{"id":105430,"date":"2021-04-09T08:44:36","date_gmt":"2021-04-09T06:44:36","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=105430"},"modified":"2021-04-09T08:45:34","modified_gmt":"2021-04-09T06:45:34","slug":"baudelaire-leurope-le-monde-10-points","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/04\/09\/baudelaire-leurope-le-monde-10-points\/","title":{"rendered":"Baudelaire, l&rsquo;Europe, le monde&#160;: 10 points"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1 \u2013 Baudelaire et Bruxelles&#160;: retour sur une rencontre manqu\u00e9e<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on met \u00e0 part le voyage en mer qu\u2019il fit \u00e0 vingt ans jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00eele Bourbon (l\u2019actuelle \u00eele de la R\u00e9union), Baudelaire n\u2019a pas voyag\u00e9. Il n\u2019a pass\u00e9 qu\u2019une seule fois la fronti\u00e8re en Europe, en avril 1864, pour rejoindre Bruxelles, puis il la repasse pour rentrer \u00e0 Paris en juin 1866. On peut s\u2019\u00e9tonner de cette singuli\u00e8re abstinence. Les \u00e9crivains du XIXe si\u00e8cle ont en g\u00e9n\u00e9ral beaucoup voyag\u00e9, et Baudelaire a pu les entendre raconter leurs voyages. Il \u00e9tait curieux de tout pourtant, mais apparemment l\u2019id\u00e9e ne lui est pas venue de traverser les Alpes ou la Manche, de voir Rome ou Londres. Il connaissait le monde par les mus\u00e9es et par les livres. La peinture anglaise et italienne \u00e9tait au Louvre. Et il a d\u00e9couvert avec fascination la collection de peintres espagnols de Louis-Philippe. Mais il ne croyait pas aux vertus du d\u00e9paysement. Le grand po\u00e8me sur lequel se referme la seconde \u00e9dition des <em>Fleurs du Mal <\/em>en 1861, <em>Le Voyage<\/em>, est une satire de l\u2019esprit voyageur, de la vaine curiosit\u00e9 de celui qui croit trouver autre chose et ne trouve que la monotonie et l\u2019ennui, et le mal, \u00ab&#160;le spectacle ennuyeux de l\u2019\u00e9ternel p\u00e9ch\u00e9&#160;\u00bb. Pour Baudelaire il n\u2019y a qu\u2019un voyage, c\u2019est celui qui fait passer de la vie \u00e0 la mort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il a m\u00eame pouss\u00e9 la r\u00e9futation du voyage jusqu\u2019au mensonge, puisqu\u2019au retour de l\u2019\u00eele Bourbon, il racontait \u00e0 ses amis qu\u2019il \u00e9tait all\u00e9 beaucoup plus loin \u2013 jusqu\u2019aux Indes, jusqu\u2019\u00e0 Calcutta \u2013 alors que ce n\u2019\u00e9tait pas vrai. Il ajoutait un voyage fictif \u00e0 son voyage r\u00e9el. Et il racontait si bien ce faux voyage que ses plus proches amis y ont cru, comme Charles Asselineau ou Th\u00e9ophile Gautier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Baudelaire arrive \u00e0 Bruxelles en avril 1864, il a peut-\u00eatre un embryon de curiosit\u00e9 pour une ville qu\u2019il ne conna\u00eet pas, mais il voulait surtout quitter Paris o\u00f9 il n\u2019avait plus que des cr\u00e9anciers. Et de toute fa\u00e7on sa curiosit\u00e9 dispara\u00eet bien vite, puisqu\u2019il reconna\u00eet dans la Belgique de l\u2019\u00e9poque une caricature de la France, une r\u00e9plique aux traits plus marqu\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Pour ceux qui connaissent Bruxelles aujourd\u2019hui, la capitale de l\u2019Europe, bureaucratique et b\u00e9tonn\u00e9e, il est difficile de comprendre que Baudelaire soit rest\u00e9 insensible au charme de la vieille ville braban\u00e7onne, rest\u00e9e verte et populaire, la ville que Verlaine et Rimbaud ont connue quelques ann\u00e9es plus tard. Le paradoxe est que Baudelaire s\u2019est impliqu\u00e9 dans la vie bruxelloise.