{"id":109905,"date":"2021-06-07T10:41:16","date_gmt":"2021-06-07T08:41:16","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=109905"},"modified":"2021-06-07T12:07:37","modified_gmt":"2021-06-07T10:07:37","slug":"nous-nous-battons-pour-le-futur-pas-pour-le-passe-conversation-avec-inigo-errejon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/06\/07\/nous-nous-battons-pour-le-futur-pas-pour-le-passe-conversation-avec-inigo-errejon\/","title":{"rendered":"\u00ab Nous nous battons pour le futur, pas pour le pass\u00e9 \u00bb, conversation avec \u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n"},"content":{"rendered":"\n
\u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n est d\u00e9put\u00e9 aux Cortes Generales, chef de file du parti M\u00e1s Pa\u00eds et docteur en sciences politiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n Je dois avouer qu’il est compliqu\u00e9 d’analyser quelque chose auquel j’ai particip\u00e9. Cela vous place toujours dans une position interm\u00e9diaire. Quand on analyse les choses avec un certain recul, on voit beaucoup plus clairement tous les facteurs. Lorsque, en plus de les analyser, vous les faites, vous m\u00e9langez beaucoup de choses. En politique – c’est une mauvaise chose \u00e0 dire parce que cela ne semble pas \u00eatre une chose sophistiqu\u00e9e – l’inattendu, la chance sont des facteurs tr\u00e8s circonstanciels qui, \u00e0 la fin, jouent beaucoup et finissent par devenir d\u00e9cisifs.<\/p>\n\n\n\n Tout d’abord, je crois que lorsqu’Isabel D\u00edaz Ayuso convoque les \u00e9lections, elle le fait alors qu’elles sont pratiquement gagn\u00e9es pour des raisons circonstancielles et structurelles. Parmi les raisons conjoncturelles, il y a la mani\u00e8re dont elle les appelle pour \u00e9triller son partenaire [Ciudadanos], qui n’a pratiquement plus de place et qui, de plus, n’ose pas demander le vote pour former un gouvernement alternatif. Il demande plut\u00f4t \u00e0 voter pour continuer \u00e0 faire partie d’un gouvernement dans lequel sa pr\u00e9sidente ne veut pas d’eux et dans lequel sa pr\u00e9sidente se tourne clairement vers un autre partenaire probable.<\/p>\n\n\n\n D’autre part, je crois qu’Isabel D\u00edaz Ayuso part avec de nombreux avantages car, depuis longtemps, Madrid est un laboratoire n\u00e9olib\u00e9ral, comme on dit. Il a \u00e9t\u00e9 configur\u00e9 comme une formation sociale consolid\u00e9e de la subjectivit\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n En premier lieu, parce que, tout simplement, quand un parti gouverne une r\u00e9gion pendant 26 ans, il a la machinerie, l’insertion territoriale, les cadres et le contact avec le territoire qui sont tr\u00e8s bien huil\u00e9s. C’est donc une machine plus puissante que cette machine qui aspire plut\u00f4t \u00e0 d\u00e9fier.<\/p>\n\n\n\n <\/p>\n\n\n\n Deuxi\u00e8mement, parce que Madrid est configur\u00e9e comme un grand centre qui extrait les revenus du reste du pays et vide toutes les provinces qui sont \u00e0 moins de 3 heures de la capitale. Ainsi, il g\u00e9n\u00e8re un transfert de revenus entre les provinces limitrophes, les communaut\u00e9s autonomes limitrophes et les \u00e9lites de Madrid. Il extrait les revenus d’autres r\u00e9gions du pays, non pas pour les transf\u00e9rer \u00e0 tous les Madril\u00e8nes, mais aux \u00e9lites de Madrid. Le dumping fiscal de Madrid est pay\u00e9 par la partie la plus vide et appauvrie de l’Espagne, au service d’une redistribution vers ceux qui ont plus. Cela est possible parce que l’effet de capital, que Madrid accumule avec les services, les administrations publiques, une bonne partie des soci\u00e9t\u00e9s de services financiers et les entreprises d’infrastructure, permet des r\u00e9ductions d’imp\u00f4ts par le haut. Il y a de nombreuses ann\u00e9es, en 2001, Pascual Maragal a \u00e9crit un article dans El Pa\u00eds<\/em> intitul\u00e9 \u00ab Madrid se va<\/a> \u00bb, qui mettait en garde contre la dynamique dans laquelle Madrid \u00e9tait plong\u00e9e ; une dynamique qui la s\u00e9parait de plus en plus \u00e9conomiquement, culturellement et politiquement de la dynamique espagnole. Il s’agit d’un probl\u00e8me national et en aucun cas d’une question purement r\u00e9gionale.