{"id":106541,"date":"2021-04-25T17:38:17","date_gmt":"2021-04-25T15:38:17","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=106541"},"modified":"2021-04-25T19:01:13","modified_gmt":"2021-04-25T17:01:13","slug":"par-dela-loxymore-baroque-une-conversation-avec-eugene-green","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/04\/25\/par-dela-loxymore-baroque-une-conversation-avec-eugene-green\/","title":{"rendered":"Par-del\u00e0 l&rsquo;oxymore baroque, une conversation avec Eug\u00e8ne Green"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Que ce soit dans vos \u00e9crits critiques ou dans votre travail artistique, et quoique la fronti\u00e8re soit souvent poreuse, vous semblez toujours vous employer \u00e0 montrer l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration profonde entre les arts (musique, th\u00e9\u00e2tre, cin\u00e9ma, roman). Comment avez-vous con\u00e7u cette approche totale&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Disons que ce n\u2019est pour moi presque pas une d\u00e9marche r\u00e9fl\u00e9chie, ou consciente. Cela vient naturellement, et, instinctivement, je vois assez difficilement comment on peut s\u00e9parer les choses. Et j\u2019\u00e9prouve une certaine r\u00e9ticence \u2014 et encore le mot n\u2019est pas assez fort&#160;; disons que je suis parfois effray\u00e9 par la technicit\u00e9 et l\u2019hypersp\u00e9cialisation du savoir contemporain. Selon moi, cela aboutit parfois \u00e0 isoler des choses qui ne peuvent \u00eatre isol\u00e9es. Par exemple, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je travaillais sur le th\u00e9\u00e2tre, je me suis tout particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre baroque car cela me permettait de proposer un mod\u00e8le de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9&#160;: je trouvais en effet que le drame du th\u00e9\u00e2tre contemporain \u00e9tait de s\u2019\u00e9loigner de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, de l\u2019essence de ce qui est th\u00e9\u00e2tral. Mais quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire des recherches sur le th\u00e9\u00e2tre baroque, j\u2019ai trouv\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait impossible de&nbsp; faire une recherche technique uniquement sur la d\u00e9clamation, sur la prononciation ou encore sur la gestuelle. Tout cela n\u2019avait de sens que dans le contexte de la civilisation baroque, et il fallait donc que je me donne une image globale de cette civilisation, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il me fallait en comprendre tous les arts, la pens\u00e9e, les structures politiques. Il me semble que cette approche est valable pour toute recherche intellectuelle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Entre le Londres \u00e9lisab\u00e9thain, Paris, Lisbonne, Lugano et son lac, Rome, les brumes du Pays-Basque, votre \u0153uvre dessine en quelque sorte une g\u00e9ographie europ\u00e9enne secr\u00e8te. Pourriez-vous nous la commenter&#160;? Des connexions (visibles ou invisibles) unissent-elles ces lieux dans votre esprit&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, je me sens en effet profond\u00e9ment europ\u00e9en. Je crois que je le sentais m\u00eame quand j\u2019\u00e9tais enfant et adolescent en Barbarie&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-1-106541' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/04\/25\/par-dela-loxymore-baroque-une-conversation-avec-eugene-green\/#easy-footnote-bottom-1-106541' title='Eug\u00e8ne Green a quitt\u00e9 les \u00c9tats-Unis, o\u00f9 il est n\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 20 ans. Tr\u00e8s hostile \u00e0 la culture de son pays de naissance, il n\u2019y fait r\u00e9f\u00e9rence, de mani\u00e8re violente, que sous le nom de \u00ab&amp;#160;Barbarie&amp;#160;\u00bb.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Pour moi l\u2019Europe, c\u2019\u00e9tait la r\u00e9alit\u00e9, et ce qui m\u2019entourait \u00e9tait irr\u00e9el, cela n\u2019existait pas r\u00e9ellement. Et effectivement, j\u2019ai trouv\u00e9 une sorte de fil conducteur \u00e0 travers les civilisations europ\u00e9ennes qui passe beaucoup par des lieux \u2013 je suis tr\u00e8s sensible aux lieux. Pour moi, ce fil conducteur part de la Gr\u00e8ce Antique. Il passe par Rome, qui a surtout \u00e9t\u00e9 une courroie de transmission&#160;:&nbsp; je ne pense pas que Rome ait apport\u00e9 grand-chose \u00e0 la civilisation europ\u00e9enne, mises \u00e0 part les langues n\u00e9o-latines, qui sont pour moi l\u2019\u00e9picentre de la civilisation europ\u00e9enne.<br><br>Et, justement, l\u2019Angleterre de l\u2019\u00e9poque de Shakespeare \u00e9tait encore rattach\u00e9e \u00e0 ce centre. \u00c0 partir de la fin du XVIIe si\u00e8cle, elle est compl\u00e8tement devenue un pays du Nord, voire un pays qui s\u2019est isol\u00e9 de l\u2019Europe&#160;; mais au Moyen-\u00c2ge et aux XVIe-XVIIe si\u00e8cles, au d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle, c\u2019\u00e9tait encore une terre tr\u00e8s li\u00e9e aux pays latins. L\u2019idiome sonore de ce pays est en fait un patois, un cr\u00e9ole qui est un m\u00e9lange d\u2019une base saxonne avec un superstrat latin tr\u00e8s important, par le fran\u00e7ais. Donc c\u2019est vraiment un patois, au sens litt\u00e9ral de ce terme, qui lui donnait une ouverture sur le monde latin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la carte, je trouve que les pays de l\u2019Europe Centrale sont aussi int\u00e9ressants par la mani\u00e8re dont ils ont pu interagir avec cette civilisation qui, originellement, linguistiquement du moins, et m\u00eame culturellement, \u00e9tait plus loin d\u2019eux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Mais, alors que votre Europe semble souvent se confondre avec la latinit\u00e9, se pose la question de votre fascination pour le Pays basque, qui est un isolat linguistique complet. <\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, mais c\u2019est un peu l\u2019Europe d\u2019avant, et cette strate-l\u00e0 est aussi tr\u00e8s pr\u00e9sente en fait. Cela induit un certain rapport \u00e0 la nature, \u00e0 la terre. Je crois qu\u2019au Pays Basque est rest\u00e9 vivant un \u00e9l\u00e9ment pa\u00efen.&nbsp;Et puis la langue basque est fascinante. Quoique je l\u2019aie \u00e9tudi\u00e9e, je n\u2019ai pas r\u00e9ussi \u00e0 la ma\u00eetriser. C&rsquo;est une fa\u00e7on de voir le monde qui est compl\u00e8tement diff\u00e9rente de la n\u00f4tre, marqu\u00e9e par la structure des langues indo-europ\u00e9ennes. Passer par cette langue compl\u00e8tement diff\u00e9rente fait beaucoup r\u00e9fl\u00e9chir. Je dis toujours qu\u2019en basque \u2014 mais c\u2019est aussi le cas des langues finno-ougriennes \u2014 la langue structure la pens\u00e9e \u00e0 l\u2019envers. L\u2019ordre des mots est presque contraire \u00e0 celui qu\u2019on lui donne dans nos phrases&#160;: on commence par l&rsquo;aboutissement, et l\u2019on remonte vers la cause.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi quelque chose que les linguistes appellent l\u2019ergativit\u00e9. C\u2019est l&rsquo;existence d\u2019un cas qui s\u2019appelle l\u2019ergatif, mais qui est tr\u00e8s signifiant quant \u00e0 la mani\u00e8re de penser. Dans toutes les langues indo-europ\u00e9ennes \u2013 et c\u2019est encore plus clair dans celles qui sont d\u00e9clin\u00e9es \u2013, le cas qui d\u00e9finit le sujet dans son existence, c&rsquo;est-\u00e0-dire le cas sujet d\u2019un verbe intransitif comme \u00ab&#160;\u00eatre&#160;\u00bb, c\u2019est le nominatif. Et pour un verbe transitif, le sujet de l\u2019action reste le nominatif, et l\u2019objet de l\u2019action est l\u2019accusatif. Mais en basque, il y a un cas pour les verbes intransitifs, qui s\u2019appelle l\u2019absolutif, puisqu&rsquo;il d\u00e9finit l\u2019\u00eatre, mais quand le verbe est transitif, l\u2019absolutif devient le compl\u00e9ment d\u2019objet direct et le sujet devient un cas qui n\u2019existe qu\u2019en basque, l\u2019ergatif.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/Harpea-on-descend-e1619364307383.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"1920\"\n        data-pswp-height=\"1017\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/Harpea-on-descend-e1619364307383-330x175.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/Harpea-on-descend-e1619364307383-690x365.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/Harpea-on-descend-e1619364307383-1340x710.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/Harpea-on-descend-e1619364307383-125x66.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Je crois que cela p\u00e8se sur la mani\u00e8re dont on se repr\u00e9sente le monde. Cela signifie que dans la structure indo-europ\u00e9enne, \u00eatre veut dire agir, puisque c\u2019est le m\u00eame cas. Mais dans la structure basque, \u00eatre signifie subir. Je pense que c\u2019est une trace d\u2019un \u00e9tat tr\u00e8s ancien de l\u2019humanit\u00e9, pr\u00e9serv\u00e9 dans cette langue, qui devait exister sous une certaine forme il y a des dizaines de milliers d\u2019ann\u00e9es. \u00c0 ce moment-l\u00e0 l\u2019\u00eatre humain \u00e9tait l\u2019objet de la nature, des dieux et de toutes sortes de forces. Je crois que cela renvoie une image de soi qui est plus modeste et qui voit l\u2019homme comme une cr\u00e9ature jet\u00e9e dans la nature. C\u2019est un sentiment que nous avons perdu, alors m\u00eame qu\u2019il est tr\u00e8s important, surtout au moment o\u00f9 nous sommes pris dans cette crise sanitaire, qui nous rappelle justement que nous sommes des cr\u00e9atures qui existent dans la nature. Je crois que le basque contient ce sentiment.