{"id":104612,"date":"2021-03-27T17:15:52","date_gmt":"2021-03-27T16:15:52","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=104612"},"modified":"2021-04-13T12:36:54","modified_gmt":"2021-04-13T10:36:54","slug":"draghi-et-le-monde-le-retour-de-litalie-hors-de-ses-frontieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/03\/27\/draghi-et-le-monde-le-retour-de-litalie-hors-de-ses-frontieres\/","title":{"rendered":"Draghi et le monde : le retour de l’Italie hors de ses fronti\u00e8res"},"content":{"rendered":"\n
La nomination r\u00e9cente de Mario Draghi \u00e0 la t\u00eate de l\u2019ex\u00e9cutif italien repr\u00e9sente une nette \u00e9volution par rapport au cycle politique pr\u00e9c\u00e9dent, celui issu des \u00e9lections l\u00e9gislatives de 2018. La constitution d\u2019une majorit\u00e9 parlementaire d\u2019union nationale qui regroupe, \u00e0 l\u2019exception du parti de droite Fratelli d\u2019Italia,<\/em> l\u2019ensemble des formations politiques italiennes \u00e9crit une page nouvelle. La coalition populiste entre Lega<\/em> et Mouvement 5 \u00c9toiles<\/a> avait d\u00e9j\u00e0 connu un stop en ao\u00fbt 2019 lors du passage du gouvernement Conte 1 au gouvernement Conte 2 qui s\u2019\u00e9tait appuy\u00e9 sur une nouvelle alliance entre M5S et Parti D\u00e9mocrate. La crise politique de janvier 2021 a ult\u00e9rieurement chamboul\u00e9 le jeu politique italien avec la d\u00e9signation par le pr\u00e9sident de la r\u00e9publique Sergio Mattarella de Mario Draghi comme responsable de l\u2019ex\u00e9cutif<\/a>, personnalit\u00e9 prestigieuse et consensuelle qui a ralli\u00e9 sur son nom tout l\u2019arc parlementaire italien<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Au-del\u00e0 des cons\u00e9quences internes de ce changement dans le jeu politique italien il convient de s\u2019attarder sur les diff\u00e9rents aspects internationaux de ce repositionnement de l\u2019Italie.<\/p>\n\n\n\n Tout d\u2019abord il faut souligner que la crise gouvernementale de janvier 2021 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e au nom de l\u2019Europe : Matteo Renzi a point\u00e9 les faiblesses du plan esquiss\u00e9 par le gouvernement Conte 2 pour justifier la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une nouvelle majorit\u00e9 \u00e0 m\u00eame de faire progresser la qualit\u00e9 et la rapidit\u00e9 de l\u2019ex\u00e9cution de cet ambitieux programme de d\u00e9penses dans le cadre du plan de relance europ\u00e9en, un sujet d\u2019autant plus crucial qu\u2019il doit permettre de faire face \u00e0 la crise provoqu\u00e9e par la pand\u00e9mie de la Covid-19. Ainsi c\u2019est en mettant en avant une exigence europ\u00e9enne que la formation de Renzi, Italia Viva<\/em>, s\u2019est retir\u00e9e de la majorit\u00e9 qui soutenait l\u2019ex\u00e9cutif Conte 2. Et c\u2019est \u00e9galement avec l\u2019horizon europ\u00e9en en t\u00eate que Sergio Mattarella a fait appel \u00e0 Mario Draghi. Au-del\u00e0 de nombreuses consid\u00e9rations de politique politicienne qui font parties du contexte de cette d\u00e9cision, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019Europe appara\u00eet ici comme la manifestation classique d\u2019un m\u00e9canisme de la politique italienne, le recours \u00e0 un deus ex machina <\/em>ext\u00e9rieur au jeu politique interne qui permet de justifier une prise de d\u00e9cision qui, sinon, aurait \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n Le retrait de la coalition gouvernementale de la formation de Matteo Renzi a pu sembler pour beaucoup d\u2019observateurs comme une prise de risque particuli\u00e8rement hasardeuse. Il a cependant provoqu\u00e9 un encha\u00eenement d’\u00e9v\u00e9nements qui de fait modifie le jeu politique italien et le positionnement international de l\u2019Italie. <\/p>\n\n\n\n La crise gouvernementale de janvier 2021 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e au nom de l\u2019Europe.