{"id":105171,"date":"2021-04-04T18:19:29","date_gmt":"2021-04-04T16:19:29","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=105171"},"modified":"2022-03-17T12:51:58","modified_gmt":"2022-03-17T11:51:58","slug":"les-gentils-contre-les-mechants-nouvelle-lutte-des-classes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/04\/04\/les-gentils-contre-les-mechants-nouvelle-lutte-des-classes\/","title":{"rendered":"Les gentils contre les m\u00e9chants : nouvelle lutte des classes"},"content":{"rendered":"\n
Toute l’histoire de notre soci\u00e9t\u00e9 est l’histoire d’une lutte des classes. Ce n’est pas seulement Marx qui le dit, mais aussi d\u00e9sormais Michael Lind, un politologue plus conservateur que progressiste… <\/p>\n\n\n\n
Comme le titre le sugg\u00e8re, Lind n’a aucun probl\u00e8me \u00e0 recourir \u00e0 la taxonomie des classes sociales et \u00e0 consid\u00e9rer les conflits \u00e0 l\u2019\u0153uvre comme une v\u00e9ritable guerre des classes. Selon l’auteur, aux \u00c9tats-Unis, les fronti\u00e8res de la g\u00e9ographie, de l’\u00e9ducation et du revenu d\u00e9limitent les nouveaux groupes sociaux et leurs int\u00e9r\u00eats. La classe cosmopolite, \u00e9duqu\u00e9e, m\u00e9tropolitaine d’une part ; les classes moyennes inf\u00e9rieures, moins \u00e9duqu\u00e9es, les producteurs territorialis\u00e9s vivant dans les provinces d’autre part. Ce sont ces deux plaques tectoniques qui entrent en friction, selon l’auteur. Mais est-ce vraiment le cas ? La division est-elle aussi nette ? <\/p>\n\n\n\n
Selon Lind, cette population \u00e9duqu\u00e9e, concentr\u00e9e dans les grandes m\u00e9tropoles mais caract\u00e9ris\u00e9e par son nomadisme structurel, constituerait aujourd’hui la v\u00e9ritable classe dominante. Paradoxalement, les dissidents sovi\u00e9tiques ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 critiquer cette \u00ab nouvelle classe \u00bb. Le livre de Milovan Gilas, Nova Klasa,<\/em> paru en 1957, qui d\u00e9nonce la bureaucratie des \u00c9tats socialistes, est bien connu. Mais en France, Lefort et Castoriadis, dans la revue Socialisme ou Barbarie, avaient commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier cette transformation d\u00e8s 1949. Nous pourrions remonter encore plus loin, jusqu’au trotskiste Bruno Rizzi qui, avec son essai sur la bureaucratisation du monde (1939), a fortement influenc\u00e9 la th\u00e9orie de James Burnham sur la \u00ab r\u00e9volution manag\u00e9riale \u00bb (1941), un mod\u00e8le explicite de Michael Lind. En fait, toute la sociologie du XXe si\u00e8cle, \u00e0 partir de Max Weber, s’est pench\u00e9e sur cette classe \u00e9trange pour tenter d’en saisir la sp\u00e9cificit\u00e9 : classe dominante ? classe non productive ? Et comment d\u00e9finir son extension ? L’\u00e9conomie de la connaissance, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960, a permis de d\u00e9fendre l’id\u00e9e que cette classe \u00e9tait \u00ab productive \u00bb et non \u00ab parasitaire \u00bb, ouvrant la voie \u00e0 la construction de la cat\u00e9gorie de cognitariat<\/em> dans la pens\u00e9e post-op\u00e9ra\u00efste. Comme on peut le constater, la nouvelle classe est assez mall\u00e9able, dans le sens o\u00f9 elle peut servir \u00e0 la fois d’avatar de la bourgeoisie et du prol\u00e9tariat, se trouvant carr\u00e9ment au milieu. Ce qui rend son positionnement encore plus difficile, c\u2019est la coexistence du \u00ab capital \u00e9conomique \u00bb et du \u00ab capital cognitif \u00bb, l’adoption d’une consommation typiquement bourgeoise en m\u00eame temps qu’un revenu du travail pas n\u00e9cessairement frappant. Si l’on veut r\u00e9duire le corps social des \u00e9conomies avanc\u00e9es au nombre minimal de sujets, je dirais que l’on ne peut pas descendre en dessous de quatre classes : une classe laborieuse en partie immigr\u00e9e ou d\u00e9localis\u00e9e ; une classe propri\u00e9taire de plus en plus concentr\u00e9e ; une classe comp\u00e9tente plut\u00f4t h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne ; enfin, une classe d\u2019exclus produite par la d\u00e9sindustrialisation et la d\u00e9sertification des zones rurales. Ce sont ces deux derniers qui sont les protagonistes de la com\u00e9die des malentendus du populisme : la \u00ab nouvelle classe \u00bb comp\u00e9tente devient l’objet du ressentiment de la petite bourgeoisie en d\u00e9clin, qui est \u00e0 son tour d\u00e9crite par les comp\u00e9tents comme raciste et \u00ab d\u00e9plorable \u00bb. Mais il ne faut pas perdre de vue que les suppos\u00e9es \u00e9lites urbaines sont souvent pr\u00e9caires et sous-pay\u00e9es, li\u00e9es \u00e0 de petits luxes de position (les proverbiaux brunchs aux avocado toasts des caricatures) mais incapables d’acc\u00e9der \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re. En bref, ils sont d\u00e9favoris\u00e9s \u00e0 leur mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n L’impression, et l\u00e0 je voudrais proposer une r\u00e9flexion diff\u00e9rente de celle de Lind, est celle d’une certaine difficult\u00e9 \u00e0 appliquer la typologie des classes sociales \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 actuelle. Comme tu le soulignes \u00e9galement, les \u00e9lites scolaires et urbaines ne sont souvent pas enti\u00e8rement superposables au sommet \u00e9conomique des soci\u00e9t\u00e9s occidentales, ou du moins il y a encore beaucoup de personnes ais\u00e9es qui ne peuvent \u00eatre compt\u00e9es parmi les comp\u00e9tents. Lind lui-m\u00eame le souligne d’une certaine mani\u00e8re : il existe encore des producteurs territorialis\u00e9s, des petits et moyens entrepreneurs, moins alphab\u00e9tis\u00e9s, d\u00e9centralis\u00e9s mais toujours capables de produire une excellente valeur \u00e9conomique et d’emploi. Ce qui me semble donc \u00e9merger, c’est une soci\u00e9t\u00e9, pour utiliser une comparaison historique peut-\u00eatre un peu risqu\u00e9e, divis\u00e9e en classes et en guildes de type n\u00e9o-m\u00e9di\u00e9val. Le statut, aujourd’hui fourni par les centres de certification de la comp\u00e9tence (grandes universit\u00e9s, think tanks, journaux, etc.), compte finalement plus que l’\u00e9l\u00e9ment \u00e9conomique pour l’homme \u00e9duqu\u00e9 du XXIe si\u00e8cle. Les personnes comp\u00e9tentes sont des travailleurs intellectuels hautement \u00e9duqu\u00e9s et qualifi\u00e9s, qui se concentrent dans ce que Lind appelle les \u00ab p\u00f4les de connaissance \u00bb, g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 proximit\u00e9 de grandes m\u00e9tropoles ou dans des zones \u00e0 forte intensit\u00e9 de capital, comme la Silicon Valley. Tout le monde n’est pas destin\u00e9 \u00e0 devenir PDG de Google ou responsable de la recherche d’un grand fonds d’investissement, mais il existe une culture commune, un style de vie et des mani\u00e8res homog\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n \u00c0 bien des \u00e9gards, c’est une \u00e9vidence, car ces