Qu’est-ce que la Bolivie ?

Qu’est-ce que la Bolivie ?

Afin de mieux comprendre les enjeux géopolitiques qui structurent l’Amérique méridionale, le pôle Amérique latine vous propose de porter un premier regard attentif sur le pays dirigé par Evo Morales. Pays peu connu et dont l’actualité est peu médiatisée en Europe par rapport aux pays voisins, la Bolivie constitue un excellent exemple pour comprendre les nouveaux enjeux auxquels sont confrontés les pays latino-américains. Les relations avec les Etats-Unis, oscillant entre dépendance économique et rejet anti-impérialiste, les rapports de force à l’échelle régionale, l’insertion des populations indigènes au sein de la politique nationale et la valorisation de l’héritage pré-colonial sont des thématiques centrales pour la Bolivie et le reste de la région.
Plusieurs questions seront ainsi traitées : qu’a représenté l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales en 2005 ? Est-ce que ce régime très personnifié est durable ? Comment articuler la préservation d’un patrimoine naturel et culturel tout en modernisant le pays ? La redistribution de certains pouvoirs aux populations indigènes a-t-elle été réellement équitable ?
À travers une analyse nationale et internationale, dans une perspective historique et actuelle, cette lecture de la géopolitique bolivienne révèle les différentes dynamiques économiques, spatiales, culturelles et les enjeux de pouvoirs qui définissent les politiques intérieure et extérieure du pays. Cet article sera publié en deux temps, en voici la première partie.

Pays grand comme deux fois la France (1 098 000 km²) pour six fois moins d’habitants (10 800 000 habitants), la Bolivie est l’un des deux seuls pays latino-américains avec le Paraguay n’ayant accès ni à l’Océan Atlantique, ni à l’Océan Pacifique, ce qui conditionne fortement la situation politique, sociale et économique du pays. Comprenant la plus grande proportion de population d’origine amérindienne du sous-continent (aymara, quechua, guarani en tête), à la fois des territoires amazoniens, du Grand Chaco, de l’Altiplano et de la Cordillère des Andes, elle est peut-être le laboratoire le plus représentatif de la conciliation entre une modernité occidentale, teintée à la fois de libéralisme et d’un socialisme indigéno-américain que n’aurait pas complètement renié Mariateguí[1], et une tradition héritée de l’époque précoloniale, remise au goût du jour à la fois dans une perspective anti-impérialiste, environnementaliste et plurinationale. Investi pour la première fois en 2006, Evo Morales est sans nul doute la figure politique la plus importante du pays à l’heure actuelle. S’il a su stabiliser la vie politique du pays durant une dizaine d’années en s’appuyant sur des politiques publiques progressistes, quid de la durabilité d’un pouvoir fortement questionné à l’intérieur de ses frontières mais aussi affaibli par la situation régionale, fortement défavorable aux alliés traditionnels du dirigeant du Movimiento al Socialismo (MAS) ?

Trois repères historiques pour comprendre la Bolivie contemporaine

Si la Bolivie, ainsi nommée en référence au patronyme de Simón Bolivar, le Libertador, a acquis son indépendance en 1825, les trois moments clés permettant de comprendre à la fois les enjeux de politique intérieure et extérieure du pays sont bien postérieurs. Tout d’abord, la guerre du Pacifique (1879-1883) qui l’opposa au Chili marque la perte de l’accès à l’océan Pacifique mais aussi celle de sa souveraineté sur le désert de l’Atacama. Si le pays a perdu au cours du XIXème et du XXème siècle une nouvelle fois de grands pans de son territoire aux dépens du Brésil, par voie diplomatique (traité d’Ayacucho en 1867, traité de Petrópolis en 1903) mais aussi et surtout du Paraguay, à la suite de la particulièrement meurtrière guerre du Chaco (1932-1935), c’est bien cette guerre opposant la Bolivie et le Pérou au Chili qui influe le plus sur la politique extérieure bolivienne actuelle. Le deuxième élément-clé est la révolution de 1952. Celle-ci marque symboliquement l’entrée de la Bolivie dans le XXème siècle, avec notamment la reconnaissance civique des indigènes (quechuas et aymaras principalement). Le dernier moment est la dictature de Hugo Banzer (1971-1978). Alors que la politique intérieure bolivienne est marquée par l’instabilité chronique de ses gouvernements au cours du XXème siècle, l’immixtion récurrente de l’armée ainsi que de nombreux régimes autoritaires, ce septenio est marqué par la violence de la répression des divers mouvements sociaux ainsi que des opposants politiques dans le cadre du Plan Condor, l’apparition de nouvelles revendications mais aussi l’ouverture du pays aux capitaux étrangers, notamment nord-américains.

