Analyse du programme d’Hamon

Bloc-Notes

HAMON1

Bulletin du petit Benoît. Regardscitoyens.org enregistre les participations des différents députés aux assemblées et commissions parlementaires et la prestation de Benoît Hamon paraît tout à fait correcte au vu de certaines autres. Hormis une grande timidité concernant les questions orales, il est à noter un pic de mots prononcés de près de 5 000 à la mi-juin, soit l’équivalent d’un point du GEG rédigé par le pôle économie en période de disette. Vous pouvez aussi y retrouver les nouveaux mots appris par Benoît durant l’année.

Le retour de la TTF. La Lettre™ vous évoquait il y a de cela quelque temps l’impossibilité devenue presque évidente avec le Brexit de parvenir au bout de la coopération renforcée sur la taxe sur les transactions financières. Il semblerait néanmoins qu’elle soit allée un peu vite en besogne puisque l’argumentaire n’a pas suffi à convaincre Benoît Hamon qui a fait de sa mise en place l’une des mesures de son programme pour l’Europe. Le constat demeure cependant identique : avec un Royaume-Uni hors de l’UE et une opposition toujours marquée entre les produits financiers à prendre en compte dans le calcul entre l’Allemagne et la France, l’aboutissement de la TTF est peu probable.

Salve hongroise. Benoît Hamon propose dans son programme la mise en place d’un mécanisme européen de l’Etat de droit s’imposant aux Etats-membres de l’UE sous peine de sanctions. Bien que la justification d’une telle mesure n’ait pas été évoquée, il est difficile de ne pas y voir une référence aux événements récents survenus en Hongrie, notamment la décision de celle-ci de fermer ses frontières et d’installer des zones de transit clôturées à l’été 2015. L’Union prévoit déjà, à l’article 7 du Traité sur l’UE, la possibilité de sanctions contre les Etats qui contreviendraient aux principes fondamentaux qu’elle défend. Néanmoins, cette procédure, en raison de ses contraintes institutionnelles et temporelles, a fort justement été surnommée “l’arme nucléaire” : extrêmement efficace (suspension du droit de vote d’un Etat), elle est aussi difficile à activer, n’ayant de fait jamais été enclenchée depuis son instauration en 1997.

La deuxième sixième République. Il est souvent fait mention de Jean-Luc Mélenchon dès lors qu’une VIème République est évoquée, c’est néanmoins oublier celle de Benoît Hamon. Cette dernière vise, par une conférence, à instaurer un mandat présidentiel unique de 7 ans, limiter le cumul des mandats dans le temps et mettre enfin un terme au serpent de mer de la fusion entre le Sénat et le Conseil économique, social et environnemental.

HAMON2

Le XV de la Rose. Benoît Hamon est membre de l’équipe de rugby parlementaire, participant à ce titre à des compétitions parlementaires internationales. Parmi ses plus fidèles supporters, l’équipe compte notamment Bernard Accoyer, ancien président de l’AN, ou encore Michèle Alliot-Marie. Malheureusement pour lui, le ¾ centre Jérôme Cahuzac ne fait quant à lui plus partie de l’équipe.

Perspectives sur l’actualité : lecture diatopique du programme Hamon

Géopolitique interne

Hamon s’en va-t-en guerre. Le programme du candidat comporte un grand nombre de mesures afin de renforcer la défense nationale, marquant l’écart avec le candidat Hollande qui, en 2012, faisait du retrait des troupes en Afghanistan une de ses mesures-phares. Il s’agit ainsi de pérenniser la dissuasion nucléaire et de confirmer le respect des 2% de PIB consacrés à la Défense. Rappelons que cette augmentation était exigée par l’administration Trump. Cette nouvelle approche doit être officialisée dans le cadre d’une stratégie géopolitique incluant une réflexion sur la restructuration post-conflit (pour l’heure, le GEG n’a cependant toujours pas été contacté par les équipes de B. Hamon pour superviser ces réflexions).