dynamiques sociales ont toujours exist\u00e9 dans l’histoire, mais aujourd’hui, la question est devenue centrale dans le d\u00e9bat public et intellectuel pour trois raisons. L’une est politique, \u00e0 savoir que la d\u00e9mocratie exige toujours l’\u00e9galit\u00e9 (une t\u00eate, une voix), mais qu\u2019il est difficile de maintenir cet \u00e9quilibre dans une soci\u00e9t\u00e9 totalement alphab\u00e9tis\u00e9e, avec des niveaux de scolarisation aussi diff\u00e9rents. En t\u00e9moigne le complexe p\u00e9dagogique qui afflige souvent les responsables, qui voudraient corriger le bois tordu du reste de la population en imposant des langues et des normes de comportement. La frustration au niveau politique est \u00e9vidente : le syst\u00e8me d\u00e9mocratique ne valorise pas les ann\u00e9es d’\u00e9tudes, les masters et les doctorats car le vote d’une personne comp\u00e9tente et celui de tout autre citoyen ont la m\u00eame valeur. D’o\u00f9 la pouss\u00e9e vers la proposition de formes de technocratie ou d’\u00e9pistocratie, id\u00e9es qui, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ont envahi le monde universitaire et le journalisme. Une technocratie qui est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s pr\u00e9sente dans les r\u00e9gimes politiques actuels par le biais des banques centrales, des autorit\u00e9s administratives, des r\u00e9gulateurs mondiaux, des syst\u00e8mes judiciaires et des institutions internationales. <\/p>\n\n\n\n Il y a ensuite une raison sociale : les filtres fonctionnels de la m\u00e9ritocratie tendent \u00e0 cr\u00e9er des groupes auto-s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9s qui ont perdu le contact avec d’autres formes de r\u00e9alit\u00e9, et en particulier avec les provinces. Des r\u00e9seaux de comp\u00e9tences sont construits, souvent supranationaux ou m\u00eame mondiaux, qui deviennent toutefois des enclaves ferm\u00e9es par rapport au reste de la soci\u00e9t\u00e9. D’une part, il y a les cosmopolites, qui peuvent vivre et travailler n’importe o\u00f9, et d’autre part, il y a les territorialis\u00e9s, qui ne peuvent vivre et travailler que l\u00e0 o\u00f9 ils sont. Ce manque de proximit\u00e9 avec le monde territorialis\u00e9 et industriel tend \u00e0 d\u00e9l\u00e9gitimer les comp\u00e9tents dans leurs revendications politiques. Et puis il y a un facteur culturel, \u00e0 savoir qu’une mentalit\u00e9 n\u00e9o-positiviste a fait son chemin dans nos \u00e9lites : \u00e0 l’\u00e8re de la s\u00e9cularisation totale et de la fin des id\u00e9ologies, la complexit\u00e9 sociale ne peut \u00eatre g\u00e9r\u00e9e que par le recours \u00e0 la science et \u00e0 la technologie. Des proc\u00e9dures, des donn\u00e9es, des m\u00e9thodologies, des exp\u00e9riences sont n\u00e9cessaires m\u00eame dans des domaines autrefois domin\u00e9s par des connaissances historiques, philosophiques, humanistes. Une grande partie de la classe dirigeante occidentale est sous l’illusion fatale que l’expertise peut fournir toutes les r\u00e9ponses, embrasser toutes les connaissances d’un probl\u00e8me donn\u00e9, et que la rigueur des m\u00e9thodes et des processus est plus importante que les fins et l’objet de la recherche. <\/p>\n\n\n\n La pand\u00e9mie de 2020 a sans doute r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l’existence d’une nouvelle technol\u00e2trie ou d’un nouveau scientisme qui s\u00e9duit la gauche, par opposition \u00e0 la tradition philosophique constructiviste