{"id":106617,"date":"2021-04-26T15:05:37","date_gmt":"2021-04-26T13:05:37","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=106617"},"modified":"2021-04-26T16:27:29","modified_gmt":"2021-04-26T14:27:29","slug":"poser-les-bases-dune-approche-geopolitique-de-la-crise-climatique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/04\/26\/poser-les-bases-dune-approche-geopolitique-de-la-crise-climatique\/","title":{"rendered":"Poser les bases d\u2019une approche g\u00e9opolitique de la crise climatique"},"content":{"rendered":"\n
Cette note de travail est \u00e9galement disponible en anglais<\/a> sur le site du Groupe d’\u00e9tudes g\u00e9opolitiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n Le sommet pour le climat organis\u00e9 par les \u00c9tats-Unis les 22 et 23 avril<\/a> dernier a donn\u00e9 lieu \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019annonces des principales puissances de la plan\u00e8te sur leur ambition climatique. Dans un contexte marqu\u00e9 par les tensions internationales, entre la Chine et les \u00c9tats-Unis bien s\u00fbr, mais aussi avec la Turquie et la Russie, et alors que les dirigeants de tous ces pays se sont exprim\u00e9s lors du sommet, celui-ci montre l\u2019importance prise par la dimension g\u00e9opolitique de la question climatique.<\/p>\n\n\n\n Pourtant, ceux qui animent ce d\u00e9bat en France, et en particulier les mouvements politiques qui souhaitent mettre l\u2019\u00e9cologie au c\u0153ur de leur programme, ne semblent pas mettre cette dimension au c\u0153ur de leurs discours. Si les \u00e9cologistes investissent davantage le champ des relations internationales<\/a> depuis les n\u00e9gociations avort\u00e9es de Copenhague et l\u2019Accord de Paris, ils ne se sont pas encore dot\u00e9s d\u2019une v\u00e9ritable doctrine g\u00e9opolitique sur le climat.<\/p>\n\n\n\n Or, comme le dit Dominique Mo\u00efsi<\/a>, le climat \u00ab devrait nous obliger \u00e0 aborder le monde diff\u00e9remment <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb, peut-\u00eatre plus que toute autre question. Le d\u00e9fi climatique poss\u00e8de en effet trois caract\u00e9ristiques, qui en font certainement, de tous les enjeux politiques, le plus intrins\u00e8quement international. D\u2019une part, les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre sont des externalit\u00e9s n\u00e9gatives globales. <\/strong>O\u00f9 qu\u2019elle soit \u00e9mise, une tonne de CO2<\/sub> a, du point de vue des changements climatiques, strictement le m\u00eame impact. La question des changements climatiques est donc la premi\u00e8re question internationale chimiquement pure. D\u2019autre part, la lutte contre les changements climatiques suppose une r\u00e9forme des mod\u00e8les de d\u00e9veloppement capitalistiques, qui ne peuvent intervenir dans un seul pays. La crise \u00e9cologique interroge les possibilit\u00e9s d\u2019esp\u00e9rer, dans les prochaines d\u00e9cennies, une croissance continue du PIB tel que mesur\u00e9 actuellement et fragilise ainsi la promesse de progr\u00e8s et d\u2019am\u00e9lioration du niveau de vie. Or il est aujourd\u2019hui extr\u00eamement difficile de remettre en cause rapidement le mod\u00e8le de croissance capitalistique dans un seul pays, comme le faisait remarquer le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique lui-m\u00eame dans l\u2019interview qu\u2019il donnait au Grand Continent<\/em> en novembre dernier <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Surtout, la catastrophe climatique est aussi \u2013 peut-\u00eatre avant tout \u2013 une catastrophe g\u00e9opolitique. <\/strong>La hausse g\u00e9n\u00e9rale des temp\u00e9ratures aura des impacts physiques directs consid\u00e9rables mais ses cons\u00e9quences indirectes<\/em> (conflits territoriaux, migrations forc\u00e9es, instabilit\u00e9s politiques) sont peut-\u00eatre plus grandes encore. Ainsi, non seulement les changements climatiques cr\u00e9ent des menaces d\u2019un genre nouveau mais ils amplifient \u00e9galement les menaces \u00ab classiques \u00bb li\u00e9es \u00e0 la guerre et \u00e0 la paix dont les enceintes des relations internationales sont habitu\u00e9es \u00e0 d\u00e9battre.