<\/p><cite>Andr\u00e9 Guyaux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour ceux qui connaissent Bruxelles aujourd\u2019hui, la capitale de l\u2019Europe, bureaucratique et b\u00e9tonn\u00e9e, il est difficile de comprendre que Baudelaire soit rest\u00e9 insensible au charme de la vieille ville braban\u00e7onne, rest\u00e9e verte et populaire, la ville que Verlaine et Rimbaud ont connue quelques ann\u00e9es plus tard. Le paradoxe est que Baudelaire s\u2019est impliqu\u00e9 dans la vie bruxelloise. Il a fr\u00e9quent\u00e9 le Cercle litt\u00e9raire et artistique, o\u00f9 il avait fait cinq conf\u00e9rences. Ce cercle avait son si\u00e8ge&nbsp; sur la Grand-Place, dans un magnifique palais qui datait de Charles Quint et qu\u2019on a malheureusement d\u00e9truit, comme tant de beaux b\u00e2timents \u00e0 Bruxelles, dont l\u2019H\u00f4tel du Grand Miroir, o\u00f9 Baudelaire logeait. Il a aussi beaucoup fr\u00e9quent\u00e9 les brasseries et les caf\u00e9s bruxellois, ce qu\u2019on appelait les estaminets. Et il eut de nombreux contacts avec les \u00e9migr\u00e9s du Second Empire. Il \u00e9tait re\u00e7u chez Ad\u00e8le Hugo, exil\u00e9e l\u00e0 avec sa famille. Mais apr\u00e8s quelque temps, il s\u2019est mis \u00e0 d\u00e9tester Bruxelles et la Belgique et s\u2019est lanc\u00e9 dans un incroyable projet de pamphlet contre le petit royaume.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2 \u2013 C\u2019est en Belgique pourtant que Baudelaire d\u00e9couvre l\u2019art baroque<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ce fut un \u00e9tonnement pour lui, un choc esth\u00e9tique comme il en avait eu lorsqu\u2019il a entendu pour la premi\u00e8re fois la musique de Wagner, ou lorsqu\u2019il a d\u00e9couvert Delacroix en visitant la Galerie des Batailles au ch\u00e2teau de Versailles, avec son coll\u00e8ge, \u00e0 dix-sept ans, en juillet 1838.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il arrive \u00e0 Bruxelles, il est vieux et malade, m\u00eame s\u2019il n\u2019a que quarante-trois ans. Et l\u2019impression est d\u2019autant plus forte qu\u2019il la vit dans ce contexte de sa sant\u00e9 fragile et de son allergie \u00e0 la Belgique. Il hante les \u00e9glises pour fuir la soci\u00e9t\u00e9 belge. Et il affirme d\u2019autant mieux sa d\u00e9couverte qu\u2019il y retrouve sa diff\u00e9rence, sa \u00ab&#160;singularit\u00e9&#160;\u00bb, comme il dit&#160;: personne, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, n\u2019aime l\u2019art baroque. Il pense que le go\u00fbt de ses contemporains reste attach\u00e9 au gothique, par atavisme, et il met en cause Victor Hugo et l\u2019influence de <em>Notre<\/em>&#8211;<em>Dame<\/em> <em>de<\/em> <em>Paris<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019il d\u00e9couvre, c\u2019est que nous appelons, nous, l\u2019art baroque, et qu\u2019il appelait plut\u00f4t, en utilisant la terminologie de l\u2019\u00e9poque, \u00ab&#160;l\u2019art rococo&#160;\u00bb. Il en d\u00e9couvre la version religieuse, \u00ab&#160;l\u2019art j\u00e9suitique&#160;\u00bb, sur les fa\u00e7ades des \u00e9glises et dans leur architecture int\u00e9rieure \u2013 les autels, les chaires, les confessionnaux&#160;; et la version civile ou profane, qu\u2019il appelle occasionnellement le \u00ab&#160;style joujou&#160;\u00bb, qui place par exemple un cavalier sur le toit d\u2019un immeuble de la Grand-Place \u00e0 Bruxelles. L\u2019expression \u00ab&#160;style joujou&#160;\u00bb est int\u00e9ressante, parce qu\u2019elle est comme un retour d\u2019enfance&#160;: il appelait la jolie maison de sa m\u00e8re \u00e0 Honfleur \u00ab&#160;la maison joujou&#160;\u00bb, et il est l\u2019auteur d\u2019un texte sur l\u2019enfance intitul\u00e9 \u00ab&#160;Morale du joujou&#160;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous cherchons toujours \u00e0 mieux comprendre et \u00e0 mieux d\u00e9finir l\u2019art baroque, mais le bilan conceptuel qu\u2019on peut faire aujourd\u2019hui n\u2019ajoute rien d\u2019essentiel \u00e0 ce que Baudelaire avait pu comprendre et formuler lors