{"id":105041,"date":"2021-04-02T09:45:50","date_gmt":"2021-04-02T07:45:50","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=105041"},"modified":"2022-03-17T12:53:04","modified_gmt":"2022-03-17T11:53:04","slug":"guerre-sans-frontieres-une-conversation-avec-louis-gautier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/04\/02\/guerre-sans-frontieres-une-conversation-avec-louis-gautier\/","title":{"rendered":"Guerre sans fronti\u00e8res, une conversation avec Louis Gautier"},"content":{"rendered":"\n

Vous avez fait le choix chronologique de ne pas limiter le volume \u00e0 la Guerre froide et m\u00eame \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des grandes sous-parties, de ne pas s\u00e9parer clairement la Guerre froide des trente ann\u00e9es qui ont suivi. Pourriez-vous expliciter les raisons de ce choix chronologique ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Guerre sans fronti\u00e8res<\/em>, le volume 4 des Mondes en guerre,<\/em> couvre une p\u00e9riode qui va de 1945 \u00e0 nos jours. C\u2019est, au d\u00e9part, un choix \u00e9ditorial que nous avons pouss\u00e9 le plus possible, puisque m\u00eame des conflits tr\u00e8s r\u00e9cents comme celui du Haut-Karabagh<\/a> sont \u00e9voqu\u00e9s dans cet ouvrage. Traiter de la guerre de 1945 \u00e0 nos jours, en cherchant \u00e0 d\u00e9gager l\u2019unit\u00e9 historique sous-jacente \u00e0 la p\u00e9riode, est \u00e9videmment une gageure. On consid\u00e8re commun\u00e9ment qu\u2019il y a la Guerre froide ferm\u00e9e sur elle-m\u00eame, tant ses caract\u00e9ristiques g\u00e9opolitiques sont singuli\u00e8res et puis un \u00ab  au-del\u00e0  \u00bb encore mal d\u00e9fini. La Guerre froide est dot\u00e9e d\u2019une historicit\u00e9 claire<\/a> mais la p\u00e9riode qui suit reste encore b\u00e9ante sur le futur. Pour cette raison, les premi\u00e8res d\u00e9cennies post-guerre froide ont souvent \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9es, notamment en Occident, de fa\u00e7on r\u00e9ductrice, soit comme une \u00ab  apr\u00e8s-guerre  \u00bb lib\u00e9ratrice d\u2019\u00e9nergies auparavant brid\u00e9es, o\u00f9 capitalisme et d\u00e9mocratie retrouvaient des marges de progr\u00e8s, soit comme un retour en amont, offrant au monde d\u00e9barrass\u00e9 du communisme la possibilit\u00e9 de renouer avec ses anciennes valeurs et de vieilles communaut\u00e9s d\u2019appartenance. La r\u00e9alit\u00e9 est plus complexe. Comme l\u2019indique la g\u00e9n\u00e9alogie de certains conflits persistants depuis 1945, l\u2019affrontement entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, aux temps de la Guerre froide \u00ab  n\u2019absorbait  \u00bb pas toute la guerre. Bien des aspects \u00e9chappaient \u00e0 cette grille de lecture bipolaire. Depuis la guerre du golfe de 1991, trois cycles de conflits, (li\u00e9s \u00e0 l\u2019effondrement du monde sovi\u00e9tique, aux interventions occidentales au nom de la paix et \u00e0 la lutte contre le terrorisme au Proche et Moyen-Orient) ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit un nouveau chapitre de l\u2019histoire de la guerre. Les conflits humanitaires des ann\u00e9es 1990-2000, sans que l\u2019on y prenne garde, ont en effet pav\u00e9 la voie aux conflits d\u2019aujourd\u2019hui caract\u00e9ris\u00e9s par le r\u00e9engagement des logiques de puissance. En tout cas, dans un laps de temps que l\u2019on peut situer entre 2008 et 2014, plusieurs \u00e9v\u00e9nements sont venus signaler que le temps de la Pax americana<\/em> post-guerre froide, caract\u00e9ris\u00e9e par la sup\u00e9riorit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e des \u00c9tats-Unis vainqueur dans tous les domaines, \u00e9conomique, militaire, g\u00e9opolitique et culturel, avait, elle-m\u00eame pris fin. L\u2019histoire avait bien commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9crire sans simplification ni illusion. Partir de 1945, c\u2019est-\u00e0-dire de plus loin, permet de mieux l\u2019interpr\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n

Comme je l\u2019indique dans mon introduction, la Guerre froide aurait pu prendre place dans le pr\u00e9c\u00e9dent volume des Mondes en guerre<\/em> consacr\u00e9 au XX\u00e8me si\u00e8cle, ce si\u00e8cle termin\u00e9 pr\u00e9cipitamment en 1991 avec la fin de l\u2019Union sovi\u00e9tique. Il y aurait eu \u00e0 ce choix une logique intrins\u00e8que, celle des guerres en cha\u00eene th\u00e9oris\u00e9es par Raymond Aron, \u00e0 partir de l\u2019id\u00e9e que les mauvaises conditions de la paix \u2014 le Trait\u00e9 de Francfort (1871), le Trait\u00e9 de Versailles (1919) ou la conf\u00e9rence de Yalta (1944) \u2014 contenaient en germe toutes les causes des affrontements suivants. C\u2019\u00e9tait adopter un point de vue beaucoup plus convenu et moins stimulant. Guerre sans fronti\u00e8res<\/em> cherche autant \u00e0 mettre en \u00e9vidence des tendances historiques lourdes qu\u2019\u00e0 \u00e9clairer les conflits pr\u00e9sents et ceux de demain \u00e0 partir de la mise en \u00e9vidence de transformations longues dans les affaires militaires. Celles-ci peuvent d\u00e9couler de r\u00e9volutions technologiques engag\u00e9es au temps de la Guerre froide mais aussi des le\u00e7ons op\u00e9rationnelles tir\u00e9es des combats et de l\u2019emploi de la force, notamment lors des guerres de d\u00e9colonisation. Il existe bien, en outre, un avant et un apr\u00e8s Hiroshima. L\u2019invention de la bombe atomique et de la dissuasion ont durablement modifi\u00e9 les repr\u00e9sentations et l\u2019appr\u00e9hension de la guerre jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Le p\u00e9ril nucl\u00e9aire et les missiles intercontinentaux, comme la course \u00e0 l\u2019espace changent d\u00e9finitivement la donne \u00e0 partir de 1945. <\/p>\n\n\n\n

Le fait nucl\u00e9aire donne \u00e0 lui seul une unit\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode trait\u00e9e.  \u00c0 cet \u00e9gard, \u00e0 la fin de la Guerre froide on ne bascule pas dans un monde post-nucl\u00e9aire, bien au contraire. Le monde, d\u00e9barrass\u00e9 de l\u2019\u00e9quilibre de la terreur, entre dans un second \u00e2ge nucl\u00e9aire moins effrayant a priori<\/em> mais pas moins redoutable. De nombreux autres facteurs interviennent ensuite pour fa\u00e7onner les guerres actuelles. La comp\u00e9tition technologique entre Am\u00e9ricains et Sovi\u00e9tiques pour la sup\u00e9riorit\u00e9 militaire et spatiale, le d\u00e9veloppement de l\u2019informatique \u00e0 des fins militaires viennent en premier \u00e0 l\u2019esprit. D\u00e8s les ann\u00e9es 1980 sont mises au point et, pour la premi\u00e8re fois, employ\u00e9es des armes \u00ab  intelligentes  \u00bb qui constituent les standards des arm\u00e9es d\u2019aujourd\u2019hui. Les guerres de d\u00e9colonisation sont asym\u00e9triques et irr\u00e9guli\u00e8res comme la plupart des conflits des trente derni\u00e8res ann\u00e9es. En ouvrant la focale, Guerre sans fronti\u00e8res<\/em> entend aussi d\u00e9jouer le pi\u00e8ge dans lequel tombe la plupart des ouvrages sp\u00e9cialis\u00e9s consacr\u00e9s \u00e0 la Guerre froide qui sont excessivement polaris\u00e9s par le jeu ou le sort de certains acteurs  : les grandes puissances, et en premier bien s\u00fbr les \u00c9tats-Unis et l\u2019Union sovi\u00e9tique, les pays qui furent les otages \u2014 par exemple les Hongrois ou les Tch\u00e8ques \u2014 ou les victimes de l\u2019antagonisme entre l\u2019Est et l\u2019Ouest \u2014 Cor\u00e9ens, Vietnamiens, Afghans\u2026 L\u2019inconv\u00e9nient de cette lecture est d\u2019\u00eatre trop univoque. La logique de la comp\u00e9tition entre les blocs, qui est elle-m\u00eame une construction id\u00e9ologique, se trouve syst\u00e9matiquement mise en avant. Elle influence fortement l\u2019interpr\u00e9tation des affrontements arm\u00e9s entre 1945 et 1991, au d\u00e9triment d\u2019autres dynamiques qui, saisies dans la perspective des conflits d\u2019aujourd\u2019hui, ressortent beaucoup plus nettement. Il en va ainsi des enjeux culturels ou religieux. La fin de la Guerre froide a souvent \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite comme un \u00ab  d\u00e9gel  \u00bb des anciennes passions nationales et des querelles identitaires, comme si la lutte entre communisme et capitalisme avait mis ces facteurs entre parenth\u00e8ses. C\u2019\u00e9tait plus un \u00ab  impens\u00e9  \u00bb id\u00e9ologique de l\u2019\u00e9poque qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 historique.<\/p>\n\n\n\n

