{"id":10269,"date":"2018-05-23T08:00:02","date_gmt":"2018-05-23T06:00:02","guid":{"rendered":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/?p=10269"},"modified":"2021-06-24T11:20:53","modified_gmt":"2021-06-24T09:20:53","slug":"nous-avons-rencontre-christian-grataloup","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/05\/23\/nous-avons-rencontre-christian-grataloup\/","title":{"rendered":"L’imaginaire des continents, une conversation avec Christian Grataloup"},"content":{"rendered":"\n

Pour son premier entretien, le Programme GEG cartographie a choisi de rencontrer Christian Grataloup dans son bureau de l\u2019Institut de G\u00e9ographie, rue Saint-Jacques \u00e0 Paris. G\u00e9ohistorien et professeur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris Diderot, Christian Grataloup a notamment \u00e9crit une <\/em>G\u00e9ohistoire de la mondialisation (2015) et <\/em>L’invention des continents (2009). L\u2019occasion pour nous de discuter de l\u2019id\u00e9e d\u2019Europe, de la notion de continent et de son impact sur notre lecture du monde<\/em> <\/span>1<\/sup><\/a><\/span><\/span>.
<\/p>\n\n\n\n

Qu\u2019est-ce que l\u2019Europe ?<\/h3>\n\n\n\n

D\u2019abord, je me garderais bien de d\u00e9finir des fronti\u00e8res pour d\u00e9finir l\u2019Europe. Je vais plut\u00f4t faire comme l\u2019Union europ\u00e9enne et tout garder. Le plus simple est d\u2019utiliser le terme de civilisation, bien qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9nu\u00e9 de tout son poids d\u2019usage par Samuel Huntington. C\u2019est-\u00e0-dire une aire culturelle qui a une existence historique de l\u2019ordre d\u2019un millier d\u2019ann\u00e9es. C\u2019est peut-\u00eatre un peu plus mais la gen\u00e8se de l\u2019Europe est une transition. Elle repose sur une soci\u00e9t\u00e9 de christianisme latin. Il existe \u00e9galement une Europe plus ambig\u00fce, celle du christianisme grec.
Voil\u00e0 fondamentalement ce qu\u2019est l\u2019Europe. Ajoutons que c\u2019est en Europe qu\u2019est n\u00e9e la non-religion<\/em>, qui est \u00e9galement une forme de civilisation.
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C\u2019est donc par la culture que vous d\u00e9finissez l\u2019Europe ?
<\/h3>\n\n\n\n

Exactement, pour prendre une d\u00e9finition prudente. Aire culturelle \u00e9tant la mani\u00e8re politiquement correcte de dire civilisation.
<\/p>\n\n\n\n

L\u2019Europe est-elle une id\u00e9e avant d\u2019\u00eatre une structure politique ? Jacques Attali<\/a> pourrait r\u00e9pondre que la cr\u00e9ation de l\u2019id\u00e9e d\u2019Europe est n\u00e9e avec l\u2019apparition d\u2019un destin commun. Qu\u2019en pensez vous  ?<\/h3>\n\n\n\n

Je ne sais pas ce qu\u2019il entend par destin commun, s\u2019il s\u2019agit du trait\u00e9 de Rome, de l\u2019id\u00e9e d\u2019Union europ\u00e9enne ou d\u2019une id\u00e9e plus ancienne. Dans tous les cas une aire culturelle pourrait \u00eatre d\u00e9finie par l\u2019id\u00e9e d\u2019un destin commun. L\u2019id\u00e9e contemporaine d\u2019Europe existe en fonction du projet qu\u2019elle repr\u00e9sente et v\u00e9hicule.
<\/p>\n\n\n\n

De quelle destin\u00e9e parlons-nous ? Celle des hommes ou celle de la terre ?
<\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est une question de fond de la g\u00e9ographie : est-ce que nous \u00e9tudions des aires territoriales ou des populations qui d\u00e9finissent ces aires territoriales ? Il s\u2019agit bien \u00e9videmment des deux mais cette question nous am\u00e8ne au c\u0153ur de la question de l\u2019Europe. Je crois que nous sommes dans un paradoxe qui est que l\u2019Europe a d\u2019abord d\u00e9fini les d\u00e9coupages du monde pour se d\u00e9finir elle-m\u00eame puis a d\u00e9fini les autres par rapport \u00e0 elle. Vers l\u2019est c\u2019est l\u2019Asie et vers le sud c\u2019est l\u2019Afrique. L\u2019Europe est une cr\u00e9ation des Europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n

La cr\u00e9ation du niveau mondial a fait des Europ\u00e9ens la plus grande diaspora.<\/p>Christian Grataloup<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Les autres ensembles, qui ne forment pas forc\u00e9ment des aires culturelles coh\u00e9rentes, sont forc\u00e9ment des non-Europes. Paradoxalement, cette division locale s\u2019est impos\u00e9e parce que l\u2019Europe a cr\u00e9\u00e9 le niveau mondial. Les peuples europ\u00e9ens ont cr\u00e9\u00e9 le niveau mondial et ont de fait impos\u00e9 leur d\u00e9coupage. La cr\u00e9ation du niveau mondial a fait des Europ\u00e9ens eux-m\u00eames la plus grande diaspora. Cette diaspora repr\u00e9sente en gros l\u2019Occident d\u2019aujourd\u2019hui : l\u2019Am\u00e9rique du Nord, voire l\u2019essentiel de l\u2019Am\u00e9rique \u00e0 des degr\u00e9s de m\u00e9tissage diverses, des bribes en Afrique et toute l\u2019Oc\u00e9anie. L\u2019Occident est une sorte d\u2019Europe avec une minuscule. Les Europ\u00e9ens partagent le m\u00eame type de valeurs, longtemps consid\u00e9r\u00e9es comme universelles.
<\/p>\n\n\n\n