<\/p>Jean-Pierre Darnis<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La personnalit\u00e9 m\u00eame de Mario Draghi induit un certain nombre de coordonn\u00e9es nouvelles pour le gouvernement italien. Il s\u2019agit d\u2019un des rares chef de gouvernement dot\u00e9 d\u2019un profil international ant\u00e9rieur \u00e0 ses fonctions politique<\/a>s. Deux \u00e9l\u00e9ments apparaissent comme particuli\u00e8rement significatifs \u00e0 cet \u00e9gard. Tout d\u2019abord Mario Draghi a obtenu en 1976 un doctorat en \u00e9conomie au Massachusetts Institute of Technology (MIT) sous la direction de Franco Modigliani et Robert Solow. Cette p\u00e9riode au sein d\u2019une des plus prestigieuses institutions acad\u00e9miques am\u00e9ricaines a repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la fois un remarquable aboutissement acad\u00e9mique mais aussi l’appartenance \u00e0 un monde culturel ainsi qu\u2019\u00e0 des r\u00e9seaux \u00e9conomiques anglo-saxons. Ce filon s\u2019exprimera plus tard lorsque, gouverneur de la Banque d\u2019Italie, il pourra d\u00e9velopper les contacts avec les responsables de la r\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale des \u00c9tats-Unis. <\/p>\n\n\n\n La pr\u00e9sidence de la Banque Centrale Europ\u00e9enne de 2011 \u00e0 2019 a ensuite install\u00e9 cet ancien gouverneur de la Banque d\u2019Italie \u00e0 un r\u00f4le clef au sein de l\u2019architecture \u00e9conomique et politique europ\u00e9enne. Il acc\u00e8de alors au c\u0153ur de la d\u00e9cision de l\u2019Union Europ\u00e9enne et se fait remarquer et respecter pour l\u2019autorit\u00e9 avec laquelle il dompte la sp\u00e9culation lors de la crise de 2011 : en 2012 lors d\u2019une conf\u00e9rence d\u2019investisseurs \u00e0 Londres il fait clairement comprendre la position de la BCE pour assurer la tenue de l\u2019Euro et de la zone euro \u00ab quoi qu\u2019il en co\u00fbte \u00bb <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cet \u00e9pisode repr\u00e9sente l\u2019\u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019une d\u00e9fense de l\u2019Euro qui lui est souvent attribu\u00e9e<\/a>, ce qui contribue \u00e0 son prestige international et lui conf\u00e8re un b\u00e2ton de mar\u00e9chal de grand europ\u00e9iste. <\/p>\n\n\n\n Sa longue permanence \u00e0 la BCE \u00e0 Francfort cr\u00e9e \u00e9galement une attention particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Allemagne, et ce d\u2019autant plus que sa politique va susciter des r\u00e9actions contrast\u00e9es outre-Rhin <\/span>2<\/sup><\/a><\/span><\/span>. En effet, la Bundesbank va souvent s\u2019opposer \u00e0 sa vision, alors qu\u2019il r\u00e9ussira \u00e0 d\u00e9velopper des convergences avec certains responsables politiques, en particulier Angela Merkel.