{"id":110655,"date":"2021-06-18T10:10:08","date_gmt":"2021-06-18T08:10:08","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=110655"},"modified":"2021-06-18T10:11:24","modified_gmt":"2021-06-18T08:11:24","slug":"35-ans-de-politique-europeenne-une-conversation-avec-jim-cloos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/06\/18\/35-ans-de-politique-europeenne-une-conversation-avec-jim-cloos\/","title":{"rendered":"35 ans de politique europ\u00e9enne, une conversation avec Jim Cloos"},"content":{"rendered":"\n

Diplomate luxembourgeois \u00e0 l\u2019origine, Jim Cloos a pass\u00e9 la plus grande partie de sa carri\u00e8re \u00e0 Bruxelles, au service de l\u2019Europe. Lors de la Pr\u00e9sidence luxembourgeoise du premier semestre 1991 il participe directement \u00e0 la r\u00e9daction du trait\u00e9 de Maastricht. Il devient chef de cabinet du Commissaire \u00e0 l’agriculture en 1993, puis, en 1995, chef de cabinet du Pr\u00e9sident Jacques Santer et Sherpa dans le cadre des r\u00e9unions du G7\/8. En 2001, Jim Cloos int\u00e8gre le Secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral du Conseil de l’Union europ\u00e9enne, d\u2019abord comme Directeur et proche collaborateur de Javier Solana pour les relations transatlantiques et l\u2019ONU. \u00c0 partir de 2006, il prend la t\u00eate de la Direction des questions politiques g\u00e9n\u00e9rales, puis celle de la Direction g\u00e9n\u00e9rale de politique g\u00e9n\u00e9rale et institutionnelle \u00e0 partir de 2010. \u00c0 ces titres, il assiste \u00e0 toutes les r\u00e9unions du Conseil europ\u00e9en, de la crise financi\u00e8re jusqu\u2019au plan de relance Next Generation EU. Il prend sa retraite le 1er<\/sup> f\u00e9vrier 2021. Nous l\u2019avons rencontr\u00e9 pour recueillir son regard sur 35 ans de politique europ\u00e9enne.<\/em><\/p>\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
Jim Cloos est l’ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral adjoint charg\u00e9 de la politique g\u00e9n\u00e9rale et institutionnelle, au Secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral du Conseil des ministres de l’UE.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Vous \u00eates une des rares personnes \u00e0 avoir \u00e9tudi\u00e9 tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment les conclusions du Conseil europ\u00e9en depuis sa cr\u00e9ation. Quelles \u00e9volutions avez-vous constat\u00e9 sur les 47 ans d\u2019histoire de cette institution ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

J\u2019ai effectivement suivi cela de pr\u00e8s \u00e0 partir de 1985, puis de fa\u00e7on tr\u00e8s directe avec mes \u00e9quipes depuis 2006, puisque j\u2019\u00e9tais charg\u00e9 des conclusions du Conseil europ\u00e9en, une activit\u00e9 qui m\u2019a permis d\u2019\u00eatre dans la salle du Conseil \u00e0 partir de 2006. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par les conclusions, car il s\u2019agit d’un exercice politique unique au monde : un groupe de personnalit\u00e9s tr\u00e8s importantes qui, du moins initialement, se r\u00e9unissent sans avoir le moindre statut selon les trait\u00e9s ni aucun pouvoir de d\u00e9cision \u00e0 part celui d\u2019\u00eatre les dirigeants les plus importants de leurs pays respectifs et qui s\u2019expriment par de simples \u00ab conclusions \u00bb. Il faut rappeler en effet que le Conseil europ\u00e9en n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par les trait\u00e9s, mais s\u2019est en quelque sorte autoproclam\u00e9 en 1974 ; les chefs d\u2019\u00c9tat ou de gouvernement avaient le sentiment qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas normal que tous leurs ministres parlent de la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne alors qu\u2019eux-m\u00eames n\u2019y avaient aucun r\u00f4le v\u00e9ritable. Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing (VGE) a alors convoqu\u00e9 un sommet en 1974 \u00e0 Paris, lors duquel il a propos\u00e9 aux autres dirigeants de se r\u00e9unir plusieurs fois par an et de faire pr\u00e9parer ces r\u00e9unions par leurs Ministres des affaires \u00e9trang\u00e8res. Le terme \u201cConseil europ\u00e9en\u201d \u00e9tait contest\u00e9, car les pays du Benelux y voyaient un risque de confusion avec le Conseil de l\u2019Union europ\u00e9enne et celui d\u2019une prise d\u2019assaut intergouvernementale au d\u00e9triment du communautaire. Si VGE n\u2019a pas insist\u00e9 pendant la r\u00e9union, il a ouvert sa conf\u00e9rence de presse avec la c\u00e9l\u00e8bre formule : \u201cLe sommet est mort, vive le Conseil europ\u00e9en\u201d.<\/p>\n\n\n\n

Le Conseil europ\u00e9en s\u2019exprime donc par le biais de conclusions de la pr\u00e9sidence, adopt\u00e9es par consensus. Ces conclusions prennent d\u00e8s le d\u00e9but une importance capitale car elles expriment la volont\u00e9 des chefs d\u2019\u00c9tat ou de gouvernement europ\u00e9ens (et du Pr\u00e9sident  de la Commission) qui sont \u00e0 la fois membres d\u2019un club politique tr\u00e8s exclusif de leaders nationaux et les sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques des ministres qui repr\u00e9sentent leurs pays au sein du Conseil de l\u2019Union europ\u00e9enne. Cela leur conf\u00e8re un poids politique majeur.<\/p>\n\n\n\n