Votre r\u00e9flexion dans L’invention des continents<\/em> part de la Turquie, pays qui concentre \u00e0 lui seul la probl\u00e9matique continentale de l\u2019Europe.
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La date de sortie du livre (2009) \u00e9tait propice \u00e0 cette introduction : les Fran\u00e7ais venaient de se quereller \u00e0 propos de la candidature turque \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne. De fait, la d\u00e9finition des zones floues et des limites de l\u2019Europe ne pose pas toujours de soucis comme dans le Caucase. Demandez \u00e0 des G\u00e9orgiens, ou \u00e0 des Arm\u00e9niens, s\u2019ils sont ou non europ\u00e9ens, ils se d\u00e9clareront Europ\u00e9ens. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une question g\u00e9opolitique pour le moment. L\u2019Ukraine l\u2019est un peu plus, mais la question se pose \u00e9galement pour la Bi\u00e9lorussie et la Russie.
<\/p>\n\n\n\n

Le seul cas o\u00f9 il semble ne pas y avoir d\u2019\u00e9tats d\u2019\u00e2me est la limite m\u00e9diterran\u00e9enne, ce trait d\u2019union devenu coupure. Lorsqu\u2019en 1984 le Maroc a candidat\u00e9 \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne sa candidature rapidement \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e, en 1987, en suivant l’argument qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas europ\u00e9en, la limite de Gibraltar \u00e9tant prise comme un fait naturel. La Turquie d\u00e9pend du m\u00eame principe : comme Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing l\u2019a souvent dit, 95 % du territoire turc est en Asie, et les d\u00e9troits s\u00e9parent l\u2019Europe de l\u2019Asie.
<\/p>\n\n\n\n

C\u2019est justement l\u00e0 que cette question devient int\u00e9ressante : les hommes savent construire des ponts au dessus des d\u00e9troits. Surtout, chaque rive du d\u00e9troit a toujours fait partie de la m\u00eame entit\u00e9 politique. Poser une limite continentale l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a jamais, ou presque, eu de limite politique ne pose-t-il pas un probl\u00e8me m\u00e9thodologique ?
<\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est li\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la limite. La notion date du XVIIIe si\u00e8cle lorsque nous nous sommes mis \u00e0 tracer des limites partout et \u00e0 faire des choix conjoncturels comme celui de l\u2019Oural comme limite orientale de l\u2019Europe. Dans L\u2019Invention des continents, <\/em>j\u2019ai utilis\u00e9 la notion de \u00ab continent mou \u00bb. Il y a des parties du monde o\u00f9 nous savons o\u00f9 nous sommes, c\u2019est le cas en Afrique subsaharienne, en Europe de l\u2019Ouest et en Am\u00e9rique. Il y en a d\u2019autres comme l\u2019Asie o\u00f9 c\u2019est extr\u00eamement flou.
<\/p>\n\n\n\n

Penser l\u2019Europe comme une unit\u00e9, si on la d\u00e9finit comme un fait de civilisation, pose le probl\u00e8me des m\u00e9tissages et des r\u00e9gions de transitions et implique des zones discutables. Gardons \u00e0 l\u2019esprit que l\u2019Orient a parfois commenc\u00e9 \u00e0 Vienne. Les Balkans sont-ils europ\u00e9ens ? Cela semble \u00e9vident mais c\u2019est tr\u00e8s discutable, et pas parce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 ottomans mais parce qu\u2019ils sont une mosa\u00efque de populations dont des h\u00e9ritiers des Grecs. L\u2019Europe a cr\u00e9\u00e9 ses propres mythes, comme les racines grecques des nations europ\u00e9ennes.
<\/p>\n\n\n\n

De l\u00e0 la fameuse phrase de Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing \u00ab On ne fait pas attendre Platon. \u00bb…
<\/h3>\n\n\n\n

Oui, on voit bien que les Europ\u00e9ens ont fabriqu\u00e9 la Gr\u00e8ce dans les ann\u00e9es 1820, l\u2019ont port\u00e9 \u00e0 bout de bras et n\u2019en ont jamais fait quelque chose de viable. D\u2019une certaine mani\u00e8re la crise que la Gr\u00e8ce subit depuis dix ans na\u00eet d\u00e8s 1820.
<\/p>\n\n\n\n

Pour en revenir aux continents, d\u2019o\u00f9 vient la difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir un terme qui semble pourtant aller de soi et que chacun apprend d\u00e8s ses plus jeunes ann\u00e9es comme un \u00e9l\u00e9ment g\u00e9ographique intangible ?
<\/h3>\n\n\n\n