de son s\u00e9jour en Belgique, en 1865-1866. Il identifie tous les aspects qui nous servent aujourd\u2019hui \u00e0 d\u00e9finir l\u2019art baroque&#160;: sa th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, son caract\u00e8re composite, l\u2019esth\u00e9tique du contraste entre le clair et l\u2019obscur, entre le coquet et le fun\u00e8bre, la collision de l\u2019\u00e9rotisme et du mysticisme. Il compare l\u2019\u00e9glise baroque \u00e0 un boudoir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3 \u2013 Baudelaire est-il contemporain d\u2019autres d\u00e9couvertes du baroque \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque dans d\u2019autres pays&#160;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le livre qui pose les fondements d\u2019une d\u00e9finition de l\u2019art baroque est l\u2019ouvrage de Heinrich W\u00f6lfflin, <em>Renaissance und Barock<\/em>, publi\u00e9 \u00e0 Munich en 1888, vingt ans apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience belge de Baudelaire. L\u2019influence de W\u00f6lfflin sera consid\u00e9rable, en particulier \u00e0 partir du moment o\u00f9 il succ\u00e8de \u00e0 Jakob Burckhardt \u00e0 la chaire d\u2019histoire de l\u2019Universit\u00e9 de B\u00e2le, avant d\u2019enseigner \u00e0 Berlin. Les Suisses al\u00e9maniques et les Allemands sont les grands pr\u00e9curseurs de la th\u00e9orisation du baroque. Les d\u00e9bats en France sur la notion de baroque et son extension \u00e0 d\u2019autres domaines, \u00e0 la litt\u00e9rature en particulier, se d\u00e9roulent bien plus tard, dans les ann\u00e9es 1930 et apr\u00e8s la guerre. Le livre de W\u00f6lfflin n\u2019a \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais qu\u2019en 1967.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Nous cherchons toujours \u00e0 mieux comprendre et \u00e0 mieux d\u00e9finir l\u2019art baroque, mais le bilan conceptuel qu\u2019on peut faire aujourd\u2019hui n\u2019ajoute rien d\u2019essentiel \u00e0 ce que Baudelaire avait pu comprendre et formuler lors de son s\u00e9jour en Belgique, en 1865-1866.<\/p><cite>Andr\u00e9 Guyaux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>W\u00f6lfflin ignore \u00e9videmment les fragments de Baudelaire sur l\u2019art baroque, laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat de notes projectives en vue d\u2019un livre sur la Belgique qui e\u00fbt fait place \u00e0 l\u2019art \u2013 une place marginale et large \u00e0 la fois. Et Baudelaire et W\u00f6lfflin n\u2019ont pas vu les m\u00eames monuments. Baudelaire a vu l\u2019art j\u00e9suitique dans quelques \u00e9glises principalement flamandes, \u00e0 Bruxelles, \u00e0 Malines, \u00e0 Anvers, mais aussi la cath\u00e9drale et l\u2019\u00e9glise Saint-Loup \u00e0 Namur. Il n\u2019a pas voyag\u00e9 en Italie, ni en Autriche. Et W\u00f6lfflin, lui, d\u00e9finit l\u2019opposition entre l\u2019art de la Renaissance et l\u2019art baroque \u00e0 partir de ce qu\u2019il a vu \u00e0 Florence et \u00e0 Rome. Il observe la naissance de cette nouvelle esth\u00e9tique dans la sculpture et dans les conceptions architecturales de Michel-Ange.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Baudelaire n\u2019ignore pas Michel-Ange, pr\u00e9sent au Louvre. Il \u00e9voque <em>La Nuit<\/em>, une des all\u00e9gories du tombeau des M\u00e9dicis \u00e0 Florence, dont il a pu voir des reproductions dans des livres. Il en parle dans le sonnet des <em>Fleurs du mal <\/em>intitul\u00e9 \u00ab&#160;L\u2019Id\u00e9al&#160;\u00bb, o\u00f9 on retrouve sa sensibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019art qu\u2019on n\u2019appelait pas encore baroque&#160;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Ou bien toi grande nuit, fille de Michel-Ange<\/em><br><em>Qui tors paisiblement dans une pose \u00e9trange<\/em><br><em>Tes appas fa\u00e7onn\u00e9s aux bouches