{"id":103834,"date":"2021-03-21T18:46:15","date_gmt":"2021-03-21T17:46:15","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/?p=103834"},"modified":"2021-03-22T09:35:41","modified_gmt":"2021-03-22T08:35:41","slug":"pour-une-gouvernance-mondiale-democratique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2021\/03\/21\/pour-une-gouvernance-mondiale-democratique\/","title":{"rendered":"Pour une gouvernance mondiale d\u00e9mocratique"},"content":{"rendered":"\n
Cet article est disponible en version anglaise<\/a> sur le site du Groupe d’\u00e9tudes g\u00e9opolitiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n Le coronavirus est une affaire mondiale. Les flux migratoires sont une affaire mondiale. Le r\u00e9chauffement climatique est une affaire mondiale. Les in\u00e9galit\u00e9s sociales sont une affaire mondiale. La fraude fiscale est une affaire mondiale. L\u2019\u00e9galit\u00e9 homme-femme est une affaire mondiale. La libert\u00e9 de la presse est une affaire mondiale. Ces \u00ab affaires \u00bb n\u2019engagent pas l\u2019existence d\u2019un peuple, d\u2019un \u00c9tat ou d\u2019un continent ; elles engagent l\u2019existence de tous les peuples, de tous les \u00c9tats, de tous les continents. Au m\u00eame moment. Il serait donc illusoire de penser ou laisser croire que chaque peuple, chaque \u00c9tat, chaque continent peut r\u00e9gler ces affaires \u00ab \u00e0 sa mani\u00e8re \u00bb, \u00ab selon sa libre d\u00e9cision \u00bb. Il faut abandonner le principe de souverainet\u00e9, principe devenu inutile et dangereux, abandonner le cadre national-\u00e9tatique et proposer le principe de solidarit\u00e9 pour (re)fonder l\u2019ordre politique mondial qui vient.<\/p>\n\n\n\n En 1941, Ernesto Rossi et Alterio Spinelli, militants antifascistes enferm\u00e9s dans la prison de l\u2019\u00eele de Ventotene \u00e9crivent un manifeste encore plus d\u2019actualit\u00e9 en ce d\u00e9but de XXIe <\/sup>si\u00e8cle : \u00ab L\u2019id\u00e9ologie de la souverainet\u00e9 nationale a constitu\u00e9 un puissant levain de progr\u00e8s ; elle a permis de surmonter bien des divergences bas\u00e9es sur l\u2019esprit de clocher dans l\u2019optique d\u2019une plus vaste solidarit\u00e9 contre l\u2019oppression des dominateurs \u00e9trangers. Elle portait cependant en soi les germes de l\u2019imp\u00e9rialisme capitaliste. La souverainet\u00e9 absolue des \u00c9tats nations a conduit \u00e0 la volont\u00e9 de domination de chacun d\u2019eux, vu que chacun se sent menac\u00e9 par la puissance des autres et consid\u00e8re comme son \u2018espace vital\u2019 des territoires de plus en plus vastes devant lui permettre de se mouvoir librement et de s\u2019assurer ses moyens de subsistance sans d\u00e9pendre de personne. En cons\u00e9quence de cela, de garant de la libert\u00e9 des citoyens, l\u2019\u00c9tat s\u2019est transform\u00e9 en patron de sujets tenus \u00e0 son service. Le probl\u00e8me qu\u2019il faut r\u00e9soudre tout d\u2019abord \u2013 sous peine de rendre vain tout autre progr\u00e8s \u00e9ventuel \u2013 c\u2019est l\u2019abolition d\u00e9finitive de la division de l\u2019Europe en \u00c9tats nationaux souverains <\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Cette conclusion en forme d\u2019invitation n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 entendue au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Elle doit l\u2019\u00eatre aujourd\u2019hui, en 2021, pour sortir de la polycrise. Comme la Renaissance a fait \u00e9merger le principe de souverainet\u00e9 et l\u2019\u00c9tat, la mondialisation impose un autre principe d\u2019organisation politique : le principe de solidarit\u00e9 entre les peuples pour g\u00e9rer leurs biens communs en se dotant d\u2019institutions mondiales.