Le pèlerinage contre les sanctions

Après les discours de Bolsonaro tout juste élu président du Brésil, de Donald Tusk ou encore de Viktor Orbán, la rubrique “Archives et discours” du Grand continent vous propose, en partenariat avec le programme Asie intermédiaire, une traduction depuis le persan d’un récent discours du Guide de la République islamique d’Iran, l’Ayatollah Khamenei. Nous précisons, avant d’introduire le texte destiné à préparer le débat du mardi 20 novembre portant sur les sanctions contre l’Iran et la souveraineté européenne, que les traductions n’impliquent en aucune manière l’approbation des propos de leurs auteurs. Il s’agit simplement d’offrir à lire, pour fonder la réflexion politique, le contenu exhaustif et détaillé des paroles de dirigeants, les représentations géopolitiques qu’elles révèlent ainsi que les préoccupations qu’elles expriment.

Le discours du Guide a été prononcé devant des étudiants de l’université de Téhéran le 12 du mois d’Âban 1397 (samedi 3 novembre 2018), c’est-à-dire deux jours avant le retour de l’embargo américain contre l’Iran. Le texte original est consultable se trouve ici, et la vidéo correspondante .

La date de ce discours est extrêmement symbolique. En effet, c’est la veille du 13 Âbân (dixième mois de l’année iranienne), qui est à la fois le jour de l’exil de l’Ayatollah Khomeini hors d’Iran, en 1964, à la suite de son opposition au Shah qui s’était alors rapproché des États-Unis, mais aussi celui de la prise de l’ambassade américaine, à la suite de la révolution iranienne, le 4 novembre 1979. Depuis lors, le 13 Âbân est célébré en Iran comme le “Jour de la lutte contre l’arrogance mondiale” – “l’arrogance mondiale” étant une manière fleurie de désigner les États-Unis. Par conséquent, le Guide iranien profite de cette commémoration pour proposer un récapitulatif édifiant de la relation conflictuelle des États-Unis avec l’Iran, d’autant plus actuelle que cette date-anniversaire a également été choisie par Donald Trump pour imposer un embargo pétrolier contre l’Iran. Ainsi, ce discours incarne l’incapacité, pour les États-Unis mais aussi et surtout pour l’Iran, de sortir d’une confrontation idéologique qui structure leurs relations internationales depuis 40 ans1

De plus, le 12 Âbân est, cette année, le jour de la célébration de la fête de l’Arbaïn, une des plus importantes commémorations du calendrier chiite iranien. Elle marque la fin du deuil de l’Imam Hossein (3ème Imam du chiisme duodécimain, fils d’Ali, petit-fils de Mahomet), assassiné dans la ville de Kerbala par le général omeyyade Ziyad. La fin de ce deuil2 est célébrée par un immense pèlerinage d’environ deux millions de chiites iraniens depuis Najaf vers Kerbala, en Irak. Ce pèlerinage joue un rôle essentiel dans la relation que l’Iran développe avec ses voisins, puisqu’il permet de mobiliser une nouvelle imagerie populaire contribuant à légitimer le rôle interventionniste de l’Iran en Irak. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, un combattant iranien exécuté par Daesh en Syrie, Hossein Hojaji, est parfois comparé, dans cette nouvelle iconographie, à l’imam du VIIème siècle. Cela permet de faire un parallèle audacieux entre les califes omeyyades oppresseurs et les ennemis contemporains de l’Iran. C’est pourquoi le Guide iranien insiste autant sur l’Arbaïn : il s’agit à la fois d’une commémoration pieuse de grande ampleur, et d’un moyen de rappeler la légitimité des luttes et des revendications iraniennes.

Qui plus est, ce discours, qui ne surprendra probablement pas ceux qui suivent de manière assidue le compte Instagram du Guide, permettra aux néophytes de découvrir les grands thèmes de l’idéologie iranienne des relations internationales. Elle est entièrement tournée autour de la confrontation avec les États-Unis (la Russie ou la Chine ne sont qu’à peine évoquées). Notre effort de commentaire s’est concentré sur les concepts utilisés par l’État iranien (“l’ennemi”, “la guerre imposée”, “la résistance sacrée”) ainsi que sur l’utilisation inattendue des dernières analyses de Francis Fukuyama sur les démocraties libérales.