La Guerre du Pacifique

Appelée aussi guerre du salpêtre (salitre), la guerre du Pacifique opposa le Chili à la Bolivie et au Pérou entre 1879 et 1884. Celle-ci est fondamentale pour l’histoire contemporaine du pays car la Bolivie perdit son unique accès à la mer qui lui permettait d’exporter sans payer de taxes à la frontière chilienne les matières premières qui ont historiquement fait la richesse de la région. Dans un contexte expansionniste, et soutenus par les Britanniques, les Chiliens ont tenté de repousser leur frontière septentrionale afin d’empêcher une alliance entre Boliviens et Péruviens à l’époque mais aussi de faire main basse sur la région. En effet, celle-ci était riche en guano, utilisé comme fertilisant mais aussi et surtout en salpêtre, élément important dans la fabrication d’explosifs à l’époque. Il s’agit de préciser que si la région d’Antofagasta appartenait à la Bolivie, de nombreux entrepreneurs chiliens avaient commencé à exploiter le désert de l’Atacama, avec l’accord, précisément du gouvernement bolivien. Grâce à une marine plus puissante, une armée mieux dotée mais aussi à la faiblesse des communications en Bolivie comme au Pérou, le Chili gagna la guerre en 1883, manquant de peu de mettre Lima à sac. Les dirigeants boliviens n’ont cependant pas perdu l’espoir de retrouver un jour un accès à l’océan : une résolution de l’O.E.A. a été rejetée en 1983, l’ancien dirigeant Carlos Mesa comme Evo Morales parcourent le monde afin de plaider la cause bolivienne, en utilisant des méthodes différentes (conférences contre déclarations publiques et recours au Tribunal de la Haye, comme exposé ci-dessous). S’il était déjà connu que le désert abritait encore d’importantes réserves d’or, d’argent ou de fer, ce conflit a pris une autre dimension lorsque les plus grandes réserves du monde de potassium et de lithium y ont été détectées.

Evolution des frontières boliviennes depuis son indépendance

La Révolution Nationale

La Révolution Nationale marque l’entrée de la Bolivie dans le XXème siècle. Du 9 avril 1952 jusqu’au coup d’Etat du 4 novembre 1964 dirigé par le vice-président René Barrientos Ortuño, le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (MNR) gouverna le pays, le modernisa, fit évoluer profondément la politique nationale ainsi que les structures socio-économiques. En 1951, le MNR avait remporté les élections, dans un contexte encore très marqué par la défaite lors de la guerre du Chaco et l’échec d’une République oligarchique. Cependant, une Junte militaire se forma rapidement, de façon à éviter que le MNR n’accède au pouvoir et le président Urriolagoitia préféra laisser le pouvoir aux Forces Armées, en soutenant que « le MNR ne représentait qu’un ensemble de groupes minoritaires ». Le 9 avril 1952, le ministre de l’Intérieur, le général Antonio Seleme Vargas dirigea un coup d’Etat. Cependant, les civils (partisans, membres des milices ouvrières ou non) résistèrent à l’armée, soutinrent Hernán Siles Suazo et Juan Lechin Oquendo afin qu’ils prennent les rênes du pays en attendant le retour d’exil du président Víctor Paz Estenssoro, qui s’était réfugié à Buenos Aires. Le droit de vote universel, y compris aux femmes et aux analphabètes fut accordé. Le système agricole semi-féodal latifundiaire, intact depuis l’indépendance, fut également profondément transformé au travers d’une Réforme Agraire. En effet, l’immense majorité des paysans indigènes ne pouvait exploiter un lopin qu’en l’échange de prestations accordées au propriétaire (pongueaje) tout en devant fournir son propre matériel. La réforme permit la redistribution de plus de 45 millions de kilomètres carrés, bénéficiant à plus de 600 000 personnes ou communautés. Enfin, la Réforme éducative fut également un pan majeur de la politique du MNR L’objectif était d’étendre la pratique de la langue espagnole dans le pays, de faire des indiens des paysans productifs en leur dispensant un enseignement de base (écriture, lecture, calcul élémentaire), non de réformer en profondeur les structures sociales grâce à l’institution scolaire. Il est intéressant de noter que la Révolution reçut le soutien des Etats-Unis, dès lors que Washington fut convaincu que ce moment était nationaliste et non communiste, ce qui s’illustra par l’indemnisation des compagnies minières expropriées. L’aide fut dans un premier temps alimentaire, afin de lutter contre la désorganisation du tissu agricole du pays puis ensuite financière afin de stabiliser la monnaie nationale, d’améliorer le système routier ainsi que les structures éducatives et sanitaires, réintégrer la partie orientale du pays…

A partir de 1964, la Bolivie connut une succession de coups d’Etat et de vagues répressives. En 1970, un coup d’Etat organisé par la droite échoua, un général progressiste, Juan José Torres, fut ainsi porté au pouvoir. Il tenta tant bien que mal de concilier les aspirations de la classe ouvrière (structurée par la COB et le Parti Ouvrier Révolutionnaire), des paysans tout en devant supporter aussi la pression de la bourgeoisie. Un autre coup d’Etat fut organisé à partir de Santa Cruz de la Sierra le 18 août 1970, sous la direction de Hugo Banzer. Son régime était marqué par le slogan « paix, ordre, travail », en s’appuyant sur une alliance avec la Phalange Socialiste Bolivienne et le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire, les deux principaux s’étant durement opposés durant la Révolution Nationale. Si la participation du MNR au régime de Banzer peut paraître incompréhensible de prime abord, elle n’est qu’une transition de plus de ce parti au cours du second XXème siècle (nationaliste durant les années 50, aménagiste (desarrollista) durant les années 60, soutenant donc la droite pro-impérialiste durant les années 70 avant de se convertir au néolibéralisme durant la décennie suivante). L’arrivée au pouvoir de Banzer fut immédiatement appuyée par les Etats-Unis et se matérialisa par de nombreux prêts. Sur le plan économique, l’objectif était de supprimer toutes les restrictions juridiques susceptibles de gêner les investissements directs étrangers ainsi que faire de Santa Cruz le moteur du capitalisme bolivien (stimulation de l’exportation du café, du sucre, du bois, du riz…).