Et la France devint l’Europe. Comment justifier cette position ? Là s’illustre un des éléments les plus saillants de la vision géopolitique de Hamon. Celui-ci fait en effet valoir qu’avec la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, la France reste le seul pays européen à disposer d’un outil militaire complet (ce serait-ce qu’avec la force de dissuasion nucléaire). Cette nouvelle position de force de la France au sein de l’Europe après le départ du rival laisse présager une nouvelle donne pour la défense européenne, le Royaume-Uni s’étant à plusieurs reprises opposé à tout approfondissement en la matière (la position a été réaffirmée lors des accords de Lancaster House de 2010). La France devient ainsi indispensable à tout mouvement européen sur la question, conduisant Benoît Hamon à considérer que le budget de la Défense doit être exclu du calcul du déficit pour les Etats dont les dépenses excèdent celles moyennes des Etats européens. La logique du rabais se verrait donc maintenue malgré le Brexit.

Géopolitique européenne

So just (don’t) pull the trigger. En passant à l’échelle européenne, l’Europe comme apparaît comme un moyen de distinction dans la stratégie Hamon. C’est sans doute la raison qui a pressé le candidat à en faire sa “carte blanche” dans l’émission politique de jeudi dernier. L’Europe lui permet en effet de se différencier de Jean-Luc Mélenchon, souvent présenté comme eurosceptique, mais aussi d’Emmanuel Macron et François Fillon en refusant tout maintien de l’austérité (les deux souhaitant respecter les règles européennes en matière de déficit public). La stratégie Hamon suit bien la dualité bourdieusienne : il s’agit de se distinguer dans le champ européen tout en évitant d’en être écarté. Soit, en clair, changer l’Europe tout en refusant de la “jouer à la roulette russe” (Benoît Hamon dixit). Pour ceux qui s’interrogent sur la probabilité que l’Europe y passe, c’est ici.

L’Europe parfaite n’existe pas. Sur la base de ce qui a été écrit plus haut, l’Europe de Benoît Hamon semble donc presque entièrement déterminée par cette double distinction. Il est ainsi peu étonnant de retrouver l’argumentaire ayant présidé à la volonté d’une Europe à plusieurs vitesses lors des précédents sommets européens. Le candidat évoque en effet, comme causes justifiant un approfondissement européen, les désormais traditionnels crise des migrants, Brexit et montée des nationalismes. En refusant toute position extrême, il est en revanche assez peu probable que certains des approfondissements souhaités voient le jour.

Philanteurope. Car l’Europe n’est pas limitée à ce rôle purement tactique. L’un des projets les plus ambitieux de Benoît Hamon consiste à mettre en place une Assemblée parlementaire représentative constituée pour les ⅘ de députés des pays membres et pour le cinquième restant d’eurodéputés. Sur la base d’une proposition de Thomas Piketty et introduite par un Traité de démocratisation de la gouvernance de la zone euro, celle-ci serait chargée de discuter des projets de budget pour la seule zone euro ainsi que ceux portant sur l’emploi et la croissance. Il s’agirait de donner corps à l’idée selon laquelle une zone monétaire ne peut fonctionner que sur base de politiques économiques et de travail spécifiques.

Nouvelle géopolitique monétaire. Hamon pose aussi les bases d’une repolitisation de la Banque centrale européenne, en souhaitant que cette dernière facilite le financement direct de la dette des Etats (par le canal dit de la monétisation de la dette) devenue, par la mutualisation, européenne. La proposition va à l’encontre de beaucoup de règles européennes, notamment celle qui veut l’indépendance de la banque centrale (dont la BCE est l’exemple le plus symptomatique) ou encore la clause dite de “non-renflouement” de l’article 125 du TFUE. Ces différentes mesures d’économie européenne sont en ce sens tout à fait géopolitiques : achever la zone euro en liant politiques budgétaire et monétaire, c’est évidemment entériner une fois pour toutes les deux vitesses de l’Union européenne. Autour d’un coeur restreint autonome (puisque la mise en place de l’assemblée de la zone euro suppose un transfert de compétences de la Commission européenne vers cet organisme) serait désormais institutionnalisée une périphérie économique. Si l’on s’intéresse aux dynamiques, de telles politiques pourraient amener les Etats bénéficiant d’options de retrait de la zone euro (Danemark ou Suède) à reconsidérer ces dernières mais aussi accroître les divergences entre l’Ouest intégré et l’Est demeurant encore pour une large part en dehors de l’euro.