Enfin, la lecture de ce texte permet d’avoir un aperçu de la tonalité des discours politiques iraniens, remarquables notamment d’un point de vue stylistique : parmi leurs éléments récurrents se distinguent la répétition emphatique (légèrement gommée par la traduction, mais tout de même présente), le refus de mentionner explicitement les ennemis politiques de l’Iran (Trump n’est jamais nommé, l’Arabie saoudite non plus) et l’entremêlement entre rationalité historique et étatique d’une part et appels à la foi d’autre part.


Au nom d’Allah, le Bienfaisant, le Miséricordieux,

Loué soit Allah, le Seigneur de l’univers. Paix et salutations à notre Maître Mahomet et à sa famille pure.
Vous êtes les bienvenus, chers frères, chères sœurs, chers jeunes et chers enfants. Espérons qu’Allah vous bénisse et qu’Il garde vos coeurs purs et éclairés sur le chemin de la vérité et sur le droit chemin par Ses bénédictions et Ses conseils.

Cette année, la fête d’Arbaïn a coïncidé avec le 13 Âban. Je voudrais dire quelque chose à propos d’Arbaïn.

Tout d’abord, je tiens à féliciter ceux qui ont réussi à faire ce pèlerinage et à parcourir sa route avec enthousiasme, amour et pureté : c’est une grande réussite, une véritable bénédiction. J’espère que tous ceux qui le souhaitent seront en mesure de l’effectuer.

Deuxièmement, je voudrais remercier sincèrement le peuple et le gouvernement irakiens, qui ont amélioré les conditions de vie de leur propre peuple et des peuples voisins – et qui ont tout particulièrement aidé notre pays dont sont partis deux millions de pèlerins. Je remercie tous les chers frères et sœurs irakiens qui ont chaleureusement accueilli les pèlerins, et les ont traités avec gentillesse. Ce qu’ils ont fait est grand.

Le phénomène d’Arbaïn est un phénomène indescriptible et sans précédent, une immense et étonnante réunion de gens, qui n’a presque pas d’équivalent dans le monde. Les puissances occidentales ne comprennent pas ce que signifie ce mouvement. Ils ne peuvent pas l’intégrer dans leur système de pensée. C’est pourquoi vous avez été témoins, depuis le début du pèlerinage, de leur silence, observable depuis des années.

Il s’agit d’un véritable complot par le silence : tandis que les puissances occidentales parlent du moindre petit mouvement qui se produit dans le monde, ils n’évoquent même pas cet immense mouvement populaire. Toutes ces années, ils n’ont pas voulu le faire remarquer, ni même le mentionner. Si, cette année, les Occidentaux en ont parlé un peu, leurs analyses étaient hostiles ou erronées.

Du point de vue des croyants, leurs analyses étaient ridicules. Des médias anglais et d’autres médias de ce genre ont proposé des analyses hostiles. Cela montre que le bouillonnement de cette source bénie les a tant perturbés qu’ils ne peuvent pas l’analyser. Ils disent parfois que le pèlerinage a été lancé par des organisations gouvernementales, mais quel gouvernement peut faire marcher 10, 15 millions de personnes – hommes, femmes, personnes âgées, jeunes et personnes d’origines sociales diverses – sur 80 kilomètres d’une ville à l’autre [Nadjaf à Karbala] ? Quel gouvernement peut le faire ? Même si nous supposons l’impossible – que le gouvernement de la République islamique et celui de l’Irak ont réussi à accomplir cette tâche – c’est un miracle gouvernemental. Eh bien, faites-le également si vous le pouvez ! Si vous savez comment le faire, alors faites-le.

Rien ne peut expliquer ce rassemblement massif si ce n’est l’amour, la foi et la foi dans le sang des martyrs. Un grand exploit a été accompli. Et il continuera à s’améliorer, à se renforcer et à se répéter quotidiennement. Ce mouvement se bonifie chaque année, et continuera à se bonifier, si Dieu le veut. Alors les Occidentaux n’auront d’autre choix que d’observer, mais ne pourront pas en proposer une analyse précise. Ils ne le comprendront pas, et ils subiront un revers à cause de ce mouvement.

