{"id":111693,"date":"2021-06-24T10:55:35","date_gmt":"2021-06-24T08:55:35","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=111693"},"modified":"2021-06-24T12:29:09","modified_gmt":"2021-06-24T10:29:09","slug":"pour-une-politique-de-la-provocation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/06\/24\/pour-une-politique-de-la-provocation\/","title":{"rendered":"Pour une politique de la provocation"},"content":{"rendered":"\n
Le 21 juillet 2020, plus de 175 historiens ont demand\u00e9 au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur britannique <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> la suppression de l\u2019\u00e9preuve d\u2019histoire \u00e0 l\u2019examen de citoyennet\u00e9 britannique, du fait de sa repr\u00e9sentation fauss\u00e9e de l\u2019histoire de l\u2019esclavage et de la fin de l\u2019empire britannique <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. La d\u00e9formation de l\u2019histoire que cette \u00e9preuve colporte consiste \u00e0 traiter l\u2019abolition de l’esclavage comme une r\u00e9ussite britannique, tout en omettant de prendre en compte les protestations, soul\u00e8vements et autres mouvements ind\u00e9pendentistes qui l\u2019ont permis. Une repr\u00e9sentation \u00e0 ce point trompeuse des succ\u00e8s d\u00e9mocratiques pose une question plus profonde sur la d\u00e9mocratie elle-m\u00eame : quel type de d\u00e9mocratie est \u00e0 notre disposition ?<\/em><\/p>\n\n\n\n Pour avancer dans notre compr\u00e9hension des \u00e9checs de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, il faut se poser deux questions d\u00e9cisives : quelles sont les limites de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale dans un contexte d\u2019injustice raciale, de destruction de l\u2019environnement et de capitalisme de surveillance ? et comment pouvons-nous \u00e9tendre notre imagination au-del\u00e0 de ses limites ?<\/p>\n\n\n\n Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, trois arguments se pr\u00e9sentent \u00e0 nous. Premi\u00e8rement, toute tentative de renouvellement de la d\u00e9mocratie doit affronter la fiert\u00e9 du lib\u00e9ralisme d\u2019avoir aboli l\u2019esclavage, instaur\u00e9 les droits des travailleurs et donn\u00e9 le droit de vote aux femmes. Ensuite, cela signifie reconna\u00eetre qu\u2019une grande partie de l\u2019approfondissement de la d\u00e9mocratie obtenu ces deux derniers si\u00e8cles n\u2019est jamais que le r\u00e9sultat de provocations politiques men\u00e9es contre des institutions qui semblaient immortelles. Enfin, il ressort qu\u2019afin de s\u2019autor\u00e9guler efficacement et faire face aux \u00e9checs du lib\u00e9ralisme, les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques ont besoin le plus souvent d\u2019une \u00ab politique de la provocation \u00bb [politics of provocation<\/em>, ndt]. Voil\u00e0 au fond une autre mani\u00e8re de dire que ce sont les conflits sociaux qui rendent la d\u00e9mocratie possible. <\/p>\n\n\n\n Si l\u2019on pr\u00e9sente le plus souvent le lib\u00e9ralisme comme un moteur ind\u00e9niable du progr\u00e8s, ce r\u00e9cit fait souvent l\u2019impasse sur le r\u00f4le de la lutte d\u00e9mocratique dans l\u2019histoire de la d\u00e9mocratie. De m\u00eame, nous avons tendance \u00e0 n\u00e9gliger la complicit\u00e9 des institutions lib\u00e9rales vis-\u00e0-vis de l\u2019injustice sociale et raciale. Les limites de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale sont parfois difficiles \u00e0 cerner. Arm\u00e9e de la promesse r\u00e9jouissante d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 libre, il peut \u00eatre difficile de la distinguer de l\u2019id\u00e9e de justice elle-m\u00eame. Pourtant, sous ces promesses, nous oublions que l\u2019oppression raciale est en fait le r\u00e9sultat de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n Bien qu\u2019il soit largement admis