Les années Banzer

Si le Front Révolutionnaire Anti-impérialiste (FRA) fut auto-dissous assez rapidement (son dirigeant Torres fut assassiné dans le cadre du Plan Condor en 1976), tout comme l’accord entre la FSB[2] et le MNR, les mouvements kataristes, en tentant de dépasser l’héritage de la révolution de 1952, furent les principaux opposants au régime de Banzer. Ces étudiants et citadins majoritairement aymaras ne voulaient pas sacrifier la culture de leurs ancêtres, fondée sur la cosmovision. Ils rejetaient également le paternalisme culturel impulsé par le MNR au travers de sa politique éducative et poursuivi par les régimes postérieurs. Le Manifeste de Tiahuanaco en 1973 est la première déclaration publique du mouvement. Cet événement marque l’introduction des revendications indigènes par eux-mêmes au sein de la vie politique bolivienne. Cela permet également d’expliquer partiellement l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales qui fut élu président après avoir été lui-même un important dirigeant syndicaliste. Hugo Banzer fut lui-même démis de ses fonctions à la suite d’un coup d’Etat en 1978. Cependant, il se distingue de ses prédécesseurs et successeurs par une très grande capacité à déjouer les multiples tentatives de coups d’Etat en s’appuyant sur une répression féroce, qui s’inscrit dans le cadre du Plan Condor (les deux années de dictature dirigée par le général Luis García Meza entre 1980 et 1982, le furent également). Les organisations humanitaires ont compté plus de 200 morts, 14 000 individus furent emprisonnés et le plus souvent torturés sans jugement préalable, 19 000 durent s’exiler. L’activité politique et syndicale fut interdite, la presse et les radios d’opposition furent censurées. Différentes commissions furent par la suite mises en place afin de rechercher les personnes disparues (Commission Nationale de Recherche des Citoyens Disparus créée en 1982, Commission Interaméricaine des Droits de l’homme) ou juger les dirigeants (García Meza fut condamné à trente ans de prison en 1993 pour avoir fait exécuter 8 dirigeants du MIR). Toutefois, ces politiques furent bien insuffisantes : entre justice mémorielle et pacification (pluri-)nationale, les divers gouvernements boliviens jusqu’à celui de Morales ont préféré le deuxième versant du dilemme. Le délit de disparition forcée dans le cadre d’un terrorisme d’Etat n’a toujours pas été reconnu, tout comme la participation du gouvernement de Banzer à une répression s’inscrivant dans un cadre international coordonné (Plan Condor).

Une politique intérieure singulière : Morales au pouvoir, entre avancées sociales, continuité et contestations[3]
Morales et le MAS au pouvoir

Evo Morales est un dirigeant atypique, tant à l’égard de ses prédécesseurs que des autres dirigeants en Amérique du Sud aujourd’hui. En effet, né en 1959, dans une famille de pasteurs aymaras, il n’a pu bénéficier d’une éducation théorique aussi poussée. Cependant, comme le reconnaît aisément l’un de ses opposants, l’ancien ministre des Affaires Extérieures de Carlos Mesa, Juan Ignacio Siles del Valle, ce sont d’autres qualités exceptionnelles qui ont pu le conduire au pouvoir[4]. Tout d’abord, ses expériences de briquetier et boulanger durant sa jeunesse l’ont fait très tôt découvrir le marché du travail et en particulier des métiers à la fois pénibles et peu valorisés. Couplées à un sens aigu du leardership, il devint par la suite un syndicaliste cocalero reconnu. Ce poste n’est pas anecdotique. La feuille de coca est un élément constitutif de la vie politique bolivienne. En effet, c’est grâce à cette dernière que Morales a pu tisser des contacts très étroits à la fois dans les régions rurales productrices tout comme au sein des villes principales du pays, comme La Paz (marché de gros afin d’être vendue, sélectionnée et hypothétiquement transformée par la suite). Il gagna ensuite en légitimité (tant par son expérience carcérale que sa capacité à diriger) au sein du mouvement syndical en s’opposant à la politique de Banzer qui avait promis aux Etats-Uniens qu’il éradiquerait toute culture de la coca, dans le cadre de la lutte anti-drogue. La fusion de son mouvement syndical avec le Mouvement vers le socialisme (MAS) en 1997 joua un rôle très important durant la guerre du gaz en 2003. Il gagna enfin les élections de 2005 en fondant son programme sur la nationalisation des entreprises exploitant les hydrocarbures (souveraineté territoriale) mais aussi en mettant en avant la visibilité des communautés indigènes (quechua et aymara en premier lieu), dont il est lui-même issu et qui avaient toujours été maintenues à l’écart du pouvoir depuis la révolution de 1952.

