Ramon Llull (1232–1321) — savant catalan et européen

Le canon souvent un peu étriqué imposé par les frontières rigoureusement nationales des manuels de littérature empêche d’une manière structurelle d’avoir une connaissance parfois simplement suffisante de la civilisation médiévale. On peut donc être cultivé, avoir tous les certificats universitaires nécessaires à la meilleure vie parisienne et pourtant n’être jamais tombé sur le nom et la figure de Ramon Llull (1232–1321), l’Arabicus Christianus, comme l’a appelé une tradition qui se moquait de l’oxymore.

Savant catalan d’envergure européenne, l’immense étendue de son œuvre (257 ovras selon un catalogue récent) dépasse d’une façon si évidente les possibilités fournies par une vie d’écriture et de pensée qu’on doit remercier le structuralisme d’avoir infléchi l’auteur en une fonction derrière laquelle doit être recherché tout un réseau de débats et de contributions allogènes (on compte aujourd’hui trois auteurs, au moins, derrière le corpus llullien). On l’aura compris, ce n’est pas à ces maigres paragraphes que l’on pourra se rapporter pour commencer à le connaître.

Nous nous contenterons ici simplement de regarder une carte et de raisonner, brièvement, sur un ensemble de données philologiques établies récemment par l’un des grands spécialistes de son corpus, Anthony Bonner. En étudiant la fréquence de textes en langue vulgaire et en croisant ces données avec les déclarations que l’on peut trouver dans son oeuvre, on est conduit à voir dans Llull l’un des premiers grands savants à écrire dans une langue qui ne soit pas le latin. Cependant, et contrairement à ce que l’on pourrait être tenté de penser, son oeuvre n’est pas écrite seulement en catalan.

Dès le début de la littérature en vulgaire, le plurilinguisme néo-latin est un fait — regardez ainsi ce tableau qui croise les codex de cinq textes latins de succès écrits par l’auteur: on y trouvera la preuve d’une circulation linguistique immédiatement européenne.

“Recent Scholarship on Ramon Llull”, Romance Philology 54 (2001), p. 379–380

Raymon Lulle, Lullo en italien, Ramon Llull en catalan, Raymundus Lullus en latin — رامون لول en arabe. Nous devons à cet Erasme d’un sud méditerranéen et européen, contaminé dans son oxymore arabe, la révélation d’une région qui ne saurait être située hors des échanges européens.

Un programme Llull pourrait-il être le nom pour remplacer l’abstrait des échanges d’étudiants ?

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