des Titans<\/em><\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e se retrouvera chez W\u00f6lfflin parlant de la lutte entre la masse et le mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre po\u00e8me des <em>Fleurs du mal<\/em> donne une id\u00e9e des affinit\u00e9s de Baudelaire avec l\u2019esth\u00e9tique baroque. Il s\u2019agit des \u00ab&#160;Phares&#160;\u00bb,&nbsp; le po\u00e8me sur les grands conducteurs de l\u2019art, ceux qui guident le regard. Si l\u2019on prend la liste de ces huit \u00ab&#160;phares&#160;\u00bb, plusieurs ont un rapport avec l\u2019esth\u00e9tique baroque. Rubens \u00e9videmment, le premier cit\u00e9, Michel-Ange bien-s\u00fbr, et un autre grand sculpteur Puget, peut-\u00eatre aussi Goya, et Delacroix, qui passait au XIXe si\u00e8cle pour le Rubens fran\u00e7ais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>4 \u2013 Quand Baudelaire est-il devenu un po\u00e8te europ\u00e9en&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Baudelaire a eu tr\u00e8s t\u00f4t une r\u00e9sonance internationale. Avant m\u00eame la publication des <em>Fleurs du Mal<\/em> en volume en juin 1857, un article paraissait en russe dans un grand journal de Saint-P\u00e9tersbourg, <em>Les Annales de la patrie<\/em>, en f\u00e9vrier 1856. L\u2019auteur de cet article commentait les premi\u00e8res publications de Baudelaire et donnait le texte d\u2019un po\u00e8me in\u00e9dit, \u00ab&#160;Le Flacon&#160;\u00bb. C\u2019est un tr\u00e8s bel article, juste de ton, qui per\u00e7oit le parisianisme et la modernit\u00e9 de Baudelaire. Certes l\u2019auteur \u00e9tait un ami de Baudelaire, un exil\u00e9 russe \u00e0 Paris, Nicola\u00ef Sazonov, qui \u00e9tait en quelque sorte le correspondant litt\u00e9raire \u00e0 Paris de cette revue de Saint-P\u00e9tersbourg. Mais c\u2019est un premier ancrage hors fronti\u00e8res, et tr\u00e8s pr\u00e9coce.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres signes viendront assez t\u00f4t, comme l\u2019article de Swinburne dans <em>The<\/em> <em>Spectator<\/em> de Londres en septembre 1862. Ou, plus tard, l\u2019attention extraordinaire que Nietzsche a accord\u00e9e aux <em>\u0152uvres posthumes<\/em> de Baudelaire parues en 1887, qu\u2019il lit et annote en fondant sur elles le projet d\u2019une grande \u00e9tude sur le nihilisme europ\u00e9en.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, Baudelaire est traduit dans toutes les langues importantes. \u00c0 l\u2019occasion du bicentenaire de sa naissance cette ann\u00e9e, des tables rondes se tiennent \u2013 en vid\u00e9o \u2013 \u00e0 P\u00e9kin, \u00e0 Shanghai, \u00e0 New Dehli, \u00e0 Rome, \u00e0 G\u00eanes \u00e0 Tokyo. Et, en novembre \u00e0 Paris, en pr\u00e9sence si les conditions le permettent.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9cembre 2011, un colloque a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 \u00e0 la Sorbonne et \u00e0 la Biblioth\u00e8que historique de la ville de Paris sur le sujet \u00ab&#160;Baudelaire dans le monde&#160;\u00bb, avec des intervenants venus d\u2019Italie, d\u2019Espagne, de Grande-Bretagne, d\u2019Allemagne, de Scandinavie, de Hongrie, de Gr\u00e8ce, de Roumanie, et en dehors de l\u2019Europe de Russie, du Japon et de Chine. Les actes de ce colloque ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans le num\u00e9ro 20 de <em>L\u2019Ann\u00e9e<\/em> <em>Baudelaire<\/em>. L\u2019un des partenaires \u00e9tait l\u2019universit\u00e9 Vanderbilt \u00e0 Nashville aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 se trouve un important centre de documentation baudelairienne, le <em>W. T. Bandy Center for Baudelaire Studies<\/em>. Nous le savions, certes, mais nous avons \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9s par le rayonnement international de l\u2019\u0153uvre de Baudelaire. Dans les principales langues