<\/p>\n\n\n\n Objectivement, toutes les \u00e9conomies, toutes les musiques, toutes les id\u00e9es, toutes les \u00e9motions sont connect\u00e9es. Objectivement, tous les peuples forment une communaut\u00e9 humaine mondiale multiculturelle. Objectivement, les humains partagent les m\u00eames situations, connaissent les m\u00eames conditions et vivent les m\u00eames \u00e9v\u00e8nements qui les constituent en un \u00catre historique mondial. Et ce depuis longtemps s\u2019il faut en croire Montaigne affirmant que \u00ab chaque homme porte la forme enti\u00e8re de l\u2019humaine condition<\/em> \u00bb. Mais, subjectivement, cette humaine condition, cet \u00catre historique mondial, cette communaut\u00e9 d\u2019existence n\u2019\u00e9tait pas ressentie par les peuples. Parce que tous les savoirs conduisaient chaque peuple \u00e0 se vivre comme une singularit\u00e9 irr\u00e9ductible. Parce que la r\u00e9action spontan\u00e9e, aujourd\u2019hui encore, est d\u2019objecter que les diff\u00e9rences culturelles, d\u00e9mographiques, religieuses, \u00e9conomiques et politiques au sein du Monde interdisent de poser l\u2019existence d\u2019un \u00catre historique mondial. <\/p>\n\n\n\n Mais, \u00e0 ce titre, il deviendrait vite impossible de parler d\u2019un \u00catre historique fran\u00e7ais au regard des pratiques sociales qui varient parfois fortement d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de l\u2019hexagone. Sauf \u00e0 d\u00e9finir la soci\u00e9t\u00e9 comme une r\u00e9union de clones, la diversit\u00e9 et m\u00eame les diff\u00e9rences n\u2019emp\u00eachent pas de faire soci\u00e9t\u00e9 ; elle en est au contraire la condition puisque faire soci\u00e9t\u00e9 c\u2019est toujours s\u2019associer avec un autre que soi-m\u00eame en trouvant avec cet autre les int\u00e9r\u00eats, les principes, les valeurs qui peuvent faire lien. L\u2019\u00catre historique mondial n\u2019est pas l\u2019expression d\u2019un devenir h\u00e9g\u00e9lien de l\u2019\u00catre historique europ\u00e9en ou occidental. Il est construit et il se construit par la facult\u00e9 des peuples de raisonner les uns avec les autres leurs ressemblances, leurs diff\u00e9rences, leurs correspondances.<\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00catre historique mondial n\u2019est pas l\u2019expression d\u2019un devenir h\u00e9g\u00e9lien de l\u2019\u00catre historique europ\u00e9en ou occidental. Il est construit et il se construit par la facult\u00e9 des peuples de raisonner les uns avec les autres leurs ressemblances, leurs diff\u00e9rences, leurs correspondances.<\/p>dominique rousseau<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Aujourd\u2019hui, le subjectif rejoint l\u2019objectif. Par la multiplication des crises \u2013 sociale, environnementale, sanitaire, etc \u2013 les peuples prennent conscience de \u00ab leur communaut\u00e9 de destins \u00bb selon les mots d\u2019Edgar Morin, ressentent dans leur \u00eatre ce que les artistes chantaient en 1985 : \u00ab we are the world <\/em> \u00bb. Avec le coronavirus, chaque peuple fait l\u2019exp\u00e9rience de la n\u00e9cessaire coordination mondiale des scientifiques \u2013 qui ne sont pas tous dans un m\u00eame pays ! \u2013 pour trouver le bon traitement ; fait l\u2019exp\u00e9rience de la formule jusque-l\u00e0 abstraite et lointaine \u00ab la sant\u00e9 est un bien commun mondial \u00bb ; fait l\u2019exp\u00e9rience des syst\u00e8mes \u00e9conomiques qui les lient et les obligent \u00e0 penser ensemble les modes de sortie de crise.<\/p>\n\n\n\n Cette exp\u00e9rience sensible ne doit pas \u00eatre perdue ; elle doit se faire exp\u00e9rimentation selon le processus d\u00e9crit par John Dewey, c\u2019est-\u00e0-dire, manifestation par des actes et par des institutions de la conscience qu\u2019ont les peuples de leurs exp\u00e9riences relationnelles. Si la sant\u00e9 est maintenant ressentie comme un bien commun mondial et non comme un concept, il devient possible de d\u00e9connecter ce bien des institutions \u00e9tatiques-nationales pour le confier \u00e0 une institution mondiale. Et il en est ainsi de la question du climat, de biodiversit\u00e9, des flux migratoires, de la fraude fiscale, etc.