que la discrimination raciale n\u2019a pas sa place dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, les questions raciales sont pr\u00e9sentes dans presque tous les aspects de la vie. La race a une influence sur les espaces dans lesquels nous vivons, les soins de sant\u00e9 que nous recevons et la violence \u00e0 laquelle nous sommes expos\u00e9s. La plus grande erreur de la tradition lib\u00e9rale a probablement \u00e9t\u00e9 de penser que l\u2019oppression raciale a pris fin avec l\u2019abolition de l\u2019esclavage et l\u2019adoption de la loi sur les droits civils aux \u00c9tats-Unis en 1964. Le probl\u00e8me de cette id\u00e9e est qu\u2019elle pr\u00e9sente le racisme comme fondamentalement antilib\u00e9ral, en le liant au pass\u00e9 ou en l\u2019associant \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite, tout en oubliant que l\u2019oppression raciale a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des moteurs de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale. En fin de compte, s\u00e9parer la race de la d\u00e9mocratie ne permet pas de rendre compte des injustices syst\u00e9miques.<\/p>\n\n\n\n Pendant les campagnes pr\u00e9sidentielles, les conflits politiques ont souvent \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s comme des conflits entre ennemis plut\u00f4t qu\u2019entre des opposants l\u00e9gitimes, sapant ainsi l’id\u00e9e que la politique est toujours une affaire d’alternatives contradictoires.<\/p>Rahel S\u00fc\u00df<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019oppression raciale emp\u00eache certes la d\u00e9mocratie aboutie, mais elle a \u00e9galement rendu les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales possibles. Cette id\u00e9e est loin d\u2019\u00eatre un paradoxe : la tradition d\u00e9mocratique am\u00e9ricaine a \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9e par les luttes pour la libert\u00e9 des personnes noires, mais aussi par l\u2019esclavage et la s\u00e9gr\u00e9gation, entre autres influences. Qu\u2019est-ce que cela nous dit de la relation entre race et d\u00e9mocratie ? Le concept de race a \u00e9volu\u00e9 tout au long de l\u2019histoire \u00e9tats-unienne : la race est d\u2019abord apparue dans le droit colonial, sans \u00eatre rattach\u00e9e \u00e0 la d\u00e9mocratie. Elle y a ensuite \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIX\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, une \u00e9poque d\u2019urbanisation rapide, d\u2019industrialisation et d\u2019immigration.<\/p>\n\n\n\n Cette p\u00e9riode, dite \u00ab \u00e8re jacksonienne \u00bb [en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Andrew Jackson, pr\u00e9sident am\u00e9ricain de 1829 \u00e0 1837, \u00e9poque progressiste, d\u2019installation du parti d\u00e9mocrate et d\u2019\u00e9largissement du suffrage aux hommes blancs de plus de 21 ans], est en effet marqu\u00e9e par la croissance de la classe ouvri\u00e8re industrielle et la mont\u00e9e de la d\u00e9mocratie de masse. C\u2019est aussi la p\u00e9riode pendant laquelle la relation entre blancheur et citoyennet\u00e9 a \u00e9t\u00e9 ciment\u00e9e, par le maintien de la blancheur comme norme \u2014 norme qui ne fait pas que priver les individus ou les groupes sociaux de droits d\u00e9mocratiques, comme le droit du vote : les d\u00e9mocraties lib\u00e9rales int\u00e8grent les privil\u00e8ges des Blancs dans la vie quotidienne et les institutions, en leur donnant l’apparence d’\u00eatre le r\u00e9sultat naturel d’un effort individuel. C\u2019est en s’appuyant sur des th\u00e9oriciens abolitionnistes tels que Joel Olson que l\u2019on peut voir comment les normes lib\u00e9rales \u2013 parmi lesquelles l’autonomie individuelle et l’\u00e9galit\u00e9 des chances \u2013 ont \u00e9t\u00e9 construites sur fond de subordination des Noirs et de privil\u00e8ges des Blancs. <\/p>\n\n\n\n L’\u00e9chec du