{"id":10259,"date":"2018-11-25T22:00:58","date_gmt":"2018-11-25T21:00:58","guid":{"rendered":"https:\/\/lldl.eu\/?p=10259"},"modified":"2019-04-04T23:42:44","modified_gmt":"2019-04-04T22:42:44","slug":"le-proces-dimelda-cortez-et-la-criminalisation-de-lavortement-au-salvador","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legrandcontinent.eu\/fr\/2018\/11\/25\/le-proces-dimelda-cortez-et-la-criminalisation-de-lavortement-au-salvador\/","title":{"rendered":"Le proc\u00e8s d\u2019Imelda Cortez et la criminalisation de l\u2019avortement au Salvador"},"content":{"rendered":"\n

San Salvador<\/em>. Victime depuis l\u2019\u00e2ge de 12 ans de viols r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de son beau-p\u00e8re, Imelda Cortez attend actuellement d\u2019\u00eatre jug\u00e9e pour tentative d\u2019homicide aggrav\u00e9. La jeune fille affirme qu\u2019elle ignorait \u00eatre enceinte avant le 17 avril 2017, jour o\u00f9 elle a donn\u00e9 naissance \u00e0 une petite fille dans les toilettes de sa maison. Imelda attribuait les douleurs ressenties \u00e0 une crise de coliques – mal dont elle souffrait fr\u00e9quemment. Cet accouchement fit saigner abondamment Imelda : elle perdit connaissance et fut aussit\u00f4t conduite aux urgences par sa m\u00e8re. \u00c0 l\u2019h\u00f4pital, un m\u00e9decin de garde suspectant une tentative d\u2019avortement a alert\u00e9 la police. Depuis lors, Imelda Cortez est emprisonn\u00e9e sans r\u00e9elle justification l\u00e9gale ; elle s\u2019est vue refuser le droit \u00e0 la pr\u00e9somption d\u2019innocence et n\u2019a re\u00e7u aucun suivi m\u00e9dical ni psychologique. Son proc\u00e8s, report\u00e9 pour la huiti\u00e8me fois ce mois-ci, devrait avoir lieu en d\u00e9cembre prochain.<\/p>\n\n\n\n

D\u2019apr\u00e8s le Centre pour la Justice et le Droit International (CEJIL), 27 salvadoriennes sont aujourd\u2019hui injustement emprisonn\u00e9es des suites d\u2019une urgence obst\u00e9trique ou d\u2019un accouchement extrahospitalier (1<\/strong>). La l\u00e9gislation du Salvador en mati\u00e8re d\u2019avortement est en effet une des plus r\u00e9pressives du monde : depuis 1998, l\u2019article 33 du Code P\u00e9nal interdit toute interruption de grossesse, y compris en cas de viol, lorsque la vie de la m\u00e8re est en danger ou quand le f\u0153tus n\u2019a aucune chance de survie. Cette criminalisation absolue constitue une grave atteinte aux droits fondamentaux des femmes et bafoue notamment leurs droits \u00e0 la vie et \u00e0 la sant\u00e9. Elle stigmatise particuli\u00e8rement les femmes en situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u2013 tout comme Imelda Cortez, les 27 emprisonn\u00e9es sont jeunes, peu \u00e9duqu\u00e9es, et issues de milieux pauvres. Par ailleurs, les trois-quarts des 129 femmes jug\u00e9es pour avortement ou homicide aggrav\u00e9 entre 2000 et 2011 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9es par le personnel m\u00e9dical, ce qui instaure une m\u00e9fiance croissante \u00e0 l\u2019\u00e9gard des h\u00f4pitaux et restreint l\u2019acc\u00e8s aux soins (2<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n

Une mobilisation internationale contre la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la l\u00e9gislation salvadorienne a d\u00e9but\u00e9 en 2013 autour du cas de Beatriz, dont la vie \u00e9tait menac\u00e9e par la gestation d\u2019un f\u0153tus non viable (atteint d\u2019anenc\u00e9phalie). Gr\u00e2ce aux pressions internationales et \u00e0 la Commission interam\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme (CIDH), Beatriz fut autoris\u00e9e \u00e0 accoucher par c\u00e9sarienne d\u2019un b\u00e9b\u00e9 qui mourut quelques heures plus tard. \u00a0Depuis, la CIDH et le Haut Conseiller des Nations Unies pour les Droits de l\u2019Homme (3<\/strong>) ont r\u00e9clam\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises la mise en place d\u2019une r\u00e9forme l\u00e9gislative et d\u2019un moratoire sur l\u2019article 33. Les eurod\u00e9put\u00e9.e.s ont \u00e9galement formul\u00e9 une r\u00e9solution demandant la \u201clib\u00e9ration imm\u00e9diate et inconditionnelle\u201d des femmes et jeunes filles \u201cayant fait des fausses couches ou accouchant d’enfants morts-n\u00e9s\u201d au Salvador (4<\/strong>). Cette ann\u00e9e, cinq femmes accus\u00e9es \u00e0 tort d\u2019homicide ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9es des suites de la campagne obstin\u00e9e de groupes nationaux et internationaux de d\u00e9fense des droits de l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n

Perspectives :<\/strong><\/h4>\n\n\n\n