{"id":107168,"date":"2021-05-03T00:32:48","date_gmt":"2021-05-02T22:32:48","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=107168"},"modified":"2022-03-17T12:30:33","modified_gmt":"2022-03-17T11:30:33","slug":"la-frontiere-depaysee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/05\/03\/la-frontiere-depaysee\/","title":{"rendered":"La fronti\u00e8re d\u00e9pays\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p><em>La frontiera spaesata<\/em> (Rome, Exorma 2020) est d\u2019abord le r\u00e9cit d\u2019un voyage aux portes des Balkans, en partant de Trieste, selon deux itin\u00e9raires diff\u00e9rents&#160;: l\u2019un parcourt l\u2019Istrie, au sud-est, principalement le long de la c\u00f4te, jusqu\u2019\u00e0 Pola\/Pula, pour regarder plus loin vers Fiume\/Rijeka, Zara\/Zadar, et encore plus au sud, vers la Dalmatie&#160;; l\u2019autre p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, nettement vers l\u2019est, en direction de Ljubljana, puis Zagreb, pr\u00e9parant le lecteur\/voyageur \u00e0 poursuivre vers Sarajevo et Belgrade. Les deux itin\u00e9raires n\u00e9anmoins ne se suivent pas, ils s\u2019alternent, et avec la magie propre au r\u00eave et \u00e0 la litt\u00e9rature le voyageur du premier prend peu \u00e0 peu conscience du second et r\u00e9ciproquement, comme si ces deux itin\u00e9raires n\u2019en formaient qu\u2019un seul. Et attention&#160;: le voyage n\u2019est pas seulement horizontal, mais aussi et surtout vertical, dans le temps, o\u00f9 s\u2019enchev\u00eatrent l\u2019Histoire et les histoires, les peuples, les cultures.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais avant tout&#160;: o\u00f9 commencent les Balkans&#160;? O\u00f9 finissent-ils&#160;? La r\u00e9ponse change selon qu\u2019on se place au point de vue de la g\u00e9ographie, de la politique, de l\u2019histoire, de la litt\u00e9rature. Et de toute fa\u00e7on,&nbsp; ils se d\u00e9robent toujours, en quelque sorte. C\u2019est la premi\u00e8re exp\u00e9rience de ce voyage&#160;: <em>d\u2019\u00e9tape en \u00e9tape, d\u2019une porte \u00e0 une autre \u2012 \u00e0 chaque porte tu te dis&#160;: voil\u00e0, nous y sommes&#8230; \u2012 mais essaie de demander o\u00f9 ils se trouvent, ces insaisissables Balkans, la plupart du temps on te r\u00e9pondra simplement en indiquant la direction du prochain pays, de la prochaine porte. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on te montre la direction des terres que tu viens de quitter, ou qu\u2019on ne comprenne plus la question<\/em>. Par ailleurs, comme on sait, en dehors des chercheurs locaux et des sp\u00e9cialistes de cette r\u00e9gion, l\u2019Europe connait peu les Balkans&#160;; et m\u00eame si depuis quelque temps ils commencent \u00e0 \u00eatre \u00e0 la mode aupr\u00e8s du grand public, l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019on leur porte reste \u00e0 la surface des choses et ne rend pas justice \u00e0 au m\u00e9lange original d\u2019histoire tragique et de beaut\u00e9 qui les caract\u00e9rise et que le livre cherche \u00e0 explorer. La clef de cet embo\u00eetement, qu\u2019il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la beaut\u00e9 ou \u00e0 la violence et \u00e0 la douleur, est \u00e0 chercher dans une r\u00e9alit\u00e9 toujours pens\u00e9e, agie en termes de limite, de fronti\u00e8re, cette derni\u00e8re devant \u00eatre comprise dans sa double acception. Fronti\u00e8re et limite en effet ne sont pas toujours synonymes. Dans le contexte balkanique, en particulier, la fronti\u00e8re est bien plus qu\u2019une limite \u00e0 franchir&#160;: c\u2019est aussi un espace, une \u00e9tendue fluide, aux contours vagues, o\u00f9 vivent et se m\u00e9langent des peuples aux origines vari\u00e9es. Une fronti\u00e8re d\u00e9pays\u00e9e, justement&#160;: au sens courant de \u00e9gar\u00e9e, incertaine, bien s\u00fbr \u2013 c\u2019est le sentiment qui accompagne tout le voyage \u2013 mais encore plus au sens litt\u00e9ral, structural de \u00ab&#160;d\u00e9-pays\u00e9e&#160;\u00bb, pour qualifier un pays qui est plusieurs pays, un cal\u00e9idoscope de langues et de cultures, ou si l\u2019on veut un envo\u00fbtant non-pays. Une fronti\u00e8re insaisissable, qui se d\u00e9place