lib\u00e9ralisme r\u00e9sulte en partie de \u00ab la crise du conflit public \u00bb. L’\u00e9lection pr\u00e9sidentielle aux \u00c9tats-Unis en est un bon exemple. Pendant les campagnes pr\u00e9sidentielles, les conflits politiques ont souvent \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s comme des conflits entre ennemis plut\u00f4t qu\u2019entre des opposants l\u00e9gitimes, sapant ainsi l’id\u00e9e que la politique est toujours une affaire d’alternatives contradictoires. Bien que cette question des alternatives en pr\u00e9sence est un aspect central de la crise du conflit public, il faut s\u2019int\u00e9resser avant tout \u00e0 la question de l’in\u00e9galit\u00e9 sociale, pour reconfigurer un peu la question : qui a acc\u00e8s \u00e0 ce conflit et qui a le privil\u00e8ge de le provoquer ?<\/p>\n\n\n\n Si nous acceptons l’affirmation selon laquelle ce qui rend la d\u00e9mocratie possible est le conflit social, alors l\u2019\u00e9gal acc\u00e8s au conflit public est une condition de la d\u00e9mocratie. Pourtant, nous pouvons constater que cet acc\u00e8s est souvent refus\u00e9 ou criminalis\u00e9. Nous pouvons penser par exemple aux migrants sans papiers, qui risquent d’\u00eatre expuls\u00e9s lorsqu’ils manifestent dans la rue. De m\u00eame, nous constatons que les personnes de couleur sont principalement priv\u00e9es de cet acc\u00e8s, car elles sont plus expos\u00e9es \u00e0 la violence polici\u00e8re \u00e0 caract\u00e8re raciste. La crise du conflit public pr\u00e9sente une autre difficult\u00e9 : dans la mesure o\u00f9 la privatisation des infrastructures publiques confisque au contr\u00f4le d\u00e9mocratique une partie de la r\u00e9clamation civique, elle limite \u00e9galement la possibilit\u00e9 de provoquer un conflit sur la l\u00e9gitimit\u00e9 et la nature sp\u00e9cifique de ces infrastructures. <\/p>\n\n\n\n Si nous acceptons l’affirmation selon laquelle ce qui rend la d\u00e9mocratie possible est le conflit social, alors l\u2019\u00e9gal acc\u00e8s au conflit public est une condition de la d\u00e9mocratie.<\/p>Rahel S\u00fc\u00df<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n \u00c9tant donn\u00e9 que le conflit peut exercer un contr\u00f4le d\u00e9mocratique, il \u00ab organise \u00bb la d\u00e9mocratie mieux que la politique inclusive des innovations d\u00e9mocratiques. En donnant continuellement naissance \u00e0 de nouvelles voix et demandes, qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment supprim\u00e9es ou r\u00e9duites au silence, le conflit permet la participation aux affaires communes, la n\u00e9gociation des alternatives et fa\u00e7onne ainsi les soci\u00e9t\u00e9s futures. \u00c0 l’oppos\u00e9 de cette id\u00e9e, le conflit social est souvent compris comme un recours civique pour mettre en place un \u00ab jugement r\u00e9fl\u00e9chi \u00bb [considered judgement<\/em>, concept de la philosophe Catherine Elgin d\u00e9velopp\u00e9e dans son essai de 1999 Considered Judgement<\/em>, qui consiste en un concept m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chi, dense, r\u00e9solutoire, int\u00e9grant toutes les alternatives qui se pr\u00e9sentent]. Les assembl\u00e9es de citoyens, les budgets participatifs et la politique inclusive de la loterie civique illustrent cette position. En rassemblant diverses parties prenantes, en passant des citoyens repr\u00e9sentatifs jusqu\u2019aux fonctionnaires de l’\u00c9tat et aux experts universitaires, ces innovations d\u00e9mocratiques visent \u00e0 extraire \u00ab la sagesse du plus grand nombre \u00bb. La compr\u00e9hension mutuelle et le pouvoir de la raison sont largement consid\u00e9r\u00e9s comme indispensables pour sortir de la d\u00e9tresse d\u00e9mocratique. Le probl\u00e8me d’une telle vision est qu’elle limite l’action politique \u00e0 une pratique de r\u00e9solution des conflits, faisant de l’exp\u00e9rience de l’incertitude une menace pour l’agence politique.