Guerre sans fronti\u00e8res<\/em> cherche autant \u00e0 mettre en \u00e9vidence des tendances historiques lourdes qu\u2019\u00e0 \u00e9clairer les conflits pr\u00e9sents et ceux de demain \u00e0 partir de la mise en \u00e9vidence de transformations longues dans les affaires militaires. Celles-ci peuvent d\u00e9couler de r\u00e9volutions technologiques engag\u00e9es au temps de la Guerre froide mais aussi des le\u00e7ons op\u00e9rationnelles tir\u00e9es des combats et de l\u2019emploi de la force, notamment lors des guerres de d\u00e9colonisation.<\/p>Louis Gautier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

\u00c9tudier les conflits dans leur continuit\u00e9 historique depuis 1945 apporte donc de la profondeur de champ aux analyses. La r\u00e9flexion s\u2019en trouve enrichie et densifi\u00e9e sans perte de pr\u00e9cision pour autant (la p\u00e9riode sous revue ne couvre que 75 ans). Ce parti pris pose cependant un s\u00e9rieux probl\u00e8me d\u2019approche scientifique et de m\u00e9thodologie. Pour la Guerre froide, nous pouvons d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 mobiliser tous les outils de la recherche historique, la litt\u00e9rature est abondante et a connu une forte actualisation apr\u00e8s l\u2019ouverture des archives qui a suivi la chute du mur de Berlin. Il y a certes encore d\u2019importantes zones d\u2019ombre mais de plus en plus de documents sont accessibles. En revanche apr\u00e8s 1991, tout devient plus incertain, il faut croiser les sources ouvertes et tenter d\u2019objectiver les commentaires et les t\u00e9moignages. Aussi, Guerre sans fronti\u00e8res<\/em> fait-il appel \u00e0 des historiens mais \u00e9galement \u00e0 des sp\u00e9cialistes de diverses disciplines (science politique, sociologie, \u00e9conomie, droit). On multiplie de la sorte les crit\u00e8res d\u2019interpr\u00e9tation et le param\u00e9trage de questions demeur\u00e9es actuelles.<\/p>\n\n\n\n

Quand vous \u00e9voquez la notion de guerres en cha\u00eene du XXe si\u00e8cle, vous semblez dire que cette logique a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e en 1991. Est-ce d\u00fb \u00e0 l\u2019absence d\u2019accord de paix entre les deux superpuissances ? La cha\u00eene de la guerre est-elle vraiment interrompue ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Cette cha\u00eene est d\u2019abord rompue parce que les antagonismes structurels dont l\u2019\u00e9picentre \u00e9tait l\u2019Europe et l\u2019enjeu la domination de l\u2019Europe ont eux-m\u00eames disparus. Il en reste bien s\u00fbr quelque chose mais les sujets de dissension et les tensions militaires en Europe ne tiennent plus en haleine le reste du monde. <\/p>\n\n\n\n

\u00c0 la fin de la Guerre froide personne ne cherche \u00e0 d\u00e9finir la paix autrement que par un constat. On a retenu les le\u00e7ons des exp\u00e9riences toxiques du si\u00e8cle dernier. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement du Pacte de Varsovie et l\u2019explosion de l\u2019Union sovi\u00e9tique en 1991, avec qui d\u2019ailleurs faire la paix  ? L\u2019erreur des Am\u00e9ricains et des Europ\u00e9ens, tout \u00e0 la satisfaction de leur victoire, a cependant \u00e9t\u00e9 d\u2019en rester l\u00e0, de croire que le syst\u00e8me international issu de la charte de San Francisco de 1945, pouvait durablement se remettre \u00e0 fonctionner sans r\u00e9former l\u2019ONU. Ressuscit\u00e9 en 1991, le conseil de s\u00e9curit\u00e9, 30 ans plus tard, est de nouveau dans l\u2019impasse. S\u2019agissant de l\u2019architecture europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9, les Occidentaux se sont content\u00e9s de maintenir l\u2019OTAN en l\u2019\u00e9largissant. L\u2019OTAN est sans aucun doute une condition n\u00e9cessaire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 du Vieux Continent mais cette condition n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 suffisante en soi. Il \u00e9tait illusoire de croire que la survie et la transformation de l\u2019OTAN rimeraient, plus longtemps qu\u2019un couplet, avec la marginalisation strat\u00e9gique et g\u00e9opolitique de la Russie<\/a>. <\/p>\n\n\n\n

Les guerres du XX\u00e8me si\u00e8cle sont des guerres europ\u00e9ennes mondialis\u00e9es. L\u2019Europe affaiblie par des combats fratricides, \u00e0 la suite des deux conflits mondiaux, s\u2019efface derri\u00e8re la puissance des \u00c9tats-Unis et de l\u2019Union sovi\u00e9tique. N\u00e9anmoins, l\u2019enjeu principal de la Guerre froide reste encore l\u2019Europe. Apr\u00e8s 1991, au c\u0153ur de l\u2019Europe ne se joue plus le sort du monde. Ce que l\u2019on n\u2019a pas compris tout de suite apr\u00e8s la chute de l\u2019Union sovi\u00e9tique, tant la puissance des \u00c9tats-Unis \u00e9tait alors in\u00e9gal\u00e9e, c\u2019est que la relativisation du poids strat\u00e9gique des Europ\u00e9ens puis des Russes serait suivie de celle des Am\u00e9ricains, donc des Occidentaux, \u00e0 un horizon d\u2019autant plus rapproch\u00e9 que la mondialisation des \u00e9changes dont ils \u00e9taient les promoteurs serait un succ\u00e8s et acc\u00e9l\u00e8rerait l\u2019essor de l\u2019Asie. D\u00e8s la fin de la Guerre froide, le vent de l\u2019histoire ne souffle plus d\u2019Est en Ouest, comme le pensait Hegel, mais de l\u2019Ouest vers l\u2019Est. L\u00e0 encore, la mise en perspective des conflits de 1945 \u00e0 nos jours permet de constater bien avant 1991 les efforts entrepris par certains pays, comme l\u2019Iran, afin de conqu\u00e9rir un statut de puissance r\u00e9gionale voire, pour l\u2019Inde et la Chine, un statut de puissance mondiale.<\/p>\n\n\n\n

La th\u00e9orie des guerres en cha\u00eene est rest\u00e9e pertinente tant que la question de l\u2019Europe pour le monde \u00e9tait centrale. Sur le vieux continent, la crispation des relations avec la Russie sur fond d\u2019annexion de la Crim\u00e9e, de d\u00e9stabilisation de l\u2019Ukraine et de provocations de toutes sortes en ranime le p\u00e2le fant\u00f4me. Cependant, \u00e0 une \u00e9poque caract\u00e9ris\u00e9e par le renforcement de nombreux autres p\u00f4les de puissance et la mondialisation des risques cette th\u00e9orie n\u2019est plus vraiment op\u00e9rante.<\/p>\n\n\n\n

La logique des guerres en cha\u00eene a \u00e9t\u00e9 rompue parce que les antagonismes structurels dont l\u2019\u00e9picentre \u00e9tait l\u2019Europe et l\u2019enjeu la domination de l\u2019Europe ont eux-m\u00eames disparus. Il en reste bien s\u00fbr quelque chose mais les sujets de dissension et les tensions militaires en Europe ne tiennent plus en haleine le reste du monde.<\/p>Louis Gautier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Et donc c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on bascule, selon l\u2019expression que vous utilisez, dans les conflits en grappe, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de continents ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Les guerres en cha\u00eene trouvent leur origine dans des accords de paix impos\u00e9s \u00e0 la suite d\u2019une victoire militaire ou sur un rapport de forces (l\u2019avanc\u00e9e sovi\u00e9tique en Europe centrale au moment de Yalta). Les guerres en grappe se caract\u00e9risent, elles, par l\u2019impossibilit\u00e9 de d\u00e9gager par les armes une issue politique aux conflits. Ce n\u2019est plus l\u2019existence mais l\u2019absence d\u2019accord de paix qui se trouve mise en cause. L\u2019impossibilit\u00e9 de construire la paix sur une victoire militaire se constate dans la plupart des conflits de d\u00e9colonisation ou intra-\u00e9tatiques, majoritaires sur la p\u00e9riode. Leur conclusion est d\u2019ailleurs enti\u00e8rement suspendue \u00e0 la viabilit\u00e9 d\u2019un r\u00e8glement politique qui est un pr\u00e9alable \u00e0 la cessation des hostilit\u00e9s. En outre, les puissances tierces qui interviennent dans ce type de conflits pour conforter un r\u00e9gime, stabiliser une ligne de front, s\u2019interposer entre des bellig\u00e9rants ou conditionner le retour \u00e0 la normale, ob\u00e9issent depuis 1945 \u00e0 des logiques de retenue strat\u00e9gique et\/ou op\u00e9rationnelle qui limitent la poursuite de certains objectifs militaires. Il est plus difficile de mettre fin \u00e0 une guerre civile qu\u2019\u00e0 un conflit entre Etats r\u00e9gl\u00e9 sur des int\u00e9r\u00eats de puissance, m\u00eame quand ceux-ci sont mal objectiv\u00e9s. Les conflits intra-\u00e9tatiques, faute d\u2019ach\u00e8vement dans un compromis politique accept\u00e9 par tous, ont donc tendance \u00e0 tourner en boucle ou \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter de fa\u00e7on presque n\u00e9vrotique tels ceux d\u2019Afghanistan, d\u2019Irak, de Syrie et du Liban, de la R\u00e9publique centrafricaine\u2026, avec des effets de contamination r\u00e9gionale. Les conflits durent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement des causes qui les ont fait na\u00eetre (l\u2019\u00e9clatement de la Yougoslavie) ou la lassitude des combattants, \u00e0 commencer par celles des intervenants ext\u00e9rieurs. Certaines r\u00e9gions, depuis 1945, sont expos\u00e9es \u00e0 la violence des combats, en Indochine, dans la Corne de l\u2019Afrique, au Proche et au Moyen-Orient, dans les Balkans ou le Caucase, dans la r\u00e9gion des Grands Lacs, ou dans la bande sah\u00e9lo-saharienne\u2026, des soci\u00e9t\u00e9s sont lac\u00e9r\u00e9es, les blessures mettent du temps \u00e0 cicatriser. Les s\u00e9quelles entretiennent le ressentiment et causent de nouvelles flamb\u00e9es quand les feux sont mal \u00e9teints.<\/p>\n\n\n\n