europ\u00e9ennes, l\u2019anglais, l\u2019allemand, l\u2019espagnol et l\u2019italien, il existe plusieurs traductions des <em>Fleurs<\/em> <em>du<\/em> <em>Mal<\/em>, qui rivalisent et que l\u2019on peut \u00e9tudier comparativement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>5 \u2013 Combien de temps Baudelaire a-t-il mis pour entrer dans les programmes scolaires en France&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Baudelaire est inscrit au programme de l\u2019agr\u00e9gation en 1928, apr\u00e8s les grands romantiques, Hugo, Lamartine et Vigny, mais aussi apr\u00e8s Verhaeren et Heredia. Son cas faisait d\u00e9bat dans la critique et la conqu\u00eate de la reconnaissance fut lente. Elle passait n\u00e9cessairement par l\u2019\u00e9cole. On peut dire qu\u2019il est enfin l\u00e9gitimit\u00e9 par les programmes universitaires et scolaires dans l\u2019entre-deux-guerres.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Baudelaire est enfin l\u00e9gitimit\u00e9 par les programmes universitaires et scolaires dans l\u2019entre-deux-guerres.<\/p><cite>Andr\u00e9 Guyaux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Les fondateurs de l\u2019histoire litt\u00e9raire et les auteurs de manuels comme \u00c9mile Faguet ou Gustave Lanson l\u2019ignorent ou le traitent avec m\u00e9pris. En 1894, Lanson lui consacre quelques lignes s\u00e9v\u00e8res, en cr\u00e9ant quand m\u00eame pour lui un concept original, celui de <em>ca\u00efnisme<\/em>. Lorsqu\u2019il r\u00e9\u00e9dite son manuel en 1909, il prend acte de la r\u00e9habilitation du courant symboliste mais ne change pas une ligne \u00e0 son pauvre texte sur Baudelaire. Faguet, dans son <em>Histoire<\/em> <em>de<\/em> <em>la<\/em> <em>litt\u00e9rature<\/em> <em>fran\u00e7aise<\/em>, en 1900 ne le mentionne m\u00eame pas. On signale, parmi les moments pr\u00e9curseurs d\u2019une reconnaissance universitaire, en 1889 l\u2019<em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em> d\u2019un professeur de l\u2019Universit\u00e9 de Bruxelles, Hermann Pergameni, qui analyse assez bien le positionnement esth\u00e9tique de Baudelaire en parlant d\u2019un \u00ab&#160;singulier m\u00e9lange d\u2019exactitude brutale et d\u2019id\u00e9alisme mystique&#160;\u00bb, et en 1906 la th\u00e8se d\u2019Albert Cassagne sur la versification de Baudelaire, qui est un travail fondateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Baudelaire fut longtemps au centre de vives controverses. Faguet l\u2019attaque dans un article violent dans <em>La Revue <\/em>en septembre 1910, et Gide lui r\u00e9plique aussit\u00f4t dans la <em>NRF<\/em>, en novembre-d\u00e9cembre. On comprend bien que le combat de Faguet est d\u00e9sormais perdu&#160;: il incarne l\u2019arri\u00e8re-garde et Gide l\u2019avant-garde. En 1917, <em>Les<\/em> <em>Fleurs<\/em> <em>du<\/em> <em>Mal<\/em> tombent dans le domaine public, et donc sont r\u00e9\u00e9dit\u00e9es, avec des pr\u00e9faces d\u2019auteurs en vue. Il y eut apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre quelques moments d\u00e9cisifs. En d\u00e9cembre 1922, \u00e0 la Chambre, un d\u00e9put\u00e9 membre de l\u2019Action fran\u00e7aise, Xavier de Magallon, interpelle le ministre de l\u2019Instruction publique, L\u00e9on B\u00e9rard, et conteste le conformisme de l\u2019universit\u00e9, laquelle, selon lui, \u00ab&#160;maltraite ou ignore Baudelaire, Verlaine et Mallarm\u00e9&#160;\u00bb. En f\u00e9vrier 1924, Paul Val\u00e9ry fait une conf\u00e9rence \u00e0 Monaco, qu\u2019il commence par ces mots&#160;: \u00ab&#160;Baudelaire est au comble de la gloire.&#160;\u00bb Et il oppose l\u2019\u0153uvre mince de Baudelaire aux innombrables volumes de Victor Hugo, en constatant que les <em>Fleurs du Mal<\/em> triomphent. Mais c\u2019est Val\u00e9ry, qui parlait pour lui et pour un <em>happy few<\/em> de po\u00e8tes et d\u2019amateurs \u00e9clair\u00e9s. Il restait beaucoup de chemin \u00e0 parcourir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>6 \u2013 O\u00f9 en est la critique baudelairienne aujourd\u2019hui&#160;?