Les d\u00e9limitations des continents se sont faites au XVIIIe si\u00e8cle, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 tout avait besoin d\u2019\u00eatre class\u00e9. Il s\u2019agit du point d\u2019aboutissement de la pens\u00e9e europ\u00e9enne fond\u00e9e sur le tiers exclu. Il n\u2019est pas possible d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois l\u2019un et l\u2019autre, europ\u00e9en et asiatique par exemple, ni d\u2019accepter des espaces de transition. Il n\u2019y a pas plus de possibilit\u00e9s de changement. Il est \u00e9vident qu\u2019en tra\u00e7ant des limites nous avons cr\u00e9\u00e9 des cat\u00e9gories qui permettent de classer les lieux. C\u2019est \u00e0 partir de ce principe que nous avons d\u00e9cid\u00e9 au XVIIIe si\u00e8cle que Malte \u00e9tait europ\u00e9enne, d\u2019o\u00f9 sa possibilit\u00e9 d\u2019int\u00e9grer l\u2019Union europ\u00e9enne en 2004. Mais elle aurait tout \u00e0 fait pu \u00eatre africaine.
<\/p>\n\n\n\n

Ce cadre se pr\u00eatait bien \u00e0 l\u2019enseignement scolaire. L\u2019Europe est un objet id\u00e9ologique et intellectuel, j\u2019aime bien dire d\u2019ailleurs que c\u2019est moins par la g\u00e9ographie que par l\u2019histoire qu\u2019on impose l\u2019Europe. De m\u00eame qu\u2019il existe un roman national destin\u00e9 \u00e0 tous \u00e0 partir de l\u2019\u00e9cole \u00e9l\u00e9mentaire, il existe un roman europ\u00e9en enseign\u00e9 dans le secondaire qui commence par les racines orientales de l\u2019Europe (l\u2019\u00c9gypte antique, les H\u00e9breux, la M\u00e9sopotamie), suivi du miracle grec et des Romains. Viennent ensuite les affaires s\u00e9rieuses avec la dissolution de l\u2019Empire romain d\u2019Occident. Tout est construit autour de l\u2019axe europ\u00e9en. On a beau dire avec une perspective d\u2019histoire globale qu\u2019il ne faut plus le faire mais on ignore comment se passer de ce cadre.
<\/p>\n\n\n\n

L\u2019id\u00e9e d\u2019Europe a \u00e9t\u00e9 construite en particulier en France o\u00f9 le couple histoire \u2013 g\u00e9ographie fonctionnait bien : la g\u00e9ographie fournissait des cadres, des tables d\u2019histoire g\u00e9ographique sur lesquels pouvait s\u2019appuyer l\u2019apprentissage de l\u2019histoire. Les programmes du XIXe si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui ont conserv\u00e9 ce cadre. \u00c0 l\u2019\u00e9poque il d\u00e9marrait avec le monde puis l\u2019Europe jusqu\u2019\u00e0 evidemment la France lors de l\u2019ann\u00e9e de l\u2019examen. Jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, les programmes du CAPES \u00e9taient formul\u00e9s ainsi : la France, en Europe et dans le monde. La variation des \u00e9chelles reste la m\u00eame. De fait l\u2019Europe est un nous<\/em>, moins fort que les nations, mais un nous <\/em>quand m\u00eame. \u00catre europ\u00e9en <\/em>a un sens et comme ce sens remonte au latin m\u00e9di\u00e9val, il est solide.
<\/p>\n\n\n\n\n\n

\n \n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n \r\n <\/picture>\r\n \n
La Carte Vidal-Lablache n\u00b0312  : l\u2019Europe de l\u2019Atlantique \u00e0 l\u2019Oural.<\/figcaption>\n <\/a>\n<\/figure>\n\n\n

Quel a \u00e9t\u00e9 le r\u00f4le de la cartographie dans la construction de cet imaginaire ?
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La cartographie a effectivement particip\u00e9 \u00e0 la construction identitaire de l\u2019Europe. La carte de France, attention pas de la <\/em>France mais de France, est le portrait de l\u2019\u00eatre France. La carte de l\u2019Europe \u00ab de l\u2019Atlantique \u00e0 l\u2019Oural \u00bb pour parler comme le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle a cette m\u00eame fonction. Les cartes Vidal Lablache en sont un excellent exemple.
<\/p>\n\n\n\n

Si les cartes v\u00e9hiculent une vision du monde, elles n\u2019ont pas toujours impos\u00e9e cette division continentale. Vous \u00e9voquez les fameuses cartes \u00ab T dans l\u2019O \u00bb qui jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9couverte du nouveau monde \u00e9taient l\u2019unique moyen de repr\u00e9sentation du monde.
<\/h3>\n\n\n\n

En effet la d\u00e9couverte du nouveau monde fait oublier les cartes \u00ab T dans l\u2019O \u00bb. La mutation essentielle du XVIe si\u00e8cle n\u2019est pas l\u2019ajout d\u2019un quatri\u00e8me continent, d\u2019autant plus que le mot \u00ab continent \u00bb est encore peu utilis\u00e9. Seul Montaigne l\u2019emploie alors et le terme ne se d\u00e9mocratise vraiment qu\u2019au XVIIIe si\u00e8cle. Pendant longtemps, jusqu\u2019au milieu du XXe si\u00e8cle, la g\u00e9ographie fran\u00e7aise distinguait les parties du monde des continents.<\/p>\n\n\n\n

Pendant longtemps, jusqu\u2019au milieu du XXe si\u00e8cle, la g\u00e9ographie fran\u00e7aise distinguait les parties du monde des continents.<\/p>


<\/p>Christian Grataloup<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le terme continent signifie terre en continu et se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019ancien monde. On parle d\u2019ailleurs aujourd\u2019hui d\u2019Eufrasie ou d\u2019Eurasafrique, d\u00e9nominations qui expriment toujours l\u2019id\u00e9e d\u2019une terre en continu. Si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re d\u2019ailleurs aux variations du niveau marin d\u2019il y a 20 000 ans, il n\u2019y avait pas de mer Rouge ni de mer Noire<\/a> qui s\u00e9paraient l\u2019ancien monde, alors que l\u2019Atlantique existait.
<\/p>\n\n\n\n