continuellement, th\u00e9\u00e2tre de sanglants conflits, certes, mais aussi terrain fertile pour la rencontre et le m\u00e9tissage des langues et des cultures, laboratoire pour une nouvelle Europe transculturelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La fronti\u00e8re, les fronti\u00e8res, sont donc le fil conducteur de ce voyage. Celles entre les peuples ou pr\u00e9tendus peuples, ou entre les langues, \u00e9videmment, mais&nbsp; aussi celles qui traversent nos vies et sur lesquelles certaines rencontres faites au cours de ce p\u00e9riple, r\u00e9elles et littt\u00e9raires, nous am\u00e8nent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir&#160;: entre folie et normalit\u00e9, pour commencer, puis entre masculin et f\u00e9minin, entre hommes et animaux, <em>et cetera<\/em>&#8230; Le livre-voyage lui-m\u00eame, d\u2019ailleurs, est \u00e0 la fronti\u00e8re de genres diff\u00e9rents&#160;: il se lit comme un roman, mais ce n\u2019est pas un roman&#160;; il est impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019histoire, mais ce n\u2019est pas un livre d\u2019histoire&#160;;&nbsp; comme un guide il donne des conseils au voyageur, mais ce n\u2019est pas un guide \u2013 et il emprunte un peu \u00e0 tous ces genres, qu\u2019il m\u00eale ensemble. Quoi qu\u2019il en soit, au fil des pages il est beaucoup question de litt\u00e9rature, d\u2019Histoire et d\u2019histoires, indispensables \u00e0 la compr\u00e9hension des lieux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le parcours se fait tout entier en compagnie des \u00e9crivains et des po\u00e8tes de ces terres&#160;: Ivo Andri\u0107, Miroslav Krle\u017ea, France Pre\u0161eren, Marisa Madieri, Fulvio Tomizza, Nelida Milani, Sre\u010dko Kosovel, Ligio Zanini et bien d\u2019autres encore. Tous furent de grands auteurs de la Mitteleuropa. Beaucoup d\u2019entre eux sont trop peu connus et traduits dans notre Europe, et il serait important, culturellement et politiquement, qu\u2019ils puissent mieux circuler. Dans cette perspective, le livre se pr\u00e9sente aussi, \u00e0 un premier niveau, comme une sorte de baedeker g\u00e9ographique et litt\u00e9raire o\u00f9 chercher des fragments d\u2019itin\u00e9raires, \u00e0 assembler et \u00e0 prolonger ensuite \u00e0 sa guise. Par ailleurs, \u00e0 l\u2019intelligibilit\u00e9 de ce parcours contribuent aussi des \u00e9crivains qui ne sont pas directement balkaniques, comme Stendhal, Gadda, Proust, Guimar\u00e3es Rosa&#8230; Toutefois, contrairement \u00e0 ce qui caract\u00e9rise un guide, le voyage n\u2019est pas d\u00e9fini \u00e0 l\u2019avance, c\u2019est le lecteur\/voyageur, tutoy\u00e9 de fa\u00e7on intime \u2013 et je pr\u00e9cise qu\u2019il s\u2019agit autant d\u2019une lectrice\/voyageuse \u2013&nbsp; qui le construit peu \u00e0 peu, aussi avec ses propres r\u00e9f\u00e9rences, et s\u2019arr\u00eate pour r\u00e9fl\u00e9chir sur les grands th\u00e8mes transversaux du livre \u00e0 la faveur de certaines rencontres significatives&#160;: la fronti\u00e8re dans ses diff\u00e9rentes acceptions, justement&#160;; l\u2019identit\u00e9, tautologique ou dangereuse si elle est d\u00e9clin\u00e9e au singulier&nbsp; par une collectivit\u00e9&#160;; le mythe de l\u2019autochtonie, li\u00e9 \u00e0 celui de la puret\u00e9 (nous venons toujours d\u2019ailleurs)&#160;; la gen\u00e8se du nationalisme, qui est toujours une menace de guerre, m\u00eame sous ses formes apparemment plus douces.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre se compose de cinq grands chapitres, subdivis\u00e9s chacun en plusieurs sections. Pour cet article j\u2019en ai choisi trois qui se suivent, au milieu du premier chapitre, Trieste, dans la traduction de Sophie Jank\u00e9l\u00e9vitch.