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, il y a quelque chose, au Pays basque, qui me parle. C\u2019est une nature harmonieuse d\u2019o\u00f9 se d\u00e9gage une grande force. Dans les Alpes, par exemple, je me sens toujours angoiss\u00e9. Mais au Pays basque ce n\u2019est pas une nature angoissante&#160;: elle est puissante et il faut la respecter, mais si on la respecte, on trouve sa place dedans. Et je crois que cela se retrouve dans la langue basque.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il y a quelque chose, au Pays basque, qui me parle. C\u2019est une nature harmonieuse d\u2019o\u00f9 se d\u00e9gage une grande force. Dans les Alpes, par exemple, je me sens toujours angoiss\u00e9. Mais au Pays basque ce n\u2019est pas une nature angoissante&#160;: elle est puissante et il faut la respecter, mais si on la respecte, on trouve sa place dedans. Et je crois que cela se retrouve dans la langue basque.<\/p><cite>Eug\u00e8ne Green<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous vous d\u00e9crivez parfois comme un \u00ab&#160;artiste europ\u00e9en d\u2019expression fran\u00e7aise&#160;\u00bb. Qu\u2019entendez-vous par cette formule&#160;? Qu\u2019est-ce qu\u2019un artiste europ\u00e9en pour vous&#160;? Y aurait-il une forme de sentiment d\u2019exil dans cette mani\u00e8re de se sentir europ\u00e9en&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui je pense qu\u2019il y a quelque chose de cela. Je me sens par exemple tr\u00e8s proche de Rilke que j\u2019ai en partie relu r\u00e9cemment. D\u2019abord, il est n\u00e9 \u00e0 Prague, qui est aussi une ville qui me parle beaucoup&#160;: elle est au centre de l\u2019Europe et de nombreuses influences europ\u00e9ennes se croisent dans cette ville et dans la culture de la Boh\u00eame. \u00c0 sa naissance, Prague faisait partie d\u2019un ensemble, l\u2019Empire austro-hongrois, qui a disparu. En m\u00eame temps, il \u00e9tait parfaitement francophone et il \u00e9crivait parfois en fran\u00e7ais. Paradoxalement, \u00e0 une \u00e9poque marqu\u00e9e par le nationalisme et le chauvinisme les plus exacerb\u00e9s, il faisait partie, avec d\u2019autres, de ces esprits qui ont compris ce que c\u2019\u00e9tait que d\u2019\u00eatre europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai lu cet \u00e9t\u00e9 ses <em>Lettres \u00e0 une<\/em> <em>amie v\u00e9nitienne<\/em>, dans laquelle on sent qu\u2019ils sont tous les deux Europ\u00e9ens. Ils sont attach\u00e9s \u00e0 une tradition, qui vient de leurs langues respectives, et, en m\u00eame temps, on per\u00e7oit que, par ces identit\u00e9s, ils appartiennent \u00e0 quelque chose de plus large, qui est l\u2019Europe. Oui, je ressens une affinit\u00e9 avec eux, et en ce moment je me sens de plus en plus d\u00e9boussol\u00e9, et un peu isol\u00e9, parce que ce sentiment europ\u00e9en dispara\u00eet compl\u00e8tement, et j\u2019ai m\u00eame l\u2019impression que la civilisation europ\u00e9enne dispara\u00eet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je suis arriv\u00e9 en Europe \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, la France comme l\u2019Europe existaient tr\u00e8s pleinement. Bien \u00e9videmment, c\u2019\u00e9tait \u00e0 situer dans un contexte historique pr\u00e9cis, les ann\u00e9es 1960, mais cela existait vraiment. Et j\u2019ai vu arriver \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 une d\u00e9culturalisation de l&rsquo;Europe qui est venue de la Barbarie et qui \u00e9tait d\u2019autant plus violente qu\u2019elle \u00e9tait sournoise et invisible. Quand on est occup\u00e9 par une arm\u00e9e, il y a quelque chose de tr\u00e8s net, on voit les soldats, on voit les armes, et donc il faut choisir&#160;: soit on accepte l\u2019occupation&#160;; soit on est contre mais on ne r\u00e9siste pas&#160;; soit on est contre et on r\u00e9siste. Mais l\u2019occupation barbare que l\u2019on appelle la mondialisation \u2013 et qui est en fait une barbarisation universelle \u2013 s\u2019est faite sans violence apparente.<br><br>Lorsque je suis arriv\u00e9 \u00e0 Paris \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, la population \u00e9tait encore tr\u00e8s consciente des diff\u00e9rences entre l\u2019Europe et la Barbarie. Et puis, \u00e0 partir de la g\u00e9n\u00e9ration des ann\u00e9es 1980, quelque chose s\u2019est liss\u00e9. Nous en sommes arriv\u00e9s au point o\u00f9 nous cherchons de plus en plus \u00e0 \u00e9muler et \u00e0 imiter les barbares, en nous imaginant que la modernit\u00e9 et le sens de l\u2019histoire se trouvent l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Votre discours sur les \u00c9tats-Unis est extr\u00eamement violent. Vous ne sauvez rien de l\u2019\u00e9norme production culturelle de ce pays&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Non. Bien s\u00fbr, il y a des gens qui sont un peu plus \u00e9volu\u00e9s, un peu plus sensibles et qui voudraient r\u00e9sister, mais ils n\u2019ont pas de base pour r\u00e9sister parce qu\u2019ils sont immerg\u00e9s dans un monde profond\u00e9ment barbare. Donc ils veulent r\u00e9sister, ils sont conscients \u00e0 un certain niveau de l\u2019atrocit\u00e9 de la Barbarie, mais en m\u00eame temps, elle est compl\u00e8tement infus\u00e9e en eux, et du coup je ne vois pas de produit culturel barbare qui me parle. J\u2019ai vu pour la premi\u00e8re fois, r\u00e9cemment <em>Citoyen Kane<\/em>. Je trouve ce film compl\u00e8tement creux&#160;: Puits&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-2-106541' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/04\/25\/par-dela-loxymore-baroque-une-conversation-avec-eugene-green\/#easy-footnote-bottom-2-106541' title='Eug\u00e8ne Green traduit syst\u00e9matiquement les noms am\u00e9ricains.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><\/span> s\u2019est content\u00e9 de copier des plans qu\u2019il a vus dans les films europ\u00e9ens des ann\u00e9es 1920 et 1930. Cela en fait un ramassis de plans, tr\u00e8s jolis d\u2019ailleurs, mais cela n\u2019a aucun sens profond, et le sc\u00e9nario est tr\u00e8s profond\u00e9ment barbare.<br><br>Je crois que je le mettrais dans la triade des trois pires films que j\u2019aie jamais vus \u2014&nbsp;je ne compte pas les navets ou les s\u00e9ries B bien s\u00fbr mais des films qui ont un immense \u00e9cho en Europe, et surtout en France&#160;: <em>Citoyen Kane<\/em>, <em>Vertigo<\/em>, et <em>Mulholland Drive<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Revenons \u00e0 la France. Vous avez d\u00e9j\u00e0 dit que, lorsque vous \u00eates arriv\u00e9 ici, vous vous \u00eates rendu compte que le fran\u00e7ais vous appartenait et que vous apparteniez au fran\u00e7ais. Pourriez-vous tenter de mettre des mots sur le sentiment que vous avez \u00e9prouv\u00e9&#160;? Comment sent-on qu\u2019une langue ne nous appartient pas&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ce sont des choses tellement profondes et tellement instinctives que c\u2019est difficile \u00e0 exprimer. J\u2019utilise toujours la m\u00e9taphore platonicienne, c&rsquo;est-\u00e0-dire que quand j\u2019ai appris le fran\u00e7ais, je n\u2019avais pas l\u2019impression d\u2019apprendre quelque chose d\u2019inconnu mais de me souvenir de quelque chose qui \u00e9tait enfoui en moi. Je trouve ce m\u00eame sentiment avec le portugais, que je peux parler et lire, mais que je ne ma\u00eetrise pas compl\u00e8tement. Et ce sont des choses qui ne s&rsquo;expliquent pas vraiment. Pourquoi ces deux langues en particulier&#160;?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>J\u2019utilise toujours la m\u00e9taphore platonicienne, c&rsquo;est-\u00e0-dire que quand j\u2019ai appris le fran\u00e7ais, je n\u2019avais pas l\u2019impression d\u2019apprendre quelque chose d\u2019inconnu mais de me souvenir de quelque chose qui \u00e9tait enfoui en moi. Je trouve ce m\u00eame sentiment avec le portugais, que je peux parler et lire, mais que je ne ma\u00eetrise pas compl\u00e8tement. Et ce sont des choses qui ne s&rsquo;expliquent pas vraiment.<\/p><cite>Eug\u00e8ne Green<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Lorsque j\u2019\u00e9tais enfant et adolescent en Barbarie, la seule langue que je pouvais bien lire c\u2019\u00e9tait l\u2019anglais, donc la culture me venait en grande partie \u00e0 travers la langue anglaise. Et je construisais un peu dans ma t\u00eate une Grande-Bretagne mythique puisque j\u2019\u00e9tais malheureux l\u00e0 o\u00f9 j\u2019\u00e9tais. Mais d\u00e8s que j\u2019ai mis les pieds sur le sol de la Grande-Bretagne, j\u2019ai compris que cette langue n\u2019\u00e9tait pas moi. Aujourd\u2019hui encore, si je peux trouver du plaisir \u00e0 lire Shakespeare ou John Donne, ou m\u00eame quelques auteurs du XXe si\u00e8cle, l\u2019anglais reste tr\u00e8s loin de moi&#160;: cela ne r\u00e9sonne pas. C\u2019est une langue qu\u2019on m\u2019a impos\u00e9e, mais qui n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 \u00e0 l\u2019origine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans ses notes sur le cin\u00e9matographe, Bresson \u00e9crit cette sentence&#160;: \u00ab&#160;Intonations de voix, mimiques, gestes que con\u00e7oit l\u2019acteur avant et pendant.