&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La critique baudelairienne a la chance de se fonder sur une tr\u00e8s forte et tr\u00e8s belle tradition, illustr\u00e9e en particulier par quelques grands \u00e9diteurs comme Jacques Cr\u00e9pet ou Claude Pichois. Elle reste tr\u00e8s vivante. Je crois m\u00eame qu\u2019il y a en elle ce principe actif qu\u2019est l\u2019\u00e9mulation. Les th\u00e8ses, nombreuses, en t\u00e9moignent, dont certaines sont importantes, impliquant des recherches sur des parties mal connues de l\u2019\u0153uvre de Baudelaire. Les cours d\u2019Antoine Compagnon au Coll\u00e8ge de France, en 2011-2012 et 2015-2016, ont connu un grand succ\u00e8s. Apr\u00e8s la mort de Claude Pichois, qui avait fond\u00e9 une revue d\u2019\u00e9tudes baudelairiennes, <em>L\u2019Ann\u00e9e Baudelaire<\/em>, nous avons, \u00e0 quelques-uns, repris le flambeau. Elle refl\u00e8te l\u2019actualit\u00e9 de la recherche baudelairienne. Un \u00ab&#160;S\u00e9minaire Baudelaire&#160;\u00bb, tr\u00e8s suivi et dont l\u2019audience est de plus en plus large, se tient \u00e9galement, dans le cadre de l\u2019ITEM (Institut des textes et des manuscrits modernes, rattach\u00e9 au CNRS). Le fait qu\u2019une \u00e9quipe de chercheurs pr\u00e9pare aujourd\u2019hui une nouvelle \u00e9dition de la Pl\u00e9iade est un autre signe fort, de l\u2019actualit\u00e9 de la recherche baudelairienne et d\u2019une demande \u00e9ditoriale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>7 \u2013 Que lit-on (ou que ne lit-on pas) de Baudelaire aujourd\u2019hui&#160;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La post\u00e9rit\u00e9 pratique la s\u00e9lection parmi les \u00e9crivains. On lit Balzac, Flaubert et Rimbaud&#160;; beaucoup moins Gautier ou Barbey d\u2019Aurevilly, qui sont pourtant des auteurs importants. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne se r\u00e9percute sur le plan \u00e9ditorial. Les uns sont g\u00e9n\u00e9reusement accueillis dans les grandes collections patrimoniales et diffus\u00e9s en livres de poche, les autres beaucoup moins. De m\u00eame, la s\u00e9lection est s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u0153uvre d\u2019un \u00e9crivain pourtant consacr\u00e9. On lit de Baudelaire <em>Les Fleurs du Mal<\/em>, beaucoup moins <em>Le<\/em> <em>Spleen<\/em> <em>de<\/em> <em>Paris<\/em>, et beaucoup moins encore tout le reste. Et c\u2019est dommage, car il n\u2019y a pas de d\u00e9chet dans l\u2019\u0153uvre de Baudelaire. Tout y est, comme il le voulait, concentr\u00e9. Il n\u2019y a rien \u00e0 aucun moment de bavard ni de n\u00e9glig\u00e9. Baudelaire est dans la grande tradition de la ma\u00eetrise des formes, de l\u2019exigence, de la contrainte, qui est la vraie tradition classique, celle des moralistes, dont il \u00e9tait un fervent lecteur. Il est en rupture en cela avec le laisser-aller romantique. Et tout se tient dans son \u0153uvre. Pour le comprendre, il faut aussi lire ses articles de critique et ses essais, comme celui sur le rire, et ses notes autobiographiques, ses pol\u00e9miques et sa magnifique correspondance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Baudelaire est dans la grande tradition de la ma\u00eetrise des formes, de l\u2019exigence, de la contrainte, qui est la vraie tradition classique, celle des moralistes, dont il \u00e9tait un fervent lecteur.