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Paroles autour d&rsquo;un monde inconnu<\/h2>\n\n\n\n<p>Tu te souviens&#160;? Une ville invent\u00e9e par la litt\u00e9rature&#8230; un r\u00eave&#8230; une bulle&#8230; Au point que pour pouvoir, pour devoir en parler, il n\u2019est m\u00eame pas n\u00e9cessaire d\u2019y \u00eatre r\u00e9ellement all\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi Proust, dans les derni\u00e8res pages de <em>Sodome et Gomorrhe<\/em>, r\u00e9v\u00e8le que Trieste est pour lui un \u00ab&#160;monde inconnu&#160;\u00bb \u2012 mais il est connu d\u2019Albertine, qui s\u2019y sent heureuse, car c\u2019est l\u00e0 que sont<em> <\/em>\u00ab&#160;ses souvenirs, ses amiti\u00e9s, ses souvenirs&nbsp; d\u2019enfance&#160;\u00bb\u2026 Et tout \u00e0 coup la lumineuse Trieste, tout en apparaissant comme<em> <\/em>\u00ab&#160;un pays d\u00e9licieux o\u00f9 la race est pensive, les couchants dor\u00e9s, les carillons tristes&#160;\u00bb, s\u2019ent\u00e9n\u00e8bre&nbsp; comme \u00ab&#160;une ville maudite&#160;\u00bb<em> <\/em>(<em>Sodome et Gomorrhe, <\/em>pr\u00e9cis\u00e9ment&#8230;) que l\u2019auteur voudrait \u00ab&#160;faire br\u00fbler sur le champ et supprimer du monde r\u00e9el&#160;\u00bb. Quelques lignes seulement, o\u00f9 s\u2019entrem\u00ealent proustiennement plaisir, d\u00e9sir et souffrance, centr\u00e9es justement sur Trieste, qui pour le <em>je<\/em> du narrateur \u2012 mais d\u2019une certaine mani\u00e8re aussi pour le <em>je<\/em> du lecteur \u2012 reste plant\u00e9e dans le c\u0153ur&nbsp; \u00ab&#160;comme une pointe permanente&#160;\u00bb&#160;; et en essayant d\u2019en imaginer les contours, d\u2019en suivre les fils&nbsp; \u2012 qu\u2019adviendra-t-il d\u2019Albertine&#160;? \u2012 nous sommes de nouveau aspir\u00e9s par la <em>Recherche<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les sp\u00e9cialistes de Proust n\u2019ont pas manqu\u00e9 de souligner le lien entre l\u2019\u00e9crivain et Trieste, et ont cherch\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9claircir&#160;: en particulier Pyra Wise, auteure d\u2019un article paru dans le \u00ab&#160;Bulletin d\u2019informations proustiennes&#160;\u00bb (2015), s\u2019appuyant sur la biographie de Jean-Yves Tadi\u00e9 (1996), insiste sur la figure d\u2019Ernesta Stern, n\u00e9e Hirschel von Minerbi \u00e0 Trieste, \u00e0 la moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. Apr\u00e8s son mariage avec le banquier Louis Stern, Ernesta s\u2019installa \u00e0 Paris, o\u00f9 elle se mit \u00e0 \u00e9crire sous le pseudonyme de Maria Star et anima un salon litt\u00e9raire tr\u00e8s vivant&#160;: Proust y vint alors qu\u2019il avait \u00e0 peine vingt ans, et c\u2019est m\u00eame l\u00e0 qu\u2019il aurait fait la rencontre de Reynaldo Hahn, pour lui fondamentale. En deux mots \u2012 mais la discussion regorge d\u2019autres d\u00e9tails, d\u2019interventions qui r\u00e9servent sans doute encore des surprises \u2012 Wise conclut qu\u2019en \u00ab&#160;liant Albertine \u00e0 Trieste&#160;\u00bb, Proust \u00ab&#160;rend peut-\u00eatre un hommage en clin d\u2019\u0153il \u00e0 cette vieille amie d\u2019Italie, la complice des heures heureuses avec Reynaldo Hahn&#160;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais toi, qui es en train de d\u00e9couvrir la ville et as d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 Rilke, Svevo, Joyce et beaucoup d\u2019autres \u00e9crivains, ce qui t\u2019interpelle est moins le point de biographie cach\u00e9 que l\u2019\u00e9vidente co\u00efncidence des dates. Rilke s\u00e9journe \u00e0 deux reprises au ch\u00e2teau de Duino entre 1910 et 1912, Joyce arrive \u00e0 Trieste en 1904 et y demeure de fa\u00e7on presque continue jusqu\u2019en 1920, le triestin Svevo, comme on sait, sort de l\u2019anonymat gr\u00e2ce \u00e0 son amiti\u00e9 avec ce dernier, bien plus jeune que lui&#160;; or c\u2019est dans ces m\u00eames ann\u00e9es que Proust la choisit pour \u00eatre la plus myst\u00e9rieuse des patries d\u2019Albertine, en un sens justement parce qu\u2019il n\u2019y est jamais all\u00e9. Toi, en tant que voyageur triestin qui aime beaucoup la <em>Recherche<\/em> sans \u00eatre un sp\u00e9cialiste de Proust, tu ne peux pas ne pas te demander si l\u2019\u00e9crivain aurait pu \u00e9lire quelque autre ville inconnue propos\u00e9e par le hasard (mettons par exemple qu\u2019Ernesta ait \u00e9t\u00e9 originaire de Dublin&#8230;)&#160;; ou si, \u00e0 l\u2019inverse, dans cette ville cosmopolite o\u00f9 les fronti\u00e8res \u00e0 chaque pas se d\u00e9placent, se brouillent, se confondent, il n\u2019a pas pressenti un lieu particuli\u00e8rement adapt\u00e9 \u00e0 la fuyante Albertine&#8230; Ces quelques lignes