<\/p>\n\n\n\n Que le moment historique invite \u00e0 penser une gouvernance qui ne soit pas seulement mondiale mais aussi d\u00e9mocratique conduit \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019acte juridique par lequel s\u2019exprime le principe d\u00e9mocratique : la constitution. Le constitutionnalisme \u00ab global \u00bb, \u00ab international \u00bb, \u00ab mondial \u00bb, \u00ab post-national \u00bb est, r\u00e9cemment, devenu un th\u00e8me de r\u00e9flexion des juristes internistes comme internationalistes. Et, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, les auteurs font ressortir les caract\u00e8res contradictoire, illogique et aberrant de cette notion. Et ils ont raison. <\/p>\n\n\n\n Il est contradictoire de penser une constitution post-nationale alors que la constitution est \u00ab le g\u00e9nie d\u2019un peuple \u00bb et qu\u2019il n\u2019existe pas de peuple post-national. Il est illogique de concevoir une constitution mondiale s\u2019imposant aux \u00c9tats alors que l\u2019ordre d\u00e9mocratique international est fond\u00e9 sur le respect du principe de souverainet\u00e9 de chaque \u00c9tat. Il est aberrant d\u2019imaginer qu\u2019une constitution mondiale puisse exprimer le vivre-ensemble de peuples aux histoires, traditions et cultures diff\u00e9rentes. Ils ont raison \u2026 si et seulement si la r\u00e9flexion reste enferm\u00e9e dans le cadre conceptuel h\u00e9rit\u00e9 des XVIIIe<\/sup> et XIXe<\/sup> si\u00e8cles, c\u2019est-\u00e0-dire, un cadre qui pense lier ensemble constitution, \u00c9tat, Nation et souverainet\u00e9. Or, ce cadre, qui, \u00e0 son \u00e9poque, a \u00ab r\u00e9volutionn\u00e9 \u00bb le r\u00e9gime de compr\u00e9hension et de perception de l\u2019ordre des choses, doit, aujourd\u2019hui, \u00eatre repens\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de la soci\u00e9t\u00e9 globale. Tous les cadres conceptuels bougent sous l\u2019effet de la globalisation ; celui qui raconte le droit aussi. <\/p>\n\n\n\n Ce cadre conceptuel h\u00e9rit\u00e9 des XVIIIe<\/sup> et XIXe<\/sup> si\u00e8cles qui, \u00e0 son \u00e9poque, a \u00ab r\u00e9volutionn\u00e9 \u00bb le r\u00e9gime de compr\u00e9hension et de perception de l\u2019ordre des choses, doit, aujourd\u2019hui, \u00eatre repens\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de la soci\u00e9t\u00e9 globale. Tous les cadres conceptuels bougent sous l\u2019effet de la globalisation ; celui qui raconte le droit aussi. <\/p>dominique rousseau<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n Jusqu\u2019\u00e0 une \u00e9poque r\u00e9cente et peut-\u00eatre encore aujourd\u2019hui, les rapports entre droit international et droit constitutionnel \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s sous la double figure oppos\u00e9e du monisme et du dualisme.<\/p>\n\n\n\n Pour les partisans de la repr\u00e9sentation dualiste <\/em>comme l\u2019allemand Heinrich Triepel ou l\u2019italien Dionisio Anzilotti, le droit interne et en particulier le droit constitutionnel et le droit international constituent deux syst\u00e8mes juridiques \u00e9gaux, deux disciplines \u00e9trang\u00e8res l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, ind\u00e9pendantes et isol\u00e9es l\u2019une de l\u2019autre. La validit\u00e9 des normes internes est ind\u00e9pendante de leur conformit\u00e9 au droit international. Cette s\u00e9paration des deux disciplines est fond\u00e9e, selon les dualistes, sur la diff\u00e9rence des sources, des instruments juridiques et des destinataires. Le droit constitutionnel s\u2019exprime par la volont\u00e9 d\u2019un \u00c9tat, le droit international par l\u2019accord de plusieurs \u00c9tats ; le droit constitutionnel se manifeste par la constitution qui est un acte unilat\u00e9ral, le droit international par un trait\u00e9 qui est un acte contractuel ; le droit constitutionnel a pour destinataires les citoyens, le droit international les \u00c9tats. Les deux ordres \u00e9tant s\u00e9par\u00e9s, il ne peut y avoir de conflits normatifs entre eux et les normes d\u2019un ordre ne sont pas obligatoires dans et pour l\u2019autre ordre.