Cette réunion a été organisée à l’occasion du 13 d’Aban, qui est demain. Comme vous le savez, trois incidents se sont produits le 13 d’Aban, tous liés d’une manière ou d’une autre aux États-Unis. Le premier incident a été l’exil de l’Imam à cause de l’accord de « capitulation » – l’immunité des officiels américains en Iran. L’imam s’est opposé à la “capitulation” par un discours tonitruant en l’an 1343 [1964], et a été exilé pour cela. Le deuxième incident est lié au massacre d’étudiants, en 1357 [1978], devant l’Université de Téhéran, ici-même. Il n’a pas été commis par des soldats américains, mais par un régime installé par les États-Unis : le régime tyrannique de Pahlavi. Par conséquent, l’affaire concerne également les États-Unis. Les Américains et leurs agents sont prêts à commettre de tels crimes pour servir leurs objectifs sataniques. Comme vous le voyez, de tels crimes sont encore commis dans le monde d’aujourd’hui. Le cas du Yémen, celui de Bahreïn et bien d’autres dans le monde confirment cette vérité. Le troisième incident est celui de la capture de l’ambassade – le nid d’espions américain –  coup porté par l’Iran aux États-Unis, en réponse à ses actions. La Révolution a donné le pouvoir au peuple iranien, qui a réussi à frapper les États-Unis et à les humilier.

Ces trois incidents montrent une rivalité entre l’Iran et les États-Unis, qui s’est poursuivie jusqu’à ce jour, depuis 40 ans. L’ennemi3 a pris toutes sortes de mesures au cours des 40 dernières années. Bien sûr, vous n’en avez pas été témoins et n’avez pas participé à bon nombre de ces incidents, mais en avez entendu parler. J’aimerais mentionner brièvement ces incidents.

Par commencer, les États-Unis ont mené des guerres de toutes sortes. En la matière, leur pire méfait consista à pousser Saddam Hussein à attaquer l’Iran. Ils l’ont soutenu et lui ont promis de l’aider, vraiment. Ils ont forcé notre pays à participer à cette guerre pendant huit ans. Ce n’est qu’un exemple. Comme d’habitude, ils se sont découragés, ont été vaincus, puis forcés de battre en retraite. Parmi les autres atrocités qu’ils ont commises, mentionnons l’attaque de notre Airbus4, l’attaque de Tabas5 et l’attaque de nos plateformes pétrolières. Voilà ce que nous ont fait les Américains.

Cette rivalité de 40 ans a été également marquée par une guerre économique, qui n’est pas spécifique à l’époque actuelle. Aujourd’hui, les Américains veulent se tromper eux-mêmes ou tromper leur nation en disant qu’ils adoptent de nouvelles mesures, qui ne sont pas nouvelles pour un sou. Cela fait 40 ans qu’ils nous imposent diverses sanctions économiques. Un jour, ils imposent des sanctions sur le pétrole ; un autre jour, ils imposent des sanctions sur les transactions commerciales et les investissements.

Enfin, ils ont mené une guerre médiatique, depuis le début de la Révolution jusqu’à aujourd’hui. Cette guerre consiste à répandre des mensonges, à tromper des individus, à provoquer la sédition, à promouvoir la corruption et à soutenir certaines personnes6. Leur stratégie n’a pas beaucoup évolué. Bien sûr, aujourd’hui, de nouvelles méthodes comme Internet, le cyberespace et d’autres de ce genre sont utilisées, mais lorsque ces méthodes n’existaient pas, la guerre médiatique était menée par la télévision, la radio et les satellites.

Il y a une vérité importante qui n’est parfois pas vue par certains : sa clarté éblouissante la fait passer inaperçue. Cette vérité est brillante et lumineuse, à savoir que, au cours de cette rivalité de 40 ans, les vaincus sont du côté des États-Unis, et les vainqueurs, du côté de la République islamique. C’est une vérité très importante. Quelle est la raison de la défaite de l’Amérique ? Ils ont été défaits car ils ont lancé l’attaque. Ce sont eux qui sont à l’origine des actes de corruption. Ce sont eux qui ont imposé des sanctions et qui ont lancé une attaque militaire, mais ils n’ont pas atteint leurs objectifs.

En adoptant ces mesures, les États-Unis ont cherché à rétablir la domination qu’ils avaient autrefois sur notre pays à l’époque des Pahlavis, et qu’ils veulent rétablir. Cette domination et ce contrôle ont disparu avec la Révolution. Imposer cette guerre, imposer des sanctions et exercer des pressions politiques et économiques vise à rétablir cette domination. Eh bien, ils ont échoué. Encore une fois, cela fait 40 ans qu’ils luttent contre nous, mais ils n’ont jamais rien réussi.