<\/p>\n\n\n\n La politique de la provocation nous offre une autre possibilit\u00e9. L’un de ses principaux avantages est qu’elle nous permet de saisir l’id\u00e9e que ce n’est pas l’incertitude qui constitue une menace pour la d\u00e9mocratie, mais la perte de l’exp\u00e9rience de l’incertitude. Aujourd’hui, des algorithmes pr\u00e9disent l’\u00e9ligibilit\u00e9 aux prestations sociales, quelle demande de visa devrait \u00eatre refus\u00e9e ou qui a la plus grande probabilit\u00e9 de commettre un crime. Mais l\u2019analyse pr\u00e9dictive et sa mise en \u0153uvre toujours plus pouss\u00e9e, dans toute une s\u00e9rie de contextes sociaux, pose un s\u00e9rieux probl\u00e8me pour les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques. Puisque l\u2019objectif de la technologie pr\u00e9dictive est de traduire les incertitudes en param\u00e8tres distincts mesurables et maniables, celle-ci ferme les espaces de conflits publics possibles. Mais la promesse d\u2019une certitude algorithmique va encore plus loin : elle renforce les injustices sociales et raciales. <\/p>\n\n\n\n Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette lacune, je propose que nous consid\u00e9rions la provocation non seulement comme une pratique politique, mais aussi comme une m\u00e9taphore du pouvoir. Cela nous permettrait de faire la lumi\u00e8re sur la nature contest\u00e9e de la provocation et de souligner qu’elle n’est pas seulement une force d\u2019interf\u00e9rence dans le statu quo<\/em>, mais aussi une condition de la d\u00e9mocratie. \u00c0 partir de ce point de vue sur la provocation, on arrive \u00e0 consid\u00e9rer que le pas vers une plus grande d\u00e9mocratie ne r\u00e9side pas principalement dans de nouvelles conceptions institutionnelles inclusives et participatives, mais dans la possibilit\u00e9 de provoquer des conflits.<\/p>\n\n\n\n Je propose que nous consid\u00e9rions la provocation non seulement comme une pratique politique, mais aussi comme une m\u00e9taphore du pouvoir. Cela nous permettrait de faire la lumi\u00e8re sur la nature contest\u00e9e de la provocation et de souligner qu’elle n’est pas seulement une force d\u2019interf\u00e9rence dans le statu quo<\/em>, mais aussi une condition de la d\u00e9mocratie.<\/p>Rahel S\u00fc\u00df<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L’histoire montre que les mouvements et les soul\u00e8vements populaires nous ont toujours forc\u00e9 \u00e0 nous d\u00e9mocratiser. Ainsi, il est dans notre int\u00e9r\u00eat de pousser notre imagination au-del\u00e0 des limites de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale : nous devons reconna\u00eetre la force r\u00e9gulatrice de la provocation d\u00e9mocratique. Parce que la d\u00e9mocratie ne peut \u00eatre fond\u00e9e sur un principe stable, elle doit constamment s’engager dans de nouvelles provocations. Apr\u00e8s tout, la d\u00e9mocratie et l’\u00c9tat de droit ne sont jamais que des tentatives de mise en \u0153uvre de principes d\u00e9mocratiques tels que la libert\u00e9 et l’\u00e9galit\u00e9. Mais ces tentatives sont toujours imparfaites. C’est pour cette raison que le conflit sur la l\u00e9gitimit\u00e9 d’un ordre social injuste doit continuellement \u00eatre provoqu\u00e9, car certaines personnes sont vis\u00e9es de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e par la violence polici\u00e8re, la d\u00e9vastation \u00e9cologique et l’injustice algorithmique.<\/p>\n\n\n\n Comment la politique de provocation se manifeste-t-elle aujourd’hui ? Tout d’abord, il convient de noter que l’id\u00e9e distingue la provocation en tant qu\u2019enjeu (en tant que questions et\/ou objets de lutte politique \u00e0 part enti\u00e8re en se demandant qui a acc\u00e8s \u00e0 la provocation du conflit) et la provocation en tant que r\u00e9pertoires de tactiques et de strat\u00e9gies qui visent \u00e0 susciter le changement social. Nous verrons que la provocation varie en termes d’\u00e9chelle, de formes organisationnelles, de tactiques et d’imaginaires sociaux.