Au d\u00e9but, les conclusions sont assez courtes et sobres. Par exemple, la d\u00e9cision de lancer un syst\u00e8me mon\u00e9taire europ\u00e9en tient en une phrase ou deux, malgr\u00e9 l\u2019importance historique de cette d\u00e9cision. Au fil des ann\u00e9es, les conclusions s\u2019allongent en cons\u00e9quence de l\u2019accroissement des politiques communautaires, mais aussi \u00e0 cause du souhait du pays qui d\u00e9tient la pr\u00e9sidence tournante de faire sa propagande, en \u00e9num\u00e9rant tous les \u00ab succ\u00e8s europ\u00e9ens \u00bb sous son \u00e9gide. Par ailleurs, avec le d\u00e9veloppement de la Coop\u00e9ration politique (portant sur les affaires de politique \u00e9trang\u00e8re dans les ann\u00e9es 70 et 80), les conclusions s\u2019 \u00ab enrichissent \u00bb, sous la pression des Ministres des affaires \u00e9trang\u00e8res, de longs passages sur les grands dossiers internationaux, dans un \u00ab tour du monde \u00bb syst\u00e9matique et un peu ridicule. On en arrive \u00e0 la situation absurde d\u2019un Conseil europ\u00e9en \u00e0  Madrid en 1995 o\u00f9 le texte avec les annexes d\u00e9passe all\u00e8grement les cent pages. Tout le monde sait bien s\u00fbr qu\u2019il est impossible pour les chefs d\u2019\u00c9tat ou de gouvernement de discuter de cent pages en quelques heures de r\u00e9union. En plus, aucun d\u2019eux ne lisant un texte d\u2019une telle longueur, on cr\u00e9e un v\u00e9ritable probl\u00e8me de communication ; aux conf\u00e9rences de presse, les leaders \u00e9voquent chacun les seuls deux ou trois paragraphes qui les int\u00e9ressent particuli\u00e8rement, ce qui donne l\u2019impression qu\u2019ils ont assist\u00e9 \u00e0 des r\u00e9unions diff\u00e9rentes et le sentiment d\u2019un manque profond de coh\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n

En amont de la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise de 2008, j\u2019ai pris l\u2019initiative d\u2019\u00e9crire une note interne sur les d\u00e9rives des conclusions. Je sugg\u00e9rais notamment deux \u00e9l\u00e9ments directeurs \u00e0 respecter : d\u2019abord, limiter les conclusions \u00e0 ce qui \u00e9tait v\u00e9ritablement discut\u00e9 par les chefs d\u2019\u00c9tat ou de gouvernement autour de la table. Ensuite, rendre les propos plus intelligibles et le moins techniques possible afin d\u2019en renforcer la compr\u00e9hension et la cr\u00e9dibilit\u00e9. Cela eut un certain effet. Mais c\u2019est surtout la mise en place par le trait\u00e9 de Lisbonne d\u2019une pr\u00e9sidence permanente du Conseil europ\u00e9en, d\u00e9sormais reconnu comme une institution \u00e0 part enti\u00e8re,  qui a permis un changement de paradigme. Il n\u2019\u00e9tait d\u00e8s lors plus n\u00e9cessaire de glorifier la pr\u00e9sidence tournante ; les conclusions, plus courtes, plus cibl\u00e9es et plus sobres, se sont transform\u00e9es en un instrument plus efficace de communication. Il s\u2019agit d\u2019une \u00e9volution positive. Le vrai pouvoir vous dispense d\u2019\u00eatre trop verbeux. La n\u00e9cessit\u00e9 de trouver des compromis entre 27 pays implique que ces textes ne seront jamais du Goethe ni du Racine, mais il ne faut pas non plus que ce soit un charabia incompr\u00e9hensible et bureaucratique.<\/p>\n\n\n\n

Les conclusions, plus courtes, plus cibl\u00e9es et plus sobres, se sont transform\u00e9es en un instrument plus efficace de communication. Il s\u2019agit d\u2019une \u00e9volution positive. Le vrai pouvoir vous dispense d\u2019\u00eatre trop verbeux.<\/p>Jim Cloos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Vous avez \u00e9t\u00e9 de toutes les crises et avanc\u00e9es majeures de l\u2019Union europ\u00e9enne, de la r\u00e9daction du Trait\u00e9 de Maastricht \u00e0 l\u2019accord sur le plan de relance europ\u00e9en Next Generation EU. Quel est votre regard sur l\u2019\u00e9volution politique et institutionnelle de la machine europ\u00e9enne ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je commencerai par dire o\u00f9 nous en sommes lorsque j\u2019arrive \u00e0 Bruxelles en 1985, une ann\u00e9e particuli\u00e8rement int\u00e9ressante, car il y a eu une concomitance rare de plusieurs \u00e9l\u00e9ments politiques importants. Lors du Conseil europ\u00e9en de Fontainebleau fin 1984, la Pr\u00e9sidence fran\u00e7aise a r\u00e9solu le probl\u00e8me du ch\u00e8que britannique, ce qui a permis d\u2019\u00e9claircir l\u2019horizon. Ensuite, l\u2019\u00e9conomie sort de la deuxi\u00e8me crise p\u00e9troli\u00e8re. Jacques Delors, nouvellement investi Pr\u00e9sident de la Commission, avec l\u2019aide du Commissaire britannique Lord Cockfield, trouve un projet f\u00e9d\u00e9rateur pour tous, \u00e0 savoir le d\u00e9veloppement du March\u00e9 unique. Afin de le r\u00e9aliser, les \u00c9tats membres d\u00e9cident la premi\u00e8re grande r\u00e9forme horizontale des trait\u00e9s, qui prend la forme de l\u2019Acte unique europ\u00e9en (AUE).<\/p>\n\n\n\n

1985 est aussi l\u2019ann\u00e9e de Schengen. Il s\u2019agit d\u2019un projet tr\u00e8s ambitieux d\u2019abolition des contr\u00f4les aux fronti\u00e8res int\u00e9rieures entre 5 \u00c9tats pionniers. Cela se fait par un trait\u00e9 intergouvernemental en dehors de la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne, mais toujours avec l\u2019objectif d\u2019une int\u00e9gration ult\u00e9rieure dans le giron communautaire, ce qui arrive par la suite avec le trait\u00e9 d\u2019Amsterdam. Enfin, l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019Espagne et du Portugal en 1986 permet d\u2019injecter du dynamisme avec deux pays enthousiastes pour lesquels l\u2019entr\u00e9e dans la Communaut\u00e9 est une fa\u00e7on de chasser les d\u00e9mons d\u2019un pass\u00e9 marqu\u00e9 par Franco et Salazar.  <\/p>\n\n\n\n

On ressent \u00e0 cette \u00e9poque une v\u00e9ritable Aufbruchsstimmung<\/em>, un vent  de renouveau europ\u00e9en. C\u2019est le  d\u00e9but d\u2019une p\u00e9riode de r\u00e9formes ininterrompues des trait\u00e9s qui se terminera avec le trait\u00e9 de Lisbonne en 2009. Je suis convaincu que c\u2019est ainsi qu\u2019il faut regarder l\u2019histoire \u201cr\u00e9cente\u201d de l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne pour comprendre la situation actuelle et \u00e9valuer la pertinence d\u2019une nouvelle r\u00e9forme. Ces modifications des trait\u00e9s sont dict\u00e9es par la volont\u00e9 de cr\u00e9er de nouvelles politiques, d’accro\u00eetre l\u2019efficacit\u00e9 des instruments, d\u2019augmenter les pouvoirs du Parlement europ\u00e9en. Il faut changer le trait\u00e9 pour cr\u00e9er une monnaie unique, lancer une politique \u00e9trang\u00e8re et de s\u00e9curit\u00e9 commune. La situation est diff\u00e9rente aujourd\u2019hui, \u00e0 mon avis. Le probl\u00e8me de nos jours est moins de modifier les trait\u00e9s que d\u2019en utiliser \u00e0 fond toutes les potentialit\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n