s\u2019ajouteront alors pour toi aux nombreuses autres pages de litt\u00e9rature \u00ab&#160;de Trieste&#160;\u00bb au sens plein&#160;: le maudit, myst\u00e9rieux, enchanteur lieu-qui-n\u2019est-pas y devient une obsession, et se mettre sur ses traces revient \u00e0 affronter un rival inconnu ou&nbsp; \u2012 c\u2019est la m\u00eame chose&nbsp; \u2012 \u00e0 saisir l\u2019insaisissable objet d\u2019amour. Y a-t-il une mani\u00e8re plus subtile, plus forte de tomber amoureux d\u2019une ville&#160;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Se promener dans le temps, dans l&rsquo;espace<\/h2>\n\n\n\n<p>Trieste qui capture tout, Trieste l\u2019\u00e9trang\u00e8re, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 toute tentative de la nicher d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou d\u2019un autre&#160;; Trieste r\u00e9tive \u00e0 tout ce qui est cha\u00eene, barri\u00e8re, ghetto, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019on a toujours cherch\u00e9 \u00e0 lui en imposer&#160;; Trieste dissoci\u00e9e, un pied dans la lumi\u00e8re, l\u2019autre dans les t\u00e9n\u00e8bres, qui sont en fait l\u2019amour et la haine&#160;: tu ne trouveras en Europe aucune autre ville capable de raconter en si peu de pas l\u2019itin\u00e9raire explosif de l\u2019Occident.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le parcourir \u00e0 nouveau, tu commenceras \u2012 c\u2019est le trajet le plus simple, le plus violent \u2012 par l\u2019imposante Synagogue, juste derri\u00e8re le Caff\u00e8 San Marco, lui-m\u00eame situ\u00e9 dans la belle zone pi\u00e9tonne du Viale XX Settembre&#160;; en somme, tu es au c\u0153ur de la vieille ville, et si tu regardes le chemin d\u00e9j\u00e0 fait, tu verras que tu as dessin\u00e9 un triangle parfait dont les deux autres pointes sont l\u2019entr\u00e9e du vieux port et la piazza dell\u2019Unit\u00e0. La Synagogue est impressionnante par ses dimensions&#160;; d\u2019ailleurs en Europe elle est la plus grande apr\u00e8s celle de Budapest \u2012 elle fut inaugur\u00e9e en 1912, et c\u2019est un des derniers cadeaux de l\u2019Empire, pour marquer \u00e0 juste titre sa reconnaissance \u00e0 une communaut\u00e9 juive importante aussi par son histoire&#160;: l\u2019\u00e9mancipation est d\u00e9sormais une r\u00e9alit\u00e9, le ghetto appartient au pass\u00e9, il s\u2019est dissous dans la ville, et les juifs ont droit \u00e0 un temple \u00e0 la hauteur de leur nouveau statut de libres citoyens. Enveloppe-la d\u00e9licatement du regard, la synagogue, et continue en descendant vers la piazza dell\u2019Unit\u00e0, mais en restant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u2012 tu arriveras au symbole du premier Empire que Trieste et l\u2019Occident tout entier aient connu&#160;: le Th\u00e9\u00e2tre romain, chef-d\u2019\u0153uvre architectural au subtil dessin, blotti au pied de la colline de San Giusto, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une brocante situ\u00e9e derri\u00e8re la piazza dell\u2019Unit\u00e0, du c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 \u00e0 la mer, elle aussi \u00e0 deux pas. (En guise d\u2019ap\u00e9ritif avant la promenade&#160;: feuillette, ach\u00e8te quelques bandes dessin\u00e9es, les \u00e9talages de la brocante en ont beaucoup, en particulier une tr\u00e8s riche collection de la plus belle de toutes&#160;: Tex, l\u2019infatigable voyageur du Far-West, le c\u00e9l\u00e8bre chef blanc des Navajos&#8230;) Et marche encore, quitte les vieux quartiers, traverse la ville dans la direction oppos\u00e9e \u00e0 Barcola, jusqu\u2019au rione Valmaura, bien loin d\u00e9sormais des douces silhouettes de la vieille ville \u2012 demande le stade Nereo Rocco, fais une nouvelle et rapide halte devant sa statue (une autre&#8230;)&#160;: lui aussi, \u00e0 sa mani\u00e8re, fut un grand triestin. Et puis encore deux pas, tu y es \u2012 le voici, le symbole, la trace effrayante du dernier Empire de l\u2019Europe, celui qui aurait d\u00fb durer mille ans, et qui en seulement cinq ans l\u2019a d\u00e9vast\u00e9e, jusqu\u2019au tr\u00e9fonds de son \u00e2me&#160;: la Risiera di San Sabba, avec son four cr\u00e9matoire, le plus m\u00e9ridional des camps d\u2019extermination, le seul sur le territoire italien&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur cette douloureuse et indolente \u00e9tranget\u00e9 de Trieste \u00e0 elle-m\u00eame, qui l\u2019a port\u00e9e \u00e0 reproduire dans ses moments lumineux et dans ses horreurs tout l\u2019explosif itin\u00e9raire de l\u2019Occident, on pourrait raconter encore beaucoup d\u2019histoires. Mais il y en a une, une au moins, qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre racont\u00e9e un peu plus en d\u00e9tail.