La persistance caract\u00e9rise le concept de guerre en grappe que j\u2019avais tent\u00e9 de d\u00e9gager dans un pr\u00e9c\u00e9dent essai de 2006, Face \u00e0 la guerre<\/em>, de m\u00eame que la contamination \u00e0 plusieurs foyers (Vietnam, Cambodge, Laos\/ Irak, Syrie, Liban\/ Tchad, Libye, Mali, Niger…). Les interventions militaires ext\u00e9rieures, cens\u00e9es favoriser l\u2019obtention rapide d\u2019un compromis, font \u00e9voluer dans un premier temps les rapports de force sur le terrain puis les figent. La cons\u00e9quence est, g\u00e9n\u00e9ralement, de faire d\u00e9vier les dynamiques politico-militaires qui sous-tendaient la d\u00e9cision initiale de recourir \u00e0 la force. Les solutions de sortie de crise se complexifient et deviennent si longues \u00e0 mettre en \u0153uvre qu\u2019elles contribuent, elles-m\u00eames, par leur instrumentalisation, au pourrissement des conflits. Les russes, comme les am\u00e9ricains, pour les m\u00eames raisons quittent l\u2019Afghanistan sur un \u00e9chec cuisant. Tenir Kaboul et chasser Al Qa\u00efda<\/em> des grottes de Tora Bora \u00e9tait une premi\u00e8re manche militairement r\u00e9ussie mais politiquement sans effet sur la suite. On peut dire la m\u00eame chose de la prise de Bagdad en 2003.<\/p>\n\n\n\n

Le conflit \u00e0 rebond des Balkans (Croatie, Bosnie, Kosovo) est un cas d\u2019\u00e9tude int\u00e9ressant, \u00e0 la fois parce qu\u2019il s\u2019adosse \u00e0 un arri\u00e8re-plan historique ant\u00e9rieur \u00e0 la Guerre froide et parce qu\u2019il s\u2019ach\u00e8ve, pour une fois, sur des perspectives tangibles de retour \u00e0 une paix durable. Au c\u0153ur des populations slaves du sud, ce conflit fait en effet r\u00e9appara\u00eetre, apr\u00e8s un long refoulement, la permanence des lignes de fractures h\u00e9rit\u00e9es des anciens Empires Ottomans et Austro-Hongrois. Le d\u00e9mant\u00e8lement de la Yougoslavie qu\u2019il entra\u00eene s\u2019accompagne pour tous les bellig\u00e9rants de la promesse d\u2019un avenir possible dans l\u2019Union europ\u00e9enne, ce qui au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 est encore une proposition attractive et cr\u00e9dible. <\/p>\n\n\n\n

Vous posez donc un regard critique sur les interventions occidentales post-guerre froide<\/strong>.<\/h3>\n\n\n\n

Ne mettons pas tout dans le m\u00eame sac. Certaines actions ont \u00e9t\u00e9 indiscutablement utiles. Je viens d\u2019\u00e9voquer les Balkans. Je ne vois pas comment il \u00e9tait possible de rester les bras crois\u00e9s devant la cr\u00e9ation de l\u2019EI en Irak et en Syrie. Les interventions humanitaires qu\u2019il est de bon ton de critiquer ont permis de prot\u00e9ger des populations civiles par exemple au Timor, \u00e0 Ha\u00efti, au Congo, au Lib\u00e9ria, et m\u00eame, ne l\u2019oublions pas, en 2011 les villes bombard\u00e9es en Libye. Ces interventions ont \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de faire progresser le droit international, d\u2019engager la poursuite de criminels de guerre, de prot\u00e9ger des camps de r\u00e9fugi\u00e9s. Le chapitre de Jean-Baptiste Jeang\u00e8ne-Vilmer dans Guerre sans fronti\u00e8rse<\/em> montre cela clairement. Il n\u2019emp\u00eache que l\u2019on peut porter un regard s\u00e9v\u00e8re sur certaines interventions \u2013 l\u2019invasion de l\u2019Irak en 2003 a \u00e9t\u00e9 une catastrophe \u2013 et \u00eatre lucide sur les erreurs d\u2019appr\u00e9ciation commises dans plusieurs autres op\u00e9rations ext\u00e9rieures, dont celles de la France. Difficile et expos\u00e9e, l\u2019op\u00e9ration Licorne<\/em> de la France en C\u00f4te d\u2019Ivoire (2002-2015) en soutien de l\u2019ONUCI parvient \u00e0 ses fins. Le dire ne signifie pas pour autant une abdication du sens critique dans l\u2019examen des tenants et des aboutissants de cette intervention. L\u2019ouvrage cherche \u00e0 d\u00e9crire et \u00e0 analyser, \u00e0 d\u00e9gager des enseignements objectifs, pas \u00e0 donner des le\u00e7ons. <\/p>\n\n\n\n

En pr\u00e9tendant s\u2019\u00e9riger en gendarmes du monde apr\u00e8s 1991, les Occidentaux ont p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 la fois par ang\u00e9lisme et par exc\u00e8s de confiance. Le retour de b\u00e2ton ne s\u2019est pas fait attendre. L\u2019ann\u00e9e 2008 peut servir de marqueur. Les am\u00e9ricains et l\u2019OTAN sont englu\u00e9s dans le conflit afghan, la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Irak vire au cauchemar, la crise des subprimes<\/em> fragilise l\u2019\u00e9conomie des \u00c9tats-Unis et de l\u2019Union europ\u00e9enne, la Russie s\u2019enhardit alors dans un coup de main militaire contre la G\u00e9orgie et la Chine affirme sa puissance en devenant le premier cr\u00e9ancier des \u00c9tats-Unis. La libert\u00e9 d\u2019action des am\u00e9ricains et des europ\u00e9ens sur la sc\u00e8ne mondiale n\u2019est plus inconditionn\u00e9e. Plusieurs puissances r\u00e9gionales, comme l\u2019Iran, mettent en place des strat\u00e9gies de d\u00e9ni d\u2019acc\u00e8s. L\u2019annexion de la Crim\u00e9e et l\u2019agression de la Russie contre l\u2019Ukraine en 2014, puis en 2015 son intervention militaire en Syrie signalent une d\u00e9sinhibition de l\u2019usage de la force qui n\u2019est plus seulement l\u2019apanage des \u00c9tats-Unis et de leurs alli\u00e9s. En regardant agir sur le th\u00e9\u00e2tre syro-irakien \u00e0 partir de 2015 quatre des cinq membres permanents du conseil de s\u00e9curit\u00e9 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) et quatre des principales puissances militaires de la r\u00e9gion (Arabie Saoudite, Isra\u00ebl, Iran, Turquie), chacun avec son propre agenda, on se dit qu\u2019une bo\u00eete de Pandore a \u00e9t\u00e9 ouverte qu\u2019il ne sera pas facile de refermer.<\/p>\n\n\n\n

En pr\u00e9tendant s\u2019\u00e9riger en gendarmes du monde apr\u00e8s 1991, les Occidentaux ont p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 la fois par ang\u00e9lisme et par exc\u00e8s de confiance. Le retour de b\u00e2ton ne s\u2019est pas fait attendre. L\u2019ann\u00e9e 2008 peut servir de marqueur. Les am\u00e9ricains et l\u2019OTAN sont englu\u00e9s dans le conflit afghan, la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Irak vire au cauchemar, la crise des subprimes<\/em> fragilise l\u2019\u00e9conomie des \u00c9tats-Unis et de l\u2019Union europ\u00e9enne, la Russie s\u2019enhardit alors dans un coup de main militaire contre la G\u00e9orgie et la Chine affirme sa puissance en devenant le premier cr\u00e9ancier des \u00c9tats-Unis.<\/p>LOUIS GAUTIER<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