<\/p>\n\n\n\n Pour les partisans de la th\u00e8se moniste<\/em>, le droit international et le droit interne constituent un seul et m\u00eame ordre au sein duquel les deux types de normes, internationales et internes, sont subordonn\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Pour les uns, par exemple l\u2019\u00c9cole de Bonn repr\u00e9sent\u00e9e notamment par Erich Kaufmann, Max Wenzel (1920), le monisme est \u00e0 primaut\u00e9 du droit interne puisque c\u2019est la constitution de l\u2019\u00c9tat qui fonde les comp\u00e9tences internationales de l\u2019\u00c9tat et la place des trait\u00e9s internationaux. Pour d\u2019autres, et par exemple \u00ab l\u2019\u00c9cole normativiste autrichienne repr\u00e9sent\u00e9e par Kelsen et Verdross et d\u00e9fendue en France par Duguit et Scelle, le monisme est \u00e0 primaut\u00e9 du droit international car ce dernier conditionne le droit interne et se trouve \u00ab au sommet de l\u2019\u00e9difice juridique universel \u00bb selon la formule de Verdross. <\/p>\n\n\n\n Le choix serait donc entre l\u2019indiff\u00e9rence ou la soumission. L\u2019indiff\u00e9rence entre le droit international et le droit constitutionnel pour l\u2019\u00e9cole dualiste qui ne permettrait pas de penser l\u2019internationalisation du droit constitutionnel. Ou la soumission du droit international au droit constitutionnel ou du droit constitutionnel au droit international pour l\u2019\u00e9cole moniste. Kelsen est certainement celui qui a le plus fortement th\u00e9oris\u00e9 cette soumission par sa m\u00e9taphore de la pyramide des normes : \u00ab il ne saurait y avoir entre deux ordres normatifs, \u00e9crit-il, qu\u2019un seul type de relation, celui d\u2019ordres partiels et subordonn\u00e9s dans l\u2019unit\u00e9 sup\u00e9rieure d\u2019un ordre total \u00bb.<\/p>\n\n\n\n Or, ces repr\u00e9sentations ne sont plus aptes aujourd\u2019hui \u00e0 rendre compte des rapports entre droit constitutionnel et droit international. Le moment pr\u00e9sent de l\u2019internationalisation sociale oblige \u00e0 repenser la structure de l\u2019ordre juridique (I) et la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette nouvelle structure (II).<\/p>\n\n\n\n L\u2019inad\u00e9quation de la repr\u00e9sentation kels\u00e9nienne \u2013 monisme avec primaut\u00e9 du droit international \u2013 ne tient pas seulement \u00e0 la mondialisation. <\/em>Elle tient d\u2019abord \u00e0 la structure logique de la th\u00e9orie kels\u00e9nienne. En effet, sa conception pyramidale heurte sa propre conception de l\u2019interpr\u00e9tation des normes puisque, selon Kelsen, les juges ne sont pas dans une situation de subordination par rapport aux normes ; ils doivent, pour les appliquer, d\u00e9terminer leur signification, c\u2019est-\u00e0-dire, les faire passer de la qualit\u00e9 d\u2019\u00e9nonc\u00e9s juridiques \u00e0 celle de normes juridiques et par cons\u00e9quent le juge interne se trouve ma\u00eetre de la norme internationale. D\u2019autre part, la pyramide ne tient debout selon Kelsen lui-m\u00eame que par la norme hypoth\u00e9tico-logique, la fameuse \u00ab Grundnorm<\/em> \u00bb ; or, alors que la constitution devrait d\u00e9couler de la norme fondamentale, c\u2019est la constitution, norme inf\u00e9rieure, qui est cens\u00e9e appeler l\u2019hypoth\u00e8se de norme qui lui est sup\u00e9rieure pour qu\u2019elle lui apparaisse inf\u00e9rieure ! <\/p>\n\n\n\n \u00c9videmment, l\u2019internationalisation, c\u2019est-\u00e0-dire, l\u2019\u00e9mergence d\u2019un espace mondial commun d\u2019application des droits a mis au jour les contradictions logiques de la repr\u00e9sentation pyramidale en montrant un enchev\u00eatrement non hi\u00e9rarchis\u00e9 des droits. Le XIXe <\/sup>si\u00e8cle fut celui o\u00f9 chaque \u00c9tat a mis de l\u2019ordre dans le chaos par la production d\u2019une constitution ; le XXe<\/sup> si\u00e8cle celui o\u00f9 les \u00c9tats ont construit les relations entre les ordres internes, ce qu\u2019on appelle le temps des rapports de syst\u00e8me ; le XXIe<\/sup> si\u00e8cle est celui o\u00f9 le droit ne se pense plus en termes \u00ab interne\u202f\/\u202fexterne \u00bb mais en termes d\u2019ordre global. Sur le plan s\u00e9mantique, il peut \u00eatre int\u00e9ressant d\u2019observer que le droit europ\u00e9en se raconte de plus en plus dans le vocabulaire constitutionnel : la CEDH dit que la Convention est \u00ab l\u2019instrument