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Vent folie libert\u00e9 cheval<\/h2>\n\n\n\n<p>Tu te souviens de la bora&#160;? Eh bien, cette \u00ab&#160;chose&#160;\u00bb triestine par excellence vient elle aussi d\u2019ailleurs&#160;: il para\u00eet en effet qu\u2019elle prend naissance en Sib\u00e9rie, puis, se glissant dans des couloirs et des passages et se lestant de glace \u00e0 travers des terres qui ne connaissent ni cl\u00f4tures ni fronti\u00e8res, elle arrive directement \u00e0 Trieste. C\u2019est l\u00e0 et aux alentours de la ville qu\u2019elle explose v\u00e9ritablement&#160;; on dit qu\u2019elle insuffle aux habitants une sorte d\u2019\u00e9tranget\u00e9 diffuse, ensorcel\u00e9e, voire qu\u2019elle les rend fous. D\u2019o\u00f9 \u2012 c\u2019est une l\u00e9gende, bien s\u00fbr, mais les faits, les r\u00e9sultats, eux, sont bien r\u00e9els \u2012 la d\u00e9cision prise par Marie-Th\u00e9r\u00e8se, l\u2019Imp\u00e9ratrice qui aimait Trieste sans l\u2019avoir jamais vue, comme cela arrive en amour (et ici on pense in\u00e9vitablement \u00e0 l\u2019obsession de Proust)&#160;: dans cette ville \u00e9trange et envo\u00fbtante, il y aurait d\u00e9sormais un lieu r\u00e9serv\u00e9 aux <em>ali\u00e9n\u00e9s, aux&nbsp; idiots, aux malades mentaux<\/em>, en un mot, aux <em>monstres<\/em>, qui jusqu\u2019alors \u00e9taient r\u00e9partis entre les vieilles prisons de la piazza Grande, future piazza dell\u2019Unit\u00e0, et divers h\u00f4pitaux &#8230; Ils furent d\u2019abord rassembl\u00e9s, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle, \u00e0 l\u2019Hospice g\u00e9n\u00e9ral des pauvres, dit h\u00f4pital de Marie-Th\u00e9r\u00e8se (et remarque au passage l\u2019encha\u00eenement&#160;: les criminels, les fous, les pauvres&#8230;), via di Romagna, mais c\u2019est seulement au si\u00e8cle suivant que sera fond\u00e9 le premier h\u00f4pital psychiatrique au sens moderne du terme&#160;: dans les locaux de l\u2019ancien \u00e9v\u00each\u00e9, sur la colline de San Giusto. Mais la croissance d\u00e9mographique est rapide et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, dans ces m\u00eames ann\u00e9es de prosp\u00e9rit\u00e9 qui virent la construction de la grande synagogue, le nouvel h\u00f4pital psychiatrique \u2012 connu plus tard comme OPP, Ospedale Psichiatrico Provinciale \u2012 fut \u00e9difi\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du parc de San Giovanni, selon le mod\u00e8le des \u00ab&#160;pavillons dispers\u00e9s&#160;\u00bb, plus d\u2019avant-garde que le mod\u00e8le monobloc&#8230; Et c\u2019est ici qu\u2019en 1971 arrive comme directeur Franco Basaglia. Venu de l\u2019h\u00f4pital de Gorizia o\u00f9 il avait men\u00e9, malgr\u00e9 mille difficult\u00e9s, une courageuse exp\u00e9rience de communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique ouverte, il a maintenant un projet plus audacieux, plus ambitieux&#160;: il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019adoucir, d\u2019ouvrir, d\u2019humaniser, mais de d\u00e9truire, litt\u00e9ralement, l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, d\u2019en abattre les murs et de le dissoudre dans la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;Peut-\u00eatre un jour les chevaux aussi se r\u00e9volteront&#160;\u00bb, disait dans ces ann\u00e9es-l\u00e0 une phrase attribu\u00e9e \u00e0 Mao, comme pour expliquer m\u00e9taphoriquement et litt\u00e9ralement que le besoin de&nbsp; libert\u00e9 affirm\u00e9 par l\u2019humanit\u00e9 \u00e9tait plus grand que l\u2019humanit\u00e9 elle-m\u00eame, et qu\u2019il en redessinerait t\u00f4t ou tard les contours&#8230; Ainsi, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Trieste, tout commence