Evo Morales, portant une veste bordé d’appliqués aguayos, un tissu traditionnel de l’Altiplano.

Arrivé au pouvoir, l’objectif du MAS fut d’instaurer un débat public afin de rédiger la nouvelle Constitution. Un climat extrêmement conflictuel se développa sous l’impulsion du « vieux pouvoir » (tentatives de coups d’Etat, organisation d’un référendum sur l’autonomie des provinces de Santa Cruz, de Beni, de Pando et de Tarija, majoritairement composées de populations blanches et métisses, riches en hydrocarbures et en production agricole, massacre d’El Porvenir) mais une mobilisation populaire contre lesdites tentatives de renversement de Morales, la tenue du référendum constitutionnel en 2008 ainsi que la ratification de cette dernière marquent une pacification relative de la politique intérieure bolivienne. Cette Constitution est sans doute l’œuvre politique la plus marquante de Morales et du MAS. Elle rompt avec la dénomination traditionnelle de « République bolivienne » pour mettre en avant « l’Etat Plurinational de Bolivie », qui prétend refléter un modèle d’organisation politique d’inspiration décoloniale, d’émancipation des peuples et nations indigènes. L’article 2 reconnaît par exemple reconnaît « leur droit à l’auto-gouvernement, à la libre détermination ainsi qu’à des institutions qui leur sont propres ». Les langues indigènes (aymara, quechua, guarani…) sont également reconnues par les institutions qui elles-mêmes tentent de se réapproprier des éléments comme la figure de Tupac Katari ou le drapeau wiphala. Cette Constitution promeut également le Suma Quamaña, que l’on pourrait traduire par Bon Vivre, au même titre que la solidarité, l’égalité… C’est une façon de rompre contre les mythes modernes et occidentaux de la croissance, du progrès mais aussi de l’individualisme[5]. La pensée indigène (quechua en l’occurrence) est ainsi réadaptée par les dirigeants de l’Etat plurinational et réinscrite dans le discours anti-impérialiste et contre-hégémonique Il s’agit cependant de souligner les limites de cette politique : la participation des indigènes au sein de l’exécutif reste limitée, la prise de décision au sein des autonomies reste soumise aux décisions du pouvoir central. La politique économique est aussi fortement modifiée. Un Plan National de Développement (2006-2009) marque le retour d’un Etat interventionniste, et d’autant plus dans les secteurs qualifiés de stratégique. Cela s’illustre par la nationalisation des hydrocarbures, d’entreprises métallurgiques ou téléphoniques au détriment de multiples firmes transnationales étrangères (voir plus bas) en 2006 ou une forte augmentation de la taxation du secteur minier. La Loi de Reconduction Communautaire de la Réforme Agraire, votée en 2006, permit à l’Etat de récupérer les terres non-exploitées sans indemnisation. Si cela semblait pouvoir ouvrir la porte à une expropriation de propriétaires latifundiaires au profit de paysans sans terre, la nouvelle Constitution précisait que cela ne pouvait être appliqué aux exploitations préexistantes. D’importants programmes d’aide furent mis en place : pension universelle de vieillesse, aide à la scolarisation primaire, aide aux femmes enceintes, instauration de tarifs de base afin de permettre au plus grand nombre d’accéder à l’électricité (Tarif Dignité).

 

La réélection de Morales en 2009, bénéficiant d’un soutien plus net qu’en 2005 (64% des suffrages contre 54%, 3 millions de voix contre 1,5, contrôle total des deux chambres législatives, fut autant bénéfique pour le MAS que pour son leader : elle fut le marqueur d’une nouvelle hégémonie politique en Bolivie. Ceci est dû à la fois à une capacité à affaiblir la droite en recyclant certaines figures politiques en leur attribuant des responsabilités au sein du MAS et à la durabilité de l’application d’un programme ambitieux durant le premier mandat. Les conflits politiques se sont alors déplacés au sein-même du mouvement « indigéno-populaire » ayant porté Morales au pouvoir, questionnant la centralisation du pouvoir, le manque de démocratie participative à l’intérieur du parti comme dans le reste de la vie publique nationale, ou l’accès aux autonomies (de la part de communautés indigènes mais aussi de propriétaires terrains tentant de préserver ainsi leurs privilèges à l’est du pays)[6]. Les politiques de développement du pays (projets miniers, gazifères) se sont également heurtées aux exigences environnementales des citoyens boliviens comme de certaines associations internationales : concilier essor socio-économique et préservation culturo-environnementale semble autant crucial que compliqué dans un contexte politique aussi précaire (nécessité de concilier les intérêts des pro-développements comme des indianistes pachamámicos qui ont tous signé le Pacte d’Unité ayant porté et reconduit le MAS au pouvoir). Afin de désamorcer ces conflits, les dirigeants du MAS ont oscillé entre des critiques ad hominem directes (agent de l’impérialisme, allié des néolibéraux) et une utilisation des mouvements sociaux loyaux afin de décrédibiliser les plus critiques. Sur le plan économique, le bilan des deux premiers mandats de Morales est plutôt bon : le PIB du pays a augmenté de 4,8% entre 2006 et 2012 contre 2,6% entre 1999 et 2005, par exemple, l’inflation est restée plutôt stable et modérée au vu des années précédentes (autour de 6,8 % contre 400% entre 1985 et 2005), la quantité de crédits et de dépôts en monnaie nationale a augmenté, le salaire minimum a fortement augmenté, le chômage a diminué, l’accès aux biens de première nécessité comme l’eau potable, l’électricité, les combustibles a été fortement amélioré, le taux de pauvreté et les inégalités ont diminué. Dans un contexte de stabilité socio-économique et d’affaiblissement de l’opposition, Evo Morales a été une deuxième fois réélu en 2014, ce qui lui permet désormais de gouverner le pays jusqu’en 2020 (élections en 2019) et d’assurer la plus longue résidence au Palacio Quemado [Palais Brûlé] de l’histoire