Le terme de continent est une sorte de malhonn\u00eatet\u00e9 implicite qui laisse supposer que c\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne de nature. La justification naturelle a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e dans les ann\u00e9es 1960 par le mod\u00e8le de la tectonique des plaques : c\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9ologique auquel nous ne pouvons rien. Cette g\u00e9ographie naturelle est bien \u00e9videmment un mythe : les plaques tectoniques ne correspondent pas au d\u00e9coupage des continents. L\u2019Union africaine a eu la tentation de vouloir se caler sur les rifts et les failles pour d\u00e9couper des entit\u00e9s g\u00e9opolitiques qui justifient l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Afrique. Or \u00e7a ne fonctionne pas : l\u2019Afrique se retrouverait beaucoup plus fractionn\u00e9e que l\u2019Union africaine pourrait le croire et les limites seraient totalement farfelues. Ainsi, le nord de la Tunisie serait en Europe et le P\u00e9loponn\u00e8se serait en Afrique. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale ce type de discours pourrait aboutir \u00e0 des d\u00e9sastres \u00e9pouvantables avec la possibilit\u00e9 pour l\u2019Inde de revendiquer l\u2019Australie ou l\u2019inverse. Cette lecture est donc \u00e0 oublier.<\/p>\n\n\n\n

Le terme de continent est une sorte de malhonn\u00eatet\u00e9 implicite qui laisse supposer que c\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne de nature.<\/p>Christian Grataloup<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Les espaces marginaux ne sont pas mis en valeur. Que ce soit en haut \u00e0 gauche ou en \u00e0 droite de la carte les espaces sont soit vides soit la mer Noire et le Nil vont jusqu\u2019au bout de la carte, laissant penser que les trois parties du monde sont des \u00eeles. Jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui dans les cartes de l\u2019Europe, les marges (Asie centrale, Europe orientale) sont d\u00e9laiss\u00e9es et on ne sait qu\u2019en faire ni o\u00f9 les int\u00e9grer . Est-ce qu\u2019il n\u2019y a pas un impens\u00e9 des marges dans la g\u00e9ographie et dans la cartographie ?
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On ne peut pas vraiment comparer ces diff\u00e9rents moments. Les mappemondes m\u00e9di\u00e9vales n\u2019ont aucune pr\u00e9tention autre que la repr\u00e9sentation du message biblique et des trois peuples. Le message porte sur la vision globale du monde. Ces cartes sont orient\u00e9es vers l\u2019est car c\u2019est l\u00e0 que se trouve l\u2019emplacement du paradis terrestre. Le soleil s\u2019y l\u00e8ve et se couche au bas de la carte. L\u2019histoire se lit de haut en bas et au centre se trouve la ville du Christ et son tombeau : J\u00e9rusalem. La mappemonde appara\u00eet en m\u00eame temps que le calendrier chr\u00e9tien. C\u2019est un tout coh\u00e9rent purement th\u00e9ologique.
<\/p>\n\n\n\n

La question de la marge, si on l\u2019avait pos\u00e9 \u00e0 Thomas d\u2019Aquin, aurait \u00e9t\u00e9 sans aucun int\u00e9r\u00eat pour lui. Les mappemondes commencent \u00e0 se remplir \u00e0 partir du XIIIe si\u00e8cle lorsque la connaissance du monde se d\u00e9veloppe. Elles se remplissent \u00e0 la fois de ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9els et av\u00e9r\u00e9s mais aussi d\u2019\u00e9l\u00e9ments mythiques. La mappemonde d\u2019Hereford (cf. plus haut) en est un bon exemple. Elle contient une foule d\u2019informations et elle est d\u2019une \u00e9rudition extraordinaire. Elle associe aussi bien la mythologie antique – le Labyrinthe, les Colonnes d\u2019Hercule, l\u2019Arche de No\u00e9 – que des \u00e9l\u00e9ments non bibliques qui font partie du patrimoine commun du Proche-Orient comme Gog et Magog assimil\u00e9s aux cavaliers de l\u2019Apocalypse et li\u00e9s au mythe d\u2019Iskender, Alexandre le Grand en turc, qui a cr\u00e9\u00e9 les murailles de fer pour prot\u00e9ger le monde habit\u00e9 des cavaliers. Il s\u2019agit d\u2019un patrimoine de l\u2019ancien monde o\u00f9 l\u2019on repr\u00e9sente tout l\u2019imaginaire aussi bien historique que g\u00e9ographique. Il n\u2019y a aucun objectif de r\u00e9alisme. La cartographie r\u00e9aliste appara\u00eet plus tard, avec la boussole, lorsqu\u2019on se met \u00e0 faire des portulans et des cartes qui s\u2019affranchissent de ces images mythiques.
<\/p>\n\n\n\n