<\/p>\n\n\n\n La lutte contre les changements climatiques n\u2019a donc de sens que si elle engage les principaux \u00e9metteurs de gaz \u00e0 effet de serre sur le plan international. Les programmes politiques qui souhaitent se saisir du sujet et s\u2019engager dans une lutte r\u00e9solue contre les causes du changement climatique et ses effets doivent ainsi compl\u00e9ter leur approche par une g\u00e9opolitique<\/em> du climat<\/em> aujourd\u2019hui en grande partie absente. Ils doivent se r\u00e9soudre \u00e0 adopter une politique \u00e9trang\u00e8re bas\u00e9e sur l\u2019analyse et l\u2019anticipation des comportements des autres acteurs importants de la plan\u00e8te, notamment \u00e9tatiques et qui prend en compte ces \u00e9l\u00e9ments pour proposer des solutions efficaces \u00e0 l\u2019atteinte de l\u2019objectif de la r\u00e9duction drastique des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre au niveau mondial.<\/p>\n\n\n\n La catastrophe climatique est aussi \u2013 peut-\u00eatre avant tout \u2013 une catastrophe g\u00e9opolitique.<\/p>Camille Roussac<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Nous proposons tout d\u2019abord de montrer que les \u00e9volutions politiques des deux principales puissances mondiales que sont les Etats-Unis et la Chine \u2013 qui sont aussi les deux principaux \u00e9metteurs de gaz \u00e0 effet de serre, doivent pousser les \u00e9cologistes \u00e0 moderniser leur analyse des enjeux internationaux li\u00e9s \u00e0 la lutte contre les changements climatiques. S\u2019agissant des relations internationales, on ne peut en effet se contenter de recommander une approche moralo-juridique, qui a ses atouts mais aussi ses limites, comme cela appara\u00eet nettement avec le bilan qu\u2019on peut tirer de l\u2019Accord de Paris, cinq ans apr\u00e8s son adoption. <\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 ce constat peuvent \u00eatre propos\u00e9es quatre pistes pour une nouvelle doctrine g\u00e9opolitique du climat, prolongeant les r\u00e9flexions d\u2019Arthur Mira pour le Groupe d’\u00e9tudes g\u00e9opolitiques <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/em>Il faut tout d\u2019abord d\u00e9senclaver la question climatique pour la diffuser \u00e0 l\u2019ensemble des instances du multilat\u00e9ralisme \u00e0 l\u2019aide d\u2019une approche en 3 \u00ab R \u00bb : r\u00e9investir toutes les instances du multilat\u00e9ralisme ; relier leurs puissances normatives ; rassembler les pays affinitaires autour d\u2019un club d\u2019\u00e9tats ambitieux. En parall\u00e8le un groupe de pays affinitaires pourrait \u00eatre cr\u00e9\u00e9 : le \u00ab Green 20 \u00bb. Il convient en outre d\u2019investir le soft power<\/em> climatique de la France et de l\u2019Union europ\u00e9enne. Enfin, il faudra, pour mettre en \u0153uvre cette dynamique, d\u00e9cloisonner les administrations en charge des enjeux climatiques, internationaux et \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n La COP26 \u00e0 Glasgow pourrait \u00eatre le th\u00e9\u00e2tre d\u2019un affrontement entre les \u00c9tats-Unis et la Chine pour le r\u00f4le de premi\u00e8re puissance climatique. Cette volont\u00e9 passe non seulement <\/em>par le leadership<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner l\u2019agenda climatique, mais aussi la domination effective, \u00e9conomique et strat\u00e9gique afin d\u2019imposer ses choix et d\u2019en retirer les plus grands b\u00e9n\u00e9fices.