Evo Morales, lors d’une cérémonie religieuse

Si Morales a su calmer les conflits sociaux puis ensuite légitimer dans une certaine mesure sa politique, l’opposition n’a jamais disparu. Celle-ci est à la fois structurée par des syndicats comme la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB) ou l’Association Départementale des Producteurs de Coca (ADEPCOCA), qui tentent de défendre leurs propres intérêts mais aussi la communauté bolivienne à l’étranger, notamment aux Etats-Unis ou en Espagne.  Les critiques concernant la verticalité du pouvoir, la corruption, la non-séparation des pouvoirs judiciaire et législatif mais aussi la non-prise en compte de certaines revendications (contre la pénalisation des fautes médicales entre novembre et janvier dernier, résolue par l’immigration de médecins cubains, notamment dans le contexte du Paris-Dakar). Plus largement, c’est la réussite d’une transition démocratique anti-impérialiste, contre-hégémonique et fondée sur des discours indigénistes qui est questionnée. Malgré toutes les avancées sociales et économiques qu’a pu représenter l’arrivée au pouvoir de Morales, sa volonté de se maintenir au pouvoir à tout prix et l’usage d’une rhétorique supposément démocratique pose désormais question. En effet, le dernier grand débat public en Bolivie concerne la possible réélection de l’actuel président en 2019. Celui-ci a cherché à modifier la Constitution limitant le nombre de mandats successifs possibles à deux. Une consultation lancée en 2016 a échoué : les Boliviens ont rejeté cette possibilité, ce que le MAS n’a pas manqué de contester et ensuite tenté de contourner. D’ici un an, peut-être Morales aura-t-il réussi à légitimer au nom de la démocratie une manœuvre ressemblant étrangement à celle mise en œuvre par Daniel Ortega, au Nicaragua, il y a une dizaine d’années. Une autre question fondamentale est alors celle de sa succession, tant au sein du MAS qu’à l’extérieur de ce dernier. En effet, Morales a tellement personnalisé son pouvoir qu’une succession de l’un de ses collaborateurs ne ferait ressembler qu’encore plus la politique intérieure bolivienne à celle du Venezuela d’il y a quelques années, alors que le contexte continental a profondément changé. Réciproquement, à qui profiterait, tant dans une perspective intérieure qu’extérieure l’arrivée au pouvoir de l’un de ses opposants ? Cela signifierait-il un rejet complet des avancées sociales, à défaut d’une nette amélioration de sa condition économique, qu’a pu connaître la Bolivie depuis 2005 ?

 Socio-économie de la Bolivie
Un fort potentiel économique ?

Si les critiques dénonçant la corruption, l’autoritarisme des divers gouvernements Morales voire même l’émergence d’une bourgeoisie aymara sont recevables, il est une critique qu’on ne peut adresser à leur encontre : celle du dynamisme économique. Certes, la Bolivie reste l’un des pays les plus pauvres du sous-continent. Cependant, ces dix dernières années, l’économie bolivienne a cru plus rapidement que dans tout autre pays américain, la pauvreté a également fortement baissé. Ceci est dû à une stabilité politique favorisant les investissements étrangers, à la dollarisation des échanges ainsi que l’épargne construite principalement sur l’exploitation des matières premières. Du côté du secteur primaire, les produits les plus consommés sont le maïs, le blé (autour de Cochabamba et Chuquisaca), la pomme de terre, les agrumes, les bananes, les mangues et autres papayes. Dans l’est du pays, autour de Santa Cruz, ce sont les arachides, le soja, le tabac qui sont les plus consommés. La coca et le café sont cultivés dans les Yungas et autour de Santa Cruz, bénéficiant ainsi d’un climat subtropical ou tropical, sur les flancs de la Cordillère des Andes quand le cacao l’est autour de la Paz ou au nord-ouest du pays. L’agriculture bolivienne n’est pas autosuffisante et le pays doit importer des céréales aux pays voisins et exporter son soja, coton, sésame ou riz. Deux modèles agricoles s’opposent : celui d’une agriculture intensive et mécanisée, menée par de grands exploitants agricoles de l’est du pays, autour de Santa Cruz (ainsi que dans le Beni et le département de Tarija) et une agriculture traditionnelle, dépendante des conditions météorologiques locales, dans les vallées et l’altiplano (Cochabamba, La Paz, Oruro). L’industrie est fortement liée à l’extraction des matières premières. Toutefois, l’industrie agro-alimentaire est aussi importante (fabrication de produits oléagineux, bières, ou dérivés du soja), tout comme l’industrie textile.