<\/p>\n\n\n\n Troisi\u00e8mement, parce que l’aiguisement des conflits nationaux en Espagne, du conflit de la plurinationalit\u00e9, a produit une situation curieuse. La droite espagnole s’est retir\u00e9e sur la Meseta. Ils sont moins comp\u00e9titifs, alors qu\u2019ils le sont beaucoup plus dans les communaut\u00e9s monolingues. L’aggravation du conflit national et territorial en Espagne engendre des signes oppos\u00e9s selon les communaut\u00e9s autonomes. \u00c0 Madrid, elle a provoqu\u00e9 la mont\u00e9e d’une certaine identit\u00e9 espagnole bless\u00e9e, construite contre les p\u00e9riph\u00e9ries et tr\u00e8s homog\u00e9n\u00e9is\u00e9e par les \u00e9l\u00e9ments les plus conservateurs.<\/p>\n\n\n\n Quatri\u00e8mement, et surtout, parce qu’une v\u00e9ritable anthropologie n\u00e9olib\u00e9rale a \u00e9t\u00e9 construite \u00e0 Madrid. L’\u00e9lecteur qui se rend aux urnes apr\u00e8s 26 ans de gouvernance du Parti populaire (PP) n’est plus le m\u00eame qu’il y a 26 ans. La caract\u00e9ristique la plus importante de l’h\u00e9g\u00e9monie est qu’elle modifie la subjectivit\u00e9 des individus et des populations. Et cela signifie que le terrain de jeu a chang\u00e9 aujourd’hui.<\/p>\n\n\n\n Isabel D\u00edaz Ayuso part avec de nombreux avantages car, depuis longtemps, Madrid est un laboratoire n\u00e9olib\u00e9ral, comme on dit. Il a \u00e9t\u00e9 configur\u00e9 comme une formation sociale consolid\u00e9e de la subjectivit\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale.<\/p>\u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La gauche en g\u00e9n\u00e9ral continue de penser qu’\u00e0 Madrid, comme dans n’importe quelle situation dans le monde, deux composantes suffisent : la popularit\u00e9 et la mobilisation. En r\u00e9alit\u00e9, elle pense ainsi parce qu’elle croit que la carte est \u00e0 50-50. La m\u00e9taphore gauche-droite nous permet de penser qu’il y a deux moiti\u00e9s. Ensuite, si la gauche \u00e0 50 % s’unit et se mobilise suffisamment, elle gagne. C’est une croyance qui, bien qu’elle ne passe pas les tests empiriques, est profond\u00e9ment enracin\u00e9e. Au contraire, en r\u00e9alit\u00e9, au moment o\u00f9 les \u00e9lections sont convoqu\u00e9es \u00e0 Madrid, l’adversaire est d\u00e9j\u00e0 gagnant.<\/p>\n\n\n\n Pourquoi gagne-t-il ? En raison d’une s\u00e9rie de transformations de la vie quotidienne qui ont fait que les candidats de la droite n’ont plus qu’\u00e0 vous demander de voter en fonction de votre comportement dans de nombreuses situations de votre vie quotidienne. Par exemple, le facteur de toute l’attaque contre les services publics et leur privatisation ou externalisation a \u00e9t\u00e9 le fait que ces services ne sont pas souhaitables pour les plus pauvres et que les salari\u00e9s ayant plus de pouvoir d’achat et les secteurs moyens en ont \u00e9t\u00e9 progressivement expuls\u00e9s. Par cons\u00e9quent, ils ne les utilisent pas, ils ne pensent pas qu’il soit n\u00e9cessaire de les financer. Pourquoi payerait-on des imp\u00f4ts pour financer des services publics qui ne sont plus universels et d’excellence, mais exclusivement destin\u00e9s \u00e0 tous ceux qui n’ont pas les moyens de payer des services privatis\u00e9s ?