\u00c0 vous entendre, il y aurait une multiplication des op\u00e9rations depuis 1991 mais une perte de l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019action militaire  ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Il faut s\u2019entendre sur ce que vous mettez derri\u00e8re le terme efficacit\u00e9. Tout d\u00e9pend de la nature des conflits et de l\u2019effet final recherch\u00e9. \u00c0 notre \u00e9poque, le contr\u00f4le des flux physiques ou des donn\u00e9es num\u00e9riques est devenu le principal des enjeux. Dans beaucoup de conflits, la ma\u00eetrise d\u2019un territoire, la possession de gisements naturels ou l\u2019exercice du pouvoir ne sont plus des objectifs directement vis\u00e9s tant la d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie et de moyens est jug\u00e9e disproportionn\u00e9e. Pourquoi d\u00e9truire ce que l\u2019on peut conqu\u00e9rir autrement et pourquoi conqu\u00e9rir ce que l\u2019on veut contr\u00f4ler  ? \u00c0 quoi bon subjuguer un r\u00e9gime politique que l\u2019on peut manipuler  ? Al Qa\u00efda<\/em> se contente de parasiter le pouvoir taliban \u00e0 Kaboul. En G\u00e9orgie ou en Ukraine, les chars russes font incursion en Oss\u00e9tie et dans le Donbass mais n\u2019ont pas besoin de pousser plus loin pour faire plier, en multipliant les pressions, les gouvernements de Tbilissi et de Kiev. La strat\u00e9gie d\u2019implantation de la Chine en Afrique n\u2019a rien \u00e0 voir avec les politiques exp\u00e9ditionnaire ou imp\u00e9rialiste d\u2019antan m\u00eame si elle s\u2019adosse depuis 2017 \u00e0 une puissante base militaire \u00e0 Djibouti. Il est de toute fa\u00e7on plus ais\u00e9 de contr\u00f4ler des voies et des r\u00e9seaux de communication ou des flux financiers que des populations. Les strat\u00e9gies hybrides qui m\u00ealent actions indirectes, manipulations de l\u2019opinion et engagements militaires limit\u00e9s sont efficaces et moins risqu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n

D\u00e8s lors que la conqu\u00eate d\u2019un territoire, l\u2019appropriation de ressources, l\u2019an\u00e9antissement des forces de l\u2019adversaire, voire la notion d\u2019ennemi \u00e0 abattre, ne sont plus des finalit\u00e9s en soi, la victoire militaire devient une \u00e9tape non conclusive de la plupart des conflits contemporains, en particulier lorsque l\u2019intervention vise \u00e0 renverser un r\u00e9gime, r\u00e9tablir l\u2019\u00c9tat de droit ou \u00e0 stabiliser un pays en proie \u00e0 des troubles. Ce constat vaut surtout apr\u00e8s 1991 et de toutes les fa\u00e7ons pas pour tous les conflits. Les guerres de Cor\u00e9e, du Vietnam, entre l\u2019Iran et l\u2019Irak, en Irak ou en Syrie tablent sur l\u2019efficacit\u00e9 militaire et sont aussi particuli\u00e8rement destructrices. Le chapitre consacr\u00e9 par Renaud Bellais aux politiques d\u2019armement ou celui d\u2019Olivier Schmitt sur les alliances et les coop\u00e9rations de d\u00e9fense montrent que la performance et l\u2019efficience de leur outil militaire sont des pr\u00e9occupations cruciales et constantes pour toutes les puissances de premier rang.<\/p>\n\n\n\n

Le livre m\u00eale la question des guerres coloniales \u00e0 celle de la Guerre froide. Mais le paradigme de la Guerre froide n’\u00e9crase-t-il pas l\u2019importance des guerres coloniales ? Comment signaler l\u2019importance et la sp\u00e9cificit\u00e9 des conflits coloniaux, notamment en Afrique ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Le chapitre d\u2019Elie Tenenbaum qui traite du terrorisme et des guerres irr\u00e9guli\u00e8res insiste sur cette question fondamentale, j\u2019y reviens moi-m\u00eame longuement. Pour les puissances coloniales, la d\u00e9colonisation marque la fin d\u2019un syst\u00e8me de domination  ; pas pour les soci\u00e9t\u00e9s qui ont eu \u00e0 subir les cons\u00e9quences de cette domination et les effets des conflits de d\u00e9colonisation. On \u00e9voque les fronti\u00e8res artificielles h\u00e9rit\u00e9es de la colonisation et des mandats coloniaux pour expliquer de nombreux diff\u00e9rends qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent en conflit. La responsabilit\u00e9 coloniale ne se r\u00e9sume cependant pas \u00e0 de simples erreurs de trac\u00e9. Dans beaucoup de pays, les injustices et les brutalit\u00e9s de la colonisation nourrissent encore la violence qui s\u2019exprime aujourd\u2019hui. En outre, la d\u00e9colonisation ne signifie pas la fin de la domination et des logiques imp\u00e9riales ni bien s\u00fbr de l\u2019animosit\u00e9 qu\u2019elles peuvent encore susciter. Laver l\u2019affront d\u2019un si\u00e8cle d\u2019humiliation coloniale est un motto <\/em>de la diplomatie de Xi Jiping, habilement exploit\u00e9 \u00e0 des fins politiques internes en Chine mais aussi \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur aupr\u00e8s de nombreux pays d\u2019Asie ou d\u2019Afrique, eux-m\u00eames colonis\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n

Le 11 Septembre<\/a>, aux causes trop nombreuses pour \u00eatre \u00e9voqu\u00e9es ici, plonge ses racines dans toute une s\u00e9rie de causes r\u00e9elles et de motifs all\u00e9gu\u00e9s \u00e0 l\u2019origine de frustrations et d\u2019un ressentiment profond \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Occident, des anciennes puissances coloniales europ\u00e9ennes et de l\u2019Am\u00e9rique qui les a remplac\u00e9es en jouant le r\u00f4le de parrain r\u00e9gional pour de nombreux r\u00e9gimes du Proche et du Moyen-Orient. <\/p>\n\n\n\n

En Afrique, l\u2019engagement militaire de certains pays, en premier lieu la France mais aussi le Royaume-Uni et de fa\u00e7on moindre la Belgique ou le Portugal, voire l\u2019Italie en Libye, reste marqu\u00e9e par des adh\u00e9rences \u00e0 leur pass\u00e9 colonial. La France, en application d\u2019accords de coop\u00e9ration militaire sign\u00e9s dans les ann\u00e9es 1960 puis ren\u00e9goci\u00e9s dans les ann\u00e9es 1990 et 2000, intervient militairement plus souvent qu\u2019\u00e0 son tour depuis 1945 dans ce que certains d\u00e9signent encore comme \u00ab  son pr\u00e9 carr\u00e9 \u00bb. Les motifs et les modalit\u00e9s de ses engagements militaires ont \u00e9volu\u00e9, pas la propension fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019interventionnisme. Au temps de la Guerre froide, la raison principale des op\u00e9rations de la France en Afrique \u00e9tait le soutien aux r\u00e9gimes en place. Dans les d\u00e9cennies post\u00e9rieures, les engagements militaires fran\u00e7ais sont men\u00e9s au nom du maintien de la paix, de la stabilit\u00e9 et du r\u00e9tablissement de l\u2019\u00c9tat de droit, de la lutte contre la piraterie. Il ne faut pas ignorer l\u2019implication militaire des \u00c9tats-Unis en Afrique, par alli\u00e9s interpos\u00e9s au temps de la Guerre froide puis directement ensuite notamment dans la lutte contre le terrorisme. On constate, en outre, une intensification de la coop\u00e9ration et de la pr\u00e9sence militaire d\u2019autres pays sur ce continent au cours de la d\u00e9cennie 2010  : le retour de la Russie, en particulier active en Libye et en RCA, l\u2019implantation de la Chine qui a notamment ouvert, en 2017, une base \u00e0 Djibouti, des interventions de pays arabes comme l\u2019Arabie saoudite et le Qatar au Machrek et de la Turquie en Libye.<\/p>\n\n\n\n

La superposition d\u2019enjeux territoriaux, de probl\u00e9matiques humanitaires et de fortes ing\u00e9rences ext\u00e9rieures est une caract\u00e9ristique des conflits africains contemporains.<\/p>\n\n\n\n

On \u00e9voque les fronti\u00e8res artificielles h\u00e9rit\u00e9es de la colonisation et des mandats coloniaux pour expliquer de nombreux diff\u00e9rends qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent en conflit. La responsabilit\u00e9 coloniale ne se r\u00e9sume cependant pas \u00e0 de simples erreurs de trac\u00e9. Dans beaucoup de pays, les injustices et les brutalit\u00e9s de la colonisation nourrissent encore la violence qui s\u2019exprime aujourd\u2019hui.<\/p>Louis Gautier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Pouvez-vous revenir sur le Rwanda, dans quelle mesure cette catastrophe qui vient clore le XX\u00e8me si\u00e8cle, est-elle une cons\u00e9quence des politiques coloniales europ\u00e9ennes, comment comprendre la (non) intervention fran\u00e7aise pendant le g\u00e9nocide des Tutsis  ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Le Rwanda qui s\u2019effondre dans la plus atroce des guerres civiles g\u00e9nocidaires en 1994 est issu d\u2019un Royaume pluris\u00e9culaire constitu\u00e9 bien avant la colonisation. Les trois groupes humains qui le composent, les Twas, les Tutsis et les Hutus, parlent une m\u00eame langue, le kinyarwanda, et avaient autrefois la conscience d\u2019appartenir \u00e0 une m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale. Ni l\u2019\u00e9rection du Rwanda en \u00c9tat-nation ind\u00e9pendant en 1962 ni la d\u00e9limitation de ses fronti\u00e8res ne constitue en soi un probl\u00e8me. En revanche, la gestion coloniale de ce territoire par l\u2019administration allemande puis belge a laiss\u00e9 un terrible h\u00e9ritage. En opposant Tutsis et Hutus sur de pseudo-bases racialistes, les puissances coloniales, pour r\u00e9gner, ont sem\u00e9 les germes de la haine et de la division. Les violences attis\u00e9es durant la colonisation et \u00e0 la veille de l\u2019ind\u00e9pendance vont persister, entra\u00eenant des pogroms r\u00e9guliers contre les Tutsis puis le g\u00e9nocide dont ils furent victimes en 1994. Le passif colonial est lourd.<\/p>\n\n\n\n