&#160;\u00bb Alors que, de votre propre aveu, Bresson est le cin\u00e9aste qui a eu le plus d\u2019influence sur vous, comment comprenez-vous cette maxime&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00ab&#160;&nbsp;Acteur&#160;\u00bb&nbsp;avait une connotation p\u00e9jorative pour lui&#160;: quand on joue \u00e0 la fa\u00e7on de ce qu\u2019il appelait un acteur, on a fait un gros travail intellectuel avant d\u2019arriver devant la cam\u00e9ra, et donc ce que la cam\u00e9ra capte est quelque chose de purement intellectuel et d\u2019ext\u00e9rieur. Maintenant qu\u2019existent des robots performants, on pourrait leur apprendre \u00e0 faire exactement la m\u00eame chose.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/LFDJ_STILL_000013.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"1998\"\n        data-pswp-height=\"1080\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/LFDJ_STILL_000013-330x178.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/LFDJ_STILL_000013-690x373.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/LFDJ_STILL_000013-1340x724.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/LFDJ_STILL_000013-125x68.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Ceci dit, \u00e0 la diff\u00e9rence de Bresson, je ne crois pas qu\u2019un acteur professionnel soit incapable de faire ce qu\u2019il voulait. Ce qu\u2019il faisait avec des amateurs, je cherche \u00e0 le faire avec des acteurs. Mais, souvent, mes personnages sont tr\u00e8s jeunes, donc la ligne entre professionnalisme et amateurisme est t\u00e9nue, parce que ce sont des gens qui ont parfois suivi des cours de th\u00e9\u00e2tre mais ne sont pas encore des acteurs confirm\u00e9s. Quand je travaille avec des acteurs confirm\u00e9s, il est effectivement n\u00e9cessaire qu\u2019ils se d\u00e9fassent de certaines choses. Mais de bons acteurs \u2014 enfin, disons les acteurs avec lesquels je m\u2019entends, et que je consid\u00e8re donc comme de bons acteurs \u2014 sont capables de faire cela. Mais il faut une certaine volont\u00e9 de leur part.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que je cherche, et ce que cherchait Bresson, c\u2019est quelque chose qui est tr\u00e8s profond\u00e9ment en eux, et qui ressort au moment de la prise. Je fais tr\u00e8s peu de pr\u00e9paration avec eux et je refuse de leur donner des explications psychologiques sur leurs personnages comme ils le demandent souvent. Je l\u2019ai fait sur mon dernier film que j\u2019ai tourn\u00e9 il y a presque deux ans, mais qui n\u2019est pas encore sorti \u00e0 cause de la pand\u00e9mie. Mais c\u2019\u00e9tait avec de jeunes acteurs basques, qui \u00e9taient vraiment des non-acteurs. Exceptionnellement je leur ai donc donn\u00e9 quelques explications psychologiques, mais c\u2019\u00e9tait surtout dans le but de les emp\u00eacher de se perdre dans une tentative personnelle d\u2019explicitation psychologique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs on fait tr\u00e8s peu de travail sur le texte, et ce qu\u2019on fait est purement technique, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019on ne fait qu\u2019une lecture du sc\u00e9nario avec tout le monde. Je n\u2019interviens que s&rsquo;ils commencent \u00e0 prendre des intonations caract\u00e9ristiques du \u00ab&#160;&nbsp;jeu psychologique&#160;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ce moment o\u00f9 les acteurs prennent des intonations qu\u2019on ne prendrait pas en parlant naaturellement, et qu\u2019ils adoptent dans le but de masquer le sc\u00e9nario, de faire semblant qu\u2019ils sont en train d\u2019inventer le texte. C\u2019est parfaitement antinaturel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019une des caract\u00e9ristiques de vos films d\u00e9rive du soin particulier que vous apportez \u00e0 la diction de vos acteurs, si ch\u00e2ti\u00e9e qu\u2019elle provoque un effet d\u2019\u00e9tranget\u00e9, une forme de mise \u00e0 distance. Cette attention port\u00e9e \u00e0 la langue d\u00e9rive-t-elle de votre travail sur la \u00ab&#160;parole baroque&#160;\u00bb&#160;? Trouvez-vous qu\u2019autrement on n\u2019entendrait plus les mots, ou bien est-ce li\u00e9 \u00e0 la tr\u00e8s faible accentuation du fran\u00e7ais&#160;? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Avant toute chose, la diction que j\u2019utilise au cin\u00e9ma n\u2019a rien \u00e0 voir avec le th\u00e9\u00e2tre baroque. Je lis souvent que je fais jouer les acteurs de cin\u00e9ma avec la diction baroque&#160;; c\u2019est tout \u00e0 fait faux. C\u2019est une diction qui est pour moi propre au cin\u00e9ma, qui est tr\u00e8s diff\u00e9rente de la diction th\u00e9\u00e2trale en g\u00e9n\u00e9ral, et, en particulier, de la diction baroque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a une sorte de mat\u00e9rialit\u00e9 de la parole, et je veux que l\u2019acteur en soit conscient pour entrer dans cette mati\u00e8re. Pour moi, il y a l\u00e0 quelque chose de physique. Dans le cin\u00e9ma contemporain, et notamment dans le cin\u00e9ma fran\u00e7ais, il y a une tendance bizarre dans la diction&#160;: pour faire naturel on ouvre \u00e0 peine la bouche. Je veux au contraire que mes acteurs articulent, pas avec emphase, mais simplement que chaque syllabe soit l\u00e0 pour que l\u2019acteur rentre dans la parole et qu\u2019\u00e0 son tour la parole rentre dans l\u2019acteur.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Dans le cin\u00e9ma contemporain, et notamment dans le cin\u00e9ma fran\u00e7ais, il y a une tendance bizarre dans la diction&#160;: pour faire naturel on ouvre \u00e0 peine la bouche. Je veux au contraire que mes acteurs articulent, pas avec emphase, mais simplement que chaque syllabe soit l\u00e0 pour que l\u2019acteur rentre dans la parole et qu\u2019\u00e0 son tour la parole rentre dans l\u2019acteur.<\/p><cite>Eug\u00e8ne Green<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Ensuite, ce qu\u2019on appelle une diction ch\u00e2ti\u00e9e, c\u2019est simplement que mes acteurs font des liaisons. C\u2019est apparemment si surprenant qu\u2019\u00e0 chaque fois que je pr\u00e9sente un de mes films, on me pose une question. Si elle est pos\u00e9e aimablement, je r\u00e9ponds. Ce n\u2019est pas quelque chose d\u2019absolument essentiel et cela ne vient pas du th\u00e9\u00e2tre baroque. Mon premier film, <em>Toutes les nuits<\/em>, fut une aventure assez d\u00e9mente. Je n\u2019avais jamais fait d\u2019\u00e9cole de cin\u00e9ma, je n\u2019avais jamais travaill\u00e9 sur un tournage, je n\u2019avais jamais fait de court-m\u00e9trage, et je l\u2019ai tourn\u00e9 \u00e0 50 ans. La principale cons\u00e9quence de tout cela \u00e9tait que je demandais aux acteurs et aux techniciens de faire des choses qu\u2019on ne fait normalement pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait donc que je trouve vite des astuces pour aider tout le monde \u00e0 entrer dans mon projet et pour montrer que ce n\u2019\u00e9taient pas des lubies ou des caprices. Autrement dit, je voulais montrer que je savais ce que je voulais. Au d\u00e9but, les acteurs tombaient spontan\u00e9ment dans le jeu psychologique. Je leur ai donc demand\u00e9 de rendre la langue un peu moins \u00ab&#160;naturelle&#160;\u00bb. Le sc\u00e9nario facilitait quelque peu le travail car j\u2019avais recours \u00e0 des formes grammaticales peu usuelles, ce qui cr\u00e9ait un d\u00e9calage. Mais pour cr\u00e9er un d\u00e9calage suppl\u00e9mentaire, phon\u00e9tique cette fois, je leur ai demand\u00e9 de faire certaines liaisons qu\u2019ils n\u2019auraient pas faites naturellement. C\u2019\u00e9tait des liaisons que l\u2019on peut faire, que certaines personnes font encore, et que beaucoup de gens faisaient encore quand je suis arriv\u00e9 en France. Au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait un peu d\u00e9concertant \u2014&nbsp;c\u2019\u00e9tait ce que je voulais \u2014, et puis les acteurs y ont pris go\u00fbt, et ils ont commenc\u00e9 \u00e0 faire des liaisons que je ne leur avait pas donn\u00e9es. Comme j\u2019ai le vice de la coh\u00e9rence, je me suis dit que si l\u2019on faisait quelques-unes des liaisons possibles, il valait mieux les faire toutes. Donc quand ils oubliaient d\u2019en faire une je leur demandais de le faire, et cela marchait tr\u00e8s bien. Cela n\u2019avait rien d\u2019appuy\u00e9, justement, ou d\u2019intellectuel&#160;: cela semblait \u00eatre une fa\u00e7on naturelle de parler. Et donc j\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 le faire sur mes films suivants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re partie de votre question, la deuxi\u00e8me partie \u00e9tait sur le fran\u00e7ais. Le fran\u00e7ais est effectivement la seule des langues europ\u00e9ennes, en fait, qui n\u2019a pas d\u2019accent fixe sur les syllabes, \u00e0 part l\u2019accent que l\u2019on pose avant l\u2019arr\u00eat de la voix. C \u2019est donc un accent par groupe de syllabes. Il y a un accent, mais qui arrive, si l\u2019on dit un mot isol\u00e9, sur la derni\u00e8re syllabe, et si l\u2019on dit un groupe de mots, sur la derni\u00e8re syllabe prononc\u00e9e. Disons donc que le fran\u00e7ais est d\u00e9j\u00e0 une langue plus neutre, mais je demande aux acteurs de le retenir, d\u2019att\u00e9nuer l\u2019accentuation, pour qu\u2019ils n\u2019essaient pas de mettre des accents d\u2019affects, qui viennent toujours d\u2019une pens\u00e9e intellectuelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre je leur demande de suivre l\u2019intonation naturelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019il y a aussi en fran\u00e7ais un accent musical, sur certaines syllabes. C\u2019est tr\u00e8s fort sur la syllabe qui re\u00e7oit l\u2019accent d&rsquo;intensit\u00e9, mais cela peut arriver sur d\u2019autres syllabes, surtout si l\u2019on dit des vers. M\u00eame en parlant, il y a un accent musical, comme en grec ancien, o\u00f9 l\u2019on monte puis on descend. Et la valeur de la syllabe dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 d\u00e9termine l\u2019intervalle, qui peut \u00eatre plus ou moins important&#160;: c\u2019est par exemple plus petit devant une virgule et plus grand devant un point. Je leur demande donc de vraiment exprimer cet accent musical, m\u00eame s\u2019il est un peu att\u00e9nu\u00e9. Mais s&rsquo;ils commencent \u00e0 prendre des intonations psychologiques \u2014 monter ou rester en suspens l\u00e0 o\u00f9 il y aurait normalement une descente \u2014, je le corrige toujours.