<\/p>\n\n\n\n Cela se produit \u00e9galement avec l’urbanisme, construit autour d’une id\u00e9e de d\u00e9sint\u00e9gration et de fragmentation des communaut\u00e9s traditionnelles. Cela se produit \u00e0 cause de la politique d\u00e9sinhib\u00e9e du PP qui consiste \u00e0 d\u00e9truire l’ensemble du tissu associatif. Cela commence par de petites choses : refuser tout local \u00e0 une association de quartier dans un quartier, emp\u00eacher les groupes culturels et les groupes de jeunes du quartier d’installer des stands dans les festivals de leur ville, effacer toute peinture murale dans n’importe quel quartier de la ville de Madrid. Certains appellent cela une \u00ab guerre culturelle \u00bb. Le PP le comprend parfaitement. Il sait qu’il s’agit d’un processus id\u00e9ologique de transformation des conditions dans lesquelles on peut \u00eatre citoyen \u00e0 Madrid. On est un citoyen de Madrid dans la mesure o\u00f9 l’on roule sur ses routes, o\u00f9 l’on consomme et, tout au plus, o\u00f9 l’on vote le jour o\u00f9 l’on est cens\u00e9 le faire. Il s’agit d’un processus de dissolution de la communaut\u00e9 pour ne laisser qu’un groupe d’individus qui ne sont unis que par les routes qu’ils empruntent et par des liens mercantiles.<\/p>\n\n\n\n On est un citoyen de Madrid dans la mesure o\u00f9 l’on roule sur ses routes, o\u00f9 l’on consomme et, tout au plus, o\u00f9 l’on vote le jour o\u00f9 l’on est cens\u00e9 le faire. Il s’agit d’un processus de dissolution de la communaut\u00e9 pour ne laisser qu’un groupe d’individus qui ne sont unis que par les routes qu’ils empruntent et par des liens mercantiles. <\/p>\u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n C’est dans ce contexte qu’arrive la campagne \u00e9lectorale. Les m\u00e9dias ont beaucoup sp\u00e9cul\u00e9 sur un \u00e9ventuel changement de direction de la campagne avec les balles, l’antifascisme, le danger, la polarisation. En r\u00e9alit\u00e9, la campagne ne change pas beaucoup par rapport \u00e0 son approche initiale. Il y a une sorte de bulle d’attention sur des questions qui, en fin de compte, ne sont pas d\u00e9cisives.<\/p>\n\n\n\n Les deux formations qui sont sorties en premi\u00e8re et en deuxi\u00e8me positions, dont la n\u00f4tre donc, sont les formations qui sont sorties pour contester l’avenir, pas le pass\u00e9. Nous ne sommes pas all\u00e9s disputer \u00e0 D\u00edaz Ayuso les \u00e9lections de 1931, ou 1933, ou 1978, ou 1985, ou 1994. Nous sommes all\u00e9s disputer les \u00e9lections de 2021, en essayant d’offrir une alternative aussi d\u00e9sirable pour l’avenir que celle propos\u00e9e par la droite, m\u00eame si elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 choisie comme \u00e9tant \u00e9galement d\u00e9sirable. De son c\u00f4t\u00e9, cet avenir est \u00e0 la fois la libert\u00e9 et le privil\u00e8ge de ceux qui peuvent se le permettre, de faire ce qu’ils veulent sans aucune responsabilit\u00e9 envers les autres. \u00ab Des milliers de personnes \u00e2g\u00e9es sont mortes dans les maisons de retraite de Madrid, mais nous voulons tous tourner la page, regarder en avant et sourire ; nous, les Madril\u00e8nes, sommes comme \u00e7a \u00bb : une construction tr\u00e8s int\u00e9ressante de l’identit\u00e9 madril\u00e8ne, non pas tant sur le fait d’\u00eatre Madril\u00e8ne, mais d’\u00eatre \u00e0 Madrid. \u00catre \u00e0 Madrid est un ensemble de traits associ\u00e9s \u00e0 la consommation, \u00e0 l’anonymat et \u00e0 une relation quelque peu frivole avec l’autre : nous sommes tous amis parce que personne n’est d’ici, mais nous sommes tous d’ici ; nous avons tous travers\u00e9 des moments tr\u00e8s difficiles, mais ne regardons pas en arri\u00e8re. Il s’agit clairement d’une id\u00e9e de l’avenir et de la libert\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique de Madrid. Nous sommes all\u00e9s la contester avec une autre id\u00e9e de l’avenir et de la libert\u00e9, qui a davantage \u00e0 voir avec l’empathie, la durabilit\u00e9, le soin, une vie plus lente et plus agr\u00e9able, une sorte de repolitisation de la vie quotidienne, partiellement r\u00e9ussie – partiellement parce que nous nous en sortons bien, partiellement parce que la droite gagne largement.