Et dans les cartes actuelles ?
<\/h3>\n\n\n\n

C\u2019est effectivement le cas mais la g\u00e9opolitique aime bien ce genre de flous mat\u00e9rialis\u00e9 par des espaces ind\u00e9cis. C\u2019est aussi le cas des espaces maritimes : l\u2019oc\u00e9an Arctique, si tant est qu\u2019il soit un oc\u00e9an, est l\u2019objet de tensions li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9limitation des fronti\u00e8res maritimes<\/a>. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, le cas de l\u2019Antarctique est tout autant frappant. Il y aura bien un jour des revendications territoriales pour l\u2019exploitation mini\u00e8re. C\u2019est vraiment le probl\u00e8me des marches qui est le plus \u00e9tudi\u00e9, le plus n\u00e9goci\u00e9 et qui suscite le plus d\u2019app\u00e9tit. Les fronti\u00e8res terrestres restent disput\u00e9es mais ne suscitent plus de probl\u00e8mes d\u2019\u00e9tablissement.
<\/p>\n\n\n\n

La d\u00e9nomination du nouveau monde, America, \u00e0 partir du nom de l\u2019explorateur Amerigo Vespucci, valide les repr\u00e9sentations m\u00e9di\u00e9vales mais aurait pu \u00eatre l\u2019occasion de repenser le d\u00e9coupage du monde. De quelle mani\u00e8re ?
<\/h3>\n\n\n\n

Les trois parties du monde T dans l\u2019O, h\u00e9rit\u00e9es de la th\u00e9ologie, ne sont ni des parties du monde \u00e0 proprement parler, ni des continents mais trois peuples auxquels on attribue trois territoires car ils sont cens\u00e9s partir dans trois directions diff\u00e9rentes depuis J\u00e9rusalem. Cette lecture th\u00e9ologique du monde aurait tr\u00e8s bien pu \u00eatre oubli\u00e9e de la m\u00eame mani\u00e8re que nous avons oubli\u00e9 les messages originaux des P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise. Cette lecture a persist\u00e9 au XVIe si\u00e8cle et s\u2019est fondue dans les repr\u00e9sentations des Modernes car elle fonctionnait bien pour d\u00e9crire l\u2019Europe par rapport au reste du monde auquel il suffisait de rajouter l\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n

Il y a une conscience europ\u00e9enne par rapport au reste du monde.<\/p>Christian Grataloup<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Le v\u00e9ritable changement est moins l\u2019utilisation du mot Am\u00e9rique, qui aurait pu \u00eatre Colombie, que l\u2019utilisation du mot Europe et surtout de l\u2019ethnonyme europ\u00e9en <\/em>qui appara\u00eet chez quelques auteurs comme Piccolomini \u00e0 partir du XVe si\u00e8cle et s\u2019impose v\u00e9ritablement au XVIe si\u00e8cle, non sans mal. Les termes d\u2019aire culturelle et \u00e9videmment de civilisation n\u2019\u00e9taient pas utilis\u00e9s et le mot Europe <\/em>se substitue \u00e0 celui de chr\u00e9tient\u00e9. D\u2019ailleurs Charles Quint rayait les occurrences d\u2019 \u00ab Europe \u00bb et les rempla\u00e7ait par \u00ab chr\u00e9tient\u00e9 \u00bb. On assiste bien \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une conscience collective. Elle existait d\u00e9j\u00e0 dans les si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents sous la forme de la chr\u00e9tient\u00e9 latine \u2013 c\u2019est \u00e0 dire les gens qui d\u00e9pendaient du pape et le reconnaissaient comme chef religieux principal \u2013 mais elle n\u2019est plus essentiellement religieuse. L\u2019id\u00e9e d\u2019Europe s\u2019impose dans un monde o\u00f9 justement l\u2019ob\u00e9issance au pape se r\u00e9duit avec la R\u00e9forme et l\u2019Anglicanisme. Dans le m\u00eame temps, commencent \u00e0 appara\u00eetre les libertins : des gens qui ne pensent plus la religion de la m\u00eame mani\u00e8re. Pourtant, tous ces gens se consid\u00e8rent encore comme appartenant \u00e0 un m\u00eame ensemble culturel.
<\/p>\n\n\n\n

L\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre europ\u00e9en s\u2019impose malgr\u00e9 la mont\u00e9e des \u00c9tats-nations au XVIIIe si\u00e8cle.<\/a> Il y a une conscience europ\u00e9enne par rapport au reste du monde. La poursuite des d\u00e9couvertes et les voyages des Europ\u00e9ens renforcent l\u2019id\u00e9e d\u2019une identit\u00e9 europ\u00e9enne. L\u2019unit\u00e9 de la chr\u00e9tient\u00e9 devient l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Europe. Elle ne se d\u00e9finit plus uniquement par des crit\u00e8res religieux qui deviennent subliminaux.<\/p>\n\n\n\n

Le besoin de lin\u00e9arit\u00e9 de la fronti\u00e8re est \u00e0 int\u00e9grer dans le mouvement intellectuel encyclop\u00e9dique, particuli\u00e8rement visible dans la botanique et la g\u00e9ologie. <\/p>Christian Grataloup<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Deuxi\u00e8me moment charni\u00e8re, la r\u00e9volution scientifique du XVIIIe si\u00e8cle. La taxinomie s\u2019impose dans la g\u00e9ographie. Elle se d\u00e9veloppe en m\u00eame temps que les \u00c9tats-nations et les fronti\u00e8res lin\u00e9aires qui d\u00e9limitent les diff\u00e9rentes parties du monde. On d\u00e9finit l\u2019Europe en scindant des \u00c9tats dans leurs marges. N\u2019y a-t-il pas un probl\u00e8me m\u00e9thodologique, alors m\u00eame que les fronti\u00e8res des \u00c9tats europ\u00e9ens existent, \u00e0 fixer des limites au milieu d\u2019empires ?
<\/h3>\n\n\n\n

