Skripal : la crise dont Theresa May avait besoin ?

Par Agustin Ferrari Braun, traduit depuis l’anglais

À peine des traces d’un agent innervant eurent-elles été trouvées dans le sang de Sergueï et de Yulia Skripal que le gouvernement britannique lançait une confrontation diplomatique avec le Kremlin. Aujourd’hui, l’opinion publique britannique est unie dans la condamnation de la Russie et la plupart des membres de l’Alliance atlantique ont mis en place des sanctions contre la puissance de l’Est. Mais pourquoi le gouvernement de Theresa May tenait-il tant à déclencher une crise ? Cet article examine les positions intérieures britanniques et internationales et les raisons qui expliquent leur évolution depuis l’empoisonnement de l’ancien espion.

Cet article est aussi disponible en anglais.


Le 4 mars dernier, Sergueï Skripal et sa fille furent retrouvés dans un état de catatonie après avoir déjeuné dans la cité tranquille de Salisbury ; dans leur sang, des traces d’un puissant agent innervant. Tout au long des années 1990 et 2000, Skripal avait travaillé comme agent double en Russie pour le compte du Royaume-Uni, fournissant des informations secrètes au MI6. Dès lors, le Kremlin fit figure de principal suspect. Le gouvernement britannique, et en particulier son ministre des Affaires Étrangères, Boris Johnson, fit preuve d’un opportunisme peu commun, accusant immédiatement Poutine et déclenchant, par là même, une crise internationale. Mais pourquoi Theresa May avait-elle besoin d’une crise à ce moment précis ? Devant faire face à la fois à l’absence de consensus à l’intérieur de ses frontières et à la nécessité impérieuse de réévaluer sa position géostratégique à la lumière du Brexit, le gouvernement conservateur devait rallier le peuple britannique et ses alliés derrière lui, et cet empoisonnement en fournissait l’occasion parfaite.

À la recherche d’un “moment Falkland”

Le mandat de Theresa May a été caractérisé depuis l’origine par un total manque de confiance en soi, une absence d’affirmation de la personnalité de la Première Ministre, ainsi que par d’incessants et mesquins conflits à l’intérieur même des rangs conservateurs. Son accession au pouvoir se fit à la suite d’une élection surprise qui devait oblitérer le Labour et fournir aux Tories le contrôle total sur le Parlement. Cela s’est pourtant étonnement soldé sur une victoire à la Pyrrhus, les conservateurs ayant perdu leur majorité à la Chambre des communes et ayant dû conclure une alliance avec l’extrême-droite nord-irlandaise du DUP afin de se maintenir au pouvoir.

Theresa May peine à s’affirmer comme leader. Quoique ayant tenu un rôle important dans le précédent cabinet, celle-ci était largement inconnue du grand public auparavant ; ses faibles prestations publiques sont, en outre, de notoriété publique, de même que son incapacité à faire régner l’ordre au sein de son propre cabinet. Elle n’a également jamais adopté de position claire sur le Brexit. Depuis sa victoire personnelle, des poids-lourds de son cabinet, et notamment des personnalités pro-Brexit comme Boris Johnson ou Michael Gove, ou d’autres politiques confirmés comme Amber Rudd, ont continuellement remis en cause et questionné ses qualités de direction et ses capacités en tant que leader du pays. Neuf mois de coups de poignards dans le dos ont résulté de ces querelles internes, de même qu’un échec général à présenter un gouvernement stable et cohérent, capable de serrer les rangs derrière un leader.

À ces problèmes s’ajoute un autre : le fait que le parti conservateur échoue de façon dramatique à faire émerger de nouvelles têtes. Le tic-tac du Brexit demeure comme une bombe à retardement dont personne ne souhaite se trouver à côté quand elle explosera. Un consensus en bonne partie implicite maintient les députés conservateurs dans l’idée qu’avoir été impliqué d’une manière ou d’une autre dans les négociations du Brexit est un obstacle sérieux à toute tentative ultérieure de prise de responsabilités. C’est ce qui a permis l’ascension de personnalités étranges à l’intérieur des rangs conservateurs, l’exemple le plus évident étant Jacob Rees-Mogg. Ancien élève d’Eton College, ce millionnaire ultra-conservateur est très près de ressembler à une parfaite parodie de politicien Tory. Le fait même qu’il soit aujourd’hui une figure majeure de la scène politique britannique montre à quel point ce gouvernement échoue à mobiliser les députés de l’arrière-ban.