<\/p>\n\n\n\n Nous sommes all\u00e9s disputer les \u00e9lections de 2021, en essayant d’offrir une alternative aussi d\u00e9sirable pour l’avenir que celle propos\u00e9e par la droite.<\/p>\u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le PSOE change sa strat\u00e9gie \u00e9lectorale trois ou quatre fois pendant la campagne. Il m\u00e8ne une campagne, puis l’inverse, et encore l’inverse. Il le fait probablement parce qu’il est prisonnier de questions sur lesquelles son \u00e9lectorat est divis\u00e9 et qui lui rendent la t\u00e2che tr\u00e8s difficile. Quand on se retrouve comme \u00e7a en politique, on est dans une situation tr\u00e8s compliqu\u00e9e. Je ne pense pas que Vox \u00e9tait tellement sur le vote de la classe ouvri\u00e8re. Il y a un fantasme qui est devenu tr\u00e8s \u00e0 la mode chez les faiseurs d’opinion : la droite serait en train de prendre ce vote parce qu’elle traite des questions mat\u00e9rielles et non des questions culturelles et identitaires. Non, Vox n’allait pas \u00e0 Vallecas pour le vote de Vallecas. Vox se rendait \u00e0 Vallecas pour chercher des dissidents et ainsi contester le vote dans les fiefs de droite du PP. Nous \u00e9tions cens\u00e9s \u00eatre comme la formation verte, post-mat\u00e9rielle \u2013 ce n\u2019est pas ce que je dis moi n\u00e9cessairement mais ce qu\u2019affirment les analyses habituelles. Or, il s’av\u00e8re que dans une bonne partie des quartiers populaires du sud de Madrid nous sommes la premi\u00e8re force du bloc progressiste. Je pense que Unidas Podemos m\u00e8ne une campagne extr\u00eament bas\u00e9e sur un antifascisme rh\u00e9torique. Il n’oppose pas \u00e0 ce fascisme un avenir, un d\u00e9sir diff\u00e9rent de celui d’Ayuso, mais plut\u00f4t une certaine \u00e9thique de la r\u00e9sistance, du r\u00e9sistancialisme.<\/p>\n\n\n\n Je ne pense pas que Vox \u00e9tait tellement sur le vote de la classe ouvri\u00e8re. Il y a un fantasme qui est devenu tr\u00e8s \u00e0 la mode chez les faiseurs d’opinion : la droite serait en train de prendre ce vote parce qu’elle traite des questions mat\u00e9rielles et non des questions culturelles et identitaires.<\/p>\u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je crois que Ciudadanos opte encore pour le suicide, probablement en raison de la position id\u00e9ologique de ses dirigeants : ils n’osent pas se dissocier du PP, tout en sachant qu’il est en train de les engloutir. Ainsi se dessine un sc\u00e9nario dans lequel Ayuso veut se hisser \u00e0 la t\u00eate d’un bastion de l’opposition au gouvernement national. Et, en r\u00e9alit\u00e9, ce n’est pas une grande nouveaut\u00e9. Derni\u00e8rement – probablement depuis Zapatero, \u00e0 chaque fois qu’il y a eu des gouvernements de centre-gauche en Espagne, Madrid et les dirigeants de la droite madril\u00e8ne se transforment en une sorte de forteresse contre la dynamique du gouvernement national.