Actuellement, la République islamique d’Iran est un pays où les États-Unis n’ont pas d’influence, en termes de prise de décision et de gestion. Il s’agit d’une défaite pour les États-Unis, et il n’y a pas de défaite plus évidente que celle-ci. Le but de la guerre imposée7 était de vaincre la République islamique via Saddam [Hussein]. Ils voulaient humilier la République islamique et dire que le gouvernement et le système de la République islamique ont causé la défaite de l’Iran, mais le contraire s’est produit. Dans toutes les guerres auxquelles l’Iran a participé au cours des deux derniers siècles8, l’Iran a été vaincu, mais cette guerre de huit ans a été la première et la seule où l’Iran a vaincu et où les étrangers n’ont même pas réussi à usurper un pouce du sol de l’Iran. C’était la première guerre avec un tel résultat, directement opposé aux voeux des Américains.

L’imposition de sanctions visait à paralyser le pays et à l’empêcher de progresser. Ils ont imposé des sanctions pour paralyser l’économie et, par conséquent, le pays. Ils voulaient le contenir, mais quel a été le résultat ? Le résultat a été que le mouvement vers l’autosuffisance dans le pays s’est accéléré ! Auparavant, nous nous étions habitués à tout importer. Aujourd’hui, grâce aux sanctions qu’ils nous ont imposées, nous nous sommes habitués à tout produire nous-mêmes. Je reviendrai sur ce sujet plus tard.

Aujourd’hui, des centaines de groupes, composés de jeunes gens intelligents, qu’ils soient étudiants à l’université ou à l’école, jouent un rôle important pour le pays, par le travail qu’ils fournissent. C’est à cause des sanctions : parce qu’ils nous ont imposé des sanctions, nous avons dû satisfaire nos propres besoins. Puisque les sanctions ont tourné à notre avantage, on peut dire que les États-Unis ont été vaincus par leur propre politique. Vous remarquez que les Américains essuient des défaites répétées.

Je voudrais que vous, chers jeunes, prêtiez une attention particulière à ce point, parce que vous serez en charge des affaires futures du pays. Même si nous mettons de côté la question de la rivalité entre l’Iran et les États-Unis, à un niveau plus large, lorsque nous examinons la situation des États-Unis, nous constatons que la puissance et la force de l’Amérique sont en déclin. Elles ont diminué au fil des ans. L’Amérique d’aujourd’hui est beaucoup plus faible qu’à l’époque où la Révolution a remporté la victoire. Le pouvoir de l’Amérique décroît.

De nombreux politiciens et sociologues du monde entier pensent que le soft power de l’Amérique est en déclin, qu’il est en train de disparaître. Qu’est-ce que le soft power ? Il signifie la capacité d’un gouvernement à faire accepter et croire ses exigences, ses opinions et ses croyances. Le soft power des États-Unis est en train de s’estomper et de décliner, et cela se constate dans différentes régions. Ce fut également le cas sous l’administration Obama, mais depuis que cet autre homme [Donald Trump] a pris le pouvoir, tous s’opposent sans ambiguïté à lui. Le monde s’oppose à lui dans la plupart des domaines. Il ne s’agit pas seulement d’une opposition de la population (si on menait un sondage à l’échelle mondiale, on obtiendrait partout des majorités négatives contre lui) mais également des gouvernements qui ont des liens forts avec les États-Unis.

La Chine, l’Europe, la Russie, l’Inde, l’Afrique et l’Amérique latine protestent toutes contre ses décisions. Le soft power de l’Amérique est en déclin et disparaît. Ce n’est pas moi qui le dis : il s’agit d’une thèse qui a été avancée par des spécialistes des sciences sociales. Le soft power, et le pouvoir moral de l’Amérique est en déclin. Ils déshonorent même la démocratie libérale qui est le pilier principal de la civilisation occidentale. Ils la déshonorent.

Il y a quelques années, un sociologue bien connu [Francis Fukuyama] a expliqué que la condition des États-Unis était l’incarnation même de la perfection historique de l’humanité et que l’humanité ne pourra pas aller au-delà. Cette même personne est revenue sur ses propos, et aujourd’hui dit que ce n’est pas le cas, que l’humanité espère peut-être autre chose. Il ne dit peut-être pas explicitement qu’il avait tort, mais il revient sur ses vieilles croyances.

