Nous avons rencontré Ryan Heath

Nous rencontrons Ryan Heath, l’auteur de Playbook, la plus influente et complète publication quotidienne pour suivre la politique européenne, dans la rédaction de Politico.eu à Bruxelles, en une matinée d’été. L’excitation qui a accompagnée la préparation de cet entretien, accompagnée par une certaine incompréhension de nos proches est un bon marqueur de l’étrangeté de la logique bruxelloise. Souverain presque absolu, Ryan Heath est, de fait, aussi influent et aussi peu connu aux lecteurs des médias nationaux que le très puissant directeur de cabinet de M. Junker, Martin Selmayr, qu’il a contribué à faire connaître par sa newsletter.

Groupe d’études géopolitiques : Commençons par une question de routine. Vous êtes né et avez grandi en Australie, vous écrivez pour un média américain…

Ryan Heath : Américain et allemand !

Vous vous situez en tout cas à l’épicentre de la bulle européenne à partir d’une position étonnante. Nous voudrions essayer de comprendre si vous pensez que le succès de Politico et de votre Playbook qui malgré les critiques est désormais éclatant, ne viendrait-il pas aussi de votre extériorité à l’appartenance nationale, européenne ? 

En règle générale, pour être un bon journaliste, il faut être à la fois un insider et un outsider. Si vous n’êtes qu’un insider, et je l’ai été quand je travaillais pour les institutions européennes, vous manquez de perspective. Vous êtes enfermé dans la bulle. Le regard extérieur d’un outsider devient alors nécessaire pour comprendre ce qui se passe à l’intérieur de la bulle. Mais c’est un équilibre délicat. Ceux qui se trouvent à l’intérieur de la bulle ne peuvent pas, par définition, se comprendre, sinon ils empêcheraient la bulle de se constituer, en même temps on a besoin de forces extérieures sinon la bulle va éclater — ce qui d’ailleurs ne manque presque jamais d’arriver.

Google voit l’Europe comme un tout, et ne travaille à l’échelle nationale que quand elle y est contrainte. Son point de départ, c’est d’emblée l’échelle européenne. D’où son efficacité. C’est la même chose pour nous à Politico.

Cette logique explique-t-elle votre succès ? 

Notre succès, très probablement, vient de ce que notre compréhension de l’espace européen et donc notre modèle de journalisme ne correspondait pas à celle que défendaient les autres médias européens.

Quelle est la différence ?

Il y a une leçon qui a beaucoup compté pour moi. Prenez l’économie digitale. Google, par exemple, comprend le potentiel digital du marché unique européen beaucoup mieux que la plupart des Européens. Il ne s’agit pas d’une question de valeurs, tout simplement Google a un meilleur angle de vue pour exploiter le marché unique que la plupart des entreprises européennes, dont le travail débute toujours par des logiques nationales. Google n’a jamais eu une approche nationale. Google voit l’Europe comme un tout, et ne travaille à l’échelle nationale que quand elle y est contrainte. Son point de départ, c’est d’emblée l’échelle européenne. D’où son efficacité. C’est la même chose pour nous à Politico. Notre point de départ n’est pas la perspective française ou allemande sur l’UE, mais un regard porté sur l’UE par rapport au reste du monde. D’où l’intérêt d’avoir cet Australien, qui est en quelque sorte un outsider inoffensif, et qui garantit un regard européen du dehors.

L’adjectif « inoffensif » est intéressant. En admettant que cette extériorité donne une meilleure perspective, certains pensent qu’elle ne semble pas vous apporter l’indépendance nécessaire à votre fonction, et sont déçus du manque de scandales révélés par Politico. Donc la question doit être : est-ce que Politico est politique ?

Oui, Politico est politique. Mais on existe dans son écosystème. Si nous avions à couvrir un système politique structuré autour de deux partis, nous serions très différents. Nous couvrons vingt-huit intérêts nationaux, des dossiers européens d’intérêt général, la Commission… Il y a beaucoup de travail à faire pour représenter les députés européens, leur comportement et notre public est à la recherche de scandales, de gossip. Cependant nous sommes une publication très sérieuse, et peut-être que l’image que nous pouvons avoir ne le reflète pas tout à fait. Ça dépend d’ailleurs du type de lecteurs. J’ai déjeuné ce week-end avec un lobbyiste qui m’a dit : « J’en ai marre des gens qui disent que Politico n’est que du gossip. Quand vont-ils comprendre que les lobbyistes ont besoin de ce genre d’information pour faire leur travail ? »

L’écosystème que vous décrivez est celui d’une politique qui se fait par le lobbying, s’agit-il aussi de votre politique ? 