<\/p>\n\n\n\n Malgr\u00e9 ce qui a \u00e9t\u00e9 dit, il est vrai que Madrid n’est pas toute l’Espagne, donc les \u00e9lections \u00e0 Madrid ne peuvent pas \u00eatre extrapol\u00e9es. Cela est tout d\u2019abord vrai, par exemple, pour notre r\u00e9sultat. Le r\u00e9sultat de MM n’est pas la m\u00eame chose que le cours possible de M\u00e1s Pa\u00eds<\/em>. Cependant, il est certain que les \u00e9lections \u00e0 Madrid repr\u00e9sentent un certain changement dans le climat politique en Espagne. Je ne sais pas si \u00e7a va durer ou pas. Je pense, par exemple, que la d\u00e9cision – qui me semble juste – que le gouvernement national a prise concernant le pardon des dirigeants politiques emprisonn\u00e9s en Catalogne indique que le gouvernement veut gagner la l\u00e9gislature. Il ne veut pas d’\u00e9lections prochainement. Il prend une d\u00e9cision dont il sait qu’elle lui co\u00fbtera en Espagne, et il la prend parce qu’il est parti du principe que la l\u00e9gislature doit durer, parce que le climat a sans doute chang\u00e9 vers une certaine renaissance des espoirs conservateurs.<\/p>\n\n\n\n Le probl\u00e8me de Madrid comme une sorte de forteresse n\u00e9olib\u00e9rale qui produit un autre type d’anthropologie, et qui est de plus en plus d\u00e9tach\u00e9e de la dynamique g\u00e9n\u00e9rale du pays, n’est pas un probl\u00e8me madril\u00e8ne. C’est un probl\u00e8me d’envergure nationale, de construction territoriale tr\u00e8s faible, tr\u00e8s d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e, qui permet ce genre de chauvinisme madril\u00e8ne contre la possibilit\u00e9 d’une Espagne territoriale et socialement questionn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n La crise, devenue une v\u00e9ritable crise d’h\u00e9g\u00e9monie, qui a commenc\u00e9 en 2008 avec la gestion n\u00e9olib\u00e9rale de la politique d’aust\u00e9rit\u00e9 et de coupes, est une crise qui n’a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue. Ce qui se passe c’est que les traductions \u00e9lectorales de cette crise sont tr\u00e8s us\u00e9es et aujourd’hui, elles ne repr\u00e9sentent pas une alternative de pouvoir aux formations politiques traditionnelles. Cependant, l\u2019un et l’autre ne sont pas la m\u00eame chose. Le fait qu’en Espagne l’ascenseur social ait \u00e9t\u00e9 bris\u00e9, que les m\u00e9canismes de repr\u00e9sentation et de n\u00e9gociation sur les lieux de travail aient \u00e9t\u00e9 pulv\u00e9ris\u00e9s, que les m\u00e9canismes d’articulation entre les communaut\u00e9s autonomes et le dialogue territorial aient \u00e9t\u00e9 bris\u00e9s – s\u00fbrement depuis l’arr\u00eat constitutionnel sur le statut de la Catalogne -, c’est-\u00e0-dire que le dialogue entre les g\u00e9n\u00e9rations, entre les territoires, entre les concertations sociales n’a aujourd’hui aucune institution pour le canaliser, continue de marquer une grave crise structurelle. De plus, chaque fois qu’il y a des turbulences internationales, l’\u00e9troitesse et la fragilit\u00e9 du mod\u00e8le \u00e9conomique espagnol font que les crises sont beaucoup plus importantes que celles de notre environnement. On disait autrefois que c’\u00e9tait le cas parce qu’il s’agissait d’une crise financi\u00e8re. Mais survient une crise pour une raison autre que financi\u00e8re et l’Espagne est plus durement touch\u00e9e parce que, tout simplement, en Espagne, nous ne produisons pas de choses et parce que nous sommes d\u00e9pendants de facteurs tr\u00e8s volatils.<\/p>\n\n\n\n La crise, devenue une v\u00e9ritable crise d’h\u00e9g\u00e9monie, qui a commenc\u00e9 en 2008 avec la gestion n\u00e9olib\u00e9rale de la politique d’aust\u00e9rit\u00e9 et de coupes, est une crise qui n’a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue. Ce qui se passe c’est que les traductions \u00e9lectorales de cette crise sont tr\u00e8s us\u00e9es et aujourd’hui, elles ne repr\u00e9sentent pas une alternative de pouvoir aux formations politiques traditionnelles.