Bien sûr, comme je l’ai souvent expliqué, la démocratie libérale est la ruine des nations occidentales qui ont fondé sur elle leur gouvernement et leur société. Le genre de démocratie libérale qui se trouve en Occident aujourd’hui les a ruinés. Elle a conduit à des fractures sociales, à l’absence de justice sociale, à la destruction de l’unité familiale, à une corruption globale et épidémique, à un individualisme excessif et extrême : tout cela est catastrophique. Aujourd’hui, depuis son apparition, cet homme curieux et bizarre, le président américain, vend toutes ses valeurs à bas prix. Il a, en fait, détruit ce qu’il restait de la réputation américaine et de la démocratie libérale.

Laissez-moi vous dire que le hard power de l’Amérique a aussi été gravement endommagé. Le hard power signifie le pouvoir militaire et économique. Bien sûr, ils ont des armes militaires, mais les troupes des États-Unis sont fatiguées, confuses, agitées et hésitantes. C’est pourquoi ils ont recours à des organisations criminelles, comme Blackwater (connue aujourd’hui sous le nom d’Academi) et d’autres organisations semblables pour atteindre leurs objectifs, où qu’ils se trouvent dans le monde. En d’autres termes, les soldats américains ne sont pas capables de mettre en œuvre les plans de l’Amérique. Voilà l’état actuel de leurs troupes.

Ainsi, les États-Unis d’Amérique déclinent : tout le monde doit s’en rendre compte. Ceux qui sont prêts à oublier la question de la Palestine, avec leur soutien des États-Unis dans la région, doivent se rendre compte que les États-Unis déclinent ! Ce sont les pays de la région [du Moyen-Orient] qui prospèrent. Ce sont les vérités de la région qui prospèrent. Les États-Unis sont en déclin dans leur propre région, et encore plus dans cette région.

L’une des manifestations de la défaite américaine est qu’elle n’a pas réussi à influencer l’esprit d’indépendance9 de notre peuple et de notre jeunesse. Notez, aujourd’hui, que nos chers jeunes cherchent l’indépendance, dans tout le pays. Certains d’entre eux ne sont même pas attachés aux principes religieux, mais souhaitent résister contre la domination des étrangers.

Cela montre qu’en dépit de tous les efforts de propagande des États-Unis, et en dépit de tous les efforts déployés dans les médias et l’empire de l’information qu’ils ont construit, ils n’ont pas réussi à influencer les jeunes générations en Iran. Ils n’ont pas réussi à saper et à affaiblir l’esprit de résistance et d’indépendance qui les animait.

Je dis sincèrement parce que si nos jeunes ne sont pas en avance sur la première génération de la Révolution, en termes de désir de résistance, ils n’ont rien à leur envier non plus. Pour autant que je sache, l’esprit d’indépendance s’est progressivement répandu parmi les jeunes d’autres pays aussi – en particulier dans les pays voisins. Quand nous écoutons les déclarations de la chère jeunesse pieuse de nos pays voisins, et quand nous voyons leurs actions et leur comportement, nous sentons que l’esprit d’indépendance s’est renforcé en eux. Bien sûr, l’ennemi, les États-Unis, nous blâme en disant que leur comportement provient du mouvement de la jeunesse iranienne. Et ils nous menacent. Ils nous menacent et nous demandent pourquoi les jeunes d’un certain pays ont attaqué les forces américaines : c’est une question bizarre et un comportement étrange !

Ils nous disent que si les jeunes d’un autre pays s’attaquent à leurs forces ou à des forces qui défendent leurs intérêts, ils vont nous accuser ! Eh bien, ne nous blâmez pas pour les actions d’un autre ! Le peuple irakien vous méprise ! Les jeunes d’Irak, de Syrie et du Liban vous méprisent ! Dans l’est de la région, les jeunes d’Afghanistan et du Pakistan détestent les Américains envahissants ! Qu’est-ce que leur mépris a à voir avec l’Iran ? Ils vous en veulent, et ils pourraient s’en prendre à vous : c’est une réalité. Pourquoi les responsables américains ne comprennent-ils pas cela ? Pourquoi ne comprennent-ils pas le mépris des nations à leur égard ? Pourquoi ne comprennent-ils pas cela ? Vous avez fait des choses horribles, vous avez mené des actions malfaisantes, vous avez essayé de dominer ces pays et vous avez insulté leur peuple. Voilà pourquoi ils vous méprisent ! Le peuple irakien a le droit de ne pas aimer les États-Unis ; le peuple syrien a le droit de ne pas aimer les États-Unis ; il en va de même pour les autres pays.