<\/p>\n\n\n\n Ces \u00e9pisodes significatifs permettent d\u00e9j\u00e0 d\u2019indiquer les coordonn\u00e9es d\u2019un leader politique ancr\u00e9 au sein des institutions europ\u00e9ennes avec une habitude de dialogue avec les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines ainsi qu\u2019une attention particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Allemagne. <\/p>\n\n\n\n Lors de son discours de politique g\u00e9n\u00e9rale devant le S\u00e9nat il a r\u00e9affirm\u00e9 l\u2019ancrage europ\u00e9en et atlantiste de l\u2019Italie <\/span>3<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019Italie pour les zones voisines (Balkans et M\u00e9diterran\u00e9e), il a \u00e9galement soulign\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de renforcer les rapports bilat\u00e9raux avec l\u2019Allemagne et la France au sein de l\u2019Union. Enfin, fait remarquable, il \u00e9voque la pr\u00e9occupation \u00e0 l\u2019\u00e9gard des probl\u00e8mes des droits de l\u2019Homme en Russie mais aussi des tensions en Asie autour de la Chine. <\/p>\n\n\n\n Ces \u00e9l\u00e9ments d\u00e9terminent un potentiel nouveau cours pour la projection internationale de l\u2019Italie.<\/p>\n\n\n\n Fait remarquable, Mario Draghi \u00e9voque la pr\u00e9occupation \u00e0 l\u2019\u00e9gard des probl\u00e8mes des droits de l\u2019Homme en Russie mais aussi des tensions en Asie autour de la Chine. <\/p>Jean-Pierre Darnis<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Tout d\u2019abord il faut souligner un aspect fonctionnel fondamental. Mario Draghi b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une image de marque de s\u00e9rieux et de comp\u00e9tence acquise lors de ses pr\u00e9c\u00e9dentes fonctions au sein de la BCE. Il devient ainsi de mani\u00e8re quasi-automatique une r\u00e9f\u00e9rence incontournable lors des diff\u00e9rents sommets internationaux, comme d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 lors des premiers conseils europ\u00e9ens <\/span>4<\/sup><\/a><\/span><\/span>. \u00c0 cette capacit\u00e9 personnelle, il faut \u00e9galement ajouter une conjoncture politique europ\u00e9enne qui place Mario Draghi sur le devant de la sc\u00e8ne : alors que la sortie d\u2019Angela Merkel est programm\u00e9e pour la rentr\u00e9e, et au moment o\u00f9 le pr\u00e9sident Emmanuel Macron entre dans l\u2019ann\u00e9e qui pr\u00e9c\u00e8de les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, le chef du gouvernement italien appara\u00eet comme relativement solide dans un agenda qui devrait lui permettre de poursuivre ses fonctions pendant les deux prochaines ann\u00e9es. Enfin, l\u2019Italie exerce actuellement la pr\u00e9sidence du G20, ce qui permet ici encore de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019initiative pour les questions multilat\u00e9rales. <\/p>\n\n\n\n L\u2019exp\u00e9rience personnelle et la conjoncture politique europ\u00e9enne conf\u00e8rent \u00e0 Mario Draghi un cr\u00e9dit politique international qu\u2019on a rarement constat\u00e9 pour les chefs de gouvernement italien pr\u00e9c\u00e9dents. On observe un v\u00e9ritable effet-levier pour le profil international d\u2019une Italie qui se retrouve automatiquement rehauss\u00e9e \u00e0 travers la nomination du nouveau chef du gouvernement. Ce profil prononc\u00e9 va de fait marginaliser le r\u00f4le du ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, un r\u00f4le qui continue \u00e0 \u00eatre exerc\u00e9 par une des figures de proue du M5S, Luigi di Maio.