On ressent \u00e0 cette \u00e9poque une v\u00e9ritable Aufbruchsstimmung<\/em>, un vent  de renouveau europ\u00e9en. C\u2019est le  d\u00e9but d\u2019une p\u00e9riode de r\u00e9formes ininterrompues des trait\u00e9s qui se terminera avec le trait\u00e9 de Lisbonne en 2009. Je suis convaincu que c\u2019est ainsi qu\u2019il faut regarder l\u2019histoire \u201cr\u00e9cente\u201d de l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne pour comprendre la situation actuelle et \u00e9valuer la pertinence d\u2019une nouvelle r\u00e9forme.<\/p>Jim Cloos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Pour revenir aux ann\u00e9es 80 et 90 : tr\u00e8s vite apr\u00e8s l\u2019AUE, le vieux r\u00eave d\u2019une monnaie unique, qui remontait au rapport Werner de 1969, redevient d\u2019actualit\u00e9. C\u2019est logique dans le contexte d\u2019une marche forc\u00e9e vers la compl\u00e9tion du March\u00e9 unique. Il faut vaincre les r\u00e9ticences de l\u2019Allemagne. Or, d\u00e8s 1988, l\u2019Allemagne fait volte-face et le Ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res allemand de l\u2019\u00e9poque (H.D. Genscher) surprend tout le monde en appelant au lancement d\u2019une nouvelle conf\u00e9rence intergouvernementale sur une Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n

Puis, les choses s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent avec l’effondrement de L’Union sovi\u00e9tique et la perspective de la r\u00e9unification allemande. Kohl sait bien que celle-ci soulevait des craintes chez certains partenaires europ\u00e9ens. Il est intimement convaincu de la n\u00e9cessit\u00e9 de faire l\u2019Union politique en m\u00eame temps que l’Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire. Le trait\u00e9 de Maastricht est l\u2019aboutissement de cette dynamique politique. Ce trait\u00e9 est particuli\u00e8rement important car il poursuit les r\u00e9formes entreprises avec l\u2019Acte unique, couronne l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique avec la cr\u00e9ation d\u2019une monnaie unique, lance deux nouvelles politiques (la PESC et la Justice\/Affaires int\u00e9rieures) et cr\u00e9e une citoyennet\u00e9 europ\u00e9enne, compl\u00e9mentaire des citoyennet\u00e9s nationales.<\/p>\n\n\n\n

Les trait\u00e9s d\u2019Amsterdam et de Nice s’inscrivent dans cette continuit\u00e9, en revenant sur un certain nombre de th\u00e8mes qui n\u2019ont pas pu \u00eatre r\u00e9solus \u00e0 Maastricht. Le trait\u00e9 de Nice n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s pour une raison simple : la plupart des th\u00e8mes qu\u2019il y a \u00e0 traiter sont des dossiers \u00ab \u00e0 somme nulle \u00bb, comme la pond\u00e9ration pour les votes \u00e0 la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e, le nombre des membres du Parlement ou le nombre de commissaires. Il s\u2019agit de dossiers o\u00f9 les gains des uns signifient des pertes pour d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n

Quel regard portez-vous sur le traumatisme de 2005 et l\u2019\u00e9chec du trait\u00e9 \u00e9tablissant une constitution pour l\u2019Europe ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

L\u2019\u00e9chec du trait\u00e9 de Nice est \u00e0 l\u2019origine de la Convention sur l’avenir de l’Europe qui accouche du projet de trait\u00e9 constitutionnel. Contrairement \u00e0 ce qui est souvent dit, je consid\u00e8re que cette convention a en fin de compte \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s dans la mesure o\u00f9 elle a abouti \u00e0 un texte qui fut certes rejet\u00e9 suite aux votes populaires n\u00e9gatifs en France et aux Pays-Bas, mais dont beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e9ments se retrouvent ensuite dans le trait\u00e9 de Lisbonne. Je crois que le probl\u00e8me avec le trait\u00e9 constitutionnel fut moins celui de la substance que des symboles comme l\u2019hymne europ\u00e9en qui font croire \u00e0 une marche forc\u00e9e vers un \u00e9tat f\u00e9d\u00e9ral. La communication est trop ax\u00e9e sur une rh\u00e9torique f\u00e9d\u00e9raliste. Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing se voyait comme un nouveau p\u00e8re fondateur, dans la droite lign\u00e9e des p\u00e8res fondateurs am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n

Ensuite, les trait\u00e9s adopt\u00e9s jusqu\u2019alors \u00e9taient des trait\u00e9s d’amendement aux trait\u00e9s existants. Le Trait\u00e9 constitutionnel \u00e9tait le premier qui avait pour objectif de remplacer les trait\u00e9s existants. Cela a cr\u00e9\u00e9 une certaine confusion, comme sur les articles relatifs au droit de la concurrence qui n\u2019\u00e9taient pas nouveaux mais que certains ont per\u00e7u comme une transposition de la doctrine lib\u00e9rale dans un texte constitutionnel.<\/p>\n\n\n\n

Le Trait\u00e9 constitutionnel \u00e9tait le premier qui avait pour objectif de remplacer les trait\u00e9s existants. Cela a cr\u00e9\u00e9 une certaine confusion, comme sur les articles relatifs au droit de la concurrence qui n\u2019\u00e9taient pas nouveaux mais que certains ont per\u00e7u comme une transposition de la doctrine lib\u00e9rale dans un texte constitutionnel.<\/p>Jim Cloos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

A propos du trait\u00e9 constitutionnel, il y a un autre aspect. Les d\u00e9bats autour de ce trait\u00e9 ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 chez certains citoyens une m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative. Or, il s\u2019agit de la base conceptuelle du syst\u00e8me que nous avons b\u00e2ti apr\u00e8s les r\u00e9volutions fran\u00e7aise et am\u00e9ricaine et qui nous a plut\u00f4t bien servi. Je ne suis pas contre des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9mocratie directe, et la Conf\u00e9rence sur l\u2019avenir de l\u2019Europe doit permettre de r\u00e9pondre en partie \u00e0 cette question, mais je ne suis pas pour la remise en cause de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative.<\/p>\n\n\n\n

