La persistance d’une xénophobie nationaliste anti-européenne au Royaume-Uni

La xénophobie britannique exprimée lors de la campagne du Brexit paraît véhiculer des représentations issues de la longue histoire des nationalismes européens. Elle rompt en cela avec la xénophobie continentale (dirigée plutôt vers les pays de l’Est ou les pays arabes), expliquant l’absence d’un parti britannique lors de la réunion de Koblenz. En retournant les représentations, pourrons-nous faire des néo-nationalistes des européistes ?


La campagne du Leave insistait sur le thème nationaliste de la souveraineté, elle permettait par conséquent la création d’un espace occupé par des opinions et des représentations clairement xénophobes. La revue spécialisée en nouvelles technologies, Wired, avait signalé une augmentation de l’usage du mot “migrant” le lendemain du référendum.

Dans l’analyse que nous avions consacrée à la signification du Brexit dans LLDD8 nous avions analysé les représentations xénophobes du film Brexit The Movie. Nos lecteurs se souviendront peut-être de cette image censée représenter un Français.

Ohlala la baguette le fromage

Et ils n’auront certainement pas oublié celle-ci, censée représenter une fabrique italienne :

Pizza, pasta, si

Nous sommes revenus sur cette iconographie à partir d’une étude historique des rivalités nationalistes franco-anglaises élaborée par le pôle Histoire. Nous avons pu comprendre comment la rivalité diplomatique et politique entre les deux États ne paraît pas adéquate pour expliquer la francophobia britannique et sa persistance. Pendant longtemps l’anglophobie et la francophobia ont été essentiellement produites par la structure nationaliste des États.

Or ce qui paraît particulièrement étonnant c’est que la figure du “migrant” au Royaume-Uni — contre qui s’exprimait la formule “British jobs for British workers” ne suit pas le stéréotype européen traditionnel (on pourra ainsi se souvenir de cette image de campagne la Ligue du Nord). Ce sont les États au cœur du projet européen qui sont aussi et surtout visés : la France et l’Italie, entre autres, comme le montrent ces images.

Nous croyons donc voir par là la raison de l’absence d’un parti britannique lors du meeting de Koblenz. L’essence anti-européenne de la nation britannique pourrait alors encore jouer un rôle, ce qui l’opposerait à l’européisme inconscient des partis néo-nationalistes européens. Par ailleurs, elle pourrait aussi expliquer, par la mauvaise échelle qu’elle représente, cette étrange forme du cupio dissolvi dont elle a été l’expression.

Dès lors une hypothèse doit être avancée. Un moyen de rendre conscients de leur européisme les partis néo-nationalistes ne consisterait-il pas à leur rappeler l’image projetée par les nationalistes pro-Brexit ? Le militant FN à qui on opposerait l’image déformante de Brexit The Movie, pourrait-il finir par voir dans ce béret et ces gousses d’oignon en guise d’écharpe un signe européen ?

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