On peut penser que c’est bon ou mauvais, que c’est plus ou moins démocratique, mais l’essentiel c’est que là où certains voient des anecdotes futiles, d’autres, qui cherchent à influer sur le processus décisionnel de l’Union Européenne, y saisiront des outils utiles dans leur travail. Le rôle des journalistes, c’est de représenter et d’analyser leur communauté. Ce n’est pas à nous qu’on doit la prolifération des lobbyistes, mais si nous leur apportons des informations utiles pour leur travail, alors nous avons fait notre travail.

Il est difficile de faire de la politique ici. Nous essayons de la représenter, de lui donner un visage. Et souvent ces mêmes visages se plaignent : « Pourquoi écrivez-vous sur nous ? Il n’y a rien à voir ici »

Faut-il en conclure que si vous influencez les politiques publiques, et vous êtes politiques en ce qui concerne ces politiques, vous ne souhaitez pas adresser la politique dans son sens traditionnel ?

Mais il est difficile de faire de la politique ici. Nous essayons de la représenter, de lui donner un visage. Quand on critique la bulle de Bruxelles, on retient souvent le fait qu’il s’agit d’une bureaucratie sans visage. Nous essayons de montrer ces visages. Et fréquemment ces mêmes visages se plaignent, nous disent : « Pourquoi écrivez-vous sur nous ? » ou alors « Il n’y a rien à voir ici ». Ma réponse à ce genre de protestation est normalement très simple. C’est à nous de décider s’il y a quelque chose à voir. C’est à nous de décider ce qui est important pour nos lecteurs qui nous sanctionneront en décidant de nous suivre ou pas.

D’où la focalisation sur Martin Selmayr, l’influent directeur de cabinet de Juncker ?

En partie. C’est moins vrai aujourd’hui, mais au début de sa présidence Juncker ne se comportait pas comme les précédents présidents de la Commission. Martin Selmayr s’est retrouvé avec beaucoup de pouvoir alors que Juncker déclarait vouloir une Commission plus politique. Selmayr devenait du coup quelqu’un d’intéressant à suivre, d’autant plus qu’il était difficile à saisir, ce n’était pas le genre de personne qui balance tout sur twitter. Or mon travail devient précieux quand je parviens à expliquer ce qui se passe derrière les portes fermées. S’il n’y a pas de portes fermées, mon travail est moins utile.

Désormais je sais ce qui fait cliquer les gens

« Un roman, c’est un miroir que l’on promène le long d’un chemin. [Le] miroir montre la fange, et vous accusez le miroir ! » — ce que Stendhal pensait du roman, pourrait-il être dit de votre newsletter ?

Touché. Même si l’on ne sait pas exactement qui clique sur quoi, quand on reçoit les résultats des liens de Playbook, on sait que 3000 personnes ont cliqué sur ce lien, et 5000 sur une autre. Désormais je sais ce qui fait cliquer les gens. Et quand certains lecteurs prétendent être plus sophistiqués et intellectuels qu’ils ne le sont vraiment, ils peuvent avoir raison individuellement, mais collectivement, il y a une contradiction.

Votre travail s’inspire-t-il de ces considérations statistiques ?

Oui, mais dans un sens particulier. Car ce que nous essayons toujours de faire, c’est de porter à l’attention du public large des grands pays les choses qui se passent dans les plus petits coins de l’UE, que ce soit une petite institution de Bruxelles ou un petit pays. Si on veut critiquer la « légèreté » d’une partie du contenu du site, il faut aussi reconnaître que nous sommes les seuls à donner cette perspective sur les autres parties de l’Union.

Ce que vous nous dites sur les pays plus petits est très intéressant parce que, quand il s’agit de la bulle européenne, celle-ci fait référence, territorialement, à l’idée d’une île. Est-ce qu’il y a, selon vous, une représentation adéquate, une surreprésentation ou une sous-représentation des plus petits pays dans cette bulle ?