\u00c0 une \u00e9poque qui, notamment en mati\u00e8re militaire, a tendance \u00e0 \u00e9galiser les niveaux de responsabilit\u00e9 en pla\u00e7ant sur le m\u00eame plan l\u2019auteur des actes commis, intentionnellement ou non, celui qui s\u2019en est rendu complice et celui qui s\u2019est abstenu d\u2019intervenir, mieux vaut \u00eatre pr\u00e9cis. Les archives fran\u00e7aises viennent de parler. Le rapport de Vincent Duclert qui les a exploit\u00e9es conforte mon opinion.  Notre pays poursuivit, apr\u00e8s la Guerre froide, une politique d\u2019extension de son influence en Afrique et de renforcement de sa position dans la r\u00e9gion des Grands Lacs. Cette ambition \u00e9tait aliment\u00e9e par une rivalit\u00e9, \u00e0 vrai dire assez chim\u00e9rique, avec les \u00ab  Anglo-saxons  \u00bb porteurs d\u2019un dessein jug\u00e9 concurrent. La France a donc entrepris de r\u00e9former et de d\u00e9velopper sa politique de coop\u00e9ration militaire vis-\u00e0-vis de ses alli\u00e9s africains traditionnels et en direction des ex colonies belges, dont le Rwanda du pr\u00e9sident Habyarimana. Comme chacun sait, l\u2019assassinat de ce dernier, dont l\u2019avion a \u00e9t\u00e9 abattu en plein vol par un missile, a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement provocateur ou le pr\u00e9texte au d\u00e9clenchement du g\u00e9nocide des Tutsi (7 avril 1994). <\/em>La France, soutien du r\u00e9gime d\u2019Habyarimana, s\u2019est-elle pour autant rendue complice du g\u00e9nocide  ? Rien dans les archives consult\u00e9es par la commission Duclert ne vient le d\u00e9montrer. La France s\u2019est n\u00e9anmoins longtemps investie aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019un r\u00e9gime qui encourageait des exactions et des massacres racistes. Elle est demeur\u00e9e aveugle face \u00e0 la propagande haineuse appelant au crime de masse par les \u00e9l\u00e9ments les plus radicaux de ce r\u00e9gime. L\u2019op\u00e9ration Turquoise qui visa ensuite \u00e0 emp\u00eacher la perp\u00e9tuation des massacres a certes tard\u00e9 \u00e0 se mettre en place. Elle n\u2019entre en action qu\u2019en juin 1994 apr\u00e8s de longs conciliabules engag\u00e9s en avril \u00e0 l\u2019ONU sur la compatibilit\u00e9\/compl\u00e9mentarit\u00e9 d\u2019une telle op\u00e9ration avec la mission de la force multinationale de l\u2019ONU, la MINUAR. La MINUAR, command\u00e9e par un g\u00e9n\u00e9ral canadien Rom\u00e9o Dallaire, avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9e fin 1993 pour faire appliquer les accords d\u2019Arusha. Elle \u00e9tait donc en phase op\u00e9rationnelle au d\u00e9but du g\u00e9nocide qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 incapable d\u2019emp\u00eacher vu son mandat limit\u00e9 et ses faibles moyens, encore amoindris par le d\u00e9part du contingent belge. L\u2019op\u00e9ration Turquoise, en porte-\u00e0-faux politique, a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement difficile et \u00e9prouvante pour les militaires fran\u00e7ais. Les responsabilit\u00e9s fran\u00e7aises sont \u00ab  lourdes et accablantes \u00bb pour reprendre les termes des conclusions du rapport Duclert. La passivit\u00e9 de la communaut\u00e9 internationale est aussi critiquable que l\u2019absence de r\u00e9activit\u00e9 de l\u2019ONU. Un des int\u00e9r\u00eats de la mission Duclert est aussi d\u2019avoir essay\u00e9 de mettre en \u00e9vidence les diff\u00e9rences de positions au sein de l\u2019appareil d\u2019Etat, en p\u00e9riode de cohabitation, entre le pr\u00e9sident Fran\u00e7ois Mitterrand, le premier ministre Edouard Balladur et son ministre de la d\u00e9fense Fran\u00e7ois L\u00e9otard. Il ressort aussi que Pierre Joxe, son pr\u00e9d\u00e9cesseur, d\u00e8s 1992, avait alert\u00e9 l\u2019\u00c9lys\u00e9e sur l\u2019autonomisation probl\u00e9matique d\u2019une cha\u00eene de commandement parall\u00e8le concernant notre coop\u00e9ration militaire au Rwanda et mis en garde contre des risques de d\u00e9rives.<\/p>\n\n\n\n

Au Rwanda, la France s\u2019est longtemps investie aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019un r\u00e9gime qui encourageait des exactions et des massacres racistes. Elle est demeur\u00e9e aveugle face \u00e0 la propagande haineuse appelant au crime de masse par les \u00e9l\u00e9ments les plus radicaux de ce r\u00e9gime.<\/p>Louis Gautier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le Rwanda, ce \u00ab  g\u00e9nocide \u00e0 la machette  \u00bb, comme la \u00ab  Shoah par balle  \u00bb ou le g\u00e9nocide arm\u00e9nien constitue une des pages les plus terribles du XX\u00e8me si\u00e8cle. La cr\u00e9ation de la Cour p\u00e9nale en 1998, \u00e0 la suite de la mise en place des tribunaux permanents sur le Rwanda et la Yougoslavie, a pour origine la volont\u00e9 de ne plus laisser les crimes contre l\u2019humanit\u00e9 impunis.<\/p>\n\n\n\n

Votre introduction propose une analyse g\u00e9n\u00e9rale du ph\u00e9nom\u00e8ne guerrier, marqu\u00e9e par la lecture de Hobbes<\/a> et de Clausewitz<\/a>, deux r\u00e9f\u00e9rences anciennes et toujours pertinentes. Justement, la permanence de la guerre dans l\u2019histoire, n’en fait-il pas un ph\u00e9nom\u00e8ne anhistorique par excellence ? Comment arrive-t-on \u00e0 \u00e9tudier des guerres dans le temps alors qu\u2019il y a des guerres tout le temps ? Ce qui m\u2019am\u00e8ne en fait \u00e0 une deuxi\u00e8me question, qui est li\u00e9e mais qui est quelque chose qui m\u2018a beaucoup frapp\u00e9 dans le livre : de savoir si l\u2019\u00e9tude des armes n’est pas au fond la mani\u00e8re la plus pertinente de faire une \u00e9tude sur le temps long du ph\u00e9nom\u00e8ne guerrier \u2013 vous parlez notamment \u00e0 un moment de  l\u2019arc gallois.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Il m\u2019a sembl\u00e9 qu\u2019au terme d\u2019une histoire de la guerre, commenc\u00e9e aux temps pr\u00e9historiques par le volume 1 des Mondes en guerre<\/em>, une r\u00e9flexion de nature philosophico-politique en surplomb pouvait apporter un \u00e9clairage compl\u00e9mentaire. Les approches anthropologiques, sociologiques ou \u00e9conomiques souvent mobilis\u00e9es pour expliquer la guerre dans la litt\u00e9rature contemporaine en tentant de l\u2019objectiver rencontrent, elles aussi, leurs limites.  [Il faut d\u2019ailleurs reconna\u00eetre, en passant, que contrairement aux grandes guerres du pass\u00e9, les conflits arm\u00e9s depuis 1945 ont peu perturb\u00e9 ou transform\u00e9 l\u2019ordre \u00e9conomique mondial, bien moins que les crises \u00e9conomiques affectant le monde capitaliste avant 1991 (chocs p\u00e9troliers) ou que celles affectant, plus globalement, l\u2019ensemble des \u00e9changes mondiaux par la suite (crise bancaire et financi\u00e8re de 2008, pand\u00e9mie de Covid-19).<\/p>\n\n\n\n

Comment, cependant, \u00e9viter de tomber dans le pi\u00e8ge des id\u00e9ologies de la guerre ou des conceptions transcendantales de la guerre ou qui l\u2019essentialisent de fa\u00e7on mortif\u00e8re  ? Les sp\u00e9cialistes contemporains de la guerre adoptent, pour cette raison, une attitude distanci\u00e9e et critique par rapport aux th\u00e9ories philosophiques en vogue aux XIXe<\/sup> et XXe<\/sup> si\u00e8cles (de Friedrich Hegel \u00e0 Carl Schmitt). Ils affichent une certaine r\u00e9serve \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9tudes historiques trop \u00ab  d\u00e9monstratives  \u00bb (comme celles de Victor Davis Hanson sur le \u00ab  mod\u00e8le occidental de la guerre  \u00bb). Ils sont \u00e9galement m\u00e9fiants vis-\u00e0-vis de la Grande strat\u00e9gie<\/em> soup\u00e7onn\u00e9e de nourrir une ambition autor\u00e9alisatrice (critique qui vise par exemple aux \u00c9tats-Unis, hier, les \u00e9crits d\u2019Alfred Mahan et aujourd\u2019hui, ceux d\u2019Edward Luttwak). <\/p>\n\n\n\n