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce n\u2019est pas limit\u00e9 au fran\u00e7ais. Lorsque j\u2019ai fait jouer des acteurs en portugais ou en italien, je leur ai demand\u00e9 de travailler la diction de la m\u00eame mani\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans <em>Faire la parole<\/em>, l\u2019\u00e9crivain basque Joseba Sarrionandia dit que \u00ab&#160;la langue et la politique [sont] la m\u00eame chose&#160;\u00bb&#160;: consid\u00e9rez-vous qu\u2019il y a une dimension politique dans votre propre travail sur la langue et sur la parole&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui&#160;! Dans le contexte actuel c\u2019est certain. Mais dans tout contexte, il y a un rapport entre la langue et la politique. Au Pays basque c\u2019est tr\u00e8s clair, puisque c\u2019est une langue qui n\u2019a pas d\u2019existence normale, ni d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ni de l\u2019autre des Pyr\u00e9n\u00e9es&#160;: aujourd\u2019hui c\u2019est peut-\u00eatre un peu plus officiel du c\u00f4t\u00e9 sud, mais c\u2019est loin d&rsquo;\u00eatre normalis\u00e9, et du c\u00f4t\u00e9 nord, l\u2019approche fran\u00e7aise reste encore marqu\u00e9e par l\u2019h\u00e9ritage de l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, de la R\u00e9volution, et d\u2019une approche dite \u00ab&#160;&nbsp;jacobine&#160;\u00bb\u2026 C\u2019est \u00e9galement vrai dans le cas d\u2019une langue comme le catalan, pour laquelle j\u2019ai aussi beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat. Gr\u00e2ce au confinement, j\u2019ai pu finir un long roman qui se passe en Catalogne, et j\u2019ai \u00e9crit un sc\u00e9nario qui, s\u2019il est jamais r\u00e9alis\u00e9, le sera en catalan. Si l\u2019on revient vers le centre de la question, il est clair qu\u2019une langue comme le fran\u00e7ais, par le r\u00f4le qu\u2019on lui a conf\u00e9r\u00e9, est \u00e9minemment politique.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/danse-autour-du-bouc-e1619364467257.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"1920\"\n        data-pswp-height=\"1036\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/danse-autour-du-bouc-e1619364467257-330x178.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/danse-autour-du-bouc-e1619364467257-690x372.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/danse-autour-du-bouc-e1619364467257-1340x723.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/danse-autour-du-bouc-e1619364467257-125x67.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Le fran\u00e7ais a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 un instrument de domination. Apr\u00e8s tout, le but avou\u00e9 de l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire \u00e9tait \u00ab&#160;&nbsp;d\u2019exterminer&nbsp;&#160;\u00bb ce qu\u2019il appelait les patois, c&rsquo;est-\u00e0-dire en plus des dialectes r\u00e9gionaux du fran\u00e7ais, les sept langues autres que le fran\u00e7ais qui \u00e9taient parl\u00e9es sur le territoire fran\u00e7ais \u00e0 son \u00e9poque. Dans un rapport adress\u00e9 \u00e0 la Convention, il \u00e9crivait ainsi&#160;: \u00ab&#160;&nbsp;Le f\u00e9d\u00e9ralisme et la superstition parlent bas-breton&#160;; l&rsquo;\u00e9migration et haine de la R\u00e9publique parlent allemand [c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019alsacien-mosellan] . [&#8230;] La Contre-r\u00e9volution parle l&rsquo;italien [c\u2019est-\u00e0-dire le corse] et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d&rsquo;erreurs.&#160;\u00bb Et je dois dire que cette politique a fini par aboutir dans le cas de l\u2019occitan, ou du breton. Le basque r\u00e9siste maintenant un peu mieux, mais c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence de tous les Basques du c\u00f4t\u00e9 sud qui ont une existence plus officielle en tant que Basques. C\u2019est la part obscure de la langue fran\u00e7aise. Bien \u00e9videmment, ce n\u2019est pas la langue en elle-m\u00eame qui est coupable, mais la mani\u00e8re dont elle a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par le clerg\u00e9 de la Saintissime R\u00e9publique classique, la\u00efque et parisienne.<br><br>Mais en m\u00eame temps, je d\u00e9fends la langue fran\u00e7aise puisqu&rsquo;elle est elle-m\u00eame tr\u00e8s menac\u00e9e maintenant par une sorte de d\u00e9litement. On la transforme de plus en plus en un instrument de communication et d\u2019\u00e9change \u00e9conomique, afin qu\u2019elle joue le m\u00eame r\u00f4le que le patois saxo-normand en Barbarie. Cela devient quelque chose de tr\u00e8s politique. En France, je trouve que l\u2019on demande trop aux artistes et aux intellectuels de signer des p\u00e9titions. Mais j\u2019\u00e9tais parmi les premiers \u00e0 signer celle qui s\u2019opposait au d\u00e9cret pris sous Fran\u00e7ois Hollande qui autorisait l\u2019utilisation des langues \u00ab&#160;&nbsp;\u00e9trang\u00e8res&nbsp;&#160;\u00bb \u00e0 l\u2019Universit\u00e9. C\u2019\u00e9tait d\u2019une folle hypocrisie car \u00ab&#160;langues \u00e9trang\u00e8res&#160;\u00bb, cela signifiait l\u2019anglais. C\u2019est d\u2019autant plus absurde que l\u2019usage du basque est toujours interdit dans les universit\u00e9s du Pays basque \u00e0 part dans les cours de langues et de culture parce que le basque n\u2019est pas une langue \u00ab&#160;&nbsp;\u00e9trang\u00e8re&nbsp;&#160;\u00bb mais une langue \u00ab&#160;&nbsp;r\u00e9gionale&nbsp;&#160;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans votre cin\u00e9ma, vous avez utilis\u00e9 le fran\u00e7ais, le&nbsp; basque, l\u2019italien, le portugais et bient\u00f4t le catalan. Selon vous, ce qui unit ces langues, c\u2019est qu\u2019elles sont menac\u00e9es&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a une attache affective qui fait que je veux utiliser ces langues, mais en m\u00eame temps il est vrai que je le vois comme une mani\u00e8re de les d\u00e9fendre. Le film que j\u2019ai tourn\u00e9 en basque est seulement le deuxi\u00e8me film en langue basque qui aura une sortie nationale en France. Le r\u00e9aliser, c\u2019est aussi une mani\u00e8re de faire exister cette langue&#160;: cela rappelle aux Fran\u00e7ais que le basque existe, que c\u2019est une culture propre, qui a son cin\u00e9ma aussi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Encore aujourd\u2019hui, la d\u00e9fense des langues r\u00e9gionales est souvent moqu\u00e9e ou regard\u00e9e avec suspicion en France \u2014 souvent associ\u00e9e \u00e0 un maurrassisme qui ne dirait pas son nom ou comme un complot europ\u00e9en contre l\u2019int\u00e9grit\u00e9 nationale \u2014 tandis qu\u2019un pays comme l\u2019Espagne n\u2019a toujours pas trouv\u00e9 la paix sur sa diversit\u00e9 linguistique. Comment expliquer que l\u2019on puisse consid\u00e9rer une langue comme une menace&#160;? Est-ce une r\u00e9action devant la \u00ab&#160;menace&#160;\u00bb, souvent discut\u00e9e, que repr\u00e9senterait l\u2019anglais global&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je pense que c\u2019est le r\u00e9sultat de la bascule de l\u2019Europe au XVIIIe si\u00e8cle, lorsqu\u2019est n\u00e9e une civilisation non spirituelle, mat\u00e9rialiste et scientiste. Comme les humains ne peuvent pas vivre sans spiritualit\u00e9 \u2013 il y a une part de l\u2019Homme, un creux en quelque sorte, qui attend la spiritualit\u00e9 \u2013, quand la civilisation non seulement ne la donne pas mais la nie, quelque chose d\u2019autre doit prendre cette place. On a donc cr\u00e9\u00e9 une religion positiviste, mat\u00e9rialiste, qui \u00e9tait la religion des \u00c9tats. Les \u00c9tats sont quelque chose de compl\u00e8tement intellectuel, d\u2019irr\u00e9el en fait, fond\u00e9s simplement sur des structures de pouvoir. Un peuple, c\u2019est quelque chose de r\u00e9el. Mais un peuple se constitue g\u00e9n\u00e9ralement par une identit\u00e9 linguistique qui forme toute une vision du monde et donc une culture. Un \u00c9tat, au