Les États-Unis sont en déclin : tout le monde doit le savoir. Ceux qui sont enclins à faire des compromis avec les Américains sont en train d’élaborer un plan sans fondement et injustifié [Il s’agit de l’Arabie saoudite]. Les États-Unis sont en déclin. Et les facteurs du déclin des États-Unis ne sont pas conjoncturels, ne peuvent pas être soignés, mais ont des racines historiques et se comprennent sur le long terme. Ils ont créé au cours de l’histoire une condition qui a conduit à la situation actuelle et qui ne peut être guérie si facilement. Ils sont condamnés au déclin, à la destruction et à la disparition de la scène du pouvoir mondial.

La République islamique d’Iran est dans la situation opposée. Bien sûr, je ne veux pas exagérer et magnifier les réalisations, mais nous sommes partis de zéro. Je ne prétends pas que nous ayons réussi à faire en 40 ans la route que d’autres ont empruntée en 100, 150 ans, mais je prétends que nous avons constamment progressé au cours de ces 40 années. Nous avons toujours progressé et nous sommes devenus plus forts.

Les 40 ans de mouvement de la République islamique d’Iran sont une preuve vivante de ce que j’essaye de démontrer ici. Nous sommes témoins d’un mouvement important dans les domaines de l’indépendance industrielle et politique. Quand j’ai dit qu’il y a des centaines de groupes de jeunes, c’est une réalité. Je connais certains d’entre eux de près et personnellement, et j’en ai entendu parler d’autres. Ils sont des jeunes sérieux, actifs, talentueux, créatifs et déterminés, occupés à travailler dans différents domaines : intellectuel, pratique, scientifique et technologique. Ils ne pensent ni à devenir des patrons ou des gestionnaires, ni à devenir des ministres ou des avocats : ils travaillent simplement et avec énergie. C’est un phénomène de bon augure qui existe dans le pays aujourd’hui et qui va se poursuivre.

Je voudrais à présent vous donner quelques conseils, chers jeunes, à propos de questions essentielles pour l’avenir du pays. Le premier conseil, c’est de ne pas oublier que les États-Unis ont une animosité envers vous. Vous ne devez pas être trompés par leurs sourires faux et indécents. Ils disent parfois qu’ils n’ont aucun problème avec la nation iranienne et qu’ils ne critiquent que le gouvernement de la République islamique. Ils mentent ! Le gouvernement de la République islamique n’est rien sans son soutien populaire ! Ils [le gouvernement des États-Unis] sont les ennemis du peuple. Ils sont les ennemis d’une nation qui a maintenu sa présence, sa force et sa détermination au cours des 40 dernières années. Leurs sanctions ne visent que le peuple !

Il ne faut donc pas oublier l’hostilité des États-Unis. Avant la Révolution, les États-Unis faisaient preuve d’inimitié à l’égard de la nation iranienne. Cependant, à l’époque, ils avaient le pouvoir et, par conséquent, ils faisaient ce qu’ils voulaient. Le régime sinistre et dépendant de Pahlavi leur obéissait. La République islamique s’est fermement opposée à eux. C’est pourquoi leur inimitié est claire et transparente. Et ils font preuve d’inimitié de différentes manières. Vous ne devez pas prêter attention à leurs fausses déclarations.

Combien de temps cette inimitié va-t-elle durer ? Combien de temps devrions-nous continuer à faire preuve d’inimitié envers les États-Unis ? La réponse est : jusqu’à ce que les États-Unis cessent leurs efforts pour dominer les autres. S’ils abandonnent cette poursuite de la domination, il sera possible d’interagir avec les États-Unis, comme d’autres pays, et d’établir des relations. Bien sûr, c’est très improbable. Comme l’un des chers frères de la réunion l’a dit, l’arrogance cherche la domination et le contrôle, par nature. Tant que les choses seront ainsi, l’inimitié continuera. S’ils mettent cela de côté, l’inimitié et les relations hostiles prendront fin ; mais c’est peu probable.

Le deuxième point est que vous devez promouvoir et encourager la vision de la résistance contre la main de fer de l’ennemi. Les gens ne doivent pas sentir que parce que l’ennemi a des bombes, des missiles, des appareils de propagande et d’autres armes de ce genre, nous devrions battre en retraite. La théorie de la résistance est une théorie originale et juste. Elle devrait être défendue à la fois de manière théorique et pratique. L’aspect théorique consiste en la nécessité de la promouvoir. Vous, les jeunes, pouvez délimiter très efficacement la théorie de la résistance : entre vous, dans l’environnement où vous vivez, et même dans les relations avec les autres pays et les jeunes. Vous devriez expliquer la théorie de la résistance, selon laquelle le but de l’arrogance est l’hégémonie et la domination sur les nations, à tous, afin qu’ils connaissent la nature de l’arrogance.

