{"id":109259,"date":"2021-06-01T11:21:48","date_gmt":"2021-06-01T09:21:48","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=109259"},"modified":"2023-08-21T17:13:31","modified_gmt":"2023-08-21T15:13:31","slug":"hommage-a-henrik-enderlein","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/06\/01\/hommage-a-henrik-enderlein\/","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Henrik Enderlein"},"content":{"rendered":"\n
Le 20 avril, Henrik Enderlein a tweet\u00e9<\/a> pour la derni\u00e8re fois. C\u2019\u00e9tait pour rappeler qu\u2019en janvier 2020, \u00e0 la conf\u00e9rence sur la s\u00e9curit\u00e9 de Munich, il avait anim\u00e9 un d\u00e9bat entre Annalena Baerbock, aujourd\u2019hui candidate des Verts \u00e0 la chancellerie, et Armin Laschet<\/a>, le candidat de la CDU. Entre ces deux protagonistes, qui seront selon toute vraisemblance en coalition dans quelques mois et dont l\u2019un ou l\u2019autre dirigera l\u2019Allemagne, l\u2019accord, relevait le tweet, \u00ab est remarquable \u00bb. <\/p>\n\n\n\n Dans l\u2019introduction \u00e0 cet \u00e9change, Enderlein avait pos\u00e9 les termes du d\u00e9bat qu\u2019il souhaitait conduire. Trois axes de tension, avait-il dit, structurent les discussions europ\u00e9ennes : entre approche europ\u00e9enne et approche nationale, entre soci\u00e9t\u00e9 ouverte et soci\u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e, et entre d\u00e9mocratie lib\u00e9rale et d\u00e9mocratie illib\u00e9rale. Il est tentant mais trop facile, avait-il ajout\u00e9, de les r\u00e9sumer en la seule opposition entre les avocats de l\u2019Europe, de l\u2019ouverture et de la d\u00e9mocratie et les tenants de la nation, du repli et de l\u2019autoritarisme. Et il avait invit\u00e9 les d\u00e9bateurs \u00e0 dire comment b\u00e2tir une Europe qui prot\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n Un \u00e9change allemand, donc, sur un th\u00e8me tr\u00e8s fran\u00e7ais. C\u2019\u00e9tait caract\u00e9ristique de sa d\u00e9marche : questionner sans rel\u00e2che un c\u00f4t\u00e9 du Rhin en partant des interrogations de l\u2019autre, ne jamais laisser s\u2019installer la qui\u00e9tude d\u2019un consensus fond\u00e9 sur le pr\u00e9jug\u00e9 ou l\u2019ignorance. L\u2019intime connaissance qu\u2019il avait des disputes qui agitent les deux pays, aussi bien que de leurs principaux acteurs, lui permettait de jouer ce r\u00f4le avec vigilance et pertinence. Avec lui on pouvait \u00e9voquer successivement les controverses sur la la\u00efcit\u00e9, puis le dernier arr\u00eat de la cour de Karlsruhe : dans les deux cas, il n\u2019ignorait rien de l\u2019\u00e9tat de la question.<\/p>\n\n\n\n Sa d\u00e9marche : questionner sans rel\u00e2che un c\u00f4t\u00e9 du Rhin en partant des interrogations de l\u2019autre, ne jamais laisser s\u2019installer la qui\u00e9tude d\u2019un consensus fond\u00e9 sur le pr\u00e9jug\u00e9 ou l\u2019ignorance.<\/p>Jean Pisani-Ferry<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Le franco-allemand prend trop facilement la forme d\u2019un exercice convenu, avec pour r\u00e9sultat des compromis sans substance entre des gens qui ne raisonnent pas de la m\u00eame mani\u00e8re et ne se comprennent pas. Avec Enderlein, on \u00e9tait assur\u00e9 du contraire : du contenu plut\u00f4t que de la posture, de l\u2019engagement plut\u00f4t que de la m\u00e9fiance, la recherche d\u2019un accord au fond plut\u00f4t que d\u2019une addition de pr\u00e9cautions. Pour \u00eatre utile, il fallait par exemple qu\u2019un rapport<\/a> command\u00e9 conjointement par deux ministres irrite autant d\u2019un c\u00f4t\u00e9 que de l\u2019autre. Entre France et Allemagne il n\u2019\u00e9tait donc pas un simple passeur. Ces \u00eatres sont parfois si rompus aux aller-retours qu\u2019ils en finissent par perdre le Nord. Lui aimait comprendre et expliquer, mais surtout convaincre. Sur son terrain de pr\u00e9dilection, l\u2019Europe, il ne cessait de mener bataille<\/p>\n\n\n\n Form\u00e9 par Tommaso Padoa-Schioppa \u00e0 ses d\u00e9buts \u00e0 la Banque centrale europ\u00e9enne, Henrik Enderlein s\u2019\u00e9tait forg\u00e9 une vision exigeante des conditions de succ\u00e8s de l\u2019aventure de la monnaie unique. Comme son mentor, il redoutait moins les atteintes \u2013 largement imaginaires \u2013 \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de la banque centrale qu\u2019une construction mon\u00e9taire orpheline du projet politique qui l\u2019avait fait na\u00eetre. C\u2019est pour cela qu\u2019il ne craignait jamais de prendre \u00e0 rebours une lecture devenue dominante en Allemagne, selon laquelle l\u2019essentiel \u00e9tait de pr\u00e9venir l\u2019irresponsabilit\u00e9 budg\u00e9taire. Du diagnostic tranchant du \u00ab Groupe de Glienicke<\/a> \u00bb aux propositions des \u00ab 7 + 7 <\/a> \u00bb, pour ne citer que deux rapports collectifs marquants auxquels il a contribu\u00e9, les \u00e9crits t\u00e9moignent de cette exigence.<\/p>\n\n\n\n