Montagne de Potosi

La principale manne de la Bolivie reste toutefois son sous-sol. Ville la plus peuplée d’Amérique sous la colonisation espagnole, centre économique de l’Empire, Potosi incarne cette richesse minière. Elle est également l’épigone de l’exploitation des populations indigènes, héritée de la période inca et intensifiée par les Espagnols. L’étain, l’or et l’argent étaient les métaux les plus exploités sous l’époque impériale. Alors que le salpêtre ou le guano furent également l’objet d’importantes tensions régionales à la fin du XIXème siècle, ce sont aujourd’hui le gaz naturel (premier exportateur d’Amérique du Sud, quatrième d’Amérique), l’or (à destination des Etats-Unis principalement, mais également de la Suisse), le zinc et le pétrole brut (à destination du marché asiatique) qui font la richesse de l’économie bolivienne, si l’on s’en tient strictement aux marchés légaux. A l’échelle sous-continentale, le Brésil (48%) et l’Argentine (29%) sont les principaux débouchés économiques du pays. Toutefois, l’avenir minier du pays pourrait bien dépendre d’un tout autre minéral : le lithium. Celui est très demandé dans la fabrication de batteries de voitures électriques ou d’ordinateurs portables. Ce marché est donc éminemment porteur, en particulier, à destination des pays occidentaux mais aussi d’Asie orientale. Les principales réserves mondiales de lithium se trouvent précisément dans les sous-sols chiliens et boliviens, dans le désert d’Atacama. Si Morales a déclaré sa volonté de renforcer le monopole de son pays sur le marché mondial de lithium, en créant, le cas échéant, un cartel avec le voisin chilien. La récente augmentation des I.D.E. chinois en Bolivie n’est pas étrangère à cette découverte. Les Etats-Unis et les pays européens suivent également la politique minière du gouvernement Morales de très près : la Bolivie sera-t-elle une nouvelle fois victime de la richesse de son sous-sol ou saura-t-elle valoriser ce patrimoine ?

Vue de Potosi et du Cerro Rico, la montagne argentifère, aussi représentée sur les armes du pays

La coca : patrimoine culturel ou rouage essentiel de la vie politico-économique bolivienne ?

S’il est un produit caractéristique de la Bolivie, encore plus que ses minerais, c’est bien la coca. Si celle-ci est évidemment associée en Europe ou en Amérique du Nord à sa version transformée en poudre et fortement coupée avec divers excipients, la coca est avant toute chose une plante jouant un rôle fondamental dans la culture andine. Elle y est le plus fréquemment chiquée ou bien infusée dans de l’eau. Très calorique et nutritive (protéines, graisses, calcium, fer, phosphore…), elle était et est toujours par exemple un excellent moyen pour résister aux énormes charges de travail dans les mines ou les champs. Les Espagnols qui avaient bien saisi son caractère éminemment religieux et l’avaient interdite la rétablirent à la fin du XVIème siècle. C’est de cette époque que l’on peut faire remonter les premiers trafics de feuille de coca. Les dirigeants boliviens sont les meilleurs promoteurs de la diplomatie de la coca. Jaime Paz Zamora, en 1992, lors de l’Exposition Universelle de Séville en 1992, avait ostensiblement arboré une fleur de cocaïer sur le revers de sa veste. Plus récemment, Evo Morales a réussi à faire reconnaître le patrimoine culturel que représentait la feuille de coca, de son exploitation à sa consommation, obtenant ainsi sa déclassification de la liste des produits prohibés par le gouvernement états-unien et plus largement une reconnaissance à l’international. Le fait que Morales soit arrivé au pouvoir après avoir été un leader syndicaliste cocalero n’est également pas un hasard. En effet, au vu de la géographie du marché de la coca (principales plantations dans les Yungas, sélection et transformation à la Paz, forte tradition autour de Potosi et Oruro, mais aussi transporteurs ou petits commerçants), le futur président a pu se tisser un solide réseau dans les différents départements du pays (Chuquisaca (Sucre), La Paz, Cochabamba, Oruro et Potosi) qui lui ont permis d’arriver au pouvoir. Lors des élections de 2005, ce sont bien les département andins et sub-andins qui ont donné leur vote au MAS quand les départements dominés par l’Amazonie (Beni, Santa Cruz) ont porté le parti libéral-conservateur mené par Quiroga.