Tirer une explication globale, c\u2019est prendre le risque d\u2019une justification politique et morale \u00e0 la guerre. Apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, c\u2019est apparu comme le plus grand des dangers. Je vous renvoie, sur ce point \u00e0 de nombreux penseurs et \u00e0 Hannah Arendt en particulier. Il est d\u2019ailleurs int\u00e9ressant de noter, comme nous le faisons, B\u00e9n\u00e9dicte Ch\u00e9ron et moi, dans Guerre sans fronti\u00e8re<\/em>, combien les arts contemporains \u00e9vitent de repr\u00e9senter la guerre par crainte de la magnifier, m\u00eame involontairement, en sublimant ses abominations. On peut associer les guerres du pass\u00e9 \u00e0 de grandes \u0153uvres glorifiant des h\u00e9ros ou s\u2019attardant \u00e0 d\u00e9crire toutes ses atrocit\u00e9s, comme le firent Callot ou Goya ou encore Picasso. Depuis 1945, et pas seulement parce que beaucoup de courants artistiques tournent le dos \u00e0 la figuration, les repr\u00e9sentations de la guerre se tiennent g\u00e9n\u00e9ralement au plus pr\u00e8s de sa r\u00e9alit\u00e9, privil\u00e9giant les arts visuels (la photo, le cin\u00e9ma, la vid\u00e9o). Pas de Guernica<\/em> mais des images ou des s\u00e9quences embl\u00e9matiques qui cherchent \u00e0 d\u00e9livrer un message brut plus qu\u2019une symbolisation.<\/p>\n\n\n\n

Comment \u00e9tudier la guerre quand il est impossible de lui donner un seul visage  ? Il n\u2019y a pas grand-chose de semblable entre une campagne du mar\u00e9chal de Saxe, la longue guerre du Vietnam, la chasse aux Talibans dans les grottes de Tora Bora d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e ou encore les combats de ville en Irak et en Syrie. Et pourtant, le sens commun reconna\u00eet qu\u2019il existe entre tous ces \u00e9v\u00e9nements disparates une parent\u00e9. J\u2019emprunte \u00e0 Wittgenstein sa notion de \u00ab  concept \u00e0 bords flous  \u00bb. Il en va de la guerre comme du jeu (football, tennis, \u00e9chec, poker\u2026). Tout le monde comprend de quoi il s\u2019agit sans pouvoir en donner une d\u00e9finition plus pr\u00e9cise. La diff\u00e9rence entre le jeu et la guerre, souvent compar\u00e9s, c\u2019est le lien historique. La finale de la coupe du monde de football entre l\u2019Uruguay et l\u2019Argentine en 1930 est sans incidence directe sur le r\u00e9sultat des matchs Allemagne contre Argentine de 1990, ou France-Br\u00e9sil de 1998. Il y a en revanche des interconnexions entre les conflits, et pas simplement comme le faisait remarquer Adorno en raison du progr\u00e8s technique, qui m\u00e8ne de la fronde, ou de l\u2019arc gallois ou du carreau d\u2019arbal\u00e8te \u00e0 la bombe atomique.<\/p>\n\n\n\n

Il n\u2019y a pas grand-chose de semblable entre une campagne du mar\u00e9chal de Saxe, la longue guerre du Vietnam, la chasse aux Talibans dans les grottes de Tora Bora d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e ou encore les combats de ville en Irak et en Syrie. Et pourtant, le sens commun reconna\u00eet qu\u2019il existe entre tous ces \u00e9v\u00e9nements disparates une parent\u00e9. J\u2019emprunte \u00e0 Wittgenstein sa notion de \u00ab  concept \u00e0 bords flous  \u00bb. Il en va de la guerre comme du jeu (football, tennis, \u00e9chec, poker\u2026). Tout le monde comprend de quoi il s\u2019agit sans pouvoir en donner une d\u00e9finition plus pr\u00e9cise.<\/p>Louis Gautier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Je crois que la guerre ne se conna\u00eet que par l\u2019\u00e9tude des cas particuliers, eux-m\u00eames conditionn\u00e9s par l\u2019\u00e9tat des m\u0153urs et des id\u00e9es, mais concr\u00e8tement aussi par celui des techniques. La guerre s\u2019appr\u00e9hende dans des cas particuliers mais il ne faut pas la faire dispara\u00eetre dans ces cas particuliers. La guerre se comprend comme un processus historique et par son inscription dans l\u2019histoire des soci\u00e9t\u00e9s. \u00c0 ce double titre, elle doit s\u2019analyser comme un \u00e9v\u00e9nement et une information, un \u00e9l\u00e9ment circonstanci\u00e9 (le conflit du Kosovo en 1999) ou un bloc d\u2019historicit\u00e9 (la Guerre froide de 1945 \u00e0 1991). C\u2019est la proposition de ce livre.<\/p>\n\n\n\n

Est-ce l\u2019irruption du nucl\u00e9aire qui a transform\u00e9 notre monde en un monde de \u00ab guerre sans fronti\u00e8res \u00bb ? Plus g\u00e9n\u00e9ralement, pouvez-vous pr\u00e9ciser ce que vous entendez par cette expression qui donne son titre \u00e0 l\u2019ouvrage ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est une premi\u00e8re raison d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e. Apr\u00e8s 1945, le monde est l\u2019otage d\u2019une menace plan\u00e9taire et ne s\u2019en est toujours pas affranchi, m\u00eame si comme le montre Nicolas Roche dans un chapitre sur ce sujet, la prolif\u00e9ration constat\u00e9e apr\u00e8s 1998 transforme l\u2019\u00e9quation nucl\u00e9aire et le \u00ab  rendement  \u00bb de la dissuasion. La crainte d\u2019une catastrophe imminente s\u2019est r\u00e9duite. L\u2019interdit moral et l\u2019interdiction strat\u00e9gique attach\u00e9s aux logiques de pure dissuasion semblent \u00e0 la fois s\u2019effriter et se dissocier.<\/p>\n\n\n\n

Le titre Guerre sans fronti\u00e8res<\/em> exprime cette premi\u00e8re \u00e9vidence. L\u2019allonge des missiles et les effets d\u2019une frappe nucl\u00e9aire au-del\u00e0 de son point d\u2019impact se moquent bien des fronti\u00e8res. Mais ce titre en exprime d\u2019autres. M\u00eame confin\u00e9 g\u00e9ographiquement, aucun conflit depuis 1945 n\u2019\u00e9chappe, dans le temps devenu r\u00e9el de l\u2019information et celui diff\u00e9r\u00e9 du jugement de l\u2019opinion, \u00e0 une exposition plan\u00e9taire, pas plus le Vietnam que le Biafra (1967), pas plus le Rwanda que la Syrie. Mais il faut aller au-del\u00e0 de cette simple observation. La globalisation de l\u2019information participe d\u2019une mondialisation des motifs de conflictualit\u00e9 et des enjeux id\u00e9ologiques associ\u00e9s. Aujourd\u2019hui, dans le monde hyper connect\u00e9 et satur\u00e9 de communication, on voit combien les croyances religieuses, les valeurs culturelles, les opinions nationales ont au moins autant tendance \u00e0 s\u2019affronter qu\u2019\u00e0 se nuancer au contact de l\u2019autre. L\u2019information qui tend \u00e0 mettre sur le m\u00eame plan tous les risques et les dangers fait, en outre, cro\u00eetre partout une insatiable demande de s\u00e9curit\u00e9. Celle-ci fait voler en \u00e9clats toutes les cat\u00e9gories autrefois utiles pour penser la guerre et g\u00e9rer la violence. Il n\u2019y a, notamment, plus de solution de continuit\u00e9 entre la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure et la s\u00e9curit\u00e9 ext\u00e9rieure des \u00c9tats. La lutte contre Daech en t\u00e9moigne. Elle fit intervenir \u00e0 partir de 2014 aussi bien les services de renseignement et de police que les forces militaires des pays agress\u00e9s (\u00c9tats-Unis, France, Royaume-Uni\u2026) \u00e0 la fois sur leur territoire national et dans des zones de conflits. Il en est de m\u00eame de la r\u00e9ponse conjugu\u00e9e des agences de s\u00e9curit\u00e9 et des arm\u00e9es face \u00e0 la menace cyber. Ultimatum, d\u00e9claration de guerre, tr\u00eave, cessez-le-feu, armistice, toutes ces notions qui servaient \u00e0 r\u00e9gler autrefois les conflits, \u00e0 s\u00e9parer juridiquement et politiquement le temps extraordinaire de la guerre et le temps ordinaire de la paix ont \u00e9t\u00e9 remis\u00e9es au magasin des accessoires. La place de la technologie, sur lesquelles revient Corentin Brustlein, est majeure dans les conflits contemporains et entra\u00eenent leur \u00ab  d\u00e9territorialisation  \u00bb progressive. Les avanc\u00e9es de la technologie ont, en effet, permis de s\u2019affranchir des contraintes spatio-temporelles qui fixaient des limites physiques \u00e0 la conduite des op\u00e9rations militaires. Depuis plus de trente ans, les satellites (radars, d\u2019observation, \u00e9lectromagn\u00e9tiques ou de communication) permettent de recueillir, en tout temps et en tout lieu, des connaissances sur les moyens et les pr\u00e9paratifs d\u2019un adversaire  ; ils permettent aussi d\u2019ordonner et d\u2019ex\u00e9cuter des actions militaires pr\u00e9emptives ou de r\u00e9torsion. La guerre ne se fait plus n\u00e9cessairement sur place. On peut t\u00e9l\u00e9guider, en direct et \u00e0 distance, des frappes cibl\u00e9es, ce qu\u2019illustre l\u2019emploi quotidien des drones dans les guerres d\u2019Irak, de Syrie et du Mali. Affranchie des limites de temps et de lieu, la guerre s\u2019aventure aussi dans les nouveaux espaces mat\u00e9riels ou immat\u00e9riels que la science permet \u00e0 l\u2019homme d\u2019explorer de fa\u00e7on infinie  : espace extra-atmosph\u00e9rique, grands fonds marins, espaces cyber, domaine des communications. Il n\u2019a gu\u00e8re fallu attendre longtemps pour que ces espaces, dont l\u2019exploitation \u00e9tait con\u00e7ue pour demeurer pacifique, ne deviennent un lieu de comp\u00e9tition et d\u2019affrontement tout en faisant l\u2019objet d\u2019une militarisation progressive. <\/p>\n\n\n\n