Il y a mécaniquement une surreprésentation quantitative. Mais en termes qualitatifs, de pouvoir effectifs les petits pays sont sous-représentés, et c’est une vraie source de tensions dans des débats comme celui sur la migration. Une bonne partie des États-membres plus récents de l’Europe centrale et orientale pensent, souvent à raison, que leurs points de vue sont ignorés ou ne sont pas légitimes dans la discussion des politiques à l’échelle de l’Union Européenne.

Il y a mécaniquement une surreprésentation quantitative. Mais en termes qualitatifs, de pouvoir effectifs les petits pays sont sous-représentés, et c’est une vraie source de tensions dans des débats comme celui sur la migration

Bien qu’ils défendent parfois des positions cruelles, ils ont un argument légitime quand ils disent qu’ils sont ignorés ou minorés dans le système de l’Union. Il s’agit d’un des problèmes que Bruxelles doit affronter. L’Europe actuelle est nouvelle et dispose d’un nouvel ensemble d’instruments politiques – sans doute pas assez nombreux et efficaces en l’état. Au début de son mandat Juncker voyageait et parlait surtout au sein des six États fondateurs. C’était comme s’il voulait vivre une Union qui n’existe plus. Je pense que nous verrons ça par Macron.

Cette analyse fonctionne au niveau des institutions de l’UE, mais qu’en est-il de la ville de Bruxelles ? Quand vous avez dit qu’on avait une « surreprésentation quantitative », est-ce que vous diriez que même en termes urbains, les petits pays sont surreprésentés ?

C’est une question très intéressante. Ils sont tout à fait surreprésentés parmi les jeunes de la ville. Il s’agit d’une simple dynamique de marché : si vous êtes un jeune Bulgare, il est plus attractif de venir travailler ici, même si vous êtes un stagiaire exploité ou vous faites de petits boulots, en effet, vous triplez votre salaire. Si vous venez du Danemark, c’est tout le contraire. Or ce phénomène économique détermine le flux de la migration bruxelloise.

À coup sûr, je suis un nomade. Sans aucun doute

Vous avez dit au Guardian que « Bruxelles est comme le camp de réfugiés le plus huppé du monde ». Est-ce que vous pensez que les gens finissent dans la bulle parce que dans leur pays l’élite progressive est trop petite ou périmée ?

C’est très vrai, et c’est quelque chose que j’aimerais étudier davantage. Par exemple, les personnes gays sont tout à fait surreprésentées à Bruxelles. Ceci vient du fait, qu’ils l’admettent ou non, qu’ils pensaient ne pas pouvoir être eux-mêmes ou ne pas obtenir la promotion qu’ils méritaient en étant eux-mêmes chez eux. Ce n’est pas vrai de tous les pays, mais l’Italie, la Pologne et la Grèce sont des exemples évidents.

Nous cherchons à envisager le politique à partir des vieilles catégories géopolitiques du nomade et du sédentaire. J’aimerais vous demander à laquelle de ces catégories vous pensez appartenir ?

À coup sûr, je suis un nomade. Sans aucun doute. J’ai vécu dans une quinzaine d’appartements depuis que je suis ici. J’ai eu douze ou treize emplois différents. J’ai vécu dans quatre villes.

Quel type de frontière – frontières sociales, ethniques, économiques – est la plus importante à Bruxelles ?

C’est difficile de dire. Je pense que très peu de personnes sont contraintes d’être à Bruxelles. C’est une ville nomade au sens où les gens transitent fréquemment par elle. Cependant on assiste aussi à un phénomène intéressant. Presque tous ceux qui arrivent viennent ici pour un poste de courte durée, en pensant donc partir bientôt. Or une part surprenante d’entre eux demeure. Cela devient même ennuyeux de parler aux gens qui racontent toujours la même histoire : « Je suis venu pour deux ans ; maintenant j’ai trois enfants qui sortent du lycée ». Ce qui est intéressant au niveau collectif devient ennuyeux au niveau individuel.

C’est frappant à quel point le vocabulaire que vous utilisez en parlant de « transit » est le même qu’on utilise pour les réfugiés. On est en transit, mais finalement on reste pour le long terme, pris dans les tourbillons du lieu : c’est aussi une trajectoire classique de l’immigration. Alors peut-on dire qu’il y a deux pôles dans ce champ magnétique : d’un côté les parcs d’Ixelles, les quartier au sud-ouest où habite une bonne partie de la « bulle » et de l’autre le parc Maximilien, le parc de réfugiés au nord-est ?