<\/p><cite>Andr\u00e9 Guyaux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Il faut sans doute mettre \u00e0 part tout ce qu\u2019il a \u00e9crit sur l\u2019art, ses <em>Salons<\/em>, qui ont droit \u00e0 un traitement particulier. C\u2019est une partie majeure de son \u0153uvre, que les historiens de l\u2019art n\u2019ignorent pas&#160;: il est le Diderot du XIXe si\u00e8cle. Mais il faut lire tout ce corpus de critique d\u2019art en baudelairien, et comprendre son point de vue, fascin\u00e9 depuis l\u2019enfance par la repr\u00e9sentation plastique, d\u00e9gag\u00e9 de toute id\u00e9e de progr\u00e8s, dans quelque domaine que ce soit et a fortiori dans le domaine esth\u00e9tique, mais captiv\u00e9 par ce qu\u2019il appelle \u00ab&#160;la modernit\u00e9&#160;\u00bb. Les historiens de l\u2019art le consid\u00e8rent parfois comme un d\u00e9sax\u00e9, qui met son caprice au principe de son jugement. Pas tous bien s\u00fbr, mais certains d\u2019entre eux ne veulent pas comprendre qu\u2019il n\u2019a en rien sous-estim\u00e9 Manet ou surestim\u00e9 Constantin Guys. Il les a simplement situ\u00e9s dans son regard, sensible aux signes pr\u00e9curseurs des avant-gardes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>8 \u2013&nbsp;Baudelaire est-il un mod\u00e8le pour la production po\u00e9tique contemporaine&#160;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>S\u2019il est un mod\u00e8le, c\u2019est dans le fantasme de ceux qui croient aux mod\u00e8les. En tout cas, Baudelaire n\u2019y croyait pas. \u00c0 la fin de sa vie, quelques jeunes gens se r\u00e9clament de lui, et non des moindres, puisqu\u2019il y a parmi eux Verlaine, dont il a lu l\u2019article qu\u2019il lui a consacr\u00e9 en 1865, et Mallarm\u00e9, dont il a entendu parler chez des amis. Mais \u00e0 ce moment il r\u00e9agit par une sorte de reniement \u00e9vasif. Il glisse cette petite phrase dans une lettre \u00e0 sa m\u00e8re, le 5 mars 1866&#160;: \u00ab&#160;Il para\u00eet que <em>l\u2019\u00e9cole<\/em> <em>Baudelaire<\/em> existe.&#160;\u00bb (C\u2019est lui qui souligne.) La phrase concluait cette r\u00e9flexion d\u00e9sabus\u00e9e&#160;: \u00ab&#160;Je ne connais rien de plus compromettant que les imitateurs et je n\u2019aime rien tant que d\u2019\u00eatre seul.&#160;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun peut avoir son id\u00e9e sur la question des filiations, des \u00e9coles, des influences et des mod\u00e8les. Et il est difficile d\u2019imaginer une histoire de la litt\u00e9rature ou une histoire de l\u2019art qui en ferait l\u2019\u00e9conomie. On en a besoin pour donner de la coh\u00e9rence aux chronologies. Mais Baudelaire n\u2019y croyait pas. Il n\u2019a jamais accept\u00e9 de se rattacher \u00e0 quoi que ce soit et dans le pr\u00e9ambule de son article sur l\u2019Exposition universelle de 1855, il r\u00e9cuse l\u2019id\u00e9e selon laquelle&nbsp; Signorelli serait \u00ab&#160;le g\u00e9n\u00e9rateur&#160;\u00bb de Michel-Ange et P\u00e9rugin celui de Rapha\u00ebl. Il donne des exemples dans l\u2019histoire de l\u2019art mais il pense aussi bien \u00e0 la litt\u00e9rature. Je cite son implacable conclusion&#160;: \u00ab&#160;L\u2019artiste ne rel\u00e8ve que de lui-m\u00eame. Il ne promet aux si\u00e8cles \u00e0 venir que ses propres \u0153uvres. Il ne cautionne que lui-m\u00eame. Il meurt sans enfants.&#160;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>9 \u2013 Baudelaire, en devenant un \u00ab&#160;classique&#160;\u00bb, a-t-il \u00e9t\u00e9 banalis\u00e9&#160;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il me semble qu\u2019il r\u00e9siste mieux que d\u2019autres. Baudelaire fait partie des auteurs qu\u2019on ne peut pas facilement simplifier, sauf \u00e0 verser dans la falsification, \u00e0 en faire par exemple un r\u00e9volutionnaire, au sens politique, ou m\u00eame un socialiste utopiste, lui l\u2019admirateur de Joseph de Maistre et de Machiavel&#160;! L\u2019exp\u00e9rience me laisse penser qu\u2019on peut plus facilement simplifier Rimbaud, parce que le \u00ab&#160;mythe&#160;\u00bb est une machine \u00e0 broyer qui r\u00e9duit l\u2019auteur d\u2019<em>Une<\/em> <em>saison<\/em> <em>en<\/em> <em>enfer<\/em> \u00e0 la photo de Carjat et \u00e0 quelques clich\u00e9s. Il n\u2019y a pas de mythe Baudelaire, mais un enchev\u00eatrement de l\u00e9gendes. Et \u00e0 une extrapolation ou \u00e0 une id\u00e9e sommaire, on peut toujours opposer une citation de lui.