Jacob Rees-Mogg à l’enterrement de Margaret Thatcher, le 17 avril 2013.

Du côté opposé du Parlement, Jeremy Corbyn a extrait le Labour du blairisme après des années de combats internes. Le surprenant attrait qu’exerce Corbyn auprès des électeurs constitue un autre élément clef de ce changement radical, de même que sa popularité qui ne se dément pas, et qui est même constamment renforcée par chacun des échecs des conservateurs à le discréditer. En témoigne, comme démonstration parfaite, ce qu’il s’est passé il y a quelques semaines, lorsqu’un groupe d’importants conservateurs  a accusé le chef du Labour d’avoir été un espion socialiste pendant la Guerre Froide, une accusation si fragile qu’elle s’effrita d’elle-même après seulement quelques jours, et aida le leader travailliste à gagner quelques points dans les sondages. Entre l’ascension du Labour et les querelles internes au parti conservateur, le paysage politique britannique, après des années de stagnation, est en train de devenir de plus en plus compétitif et divisé, ce qui pose un problème de taille aux Tories qui ont gouverné le pays ces huit dernières années.

De plus, à côté de la politique électoraliste, May est à la tête d’un pays qui fait face à une crise sociale profonde. La tragédie de l’incendie de la tour Grenfell a donné un ton dramatique à la crise du logement qui frappe le pays depuis des années. Le Labour a déjà présenté plusieurs plans pour s’attaquer à cette crise, notamment un projet visant à changer la loi pour forcer les propriétaires à vendre des terres à bas prix à l’État afin qu’il fasse construire des logements sociaux. Des députés conservateurs d’envergure ont étonnamment reconnu que de telles mesures devaient en effet être prises.

De même, des années d’austérité n’ont eu de cesse de rapprocher le secteur public britannique de l’effondrement. Des décennies de privatisations menées à la fois par les conservateurs et les travaillistes n’ont pas empêché l’opinion publique britannique de continuer à penser que les systèmes de santé et d’éducation doivent être gérés par l’État. Ce large consensus est en train de devenir un problème majeur pour le gouvernement actuel. Le vent est peut-être cela dit en train de tourner. L’accord conclu avec le DUP comprend d’abondants investissements dans les infrastructures publiques, lesquels révèlent qu’il y a bien de l’argent disponible pour financer ces services. Pareillement, le Chancelier de l’Échiquier a promis, dans sa déclaration de printemps, que l’année 2020 marquera la fin de l’austérité et qu’il faut s’attendre à une augmentation des dépenses consacrées au National Health Service. S’il est fort probable que de telles promesses ne soient que superficielles, elles sont le signe que les leaders conservateurs sont bien conscients que les fractures sociales créées par l’austérité sont néfastes au point de commencer à miner leur position de force.

Theresa May avait donc le besoin urgent d’une sorte de « moment Falkland », un conflit international qui puisse prouver à l’opinion britannique que l’île a toujours des ennemis à l’étranger, et que l’unité entre le peuple et son gouvernement constituent l’unique façon de leur faire face. À défaut de lancer une guerre, la tentative d’empoisonnement d’un agent double ayant travaillé pour les Russes et les Britanniques réveille les souvenirs de la Guerre Froide, et s’avère séduisante pour un pays qui a donné naissance à Sherlock Holmes et James Bond.

À l’intérieur du pays, l’affaire Skripal constituait une victoire depuis le début. Depuis les premiers jours, le public britannique a largement vu la tentative d’assassinat comme un potentiel acte de guerre et a considéré les sanctions décidées par May comme la bonne ligne de conduite. Une partie considérable du peuple britannique estime même que ces sanctions ne sont pas suffisantes à la lumière de la gravité des événements. Dans le contexte britannique, la comparaison de Poutine à Hitler faite par Boris Johnson est tout à fait cohérente. En outre, Jeremy Corbyn a échoué à s’affirmer face aux Russes et s’est attiré les foudres d’une partie considérable de l’électorat, affaiblissant encore davantage sa réputation vis-à-vis des affaires internationales.