<\/p>\n\n\n\n Le nouveau pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis, Joe Biden, a fait de sa promesse de r\u00e9int\u00e9gration de son pays dans l\u2019Accord de Paris le symbole du retour des Etats-Unis \u00e0 une politique davantage coop\u00e9rative sur le plan international, en opposition \u00e0 l\u2019orientation prise par Donald Trump. Le sommet des leaders sur le climat les 22 et 23 avril repr\u00e9sente \u00e0 ce titre un coup m\u00e9diatique r\u00e9ussi. Alors que, sur les autres enjeux internationaux, Joe Biden est loin d\u2019avoir effectu\u00e9 un virage \u00e0 180\u00b0 par rapport \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur, la question climatique repr\u00e9sente pour le nouveau pr\u00e9sident, sp\u00e9cialiste aguerri des affaires \u00e9trang\u00e8res, le principal enjeu – peut-\u00eatre le seul – sur lequel les \u00c9tats-Unis entendent exercer un leadership <\/em>positif et multilat\u00e9ral. La nomination de l\u2019ancien secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat John Kerry comme repr\u00e9sentant sp\u00e9cial des Etats-Unis pour le climat, poste cr\u00e9\u00e9 pour l\u2019occasion, est un marqueur de cette ambition. Certes les oppositions devraient rester fortes au plan national, notamment du parti r\u00e9publicain qui devrait garder une forte capacit\u00e9 de nuisance avec 50 s\u00e9nateurs et plus de la moiti\u00e9 des gouverneurs. Mais l\u2019ambition climatique pourrait \u00eatre davantage transpartisane que par le pass\u00e9, notamment si elle est vue comme n\u00e9cessaire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale \u2013 un th\u00e8me mis en avant par Joe Biden durant la campagne \u2013 et surtout comme une dimension importante de l\u2019affrontement avec la Chine. L\u2019ambition am\u00e9ricaine devrait en effet se confronter \u00e0 celle de la Chine de Xi Jingping, qui avait annonc\u00e9, le 22 septembre dernier, \u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale, y compris d\u2019une partie de son administration, adopter un objectif de neutralit\u00e9 carbone \u00e0 l\u2019horizon 2060. Comme le note Pierre Charbonnier dans son article pour le Grand Continent<\/em> <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>, cette annonce peut se lire comme l\u2019amorce d\u2019une volont\u00e9 de donner \u00e0 la Chine un statut de puissance climatique. La Chine a d\u2019ailleurs annonc\u00e9, le 1er<\/sup> f\u00e9vrier dernier, le lancement de son march\u00e9 carbone couvrant plus de 2000 centrales \u00e0 charbon et au gaz et, pour la premi\u00e8re fois lors du sommet climat du 22 avril, une trajectoire de r\u00e9duction de sa consommation de charbon.<\/p>\n\n\n\n On peut se r\u00e9jouir d\u2019une course \u00e0 l\u2019ambition climatique entre les deux plus grands \u00e9metteurs de la plan\u00e8te. Toutefois, cette comp\u00e9tition pour la puissance climatique pourrait poser plusieurs probl\u00e8mes. D\u2019une part, cet affrontement US-Chine risque de miner le multilat\u00e9ralisme climatique. <\/strong>La confrontation des puissances rel\u00e8ve par d\u00e9finition d\u2019une logique de concurrence ; celle-ci peut \u00eatre vertueuse si elle conduit \u00e0 inciter chaque partie \u00e0 relever son ambition. Mais la lutte contre les changements climatiques n\u00e9cessitera un haut degr\u00e9 de coordination (politique, scientifique et technologique, \u00e9conomique) et une logique purement comp\u00e9titive risquerait de faire passer au second plan l\u2019enjeu coop\u00e9ratif. En outre, la seule logique de puissance ne conduit pas \u00e0 une solidarit\u00e9 Nord-Sud pourtant indispensable s\u2019agissant des changements climatiques. D\u2019autre part, l\u2019affrontement pourrait prendre le pas sur l\u2019efficacit\u00e9. Si une puissance reste dans une logique extractrice\/carbon\u00e9e, elle pourrait bien en profiter \u00e0 court-terme, n\u2019ayant pas \u00e0 affronter les obstacles \u00e9conomiques, politiques et sociaux que doit affronter un \u00c9tat souhaitant s\u2019engager dans une transition bas-carbone ambitieuse. Une pure logique d\u2019affrontement des puissances ne peut \u00eatre efficace du point de vue de la r\u00e9duction des \u00e9missions mondiales que si on suppose qu\u2019elles sont pr\u00eates \u00e0 mettre en jeu leurs positions relatives \u00e0 court-terme \u2013 o\u00f9 il est toujours plus avantageux de ne pas se priver des ressources carbon\u00e9es disponibles. Si cette hypoth\u00e8se, fragile, n\u2019est pas v\u00e9rifi\u00e9e, le risque est alors grand d\u2019arriver, \u00e0 l\u2019inverse, \u00e0 une situation o\u00f9 les sinc\u00e9rit\u00e9s chinoise et am\u00e9ricaine de l\u2019engagement dans la transition sont mutuellement d\u00e9nonc\u00e9es et