Champ de coca

Peut-on alors parler de la Bolivie comme étant une narcocratie ? Les plantations des Yungas se sont tout d’abord développées avant d’atteindre le Chaparé, à l’ouest de Cochabamba au début du XXème siècle. La demande de cocaïne, obtenue à la suite d’une macération dans une solution de kérosène et de carbonate de potassium, n’a cependant explosé qu’à partir des années 1950. Malgré la forte pression états-unienne contre le narcotrafic, Banzer ou García Meza ont assis leur pouvoir grâce à l’économie de la coca, permettant ainsi indirectement de mieux corrompre les agents anti-drogues boliviens comme états-uniens. La fin du siècle dernier a été marquée par de nombreux arrachages et la promotion d’une industrie de la coca, permettant de fabriquer des produits de beauté et valorisant l’héritage ancestral. Morales s’inscrit ainsi dans cette veine, préférant officiellement valoriser la feuille plutôt que la poudre, l’héritage précolombien plutôt que la régulation gringa. Une loi votée à la fin de l’année dernière a permis d’augmenter la superficie cultivée et assoupli les règlements de production. L’argument strictement patrimonial ne peut tenir très longtemps. En effet, au Chaparé, ce sont de nouvelles feuilles de coca, génétiquement modifiées et dont la productivité est 2,5 fois plus que celles des Yungas qui ont été plantées ces dernières années. Il est certes toujours possible de produire des onguents ou des tisanes mais cela montre surtout toute l’importance de la cocaïne pour l’économie et le pouvoir boliviens. Selon Jean-Pierre Lavaud, aucun grand nom du narco-trafic n’aurait été arrêté ces dernières années et la lutte contre le blanchiment d’argent de la drogue reste très insuffisante. De là à affirmer que Morales, étant juge et partie de ce marché économique, a transformé la feuille sacrée en une marchandise profane, il n’y a qu’un pas. Enfin, si le président a mis en avant la défense de l’environnement (nous pourrions tout autant nous référer à la Pachamama), la culture de la coca est boostée par l’aspersion de glyphosate, et génère de la déforestation, pollue les cours d’eau sacrés mais aussi et surtout alimente un harcèlement à l’encontre de certains peuples amazoniens.

La Bolivie : un pays indigène ?

La Bolivie est le pays d’Amérique du Sud comptant le plus d’individus qualifiés d’indigènes, tant en chiffres bruts que par rapport au reste des différentes populations nationales. Cette importance numérique dissimule une forte diversité entre les différents peuples vivant sur le territoire bolivien. Alors que certains ont réussi à gagner une place de choix au sein de l’échiquier politique national, mais aussi une légitimité culturelle, comme les Aymaras, les Quechuas ou les Guaranis, la majorité d’entre eux restent encore marginalisés, volontairement ou non. Ce phénomène n’est cependant qu’assez récent. Sous couvert de planning familial, dans les années 1960, le gouvernement bolivien aidé d’organisations non-gouvernementales nord-américaines ont organisé des campagnes de stérilisation des femmes indiennes avant que l’Eglise n’intervienne. Par la suite, Banzer tenta également de blanchir la population de son pays en accueillant à bras ouverts les Blancs qui fuyaient alors l’Afrique Australe (Rhodésie, Afrique du Sud) et les luttes interraciales qui s’y déroulaient dans un contexte de décolonisation.

Si ce sont des indigènes qui ont eux-mêmes dirigé les combats pour défendre le droit des travailleurs (figure de Domitila Barrios de Chungara dans le milieu minier, par exemple) et lutter contre les discriminations raciales, depuis le début des années 2000, ceux-ci sont revenus au cœur du débat politique. Cela a également été favorisé par l’émergence d’une bourgeoisie indigène. La Constitution de 2009 est sans nul doute le point d’orgue du renversement de ce stigmate indigène : l’enseignement d’une langue indigène est devenu obligatoire à l’école et chaque fonctionnaire est censé en maîtriser au moins l’une d’entre elles. Egalement, ce ne sont pas moins de 36 langues indigènes qui sont devenues langues officielles du pays. L’influence des divers peuples indigènes se retrouve également dans des pratiques quotidiennes. Les références à la Pachamama (Terre-mère) ou à Inti (le dieu-Soleil) sont très fréquentes, même au sein des populations d’origine européenne : la catholicisation du pays a finalement été un échec partiel et résulte d’une agrégation entre les principales figures bibliques et panandines (Vierge Marie et Pachamama). Cela peut se traduire par une offrande à la Pachamama avant de trinquer, qui consiste en verser un filet de la boisson consommée au sol ou bien le sacrifice d’un lama avant de lancer la construction d’un bâtiment imposant. Les références faites aux leaders Tupac Amaru (1524-1572) et Tupac Katari (1750-1781) sont également encore très importantes. Symboles des révoltes menées contre l’envahisseur puis colonisateur espagnol, ils sont devenus à la fois des figures majeures de la culture populaire bolivienne mais aussi des modèles mobilisés lors de revendications à caractère ethnique ou indigéniste. Il est intéressant de noter que le premier était quechua alors que le deuxième était aymara, ce qui correspond aux deux principales ethnies en Bolivie, encore aujourd’hui.