La Convention sur l’avenir de l’Europe comportait des repr\u00e9sentants des gouvernements des \u00c9tats membres, tous d\u00e9mocratiquement \u00e9lus, du Parlement europ\u00e9en directement \u00e9lu, des parlements nationaux et il y avait une repr\u00e9sentation de la soci\u00e9t\u00e9 civile, m\u00eame si celle-ci \u00e9tait effectivement cantonn\u00e9e \u00e0 un r\u00f4le consultatif. C\u2019est \u00e9videmment aux \u00c9tats membres de d\u00e9cider comment ratifier un trait\u00e9 mais je suis personnellement assez dubitatif quant \u00e0 l\u2019id\u00e9e de soumettre une question aussi complexe \u00e0 une consultation r\u00e9f\u00e9rendaire qui pose une question binaire, \u00ab oui \u00bb ou \u00ab non \u00bb. Les d\u00e9bats sont confisqu\u00e9s par des consid\u00e9rations politiques annexes.<\/p>\n\n\n\n

Estimez-vous que des changements institutionnels sont absolument indispensables pour franchir une nouvelle \u00e9tape europ\u00e9enne dans les ann\u00e9es \u00e0 venir ou pensez-vous que beaucoup peut encore \u00eatre fait \u00ab \u00e0 trait\u00e9 constant \u00bb ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Si l\u2019on \u00e9tudie le cheminement politico-institutionnel que je viens de r\u00e9sumer, on voit certaines lignes fortes qui permettent de mieux comprendre les dynamiques europ\u00e9ennes actuelles : un r\u00f4le tr\u00e8s fort du Conseil europ\u00e9en que le trait\u00e9 de Lisbonne ne fait que reconna\u00eetre formellement. Le Parlement europ\u00e9en s\u2019est vu conf\u00e9rer de nouveaux pouvoirs \u00e0 chaque trait\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 aboutir \u00e0 la cod\u00e9cision presque totale dans le domaine l\u00e9gislatif. Cette institution a \u00e9galement eu l\u2019intelligence de s\u2019imposer dans le jeu institutionnel \u00e0 partir des ambigu\u00eft\u00e9s techniques du trait\u00e9, comme sur le plan budg\u00e9taire par exemple. La Commission demeure une institution essentielle, dans la mesure o\u00f9 elle ma\u00eetrise \u00e0 la fois le calendrier et la technicit\u00e9 des dossiers et qu\u2019elle garde son droit d\u2019initiative l\u00e9gislatif exclusif. Le renforcement du PE et la pr\u00e9dominance du Conseil europ\u00e9en sont toutefois des facteurs qui encadrent plus son activit\u00e9 et son positionnement dans le jeu de pouvoir europ\u00e9en demeure fluctuant.  <\/p>\n\n\n\n

Je ne pense pas qu\u2019il faille aujourd\u2019hui se lancer dans une nouvelle grande n\u00e9gociation des trait\u00e9s. La gestion des crises de ces derni\u00e8res ann\u00e9es a montr\u00e9 que l\u2019Union peut, si elle fait preuve de volont\u00e9 politique, aller tr\u00e8s loin sur la base des trait\u00e9s actuels. Le cadre institutionnel est suffisamment d\u00e9velopp\u00e9 et stable pour ne pas agir comme frein de l\u2019ambition politique.<\/p>\n\n\n\n

La gestion des crises de ces derni\u00e8res ann\u00e9es a montr\u00e9 que l\u2019Union peut, si elle fait preuve de volont\u00e9 politique, aller tr\u00e8s loin sur la base des trait\u00e9s actuels. Le cadre institutionnel est suffisamment d\u00e9velopp\u00e9 et stable pour ne pas agir comme frein de l\u2019ambition politique.<\/p>Jim Cloos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Je ne suis pas convaincu par certaines id\u00e9es institutionnelles comme le syst\u00e8me des Spitzenkandidaten. <\/em>C\u2019est une id\u00e9e qui greffe sur notre syst\u00e8me institutionnel, qui est un syst\u00e8me d\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs et de l\u00e9gitimit\u00e9s multiples, une logique qui correspond au fonctionnement d\u2019un r\u00e9gime de majorit\u00e9 parlementaire comme il existe dans nos \u00c9tats membres. Si on pousse cette logique au bout, on porte pr\u00e9judice au r\u00f4le classique de la Commission qui  consiste \u00e0 rester en dehors des jeux politiques \u00e0 court terme tout en \u00e9tant \u00e9videmment une entit\u00e9 politique, mais de type sui generis<\/em>, avec une grande capacit\u00e9 technocratique, une vision \u00e0 long terme et une mission de d\u00e9fense de l\u2019int\u00e9r\u00eat commun. L\u2019initiative des Spitzenkandidat<\/em>en est n\u00e9e dans un contexte de jeu de pouvoir entre le Parlement et le Conseil europ\u00e9en, le Parlement essayant d\u2019interpr\u00e9ter le trait\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on imaginative en sa faveur. Pourtant, le trait\u00e9 est tr\u00e8s clair. Il confie au Conseil europ\u00e9en la mission de proposer un candidat pour la pr\u00e9sidence de la Commission, tout en tenant compte des \u00e9lections. Mais il ne pr\u00e9voit nulle part une quelconque automaticit\u00e9 entre une majorit\u00e9 au Parlement et la Pr\u00e9sidence de la Commission. En revanche, le Parlement doit donner son accord, cela signifie qu\u2019il peut dire non ! Cela plaide pour un dialogue plus s\u00e9rieux entre les institutions.<\/p>\n\n\n\n

Je suis encore moins convaincu par l\u2019id\u00e9e d\u2019une fusion des pr\u00e9sidences de la Commission et du Conseil europ\u00e9en. Ce sont deux institutions aux r\u00f4les tr\u00e8s diff\u00e9rents. Il faudrait dans une telle hypoth\u00e8se repenser tout le dispositif, avec une Union d\u2019un type nouveau. Je crois que ce n\u2019est ni r\u00e9aliste ni d\u2019actualit\u00e9 ni souhaitable en ce moment. Une des cons\u00e9quences imm\u00e9diates d\u2019un tel pr\u00e9sident unique serait probablement la transformation de facto<\/em> de la Commission en secr\u00e9tariat du Conseil europ\u00e9en, ce qui porterait un grave pr\u00e9judice \u00e0 son ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n

