Concr\u00e8tement comment se manifestent les enjeux \u00e9cologiques, autour de quelles questions particuli\u00e8res ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Puisque les enjeux \u00e9cologiques supposent une approche transnationale et europ\u00e9enne, comment alors les enjeux europ\u00e9ens structurent-ils le d\u00e9bat politique en France ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
EELV est membre d’un parti europ\u00e9en, mais quel est le niveau de coop\u00e9ration et d’interaction dans la poursuite des objectifs nationaux et europ\u00e9ens de votre part ? En outre, les \u00e9lections dans les pays voisins, a fortiori<\/em> en Allemagne<\/a>, ont-elles un impact sur l’\u00e9tat de la politique fran\u00e7aise, notamment \u00e0 EELV.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Comment \u00e0 EELV voit-on le d\u00e9bat europ\u00e9en aujourd’hui et le r\u00f4le de l’Europe dans le monde, surtout dans l’incertitude strat\u00e9gique montante, les conflits aux fronti\u00e8res, et puis cette forme de guerre froide qu\u2019on voit se mettre en place entre Washington et P\u00e9kin ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n