<\/p>\u00cd\u00f1igo Errej\u00f3n<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Je suis d’accord pour dire que la crise est une crise structurelle, m\u00eame si les instruments politiques forg\u00e9s pour la r\u00e9soudre dans un sens r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur et progressiste sont \u00e0 bout de souffle, et ne repr\u00e9sentent pas aujourd’hui une alternative de pouvoir. Cela ne signifie pas qu’il existe une solution ou que nous voyons une solution \u00e0 la crise. Il est vrai qu’\u00e0 Madrid, il n’y a pas deux blocs 50-50 et c’est ce qui explique que le PP m\u00e8ne une campagne tr\u00e8s offensive sur le plan id\u00e9ologique. Il a commenc\u00e9 avec le \u00ab communisme-libert\u00e9 \u00bb, mais il l’a abandonn\u00e9 tr\u00e8s vite. Cela a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement transform\u00e9 en, simplement, \u00ab libert\u00e9 \u00bb, en termes tr\u00e8s id\u00e9ologiques. D’une mani\u00e8re, pour moi, inexplicable, les deux autres formations progressistes ont joyeusement adopt\u00e9 le cadre id\u00e9ologique de l’adversaire, comprenant qu’il pouvait fonctionner pour eux dans une communaut\u00e9 autonome marqu\u00e9e par 26 ans de politique de l’adversaire. Il n’est donc pas surprenant que, lorsque l’adversaire choisit les termes communisme-libert\u00e9, puis libert\u00e9, et que vous lui r\u00e9pondez \u00ab no pasar\u00e1n<\/em>\u00ab , il finisse par passer – et je le dis avec beaucoup de douleur. En plus, cela s’est produit deux fois \u00e0 Madrid et, par cons\u00e9quent, cela a des cons\u00e9quences sur la subjectivit\u00e9 de ceux qui doivent aller voter.<\/p>\n\n\n\n En Espagne, il est vrai que la situation est diff\u00e9rente. La corr\u00e9lation des blocs, jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent, semble \u00eatre plus \u00e9quilibr\u00e9e, avec deux ajouts. Tout d’abord, il semble que le bris d’\u00e9galit\u00e9 soit produit par les d\u00e9put\u00e9s \u00e9lus en Catalogne, jusqu’\u00e0 pr\u00e9sent avec des majorit\u00e9s claires dans une direction progressiste. Deuxi\u00e8mement, la derni\u00e8re \u00e9tude du Centre de recherches sociologiques espagnol montrait un ph\u00e9nom\u00e8ne tr\u00e8s inqui\u00e9tant : le bloc gouvernemental ne conserve la majorit\u00e9 que dans deux communaut\u00e9s autonomes monolingues, Gran Canarias et Asturias. Cela signifie qu’en r\u00e9alit\u00e9, dans l’Espagne mononationale, une \u00e9rosion acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e a lieu contre la base d’\u00e9lecteurs qui ont vot\u00e9 pour le Parti socialiste, certains d’entre eux \u00e9tant pr\u00eats \u00e0 voter pour le PP. Les derniers sondages montrent d\u00e9j\u00e0 un transfert de voix – pas massif, bien s\u00fbr, mais dans une situation aussi serr\u00e9e, il peut \u00eatre tr\u00e8s significatif.<\/p>\n\n\n\n En ce sens, la sant\u00e9 du gouvernement ne d\u00e9pend pas du nombre de candidats, ni des grands sondages, ni des grandes annonces. Il d\u00e9pend du fait que le gouvernement donne des arguments \u00e0 ceux qui ont vot\u00e9 pour lui pour qu\u2019ils continuent \u00e0 le d\u00e9fendre. Si vous \u00eates un \u00e9lecteur progressiste et que vous avez un membre de votre famille ou un coll\u00e8gue de travail qui est offensif, harceleur, insultant et tr\u00e8s critique \u00e0 l’\u00e9gard de ce gouvernement, vous avez besoin aujourd’hui de plus d’arguments qui n’ont pas encore \u00e9t\u00e9 produits pour le d\u00e9fendre. En pratique, il reste deux ans avant la tenue des \u00e9lections. Si le gouvernement a subi un affaiblissement, ce n’est pas \u00e0 cause d’une quelconque projection de sondages ou de candidatures. C’est simplement parce que ses \u00e9lecteurs ont besoin d’arguments pour le d\u00e9fendre.