contraire, c\u2019est simplement une structure de pouvoir qui s\u2019est impos\u00e9e par la violence. Dans ce cadre-l\u00e0, les langues minoritaires, qui rappelaient l\u2019artificialit\u00e9 de la construction \u00e9tatique, repr\u00e9sentaient un danger. On trouve une r\u00e9action similaire dans les religions qui aspirent \u00e0 une forme d\u2019universalit\u00e9 et qui, du reste, se dotent de structures de pouvoir pour s\u2019imposer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un \u00c9tat moderne, une langue minoritaire est en quelque sorte une h\u00e9r\u00e9sie, et de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019\u00c9glise a poursuivi l\u2019ensemble des h\u00e9r\u00e9sies dites cathares ou les pratiques pa\u00efennes qui \u00e9taient associ\u00e9es \u00e0 la sorcellerie, les \u00c9tats modernes ont combattu les langues. C\u2019est pour cela que j\u2019utilise d\u2019une mani\u00e8re ironique cette expression, qui correspond \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de \u00ab&#160;la saintissime R\u00e9publique classique, la\u00efque et parisienne&#160;\u00bb. Cela d\u00e9tourne la d\u00e9nomination officielle de l\u2019\u00c9glise catholique, la \u00ab&#160;santissima Chiesa cattolica apostolica e romana&#160;\u00bb. On a cr\u00e9\u00e9 en France \u2013 je prends l\u2019exemple de la France mais il y aurait des choses similaires \u00e0 dire pour l\u2019Espagne \u2013 un \u00c9tat unitaire ou tous les citoyens devaient \u00eatre pareils. Pour cela, il fallait une langue, une patrie, qui \u00e9tait la France, et comme&nbsp; lieu qui d\u00e9terminait ce qui \u00e9tait fran\u00e7ais et ce qui n\u2019\u00e9tait pas fran\u00e7ais, Paris, la capitale. De la m\u00eame mani\u00e8re que Rome d\u00e9termine la doctrine de l\u2019\u00c9glise catholique, c\u2019est depuis Paris que l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, un eccl\u00e9siastique et un r\u00e9volutionnaire, a pu d\u00e9terminer quelles langues \u00e9taient des h\u00e9r\u00e9sies. Au fond, il a appliqu\u00e9 \u00e0 cette nouvelle religion qu\u2019\u00e9tait la R\u00e9publique, toutes les m\u00e9thodes utilis\u00e9es par l\u2019\u00c9glise comme structure de pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>De la m\u00eame mani\u00e8re que Rome d\u00e9termine la doctrine de l\u2019\u00c9glise catholique, c\u2019est depuis Paris que l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, un eccl\u00e9siastique et un r\u00e9volutionnaire, a pu d\u00e9terminer quelles langues \u00e9taient des h\u00e9r\u00e9sies. Au fond, il a appliqu\u00e9 \u00e0 cette nouvelle religion qu\u2019\u00e9tait la R\u00e9publique, toutes les m\u00e9thodes utilis\u00e9es par l\u2019\u00c9glise comme structure de pouvoir.<\/p><cite>Eug\u00e8ne Green<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans une conf\u00e9rence de 1894 rest\u00e9e longtemps in\u00e9dite et r\u00e9cemment publi\u00e9e&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-3-106541' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/04\/25\/par-dela-loxymore-baroque-une-conversation-avec-eugene-green\/#easy-footnote-bottom-3-106541' title='Paul Verlaine, &lt;em&gt;Les po\u00e8tes du Nord&lt;\/em&gt;, Paris, Gallimard, 2019.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>, Paul Verlaine d\u00e9fendait, contre \u00ab&#160;l\u2019unit\u00e9 factice&#160;\u00bb du \u00ab&#160;pr\u00e9jug\u00e9 jacobin et monarchique&#160;\u00bb, la lecture de po\u00e8tes patoisants du Nord de la France, voyant dans ce d\u00e9centrement du regard po\u00e9tique l\u2019occasion d\u2019y trouver \u00ab&#160;la saine gaiet\u00e9 et l\u2019ironie qu\u2019il faut&#160;\u00bb \u00e0 la litt\u00e9rature. Vous retrouvez-vous dans cet \u00e9cho verlainien du gai savoir&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, je crois que toute langue qui existe encore dans une vraie culture, ce que l\u2019on pourrait appeler une \u00ab&#160;&nbsp;culture naturelle&#160;\u00bb, a une po\u00e9sie spontan\u00e9e qui peut \u00eatre partag\u00e9e par toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9. Je me suis longtemps int\u00e9ress\u00e9 au <em>fado<\/em>, au Portugal, et c\u2019est un peu toujours la m\u00eame chose&#160;: jusqu&rsquo;\u00e0 il y a moins de dix ans, le Portugal \u00e9tait encore un pays entier, au sens o\u00f9 il y avait vraiment eu une culture naturelle qui existait, comme elle existait encore un peu en France dans les ann\u00e9es 60, comme elle existait aussi en Italie \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Donc le Portugal a r\u00e9cemment trouv\u00e9 \u2013 mais cela a \u00e9t\u00e9 interrompu par le COVID \u2013 les ressources du tourisme et de la modernit\u00e9, qui ont cass\u00e9 beaucoup de choses. Mais disons que le <em>fado<\/em> \u2013 qui est menac\u00e9 aussi, comme les langues r\u00e9gionales, mais il est encore vivant \u2013 est une forme de po\u00e9sie populaire chant\u00e9e qui en m\u00eame temps pouvait devenir savante, par exemple \u00e0 la grande \u00e9poque, l&rsquo;\u00e9poque classique du <em>fado<\/em>, o\u00f9 il y avait Am\u00e1lia Rodrigues et&nbsp; Maria Teresa de Noronha. Certes, c&rsquo;\u00e9tait surtout sous l\u2019influence d\u2019Alain Oulman, qui \u00e9tait un compositeur d\u2019une famille fran\u00e7aise install\u00e9e au Portugal&#160;: il a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire des musiques de<em> fado<\/em>, dans la tradition quand m\u00eame mais en prenant des textes de grands po\u00e8tes, ou en commandant des textes \u00e0 des po\u00e8tes contemporains. Am\u00e1lia chantait donc des textes de Cam\u00f5es ou de po\u00e8tes du XXe si\u00e8cle. Et c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chanteuse qui chantait des po\u00e8mes populaires.<br><br>Il y a eu une sorte de petite renaissance du fado les ann\u00e9es o\u00f9 j\u2019\u00e9tais souvent au Portugal, autour de la <em>Religieuse portugaise<\/em>. Le public qui venait au <em>fado<\/em> \u00e9tait un public jeune et portugais, et c\u2019\u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral des gens plut\u00f4t cultiv\u00e9s, mais il y avait aussi des gens du quartier. Il y avait une maison de <em>fado<\/em> dans l&rsquo;Alfama, <em>Mesa de Frades<\/em> o\u00f9 venaient les plus grands chanteurs du<em> fado<\/em>, mais il y avait aussi des gens du quartier qui venaient pour chanter parce que n\u2019importe qui peut se lever dans une maison de <em>fado<\/em> et chanter.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 il y avait vraiment quelque chose qui me faisait r\u00eaver, qui \u00e9tait perdu en France, dans la culture fran\u00e7aise, mais que Verlaine pouvait effectivement trouver dans la culture populaire, dite \u00ab&#160;patoisante&#160;\u00bb de son \u00e9poque. Et lui aussi vivait \u2013 dans Paris \u00e0 l\u2019\u00e9poque il y avait dans les cabarets ou les caf\u00e9s l\u2019\u00e9quivalent du <em>fado<\/em>, \u00e0 Paris \u2013 et sa po\u00e9sie rel\u00e8ve de cela aussi&#160;: c\u2019est \u00e0 la fois quelqu&rsquo;un qui \u00e9tait tr\u00e8s cultiv\u00e9, mais qui \u00e9crivait de la po\u00e9sie sur des rythmes proches de ceux de la chanson populaire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un motif r\u00e9current de vos films est la rencontre de personnes d\u2019\u00e2ges diff\u00e9rents \u2014 de tr\u00e8s jeunes gens et des personnes d\u2019\u00e2ge plus m\u00fbr \u2014 en pleine errance et qui semblent retrouver une raison d\u2019\u00eatre \u00e0 cette occasion. En quoi ces situations vous touchent-elles&#160;? Selon vous, la sagesse provient-elle toujours de cette rencontre&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Disons que cette id\u00e9e \u00e9tait illustr\u00e9e de fa\u00e7on \u00e9vidente dans <em>La Sapienza<\/em>. Je crois que je suis rest\u00e9 bloqu\u00e9 dans l\u2019adolescence, mais que je ne pouvais pas exprimer ce qu\u2019il y a de meilleur dans cet \u00e2ge sans avoir atteint la maturit\u00e9. C\u2019est pour cela que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire ce que j\u2019estime \u00eatre mon travail le plus important apr\u00e8s mes cinquante ans, ce qui est tr\u00e8s angoissant lorsque l\u2019on consid\u00e8re la lenteur \u00e0 laquelle les choses se font en France.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on vieillit, on accumule du savoir, un certain recul par rapport aux passions. Mais si ce savoir reste purement intellectuel, ce n\u2019est pas tr\u00e8s int\u00e9ressant \u00e0 mon avis. Justement, la <em>sapienza<\/em>, c\u2019est autre chose que le savoir&#160;: c\u2019est le savoir qui m\u00e8ne \u00e0 la sagesse, et je crois que, instinctivement, la jeunesse touche \u00e0 cette <em>sapienza<\/em>. C\u2019est tr\u00e8s platonicien en somme&#160;: plus on est proche de sa naissance, m\u00eame si l\u2019on ne sait rien, on est plus pr\u00e8s de la source des Id\u00e9es que lorsqu\u2019on touche \u00e0 la maturit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les histoires que je raconte au cin\u00e9ma, ces rencontres permettent aux personnes qui ont une certaine maturit\u00e9 d\u2019\u00e9veiller chez les personnages qui ont la jeunesse cette sagesse instinctive, et, par la r\u00e9miniscence, de se rapprocher eux-m\u00eames de ce qu\u2019ils portaient en eux en naissant. Je pense donc que cette rencontre est effectivement tr\u00e8s importante, qu\u2019elle se passe entre deux personnages ou qu\u2019elle rel\u00e8ve d\u2019un cheminement int\u00e9rieur \u00e0 l\u2019adulte, chez qui l\u2019\u00e9l\u00e9ment jeune reste vif. Et puis cette rencontre porte aussi en elle l\u2019id\u00e9e de l\u2019importance de la transmission entre les g\u00e9n\u00e9rations \u2014&nbsp;qui va dans les deux sens. Je crois que c\u2019est quelque chose que nous avons perdu, alors m\u00eame que la civilisation europ\u00e9enne s\u2019est construite sur cette id\u00e9e de transmission. Il faut reconstituer ces liens.