<\/p>\n\n\n\n La question de la correspondance entre le \u00ab facteur Draghi \u00bb dans le contexte international et l\u2019action politique interne est bien s\u00fbr pos\u00e9e, mais il faut toutefois observer combien Draghi se place \u00e0 la crois\u00e9e d\u2019un r\u00e9formisme europ\u00e9en et d\u2019un agenda de r\u00e9formes nationales, ce qui appara\u00eet comme une \u00e9volution nette, si ce n\u2019est une rupture, par rapport aux gouvernements Conte 1 et 2 qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. <\/p>\n\n\n\n Si nous reprenons les termes de la d\u00e9claration de politique g\u00e9n\u00e9rale, la r\u00e9affirmation de l\u2019identit\u00e9 europ\u00e9enne et atlantiste de l\u2019Italie donne le ton en mati\u00e8re de positionnement international et marque ici aussi une rupture par rapport aux ex\u00e9cutifs pr\u00e9c\u00e9dents. La p\u00e9riode populiste avait ouvert la porte \u00e0 diff\u00e9rentes formes d\u2019expressions critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Union. Cette p\u00e9riode semble d\u00e9sormais compl\u00e8tement r\u00e9volue avec un Mario Draghi qui professe l\u2019orthodoxie europ\u00e9enne. <\/p>\n\n\n\n De plus, la pr\u00e9sidence Trump avait, en Italie comme ailleurs, brouill\u00e9 les cartes. Alors que d\u2019un c\u00f4t\u00e9 certains populistes voulaient se placer dans le filon trumpiste, pour d\u2019autres elle suscitait de nombreuses critiques qui contribuaient de fait \u00e0 une prise de distance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00c9tats-Unis. La pr\u00e9sidence Biden a remis \u00e0 l\u2019ordre du jour la r\u00e9activation du lien transatlantique, en multipliant les ouvertures envers les alli\u00e9s europ\u00e9en. <\/p>\n\n\n\n L\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Mario Draghi, quelques semaines apr\u00e8s la prise de fonction de Joe Biden aux \u00c9tats-Unis, entra\u00eene un r\u00e9alignement de l\u2019Italie sur une position atlantiste classique. <\/p>\n\n\n\n Ainsi, en l\u2019espace de quelques semaines, l\u2019Italie se remet \u00e0 r\u00e9citer le r\u00e9pertoire fondamental de sa politique \u00e9trang\u00e8re de l\u2019apr\u00e8s-guerre, \u00e0 savoir l’europ\u00e9isme et l\u2019atlantisme. Il faut \u00e9galement souligner combien cette inflexion politique satisfait les tenants d\u2019une ligne traditionnelle que l\u2019on retrouve \u00e0 la fois au sein des administrateurs de l\u2019\u00c9tat mais aussi des militaires, particuli\u00e8rement attach\u00e9s \u00e0 la dimension transatlantique.<\/p>\n\n\n\n Cette reprise en main de la part de Mario Draghi peut \u00eatre analys\u00e9e comme un tr\u00e8s classique \u00ab retour de balancier \u00bb de la g\u00e9opolitique italienne mais on ne saurait s\u2019y limiter.<\/p>\n\n\n\n Tout d\u2019abord et comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9, deux r\u00e9f\u00e9rences g\u00e9opolitiques qui \u00e9taient associ\u00e9es au populisme, la relation avec la Russie et celle avec la Chine, passent en arri\u00e8re-plan voire m\u00eame r\u00e9gressent dans la cat\u00e9gorie des menaces plut\u00f4t que des opportunit\u00e9s. Si le gouvernement Conte 1 s\u2019\u00e9tait particuli\u00e8rement distingu\u00e9 par une g\u00e9opolitique \u00ab orientale \u00bb qui exprimait aussi des vell\u00e9it\u00e9s d\u2019autonomie majeure, avec par exemple la signature du protocole de la nouvelle Route de la Soie en mars 2019, la politique de dialogue et d\u2019attention \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Moscou et de P\u00e9kin n\u2019avait pas disparu lors du gouvernement Conte 2. L\u2019ex\u00e9cutif Draghi marque donc un net rappel \u00e0 l\u2019ordre qui, de fait, aligne l\u2019Italie sur les positions europ\u00e9ennes critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Russie, mais \u00e9galement fait un pas remarquable en direction d\u2019Etats-Unis tr\u00e8s