D’un point de vue pratique, cela signifie que les jeunes ont le droit de s’orienter vers la résistance. Les jeunes d’Irak, de Syrie et du Liban, et les jeunes d’Afrique du Nord, du sous-continent et des régions environnantes font preuve de résistance contre les États-Unis. C’est leur droit, et nous pensons qu’ils ont le droit de le faire. Renforcer ces choix, c’est renforcer la théorie de la résistance.

Le troisième point est que vous devez vous considérer comme responsables du progrès du pays. Le paradigme du progrès est un plan clair, bien pensé et bien organisé. Comme vous le savez, le paradigme irano-islamique du progrès, qui peut servir de base aux mouvements de pays dans différentes régions pour les 50 prochaines années, a été compilé et théorisé. Il est à la disposition des analystes, qui peuvent l’améliorer et le compléter. Considérez-vous comme part des militants qui travaillent à ce plan vaste et complet.

Préparez-vous à ce plan. Un jour, la préparation exige d’étudier et de faire de la recherche ; un jour, il faut construire et innover ; un autre jour, il faut adopter des positions et faire le bon choix politique. Chaque jour et chaque période de votre vie exige l’une de ces actions. Vous devez vous considérer comme responsables en toutes circonstances et vous devez penser que vous avez un rôle à jouer dans le progrès du pays.

L’une des tâches fondamentales que nous devrions accomplir dans le domaine des questions économiques et de l’avenir du pays est de mettre un terme à la dépendance de notre pays vis-à-vis du pétrole. Cela a été répété, fréquemment, pendant des années, par tous les économistes compétents et intelligents. Et cela peut devenir une réalité. J’ai toujours dit aux fonctionnaires que nous devrions séparer l’économie de la vente du pétrole brut autant que possible. Lorsque nous vendons du pétrole brut, nous extrayons et vendons en fait une source de richesse et un bien qui ne peut être reproduit et qui est fini ; et nous gagnons de l’argent pour cela ; et nous le dépensons pour la gestion du pays : c’est mal.

Nous devons utiliser et consommer cet actif d’une manière qui aura une valeur ajoutée. Nous devrions optimiser le pétrole. L’un des problèmes importants de notre économie est la dépendance. Nos pieux jeunes et intellectuels devraient s’asseoir ensemble et trouver des moyens de libérer le pays de sa dépendance au pétrole. Bien sûr, des politiques à cet égard ont été proposées. Lorsque nous avons inclus et annoncé la création du Fonds national de développement dans les politiques générales du pays, c’est parce que nous voulions nous libérer de la dépendance au pétrole.

Je dois ajouter que nous n’avons pas emprunté le modèle occidental de développement. Tout d’abord, nous avons appelé ce mouvement « progrès », contrairement à leur mouvement qui est appelé « croissance » et « développement ». Nous ne voulons pas emprunter à l’Occident le paradigme du progrès. Les Occidentaux se sont ruinés à cause de cette méthode et de ce paradigme. Ils se sont créés beaucoup de problèmes. Il y a une apparence séduisante, mais corrompue de l’intérieur. Nous ne leur emprunterons rien. Nous tirerons le meilleur parti de la science et de la technologie d’aujourd’hui, et nous considérerons nos avancées comme des sources de bonheur, de fierté et de sécurité – pour la population et le pays. Nos chers jeunes devraient aussi se considérer comme responsables. Ils devraient avoir le sens des responsabilités à cet égard.

Ce dont votre pays a le plus besoin, est votre engagement, noble et désintéressé. Vous, les jeunes, vous devriez faire preuve de détermination. Vous devez viser haut, travailler dur et abandonner la peur et la paresse. Vous devriez faire de l’innovation la partie principale de votre travail, et vous devriez la considérer comme votre grande responsabilité, le tout, accompagné de zèle national. Voilà ce dont nous avons besoin, pour le pays et pour la jeunesse : un groupe de personnes enthousiastes, actives et dynamiques.