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/LFDJ_STILL_000017.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"1998\"\n        data-pswp-height=\"1080\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/LFDJ_STILL_000017-330x178.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/LFDJ_STILL_000017-690x373.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/LFDJ_STILL_000017-1340x724.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/LFDJ_STILL_000017-125x68.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous avez le go\u00fbt de la sentence, du mot qui fait mouche et conclut le dialogue. Est-ce un \u00e9cho des moralistes&#160;? La maxime est-elle compatible avec le cin\u00e9ma&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Oui, parce que dans un film il peut y avoir une s\u00e9rie de maximes. Elles ne sont pas seulement verbales, d\u2019ailleurs. Elles peuvent aussi \u00eatre visuelles. Je pense que cela me vient naturellement comme forme d\u2019\u00e9criture. Et j\u2019appr\u00e9cie effectivement cela chez des \u00e9crivains du XVIIe si\u00e8cle, que ce soit chez Pascal ou chez la Rochefoucauld, mais aussi chez Racine, Corneille ou Moli\u00e8re. Ces derniers sont la preuve que la maxime peut \u00eatre une caract\u00e9ristique de l\u2019\u00e9criture dramatique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans mes films, j\u2019utilise parfois un type de s\u00e9quence qui s\u2019apparente \u00e0 la maxime&#160;: deux personnages se rencontrent \u00e0 l\u2019\u00e9cran, puis l\u2019un des deux \u2014&nbsp;ou les deux \u2014&nbsp;quittent l\u2019\u00e9cran et le plan continue de tourner&#160;; je ne coupe pas. Je sais que cela choque parfois les spectateurs habitu\u00e9s aux films barbares, qui y voient une faute de montage. Pour eux, il faut que cela bouge&#160;: du reste, ils appellent les films \u00ab&#160;<em>movies<\/em>&#160;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire litt\u00e9ralement les \u00ab&#160;bougeants&#160;\u00bb. Au contraire, pour moi, ce plan vide est une forme de maxime&#160;: le lieu est encore charg\u00e9 de ce qu\u2019il vient de se passer et il r\u00e9sume l\u2019action qui s\u2019y est \u00e9coul\u00e9e. C\u2019est une forme courte qui dit beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans <em>Pr\u00e9sence<\/em>, vous arguez que le cin\u00e9ma permet de redonner une existence aux \u00ab&#160;pr\u00e9sences cach\u00e9es dans le monde&#160;\u00bb \u2014 par exemple les fant\u00f4mes \u2014 que le rationalisme s\u2019est employ\u00e9 \u00e0 exclure. Le cin\u00e9ma est-il toujours une qu\u00eate de l\u2019apparition&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019aime bien l\u2019id\u00e9e de qu\u00eate inachev\u00e9e. C\u2019est pour cela que j\u2019aime \u00e0 me dire que <em>Le Conte du Graal <\/em>de Chr\u00e9tien de Troyes est rest\u00e9 inachev\u00e9&#160;: parce qu\u2019il le fallait, et non parce que Chr\u00e9tien de Troyes est mort. Mieux, peut-\u00eatre que Chr\u00e9tien est mort parce qu\u2019il fallait que ce texte reste inachev\u00e9, parce qu\u2019une qu\u00eate est toujours inachev\u00e9e. Quel que soit le c\u00f4t\u00e9 par lequel j\u2019envisage ce probl\u00e8me, par rapport \u00e0 moi-m\u00eame, c\u2019est angoissant&#160;: bien s\u00fbr, je suis angoiss\u00e9 par le passage du temps parce que je sais que je sais que je m\u2019approche de la mort, qui ne m\u2019angoisse pas en elle-m\u00eame mais parce que cela signifierait que je n\u2019aurais pas termin\u00e9 mon travail&#160;; et, en m\u00eame temps, si j\u2019arrive au bout, il y aura l\u2019angoisse d\u2019avoir \u00e9puis\u00e9 la qu\u00eate, de ne plus \u00eatre \u00e0 la recherche de quoi que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Pour moi, ce plan vide est une forme de maxime&#160;: le lieu est encore charg\u00e9 de ce qu\u2019il vient de se passer et il r\u00e9sume l\u2019action qui s\u2019y est \u00e9coul\u00e9e. C\u2019est une forme courte qui dit beaucoup.<\/p><cite>Eug\u00e8ne Green<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Quant aux apparitions, je pense que justement le cin\u00e9ma est un cheval de Troie id\u00e9al pour faire survivre les apparitions dans la modernit\u00e9. Je m\u2019explique. Quand la photographie, cette premi\u00e8re \u00e9tape vers le cin\u00e9ma, a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e, certains savants qui n\u2019aimaient pas l\u2019art, comme Humboldt, se r\u00e9jouissaient parce que la photographie devait marquer la fin de l\u2019art. Les bourgeois de l\u2019\u00e9poque \u00e9taient convaincus que la photographie \u00e9tait l\u2019art rationnel et moderne qui mettrait fin aux caprices de l\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, cet espoir a toujours \u00e9t\u00e9 vain. Regardez les portraits de F\u00e9lix Nadar, l\u2019un des premiers grands photographes&#160;:&nbsp; il a r\u00e9ussi \u00e0 capter quelque chose qui va au-del\u00e0 du sensible. En regardant ses photos, on voit des choses que l\u2019on ne verrait pas si l\u2019on avait la personne en face de soi. Le plus impressionnant de ce point de vue est le portrait qu\u2019il a fait de Victor Hugo sur son lit de mort, dans lequel il y a une sorte d\u2019aur\u00e9ole autour de sa t\u00eate, exactement comme ces ectoplasmes auxquels il croyait.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, le cin\u00e9ma, c\u2019est exactement cela&#160;: un pur mat\u00e9rialiste ne peut pas le critiquer comme il critique l\u2019art abstrait \u2014&nbsp;en disant que c\u2019est n\u2019importe quoi, qu\u2019un enfant \u00ab&#160;&nbsp;pourrait faire la m\u00eame chose&#160;\u00bb \u2014&nbsp;parce que c\u2019est une \u00e9vidente captation de la r\u00e9alit\u00e9. Mais, dans cette r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019ils captent, les grands cin\u00e9astes arrivent \u00e0 rendre apparentes des choses que l\u2019on n\u2019aurait pas vues sans la cam\u00e9ra. C\u2019est un miracle de la pellicule qui est perdu, \u00e0 mon avis, avec les nouvelles m\u00e9thodes num\u00e9riques.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous avez \u00e9t\u00e9 un pionnier dans la red\u00e9couverte du baroque, notamment par un travail exhaustif de restitution de la parole baroque. Comment avez-vous rencontr\u00e9 le baroque&#160;? Est-ce \u00e0 travers la constellation culturelle du baroque que vous avez rencontr\u00e9 l\u2019Europe ou, au contraire, est-ce l\u2019Europe qui vous a amen\u00e9 au baroque&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai trouv\u00e9 dans la civilisation baroque une \u00e9poque qui r\u00e9pondait \u00e0 certains de mes questionnements ou inqui\u00e9tudes m\u00e9taphysiques en tant qu\u2019Homme du XXe et XXIe si\u00e8cle. Mais le baroque m\u2019a toujours parl\u00e9, m\u00eame quand je ne savais pas que c\u2019\u00e9tait le baroque. J\u2019ai d\u00e9couvert la musique en Barbarie par Mozart, o\u00f9 il reste encore des liens avec l\u2019\u00e9poque baroque. Ensuite, j\u2019ai d\u00e9couvert ce qu\u2019on appelle la musique baroque, la musique du d\u00e9but du XVIIIe et surtout du XVIIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image wp-block-image-large\"\n    data-shadow=\"false\"\n    data-use-original-file=\"false\">\n    <a\n        data-pswp-src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/La-Sapienza-cour_1.42.1-e1619364508140.jpg\"\n        class=\"inline-block gallery-item no-underline \"\n        data-pswp-width=\"1920\"\n        data-pswp-height=\"1022\">\n                                        <picture>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/La-Sapienza-cour_1.42.1-e1619364508140-330x176.