Géopolitique internationale

Deux vitesses et trois voies. Face à l’instabilité des Etats-Unis et de la Russie, l’Europe retrouve sa fonction de “troisième voie” telle qu’elle devait l’être pour de Gaulle pour permettre à la France d’être indépendante des deux puissances. Cette troisième voie se veut la confirmation que la seule échelle pertinente pour mener l’action est celle continentale : la France ayant inscrit la défense au coeur des préoccupations de l’Union, elle sera à-même de faire valoir ses intérêts par une coopération militaire et diplomatique et un régime de sanctions plus efficaces.

Cette troisième voie s’illustre enfin dans le refus des positions américaines et russes face au cas syrien ou encore par la promotion d’une Europe plus proche de ses engagements en matière d’aide publique au développement (en respectant les critères de 0.7% du PIB consacrés à l’APD suivant les règles du consensus de Monterrey).

Pièce de doctrine

 

HAMON3
Benoît Hamon, Martin Schulz et Willy Brandt discutant Westopolitik à Berlin 

L’adoubement allemand. Quoi d’autre pour illustrer l’Europe de Benoît Hamon que son entretien avec Martin Schulz. Le poulain du SPD aux prochaines élections fédérales allemande est le représentant rêvé de la continuité européenne souhaitée par Hamon : il est issu des rangs du Parlement européen (qu’il a dirigé de 2012 à 2017), cherche à se démarquer à gauche en rompant avec les stratégies de “grande coalition” héritées de Schröder et fut rappelé par son parti pour mener la campagne afin d’avoir une chance face à Angela Merkel, le précédent président, Sigmar Gabriel, ayant une côte de popularité bien trop faible pour avoir de réelles chances d’être élu chancelier. Comme d’autres avant lui ayant nourri des rêves de grandeur, ce dernier finira donc Ministre des Affaires étrangères.

Où le charisme légendaire d’Angela ne suffit pas. L’idéal allemand qu’incarne Schulz ne s’arrête cependant pas là. Au-delà du parti de gauche que Schulz représente, c’est bien davantage l’idée d’un renouveau qui frappe dans cette photo : Benoît Hamon fait ici jouer sa crédibilité européenne en s’associant à un homme qui n’est pas (et ne sera peut-être pas) élu plutôt que de chercher le soutien de la chancelière actuelle Angela Merkel. La position de Hamon sur l’Europe, dans sa double distinction caractéristique, lui permet ainsi de nouer dès à présent des alliances avec le principal parti d’opposition de la première puissance européenne et de projeter un nouveau couple franco-allemand en gestation associé sur l’idée d’une Europe plus sociale.

Politique fiction. La tentative assez habile permet en tout cas au candidat du PS d’affirmer sur le plateau de France 2 que Martin Schulz a compris l’étendue de la crise et qu’il est prêt à admettre que “l’Allemagne ne pourra pas continuer à s’enrichir en appauvrissant le reste de l’Europe”. Ce propos, qu’il serait bien maladroit de prêter à un chef d’Etat en exercice, apparaît cependant crédible dans la bouche d’un opposant politique, légitimant du même coup le projet européen de Benoît Hamon. En effet, selon ce dernier, l’Allemagne serait prête à accepter de profondes réformes de la gouvernance de la zone euro au titre que celles-ci seraient des “mesures démocratiques”. Reste que ces propos, si jamais ils avaient été effectivement tenus, risquent de ne pas survivre à l’élection allemande.

Laisser un commentaire