symboliquement par un cheval, Marco, qui depuis des ann\u00e9es tire une charrette contenant le linge pour la blanchisserie et beaucoup d\u2019autres choses. Devenu trop vieux pour continuer \u00e0 travailler, Marco est destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre vendu comme animal de boucherie&#160;: mais ses amis humains, les patients de l\u2019h\u00f4pital, s\u2019insurgent, et en collaboration avec les animateurs du laboratoire d\u2019\u00e9criture, r\u00e9digent en son nom une lettre adress\u00e9e au pr\u00e9sident de la Province pour r\u00e9clamer une \u00ab&#160;retraite m\u00e9rit\u00e9e&#160;\u00bb. Nous sommes en 1972&#160;: Marco aura la vie sauve, et les patients pour la premi\u00e8re fois ont affirm\u00e9 leur droit \u00e0 exister comme sujets <em>politiques<\/em> \u00e0 part enti\u00e8re. En 1973, s\u2019inspirant de cette histoire, avec des accompagnateurs et des artistes invit\u00e9s venus de l\u2019ext\u00e9rieur, ils occupent le pavillon P (comme Paradis, disent plaisamment certains), le transforment en atelier de cr\u00e9ation artistique et construisent un gigantesque cheval de bois et de carton-p\u00e2te bleu&#160;: Marco Cavallo, pr\u00e9cis\u00e9ment. Son ventre est plein des r\u00eaves, des d\u00e9sirs des <em>intern\u00e9s<\/em>, de leur joie de vivre, de leur besoin pressant d\u2019\u00eatre libres&#160;: un nouveau cheval de Troie, mais invers\u00e9, car il n\u2019est plus question d\u2019entrer (\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur) mais de sortir (\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur), c\u2019est le monde qu\u2019on veut assi\u00e9ger, la citadelle qu\u2019on veut conqu\u00e9rir&#8230; Et il sort, Marco Cavallo, toujours en 1973, sauf qu\u2019il est trop grand pour passer par la porte, il faut abattre un mur, pratiquer une ouverture dans l\u2019enceinte de l\u2019asile&#160;: ainsi, enfin libre, Marco Cavallo peut d\u00e9ambuler dans la ville, accompagn\u00e9 par des centaines de \u00ab&#160;fous&#160;\u00bb&#8230; C\u2019est seulement le d\u00e9but d\u2019une des plus belles pages de l\u2019histoire italienne, et au-del\u00e0, de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, de la civilisation, l\u2019aventure qui en quelques ann\u00e9es conduirait Trieste, puis par une loi nationale l\u2019Italie tout enti\u00e8re, \u00e0 la fermeture des h\u00f4pitaux psychiatriques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Marco Cavallo, pour qui conna\u00eet son histoire, est aussi le nom des nombreuses personnes, plus ou moins connues mais toutes importantes, qui particip\u00e8rent \u00e0 sa r\u00e9alisation&#160;: ici, outre Basaglia \u2012 Franco bien s\u00fbr, mais aussi Vittorio&#8230; \u2012 garde au moins \u00e0 l\u2019esprit Giuliano Scabia et Peppe Dell\u2019Acqua, aussi parce qu\u2019ils ont \u00e9crit, sur cette histoire, sur ces personnes, des pages dignes d\u2019\u00eatre lues et relues. La liste des \u00e9crivains \u00ab&#160;triestins&#160;\u00bb s\u2019allonge&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que l\u2019homme, en effet, dans sa soif d\u2019humanit\u00e9 et de libert\u00e9&#160;?&nbsp; Quand commence-t-il&#160;? Ses d\u00e9buts sont multiples, mais l\u2019un des plus importants<em> <\/em>se situe sans nul doute \u00e0 la jonction de <em>N\u00e9andertal<\/em> et de <em>Sapiens Sapiens<\/em>, au Pal\u00e9olithique moyen&#160;: nous sommes entre cent mille et cinquante mille ans avant notre \u00c8re, et avec les premi\u00e8res s\u00e9pultures \u2012 du moins celles dont il existe des t\u00e9moignages arch\u00e9ologiques \u2012 la pleine conscience de la mort se manifeste avec certitude. Ce qui frappe dans cette perspective, en Europe comme au Proche-Orient, est la pr\u00e9sence, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des corps d\u2019adultes hommes et femmes, d\u2019enfants, qui parfois semblent m\u00eame faire l\u2019objet d\u2019une attention particuli\u00e8re. En d\u2019autres termes, l\u2019humanit\u00e9, en s\u2019affirmant, affirme aussi que ceux qui ne \u00ab&#160;servent&#160;\u00bb pas le clan, voire qui sont \u00e0 sa charge, en font partie de plein droit&#160;: c\u2019est l\u00e0 sa marque de fabrique, son projet de