engag\u00e9s dans la confrontation avec la Chine. Il faudra ici encore mesurer le conservatisme de certaines administrations italiennes, par exemple celle du Minist\u00e8re des Affaires \u00c9trang\u00e8res, qui ont souvent cultiv\u00e9 une telle volont\u00e9 de dialogue tous azimuts que cela semblait parfois compromettre les choix de camp. De plus, il ne faut pas sous-estimer la p\u00e9n\u00e9tration pro-russe ou pro-chinoise au sein de certains r\u00e9seaux italiens, aussi bien dans les milieux d\u2019affaires qui militent pour une vision commerciale et politique que parmi ceux qui veulent que l\u2019Italie s\u2019affirme comme puissance mondiale. <\/p>\n\n\n\n Au niveau de la t\u00eate du gouvernement, le changement de cap est net, avec un retour d\u2019une Italie qui s\u2019exprime essentiellement par le jeu des alliances et int\u00e9grations ainsi que par le multilat\u00e9ralisme. <\/p>\n\n\n\n Ce changement de tendance peut \u00e9galement \u00eatre observ\u00e9 dans l\u2019affichage de convergence avec l\u2019Allemagne. Lors d\u2019une r\u00e9cente visite \u00e0 Berlin, le ministre italien de la D\u00e9fense, Lorenzo Guerini a exprim\u00e9 de fa\u00e7on conjointe avec son homologue allemande Annagret Kramp-Karrenbauer l\u2019appartenance \u00e0 l\u2019Union Europ\u00e9enne ainsi que l\u2019attachement \u00e0 l\u2019Alliance Atlantique <\/span>5<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Ces concepts ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 repris et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s lors d\u2019une rencontre ult\u00e9rieure de ce m\u00eame ministre avec le Haut-repr\u00e9sentant Josep Borrell. Fait remarquable, la th\u00e9matique de l’autonomie strat\u00e9gique europ\u00e9enne n’appara\u00eet pas lors de ces rencontres. Ce distinguo n\u2019est pas anodin. <\/p>\n\n\n\n Mario Draghi a d\u00e9fendu une position de souverainet\u00e9 europ\u00e9enne en mati\u00e8re de vaccins <\/span>6<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Il a pris pied dans le volet industriel et commercial de la vision d\u2019autonomie europ\u00e9enne, une interpr\u00e9tation qui rejoint celle de Berlin, en se concentrant sur la bataille essentielle de la disponibilit\u00e9 des vaccins. Mais il faut \u00e9galement souligner comment Mario Draghi a invoqu\u00e9 lors de son discours programmatique la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une souverainet\u00e9 europ\u00e9enne partag\u00e9e l\u00e0 o\u00f9 la souverainet\u00e9 \u00e9tatique est inefficace. Il exprime ainsi un m\u00e9canisme de \u00ab souverainet\u00e9 subsidiaire \u00bb qui appara\u00eet comme extr\u00eamement r\u00e9v\u00e9lateur de sa vision pro-europ\u00e9enne <\/span>7<\/sup><\/a><\/span><\/span>. <\/p>\n\n\n\n Mario Draghi a pris pied dans le volet industriel et commercial de la vision d\u2019autonomie europ\u00e9enne, une interpr\u00e9tation qui rejoint celle de Berlin, en se concentrant sur la bataille essentielle de la disponibilit\u00e9 des vaccins. <\/p>Jean-Pierre Darnis<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n La vision fran\u00e7aise d\u2019une \u00ab autonomie strat\u00e9gique europ\u00e9enne \u00bb qui a fait flor\u00e8s depuis 2020<\/a> inclut la politique de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9, en se voulant quelque part le synonyme d\u2019une mont\u00e9e en puissance de l\u2019Europe sur tous les fronts. <\/p>\n\n\n\n Cependant, cette question de \u00ab l\u2019autonomie strat\u00e9gique europ\u00e9enne \u00bb en mati\u00e8re de