Le dispositif institutionnel imagin\u00e9 au d\u00e9part refl\u00e8te le fait que l\u2019Union est \u00e0 la fois une Union d\u2019\u00c9tats et de peuples. C\u2019est un syst\u00e8me qui a fait ses preuves et qui me semble correspondre plus \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit actuel dans l\u2019Union qu\u2019un syst\u00e8me calqu\u00e9 sur celui d\u2019un super \u00c9tat. Cela ne signifie pas que des ajustements sont impossibles, mais la l\u00e9gitimit\u00e9 politique europ\u00e9enne est multiple et ne peut \u00eatre r\u00e9duite seulement \u00e0 celle du peuple, des \u00c9tats d\u00e9mocratiquement \u00e9lus ou de l’int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n

Qu\u2019attendez-vous de la Conf\u00e9rence sur l\u2019avenir de l\u2019Europe et consid\u00e9rez-vous qu\u2019il peut s\u2019agir d\u2019un moment politique important pour l\u2019Union ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je n\u2019ai pas d\u2019attentes d\u00e9mesur\u00e9es par rapport \u00e0 cette conf\u00e9rence. Je suis assez d\u2019accord avec le mandat que le Conseil avait fix\u00e9 pour ses n\u00e9gociateurs. Il n\u2019y est pas question d\u2019exclure tout changement de trait\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de la conf\u00e9rence. Mais il insiste sur le fait que la conf\u00e9rence ne doit pas commencer par ce bout-l\u00e0. La Conf\u00e9rence sur l\u2019avenir de l\u2019Europe est une consultation citoyenne, pas un d\u00e9bat constitutionnel. Le dialogue citoyen doit \u00eatre repens\u00e9 et la conf\u00e9rence est une tentative fragile mais int\u00e9ressante de le faire. S\u2019il s\u2019av\u00e8re par la suite que pour r\u00e9aliser tel ou tel objectif, comme par exemple une union de la sant\u00e9, un changement partiel des trait\u00e9s est n\u00e9cessaire, eh bien, faisons-le ! Il ne faut rien exclure, mais il ne faut pas partir du pr\u00e9suppos\u00e9 qu\u2019il y aura changement de trait\u00e9 \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. C\u2019est une condition n\u00e9cessaire pour avoir un dialogue sur le fond des choses. La conf\u00e9rence serait une occasion g\u00e2ch\u00e9e si elle \u00e9tait confisqu\u00e9e par les ambitions politiques et se r\u00e9sumait \u00e0 une querelle de chapelles institutionnelles.<\/p>\n\n\n\n

Comme nous l\u2019\u00e9voquions plus t\u00f4t, les r\u00e9formes entre 1985 et 2009 interviennent dans un contexte o\u00f9 il est imp\u00e9ratif de faire \u00e9voluer l\u2019architecture institutionnelle de l\u2019Union. Or, \u00e0 l\u2019heure actuelle, le trait\u00e9 de Lisbonne nous donne les outils n\u00e9cessaires pour r\u00e9pondre aux d\u00e9fis actuels. Regardez ce qui a \u00e9t\u00e9 fait depuis le d\u00e9but de la crise du Covid-19. On a cr\u00e9\u00e9 des instruments qui \u00e9taient politiquement impensables quelques mois auparavant, comme le fonds de relance europ\u00e9en. Idem pour la passation conjointe de march\u00e9s pour l\u2019achat de vaccins. Cette initiative a connu des couacs, car on innovait, mais c\u2019est la voie \u00e0 suivre. Le  vrai probl\u00e8me r\u00e9side surtout dans le comportement assez scandaleux d\u2019Astra Zeneca. Dans quelques ann\u00e9es, personne ne remettra en cause la pertinence de ce dispositif qui n\u2019\u00e9tait nulle part pr\u00e9vu dans les textes mais qu\u2019on a pu faire. Il y a beaucoup de marge de man\u0153uvre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des trait\u00e9s. Tout est une question de volont\u00e9 politique.<\/p>\n\n\n\n

Vous avez d\u00e9di\u00e9 votre carri\u00e8re au compromis, \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de trouver un point d\u2019\u00e9quilibre dans les rapports de force de g\u00e9opolitique interne au niveau europ\u00e9en. Quel regard portez-vous sur l\u2019europ\u00e9anisation des opinions publiques nationales et l’\u00e9mergence progressive d\u2019une sc\u00e8ne et d’un espace politique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle continentale ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

J\u2019aime beaucoup le terme de g\u00e9opolitique interne qui est tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement employ\u00e9 par le Grand Continent<\/em>. A mes yeux, la beaut\u00e9 de l\u2019Union europ\u00e9enne r\u00e9side dans l\u2019interaction que cette structure permet entre les petits, les moyens et les grands. Mitterrand a employ\u00e9 une formule lors d\u2019une visite officielle au Luxembourg en 1995 : \u201cNous sommes tous \u00e9gaux en dignit\u00e9\u201d. Cette formule est parfaite \u00e0 mon sens. Les petits sont plus petits que les grands, la Chanceli\u00e8re allemande et le Pr\u00e9sident fran\u00e7ais ont plus de poids que les Premiers ministres belge, luxembourgeois ou danois, c\u2019est un fait politique ind\u00e9niable et il serait risible de vouloir l\u2019occulter. Cela \u00e9tant dit, chaque dirigeant europ\u00e9en a le m\u00eame temps de parole au sein du Conseil europ\u00e9en et chacun peut mettre son veto \u00e0 un dossier qu\u2019il consid\u00e8re particuli\u00e8rement sensible.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 mes yeux, la beaut\u00e9 de l\u2019Union europ\u00e9enne r\u00e9side dans l\u2019interaction que cette structure permet entre les petits, les moyens et les grands. Mitterrand a employ\u00e9 une formule lors d\u2019une visite officielle au Luxembourg en 1995 : \u00ab Nous sommes tous \u00e9gaux en dignit\u00e9 \u00bb. Cette formule est parfaite \u00e0 mon sens.<\/p>Jim Cloos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