naissance. C\u2019est pourquoi l\u2019aventure de l\u2019ex OPP, comme on l\u2019appelle depuis lors \u00e0 Trieste, est d\u2019une importance universelle&#160;: la d\u00e9shumanisation inflig\u00e9e aux \u00ab&#160;fous&#160;\u00bb dans les asiles, comme celle qui fut accomplie scientifiquement dans les camps nazis, est en effet la n\u00e9gation de ce <em>projet<\/em>. (Co\u00efncidence horrible mais significative&#160;: le programme d\u2019extermination con\u00e7u par Hitler est d\u2019abord mis \u00e0 l\u2019essai avec le tristement c\u00e9l\u00e8bre <em>Aktion T-4,<\/em> qui se donne la t\u00e2che d\u2019\u00e9liminer les malades mentaux<em> <\/em>enferm\u00e9s dans les asiles psychiatriques allemands. D\u2019ailleurs, Christian Wirth, premier commandant de l\u2019Einsatzkommando \u00e0 Trieste apr\u00e8s l\u2019armistice du 8 septembre, et Josef Oberhauser, commandant de la Risiera, s\u2019\u00e9taient form\u00e9s en prenant part \u00e0 cette vaste \u00ab&#160;op\u00e9ration d\u2019euthanasie&#160;\u00bb.) La fermeture des camps de concentration, de tous les camps, avec le d\u00e9veloppement d\u2019une culture qui en rende impossible la r\u00e9ouverture, est donc la condition n\u00e9cessaire, fondamentale, de la poursuite, de la survie m\u00eame du projet humaniste et de son aspiration \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 int\u00e9gralement humaine, dans laquelle le mot humanit\u00e9 signifie une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre au monde, un projet en effet, et pas seulement une appartenance \u00ab&#160;naturelle&#160;\u00bb \u00e0 un genre&#160;: ses fronti\u00e8res sont donc mobiles, se red\u00e9finissent continuellement et tendent \u00e0 accueillir plus qu\u2019\u00e0 exclure&#8230; Ainsi la fermeture des h\u00f4pitaux psychiatriques, avec la libre circulation des \u00ab&#160;fous&#160;\u00bb qui ont retrouv\u00e9 leur pleine humanit\u00e9, nous \u00e9branle imm\u00e9diatement et suscite une f\u00e9conde remise en question&#160;: nous, les \u00ab&#160;non fous&#160;\u00bb, nous nous retrouvons soudain \u00e0 nous interroger sur notre existence en tant qu\u2019humains&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Lumi\u00e8res et blessures&#160;: dates, co\u00efncidences, superpositions \u2012 \u00e0 Trieste tout est proche, d\u2019une proximit\u00e9 violente. En 1976, trois ans apr\u00e8s la sortie de Marco Cavallo, a lieu le proc\u00e8s des criminels de la Risiera di San Sabba&#160;: Allers \u00e9tait mort un an auparavant&#160;; Oberhauser est condamn\u00e9 \u00e0 la prison \u00e0 vie, mais par contumace, car les accords italo-allemands ne permettaient pas l\u2019extradition pour les crimes commis avant 1948 (&#160;!), et il mourra tranquillement trois ans plus tard, \u00e0 Munich, en Bavi\u00e8re, o\u00f9 il travaille dans une brasserie. En 1978 le parlement italien adopte la loi 180, dite loi Basaglia, avec l\u2019intention d&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 la nation enti\u00e8re la r\u00e9volutionnaire exp\u00e9rience de Trieste \u2012 ou plus simplement de&nbsp; <em>triestiniser<\/em>&nbsp; l\u2019Italie&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est impossible en quelques lignes d\u2019exprimer la puissance et la richesse de cet extraordinaire mouvement de lib\u00e9ration, d\u2019en d\u00e9crire les \u00e9tapes \u00e0 la fois difficiles et joyeuses, l\u00e9g\u00e8res et terriblement lourdes, les victoires mais aussi les emb\u00fbches, les probl\u00e8mes, parfois les d\u00e9faites, les r\u00e9gressions et m\u00eame les d\u00e9ceptions, la rage&#8230; et, dans tous les cas, la force humaine et humaniste et son irr\u00e9pressible pouvoir de contagion. Je voudrais seulement \u00e9voquer \u2012 je me permets juste un moment de parler \u00e0 la premi\u00e8re personne \u2012 le vent de libert\u00e9 lumineuse, ineffable, qui a continu\u00e9 \u00e0 souffler sur Trieste apr\u00e8s la fermeture officielle de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, dans les ann\u00e9es quatre-vingts, quatre-vingt-dix, deux mille, alors que l\u2019Italie implosait, comme drogu\u00e9e par la sinistre litanie berlusconienne. L\u2019OPP d\u00e9sormais ex-OPP, c\u2019est-\u00e0-dire le parc de San