d\u00e9fense devient plus articul\u00e9e en Italie alors que l\u2019on assiste \u00e0 une reprise du dialogue avec la nouvelle administration Biden. Aussi bien l\u2019intervention de Mario Draghi lors du sommet europ\u00e9en de fin f\u00e9vrier <\/span>8<\/sup><\/a><\/span><\/span> que les d\u00e9clarations r\u00e9centes du ministre Guerini apportent des nuances au sein de ce concept d\u2019autonomie strat\u00e9gique que l\u2019on ne remet pas en cause de fa\u00e7on frontale mais que l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9cliner en insistant sur le caract\u00e8re vertueux de la \u00ab boussole strat\u00e9gique \u00bb dans exercice qui doit par d\u00e9finition tendre \u00e0 la compl\u00e9mentarit\u00e9 avec l\u2019OTAN <\/span>9<\/sup><\/a><\/span><\/span>. Cette \u00e9volution s\u00e9mantique provoque une diff\u00e9renciation de taille qui vise \u00e0 ne pas offusquer les Am\u00e9ricains. <\/p>\n\n\n\n Il s\u2019agit d\u2019un \u00e9l\u00e9ment important qui d\u00e9termine \u00e0 la fois les termes de convergences ult\u00e9rieures entre l\u2019Italie et la France lorsqu\u2019on parle de souverainet\u00e9 industrielle, technologique ou commerciale mais permet aussi d\u2019\u00e9mettre un signal d\u2019attention \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la formulation d\u2019une politique d\u2019autonomie europ\u00e9enne pour la d\u00e9fense qui par le biais de la \u00ab boussole strat\u00e9gique \u00bb repr\u00e9sente une continuit\u00e9 en mati\u00e8re de Politique de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense commune (PSDC) et de rapports avec l\u2019OTAN.<\/p>\n\n\n\n Ce param\u00e8tre doit \u00eatre ajust\u00e9 de fa\u00e7on fine, car il ne faudrait pas qu\u2019un manque de convergence sur ces th\u00e8mes emp\u00eache le d\u00e9ploiement d\u2019un agenda europ\u00e9en plus substantiel, ce qui ferait le bonheur des comp\u00e9titeurs externes de l\u2019Union europ\u00e9enne. <\/p>\n\n\n\n C\u2019est donc dans ce contexte du r\u00e9alignement de la g\u00e9opolitique italienne qu\u2019il convient d\u2019analyser l\u2019\u00e9volution du rapport avec la France.<\/p>\n\n\n\n Depuis 2019 la France et l\u2019Italie ont reconstruit leurs rapports bilat\u00e9raux, de fa\u00e7on \u00e0 tourner la page de la crise bilat\u00e9rale qui avait connu son paroxysme entre 2017 et 2019 <\/span>10<\/sup><\/a><\/span><\/span>. M\u00eame si les relations sont d\u00e9sormais au beau fixe, les responsables de part et d\u2019autre des Alpes conservent la m\u00e9moire des tensions pr\u00e9c\u00e9dentes : ce rapport est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9 comme d\u00e9licat et donc objet d\u2019attention. <\/p>\n\n\n\n Les premiers pas de l\u2019ex\u00e9cutif Draghi ont marqu\u00e9 l\u2019affirmation du gouvernement italien \u00e0 propos du dossier de la souverainet\u00e9 en mati\u00e8re de production et de commerce des vaccins, mais aussi et surtout la priorit\u00e9 donn\u00e9e au plan de relance. Ces deux \u00e9l\u00e9ments repr\u00e9sentent des points de convergence importants entre la France et l\u2019Italie. Tout d\u2019abord le plan europ\u00e9en de relance doit beaucoup \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019Emmanuel Macron qui, alli\u00e9 \u00e0 Angela Merkel, a su convaincre l\u2019Union de la n\u00e9cessit\u00e9 et de l\u2019opportunit\u00e9 de d\u00e9gager ce type d\u2019instruments qui peuvent potentiellement b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 l\u2019Italie. Cette action politique a permis aux