\u00c0 cet \u00e9gard, je suis mal \u00e0 l\u2019aise avec l\u2019id\u00e9e d\u2019un passage forc\u00e9 \u00e0 la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e sur tous les dossiers, m\u00eame si l\u2019unanimit\u00e9 est parfois une source \u00e9vidente de blocages et d’atermoiements. Le vote \u00e0 la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e est d\u00e9sormais la norme dans presque tous les domaines l\u00e9gislatifs et cela est une bonne chose. Mais il y a des domaines tellement sensibles, car relevant de l\u2019essence m\u00eame des \u00c9tats, que le vote \u00e0 la majorit\u00e9 ne serait pas soutenable sur le plan politique et pourrait m\u00eame paradoxalement constituer une v\u00e9ritable menace de d\u00e9litement pour l\u2019Union. Pensez-vous par exemple qu\u2019il serait souhaitable et r\u00e9aliste que la Gr\u00e8ce ou Chypre soit mise en minorit\u00e9 sur les relations avec la Turquie ou les pays baltes vis-\u00e0-vis de la Russie ? Nous ne sommes pas les \u00c9tats-Unis d\u2019Europe \u00e0 ce stade, il faut savoir l\u2019accepter.<\/p>\n\n\n\n

Par ailleurs, une des cl\u00e9s du jeu politique en g\u00e9n\u00e9ral et de la politique europ\u00e9enne en particulier, r\u00e9side dans la capacit\u00e9 \u00e0 montrer de la retenue, m\u00eame lorsque vous avez le droit de passer au vote. Nous ne sommes pas une machine \u00e0 \u201cminoriser\u201d des \u00c9tats membres. Le vote qui a mis la Hongrie et la Pologne en minorit\u00e9 sur la question des quotas migratoires en 2015 \u00e9tait une erreur politique qui nous a caus\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment de probl\u00e8mes et qui a durablement divis\u00e9 l\u2019Europe. De plus, Schengen rend impossible la contention des flux migratoires au sein de l\u2019Union ; vous pouvez envoyer des migrants en Hongrie ou en Lettonie, ils finiront de toute fa\u00e7on plut\u00f4t t\u00f4t que tard en Allemagne ou en Su\u00e8de. Il est difficile aussi de fonder une politique aussi sensible sur un principe de r\u00e9partition math\u00e9matique et comptable.<\/p>\n\n\n\n

Une des cl\u00e9s du jeu politique en g\u00e9n\u00e9ral et de la politique europ\u00e9enne en particulier, r\u00e9side dans la capacit\u00e9 \u00e0 montrer de la retenue, m\u00eame lorsque vous avez le droit de passer au vote. Nous ne sommes pas une machine \u00e0 \u00ab minoriser \u00bb des \u00c9tats membres.<\/p>Jim Cloos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

En politique europ\u00e9enne, la menace du veto permet de garantir que chacun autour de la table reste raisonnable. Dans How Democracies Die<\/em>, Daniel Ziblatt et Steven Levitsky<\/a> parlent de l\u2019importance, dans une d\u00e9mocratie, de la tol\u00e9rance mutuelle et du concept d\u2019institutional forbearance<\/em>, \u00e0 savoir la capacit\u00e9 de discernement qui conduit \u00e0 ne pas exercer une action l\u00e9gale qui privil\u00e9gie intentionnellement un groupe d’individus au d\u00e9triment d’un autre. Je crois beaucoup \u00e0 cela. Et lorsque certains me disent que l\u2019unanimit\u00e9 et la recherche du consensus bloquent toujours tout, je leur rappelle que nous avons cr\u00e9\u00e9 une monnaie unique, une citoyennet\u00e9 europ\u00e9enne et un fonds de relance de 750 milliards sans recourir au moindre vote.<\/p>\n\n\n\n

Concernant la dynamique que vous d\u00e9crivez dans votre question relative \u00e0 l\u2019europ\u00e9anisation des opinions publiques nationales et l’\u00e9mergence progressive d\u2019une sc\u00e8ne et d’un espace politique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle continentale, je pense qu\u2019il n\u2019y a pas encore de demos<\/em> europ\u00e9en mais que nous connaissons des fr\u00e9missements ind\u00e9niables. Le d\u00e9bat sur le fond de relance \u00e9tait profond\u00e9ment europ\u00e9en, jusqu’au sein des pays frugaux dont l’opinion publique n\u2019\u00e9tait pas du tout unanime, contrairement \u00e0 ce que l\u2019on a voulu faire croire. Les d\u00e9bats au Parlement europ\u00e9en aussi sont aujourd\u2019hui tr\u00e8s diff\u00e9rents de ce qu\u2019ils \u00e9taient il y a 20 ans. On discute d\u00e9sormais de plus en plus par formation politique et de moins en moins par pays d\u2019origine. Je pense que ces dynamiques, pour l\u2019instant embryonnaires, auront un impact majeur sur l\u2019Union europ\u00e9enne. Si cela aboutit \u00e0 franchir un cap plus f\u00e9d\u00e9ral dans quelques ann\u00e9es, j\u2019y serais plut\u00f4t favorable mais je ne pense pas qu\u2019il faille forcer l\u2019aboutissement imm\u00e9diat de cette tendance lourde.<\/p>\n\n\n\n

Le d\u00e9bat sur le fond de relance \u00e9tait profond\u00e9ment europ\u00e9en, jusqu’au sein des pays frugaux dont l’opinion publique n\u2019\u00e9tait pas du tout unanime, contrairement \u00e0 ce que l\u2019on a voulu faire croire.<\/p>Jim Cloos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La qu\u00eate d\u2019autonomie strat\u00e9gique consiste \u00e0 se donner la capacit\u00e9 d’agir et la libert\u00e9 de ne pas \u00eatre d\u00e9pendant. Selon cette d\u00e9finition, il semblerait que l\u2019Europe fasse de l\u2019autonomie strat\u00e9gique depuis 2016 comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, \u00e0 savoir sans s\u2019en rendre compte. Pensez-vous que l\u2019Europe puisse avancer autrement que par les crises ? Comment passe-t-on de l’improvisation \u00e0 l’av\u00e8nement d\u2019un v\u00e9ritable corps politique<\/em> europ\u00e9en ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

On dit souvent que l\u2019Europe n\u2019avance que lorsqu\u2019elle est dos au mur. Cela est vrai, sauf en ce qui concerne le fameux effet Bruxelles, <\/em>notre approche r\u00e9gulatrice et l\u00e9gislative qui est constante et incroyablement efficace et qui fait de l\u2019Union un acteur de poids sur la sc\u00e8ne globale. En revanche, l\u2019Union, en raison de sa nature prot\u00e9iforme, est moins bien outill\u00e9e pour g\u00e9rer des crises dans l\u2019urgence. Chacune des crises de ces derni\u00e8res ann\u00e9es a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des faiblesses dans notre syst\u00e8me. C\u2019est l\u00e0-dessus qu\u2019il faut travailler. Et c\u2019est ici qu\u2019intervient cette notion d\u2019autonomie strat\u00e9gique dont on parle beaucoup de nos jours.<\/p>\n\n\n\n