Si les discriminations raciales mais aussi culturelles se sont estompées ces dernières années, d’un point de vue institutionnel, la Bolivie reste un Etat profondément racialisé. En effet, l’ethnie ou la race, en fonction du discours et du point de vue adopté par le locuteur est un formidable vecteur de cohésion mais aussi de division politique. Elle peut être également utilisée afin de légitimer une position sociale[7]. Il s’agit également de pointer un racisme non-hérité de l’époque coloniale. En effet, les rivalités entre diverses ethnies sont encore nombreuses, à l’image de celle opposant les Aymaras aux Urus Chipayas. Ces derniers sont systématiquement écartés des mandats électifs locaux. Cela peut également s’illustrer par une forte réticence à avoir pour conjoint ou même pour voisin un individu d’une autre ethnie[8]. Ces conflits d’intérêt opposent également les indigènes des Andes aux indigènes des plaines. Les premiers, plus nombreux, exigent des routes et des infrastructures permettant de mieux acheminer la coca, sans vouloir écouter les revendications d’autres peuples dont les intérêts divergent. De ce fait, l’arbitrage entre une préservation du patrimoine naturel bolivien et l’exploitation de ses diverses ressources ne consiste pas en la résolution d’un simple conflit d’intérêt entre divers groupes d’acteurs aux visées économiques divergentes. Elle consiste également à arbitrer entre les intérêts fortement divergents de deux peuples différents. Dans une certaine mesure, la célébration de l’État plurinational semble avoir renforcé les particularismes (et le racisme ordinaire entre peuples indigènes) au détriment de la cohésion nationale[9].

 Une destination touristique oubliée ?

« Tibet de l’Amérique latine » ou « Porte du Soleil » sont autant d’expressions pouvant qualifier la Bolivie. Cela souligne le potentiel touristique du pays. En effet, du fait de la variété de ses paysages et climat, elle peut être un terrain de jeu idéal pour baroudeurs. Cependant, du fait d’une mise en tourisme encore faible de l’ensemble du pays, ce dernier reste encore difficilement accessible et inadapté à la mise en place d’un tourisme de masse. Ainsi, ce sont des populations plutôt jeunes, en provenance d’Europe, d’Amérique du Nord mais aussi et surtout du Cône Sud (Argentine, Chili, Uruguay) qui parcourent le pays, et en particulier sa partie méridionale. S’inscrivant dans un espace dépassant les frontières nationales et dont les hauts-lieux sont le Machu Picchu, le Salar de Uyuni, le désert de l’Atacama ou le lac Titicaca, c’est un écotourisme mâtiné d’orientalisme précolombien qui s’y développe. Toutefois, les villes comme La Paz, Sucre (Chuquisaca), Potosi, Oruro (et notamment son célèbre festival), voire même Cochabamba tirent leur épingle du jeu. Il s’agit également de noter le développement d’un tourisme de l’extrême (descente d’immeubles en rappel ou bien de pentes de montagnes ouvertes à la circulation en vélo, ouverture du premier bar à cocaïne au monde), certes encore marginal, mais illustrant la volonté de diversifier l’offre touristique à destination d’un public européen ou américain au pouvoir d’achat relativement élevé et avide de sensations fortes autant que de dépaysement.

[1] Auteur des Sept essais d’interprétation de la réalité péruvienne, José Carlos Mariateguí est l’un des penseurs latino-américains les plus influents du siècle dernier. Il participa notamment de la diffusion d’un socialisme adapté au contexte andino-péruvien, mais aussi plus largement latino-américain. Il participa également à l’essor des sciences sociales dans le sous-continent sud-américain.

[2] Falange Socialista Boliviana. Ce parti nationaliste, créé en 1937, défendait une doctrine souverainiste et nationaliste, opposée au marxisme, au fascisme et au capitalisme. « Il exige dans son organisation interne un rigoureux concept de discipline, comme subordination consciente de l’individu à la réalisation d’une fin collective, et propose un système de hiérarchie, fondé sur la sélection du plus apte. Ces deux concepts inspirent la structuration d’un « Nouvel Etat bolivien », organe éternel et supraindividuel qui représente la Nation », comme exposé dans le Principe des Programmes de la Phalange Socialiste Bolivienne, exposés le 15 août 1937 à Santiago du Chili. Si le slogan « Dieu, Patrie, Foyer” peut être rapproché du slogan carliste en Espagne : « Dieu, patrie, liberté », faisant référence à une extrême droite traditionnelle, les références à la Phalange espagnole, à l’Estado Novo salazariste mais aussi les fortes similarités avec l’Estado Novo getuliste, au Brésil illustrent l’ambigüité de la nature de ce parti.

[3] Luis Miguel Uharte Pozas, «Una década del gobierno del MAS en Bolivia: un balance global, Barataria: Revista castellano-Manchega de Ciencias Sociales, 22, 2017, p. 131-148

[4] Cette conférence fut organisée à Madrid le 24 janvier 2018, à l’Université Complutense de Madrid.

[5] Eduardo Gudynas, “Buen Vivir: germinando alternativas al desarrollo”. América Latina en Movimiento ALAI, nº 462, 2011, p. 1-20.

[6] Katerin Brieger, “Distintas lecturas de la autonomía tensionan las relaciones entre el gobierno e indígenas del oriente”. La Época, 27 juin 2010.

[7] Jean-Pierre Lavaud et Isabelle Daillant, La catégorisation ethnique en Bolivie. Labellisation officielle et sentiment d’appartenance, Paris, L’Harmattan, 2007

[8] “Percepciones sobre temas claves”, Fundación UNIR, juillet 2012

[9] Damien Wolff, “Peuples de Bolivie : qu’en est-il cinq ans après l’adoption de la Nouvelle Constitution ? », consulté sur http://www.sciencespo.fr/opalc/sites/sciencespo.fr.opalc/files/Article_sur_les_peuples_indigenes.pdf, le 19 avril 2018