{"id":106947,"date":"2021-04-29T14:44:54","date_gmt":"2021-04-29T12:44:54","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=106947"},"modified":"2022-03-17T12:38:17","modified_gmt":"2022-03-17T11:38:17","slug":"le-pouvoir-de-la-destruction-creatrice-de-lintegration-de-la-critique-au-depassement-du-neoliberalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/04\/29\/le-pouvoir-de-la-destruction-creatrice-de-lintegration-de-la-critique-au-depassement-du-neoliberalisme\/","title":{"rendered":"Le pouvoir de la destruction cr\u00e9atrice : de l\u2019int\u00e9gration de la critique au d\u00e9passement du n\u00e9olib\u00e9ralisme ?"},"content":{"rendered":"\n

L\u2019objectif de cette note de lecture est de discuter le livre de Philippe Aghion, C\u00e9line Antonin et Simon Bunel (ci-apr\u00e8s d\u00e9sign\u00e9s sous les initiales AAB), Le pouvoir de la destruction cr\u00e9atrice<\/em> paru en 2020 (\u00e9dition Odile Jacob). Apr\u00e8s une premi\u00e8re section de pr\u00e9sentation du livre, les sections deux \u00e0 cinq analysent certains points sp\u00e9cifiques de l\u2019argumentation  : int\u00e9r\u00eat de la croissance et de l\u2019innovation, prise en compte des institutions, th\u00e9orie de l\u2019Etat et du changement institutionnel. La section 6 conclue la note en s\u2019interrogeant sur la dynamique d\u2019int\u00e9gration de la critique du capitalisme par l\u2019\u00e9conomie dominante.<\/p>\n\n\n\n

1 \u2013 Pr\u00e9sentation du livre  : destruction cr\u00e9atrice et institutions<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

Il faut souligner d\u2019embl\u00e9e que le livre est bien \u00e9crit et accessible. Le texte est facile \u00e0 lire et les explications sont tr\u00e8s p\u00e9dagogiques pour le profane. Les graphiques et tableaux nombreux a\u00e8rent l\u2019ouvrage et aident grandement \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019argumentation. De nombreuses r\u00e9f\u00e9rences r\u00e9centes viennent \u00e0 l\u2019appui du propos. L\u2019\u00e9criture est dynamique  : les chapitres, sections et sous-sections sont courtes et bien articul\u00e9es. Le lecteur press\u00e9 appr\u00e9ciera par ailleurs les conclusions synth\u00e9tiques \u00e0 chaque fin de chapitre. On ne peut que remercier les auteurs pour cet effort d\u2019ensemble.<\/p>\n\n\n\n

La th\u00e8se centrale du livre est pr\u00e9sent\u00e9e de la fa\u00e7on suivante d\u00e8s le premier chapitre qui fait office d\u2019introduction  :<\/p>\n\n\n\n

\u00ab  La destruction cr\u00e9atrice est le processus par lequel de nouvelles innovations se produisent continuellement et rendent les technologies existantes obsol\u00e8tes, de nouvelles entreprises viennent constamment remplacer les entreprises en place, et de nouveaux emplois et activit\u00e9s sont cr\u00e9\u00e9s et viennent sans cesse remplacer les emplois et activit\u00e9s existants. La destruction cr\u00e9atrice est ce moteur du capitalisme qui assure le renouvellement permanent et la reproduction, mais qui en m\u00eame temps g\u00e9n\u00e8re du risque et des bouleversements qu\u2019il faut savoir r\u00e9guler et orienter.<\/em>  \u00bb (AAB, 2020, p. 11, je souligne).<\/p>\n\n\n\n

Les auteurs qualifient leur approche de \u00ab  paradigme schumpet\u00e9rien  \u00bb et prennent le soin de le distinguer de la th\u00e9orie de la croissance de Robert Solow \u2013 qu\u2019ils qualifient de n\u00e9oclassique. Trois id\u00e9es fortes, r\u00e9p\u00e9t\u00e9es r\u00e9guli\u00e8rement tout au long du livre, compl\u00e8tent la d\u00e9finition liminaire  :<\/p>\n\n\n\n

\u00ab  1) La croissance repose sur un processus cumulatif de progr\u00e8s du savoir  : chaque nouvelle innovation utilise le savoir contenu dans les innovations pr\u00e9c\u00e9dentes, chaque nouvel innovateur se fait sur les \u00ab \u00e9paules des g\u00e9ants \u00bb qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9  ; 2) l\u2019innovation requiert un environnement institutionnel favorable, \u00e0 commencer par une bonne protection des droits de propri\u00e9t\u00e9  ; 3) l\u2019innovation d\u00e9truit les rentes existantes, et par cons\u00e9quent n\u00e9cessite un environnement concurrentiel pour permettre l\u2019entr\u00e9e de nouvelles entreprises innovantes  \u00bb (ibid<\/em>., p. 50).<\/p>\n\n\n\n

L\u2019ensemble de l\u2019ouvrage est consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9monstration de la sup\u00e9riorit\u00e9 du paradigme schump\u00e9t\u00e9rien pour expliquer la croissance, cette derni\u00e8re \u00e9tant con\u00e7ue comme l\u2019horizon le plus souhaitable pour l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9. On peut reformuler l\u2019ambition du livre sans la d\u00e9naturer en quatre th\u00e8ses articul\u00e9es  :<\/p>\n\n\n\n

Th\u00e8se 1  : L\u2019innovation est \u00e0 l\u2019origine de la croissance \u00e9conomique qui elle-m\u00eame est le socle de l\u2019am\u00e9lioration du bien-\u00eatre des soci\u00e9t\u00e9s. L\u2019innovation est cr\u00e9atrice de bien-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n

Th\u00e8se 2  : L\u2019innovation produit des effets n\u00e9fastes sur certains secteurs de la soci\u00e9t\u00e9 ce qui la rend difficile \u00e0 accepter socialement et politiquement. L\u2019innovation est destructrice de bien\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n

Th\u00e8se 3  : L\u2019\u00c9tat doit produire un contexte institutionnel permettant de favoriser l\u2019innovation tout en prot\u00e9geant les victimes de l\u2019innovation pour qu\u2019elles s\u2019adaptent aux nouvelles conditions \u00e9conomiques. L\u2019\u00c9tat est au c\u0153ur d\u2019un capitalisme r\u00e9gul\u00e9 favorisant et rendant acceptable la destruction cr\u00e9atrice.<\/p>\n\n\n\n

Le r\u00f4le de l\u2019Etat est central puisqu\u2019il doit assurer un double \u00e9quilibre  : <\/p>\n\n\n\n