Depuis 2016, nous avons en fait commenc\u00e9 \u00e0 faire de l\u2019autonomie strat\u00e9gique sans nous en rendre compte. Le d\u00e9bat est n\u00e9 a posteriori<\/em> et subsiste d\u00e9sormais pour une raison tr\u00e8s simple. Le monde \u00e9volue dans une direction qui ne correspond pas du tout aux attentes des Europ\u00e9ens dans les ann\u00e9es 1990, lorsque l\u2019Occident et le lib\u00e9ralisme politique semblaient avoir gagn\u00e9 la bataille. On le sait, le monde ne s\u2019est pas d\u00e9velopp\u00e9 dans ce sens, cela \u00e9tait perceptible d\u00e8s les guerres en ex-Yougoslavie. Par ailleurs, nous avons v\u00e9cu depuis 2008 une succession de crises presque existentielles qui ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des faiblesses et nous ont forc\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir. La crise des subprimes qui s\u2019est transform\u00e9e en crise de l\u2019euro a montr\u00e9 que l\u2019\u00e9cart entre le pilier \u00e9conomique d\u00e9centralis\u00e9 et le pilier mon\u00e9taire centralis\u00e9 de l\u2019Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire \u00e9tait trop important. Il fallait plus de coordination et c\u2019est ce que nous avons essay\u00e9 de faire dans l\u2019urgence avec l\u2019adoption de textes l\u00e9gislatifs et m\u00eame un nouveau trait\u00e9 intergouvernemental pour la gestion budg\u00e9taire. Cette crise a aussi montr\u00e9 que les contraintes qui pesaient sur l’activit\u00e9 de la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) \u00e9taient trop fortes et que la clause de \u201cnon-renflouement\u201d \u00e9tait interpr\u00e9t\u00e9e de fa\u00e7on trop restrictive. L\u2019Union a donc permis \u00e0 la BCE d\u2019innover tout en respectant le trait\u00e9. Ces \u00e9volutions n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 possibles en l\u2019absence de crise.<\/p>\n\n\n\n

La crise migratoire a montr\u00e9 qu\u2019en 2015 nous avons perdu le contr\u00f4le de nos fronti\u00e8res ext\u00e9rieures, ce qui met en p\u00e9ril l\u2019id\u00e9e m\u00eame de Schengen d\u2019un espace sans contr\u00f4les aux fronti\u00e8res int\u00e9rieures de l\u2019Union. En cons\u00e9quence, l\u2019Union investit pour renforcer Frontex, mais la r\u00e9forme de notre politique d\u2019asile et d\u2019immigration se fait toujours attendre. Dans la m\u00eame logique, la crise du Covid a permis d\u2019importantes innovations, du fonds de relance \u00e0 la flexibilisation des aides d\u2019\u00c9tat, en passant par la passation conjointe de march\u00e9s pour les vaccins. A froid, ces r\u00e9formes n’auraient pas \u00e9t\u00e9 possibles.<\/p>\n\n\n\n

La crise du Covid a permis d\u2019importantes innovations, du fonds de relance \u00e0 la flexibilisation des aides d\u2019\u00c9tat, en passant par la passation conjointe de march\u00e9s pour les vaccins. \u00c0 froid, ces r\u00e9formes n’auraient pas \u00e9t\u00e9 possibles.<\/p>Jim Cloos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Comment dessiner une strat\u00e9gie au long cours au niveau europ\u00e9en et faire en sorte que l\u2019Union aborde moins les probl\u00e8mes comme \u00ab pouvoir fragment\u00e9 \u00bb qui rel\u00e8ve les d\u00e9fis politiques dans une perspective sectorielle, sans n\u00e9cessairement parvenir \u00e0 relier les domaines d\u2019action entre eux ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Le moment est venu de \u201cd\u00e9passer Monsieur Jourdain\u201d. Il faut absolument que l\u2019Union europ\u00e9enne r\u00e9fl\u00e9chisse d\u00e9sormais activement aux termes de l\u2019autonomie strat\u00e9gique et s\u2019\u00e9loigne de l\u2019approche fragment\u00e9e \u00e0 laquelle vous faites r\u00e9f\u00e9rence. Le leadership en la mati\u00e8re doit \u00eatre pris par le Conseil europ\u00e9en, car c\u2019est la seule institution capable d\u2019int\u00e9grer les \u00e9l\u00e9ments internes et externes de l’Union dans un environnement d\u00e9cisionnel strat\u00e9gique, capable de r\u00e9agir rapidement et de fa\u00e7on d\u00e9cisive sur le plan politique. Apr\u00e8s 2016, la feuille de route de Bratislava ou encore le programme strat\u00e9gique 2019-2024 vont dans ce sens et sont autant de pierres \u00e0 l\u2019\u00e9dification d\u2019un cadre strat\u00e9gique au niveau europ\u00e9en. Il est \u00e9galement imp\u00e9ratif de ne pas aborder ce th\u00e8me uniquement sous le prisme des relations ext\u00e9rieures et de la d\u00e9fense. Il faudra \u00e0 mon sens faire un grand bilan de toutes nos grandes politiques (internes et externes) pour comprendre nos forces et nos faiblesses dans une perspective d\u2019ensemble. La Commission a un r\u00f4le essentiel \u00e0 jouer dans ce contexte. A cet \u00e9gard, un document de travail r\u00e9cent sur les d\u00e9pendances et capacit\u00e9s strat\u00e9giques europ\u00e9ennes est tr\u00e8s instructif car il permet par exemple de constater que l\u2019Europe est d\u00e9pendante de 75 \u00e0 100 % sur les m\u00e9taux rares ou que, parmi les 20 premi\u00e8res firmes digitales au monde, aucune n\u2019est europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n