o\u00f9 chacune des deux puissances r\u00e9alise que le co\u00fbt de l\u2019affirmation de sa puissance climatique est trop \u00e9lev\u00e9 \u00e0 court terme. Enfin, ni la Chine ni les Etats-Unis ne semblent, \u00e0 ce stade, vouloir remettre en cause leurs mod\u00e8les de d\u00e9veloppement. Malgr\u00e9 les d\u00e9clarations ambitieuses de leurs dirigeants, les Etats-Unis et la Chine sont loin d\u2019avoir entam\u00e9 le virage de mod\u00e8le de d\u00e9veloppement et, plus encore, de mode de vie que supposerait une transition bas-carbone. Si la pr\u00e9sidence des Etats-Unis semble maintenant pr\u00eate \u00e0 reconna\u00eetre que le mode de vie am\u00e9ricain est menac\u00e9 par les changements climatiques, il n\u2019est pas certain, trente ans apr\u00e8s la c\u00e9l\u00e8bre phrase de Georges H.W. Bush qu\u2019elle soit maintenant pr\u00eate \u00e0 le \u00ab n\u00e9gocier \u00bb <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il n\u2019est pas certain dans ces conditions que le contrat social sur lequel reposent leurs mod\u00e8les soit r\u00e9silient aux transformations que suppose une transition bas-carbone, qui seront d\u2019autant plus soudaines que celle-ci sera diff\u00e9r\u00e9e. De m\u00eame, malgr\u00e9 les annonces r\u00e9centes de planification de la r\u00e9duction des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre, la publication du dernier plan quinquennal 2021-2025 a pos\u00e9 de nombreuses questions quant \u00e0 la solidit\u00e9 de ces engagements <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Une pure logique d\u2019affrontement des puissances ne peut \u00eatre efficace du point de vue de la r\u00e9duction des \u00e9missions mondiales que si on suppose qu\u2019elles sont pr\u00eates \u00e0 mettre en jeu leurs positions relatives \u00e0 court-terme \u2013 o\u00f9 il est toujours plus avantageux de ne pas se priver des ressources carbon\u00e9es disponibles.<\/p>Camille Roussac<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Dans ce contexte, le positionnement de la France et l\u2019Union europ\u00e9enne dans la lutte contre les changements climatiques est fragile. Depuis sa pr\u00e9sidence de l\u2019Accord de Paris, la France a poursuivi son installation comme leader <\/em>des enjeux environnementaux et climatiques en Union europ\u00e9enne et dans le monde. Toutefois, des reculs sur certains dossiers phares \u2013 comme la taxe carbone ou la reprise \u00ab sans filtre \u00bb des propositions de la convention citoyenne pour le climat \u2013 \u00e9tiolent ce pouvoir de conviction de la France. Au niveau europ\u00e9en, le lancement du \u00ab pacte vert europ\u00e9en \u00bb (en anglais European Green Deal<\/em>) repr\u00e9sente un tournant politique majeur. Mais les politiques publiques qu\u2019il d\u00e9cline sont essentiellement tourn\u00e9es vers le march\u00e9 int\u00e9rieur et la dimension internationale n\u2019y est ni centrale ni particuli\u00e8rement ambitieuse. Si la pr\u00e9sidente de la Commission europ\u00e9enne Ursula Von der Leyen avait promis une \u00ab Commission europ\u00e9enne g\u00e9opolitique \u00bb dans son premier discours devant le Parlement europ\u00e9en, le 12 novembre 2019, la Commission ne s\u2019est pas encore dot\u00e9e d\u2019une strat\u00e9gie g\u00e9opolitique avec les enjeux climatiques en son c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n La dimension internationale du discours politique des mouvements \u00e9cologistes s\u2019arr\u00eate trop souvent \u00e0 une posture moralo-juridique qui se m\u00e9fie des approches trop g\u00e9opolitiques. Mais une approche morale consistant \u00e0 concentrer les efforts sur l\u2019exemplarit\u00e9 de la France et de l\u2019Europe dans la r\u00e9duction des gaz \u00e0 effet de serre, en mettant au second rang les enjeux internationaux peut \u00eatre interrog\u00e9e d\u2019une point de vue de son efficacit\u00e9. M\u00eame si la France r\u00e9ussit \u00e0 atteindre la neutralit\u00e9 climatique en 2050, cela ne permettra de diminuer les \u00e9missions mondiales de gaz \u00e0 effet de serre que de l\u2019ordre de 1 %. C\u2019est tr\u00e8s insuffisant pour avoir