Retrouver sa place dans le monde

Il était difficile de prévoir, au début de la crise, si la stratégie britannique allait payer internationalement, mais ce fut bien le cas, et ce de manière spectaculaire. Plus d’une centaine de diplomates russes ont été expulsés par les pays membres de l’OTAN, faisant montre d’une rare cohésion entre Occidentaux. Pour autant, à revenir un peu en arrière on peut également trouver de solides éléments permettant de considérer que, lorsque la crise explosa, tout cela aurait pu demeurer une simple affaire de politique électoraliste et ne jamais quitter l’île britannique.

La principale raison permettant de penser cela tient aux solides liens maintenus entre les Tories et les élites russes. Des donateurs russes ont donné trois millions de livres au parti conservateur depuis 2010, dont 826 000 ont été reçus depuis juillet dernier. De même, des personnalités de premier plan comme le Chancelier ou l’ancien leader conservateur écossais ont des liens importants avec des groupes pro-Kremlin. Ces relations inquiètent certaines branches du parti, mais leurs voix ne se font pas vraiment entendre. En réalité, un peu après le début de la crise, le Chancelier de l’Échiquier, Philip Hammond, a déclaré que les donations étaient légales et qu’elles seraient donc conservées par le parti.

Ces donations peuvent être comprises dans le cadre d’une stratégie plus large adoptée par l’élite russe visant à faire du Royaume-Uni sa base en Europe, du fait du régime fiscal accueillant de la City de Londres. La quantité de richesses russes détenues dans la capitale est immense, et les oligarques — dont nombre d’entre eux ont inscrit leurs enfants dans les meilleurs pensionnats du Royaume-Uni — ont leur mot à dire dans la plupart des principales institutions britanniques dans lesquelles ils ont réussi à s’infiltrer en amenant de l’argent. C’est ce qui a poussé la journaliste Anne Applebaum à soutenir que le Kremlin ne voit pas le Royaume-Uni comme une menace puisqu’il pense l’avoir acheté.

Il semble en tout cas que cette analyse soit partagée à la fois par les marchés et les alliés des britanniques. Tandis que May préparait un paquet de sanctions contre Poutine, la Russie vendait pour 7 milliards d’eurobonds. Des investisseurs basés au Royaume-Uni en furent les principaux acheteurs, prenant plus de la moitié des obligations de 2047, et plus de 20 % de celles de 2029. Une telle confiance affichée montre bien que les investisseurs sont conscient de la puissance récente de la Russie sur les marchés internationaux et qu’ils ne pensent pas que l’opposition verbale et diplomatique de Londres ne puisse nuire à sa position. En réalité, comme le think-tank Chatham House l’a montré, les mesures prises par le gouvernement britannique visaient délibérément à empêcher la détérioration des services financiers et juridiques que les Britanniques fournissent aux Russes1.

C’est initialement sans conviction que les alliés des Britanniques se sont impliqués dans la crise. L’Allemagne, début mars, n’alla pas plus loin qu’une condamnation de l’attaque ; Emmanuel Macron a fait savoir qu’il attendait davantage de preuves avant de se prononcer sur la question ; et le geste le plus important de Donald Trump dans cette affaire fut de renvoyer son Secrétaire d’État après qu’il eut ouvertement condamné à la Russie. Cela dit, d’ici au 24 mars May était parvenue à convaincre l’Union européenne de produire une déclaration commune condamnant l’implication présumée de la Russie dans l’assassinat de Skripal, et dix États-membres expulsèrent des diplomates russes. Parmi eux, la France fut le plus important, mais l’Estonie, la Pologne, la Lettonie et la Lituanie prirent des mesures similaires. D’ici au 27, l’affaire s’était déplacée de l’UE à l’OTAN, avec des expulsions généralisées d’employés russes de la mission militaire et de vingt de ses États-membres. Cette crise fut donc un succès d’envergure pour Theresa May.