C’est bien observé. C’est géographique à un certain niveau. C’est de l’auto-sélection sociale, qui se transforme en communauté géographique. Les gens ne vont pas au Châtelain, le quartier de bars et restaurants où se retrouvent les membres de la « bulle », parce que c’est difficile d’y arriver. Ils le font parce qu’ils aiment sortir avec des gens qui sont aussi sortis des bonnes écoles. Donc c’est une sélection sociale plutôt que strictement géographique. Je pense que la distinction entre Belges et non-Belges est la vraie division. Vous avez beaucoup de choses en commun, tant que vous n’êtes pas belge, peu importe votre milieu. À cela s’ajoute l’expérience collective du système administratif belge, si bizarre si vous n’y appartenez pas.

Est-ce que Bruxelles est une ville belge ?

Non, assurément non. Les Belges sont formidables. J’aime leur refus profond de se laisser dominer par les autres. Beaucoup d’autres villes auraient laissé l’Union Européenne dicter les termes de son règne. Bruxelles résiste. La ville dépend peut-être de l’argent européen, elle est peut-être lentement en train d’être influencée par l’Union – il ne serait pas très facile de trouver du café décent ici sans l’UE, je peux vous le dire ! – mais les Belges sont déterminés à maintenir leurs traditions et leur conception du tissu social. On l’a vraiment vu dans la réaction aux attentats de Bruxelles. Il n’y a pas eu de réaction exagérée comme aux États-Unis. Ici on ne se saisit pas de solutions sous le prétexte que quelque chose doit être fait immédiatement. Et c’est vraiment là un produit culturel de la Belgique : ne pas accepter que des gens extérieurs vous disent comment il faut faire. Et aussi Bruxelles, même si c’est une grande ville, ne compte que 15 ou 20% de la population belge. Ce n’est pas comme Londres ou Paris, qui dominent vraiment le reste de leurs pays.

Le problème de Bruxelles c’est de ne pas être encore plus transitoire. Bruxelles se transforme en bulle précisément parce que trop de gens restent pris dans son tourbillon. C’est comme ce que vous disiez sur les réfugiés : les gens restent au lieu de partir. Je pense vraiment que l’Union Européenne fonctionnerait mieux s’il n’était pas aussi normal d’avoir ici des postes à vie

Vous avez parlé du « bizarre » belge : j’allais vous demander quel mot vous utiliseriez pour décrire l’organisation de la ville. Vous parleriez encore de « bizarre « ?

Surréel, bizarre, l’un des deux termes. Si le surréalisme a été aussi influent ici, il y a sans doute une raison. Je l’ai ressenti en arrivant et je le ressens toujours.

En ce qui concerne les politiques nationales et l’Europe, et particulièrement en ce qui concerne ce qu’on a appelé l’éveil du nationalisme ou du « populisme », les commentateurs parlent de plus en plus d’un « retour du refoulé », en termes psychanalytiques. On a vu que Bruxelles était un centre politique offshore. S’agissant de la perception de ce Bruxelles « hors sol » dont nous avons parlé, pensez-vous que nous assistons un « retour du territoire » ?