Les conflits contemporains sont-ils l\u2019un des sympt\u00f4mes de la multiplication des acteurs g\u00e9opolitiques : \u00c9tats, organisations internationales, organisations supranationales, groupes arm\u00e9s transnationaux ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Les conflits contemporains, le plus souvent intra-\u00e9tatiques, impliquent des arm\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res mais s\u2019accompagnent de la participation ou de l\u2019implication de plus en plus active d\u2019acteurs non \u00e9tatiques (ONG, organisations terroristes, firmes multinationales, soci\u00e9t\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9, mercenaires, hackers, proxy\u2026). Je vous renvoie sur ce point au chapitre de Pascal Venesson.  Sur plusieurs th\u00e9\u00e2tres, on observe une privatisation partielle de la guerre \u00e0 travers la sous-traitance de certaines missions \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s telles Haliburton ou Blackwater employ\u00e9es par les Am\u00e9ricains en Irak ou le Groupe Wagner auquel les Russes eurent recours en Ukraine, en Syrie ou en Libye. Ces pratiques font penser aux \u00ab  lettres de commissions  \u00bb et aux corsaires ou aux compagnies de mercenaires d\u2019antan. <\/p>\n\n\n\n

Ce qui est nouveau, par rapport \u00e0 ces exemples tir\u00e9s du pass\u00e9, c\u2019est que certains acteurs non \u00e9tatiques, par leur richesse et les profits accumul\u00e9s, sont en en mesure d\u2019entrer en concurrence avec les \u00c9tats. Le chiffre d’affaires de certaines grandes soci\u00e9t\u00e9s est sup\u00e9rieur au budget de beaucoup d\u2019\u00c9tats. L\u2019un des effets de la mondialisation a \u00e9t\u00e9 de fragiliser la garantie ultime que les \u00c9tats sont cens\u00e9s apporter \u00e0 leurs ressortissants. Pour les grands pays d\u00e9velopp\u00e9s, cette garantie demeure : on l\u2019a vu pendant la crise financi\u00e8re de 2008 ou, en ce moment, avec la pand\u00e9mie. Dans certains pays fragiles, o\u00f9 l\u2019\u00c9tat est en permanence menac\u00e9 de paralysie, certains acteurs priv\u00e9s sont appel\u00e9s pour les suppl\u00e9er, y compris en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, pierre de fondation de la souverainet\u00e9. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019internationalisation de certaines organisations terroristes comme Al Qa\u00efda<\/em> ou Daech<\/em> qui parasitent des \u00c9tats faillis, les solutions priv\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9 se multiplient et changent la donne. <\/p>\n\n\n\n

Vous \u00e9crivez que chaque conflit se produit sous les yeux du monde entier. Pourtant, la guerre comme ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas appr\u00e9hend\u00e9e de la m\u00eame mani\u00e8re partout sur le globe. Quelles conceptions, quelles appr\u00e9hensions de la guerre cohabitent aujourd\u2019hui ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n

C\u2019est une question qui appelle forc\u00e9ment une r\u00e9ponse un peu sch\u00e9matique. Essayons n\u00e9anmoins. Certaines r\u00e9gions sont des zones de concentration des conflits quand d\u2019autres sont plut\u00f4t \u00e9pargn\u00e9es. Le Moyen-Orient, o\u00f9 se superposent terrorisme, conflits communautaires et interventions ext\u00e9rieures, est \u00e0 feu et \u00e0 sang. L\u2019Afrique ne parvient pas \u00e0 se sortir de conflits end\u00e9miques qui entravent son d\u00e9veloppement. Sur fond de prolif\u00e9ration nucl\u00e9aire, de course aux armements, de tensions entre la Chine, les \u00c9tats-Unis et leurs alli\u00e9s r\u00e9gionaux, l\u2019Asie voit r\u00e9appara\u00eetre le risque de conflits inter\u00e9tatiques durs. Quant \u00e0 l\u2019Europe qui, apr\u00e8s la Guerre froide, se croyait d\u00e9barrass\u00e9e du spectre de la guerre, elle voit les d\u00e9sordres s\u2019accumuler \u00e0 sa p\u00e9riph\u00e9rie et sa coh\u00e9sion est mise \u00e0 mal. Ce sont ses vuln\u00e9rabilit\u00e9s qui l\u2019exposent. Elle est plus menac\u00e9e par des actions qui sapent sa s\u00e9curit\u00e9 et sa stabilit\u00e9 politique que par le risque d\u2019une agression frontale. Chacun voit donc midi \u00e0 sa fen\u00eatre, c\u2019est logique.<\/p>\n\n\n\n

Ce qui est nouveau, c\u2019est que certains acteurs non \u00e9tatiques, par leur richesse et les profits accumul\u00e9s, sont en en mesure d\u2019entrer en concurrence avec les \u00c9tats. Le chiffre d’affaires de certaines grandes soci\u00e9t\u00e9s est sup\u00e9rieur au budget de beaucoup d\u2019\u00c9tats. L\u2019un des effets de la mondialisation a \u00e9t\u00e9 de fragiliser la garantie ultime que les \u00c9tats sont cens\u00e9s apporter \u00e0 leurs ressortissants.<\/p>Louis Gautier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Cependant, tant qu\u2019un continuum de s\u00e9curit\u00e9 continuera d\u2019exister entre plusieurs puissances nucl\u00e9aires (Chine, Russie, \u00c9tats-Unis, France, Royaume-Uni, Inde) et \u00e0 condition que le r\u00e9am\u00e9nagement des \u00e9quilibres strat\u00e9giques dans la zone Asie Pacifique n\u2019induise pas d\u2019effet d\u00e9stabilisateur massif, la paix mondiale, en d\u00e9pit de l\u2019existence de conflits, devrait pouvoir \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e. C\u2019est l\u2019int\u00e9r\u00eat bien compris des grandes puissances.<\/p>\n\n\n\n

La Chine est en phase d\u2019\u00e9panouissement d\u2019une puissance \u00e9conomique et militaire consid\u00e9rable. Mais les Chinois, sauf pour la domination de ce qu\u2019ils consid\u00e8rent comme leur espace de souverainet\u00e9 et la protection de leurs voies de communication, n\u2019ont pas besoin de la coercition militaire pour parvenir \u00e0 leurs fins. La puissance \u00e9conomique et technologique suffit. Leur \u00ab  vision du monde  \u00bb fait une large place \u00e0 la coop\u00e9ration et \u00e0 une certaine forme de multilat\u00e9ralisme m\u00eame si leur politique ext\u00e9rieure ne reconna\u00eet pas d\u2019autre l\u00e9gitimit\u00e9 que la l\u00e9gitimit\u00e9 nationale. Difficile dans ces conditions de s\u2019entendre avec eux sur la d\u00e9finition d\u2019un monde commun, faisant notamment place \u00e0 la d\u00e9mocratie et \u00e0 la reconnaissance de la libert\u00e9 politique.

La Russie a des marges d\u2019action beaucoup plus \u00e9troites. Peu ou prou, son PIB est celui de l\u2019Italie. Trente ans apr\u00e8s la disparition de l\u2019Union sovi\u00e9tique, elle s\u2019applique \u00e0 reconqu\u00e9rir une stature internationale en exploitant notamment les erreurs des Am\u00e9ricains, en intimidant par des provocations et des actions en sous-main les Europ\u00e9ens, en modernisant ses forces arm\u00e9es avec d\u2019ind\u00e9niables r\u00e9ussites technologiques dans certains domaines. Elle s\u2019oppose aux valeurs de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale – rencontrant en cela un \u00e9cho aupr\u00e8s de la Chine et chez certaines puissances \u00e9mergentes – et conteste une donne internationale qu\u2019elle estime \u00e0 son d\u00e9savantage. La Russie, limit\u00e9e mat\u00e9riellement dans ses ambitions, notamment par la politique de sanctions \u00e9conomiques qui lui est inflig\u00e9e depuis l\u2019annexion de la Crim\u00e9e, ne peut cependant pas esp\u00e9rer retrouver le r\u00f4le mondial qu\u2019elle jouait du temps de l\u2019Union sovi\u00e9tique. Elle joue les troubles f\u00eates et empoche des victoires tactiques. Son int\u00e9r\u00eat n\u2019est pas d\u2019aller au clash. M\u00eame si comme la Chine, dont le r\u00e9gime est cependant plus stable et l\u2019ordre social mieux tenu, un certain \u00ab  aventurisme  \u00bb militaire peut la tenter par nationalisme et \u00e0 des fins internes. Instruits par les le\u00e7ons de leur propre guerre en Afghanistan, les Russes, avant les Am\u00e9ricains, ont mesur\u00e9 les inconv\u00e9nient d\u2019une politique exp\u00e9ditionnaire.  L\u2019\u00e9volution de leur doctrine, comme l\u2019analyse Yves Boyer dans son chapitre, en t\u00e9moigne.<\/p>\n\n\n\n