un effet significatif sur le changement climatique. Cette logique pourrait m\u00eame \u00eatre contreproductive : mettre en place une transition radicale dans un seul pays, c\u2019est prendre le risque d\u2019une baisse de comp\u00e9titivit\u00e9 face \u00e0 des pays qui s\u2019autorise l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la ressource fossile, qui reste plus \u00e9conomique dans de nombreux cas que les ressources bas-carbone, tout cela pouvant conduire \u00e0 des d\u00e9localisations d\u2019industrie ou des fuites de capitaux. Cela pourrait alors agir en contre-exemple pour les autres nations. Le seul mouvement des \u201c Gilets jaunes\u201d, d\u00e9clench\u00e9 initialement par l\u2019augmentation de la taxe carbone, a pu ainsi dissuader certains pays de mettre en place une politique similaire.<\/p>\n\n\n\n Il faut \u00e9galement \u00e9viter l\u2019\u00e9cueil d\u2019une conception exclusivement juridique des enjeux mondiaux. On ne doit pas esp\u00e9rer de cette approche, utile en s\u2019inscrivant dans le temps long, des r\u00e9sultats assez rapides pour \u00eatre \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis des prochaines d\u00e9cennies. On voit mal, \u00e0 court terme, les principales puissances de la plan\u00e8te accepter de telles propositions contraignantes. Les faibles progr\u00e8s engrang\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 la suite de l\u2019initiative de Laurent Fabius de \u00ab Pacte mondial pour l\u2019environnement \u00bb illustrent les difficult\u00e9s d\u2019une approche juridique internationale.<\/p>\n\n\n\n L\u2019approche moralo-juridique des relations internationale se retrouve nettement dans l\u2019Accord de Paris, m\u00eame si ce dernier est le fruit de multiples influences, d\u2019intenses et longues n\u00e9gociations sur le climat dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Or, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9tape importante qu\u2019il a repr\u00e9sent\u00e9e, les insuffisances de l\u2019approche moralo-juridique \u00e9voqu\u00e9es supra se retrouvent dans l\u2019\u00e9chec partiel de l\u2019Accord de Paris, que constatait Laurent Fabius lui-m\u00eame <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>, cinq ans apr\u00e8s sa signature. <\/p>\n\n\n\n Comme le note l\u2019\u00e9conomiste William Nordhaus, l\u2019Accord de Paris souffre de deux d\u00e9fauts majeurs <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span> : d\u2019une part il repose sur une logique d\u2019effort volontaire (chaque pays d\u00e9finit son objectif de r\u00e9duction d\u2019\u00e9mission sans r\u00e9partition pr\u00e9alable de l\u2019effort), d\u2019autre part il est non coordonn\u00e9. En effet, aucune coh\u00e9rence n\u2019est assur\u00e9e a priori <\/em>entre les trois piliers sur lesquels reposent l\u2019Accord (un engagement collectif \u00e0 r\u00e9duire les \u00e9missions au travers d\u2019engagements nationaux fix\u00e9s par les \u00e9tats, un engagement de transparence des \u00e9missions et des objectifs de chaque pays et un engagement des pays d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 soutenir les pays en d\u00e9veloppement). Ainsi, si l\u2019Accord de Paris a conduit \u00e0 un engagement collectif \u00e0 rester en-dessous d\u2019un r\u00e9chauffement de 2\u00b0C, il n\u2019est pas all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9finir un \u00ab budget carbone mondial \u00bb r\u00e9parti entre les diff\u00e9rents pays du monde et \u00e0 la d\u00e9finition de politiques publiques coh\u00e9rentes avec ces budgets carbone nationaux. De m\u00eame, aucun lien direct n\u2019est fait entre l\u2019engagement des pays d\u00e9velopp\u00e9s de 100 Md$ de financement par an \u00e0 partir de 2020 et les besoins des pays en d\u00e9veloppement. Enfin, la coh\u00e9rence des type d\u2019engagements des diff\u00e9rents pays n\u2019est m\u00eame pas assur\u00e9e : si l\u2019Union europ\u00e9enne a choisi de s\u2019engager sur un niveau de r\u00e9duction de ses \u00e9missions, la Chine s\u2019est par exemple engag\u00e9e sur une date \u00e0 partir de laquelle elle \u00e9tend r\u00e9duire ses \u00e9missions, mais pas sur le niveau que celles-ci auront alors atteint. Ces faiblesses de l\u2019Accord de Paris \u00e9taient la condition de son adoption et la cons\u00e9quence tir\u00e9e de l\u2019\u00e9chec du sommet de Copenhague \u2013 ce dernier avait tent\u00e9, en vain, de mettre d\u2019accord les diff\u00e9rents pays sur une logique de r\u00e9partition des efforts. Mais elles ne doivent pas \u00eatre sous-estim\u00e9es pour autant.