qui l’avait s\u00e9duite auparavant, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960. Je me demande encore comment nous sommes pass\u00e9s de Michel Foucault aux ontologies fortes du post-structuralisme identitaire. C’est la gauche du \u201cpermis de voter\u201d et de la vaccination obligatoire, une gauche moyennement progressiste qui ne remarque pas la contradiction fondamentale que ses tentations \u00e9pistocratiques mettent en \u00e9vidence. Si le syst\u00e8me d\u00e9mocratique a fonctionn\u00e9 si bien et pendant si longtemps, c’est parce que son principe de l\u00e9gitimation par la volont\u00e9 du peuple a fourni la dose de consensus n\u00e9cessaire pour fonctionner. Mais d\u00e8s que la supercherie est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u2013 comme dans la Ferme des animaux<\/em> d’Orwell, inspir\u00e9, pas par hasard, par Bruno Rizzi, o\u00f9 \u00ab Nous sommes tous \u00e9gaux mais certains sont plus \u00e9gaux que d’autres \u00bb\u2013 tout risque de s’effondrer. Confiance, consensus, pouvoir. Ce n’est pas un hasard si La nouvelle lutte des classes<\/em> s’ouvre sur une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise. <\/p>\n\n\n\n Que nous r\u00e9serve l’avenir ? Lind revient sur le th\u00e8me du conflit entre les centres urbanis\u00e9s et les p\u00e9riph\u00e9ries rurales, d\u00e9j\u00e0 soulev\u00e9 par David Goodhart et Christophe Guilluy, puis incarn\u00e9 plastiquement par la r\u00e9volte des Gilets jaunes en France ainsi que par la r\u00e9partition g\u00e9ographique du vote populiste au Royaume-Uni et aux \u00c9tats-Unis, concentr\u00e9 dans les zones les plus vides et oubli\u00e9es. Lind craint que la \u00ab r\u00e9volution n\u00e9olib\u00e9rale par le haut \u00bb ne soit contr\u00e9e par une \u00ab contre-r\u00e9volution populiste par le bas \u00bb. Mais existe-t-il vraiment des marges pour que cela se produise ? <\/p>\n\n\n\n J’ai peur que ce soit tr\u00e8s difficile. Et non pas parce qu’il ne peut pas y avoir d’exp\u00e9riences politiques r\u00e9ussies : \u00e0 bien des \u00e9gards, Trump, le Brexit, le Mouvement 5 \u00e9toiles l’ont \u00e9t\u00e9. Mais parce que les structures sur lesquelles notre monde repose se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es tr\u00e8s solides et r\u00e9sistantes. La mondialisation peut \u00eatre ralentie, mais pas d\u00e9mantel\u00e9e. La politique peut perdre la posture technocratique de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mais la d\u00e9mocratie directe des Ath\u00e9niens ne peut \u00eatre reconstruite. Le capitalisme peut \u00eatre r\u00e9gul\u00e9, restructur\u00e9, re-territorialis\u00e9, mais personne n’imagine un monde bas\u00e9 sur une politique \u00e9conomique totalitaire et autarcique ou une \u00e9conomie des seuls biens publics et communs. La somme de la science, de la bureaucratie et du capitalisme constitue toujours notre cage d’acier, et elle s’\u00e9tend \u00e0 l’\u00e9chelle plan\u00e9taire. <\/p>\n\n\n\n Ici, le d\u00e9fi pos\u00e9 par Lind est susceptible d’une interpr\u00e9tation plus r\u00e9aliste : restructurer le syst\u00e8me vers le bas afin d’\u00e9viter de d\u00e9clencher des crises de l\u00e9gitimation si puissantes qu’elles \u00e9branleraient l’ordre politique occidental. S’il existe un r\u00e9gime mondial, un ordre et un r\u00e9seau mondial, le domaine de la technique et de la comp\u00e9tence, il doit \u00e9galement exister un r\u00e9gime local, un ordre local, une communaut\u00e9 