Honnêtement, je ne sais pas. Parce qu’en fait le problème de Bruxelles c’est de ne pas être encore plus transitoire. Bruxelles se transforme en bulle précisément parce que trop de gens restent pris dans son tourbillon. C’est comme ce que vous disiez sur les réfugiés : les gens restent au lieu de partir. Je pense vraiment que l’Union Européenne fonctionnerait mieux s’il n’était pas aussi normal d’avoir ici des postes à vie. La meilleure illustration de l’hypocrisie qui accompagne ce problème, c’est que les personnes qui travaillent ici depuis plus de vingt ans reçoivent encore ce qu’on appelle « l’indemnité de dépaysement ». La logique qui soutient cette mesure a été détournée. Ils sont censés être soutenus à l’arrivée, rester deux ou trois ans et puis retourner dans leur pays d’origine avec le savoir-faire, les compétences, la compréhension de cette nouvelle communauté européenne, et reverser tout ça dans les administrations nationales et les entreprises nationales pour construire une meilleure Union. Or ce mécanisme n’est pas en place. Le travail est lucratif, Bruxelles c’est un endroit agréable à vivre, et de plus en plus de gens restent. Il s’agissait de financer les gens pour des dérangements temporaires, et c’est devenu une vache à lait. Et il ne s’agit pas seulement d’argent : tout ceci crée de la complaisance, on devient sédentaire dans ce système européen censé être nomade. Et comment faire après pour dire « l’UE doit réduire de 25% son budget, doit devenir plus économe » ? Si on veut cet argument politique on ne peut l’exécuter en payant des dizaines de millions d’euros à ceux qui sont dans ces mécanisme. Bruxelles c’est offshore parce que les gens, y ont construit leurs propres racines. En fait, ils en ont fait leur propre île, ils ont mis une mer entre eux et tous les autres.

Donc, selon vous, c’est plus dialectique : c’est parce que les gens restent et font des racines que ça devient une île, pas parce qu’ils sont d’emblée « hors sol ».

Oui. Sauf si l’on est d’une valeur exceptionnelle, alors il n’y a pas d’intérêt pour l’Europe à ce que l’on reste ici. Jusqu’à ce qu’on trouve un moyen, sans mettre les gens à la rue, de renouveler les gens dans les postes de l’UE, on aura ce problème.

Si les choses vont vraiment mal avec la Russie et la Corée du Nord, rien dans ce quartier ne vous sauvera – seulement l’Otan

Nous approchons de la fin de cet entretien. Une question simple. S’il vous fallait résumer en une personne, une nation, une organisation, un média, qui décide à Bruxelles ?

Pour la personne, je prends Selmayr. Pour la nation, il faut choisir l’Allemagne.

Selmayr est allemand, ça fait donc deux fois l’Allemagne.

Oui, mais la France a une opportunité. Parce que l’Allemagne a des faiblesses structurelles sévères qui sont mal appréciées, par exemple la démographie. Et les choses qui leur ont bien servi dans les années précédentes ne le feront plus désormais.

Oui, mais votre réponse montre comment l’Allemagne reste très puissante, au niveau politique et tactique, dans les institutions elles-mêmes, comme le Parlement.

Oui. J’ai fait une liste des quarante eurodéputés les plus influents, et seize ou dix-sept d’entre eux étaient allemands. Mais un renversement va s’enclencher. Sur plusieurs dossiers les avis ne sont pas favorables à Merkel. L’Allemagne est toujours en première place, mais ce n’est pas l’hégémonie que l’on pouvait voir il y a quelques années. Quant à l’organisation, ça doit être la Commission.

Donc vous choisissez quand même une organisation publique ?

Oui. Même si cela dépend de la situation. Si les choses vont vraiment mal avec la Russie et la Corée du Nord, rien dans ce quartier ne vous sauvera – seulement l’Otan.

Donc : l’Otan !

Oui, c’est une réponse beaucoup plus intéressante. Disons l’Otan. Parce que nous pourrions être en train d’entrer une période très difficile.

C’est quelque chose sur quoi nous aimerions insister dans notre travail parce que la présence des institutions européennes fait oublier aux gens la présence structurante de l’Otan, qui est plus discrète par nature.

C’est pour cette raison que j’ai une section régulière sur l’Otan dans le Playbook : je veux mettre en évidence cet oubli.

Il ne manque plus que le média. 

Nous sommes évidemment le média le plus important ici, en particulier en ce qui concerne la bulle. C’est indéniable. Mais ce serait une erreur de dire que nous dominons les médias européens, l’écosystème ne marche pas ainsi. À peu près 4% des journalistes de Bruxelles travaillent pour Politico et nous sommes quand même plus grands que les autres. Imaginez Google qui n’aurait qu’une part de marché de 4% ! Vous ne pouvez rien dominer avec 4% des journalistes. Et en termes de consommateurs nous n’en sommes même pas à 4% à cause de notre système de public premium. Ma colonne a 72 000 lecteurs effectifs tous les matins. Mais 72 000 sur 500 millions de personnes. Tout dépend de la poupée russe que vous choisissezScreenshot 2017-08-24 23.44.37.png

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