<\/p>\n\n\n\n La dimension internationale du discours politique des mouvements \u00e9cologistes s\u2019arr\u00eate trop souvent \u00e0 une posture moralo-juridique qui se m\u00e9fie des approches trop g\u00e9opolitiques.<\/p>Camille Roussac<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Plus g\u00e9n\u00e9ralement, peut-\u00eatre par son ampleur du d\u00e9fi qu\u2019il repr\u00e9sente, le d\u00e9fi climatique semble \u00eatre particuli\u00e8rement propice \u00e0 la croyance dans la fonction performative du discours politique, en particulier en France. Comme le note le politologue Stefan Aykut, \u00ab nous avons bascul\u00e9 dans une sorte d\u2019\u00e9conomie de la promesse perp\u00e9tuelle, un r\u00e9cit qui est toujours r\u00e9actualis\u00e9 par des annonces (\u2026) mais, dans le m\u00eame temps, nous restons tr\u00e8s en-dessous dans la mise en \u0153uvre des d\u00e9cisions qui font mal <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span> \u00bb. Il faut donc construire une g\u00e9opolitique du climat qui doit d\u00e9passer cette logique. <\/p>\n\n\n\n Face \u00e0 la comp\u00e9tition pour la puissance climatique, la France et l\u2019Union europ\u00e9enne sont en position d\u2019assumer un leadership <\/em>sur la question climatique tout en s\u2019inscrivant dans une logique multilat\u00e9rale coop\u00e9rative. Mais, si une approche uniquement bas\u00e9e sur la logique de puissance a, on l\u2019a vu, ses limites, une simple approche moralo-juridique ne peut non plus suffire. <\/p>\n\n\n\n Pour que l\u2019Union europ\u00e9enne et la France puissent relever le d\u00e9fi d\u2019une action internationale efficace sur les changements climatiques, il convient de d\u00e9passer la logique de l\u2019Accord de Paris et des COP, aboutissement de la logique moralo-juridique r\u00e9unissant les acteurs du climat de tous les pays, mais se limitant \u00e0 ceux-ci. Les acteurs du climat devraient au contraire \u00eatre les premiers \u00e0 promouvoir une approche g\u00e9opolitique int\u00e9gr\u00e9e d\u00e9passant ces cadres. Nous proposons ici pour cela quatre pistes : r\u00e9investir le multilat\u00e9ralisme, cr\u00e9er un groupe de pays affinitaires (le \u00ab Green 20 \u00bb), investir dans le soft power<\/em> culturel et d\u00e9cloisonner les administrations en charge.<\/p>\n\n\n\n Il faut g\u00e9n\u00e9raliser la prise en compte de la dimension climatique dans l\u2019ensemble de la politique \u00e9trang\u00e8re. La solution pourrait de situer dans une approche en 3 \u00ab R \u00bb : <\/p>\n\n\n\n
<\/a>T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\nL\u2019affrontement \u00e0 venir entre Chine et Etats-Unis pour le leadership <\/em>climatique doit pousser la France et l\u2019UE \u00e0 d\u00e9passer l\u2019Accord de Paris et son approche moralo-juridique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
La comp\u00e9tition sino-am\u00e9ricaine pour la place de premi\u00e8re superpuissance climatique, pourrait rapidement trouver ses limites<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Les mouvements \u00e9cologistes ne se sont pas suffisamment dot\u00e9s d\u2019une vision g\u00e9opolitique du climat<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
La logique de l\u2019Accord de Paris doit \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
Propositions pour une nouvelle doctrine g\u00e9opolitique des changements climatiques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
R\u00e9investir toutes les instances du multilat\u00e9ralisme, relier leurs puissances normatives et rassembler les affinitaires autour de l\u2019enjeu climatique.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n