o\u00f9 l’exp\u00e9rience concr\u00e8te et la participation politique comptent plus que le reste. Le populisme \u00e9voqu\u00e9 par Lind veut \u00e9liminer le premier, tandis qu’une grande partie de l’establishment<\/em> lib\u00e9ral et progressiste ne se soucie pas du second, qu’il d\u00e9teste souvent. Au contraire, il faut trouver un \u00e9quilibre entre l’autonomie du local et l’h\u00e9t\u00e9ronomie du global. <\/p>\n\n\n\n Si les contradictions au sein du camp progressiste sont \u00e9videntes, il me semble qu’en Europe il y a aussi une contradiction \u00e9vidente dans le camp populiste, entre la tentation \u00e9tatiste du souverainisme et son rejet des \u00e9lites gestionnaires qui seraient in\u00e9vitablement appel\u00e9es \u00e0 gouverner. Cette contradiction est probablement moins \u00e9vidente dans le contexte am\u00e9ricain, o\u00f9 le conservatisme est associ\u00e9 au lib\u00e9ralisme, voire au libertarisme. Par exemple, Lind n’est certainement pas un ennemi du march\u00e9, mais il critique le n\u00e9olib\u00e9ralisme comme un projet technocratique \u00ab tomb\u00e9 d’en haut \u00bb : le pr\u00e9fixe n\u00e9o-, plut\u00f4t que de compl\u00e9ter, amende le lib\u00e9ralisme qui le suit, d\u00e9crivant en fait selon Lind un projet de planification port\u00e9 par la bureaucratie. L’utilisation du concept de n\u00e9olib\u00e9ralisme contribue ainsi \u00e0 une v\u00e9ritable ambigu\u00eft\u00e9 interpr\u00e9tative, un \u00ab signifiant vague \u00bb typiquement populiste dans lequel peuvent converger les m\u00e9contentements de droite et de gauche. L’existence de toutes ces contradictions nous montre \u00e0 quelle vitesse les plaques tectoniques de l’id\u00e9ologie bougent, rapprochant des choses qui \u00e9taient auparavant tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n Le livre de Michael Lind est important pour le contexte politique et culturel dans lequel nous vivons, parce qu’il me semble th\u00e9oriser et consolider une position de plus en plus d\u00e9finie ces derni\u00e8res ann\u00e9es, celle du retour des cat\u00e9gories marxistes dans l’analyse sociale, d\u00e9clin\u00e9e dans une cl\u00e9 identitaire et conservatrice… <\/p>\n\n\n\n Selon Lind et contrairement \u00e0 Marx, les deux classes en lutte ne sont pas les bourgeois et les prol\u00e9taires, c’est-\u00e0-dire ceux qui ont tout contre ceux qui n’ont rien, mais les propri\u00e9taires contre les gestionnaires, les professionnels, les experts ; en bref, ceux qui poss\u00e8dent le capital \u00e9conomique contre ceux qui poss\u00e8dent le capital culturel. Ce n’est pas une mince diff\u00e9rence. Et de fait, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, on a beaucoup parl\u00e9 d’un marxisme de droite. Tout d’abord, en raison du glissement de certains intellectuels de gauche vers le nationalisme ou le souverainisme, alors que les conversions marquantes des ann\u00e9es 1970-1990 se faisaient surtout dans le sens du lib\u00e9ralisme : et c’est d\u00e9j\u00e0 un signe \u00e9vident des temps. La \u00ab marge de man\u0153uvre \u00bb politique semble s’\u00eatre d\u00e9plac\u00e9e, comme si, face \u00e0 la crise du capitalisme occidental, on tentait d’abord de \u00ab tout ouvrir \u00bb, puis de faire exactement le contraire. <\/p>\n\n\n\nLorenzo Castellani<\/h4>\n\n\n\n
Raffaele Alberto Ventura<\/h4>\n\n\n\n
Lorenzo Castellani<\/h4>\n\n\n\n
Raffaele Alberto Ventura<\/h4>\n\n\n\n
Lorenzo Castellani<\/h4>\n\n\n\n
Raffaele Alberto Ventura<\/h4>\n\n\n\n