Les fronti\u00e8res lin\u00e9aires existaient d\u00e9j\u00e0 mais c\u2019est vrai qu\u2019il y a un ajout de quadrillage suppl\u00e9mentaire du monde. La fronti\u00e8re lin\u00e9aire est une logique in\u00e9vitable par rapport \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s qui sont de plus en plus en contact. L\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un monde plein. L\u2019appartenance \u00e0 un \u00c9tat \u00e9tait plus celle des hommes que celle de la terre, du territoire. Nous en revenons \u00e0 l\u2019opposition entre territoire et peuple. Parmi ces deux mani\u00e8res de rattachement \u00e0 un \u00c9tat on retenait l\u2019all\u00e9geance d\u2019un groupe \u00e0 un suzerain, ce qui n\u2019impliquait pas forc\u00e9ment un rattachement territorial. Les fronti\u00e8res n\u2019\u00e9taient pas toujours des lignes pr\u00e9cises.
La fronti\u00e8re du Nord de la France a \u00e9t\u00e9 un des laboratoires des fronti\u00e8res lin\u00e9aires avec le syst\u00e8me militaire d\u00e9fensif de Vauban. Les forteresses \u00e9taient d\u2019abord dans les terres afin de contr\u00f4ler le territoire. Elles ont par la suite servi \u00e0 lin\u00e9ariser la fronti\u00e8re. L\u2019historien Daniel Nordman a montr\u00e9 \u00e0 partir des archives du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res le processus de d\u00e9limitation de la fronti\u00e8re village par village apr\u00e8s les annexions du Hainaut et du Cambr\u00e9sis. La cartographie fine des Cassini est l\u2019exemple de cette nouvelle cartographie. Elle s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans toute l\u2019Europe et il est frappant de voir qu\u2019elle se d\u00e9veloppe en m\u00eame temps que le mouvement intellectuel encyclop\u00e9dique particuli\u00e8rement visible dans la botanique et la g\u00e9ologie. Le besoin de lin\u00e9arit\u00e9 de la fronti\u00e8re est \u00e0 int\u00e9grer dans ce mouvement.
<\/p>\n\n\n\n

Le choix des limites continentales n\u2019est pas toujours objectif. La d\u00e9finition de l\u2019Oural comme limite orientale de l\u2019Europe est davantage li\u00e9e au parcours individuel de Diderot qu\u2019\u00e0 une analyse scientifique.
<\/h3>\n\n\n\n

Tout \u00e0 fait, et d\u2019ailleurs je ne vois pas ce que serait un choix \u00ab scientifique \u00bb, \u00e0 moins de parler de fronti\u00e8res naturelles. C\u2019est \u00e0 dire prendre une ligne de cr\u00eate ou une \u00e9tendue marine d\u2019une certaine distance. Personne ne l\u2019a fait ni n\u2019a d\u00e9fini une certaine altitude ou une certaine largeur oc\u00e9anique \u00e0 partir de laquelle on pourrait parler d\u2019une fronti\u00e8re. On pourrait raisonner \u00e0 partir de la mer. Je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fait dans un article<\/a>. Le trait de c\u00f4te est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme une limite \u00e9vidente. La notion de mer continentale s\u2019oppose \u00e0 cette limite. Par ailleurs elle n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019\u00e9tendre au large, comme le montrent les zones \u00e9conomiques exclusives actuelles.
Dans les mers ferm\u00e9es comme la M\u00e9diterran\u00e9e, les fronti\u00e8res sont plac\u00e9es au milieu de la mer. Je dis au milieu car je consid\u00e8re bien la mer comme un tout. La discontinuit\u00e9 maritime entre l\u2019Afrique et l\u2019Am\u00e9rique du Sud est \u00e9galement plac\u00e9e au milieu. Les compagnies d\u2019assurances ont d\u00e9limit\u00e9 les mers et les oc\u00e9ans afin de hi\u00e9rarchiser et d\u2019adapter les primes de risque. La limite entre les oc\u00e9ans Indien et Atlantique est une ligne nord-sud qui part du Cap. L\u00e0 encore, cette limite est tout \u00e0 fait gratuite. Il s\u2019agit toujours de d\u00e9cisions historiques ou personnelles (dans le cas de l\u2019Oural) qui pr\u00e9servent l\u2019id\u00e9e d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 naturelle.
<\/p>\n\n\n\n

La fronti\u00e8re entre l\u2019Indon\u00e9sie et la Papouasie Nouvelle-Guin\u00e9e est l\u2019autre fronti\u00e8re terrestre qui s\u00e9pare deux continents. Avant la d\u00e9colonisation de l\u2019Asie du Sud-Est, l\u2019ensemble des \u00eeles de cette derni\u00e8re appartenait au continent oc\u00e9anien. Les cartes du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle pr\u00e9sentaient encore l\u2019Asie uniquement comme les terres continues de l\u2019Est auxquelles s\u2019ajoutait l\u2019archipel japonais. Les Philippines, la Malaisie, l\u2019Indon\u00e9sie faisaient partie de l\u2019Oc\u00e9anie. L\u2019int\u00e9gration de ces pays en Asie poss\u00e8de des origines g\u00e9opolitiques : en tant qu\u2019\u00c9tats musulmans, la Malaisie et l\u2019Indon\u00e9sie ne voulaient pas \u00eatre en Oc\u00e9anie.
<\/p>\n\n\n\n