Le Royaume-Uni a besoin de réaffirmer sa position dans le monde, dans le contexte post-Brexit. Il apparaît évident que les négociations avec Bruxelles ne sont pas particulièrement positives pour la Grande-Bretagne. Il n’y a eu pour l’instant aucun signe clair de ce que la promesse d’une renaissance du Commonwealth en tant que plateforme commerciale, au cœur de la campagne du Leave, se matérialise à court terme ; et Trump, qui fut un grand soutien du Brexit, ne s’est pas montré particulièrement serviable vis-à-vis de Londres non plus. Prévue en janvier, sa visite pour l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine a été annulée, par peur des manifestations de masse qu’elle aurait pu provoquer, et la promesse d’une priorité donnée aux Britanniques dans les accords commerciaux n’a pour l’instant débouché sur rien. Le Brexit fut une décision osée, et son coût commence à se faire sentir. Le mandat de Theresa May commença sous les auspices du référendum ; elle devait prendre soin du positionnement géostratégique du pays, mais elle n’a pas réussi à mettre en place une politique étrangère cohérente qui puisse donner quelque certitude à ses alliés du moment ou à ses futurs.

Au même moment, la Russie devient de plus en plus forte grâce à sa politique énergétique, qui inquiète un certain nombre d’acteurs internationaux. Gazprom a réussi à s’établir comme le principal fournisseur de gaz en Europe. Là où la Pologne, la Lituanie et d’autres États de l’Est sont en train d’ouvrir leurs marchés à d’autres fournisseurs, l’Europe occidentale est en réalité en train de s’acheminer vers un monopole russe sur leur approvisionnement en gaz. L’an dernier, Gazprom a vu ses importations s’accroître de 8,1 %, et l’Allemagne a accordé à l’entreprise la permission de construire son troisième pipeline en Europe, à travers ses eaux territoriales — le Nord Stream 2. Ce projet inquiète un certain nombre d’acteurs qui y voit un acte de soumission de Bruxelles à l’égard de Moscou.

Un certain nombre de personnes aux États-Unis ne sont pas du tout satisfaits des choix de l’UE en matière d’énergie. Le 20 mars, le Département d’État a déclaré que le gouvernement était contre ce projet après qu’un groupe bipartite de 39 sénateurs s’y est opposé dans une lettre. En dépit de l’absence d’engagement de Trump sur ce dossier, il est clair que certains secteurs clefs du jeu politique américain voient dans le pipeline une menace. Cette action du gouvernement de Donald Trump montre l’étendue du pouvoir de l’establishment politique dans le processus de décision de Washington.

Contrairement à son Président, l’establishment américain est profondément attaché aux valeurs de l’Atlantisme. Les sympathies de Trump à l’égard de la Russie sont difficiles à avaler pour nombre de décideurs à Washington, qui continuent à voir le Kremlin comme l’un des principaux ennemis des États-Unis. Dans un même temps, comme exposé précédemment, Trump n’a pas été un allié particulièrement serviable vis-à-vis de Londres. Il est donc cohérent pour le Royaume-Uni de contourner le Président américain et d’essayer de construire une relation plus complice avec l’establishment, lequel, même s’il ne parvient pas à prendre la main sur la Maison Blanche au cours des deux années qui viennent, devrait, autant qu’on puisse le prédire, se maintenir en première ligne dans le futur.