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>Il n\u2019y a pas de mythe Baudelaire, mais un enchev\u00eatrement de l\u00e9gendes.<\/p><cite>Andr\u00e9 Guyaux<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>Est-ce qu\u2019en enseignant Baudelaire au coll\u00e8ge, on ne risque pas de l\u2019\u00e9dulcorer&#160;? C\u2019est possible dans la mesure o\u00f9 on choisit d\u2019expliquer des po\u00e8mes comme \u00ab&#160;L\u2019Albatros&#160;\u00bb, \u00e9loign\u00e9s de l\u2019\u00e9rotisme transgresseur qui avait cr\u00e9\u00e9 le choc baudelairien. On dirait presque qu\u2019il a compos\u00e9 ces quatre quatrains pour appara\u00eetre dans les \u00ab&#160;morceaux choisis&#160;\u00bb \u00e0 usage scolaire. Mais c\u2019est le r\u00f4le de l\u2019\u00e9cole, et \u00ab&#160;L\u2019Albatros&#160;\u00bb est une merveilleuse all\u00e9gorie. Baudelaire disait que le g\u00e9nie, c\u2019est \u00ab&#160;cr\u00e9er un poncif&#160;\u00bb. Avec \u00ab&#160;L\u2019Albatros&#160;\u00bb, il y a r\u00e9ussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Baudelaire reste un auteur qui d\u00e9range. Tout n\u2019est pas lisse dans cette patrimonialisation. Il reste un classique \u00e0 l\u2019\u00e9tat sauvage, qui sculpte son vers mais tient des propos violents sur des sujets sensibles. Pensons \u00e0 ce qu\u2019il dit des femmes, ou \u00e0 ses sorties contre le progr\u00e8s. Le XIXe si\u00e8cle est fondateur de l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s et le consensus progressiste s\u2019est maintenu, aux XXe et XXIe si\u00e8cles. Or Baudelaire, en th\u00e9ologien, r\u00e9futait l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s. Pour lui, le vrai progr\u00e8s, ce serait le recul du mal. Or le mal ne recule pas, au contraire. L\u2019histoire du monde et l\u2019avenir du monde sont une d\u00e9monstration&nbsp; de cette \u00ab&#160;h\u00e9r\u00e9sie moderne&#160;\u00bb qu\u2019est l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s. Allez expliquer \u00e0 nos contemporains que le progr\u00e8s n\u2019aide pas l\u2019homme \u00e0 vivre&#160;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>10 \u2013 Baudelaire aurait-il ha\u00ef le XXIe si\u00e8cle&#160;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>En tout cas, il manque \u00e0 notre si\u00e8cle le d\u00e9nonciateur fulgurant que fut Baudelaire dans son si\u00e8cle \u00e0 lui. Notre \u00e9poque ne manque sans doute pas d\u2019esprits libres, mais ils sont inaudibles dans l\u2019enfer m\u00e9diatique. Baudelaire, dans un fragment de <em>Fus\u00e9es<\/em>, proph\u00e9tisait le d\u00e9ferlement des barbaries auquel on a effectivement assist\u00e9 tout au long du XXe si\u00e8cle et auquel nous assistons encore. Walter Benjamin avait lu ce texte visionnaire et proph\u00e9tique \u00e0 Pontigny, en mai 1939, quelques mois avant la d\u00e9claration de la guerre de l\u2019Allemagne \u00e0 la France, ajoutant sobrement ceci \u00e0 la lecture qu\u2019il venait de faire&#160;: \u00ab&#160;Nous ne sommes d\u00e9j\u00e0 pas si mal plac\u00e9s pour convenir de la justesse de ces phrases.&#160;\u00bb&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&#160;&#160;Il n\u2019y a pas de mythe Baudelaire, mais un enchev\u00eatrement de l\u00e9gendes.&#160;&#160;\u00bb<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Guyaux, l&rsquo;un de ses plus fins connaisseurs, propose en dix questions une synth\u00e8se du ma\u00eetre dont on c\u00e9l\u00e8bre aujourd&rsquo;hui les deux cents ans de la 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