C’est le conseil que j’ai donné aux jeunes, mais il s’adresse aussi aux fonctionnaires. Les fonctionnaires devraient prendre ces déclarations au sérieux. Ils devraient prendre les jeunes au sérieux, et ils devraient accueillir et recevoir chaleureusement – dans le vrai sens du terme – la jeune génération d’aujourd’hui qui est motivée : ils devraient les aider.  J’ai parfois été témoin qu’un jeune groupe de personnes a fait quelque chose de merveilleux, d’exceptionnel et d’utile, mais l’organisation responsable ne les a pas aidées. C’est un de nos défauts. Les fonctionnaires devraient prendre les jeunes et leur travail au sérieux et leur accorder plus d’attention.

Ce que je veux dire, maintenant, à la fin de mes déclarations, c’est que vous, chers jeunes, vous devriez savoir, comme je l’ai expliqué plus tôt, que l’avenir de ce pays – l’Iran islamique – sera bien meilleur et plus fascinant que son passé. Si les gens vont de l’avant avec votre état d’esprit, que vous montrez aujourd’hui, ils atteindront sans aucun doute un sommet, dans un avenir proche. C’est quelque chose de certain et de définitif, il n’y a aucun doute là-dessus.

Par la faveur d’Allah, vous en serez témoin de vos propres yeux. Dans l’avenir, vous serez témoins des grandes avancées qui ont été réalisées dans ce pays, grâce à l’Islam et à la Révolution islamique dans ce pays.

Je demande à Allah le Haut d’associer les âmes pures de nos magnanimes martyrs – qui nous ont ouvert ce chemin et qui ont créé cet environnement sûr pour le pays – aux âmes immaculées des martyrs de l’ère islamique primitive et des martyrs de Karbala.

Je Lui demande de faire du saint cœur de l’Imam de l’époque (que nos âmes soient sacrifiées pour lui), l’âme immaculée de notre magnanime Imam, et des pieux martyrs satisfaits de nous.

Je Lui demande de nous familiariser avec nos responsabilités et de nous aider à les assumer, si Dieu le veut.

Salutations à vous et à la miséricorde et aux bénédictions d’Allah.


1. Pour les questions de calendrier, il faut savoir que le calendrier persan est différent du calendrier musulman, même s’il commence à la même date. En effet, ce n’est pas un calendrier lunaire (il s’agit même d’un calendrier, mis en place par Omar Khayyam, encore plus précis que le calendrier georgien). Par conséquent, les célébrations du calendrier persan (comme le 13 bân) coïncident parfois avec des célébrations chiites, qui suivent le calendrier musulman (Arbaïn, en l’occurrence, est le 20 safar).

2. Les deux journées importantes pour la célébration du deuil sont le jour du deuil (dans le cas de Hossein, Achoura) et le quarantième jour après le deuil (ici, l’Arbaïn).

3. Le concept d’ “ennemi” est utilisé de manière très fréquente dans les discours politiques iraniens, pour désigner, de manière assez imprécise généralement, toutes les forces qui s’opposent à la République islamique. Il correspond au terme persan “dochman” (دشمن).

4. Il s’agit du vol 655 d’Iran Air, entre Téhéran et Dubaï, abattu en 1988 par des missiles tirés depuis un croiseur américain, causant 290 morts – résultat d’une “erreur”.

5. Il s’agit d’une référence à l’opération menée par les États-Unis pour libérer les otages détenus dans l’ambassade américaine à Téhéran, en avril 1980. Elle n’aboutit pas en raison d’un accident d’hélicoptère.

6. Par ce genre de déclarations très évasives, le Guide fait référence aux personnes qui s’opposent à l’État iranien à l’intérieur de l’Iran, et qu’il suppose soutenues par des puissances étrangères.

7. L’expression est importante : le gouvernement iranien se réfère à la guerre Iran/Irak en l’appelant “guerre imposée” (جنگ تحمیلی), et qualifie l’action iranienne pendant la guerre de “défense sacrée” (دفاع مقدس).

8. Le Guide fait ici référence aux guerres perdues contre la Russie (qui aboutissent au traité du Golestan, de 1813, puis de Turkmanchai, en 1828, considéré comme particulièrement humiliant), contre l’Angleterre (traité de Paris en 1857), ou encore lors de la seconde guerre mondiale (l’Iran est envahi par les Soviétiques et par les Britanniques en 1941).

9. Un des principaux slogans de la révolution islamique de 1979 était “Indépendance, liberté, République islamique”.