<\/p>\n\n\n\n Pour donner une id\u00e9e de la vari\u00e9t\u00e9 des possibles en jeu ici, on peut noter que la provocation d\u00e9mocratique d\u00e9tourne les processus dominants du haut vers le bas, contestant les relations de pouvoir et les r\u00e9cits existants. Elle vise \u00e0 mettre en \u0153uvre une ouverture radicale en rompant avec le r\u00e8gne actuel de la gouvernance nationaliste, de la colonisation future et de la surveillance algorithmique, en piratant les fronti\u00e8res, en bloquant l’extinction et en abolissant la Silicon Valley. La provocation peut par exemple prendre la forme de blocages et d’occupations d’institutions et de m\u00e9gaprojets. Le mouvement Black Lives Matter donne un aper\u00e7u de ce type de mobilisation, tout comme la d\u00e9sob\u00e9issance civile en d\u00e9fense de la justice climatique d’Extinction Rebellion.<\/p>\n\n\n\n Nous devons reconna\u00eetre la force r\u00e9gulatrice de la provocation d\u00e9mocratique. Parce que la d\u00e9mocratie ne peut \u00eatre fond\u00e9e sur un principe stable, elle doit constamment s’engager dans de nouvelles provocations.<\/p>Rahel S\u00fc\u00df<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n De m\u00eame, les actions provocatrices sont ancr\u00e9es dans l\u2019esprit des gr\u00e8ves g\u00e9n\u00e9rales, en t\u00e9moigne le mouvement contre l’interdiction de l’avortement en Pologne ou bien la gr\u00e8ve des loyers men\u00e9e par les \u00e9tudiants de Londres et Manchester. D’autres provocations sont dirig\u00e9es contre les plates-formes num\u00e9riques, hautement centralis\u00e9es et privatis\u00e9es, et pr\u00f4nent la d\u00e9mocratisation technopolitique et l\u2019ouverture de la communaut\u00e9 num\u00e9rique. Elles se manifestent par des initiatives civiques de piratage informatique, des manifestations contre le cloud, la collecte citoyenne de donn\u00e9es pour cartographier les probl\u00e8mes sociaux (par exemple Data for Black Lives<\/em>) et des campagnes visant \u00e0 emp\u00eacher la police \u00ab d’espionner \u00bb les citoyens. La principale pr\u00e9occupation ici est de savoir comment favoriser un avenir num\u00e9rique, qui permettrait de passer d’une \u00e9conomie nourrie par la publicit\u00e9 et la surveillance, \u00e0 une d\u00e9mocratie num\u00e9rique et la communaut\u00e9 des donn\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n Toutes ces actions provocatrices ont en commun le rejet de l’id\u00e9e que le pouvoir politique d\u00e9coule simplement du statut de citoyen ou de son vote. Le pouvoir politique n\u2019est en fait \u00e0 l\u2019\u0153uvre qu\u2019au travers des conflits provoqu\u00e9s contre la l\u00e9gitimit\u00e9 d’un ordre social.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Comme le d\u00e9bat d\u2019id\u00e9es, le conflit public est en crise ; il demeure un privil\u00e8ge alors qu\u2019il devrait \u00eatre un droit. Pour contrer les \u00e9checs de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, Rahel S\u00fc\u00df appelle \u00e0 se rendre ma\u00eetre des termes du conflit \u00e0 travers une proposition radicale : une politique de la provocation.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":111694,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-angles.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1731],"tags":[],"geo":[2163],"class_list":["post-111693","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","staff-rahel-sus","geo-monde"],"acf":[],"yoast_head":"\nL\u2019oppression raciale, cons\u00e9quence de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale<\/strong> <\/h2>\n\n\n\n
La crise du conflit public <\/strong><\/h2>\n\n\n\n
Du privil\u00e8ge de provoquer le conflit au droit \u00e0 la provocation du conflit <\/strong><\/h2>\n\n\n\n