<\/p>\n\n\n\n Ce gouvernement va payer le m\u00eame prix, qu’il transforme les choses ou non, car il sera \u00e9galement catalogu\u00e9 comme un gouvernement subversif. Il paye ce prix pour le simple fait d’exister. La concession patrimoniale du pouvoir dont dispose la droite en Espagne fait que, d\u00e8s qu’elle perd le pouvoir, le gouvernement suivant est un gouvernement qui rompt la cohabitation. Certaines personnes demandaient quelle \u00e9tait la diff\u00e9rence entre les escraches aux politiciens conservateurs et les protestations, par exemple, au domicile d’Irene Montero et de Pablo Iglesias. La diff\u00e9rence fondamentale est que, dans ce dernier cas, ils ne protestent pas contre une ou deux mesures, ou contre une politique. Ils protestent contre leur existence. Ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme ill\u00e9gitime, c’est l’existence de l’autre et sa pr\u00e9sence dans le gouvernement. Le gouvernement de Pedro S\u00e1nchez va payer le m\u00eame prix pour aboyer que pour mordre. Par cons\u00e9quent, \u00e9tant donn\u00e9 qu’il va payer le m\u00eame prix, il doit essayer de faire ces deux choses et nous devons contribuer \u00e0 ce qu’il les fasse.<\/p>\n\n\n\n Tout d’abord, il doit contribuer \u00e0 un r\u00e9armement moral des \u00e9lecteurs progressistes, qui doivent \u00e0 nouveau avoir des raisons d’esp\u00e9rer, de garder espoir et de d\u00e9fendre ce gouvernement dans les conversations de la vie quotidienne. Je pense que, comme toujours, le PSOE va croire qu’il peut \u00eatre r\u00e9formiste sans toucher \u00e0 un seul des privil\u00e8ges du bloc oligarchique – je crois vraiment qu’il y a un bloc dominant en Espagne, un bloc oligarchique tr\u00e8s \u00e9troit en termes \u00e9conomiques. Et il n’y a pas beaucoup de marge pour cela. Quelle marge le PSOE va-t-il trouver ? Comme toujours : l’Europe. L’Europe peut m’aider \u00e0 faire avancer les choses en Espagne, sans changer la corr\u00e9lation des pouvoirs.<\/p>\n\n\n\nUne grande partie de la campagne d’Isabel D\u00edaz Ayuso s\u2019est fond\u00e9e sur l’id\u00e9e que cette \u00e9lection \u00e9tait une lutte entre \u00ab communisme ou libert\u00e9 \u00bb. Dans le contexte des restrictions de la pand\u00e9mie, Ayuso a assimil\u00e9 l’id\u00e9e de \u00ab libert\u00e9 \u00bb \u00e0 l’\u00e9limination des restrictions qui, selon ce discours, constitueraient un obstacle au progr\u00e8s \u00e9conomique de Madrid, assimilant en outre cette id\u00e9e de libert\u00e9 \u00e0 une identit\u00e9 particuli\u00e8rement madril\u00e8ne. Dans quelle mesure la victoire d’Ayuso \u00e0 ces \u00e9lections est-elle due au succ\u00e8s de cette strat\u00e9gie ? Quels enseignements peut-on tirer de ces r\u00e9sultats ?<\/h3>\n\n\n\n
Votre parti, M\u00e1s Madrid<\/em> (MM), a d\u00e9pass\u00e9 le Parti socialiste (PSOE) et a obtenu un tr\u00e8s bon r\u00e9sultat. Quel est l’\u00e9l\u00e9ment distinctif qui a permis \u00e0 MM de se d\u00e9marquer du reste des partis de gauche ? Faut-il chercher cet \u00e9l\u00e9ment dans la strat\u00e9gie de communication du parti, dans la candidature de M\u00f3nica Garc\u00eda, dans les erreurs commises par les autres ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Quel r\u00f4le pourrait jouer M\u00e1s Pa\u00eds <\/em>par rapport \u00e0 la crise structurelle \u00e0 laquelle Jorge Tamames a fait allusion dans <\/strong>son article publi\u00e9 dans le GC<\/strong><\/a> en tant que parti qui aspire \u00e0 devenir la principale force verte en Espagne ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Et consid\u00e9rant qu’en Espagne, nous avons encore une social-d\u00e9mocratie relativement forte au niveau national, dont le vote est n\u00e9gativement corr\u00e9l\u00e9 avec le revenu, et avec une gauche post-communiste qui r\u00e9siste \u00e0 environ 10 %, dans quelle mesure y a-t-il de la place pour un parti vert \u00e0 vocation transversale ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n