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 374px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/La-Sapienza-cour_1.42.1-e1619364508140-690x367.jpg\"\r\n                media=\"(max-width: 989px)\" \/>\r\n                    <source\r\n                srcset=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/La-Sapienza-cour_1.42.1-e1619364508140-1340x713.jpg\"\r\n                media=\"(min-width: 990px)\" \/>\r\n                <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/04\/La-Sapienza-cour_1.42.1-e1619364508140-125x67.jpg\" \/>\r\n        <\/picture>\r\n                            \n            <\/a>\n<\/figure>\n\n\n<p>Mais quand j\u2019\u00e9tais en Barbarie, l\u2019auteur qui me parlait le plus \u00e9tait Shakespeare. En Barbarie, on me disait que c\u2019\u00e9tait un auteur de la Renaissance et je prenais cela pour argent comptant, mais en fait, ce n\u2019est pas un auteur de la Renaissance, c\u2019est le meilleur exemple du th\u00e9\u00e2tre baroque anglais. Je crois que les Anglais utilisent le mot <em>Renaissance<\/em> comme les Fran\u00e7ais utilisent le mot <em>classique<\/em>, et dans les deux cas cela ne veut rien dire, cela ne correspond pas \u00e0 grand-chose, mais on l\u2019applique \u00e0 tout ce que l\u2019on trouve bien. Cela ne veut pas dire que je n\u2019aimais pas la Renaissance, au contraire&#160;! La premi\u00e8re Renaissance, celle du XVe si\u00e8cle, me parle tr\u00e8s directement. Pour moi c\u2019est l&rsquo;adolescence de l\u2019Occident&#160;: un moment de sagesse spontan\u00e9e, marqu\u00e9 par une sorte d\u2019innocence o\u00f9 le d\u00e9sir peut devenir une \u00e9nergie spirituelle. Le baroque, c\u2019est l\u2019angoisse de la maturit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ma rencontre professionnelle avec le baroque vient de mon d\u00e9sir adolescent de faire du th\u00e9\u00e2tre et du cin\u00e9ma. En arrivant en France, je ne voyais pas trop comment arriver au cin\u00e9ma, qui me semblait un monde tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9. Le th\u00e9\u00e2tre aussi \u00e9tait lointain, mais je suis parvenu \u00e0 en faire. Je voulais retourner vers des formes de th\u00e9\u00e2tre vraiment th\u00e9\u00e2trales. Je pensais au baroque anglais par exemple et, par la suite, j\u2019ai d\u00e9couvert le th\u00e9\u00e2tre baroque fran\u00e7ais, que les Fran\u00e7ais appellent \u00ab&#160;classique&#160;\u00bb. Cela me parlait beaucoup, mais quand je le voyais sur sc\u00e8ne, je trouvais que cela ne fonctionnait pas du tout.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, sans \u00eatre musicien, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 passionn\u00e9 par la musique et j\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre un t\u00e9moin de la gen\u00e8se du mouvement dit de la musique ancienne. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait que cette musique ne fonctionnait que si l\u2019on cherchait \u00e0 lui redonner sa sonorit\u00e9 d\u2019origine, mais aussi, ses pratiques d\u2019interpr\u00e9tation d\u2019origine, ce qui supposait de comprendre l\u2019\u00e9poque dans laquelle cette musique \u00e9tait contemporaine. Pour les musiciens engag\u00e9s dans ce mouvement, il s\u2019agissait de savoir s\u2019ils retrouvaient en eux-m\u00eames ce qui \u00e9tait dormant de cette \u00e9poque-l\u00e0 et, par un travail intellectuel, de parvenir \u00e0 faire ressortir cette int\u00e9riorit\u00e9 ancienne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Ma rencontre professionnelle avec le baroque vient de mon d\u00e9sir adolescent de faire du th\u00e9\u00e2tre et du cin\u00e9ma.<\/p><cite>Eug\u00e8ne Green<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>J\u2019ai r\u00eav\u00e9 de faire \u00e7a pour le th\u00e9\u00e2tre et je pensais que ce serait tr\u00e8s acceptable, puisque je voyais que la musique ancienne trouvait des bases institutionnelles et qu\u2019elle devenait m\u00eame un peu \u00e0 la mode. Mais je ne me rendais pas compte que, contrairement \u00e0 la musique, le th\u00e9\u00e2tre faisait partie des dogmes de la Saintissime R\u00e9publique, classique, la\u00efque et parisienne&#160;! Pour le clerg\u00e9 de la R\u00e9publique, ce que je proposais \u00e9tait quelque chose de tr\u00e8s n\u00e9faste, une h\u00e9r\u00e9sie, en somme, ce qui justifiait une r\u00e9action tr\u00e8s violente pour prot\u00e9ger l\u2019orthodoxie. Et si cette exp\u00e9rience du th\u00e9\u00e2tre baroque est quelque chose qui m\u2019a beaucoup apport\u00e9 personnellement, cela a aussi \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience d\u2019une grande violence.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Votre travail manifeste une forme d\u2019inqui\u00e9tude devant notre modernit\u00e9 que vous associez souvent au rationalisme. En cela vous \u00eates l\u2019h\u00e9ritier d\u2019une tradition intellectuelle aussi riche que diverse. Pourriez-vous reconstruire vos filiations intellectuelles&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s marqu\u00e9 par une tradition philosophique, mais qui va de l\u2019Antiquit\u00e9 jusqu\u2019au XVIIe si\u00e8cle&#160;: de Platon et Saint-Augustin, en passant par Ma\u00eetre Eckhart, jusqu\u2019\u00e0 Pascal. Depuis le XVIIIe si\u00e8cle, je pense malheureusement que la pens\u00e9e majoritaire est rationaliste et anti-spiritualiste. C\u2019est pour cela qu\u2019au XVIIIe si\u00e8cle, je ne trouve pas vraiment d\u2019auteurs dans lesquels je me reconnais, alors que nombreux sont les musiciens de cette \u00e9poque qui m\u2019ont marqu\u00e9. Je crois que cela tient au fait que la musique est plus abstraite, qu\u2019elle \u00e9chappe \u00e0 la pens\u00e9e rationnelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que je n\u2019aime pas beaucoup le XIXe si\u00e8cle, Flaubert est mon grand phare. Il a une mystique du langage&nbsp;&#160;: dans <em>Madame Bovary <\/em>et dans l\u2019<em>\u00c9ducation sentimentale,<\/em> il s\u2019attache \u00e0 d\u00e9crire le monde moderne dans ce qu\u2019il a de plus banal et mat\u00e9riel. Si l\u2019on reste \u00e0 la surface on peut passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qu\u2019il y a derri\u00e8re, parce qu\u2019\u00e9videmment, il y a quelque chose derri\u00e8re. Dans un de mes livres, <em>Pr\u00e9sences <\/em>je crois, je prends un extrait de <em>Madame Bovary <\/em>pour montrer tout ce que la vision de Flaubert a de cin\u00e9matographique&#160;: comme dans un plan, il a une incroyable capacit\u00e9 \u00e0 montrer les choses qui sont cach\u00e9es. Apr\u00e8s Flaubert, Baudelaire et Mallarm\u00e9 ont eu beaucoup d\u2019influence sur moi. Mallarm\u00e9, notamment, est sublime par son ratage, son incapacit\u00e9 \u00e0 faire ce qu\u2019il voulait faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Au XXe si\u00e8cle, je trouve plus de r\u00e9sonance dans la litt\u00e9rature germanique. Quand j\u2019\u00e9tais en Barbarie, je lisais beaucoup de litt\u00e9rature allemande et cela r\u00e9sonnait avec ma situation. Comme moi, les Allemands les plus sensibles \u00e9taient des Europ\u00e9ens, mais ils se trouvaient hors du centre de la culture europ\u00e9enne et devaient s\u2019accrocher \u00e0 la culture europ\u00e9enne par un d\u00e9tour. Et donc il y a quelque chose, surtout chez les \u00e9crivains autrichiens, peut-\u00eatre justement parce qu\u2019ils sont n\u00e9s dans un pays qui a cess\u00e9 d\u2019exister \u2013 et qui, d\u00e9j\u00e0, n\u2019existait pas quand il existait. Je crois que cela correspondait bien \u00e0 ma notion de la r\u00e9alit\u00e9, qui est profond\u00e9ment baroque&#160;: la vie est un songe et la r\u00e9alit\u00e9 est cach\u00e9e, ailleurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chez les Allemands, je retrouvais ce sentiment que l\u2019on avait transform\u00e9 le langage \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle, et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait donc plus possible, sauf par des d\u00e9tours, d&rsquo;exprimer la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers le langage, puisque les mots \u00e9taient vid\u00e9s d\u2019une partie de leur pouvoir d\u2019\u00e9vocation. On trouve cela dans le premier roman de Musil, <em>Le D\u00e9sarroi de l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless<\/em>, qui est mon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de lui. Cette impuissance de l\u2019\u00e9crivain est aussi tr\u00e8s justement exprim\u00e9e par Hofmannsthal dans la <em>Lettre \u00e0 lord Chandos<\/em>. Et par Rilke aussi, je pense qu\u2019\u00e0 force de se battre avec le langage, il a r\u00e9ussi \u00e0 exprimer quelque chose de ce myst\u00e8re. M\u00eame chez des romanciers plus traditionnels, comme Joseph Roth, on a ce sentiment que la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas l\u00e0 o\u00f9 on la voit.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Remontons un peu dans le temps. Dans votre biographie de Shakespeare, vous faites le portrait d\u2019un homme et d\u2019une \u0153uvre entre deux \u00e2ges, incarnation d\u2019une transition vers la modernit\u00e9 qui passe par l\u2019occultation progressive de Dieu \u2014 signe d\u2019un abandon progressif de la hi\u00e9rarchie sacr\u00e9e du monde m\u00e9di\u00e9val. Comment vous est venue cette intuition&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est un peu diffus, disons que les deux \u0153uvres de Shakespeare qui m\u2019ont touch\u00e9 le plus quand j\u2019\u00e9tais adolescent, \u00e9taient le <em>Roi Lear<\/em> et <em>Mesure pour Mesure<\/em>. C\u2019est dr\u00f4le parce que la premi\u00e8re \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9e comme un chef d\u2019\u0153uvre absolu alors que l\u2019autre \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme tr\u00e8s mineure. Je crois qu\u2019elles incarnent deux cat\u00e9gories diff\u00e9rentes de l\u2019\u0153uvre de Shakespeare.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>Roi Lear<\/em> est une trag\u00e9die. C\u2019est sans doute la plus tragique et l\u2019une des plus embl\u00e9matiques, m\u00eame si elle est un peu \u00e0 part, \u00e0 mon avis, car je la vois comme une trag\u00e9die chr\u00e9tienne. Avant m\u00eame de la lire je l\u2019ai vu jou\u00e9e dans une mise en sc\u00e8ne de Peter Brooke qui m\u2019avait beaucoup impressionn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque. C\u2019\u00e9tait une mise en sc\u00e8ne vraiment d\u00e9pouill\u00e9e, presque abstraite. Il n\u2019y avait presque pas de d\u00e9cor et un immense acteur, Paul Scofield, qui jouait le roi Lear.