italiens d\u2019effacer nombre des ranc\u0153urs exprim\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre du pr\u00e9sident fran\u00e7ais pour appr\u00e9cier la solidarit\u00e9 manifeste dans le contexte de la crise. Le plan de relance europ\u00e9en repr\u00e9sente donc le facteur principal qui contribue \u00e0 une perception positive de l\u2019Europe dans le cycle politique r\u00e9cent. <\/p>\n\n\n\n Mais la crise du Covid et la croissance de la gestion europ\u00e9enne des vaccins ont \u00e9galement montr\u00e9 les convergences entre l\u2019Italie et la France en mati\u00e8re industrielle, avec la position d\u00e9termin\u00e9e de Mario Draghi en mati\u00e8re d\u2019autorisation d\u2019exportation de vaccins.<\/p>\n\n\n\n Ainsi nous avons deux \u00e9l\u00e9ments relativement nouveaux qui d\u00e9terminent une convergence potentielle entre Rome et Paris, et ce d\u2019autant plus que la croissance des agendas europ\u00e9ens aussi bien \u00e0 Paris qu\u2019\u00e0 Rome cr\u00e9e un parall\u00e9lisme et permet d\u2019\u00e9carter l\u2019id\u00e9e d\u2019une relation bilat\u00e9rale qui serait une fin \u00e0 soi : c\u2019est bien dans le contexte europ\u00e9en que ce renforcement s\u2019inscrit et cela doit se faire en compl\u00e9ment, et non pas en opposition, du rapport avec l\u2019Allemagne.<\/p>\n\n\n\n Il s\u2019agit d\u2019un v\u00e9ritable pivot dans les relations italo-fran\u00e7aises, une ouverture que les ministres fran\u00e7ais Cl\u00e9ment Beaune<\/a> ou Bruno Le Maire se sont empress\u00e9s d\u2019exprimer lors de r\u00e9centes visites \u00e0 Rome. Ces synergies viennent croiser la vision de triangulation d\u2019un Mario Draghi qui a d\u00e9clar\u00e9 sa volont\u00e9 de faire progresser les rapports avec la France et l\u2019Allemagne. <\/p>\n\n\n\n L\u2019agenda europ\u00e9en est central dans la vision r\u00e9formiste de Draghi, ce qui dessine les contours d\u2019une action incisive \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Commission Europ\u00e9enne, un dessein qui a certainement besoin de cultiver l\u2019appui de la France et de l\u2019Allemagne <\/span>11<\/sup><\/a><\/span><\/span>.<\/p>\n\n\n\n Dans ce contexte il appara\u00eet comme opportun d’institutionnaliser encore davantage les rapports entre la France et l\u2019Italie, en faisant en sorte qu\u2019aboutisse la signature d\u2019un trait\u00e9 bilat\u00e9ral en cours d\u2019\u00e9laboration, le \u00ab Trait\u00e9 du Quirinal \u00bb, qui s\u2019inspire du mod\u00e8le franco-allemand du trait\u00e9 de l\u2019\u00c9lys\u00e9e pour solidifier les rapports intergouvernementaux. Il faut noter \u00e0 ce propos qu\u2019\u00e0 la fois la modification de la perception \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Pr\u00e9sident fran\u00e7ais, mais aussi l\u2019\u00e9largissement de la coalition de gouvernement semble d\u00e9finir une fen\u00eatre d\u2019opportunit\u00e9 pour la signature d\u2019un trait\u00e9 qui est \u00e9galement soutenu par la pr\u00e9sidence de la r\u00e9publique italienne. <\/p>\n\n\n\n Il appara\u00eet comme opportun d’institutionnaliser encore davantage les rapports entre la France et l\u2019Italie, en faisant en sorte qu\u2019aboutisse la signature d\u2019un trait\u00e9 bilat\u00e9ral en cours d\u2019\u00e9laboration, le \u00ab Trait\u00e9 du Quirinal \u00bb, qui s\u2019inspire du mod\u00e8le franco-allemand du trait\u00e9 de l\u2019\u00c9lys\u00e9e pour solidifier les rapports intergouvernementaux.<\/p>Jean-Pierre Darnis<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n