Le GEG aborde souvent l\u2019impens\u00e9 g\u00e9opolitique europ\u00e9en qui se traduit par une incapacit\u00e9 \u00e0 penser l\u2019espace europ\u00e9en et \u00e0 cr\u00e9er une identit\u00e9 europ\u00e9enne. Quelle est l\u2019origine de cet impens\u00e9 ?
<\/h3>\n\n\n\n

D\u2019abord je ne sais pas si le \u00ab et \u00bb que vous utilisez ne pose pas lui-m\u00eame probl\u00e8me. Cr\u00e9er une identit\u00e9 europ\u00e9enne d\u2019une part et penser un territoire europ\u00e9en d\u2019autre part sont deux choses li\u00e9es mais ne vont pas forc\u00e9ment de pair. Un des \u00e9l\u00e9ments qui fabrique un peuple, c\u2019est la langue. La Catalogne en est un exemple parfait. Il est \u00e9vident que si on parlait la m\u00eame langue, la communaut\u00e9 europ\u00e9enne serait plus simple \u00e0 construire. Le latin m\u00e9di\u00e9val \u00e9tait cette langue commune. Je dis m\u00e9di\u00e9val mais il a \u00e9t\u00e9 la langue savante jusqu\u2019au milieu du XXe si\u00e8cle : en Allemagne, par exemple les th\u00e8ses de philosophie se faisaient en latin jusqu\u2019en 1930. La g\u00e9ographie avait cette particularit\u00e9 de ne pas \u00eatre en latin. Il y avait bien une Europe de lettr\u00e9s, une \u00e9lite, qui appartenait \u00e9videmment \u00e0 l\u2019\u00c9glise. De fait, une \u00e9lite europ\u00e9enne s\u2019est ainsi cr\u00e9\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n

Cr\u00e9er une identit\u00e9 europ\u00e9enne d\u2019une part et penser un territoire europ\u00e9en d\u2019autre part sont deux choses li\u00e9es mais ne vont pas forc\u00e9ment de pair.<\/p>Christian Grataloup<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

Aujourd\u2019hui l\u2019association une langue, un peuple, un \u00c9tat, qui \u00e9tait la formule du Printemps des peuples, est beaucoup plus cr\u00e9atrice d\u2019identit\u00e9. Seuls les empires fonctionnent sans langue commune. Ils ont n\u00e9anmoins une langue imp\u00e9riale (latin, grec, mandarin). Idem <\/em>pour les empires coloniaux o\u00f9 la langue de la m\u00e9tropole faisait foi. Enfin les \u00e9tats multilingues ont souvent un sous-ensemble domin\u00e9, comme les Qu\u00e9b\u00e9cois au Canada.
<\/p>\n\n\n\n

L\u2019autre creuset d\u2019unit\u00e9 est la religion. Elle a servi dans la cr\u00e9ation de la Belgique, issue des anciens Pays-Bas catholiques, ou en Suisse avec le calvinisme.
<\/p>\n\n\n\n

Pensez-vous que la d\u00e9finition d\u2019un territoire europ\u00e9en puisse jouer un r\u00f4le dans la construction europ\u00e9enne ? La carte de France du XIXe si\u00e8cle, telle que pr\u00e9sent\u00e9e aux \u00e9l\u00e8ves \u00e0 l\u2019\u00e9cole, montre uniquement la France et ses fronti\u00e8res. Lorsqu\u2019on voit les cartes de l\u2019Europe aujourd’hui, par exemple sur le site de l\u2019Union europ\u00e9enne, ce n\u2019est pas l\u2019Union europ\u00e9enne qui est pr\u00e9sent\u00e9e mais encore cette Europe du XVIIIe si\u00e8cle qui va jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Oural et le Caucase.<\/strong>
<\/h3>\n\n\n\n

Vous avez raison, il y a d\u2019ailleurs des cartes beaucoup plus diffus\u00e9es que celle-ci qui apparaissent sur les billets de banque de l\u2019euro. Ces cartes sont tr\u00e8s int\u00e9ressantes. Les marges sont gris\u00e9es. On ne peut pas dire si la Bi\u00e9lorussie ou l\u2019Ukraine sont en Europe. Certains espaces comme l\u2019Afrique du Nord et la Turquie sont clairement diff\u00e9renci\u00e9s. Il y a une image territoriale sans possibilit\u00e9 de simplification comme l\u2019hexagone fran\u00e7ais ou la botte italienne o\u00f9 demeurent des espaces flous.
<\/p>\n\n\n\n

Effectivement la d\u00e9finition du territoire comme base identitaire ne fonctionne pas d\u2019autant plus que l\u2019identit\u00e9 territoriale n\u2019est pas \u00e9vidente pour toutes les nations europ\u00e9ennes. La France, hyperterritoriale, ne se pense pas comme un peuple. L\u2019Allemagne en revanche se pense comme une grande famille, un gens<\/em>, une race. Cette appartenance \u00e0 la famille allemande a par exemple permis, lors de l\u2019effondrement de l\u2019URSS en 1991, \u00e0 des descendants d\u2019anc\u00eatres allemands d\u2019obtenir la nationalit\u00e9 allemande. Ce n\u2019est pas le cas dans le droit fran\u00e7ais et des Qu\u00e9b\u00e9cois qui pourraient arguer et prouver qu\u2019ils descendent de paysans poitevins du XVIIIe si\u00e8cle, n\u2019obtiendraient pas directement la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Il ne s\u2019agit pas que de l\u2019opposition classique entre le territoire et le peuple. Enfin l\u2019identit\u00e9 est aussi une mani\u00e8re d\u2019exister. \u00catre britannique ne se r\u00e9alise ni dans un territoire pr\u00e9cis ni au sein d\u2019un peuple mais peut se faire partout. On peut dire que c\u2019est un h\u00e9ritage colonial : les dominions <\/em>respectent certains codes, un certain mode de vie, typiquement britanniques. Le Commonwealth<\/em> se pense comme l\u2019expression de cette forme traditionnelle.
<\/p>\n\n\n\n