De leur c\u00f4t\u00e9, les Europ\u00e9ens sont mal arm\u00e9s collectivement pour relever les d\u00e9fis strat\u00e9giques futurs, ceux qui s\u2019expriment d\u00e9j\u00e0 dans de nouvelles dimensions de conflictualit\u00e9s (espaces cyber, extra-atmosph\u00e9rique, sous-marin) ou qui impliquent le financement et la mobilisation de nouvelles technologies (hyper-v\u00e9locit\u00e9, intelligence artificielle, ordinateur quantique\u2026). Ces d\u00e9fis strat\u00e9giques sont de taille et aucun pays europ\u00e9en n\u2019est en mesure d\u2019y r\u00e9pondre individuellement de fa\u00e7on efficace. La d\u00e9fense europ\u00e9enne patine tout comme la prise en compte collective des enjeux de s\u00e9curit\u00e9 (sanitaire, cyber, terrorisme\u2026). Dans l\u2019absolu, les pays europ\u00e9ens auraient tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 affermir leur contribution \u00e0 cette mission de d\u00e9fense collective et \u00e0 rationaliser des appareils militaires qui comportent aujourd\u2019hui autant de redondances que de carences capacitaires. C\u2019est cependant une entreprise de longue haleine qui suppose non seulement la convergence des processus d\u2019acquisition en commun des \u00e9quipements militaires europ\u00e9ens mais aussi la consolidation de la base industrielle et technologique de d\u00e9fense de l\u2019Union. Tous ces sujets touchent cependant \u00e0 la souverainet\u00e9 des Etats membres donc sont difficiles \u00e0 traiter avec efficience. Comment \u00e0 l\u2019avenir l\u2019Europe sera-t-elle en mesure de mieux se prot\u00e9ger dans les crises et d\u2019assurer sa propre s\u00e9curit\u00e9  ? Est-elle encore en situation de faire prosp\u00e9rer, m\u00eame seulement dans son environnement, les valeurs d\u00e9mocratiques et les droits de l\u2019homme auxquels elle est attach\u00e9e  ? Comment d\u00e9fend-elle ses int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques face aux grandes puissances mondiales (Chine, Etats-Unis, Russie) et ses int\u00e9r\u00eats de s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 des puissances r\u00e9gionales (Iran, Turquie\u2026) qui cherchent \u00e0 s\u2019imposer  ? Sans unit\u00e9, les temps qui s\u2019annoncent seront difficiles.<\/p>\n\n\n\n

Quant aux Etats-Unis, d\u00e9gris\u00e9s de leur superbe et revenus de la politique de Donald Trump qui, sur la sc\u00e8ne internationale, a contribu\u00e9 \u00e0 miner leur cr\u00e9dit, ils ont toujours beaucoup de cartes en main et pour ainsi dire toutes notamment sur les plans \u00e9conomique, technologique et militaire.  On attend d\u2019eux qu\u2019ils jouent le r\u00f4le d\u2019une puissance d\u2019\u00e9quilibre, capable de compromis. Il leur faut pour cela ne pas c\u00e9der \u00e0 deux tentations, celui du retour en arri\u00e8re, en s\u2019appuyant, sans intention de r\u00e9forme, sur des institutions multilat\u00e9rales d\u00e9pass\u00e9es ou celui de la fuite dans un antagonisme effr\u00e9n\u00e9 avec la Chine. <\/p>\n\n\n\n

Peut-on d\u00e9j\u00e0 parler d\u2019une nouvelle Guerre froide entre les \u00c9tats-Unis et la Chine ? <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

Ceux qui, comme Graham Allison, proph\u00e9tisent cela en entendant influencer la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine, reproduisent un sch\u00e9ma mental funeste (on se souvient de la caricaturale th\u00e9orie des Rogues states<\/em> contre l\u2019Iran ou l\u2019Irak). La d\u00e9signation d\u2019un ennemi quand on fait la course en t\u00eate est g\u00e9n\u00e9ralement contreproductive.<\/p>\n\n\n\n

Les \u00c9tats-Unis ne sont pas s\u00fbrs de f\u00e9d\u00e9rer derri\u00e8re ce slogan leurs alli\u00e9s. Au temps de la Guerre froide, l\u2019enjeu pour de nombreux pays \u00e9tait existentiel, comme l\u2019obligation de choisir un mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9. Une guerre froide entre Chine et \u00c9tats-Unis, c\u2019est-\u00e0-dire entre deux formes de capitalismes mondialis\u00e9s  ? C\u2019est un peu surr\u00e9aliste, non  ? Une nouvelle alliance des d\u00e9mocraties contre le mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 chinois  ? Outre que l\u2019agressivit\u00e9 n\u2019est pas le meilleur vecteur de propagande des id\u00e9aux d\u00e9mocratiques, cette croisade pourrait-elle ignorer la situation des droits de l\u2019homme en Russie mais aussi en Arabie saoudite ou en Turquie  ?<\/p>\n\n\n\n

Les \u00c9tats-Unis ne sont pas s\u00fbrs de f\u00e9d\u00e9rer derri\u00e8re ce slogan leurs alli\u00e9s. Au temps de la Guerre froide, l\u2019enjeu pour de nombreux pays \u00e9tait existentiel, comme l\u2019obligation de choisir un mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9. Une guerre froide entre Chine et Etats-Unis, c\u2019est-\u00e0-dire entre deux formes de capitalismes mondialis\u00e9s  ? C\u2019est un peu surr\u00e9aliste, non  ?<\/p>Louis Gautier<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Surtout, les Chinois n\u2019ont aucune envie de tomber dans le pi\u00e8ge d\u2019une course aux armements pouss\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame, comme celle qui mit KO l\u2019URSS. La comp\u00e9tition sera tr\u00e8s vive, presqu\u2019\u00e0 couteaux tir\u00e9s, mais se fera principalement dans des domaines technologiques d\u2019application civiles ou duales.<\/p>\n\n\n\n

J\u2019ai en main le 4e volume de Mondes en guerre<\/em>. Selon vous \u00e0 quoi ressemblera le 5e volume ? Dans les trente ou quarante prochaines ann\u00e9es, quelles seront les grandes \u00e9volutions de la guerre au XXIe si\u00e8cle ?  <\/strong><\/h3>\n\n\n\n

On a eu du mal \u00e0 trouver une couverture. Celle que nous avons choisie est une repr\u00e9sentation d\u2019une section d\u2019infanterie apost\u00e9e avec ses moyens de communication dans un environnement d\u00e9sertique et sous un ciel \u00e9toil\u00e9, qu\u2019on imagine constell\u00e9 de satellites. Le r\u00f4le de l\u2019homme est toujours central dans les conflits de 1945 \u00e0 nos jours. La guerre de demain pose une question vertigineuse : quelle y sera la place de l\u2019homme ? Il y aura toujours la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019aller au contact, ne serait-ce que dans des situations qui supposent le r\u00e9tablissement de paix civile. Certaines missions de combat complexes ou hautement sensibles impliquent la pr\u00e9sence de l\u2019homme en quelque sorte toujours seul ma\u00eetre \u00e0 bord. Mais la tendance va vers un \u00e9loignement voire un effacement de l\u2019homme dans la conduite de certaines actions op\u00e9rationnelles. Les armes (missiles, drones, canons de derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration\u2026) mettent de plus en plus de distance entre les combattants. L\u2019int\u00e9gration de l\u2019homme dans la machine pose des probl\u00e8mes d\u2019ergonomie mais aussi de mise en \u0153uvre op\u00e9rationnelle des syst\u00e8mes embarqu\u00e9s (furtivit\u00e9, permanence de la man\u0153uvre, subsituabilit\u00e9\u2026) que l\u2019autonomisation, la miniaturisation et l\u2019inflation des vecteurs simplifient. Autre constat, le point haut de la guerre, celui dont la ma\u00eetrise conditionne la sup\u00e9riorit\u00e9 militaire, se d\u00e9place de l\u2019espace a\u00e9rien vers ses dimensions exo et extra atmosph\u00e9riques.<\/p>\n\n\n\n

La pierre, le fer, le feu, l\u2019atome, les armes de cinqui\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration sont des bits<\/em>. Une r\u00e9volution de l\u2019art de la guerre est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, non seulement au travers de sa nouvelle dimension num\u00e9rique mais aussi gr\u00e2ce aux multiples applications de l\u2019intelligence artificielle<\/a>, de l\u2019aide \u00e0 la d\u00e9cision \u00e0 la robotisation du champ de bataille. C\u2019est sur cette r\u00e9volution que se conclut Guerre sans fronti\u00e8res<\/em> et sur le constat qu\u2019un cycle pluris\u00e9culaire de l\u2019histoire de la guerre domin\u00e9 par la pyrotechnie est en train de s\u2019achever sous nos yeux. L\u2019\u00e9lectronique et l\u2019intelligence artificielle n\u2019\u00e9vincent pas les armes classiques du champ de bataille mais elles les dirigeront de plus en plus en permettant, gr\u00e2ce \u00e0 leur automation, de les affranchir des contraintes de milieux si limitatives pour l\u2019homme. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

D\u00e9ployant des r\u00e9flexions historico-politiques sur les conflits depuis 1945 et passant en revue des th\u00e9ories de la guerre jusqu’\u00e0 l’\u00e9poque la plus r\u00e9cente, Louis Gautier, Directeur de la Chaire \u00ab  Grands enjeux strat\u00e9giques contemporains  \u00bb \u00e0 l’Universit\u00e9 Paris-1, a r\u00e9pondu \u00e0 nos questions sur le dernier volume des Mondes en guerre<\/em> qu’il a dirig\u00e9 chez Pass\u00e9s Compos\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":101257,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"templates\/post-reviews.php","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_trash_the_other_posts":false,"footnotes":""},"categories":[1732],"tags":[],"geo":[2163],"class_list":["post-105041","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-guerre","staff-baptiste-roger-lacan","staff-maxime-caute","geo-monde"],"acf":[],"yoast_head":"\nGuerre sans fronti\u00e8res, une 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