Giovanni, o\u00f9 il n\u2019y a plus aucune cl\u00f4ture, est devenu un lieu de vie et de f\u00eate&#160;: avec ses ateliers de th\u00e9\u00e2tre et de peinture, ses concerts, les maisonnettes des \u00ab&#160;fous&#160;\u00bb qui y r\u00e9sident encore \u2012 la tendance a \u00e9t\u00e9, peu \u00e0 peu, de les installer dans des logements du monde ext\u00e9rieur et de laisser au parc les activit\u00e9s diurnes ou vesp\u00e9rales \u2012 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des pavillons qui accueillent divers d\u00e9partements de l\u2019universit\u00e9, et puis Il Posto delle Fragole, le bar o\u00f9 se rencontrent et se m\u00ealent des accompagnateurs,&nbsp; des \u00ab&#160;fous&#160;\u00bb, des \u00eatres \u00e9tranges \u00e0 tous les degr\u00e9s et sous toutes les formes possibles, des \u00e9tudiants, des gens ordinaires, les radios alternatives, comme Escuchame, qui continue \u00e0 promouvoir <em>la rencontre entre savoirs, folie et voix sur les ondes infinies&#8230; <\/em>Trieste devenait alors encore plus internationale, encore plus accueillante, plus m\u00e9lang\u00e9e, car la R\u00e9volution a attir\u00e9 des gens de partout&#160;: beaucoup sont venus du C\u00f4ne Sud de l\u2019Am\u00e9rique, int\u00e9ress\u00e9 depuis toujours par l\u2019art et la psych\u00e9, notamment des Argentins fuyant la dictature ou ses s\u00e9quelles, et mus par un r\u00eave de libert\u00e9 \u2012 souvent descendants d\u2019anciens \u00e9migr\u00e9s italiens, comme si la moins italienne, la plus marginale des villes italiennes \u00e9tait le lieu le plus appropri\u00e9 pour retrouver la terre perdue des anc\u00eatres.Certes, les temps ont chang\u00e9, beaucoup chang\u00e9, l\u2019utopie des ann\u00e9es soixante et soixante-dix n\u2019est plus qu\u2019un lointain souvenir, de nombreuses conqu\u00eates sont menac\u00e9es, certaines ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9es, d\u00e9mantel\u00e9es&#160;; mais au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, et encore aujourd\u2019hui, en me promenant ici, dans le parc de San Giovanni, en participant \u00e0 ses nombreuses activit\u00e9s, en me m\u00ealant moi-m\u00eame \u00e0 quelque f\u00eate \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ou \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de San Giovanni, \u00e0 Barcola, \u00e0 Opicina, dans le Carso, ou encore dans une des maisons de Trieste o\u00f9 vivent et se rencontrent <em>fous<\/em> et <em>normaux<\/em>, je me suis souvent demand\u00e9 si la personne avec laquelle je parlais et plaisantais \u00e9tait folle ou normale, et finalement, ce que j\u2019\u00e9tais moi-m\u00eame \u2013 car <em>vu de pr\u00e8s personne n\u2019est normal<\/em>, et \u00e0 Trieste, il arrive souvent qu\u2019on ne puisse pas distinguer l\u2019accompagnateur, le visiteur et le patient&#160;: peut-on faire une exp\u00e9rience plus bouleversante de sa propre existence en tant qu\u2019\u00eatre humain&#160;? Et peu \u00e0 peu, au fil des ans, de voyage en voyage, a m\u00fbri en moi la conviction qu\u2019ici, aux marges de la marginale Trieste, vivait, vit l\u2019Italie la meilleure, la plus civilis\u00e9e, la plus porteuse d\u2019espoir. Cela n\u2019a peut-\u00eatre aucun rapport, et pourtant\u2026&#160;: c\u2019est pendant une promenade \u00e0 San Giovanni, il y a quelques ann\u00e9es, que j\u2019ai pour la premi\u00e8re fois repens\u00e9, peut-\u00eatre en les inventant, aux chevaux rebelles de Mao, et je me suis dit aussi que les fronti\u00e8res infinies de l\u2019humanit\u00e9-projet ne pouvaient se fermer, se figer, y compris devant le monde animal&#160;; car \u00eatre <em>humain<\/em>, bien au-del\u00e0 de l\u2019appartenance \u00e0 un genre, est le signe de l\u2019ouverture, de la curiosit\u00e9 passionn\u00e9e et bienveillante, de la recherche dans l\u2019autre de ce qu\u2019on ne trouve pas en soi-m\u00eame&#8230; Ta visite, ton s\u00e9jour seront incomplets si tu ne passes pas toi aussi par ces lieux, si tu ne d\u00e9couvres pas <em>cette<\/em> Trieste, si tu ne te m\u00e9langes pas toi aussi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&#160;&#160;Ta visite, ton s\u00e9jour seront incomplets 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