Ce n\u2019est donc pas gagn\u00e9 de penser une Europe. Il faudrait choisir parmi ces possibilit\u00e9s : est-ce une grande famille, une race europ\u00e9enne ? On en revient \u00e0 la premi\u00e8re division du monde o\u00f9 le nord de la M\u00e9diterran\u00e9e est peupl\u00e9 par les descendants de Japhet. Est-ce un mode de vie europ\u00e9en, ce qui serait le plus simple ? Ou bien est-ce un territoire ce qui pose notamment le probl\u00e8me des limites. L\u2019\u00e9quation \u201cun territoire = une langue\u201d et de fait \u00e9galement un paysage, un mode de vie etc. n\u2019est ni gagn\u00e9e, ni \u00e9vidente pour l\u2019Europe.
<\/p>\n\n\n\n

J\u2019ajouterai n\u00e9anmoins qu\u2019il est frappant de voir qu\u2019empiriquement il suffit de sortir de l\u2019Europe et d\u2019aller en Am\u00e9rique par exemple pour voir que nous sommes Europ\u00e9ens : nous avons plus de choses en commun avec un Polonais ou un Italien qu\u2019avec un Br\u00e9silien.
<\/p>\n\n\n\n

L\u2019augmentation des flux et le recul des fronti\u00e8res semblent modifier sinon les perceptions, au moins les repr\u00e9sentations du monde<\/a> en mettant en valeur les espaces de contact et les connexions entre les nouveaux centres du mondes. Est-ce que la mondialisation peut permettre de d\u00e9passer la lecture continentale du monde et \u00e9ventuellement imposer une nouvelle lecture du monde ?
<\/h3>\n\n\n\n

Partant de l\u2019id\u00e9e que c\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne culturel et conjoncturel qui vient d\u2019Europe il y a fort \u00e0 penser que cela ne bougera pas. La question des d\u00e9coupages est diff\u00e9rente mais l\u00e0 encore nous sommes amen\u00e9s de facto <\/em>\u00e0 cr\u00e9er des r\u00e9gions m\u00e9ta-g\u00e9ographiques. L\u2019un des corr\u00e9lats des \u00c9tats-nations est la statistique. Or elle a besoin de d\u00e9limitations claires.<\/p>\n\n\n\n

L\u2019un des corr\u00e9lats des \u00c9tats-nations est la statistique et elle a besoin de d\u00e9limitations claires.<\/p>Christian Grataloup<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n

La Banque mondiale est une grande cr\u00e9atrice de r\u00e9gions m\u00e9ta-g\u00e9ographiques qui ne respectent pas tout \u00e0 fait les limites continentales. La plus flagrante est pour moi l\u2019Asie qui en est venue \u00e0 d\u00e9signer l\u2019Extr\u00eame-Orient et le monde sinis\u00e9 ainsi que la p\u00e9ninsule indochinoise. De fait l\u2019Asie du Sud, c\u2019est \u00e0 dire le monde indien, se retrouve dans une position ambig\u00fce. Toujours selon la Banque mondiale, le Liban et la Syrie ne sont absolument pas asiatiques. Qui dirait d\u2019ailleurs d\u2019un Libanais qu\u2019il est asiatique ? L\u2019Asie centrale est en Europe car elle est issue du monde russe. Peut-\u00eatre un jour sera-t-il plus logique de l\u2019int\u00e9grer dans la m\u00eame r\u00e9gion m\u00e9ta-g\u00e9ographique que la Chine. Le Golfe et le monde arabe en g\u00e9n\u00e9ral forment une seule entit\u00e9, ce qui rend tr\u00e8s meurtrie l\u2019Afrique subsaharienne, qui se trouve ainsi s\u00e9par\u00e9e de la partie la plus riche de l\u2019Afrique .
<\/p>\n\n\n\n

Ces d\u00e9coupages incluent certaines r\u00e9alit\u00e9s : le Sahara est une discontinuit\u00e9 g\u00e9o-historique, l\u2019Asie centrale est un d\u00e9sert et on retrouve la limite entre le monde des religions r\u00e9v\u00e9l\u00e9es ou de tradition des religions r\u00e9v\u00e9l\u00e9es, jusqu\u2019au Pakistan, et le monde du bouddhisme et des traditions chinoises. Deux h\u00e9misph\u00e8res nets qui repr\u00e9sentent environ 80 % de l\u2019humanit\u00e9 se dessinent. L\u2019opposition entre ces deux p\u00f4les ne peut qu\u2019\u00e9voluer en m\u00eame temps qu\u2019appara\u00eet une r\u00e9gion unique, une r\u00e9gion monde, avec son propre r\u00e9seau, ses centres etc. C\u2019est d\u2019autant plus \u00e9vident qu\u2019il y a un fractionnement g\u00e9opolitique entre les deux. La plus grosse pi\u00e8ce du puzzle, la Chine, rend de plus en plus difficile l\u2019articulation entre l\u2019immanence internationale et la transcendance mondiale, comme le dirait Jacques L\u00e9vy.
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