constitutionnel de l\u2019ordre juridique europ\u00e9en \u00bb et la Cour de Luxembourg qualifie les trait\u00e9s instituant l\u2019Union europ\u00e9enne de \u00ab charte constitutionnelle \u00bb. Et il en est de m\u00eame pour les textes instituant l\u2019ONU, l\u2019OIT, l\u2019OMS, etc. <\/p>\n\n\n\n Ce glissement s\u00e9mantique ouvre sur des th\u00e9ories alternatives \u00e0 celle de la hi\u00e9rarchie des syst\u00e8mes de droits. <\/em>Certains essaient de sauver la vision kels\u00e9nienne est proposant le mod\u00e8le d\u2019une pluralit\u00e9 de pyramides normatives. D\u2019autres, comme Ingolf Pernice, opposent au mod\u00e8le pyramidal celui du \u00ab multilevel constitutionnalism <\/em> \u00bb. <\/em>D\u2019autres aussi, comme Fran\u00e7ois Ost ou Mireille Delmas-Marty, proposent un changement radical de paradigme en pensant les droits non plus sous la figure de la pyramide mais sous celle du r\u00e9seau. L\u2019internationalisation se manifeste par des processus d\u2019interactions des syst\u00e8mes constitutionnels qui mettent en \u0153uvre une communicabilit\u00e9 juridique. Dans ce syst\u00e8me en r\u00e9seau, aucun \u00e9l\u00e9ment du r\u00e9seau n\u2019est privil\u00e9gi\u00e9 par rapport \u00e0 un autre, aucun n\u2019est uniquement subordonn\u00e9 \u00e0 tel ou tel autre. Les droits constitutionnels sont connect\u00e9s les uns aux autres, r\u00e9troagissent les uns sur les autres, cassent ainsi et la conception classique d\u2019un droit constitutionnel national incommunicable et la conception d\u2019un droit international s\u00e9par\u00e9 des droits constitutionnels.<\/p>\n\n\n\n L\u2019ordre juridique mondial peut se raconter sous le signe d\u2019une \u00e9toile. Il se construit par et avec les identit\u00e9s constitutionnelles. Il n\u2019est pas une pyramide mais une \u00e9toile dont les branches sont les identit\u00e9s constitutionnelles, une \u00e9toile qui tire son \u00e9nergie vitale de ses branches et qui donne \u00e0 ses branches leur rayonnement et leur luminosit\u00e9.<\/p>dominique rousseau<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n L\u2019ordre juridique mondial peut se raconter sous le signe d\u2019une \u00e9toile. Il se construit par et avec les identit\u00e9s constitutionnelles. En d\u2019autres termes, il n\u2019est pas une pyramide mais une \u00e9toile dont les branches sont les identit\u00e9s constitutionnelles, une \u00e9toile qui tire son \u00e9nergie vitale de ses branches et qui donne \u00e0 ses branches leur rayonnement et leur luminosit\u00e9. L\u2019ordre juridique mondial n\u2019est pas le seul niveau de production normative ni un niveau autonome. Il puise dans les traditions constitutionnelles des \u00c9tats membres ses principes g\u00e9n\u00e9raux, il prend dans les jurisprudences constitutionnelles son raisonnement, il laisse aux \u00c9tats une marge d\u2019appr\u00e9ciation dans la mise en \u0153uvre des droits fondamentaux, \u2026 En un mot, il fait vivre et vit de plusieurs niveaux de production normative, local, r\u00e9gional, national et international sans qu\u2019un de ces niveaux soit, une fois pour toutes, en position de surplomb. Tous concourent et participent \u00e0 la production de l\u2019\u00e9toile constitutionnelle mondiale. En ce sens rencontre le mouvement d\u2019internationalisation d\u00e9s\u00e9tatique le constitutionnalisme contemporain.<\/p>\n\n\n\n Si le droit se pense d\u00e9sormais en r\u00e9seau ou en \u00e9toile, alors il est possible de penser l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle discipline, d\u2019un nouveau savoir, d\u2019un nouveau r\u00e9gime d\u2019intelligibilit\u00e9 de l\u2019ordre juridique : le droit constitutionnel global ou international.<\/p>\n\n\n\n
<\/a>T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n1. L\u2019affirmation d\u2019une nouvelle repr\u00e9sentation d\u2019une gouvernance mondiale d\u00e9mocratique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n
1.A. La repr\u00e9sentation d\u2019une gouvernance en r\u00e9seaux<\/strong><\/h3>\n\n\n\n
1.B. L\u2019affirmation d\u2019un constitutionnalisme mondial<\/strong><\/h3>\n\n\n\n