Enfin, il faut que nous r\u00e9fl\u00e9chissions vraiment \u00e0 notre place dans le monde. Il est parfaitement inutile de se comparer constamment aux \u00c9tats-Unis, mais uniquement dans les domaines o\u00f9 nous sommes plus faibles et comme si nous \u00e9tions les \u00c9tats-Unis d\u2019Europe. Nous ne le sommes pas. Mais nous avons d\u2019\u00e9normes atouts et forces \u00e0 condition de mobiliser toutes nos ressources, sur le plan tant de l\u2019Union que sur le plan national. Dans le grand jeu qui est en train de se former, il faut surmonter nos lenteurs et nos divisions qui nous rendent tributaires des d\u00e9cisions de la Chine ou des \u00c9tats-Unis. Pensons-nous qu\u2019une nouvelle guerre froide est souhaitable ? Non, parce que la Chine est beaucoup plus dangereuse et forte que l\u2019Union sovi\u00e9tique, mais aussi parce que la s\u00e9dimentation d\u2019un bloc \u00c9tats-Unis\/Europe contre Chine\/Russie serait catastrophique pour le monde. Les Russes n\u2019ont pas une grande affinit\u00e9 avec les Chinois mais, si des blocs se forment, l\u2019alignement n\u2019est pas \u00e0 exclure et il serait na\u00eff de minimiser cette hypoth\u00e8se. Sur un tel \u00e9chiquier, l\u2019Europe serait in\u00e9vitablement oblig\u00e9e d\u2019\u00eatre le partenaire minoritaire des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n

Dans le grand jeu qui est en train de se former, il faut surmonter nos lenteurs et nos divisions qui nous rendent tributaires des d\u00e9cisions de la Chine ou des \u00c9tats-Unis.<\/p>Jim Cloos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Quel regard portez-vous sur le r\u00f4le des think tanks et la circulation du savoir entre la fonction publique europ\u00e9enne et le monde de la recherche ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Je suis convaincu que la communaut\u00e9 des think tanks<\/em> a un r\u00f4le crucial \u00e0 jouer. La comparaison avec ce qui se fait aux \u00c9tats-Unis est ici utile. A tout moment, il y a au sein du gouvernement am\u00e9ricain des responsables qui sont pass\u00e9s par le monde des think tanks<\/em> et r\u00e9ciproquement. En Europe, cela n\u2019existe pratiquement pas. Cette imperm\u00e9abilit\u00e9 entre le monde de la recherche et celui de la pratique r\u00e9elle de l\u2019action politique est une grande faiblesse. C\u2019est notamment \u00e0 cause de cela que nous ressassons des d\u00e9bats st\u00e9riles sur l\u2019intergouvernementalisme et le supranationalisme depuis plusieurs d\u00e9cennies, alors que ces termes et cat\u00e9gorisations mentales ne rendent pas vraiment compte du r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n

 \u00c0 tout moment, il y a au sein du gouvernement am\u00e9ricain des responsables qui sont pass\u00e9s par le monde des think tanks<\/em> et r\u00e9ciproquement. En Europe, cela n\u2019existe pratiquement pas. Cette imperm\u00e9abilit\u00e9 entre le monde de la recherche et celui de la pratique r\u00e9elle de l\u2019action politique est une grande faiblesse.<\/p>Jim Cloos<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

\u00c0 cet \u00e9gard, il y a une tendance \u00e0 syst\u00e9matiquement consid\u00e9rer ce qui est supranational comme \u00ab bon \u00bb et ce qui est intergouvernemental comme \u00ab mauvais \u00bb. Or, regardez ce que le Conseil europ\u00e9en, qui fonctionne selon la m\u00e9thode intergouvernementale, nous a permis de r\u00e9aliser. Je d\u00e9fie quiconque de me citer une \u00e9volution importante de l\u2019Union europ\u00e9enne depuis 1974 qui n\u2019ait pas \u00e9man\u00e9 du Conseil europ\u00e9en ou n\u2019ait \u00e9t\u00e9 endoss\u00e9e par lui. Certains chercheurs sont obnubil\u00e9s par cette dichotomie et ont m\u00eame invent\u00e9 le terme de nouvel intergouvernementalisme<\/em>. Ils sont un peu trop influenc\u00e9s par les positions du Parlement europ\u00e9en ou de la Commission europ\u00e9enne qui poussent, et c\u2019est naturel et l\u00e9gitime, pour une int\u00e9gration plus forte. Je suis plus int\u00e9ress\u00e9 par le d\u00e9bat sur comment l\u2019Europe peut devenir plus forte et plus r\u00e9siliente, par le moyen de mesures communautaires si possible, par une coop\u00e9ration intergouvernementale si n\u00e9cessaire, et par les efforts des \u00c9tats membres sur le plan national.<\/p>\n\n\n\n

Enfin, je suis tr\u00e8s en faveur des \u00e9changes entre les institutions car, selon une logique analogue \u00e0 la probl\u00e9matique du cloisonnement entre la fonction publique europ\u00e9enne et le monde des think tanks<\/em>, un fonctionnaire europ\u00e9en qui fait toute sa carri\u00e8re au Conseil, \u00e0 la Commission ou au Parlement finit in\u00e9vitablement par avoir une vision biais\u00e9e et incompl\u00e8te de l\u2019action europ\u00e9enne. Aucune des institutions ne peut fonctionner sans les autres. Le secret de l\u2019Union europ\u00e9enne r\u00e9side dans cette interaction institutionnelle permanente. Je voudrais vraiment que l\u2019on parle de l\u2019Union en tant que telle, car il ne faut jamais oublier qu\u2019elle n\u2019est fonctionnelle que si chaque institution joue son r\u00f4le. T\u00e2che \u00e0 chacun de jouer ce r\u00f4le le plus intelligemment possible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Jim Cloos a pass\u00e9 la plus grande partie de sa carri\u00e8re \u00e0 Bruxelles, au service de l\u2019Europe. Du trait\u00e9 de Maastricht au plan de relance, il analyse trois d\u00e9cennies de g\u00e9opolitique europ\u00e9enne interne au prisme des dynamiques interinstitutionnelles, \u00ab  recette  \u00bb de l’Union pour faire face aux crises sans changer le cadre.<\/p>\n","protected":false},"author":1623,"featured_media":110960,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-studies.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1731],"tags":[],"geo":[534],"class_list":["post-110655","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","staff-sebastien-lumet","geo-bulles"],"acf":[],"yoast_head":"\n35 ans de politique europ\u00e9enne, une conversation avec Jim Cloos | Le Grand Continent<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/06\/18\/35-ans-de-politique-europeenne-une-conversation-avec-jim-cloos\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"35 ans de politique europ\u00e9enne, une conversation avec Jim Cloos | Le Grand Continent\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Jim Cloos a pass\u00e9 la plus grande partie de sa carri\u00e8re \u00e0 Bruxelles, au service de l\u2019Europe. 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