Sur le front européen, le Royaume-Uni est également en train de parvenir à une série de victoires internationales qu’il désirait depuis longtemps. La position de Londres à Bruxelles est peut-être faible, mais suffisante pour faire jouer un rapport de force à l’intérieur de l’Union. Le couple franco-allemand, qui détient l’essentiel du pouvoir dans l’UE, est entré dans une période de restructuration. D’un côté, le Brexit signifie qu’un nouveau leader financier doit émerger à présent que la City de Londres est sortie du jeu européen, et cette position est revendiquée à la fois par Francfort et Paris. De l’autre, Emmanuel Macron a réussi à obtenir un large soutien autour de ses positions ouvertement europhiles, là où Angela Merkel ne s’est assurée son dernier mandat qu’aux frais d’une coalition chancelante. Macron devrait prendre avantage de cette position pour soutenir la revendication par la France du leadership européen, ce dont la dernière visite à l’Élysée d’Angela Merkel semble témoigner du succès probable. Dans un même temps, les deux pays jouent un rôle fondamental dans les négociations du Brexit, et aucun d’entre eux ne s’est montré particulièrement serviable vis-à-vis de Londres. L’axe franco-allemand n’a pas besoin de conflit international entre l’UE et une autre puissance, tandis que Londres peut faire usage d’un tel conflit pour obtenir d’être soutenue à travers le continent sur un sujet qui n’est pas lié à sa décision de quitter l’Union européenne.

En Europe du Sud, la plupart des États — en particulier l’Italie et la Grèce — sont heureux de pouvoir éviter le conflit avec la Russie, et ont réussi à construire une relation apaisée avec Poutine. En revanche, les États de l’Est de l’Europe sont très inquiets quant aux aspirations impériales du Kremlin. Ces États furent autrefois des satellites soviétiques, et l’essentiel de leur histoire politique moderne peut se comprendre au prisme de leur opposition frontale à la Russie. Leurs inquiétudes se sont accrues de manière exponentielle, en particulier depuis le conflit ukrainien de 2014, et ils sont déterminés à user de leur pouvoir pour empêcher leur puissant voisin de renforcer son influence à Bruxelles. Cela dit, leur voix semblent n’avoir que très peu d’influence sur la relation entre Bruxelles et Moscou. Mi-mars, la Lituanie, la Lettonie, la Pologne et l’Estonie ont publié un communiqué conjoint condamnant la construction du Nord Stream 2, mais la couverture médiatique en fut extrêmement limitée. Pour autant, si la Grande-Bretagne fait peser son poids derrière leurs revendications dans sa stratégie contre Moscou, leurs vues peuvent tout à coup se faire bien plus largement entendre internationalement. Il est donc de leur intérêt commun de se réunir face à la Russie.

S’opposer à la Russie constitue donc une stratégie internationale viable pour le Royaume-Uni. Une telle position crée de l’instabilité à l’intérieur d’une Union européenne en pleine phase de transition du pouvoir, et place Londres en bons termes avec les États de l’Est qui ont leur mot à dire dans les négociations du Brexit, de même qu’elle permet de montrer une convergence de vues à de puissants secteurs de Washington. Downing Street est parvenue à se hisser à une bonne position en Europe, sur un sujet qui n’a rien à voir avec le Brexit. Il est difficile de douter de ce que le gouvernement May fera tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir et améliorer encore cette position.

Lors de ses années d’agent double, Sergei Skripal a bien servi les intérêts de Sa Majesté ; son empoisonnement les sert encore plus efficacement. Depuis l’élection de Trump, la narration de la Guerre Froide s’est répandue au-dessus de toute l’Eurasie : la Grande-Bretagne a trouvé un moyen de la rendre explicite et d’imposer à tous de composer avec celle-ci. À l’étranger, Londres a forcé ses alliés à suivre sa ligne. Pour la première fois depuis le référendum sur le Brexit, le Royaume-Uni tient une position de force dans la géopolitique eurasiatique. Il reste à voir la façon dont il en fera usage.

Traduit et édité par GEG-Nordiques (L.S., P.S.).

  1. Au moment où la rédaction de cet article prend fin, certaines sanctions commencent à être discutées, telles que la révision des visas d’investissement accordés à 700 titulaires de la nationalité russe, ou l’interdiction de vendre de la dette russe à la City, témoignant là de l’escalade du conflit. Ces sanctions potentielles semblent soutenir notre thèse : en dépit de la confiance initiale des marchés, Downing Street cherche à renchérir sur les gains financiers pour gagner une meilleure position géopolitique.

Un commentaire sur “Skripal : la crise dont Theresa May avait besoin ?

Les commentaires sont fermés.