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Mesure pour Mesure<\/em>, que j\u2019ai aussi d\u00e9couvert au th\u00e9\u00e2tre, est une vraie tragi-com\u00e9die, c\u2019est-\u00e0-dire une pi\u00e8ce qui exprime cette ambigu\u00eft\u00e9 baroque d\u2019un monde dans lequel le sacr\u00e9 est cach\u00e9. Cela raconte un monde dont les structures sont ambigu\u00ebs, illisibles m\u00eame&#160;: aucun personnage n\u2019est vraiment bon. Et le plus m\u00e9chant est l\u2019hypocrite, celui qui vit uniquement par rapport \u00e0 l\u2019apparence du monde&#160;: sa vie n\u2019est que la repr\u00e9sentation de sa perfection morale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense donc que c&rsquo;est \u00e0 partir de ces pi\u00e8ces que j\u2019ai intuitivement pris conscience de l\u2019essence de cet oxymore baroque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans ce m\u00eame livre, vous l\u2019avez vous m\u00eame dit au d\u00e9but de l\u2019entretien, vous soulignez que l\u2019anglais comme langue \u00e0 part, autonome, n\u2019a acquis ses lettres de noblesse que tard, \u00e0 peu pr\u00e8s au moment o\u00f9 commence \u00e0 se fixer la civilisation mat\u00e9rialiste et rationnelle. En ce sens, est-ce que cette langue serait l\u2019idiome de la modernit\u00e9 par excellence&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est-\u00e0-dire que c\u2019est une langue ambigu\u00eb \u00e0 cause de sa double origine, qui reste pr\u00e9sente dans la langue. Bizarrement, sa double identit\u00e9 germanique et latine fait qu\u2019elle n\u2019appartient \u00e0 aucun des deux mondes. Mais cela lui a quand m\u00eame permis d\u2019entrer, \u00e0 la fin du XIVe si\u00e8cle, dans la sph\u00e8re des pays latins. Entre Chaucer et Shakespeare, ou peut-\u00eatre Donne qui est un peu plus tardif, la Grande-Bretagne appartient au centre, \u00e0 l\u2019\u00e9picentre de la civilisation europ\u00e9enne. Et puis, elle a commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9tacher. Le signe ext\u00e9rieur de ce d\u00e9tachement, c\u2019est la r\u00e9volution puritaine de 1642, qui s\u2019est conclue par l\u2019ex\u00e9cution de Charles Ier. Par rapport \u00e0 la sacralit\u00e9 royale, c\u2019\u00e9tait un geste d\u2019une violence beaucoup plus grande que la d\u00e9capitation de Louis XVI.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la Restauration des Stuarts, Charles II et Jacques II, qui avaient grandi en France, ont cherch\u00e9 \u00e0 ramener quelque chose de la civilisation europ\u00e9enne&#160;: il y a eu une tentative d\u2019imitation du baroque fran\u00e7ais. Tout cela dispara\u00eet avec la r\u00e9volution de 1688. Il n\u2019y a plus aucune volont\u00e9 de rester arrim\u00e9 \u00e0 la civilisation europ\u00e9enne. \u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, la Grande-Bretagne s\u2019est consid\u00e9r\u00e9e comme un monde \u00e0 part, pr\u00eat \u00e0 conqu\u00e9rir un empire universel. Et je trouve effectivement qu\u2019il y a un changement dans la langue \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8re avec la cr\u00e9ation de la Barbarie, qui est une zone privil\u00e9gi\u00e9e de la modernisation de l\u2019anglais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019anglais est la langue de la modernit\u00e9 telle que nous la concevons. C\u2019est une langue qui n\u2019a presque pas de racines dans une tradition pass\u00e9e. Elle est compl\u00e8tement \u00e9ph\u00e9m\u00e8re dans le sens o\u00f9 elle se cr\u00e9e et elle meurt au jour le jour. Il y a une forme d\u2019obsolescence programm\u00e9e de la langue, qui est satur\u00e9e de concepts qui sont n\u00e9s hier et qui mourront demain. L\u2019omnipr\u00e9sence de cet idiome est tr\u00e8s violente et tr\u00e8s nuisible. C\u2019est pour cela que je r\u00e9siste, et que je n\u2019utilise des termes anglais que quand c\u2019est absolument n\u00e9cessaire et que cela correspond \u00e0 quelque chose que le fran\u00e7ais est incapable d\u2019exprimer.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Dans le monde actuel, il n\u2019y a ni pass\u00e9 ni avenir, il n\u2019y a qu\u2019un faux pr\u00e9sent.<\/p><cite>Eug\u00e8ne Green<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dans votre travail, \u00e0 la fois de critique et d\u2019artiste, quel est votre rapport au divin, au sacr\u00e9&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Sans que ce soit une question religieuse, c\u2019est quelque chose que j\u2019ai toujours senti. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de deux ans, c\u2019est mon premier souvenir, j\u2019ai eu une exp\u00e9rience mystique qui \u00e9tait en dehors de tout contexte religieux, et qui a d\u00fb avoir une influence sur moi. Quand j\u2019\u00e9tais petit, ma famille \u00e9tait tr\u00e8s modeste, et on habitait dans des sortes d\u2019HLM. C\u2019\u00e9taient d\u2019anciennes casernes militaires, je pense, mais c\u2019\u00e9tait vraiment un lieu privil\u00e9gi\u00e9 parce que cela donnait directement sur une plage sur l\u2019oc\u00e9an Atlantique. Et j\u2019\u00e9tais donc dans la chambre o\u00f9 je dormais avec mes parents, et mon petit fr\u00e8re qui \u00e9tait b\u00e9b\u00e9. Nous dormions dans la m\u00eame pi\u00e8ce puisqu\u2019il n\u2019y en avait que deux. C\u2019est tr\u00e8s difficile \u00e0 d\u00e9crire car cela d\u00e9passe les choses mat\u00e9rielles, mais \u00e0 un certain moment, la lumi\u00e8re est devenue une substance qui ressemblait \u00e0 la neige, et je suis devenu cette substance et il n\u2019y avait plus aucune distinction entre la lumi\u00e8re devenue substance et mon \u00eatre. Cela a dur\u00e9 un certain temps, en produisant un genre de plaisir que les psychanalystes rapprocheraient du plaisir sexuel mais que je qualifierais d\u2019extase. Par moments, notamment dans mes r\u00eaves, je pouvais atteindre cet \u00e9tat. J\u2019en ai trouv\u00e9 un \u00e9cho distant lorsque j\u2019ai d\u00e9couvert la tradition spirituelle occidentale, que ce soit par la d\u00e9couverte des images ou par la lecture de la Bible et des mystiques.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ma relation au divin est donc plut\u00f4t quelque chose de personnel m\u00eame si elle s\u2019approche de l\u2019exp\u00e9rience des mystiques. Mais je trouve que quand on s\u2019approche de ces exp\u00e9riences-l\u00e0, ou de ces v\u00e9rit\u00e9s-l\u00e0, ce sont des choses qui n\u2019ont ni nom, ni forme. On a donc besoin d&rsquo;images et de m\u00e9taphores pour s\u2019en approcher. C\u2019est la fonction des religions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce rapport au divin, et \u00e0 la spiritualit\u00e9, trouve naturellement sa place dans mon travail, et je l\u2019exprime comme je peux. Mais comme moi pour m\u2019exprimer j\u2019ai besoin d\u2019images et de m\u00e9taphores, je fais souvent appel aux traditions spirituelles occidentales. Je remarque du reste que cela suscite de plus en plus d\u2019incompr\u00e9hension \u2014&nbsp;sans doute parce qu\u2019il y a de moins en moins de gens pour ce syst\u00e8me d\u2019images et de m\u00e9taphores est familier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Votre \u0153uvre \u2014 et notamment votre cin\u00e9ma \u2014 semble toujours s\u2019employer dans sa mise en sc\u00e8ne d\u2019une certaine inactualit\u00e9 \u00e0 faire \u00e9merger le contemporain \u2014 comme si votre pas de c\u00f4t\u00e9 vous permettait de mieux voir notre \u00e9poque. Que recherchez-vous&#160;?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Je pense que le temps n\u2019existe pas et que nous sommes toujours dans le pr\u00e9sent. Mais dans le pr\u00e9sent il y a toujours la pr\u00e9sence du pass\u00e9 et de l\u2019avenir.\u00a0 Dans le monde actuel, il n\u2019y a ni pass\u00e9 ni avenir, il n\u2019y a qu\u2019un faux pr\u00e9sent&#160;; c\u2019est comme la langue barbare&#160;: c\u2019est un pr\u00e9sent sur lequel il faut se greffer en attendant de le jeter dans un pass\u00e9 qu\u2019on \u00e9carte compl\u00e8tement, pour passer dans un avenir dont le pr\u00e9sent ne tient pas compte. Donc ce m\u00e9lange des temps que je cherche \u00e0 mettre en sc\u00e8ne est une mani\u00e8re d\u2019exprimer la r\u00e9alit\u00e9 du pr\u00e9sent dans sa pl\u00e9nitude. Et sans que cela soit toujours conscient, c\u2019est un moyen de critiquer des \u00e9l\u00e9ments d\u2019un pr\u00e9sent qui n\u2019aura pas de futur, en les mettant en rapport avec un pass\u00e9 qui, implicitement, les juge&nbsp;<span class='whitespace-nowrap'><span id='easy-footnote-4-106541' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/04\/25\/par-dela-loxymore-baroque-une-conversation-avec-eugene-green\/#easy-footnote-bottom-4-106541' title='Entretien transcrit par Maxime Caut\u00e9.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cet entretien fleuve, celui qui se d\u00e9finit comme un \u00ab&#160;&#160;artiste europ\u00e9en d&rsquo;expression fran\u00e7aise&#160;&#160;\u00bb est revenu avec nous sur sa conception des arts et du cin\u00e9ma&#160;&#160;: son amour du baroque, de Shakespeare, du Pays basque, mais surtout une g\u00e9n\u00e9alogie singuli\u00e8re 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